La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre - Winston Churchill

 

La Bataille de Lorraine est une des batailles les plus méconnues de la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant elle est l’une des plus importantes et des plus meurtrières…

Eminuit autem inter humilia supergressa iam impotentia fines mediocrium delictorum nefanda Clematii cuiusdam Alexandrini nobilis mors repentina; cuius socrus cum misceri sibi generum, flagrans eius amore, non impetraret, ut ferebatur, per palatii pseudothyrum introducta, oblato pretioso reginae monili id adsecuta est, ut ad Honoratum tum comitem orientis formula missa letali omnino scelere nullo contactus idem Clematius nec hiscere nec loqui permissus occideretur.




 

La libération de Vého

Un espoir de libération …

 

Samedi 16 septembre 1944.

Depuis quelques jours, l’espoir est dans tous les cœurs. Cette libération tant attendue est là…encore un peu de patience.

Sur le “haut de Soutrait” qui domine Vého à l’Ouest, le regard plonge sur la vallée de la Vezouze, vers Lunéville. Pas de doute, des signes certains nous indiquent que c’est pour bientôt…

Sur les coups de midi, un homme en kaki descend la côte. Le premier américain entre à Vého. Derrière lui arrive un long cortège de blindés, de jeeps etc…que tous regardent avec curiosité. Et comme il est midi, c’est à qui offrira à manger aux libérateurs. Toute la journée, ce sera un va-et-vient continuel de ces motorisés américains.

Des F.F.I. de la région les ont accompagnés et sont là pour les renseigner. Des pointes américaines seront même poussées plus loin, jusqu’à Repaix.

 

Dimanche 17 septembre 1944.

Le matin, il pleut, une jeep apparaît avec 5 prisonniers dont un blessé : une balle lui a traversé le dos. Il est soigné à la mairie, devenue infirmerie de campagne.

Le soir, une alerte retentie. On entend la mitrailleuse vers Emberménil. Des obus tombent près du village. Cette nuit-là, les caves deviendront des chambres à coucher.

 

…vite envolé

Lundi 18 septembre 1944.

Quelques blindés sont laissés en surveillance en divers points… stratégique. Mais tout à coup, vers 02h00, départ brusque. Repli. Un ordre sur les ondes, sans doute ? Les habitants sont seuls maintenant, mais pas pour longtemps… Des chars allemands, suivis de l’infanterie, montent le village et traversent la campagne environnante. Un beau rêve vient de s’envoler. Vého est retombé aux mains des allemands.

Une nouvelle occupation commence pour le village. Environ 3 semaines après, il ne restera plus aucun civil, tout le monde sera évacué vers l’Est.

 

 

Le retour des Américains

D’après le récit de Robert Uhl, de  la compagnie K, 114e Régiment d'Infanterie, 44e DI

 

En cette fin d’octobre, début novembre 1944, la compagnie K du 114e Régiment d’Infanterie  avance sous la pluie vers le village de Vého. Les Américains s’approchent donc du village avec des mitrailleuses lourdes, des mortiers, et lancent des tirs d'artillerie.

Les Allemands observent leur avancée depuis le clocher de l’église. Ils arrivent à blesser plusieurs soldats US et à en tuer un (le carabinier de la 1ère section Arthur Eisenhower).

Les Américains demandent donc à l’artillerie de frapper l’église : un tir de105 mm la touche mais le clocher reste intact. Un char Destroyer  vient pour l’abattre avec ses obus de 90 mm à grande vitesse.

Après la destruction de l’église, les soldats US peuvent progresser vers le village. Ils inspectent tous les bâtiments, à la recherche d’un éventuel tireur d’élite. Robert Uhl vérifie qu’aucun Allemand ne se cache dans les ruines de l’église. Les Américains ont donc finis de nettoyer le village et poursuivent leur route vers l’Est.

 

 

 

Les victimes de ces libérations et l’après guerre

 

Ce n’est que dans la 2e quinzaine de novembre que les habitants pourront réintégrer leur domicile, tant bien que mal, au seuil d’un hiver rigoureux. Mais qu’importe, ils sont chez eux, libres. Libres….

 

Trois personnes décèdent suite aux combats de 1944 :

Michel Aimée                      14 octobre 1944

Picard Etienne                     14 octