La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre - Winston Churchill

 

La Bataille de Lorraine est une des batailles les plus méconnues de la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant elle est l’une des plus importantes et des plus meurtrières…

Eminuit autem inter humilia supergressa iam impotentia fines mediocrium delictorum nefanda Clematii cuiusdam Alexandrini nobilis mors repentina; cuius socrus cum misceri sibi generum, flagrans eius amore, non impetraret, ut ferebatur, per palatii pseudothyrum introducta, oblato pretioso reginae monili id adsecuta est, ut ad Honoratum tum comitem orientis formula missa letali omnino scelere nullo contactus idem Clematius nec hiscere nec loqui permissus occideretur.




 

Septembre 1944 sur la Place Léopold de Lunéville

 

 Journal de guerre d'une jeune Lunévilloise,

 

Dimanche 3 septembre 1944.

Il y a 5 ans, c’était la déclaration de guerre. Aujourd’hui c’est presque la délivrance, la grande espérance. Les Américains sont à 25 km de Charmes, . Demain, ils peuvent être là ! On voit passer les derniers Allemands.

Toute la nuit dernière, des combattants Allemands se sont repliés. Les avions américains passent très bas. 

 

Incidents amusants : des balais sont accrochés devant les roues des autos pour balayer les clous mis sur la route par les patriotes ! 

A propos des vols de bicyclettes : un Allemand entre chez Meyer en laissant son vélo au bord du trottoir, un homme arrive, reconnaît son vélo, saute sur sa bécane et file en vitesse, l’Allemand ahuri n’a même pas l’idée de tirer et reste tout pantois

Deuxième fait : 2 Allemands arrivent rue de Viller pour réquisitionner des vélos, un entre chez l’abbé Chou, l’autre chez le voisin. Le premier s’empare de la bicyclette et veut s’en aller, l’abbé l’empoigne par le collet, lui fait faire demi-tour et lui dit « Raüs » en lui montrant la porte. Il file sans demander son reste. Le voisin voyant cela se met à courir après son Allemand, empoigne le vélo et le ramène sous les yeux du soldat ahuri. Comme quoi il faut y aller carrément ! 

 

Mardi 5 septembre 1944.

De nouveau les Allemands arrivent avec des camions et des munitions. Le journal allemand «l’écho de Nancy » ne parait plus, tous les magasins sont fermés.

 

Samedi 9 septembre 1944.

Par ordre des Allemands, tous les magasins doivent être ouverts, même si il n’y a rien à vendre. Il n’y a plus de moyens de communications, plus de courrier et des avions passent en masse.

 

Lundi 11 septembre 1944.

Tous ces derniers jours, on entend le canon. Des avions américains bombardent et mitraillent aux environs les convois, les camions et les trains de munitions. On craint un peu la bataille à présent, les affaires sont à la cave. Il faut faire la course aux pommes de terre et comme on n’ose plus sortir les bicyclettes, il faut aller à pied avec des moyens de fortune, puisqu’ils prennent même les remorques.

 

Les Allemands deviennent méfiants, ils incendient plusieurs villages à cause du maquis. A 15h00, j’entends le sifflement d’un avion qui pique, suivi du tir des mitrailleuses. Les gens dans la rue se réfugient à l’intérieur des couloirs et dans les caves. Papa dit qu’ils visent la gare et la ligne de chemin de fer, nous voyons 4 avions piquer et mitrailler dans un bruit de tonnerre. Maman est affolée parce que ma sœur vient de partir pour Chanteheux. Lorsque les avions finissent leur tour, ils reviennent et recommencent plusieurs fois. Tout à coup le premier avion qui pique lance une bombe. Nous descendons aussitôt à la cave, une énorme explosion retentit, suivie de deux autres et des rafales de mitrailleuses.

 

Je sors et je vais voir du côté de la gare, mais il n’y a rien, c’est plutôt vers le pont de Viller. Une bombe est tombée sur la faïencerie et les verrières qui sont cassées. Il y a aussi un début d’incendie. Nous passons sous le pont, la locomotive du train bombardé est transpercée de balles et perd son eau par tous les trous. Une bombe retourne et démoli un wagon, une autre tombe sur la voie projetant un des rails sur la route, le mécanicien est tué.

 

Mardi 12 septembre 1944.

Depuis le milieu de la nuit, on entend presque continuellement le canon. On dit que les Américains sont à Blainville. Des avions survolent sans cesse la région, par groupe de 4 et mitraillent tout ce qui les intéresse. Nous camouflons une partie des provisions à la cave car la nuit dernière des camions se sont arrêtés sur la place. Les allemands ont fait le tour des maisons en lançant des coups de bottes dans les portes chez Schneider, trouvant la porte ouverte, ils ont exigé toutes les provisions et le vin. De même ils ont pris chez Delpierre tout le ravitaillement qui s’y trouvait.

 

Mercredi 13 septembre 1944.

Ils approchent…on dit que les Américains sont à Mont sur Meurthe et à Hudiviller. Toute la nuit et la matinée, on entend le canon tout proche !

La laitière n’est pas venue car les ponts peuvent sauter d’un moment à l’autre. Enfin ! Les ponts du chemin de fer sautent. La bataille se rapproche de plus en plus.

Vers 06h00, on apprend qu’ils sont à Moncel les Lunéville. Mais soudain on entend siffler les obus. Pas de panique tout le monde s’enferme chez soi : pas âme qui vive à l’extérieur. On se prépare à descendre pour la nuit à la cave. Le pont de Viller saute.

 

Jeudi 14 septembre 1944.

07h00, on entend des tirs de mitrailleuses et de canons, les obus passent en sifflant au dessus de la ville. On dit qu’ils sont en bas de Viller.

L’après-midi, les Allemands font sauter tous les dépôts. On entend le canon très fort. L’explosion du dépôt de chez Fulhor est si forte que la glace de chez Gérard tombe en morceaux et celle de chez Singer est fendue.

Ils ne viendront donc jamais ! Les esprits sont tendus, les nerfs à bout. On ne peut plus voir les Allemands, ils nous dégoûtent à un point que l’on ne peut dire !

 

Vendredi 15 septembre 1944.

A 10h00, le tambour annonce que vu le danger de bombardement sur la ville, la circulation est interdite dans toutes les rues. La population doit rentrer chez elle et se mettre de préférence dans les caves, les volets étant clos. On se dépêche de faire le déjeuner et le dîner car, si le pont Chanzy saute,  nous serons privés de gaz.

L’après-midi est calme.

Trois coups sont dirigés contre les tours de l’église Saint Jacques où se trouve un poste de guetteur, les tours sont légèrement endommagées. Le soir Pierre entend à la TSF (poste à galène fabriqué par lui, car nous sommes privés d’électricité  depuis plusieurs jours) que Nancy est libéré ; les Américains y sont entrés à 11h00 et se dirigent vers Lunéville.

 

Samedi 16 septembre 1944.

Nuit calme et rien en matinée.

Tout à coup, vers 16h00, on entend dire dans la rue que les Américains arrivent par la rue de Viller. Il y a quelques heures on voyait encore des Allemands, c’est certainement un bobard.

 

Mais le pont Chanzy saute avec fracas, on entend des cris au loin. Nous regardons par les fenêtres et soudain les gens courent vers la rue Carnot, une personne arrive en disant qu’ils sont rue d’Alsace, un bruit de voiture se fait entendre et tout à coup nous les voyons arriver sur la place Léopold avec leurs auto-canons.

On doute encore…. On se méfie…. Et puis soudain, c’est une envolée de moineaux, on ne pense plus à rien, on descend 4 à 4 les escaliers, on se précipite sur la place pour mieux les voir. Ils se sont arrêtés et la population les acclame.

Et soudain descend d’un des chars, près de moi, habillé en américain, un Français et mieux, un lunévillois prisonnier évadé qui les a rejoint. Cela vous remue le cœur singulièrement ; les gens l’embrasse, un homme lui prête une veste, un autre un vélo et il court embrasser sa femme.

Peu à peu les jeeps arrivent mais malgré tout, ils ne sont pas nombreux et sont entrés par surprise. Les Allemands se sont repliés sur la place des Carmes, il faut faire attention…. Et puis apparaissent les FFI…. Des hommes, des jeunes gens arrivent avec leur brassard et leur fusil.

 

Quelle joie, on se sent libres, on commence à respirer et pourtant ce n’est pas fini. Ils sont entrés par surprise et le gros de l’armée n’est pas là.

Le soir, les FFI se battent contre les Allemands du côté du pont Chanzy.

 

 Dimanche 17 septembre 1944.

La place des Carmes est libérée, il n’y a plus d’Allemands à Lunéville. On peut à peine y croire, premier dimanche Libre depuis plus de 4 ans. Nous chantons le Te Deum à 09h30 et à 11h15 sans grandes orgues puisque nous n’avons toujours pas d’électricité. Mais tant pis, on est trop heureux.

Après la messe, nous allons faire un tour place des Carmes où les Américains se trouvent avec leurs chars. Il y en a beaucoup rue Chanzy et au milieu de la place sont assis des prisonniers allemands, impuissants.

 

La chasse aux femmes qui ont collaboré continue, elles sont rasées. Le pont Chanzy n’est qu’a moitié sauté, par contre les maisons sont assez abîmées. Sur la place des Carmes, tous les toits et carreaux sont démolis, le faubourg de Nancy est bien abîmé ainsi que l’église Saint-Léopold (au bord de la Vezouze). Le soir, il est de nouveau interdit de traverser le pont Chanzy et même d’aller plus loin que le château, car il y a encore à Jolivet des Allemands et une bataille est en perspective.

 

Lundi 18 septembre 1944.

Les Allemands contre attaquent depuis Saint Clément.

              13h00 : ils arrivent avenue des Vosges, les chars américains sont postés à chaque carrefour (avenue Voltaire, rue d’Alsace, rue de Sarrebourg) ;

              15h00 : Les chars américains se replient, ils leur manque de l’infanterie.

              16h00 : C’est le calme, nous errons du rez de chaussée à la cave où sont les petits. Papa à l’air d’avoir perdu confiance. J’ai une crampe à l’estomac

              17h00 : Bonheur, les chars ont l’air de remonter, les canons tirent, des obus tombent de temps en temps sur la ville, un sur la maison des petites sœurs.

              17h30 : L’infanterie arrive, quelle joie quand nous voyons déboucher par la rue Banaudon toute une colonne de camions de transport chargés de soldats armés, prêt pour la bataille. Des petits canons antichars sont accrochés derrière ses camions. Je crois que cette fois, nous sommes sauvés ! Les gens sortent des caves ! On est presque heureux, quelle journée d’angoisse. Nous n’avons rien fait que d’attendre et nous sommes plus fatigués que si nous avions fait 50 km à pied.

 

Mardi 19 septembre 1944.

Aujourd’hui, c’est la bataille de Lunéville, les Allemands sont arrivés hier soir jusqu’au faubourg de ménil et rue Niederbronn, on l’a échappé belle.

              01h00 : attaque des Américains, on descend à la cave, cela se passe du côté de la gare. Les balles et les éclats d’obus arrivent dans notre cour. Il y a de plus des îlots de résistance en ville et on entend la fusillade de tous les côtés. Il y a un poste en face de chez nous où les agents de liaisons viennent à chaque instant prendre les ordres. Ils circulent dans de petites autos très rapides.

              16h30 : les chars redescendent de nouveau, les obus allemands arrivent sur la ville. Des jeunes gens de la croix rouge passent en courant avec des brancards.

Des miliciens et des Allemands cachés dans les maisons, montent sur les toits et tirent sur la place. Les Américains et les FFI leur font la chasse.

              18h30 : bombardement en règle, chaque quartier prend à son tour. Trois bombes tombent sur la place.

              19h40 : nous sortons de la cave, le calme semble revenu. Les vitres du magasin et celles de la porte sont cassées. Au grenier rien, des morceaux de ferraille tombés des toits se trouvent sur le trottoir.

Nous remontons au 1er pour dîner, mais à peine maman a-t-elle posé la soupe sur la table que la canonnade reprend. Nous filons à la cave avec le cierge, la soupe et les assiettes. Comme le bombardement continue, on s’installe pour dormir à la cave, les uns sur des fauteuils, les autres sur les caisses de pomme de terre.

 

Mercredi 20 septembre 1944.

A 07h30, ça recommence : on campe au rez de chaussée. Le gaz est toujours coupé. De temps en temps une plus grosse explosion expédie tout le monde à la cave.

Il y a déjà beaucoup de victimes, Mr Filippi, un ami de papa est tué par un obus. Ils nous envoient des bombes soufflantes qui se déchiquettent en petits morceaux et volent de tous côtés. Nous trouvons des éclats dans la cour et le jardin.

 

On est privé de pain, on en a eu hier pour la dernière fois. Aussi on moud du blé dans un moulin à café (c’est dur) pour faire du pain. Les Allemands ont brûlé tous les moulins avant de partir.

 

Jeudi 21 septembre 1944.

Bombardement presque sans arrêt toute la journée, à chaque instant il faut descendre à la cave. Tout le monde y couchera cette nuit, on descend matelas et couvertures.

 

Vendredi 22 septembre 1944.

Encore quelques bombes, les Américains ripostent et leurs obus passent au-dessus de nous en sifflant. Trois soldats américains sont venus ce matin au magasin, ils nous ont donné une grosse barre de chocolat, nous l’avons partagé pour le dessert (en 10) Quel régal !! Nous en sommes privés depuis si longtemps.

Au salon des Halles se trouve le centre des FFI, ils sont regroupés et habillés en brun. Hier ils ont fait une chasse en règle aux miliciens et aux Allemands qui tiraient sur les toits.

 

Dimanche 24 septembre 1944.

Déjà 8 jours que les Américains sont là. Depuis le milieu de la nuit, les Allemands ne répondent plus. On apprend que la division Leclerc arrive, nous allons revoir des Français…

 

 

 

La libération de Vého

Un espoir de libération …

 

Samedi 16 septembre 1944.

Depuis quelques jours, l’espoir est dans tous les cœurs. Cette libération tant attendue est là…encore un peu de patience.

Sur le “haut de Soutrait” qui domine Vého à l’Ouest, le regard plonge sur la vallée de la Vezouze, vers Lunéville. Pas de doute, des signes certains nous indiquent que c’est pour bientôt…

Sur les coups de midi, un homme en kaki descend la côte. Le premier américain entre à Vého. Derrière lui arrive un long cortège de blindés, de jeeps etc…que tous regardent avec curiosité. Et comme il est midi, c’est à qui offrira à manger aux libérateurs. Toute la journée, ce sera un va-et-vient continuel de ces motorisés américains.

Des F.F.I. de la région les ont accompagnés et sont là pour les renseigner. Des pointes américaines seront même poussées plus loin, jusqu’à Repaix.

 

Dimanche 17 septembre 1944.

Le matin, il pleut, une jeep apparaît avec 5 prisonniers dont un blessé : une balle lui a traversé le dos. Il est soigné à la mairie, devenue infirmerie de campagne.

Le soir, une alerte retentie. On entend la mitrailleuse vers Emberménil. Des obus tombent près du village. Cette nuit-là, les caves deviendront des chambres à coucher.

 

…vite envolé

Lundi 18 septembre 1944.

Quelques blindés sont laissés en surveillance en divers points… stratégique. Mais tout à coup, vers 02h00, départ brusque. Repli. Un ordre sur les ondes, sans doute ? Les habitants sont seuls maintenant, mais pas pour longtemps… Des chars allemands, suivis de l’infanterie, montent le village et traversent la campagne environnante. Un beau rêve vient de s’envoler. Vého est retombé aux mains des allemands.

Une nouvelle occupation commence pour le village. Environ 3 semaines après, il ne restera plus aucun civil, tout le monde sera évacué vers l’Est.

 

 

Le retour des Américains

D’après le récit de Robert Uhl, de  la compagnie K, 114e Régiment d'Infanterie, 44e DI

 

En cette fin d’octobre, début novembre 1944, la compagnie K du 114e Régiment d’Infanterie  avance sous la pluie vers le village de Vého. Les Américains s’approchent donc du village avec des mitrailleuses lourdes, des mortiers, et lancent des tirs d'artillerie.

Les Allemands observent leur avancée depuis le clocher de l’église. Ils arrivent à blesser plusieurs soldats US et à en tuer un (le carabinier de la 1ère section Arthur Eisenhower).

Les Américains demandent donc à l’artillerie de frapper l’église : un tir de105 mm la touche mais le clocher reste intact. Un char Destroyer  vient pour l’abattre avec ses obus de 90 mm à grande vitesse.

Après la destruction de l’église, les soldats US peuvent progresser vers le village. Ils inspectent tous les bâtiments, à la recherche d’un éventuel tireur d’élite. Robert Uhl vérifie qu’aucun Allemand ne se cache dans les ruines de l’église. Les Américains ont donc finis de nettoyer le village et poursuivent leur route vers l’Est.

 

 

 

Les victimes de ces libérations et l’après guerre

 

Ce n’est que dans la 2e quinzaine de novembre que les habitants pourront réintégrer leur domicile, tant bien que mal, au seuil d’un hiver rigoureux. Mais qu’importe, ils sont chez eux, libres. Libres….

 

Trois personnes décèdent suite aux combats de 1944 :

Michel Aimée                      14 octobre 1944

Picard Etienne                     14 octobre 1944

Rouillon Juliette                   13 octobre 1944

Deux autres ne sont que blessées :

 Rouillon Jules blessé à la main

Picard Roger blessé en mai où juin 1945 sur une mine près de la maison de l’abbé Grégoire dans le virage

 

Un gros travail de reconstruction attend les habitants. Cependant on doit aussi déminer la région infestée de mines allemandes et américaines.

 

 

 

Un Panther dans l'étang de Parroy

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L’étang de Parroy est en fait un lac artificiel crée pour permettre le contrôle du niveau de l’eau dans le canal de la Marneau Rhin : en cas de besoin, quand le niveau baisse trop, une partie de l’eau contenue dans l’étang est relâchée dans le canal.

En 1944, les bombardements et les sabotages de la résistance ayant causé de nombreuses brèches, les Allemands sont incapables de maintenir le canal en eau. L’étang s’est progressivement vidé et seul un mince filet d’eau coule encore au fond.

Se retirant précipitamment de Bures au soir du 28 septembre, sous la menace des chasseurs-bombardiers qui vont et viennent dans le ciel, un panther se retrouve soudain pataugeant dans la boue au fond de l’étang. A mesure qu’il avance, le char repousse la boue qui s’accumulent devant lui mais le pilote réussit à traverser l’étang vide jusqu’au point le plus bas. Le char commence alors à remonter sur la rive opposée mais la boue repoussée devant les chenilles devient de plus en plus épaisse. Malgré les efforts du pilote qui pousse le moteur au maximum, le panther s’embourbe. L’équipage s’efforce d’arracher le char de la boue gluante mais les Thunderbolts qui menacent et sans char de dépannage pour le remorquer, ils abandonnent bientôt la partie et se retirent à pied vers Parroy.

Les jours suivants, le panther abandonné est attaqué à plusieurs reprises par les avions américains mais il ne subit aucun dommage.

 

Les combats se déplacent bientôt vers l’Est et des villageois s’aventurent dans la boue pour récupérer des outils ou d’autres objets du char. A la fin de la guerre, le panther est toujours enlisé au fond de l’étang mais un ferrailleur réussit à récupérer la tourelle et le canon. Le canal est réparé et remis en service, l’eau de l’étang retrouve son niveau normal et le panther disparaît bientôt sous près de trois mètres d’eau.

 

La recherche du mystérieux char englouti

En 1968, le commandant Michel Aubry prend le commandement du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières, à 15 kilomètres au Sud Est de Lunéville. Là, devant la forêt de Mondon, il se retrouve sur le terrain où il a combattu en 1944 avec la 2e Division Blindée. Il a ainsi l’occasion d’entendre parler pour la première fois d’un char qui se trouve au fond de l’étang de Parroy. Cependant, si certains affirment que le char est encore là, sous l’eau, d’autres prétendent qu’il a été dépecé il y a longtemps par des ferrailleurs.

 

En 1971, le commandant Aubry est nommé directeur du centre de documentation sur les engins blindés à Saumur et bientôt la « bande à Aubry » ratisse les camps militaires, les centres d’essai et les champs de tir. Leurs efforts sont payés de retour et le musée des blindés de Saumur s’enrichit chaque jour : dix en 1970, 100 en 1973 puis 150 en 1975.

Le colonel Aubry n’a pas oublié ce char mystérieux qui sommeille peut être au fond de l’étang de Parroy et, au printemps de 1976, il survole l’étang à bord d’un hélicoptère dans l’espoir de le localiser. Sans succès.

 

 

Il ne baisse pas les bras et organise le sondage de l’étang par une équipe de plongeurs :

Le fond de l’étang est quadrillé en tâtonnant et les plongeurs repèrent finalement le char à 80 mètres environ de la rive Est de l’étang. Des bouées sont amarrées au char pour le marquer mais le type même d’engin reste encore un mystère : s’il est admis que ce devrait être un panther, l’eau s’est avérée trop peu clair pour permettre aux plongeurs de le confirmer. 

La sortie des eaux !

Le colonel Aubry et l’équipe de Saumur établissent  sans tarder un plan de bataille pour récupérer le char et le jour J est fixé au 8 septembre 1976. Le 3e régiment de Cuirassiers, toujours en garnison à Chenevières, fournit deux chars de dépannage AMX 30D et le 408e bataillon de commandement et de soutien basé à Sarrebourg  met à disposition un porte-char de 40 tonnes. Le 4e régiment de Cuirassiers de Bitche quand a lui, envoi une équipe de plongeurs dont la spécialité est d’assister les véhicules blindés lors du franchissement de rivières.

Les travaux préliminaires s’achèvent dans l’après-midi du 7 septembre et les deux chars de dépannage se mettent en position. Les câbles sont déroulés et amenés jusqu’au bord de l’étang puis les plongeurs les accrochent au char immergé. Une première tentative de mise sous tension est alors faite et la manœuvre est un succès : le char bouge ! Tout est bon prêt pour l’opération de renflouement.

Le colonel Aubry, Pierre Buhler et d’autres éminents membres de l’équipe de Saumur sont au bord de l’étang au matin du 8 septembre 1976. On note également la présence du colonel Charbonnier, le commandant du 3e régiment de Cuirassiers, du colonel Frécaut, le commandant du 408e BCS et des maires des deux communes voisines, Parroy et Bures. Une foule de plus de 1 500 personnes s’est rassemblée pour assister au spectacle et les gendarmes ont bien du mal à contenir tout ce monde. Pour tenir la foule informée, un haut-parleur est installé sur un  véhicule et un commentateur décrit les opérations au fur et mesure de leur développement.

 

L’opération débute à 9h00 quand les treuils des deux AMX 30D commencent à tirer le char vers la rive. On peut suivre ses mouvements car la boue remuée laisse échapper les bulles de gaz qui remontent à la surface de l’eau. A 10h30, le char atteint la rive et émerge : il est immédiatement identifié, c’est bien un panther, un ausf.G. De temps en temps, les treuils sont arrêtés pour laisser l’eau s’évacuer à l’arrière du char, les trappes du capot moteur ayant été ouvertes dans ce but. 

A 12h30, le panther est sorti de l’eau. Un apéritif salue le succès de l’opération et tandis que tout le monde se détend en déjeunant au bord de l’étang, une équipe nettoie le char avec des jets d’eau sous pression fournis par un camion du 3e régiment de Cuirassiers. L’intérieur du char est nettoyé, tout particulièrement les casiers à munitions et une charge de démolition est désamorcée et enlevée.

Le travail reprend après le déjeuner et les deux AMX 30D soulèvent l’avant du panther de façon à ce qu’il puisse être hissé sur la plate forme du porte-char.

 

L’opération est un succès total. Dans la soirée, un des gamins (il a maintenant cinquante ans) qui a récupéré nombre de pièces sur le char en 1945 fait cadeau de ses souvenirs au colonel Aubry. Le panther est alors emmené à la caserne du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières où il est exhibé pendant deux mois environ. En décembre 1976, il est transporté à Saumur par le train.

 

La protection et la sauvegarde du panther allemand

Dès qu’il est entré au contact de l’air, le char à commencer à rouiller. Il n’y a pas de temps à perdre et les techniciens de Saumur entreprennent de le démonter entièrement, chacune des pièces étant nettoyée et auscultée. Malgré les trente années de séjour dans l’eau, aucun les écrous n’est bloqués. Plus surprenant, l’ensemble des équipements électriques est en parfait état ; seule la dynamo est grillée. Sans aucun doute, elle l’a été en 1944 et apparaît donc que pour ses derniers jours de combat, le panther n’a pu recharger ses batteries : elles étaient probablement bien faibles quand il s’est aventuré dans l’étang. Tout est remis en état de marche, la dynamo reçoit un nouveau bobinage et après avoir été remplies d’acide, les batteries sont rechargées comme si de rien n’était. Le CDEB informe VARTA, le fabricant, ce qui est à ce point enchanté qu’il fournit un jeu de batteries neuves en échange de l’ancien modèle. Finalement, le panther est totalement reconstruit, en utilisant chaque fois que nécessaire des pièces cannibalisées ici et là sur d’autres épaves. Il reçoit ainsi une nouvelle tourelle.

Le musée de Saumur s’enorgueillit de posséder un très grand nombre de véhicules historique en état de marche : plus de 100 chars, dont un tigre II et un panther, et des dizaines d’autres véhicules, blindés ou non, sont ainsi présentés régulièrement aux visiteurs. Le musée est ouvert tous les jours, de 9h00 à midi et de 14h00 à 18h00.

 

Article extrait du livre "Les panzers en Lorraine"
par Ronald McNair, éditions Heimdal

Article publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

 

 

 

La libération de Leintrey

Leintrey est un petit village composé d’une soixantaine de fermes et situé à l’extrême bordure dela Lorraine, restée française.

Il est un champ de bataille perpétuel dans les différents conflits du XXe siècle. Le sol est raviné de tranchées et de gigantesques entonnoirs qui attestent de la fureur des combats de 1914-18. La deuxième Guerre mondiale amène son lot de tracasseries administratives, de pénuries et réquisitions, mais surtout d’évadés et d’Alliés à cacher et à soigner.

 


Un espoir de libération…

 

Samedi 16 septembre 1944 :

Témoignages de C.L

 « Ca tonnait hier soir au Nord et au Sud vers la forêt de Parroy et celle de Mondon. On dit aujourd’hui que quelque chose brûle à Emberménil. Curieusement, dans l’après-midi, entraînant mon ami Pierre rencontré sur la route, j’'ai escaladé la côte au-delà de la voie. Nous pataugions dans la terre grasse, effectivement des fumées trainaient, salissant le paysage, mais le temps était trop bas et brumeux pour permettre d’y voir loin. Déçus, traînant les pieds de lourdes mottes de terre à nos chaussures, nous redescendions vers Leintrey, quand un craquement quadruple et régulier nous a fait nous retourner. Quatre panaches dans le brouillard ! C’était au moins du155 mm, là-bas, tout près des dernières maisons d’Emberménil.

Perplexes, nous sommes rentrés au village, les gens à qui nous parlions de ce qui arrivait haussaient les épaules « les américains ? » Sur des villages français ? Allons donc !

19h00, nous nous sommes mis à table, la sonnette résonna, c’était mon ami Ernest un vieillard, chaussé de lourd sabots «Dites donc monsieur le curé, ils sont là ! » « Qui ça ? » « Les américains pardi ! Plusieurs blindés, devant chez la mère Rouvenach ! ».

 

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L'enlèvement des statues de Lunéville

L'affaire de la statue Lasalle de Lunéville

Témoignage de feu Lucien Schmied sur l’enlèvement des statues de Lunéville afin d’être fondues, le 5 mars 1943

 

« Maman se rendant à son travail, arrive à la mairie à 8h00 et s’aperçoit d’une certaine effervescence. Elle est de suite appelée dans le bureau du maire, Monsieur André Mayer, qui exceptionnellement est déjà arrivé.

Elle est informée de suite de la situation : «Les allemands nous démontent toutes nos statues !». Un représentant de l’entreprise de construction Cruchant (*) est présent, expliquant que son entreprise de construction est réquisitionnée par un service spécial allemand (chargé de l’enlèvement de toutes les statues à fondre).

 

Monsieur le maire, habitant rue François Richard (anciennement rue de Méhon), est  prévenu chez lui, par des témoins, habitant place des Carmes, (dont Monsieur Bisiaux, le futur maire) des dispositions de démontage de l’ « Abbé Grégoire ».

Très vite, un plan de sauvetage se met en place: maman tape un courrier en allemand, signé par le maire qui demande la suspension de l’enlèvement de la statue du général Lasalle (sachant qu’il est trop tard pour l’abbé Grégoire). Il insiste sur la bonne entente de la ville avec les forces nombreuses et importantes des autorités d’occupation.

 

Le motif de la demande qui n’est en réalité qu’un prétexte, stipule que la ville de Lunéville ne possède pas d’archives photographiques de la statue du Général Lasalle, implantée dans la cour intérieure du château.  Elle sollicite donc de remédier à cet état avant un départ définitif d’une partie de son patrimoine culturel et demande en conséquence l’ajournement des mesures d’enlèvement, afin de photographier cette statue.

 

Cette lettre est ensuite transmise après entente téléphonique avec l’Hauptmann KL dela Kommandantur, qui rédige pour ses supérieurs de Nancy, un rapport favorable à cette requête, allant même jusqu’à téléphoner au Orzkommandandt, un colonel de Nancy, pour signaler l’urgence du dossier. Ce colonel donne, lui aussi, un avis favorable et rédige l’ordre d’ajournement.

Premier soulagement pour maman, l’enlèvement ne sera pas pour aujourd’hui…

 

Ma mère, après avoir courut immédiatement rue de Sarrebourg où tout est près, trouve le brave Capitaine KL avec le Feldgendarm motocycliste. Celui-ci reçoit l’ordre de se rendre à Nancy et de transmettre cette ordre place du Château à son retour. L’échafaudage, déjà en place, est donc démonté pour prendre des photos le même jour.

 

Monsieur Oudinot, photographe rue Carnot est chargé de ce travail : il doit prendre pour la ville des photographies de cette statue, chère aux Lunévillois depuis 1893 et au Messins puisque Lasalle était natif de Metz. Cinquante ans après Lunéville ne doit pas laisser partir cette statue et c’est un miracle qu’il n’en soit pas autrement.

 

Astrologie, ironie du sort ou intervention divine, nul ne sait si cette statue a une destinée. Mais sans l’intervention des maîtres d’œuvre de cette histoire, elle serait transformée en canon.

Les acteurs : une interprète qui orchestre l’affaire, un contre maître, un photographe, un maire et un responsable allemand qui ont l’idée des photos.

 

Une ou deux semaines plus tard, la statue est toujours là. Cependant, les allemands disposant d’une grue dans le secteur, reviennent à la charge pour voler le Général.

Monsieur Oudinot, le photographe prétexte alors une défectuosité des plaques photographiques et présente des mauvais clichés en précisant, preuve à l’appui, qu’il a fait une nouvelle commande de plaques, afin de gagner du temps supplémentaire.

Le temps passe, l’entreprise de construction Cruchant de nouveau réquisitionnée, trouve l’excuse de ne plus avoir de grue de levage, ni de plateau de chargement. Les allemands de leur côté, n’ont plus de matériel adéquat dans le secteur, ce matériel est utilisé à des tâches plus importantes à leur yeux (transports routiers et ferroviaires de troupes, matériels de guerre et aussi malheureusement de déporté…).

Encore deux jours de gagné, puis trois, puis quatre…, jusqu’au moment où il n’est plus question de subtiliser la statue. C’est pourquoi, cher Général Lasalle, depuis l’inauguration, le 29 octobre 1893, vous êtes resté et resterez toujours à votre place parmi nous, au milieu de la cour du Château de Lunéville.

 

Monsieur Oudinot offre à Monsieur André Mayer ainsi qu’à Madame Marguerite Schmied, la photographie de la statue reproduite dans ce document. Cette fameuse photo qui est tout de même prise au cas où les événements seraient contraires.

 

Ma mère est sur le brèche du premier jour de l’occupation allemande à la libération et nous attestons ma sœur et moi, qu’elle fait preuve d’un énorme courage, seule, bien souvent obligée de prendre des initiatives personnelles dont elle rend compte à postériori au maire, reconnaissant.

Ne voulant pas faire de rapport écrit de ses activités pour des raisons de sécurité, elle nous fait chaque soir un compte rendu détaillé de sa journée

Elle restera très discrète sur cette histoire même après la guerre. Néanmoins elle participera à la réalisation du livre de Marcel Laurent, “Lunéville pendant la 2e guerre mondiale”, en donnant de multiples informations.

 

Cet épisode se doit d’être consigné par écrit afin d’honorer sa mémoire et qui sait de pouvoir servir à d’autres René Ducret ou Marcel Laurent dans le futur ».

 

 

 

(*) Ce représentant n’est autre que Monsieur Lucien Battaini, contremaître de l’entreprise, qui fait traîner les travaux d’enlèvement de la statue de l’abbé Grégoire et ensuite ceux de la mise en place de l’échafaudage de la statue Lasalle.

Ces actions retardatrices permettent de recevoir juste à temps l’ordre de non enlèvement de cette dernière. La statue de l’abbé Grégoire n’a pas la même chance puisque qu’elle est démontée, fixée, arrimée sur un plateau et conservée plusieurs jours dans la cour de l’entreprise. Elle partira par voie ferrée vers les fonderies allemandes.

Les aînés de ses enfants se rappellent avoir joué sur la remorque et être grimpés sur la statue dans l’inconscience de leur âge. La famille Battaini réside à côté du dépôt Cruchant, rue François Parmentier. Ils deviennent amis avec la mère de Mr. Schmied et cette amitié dure encore actuellement.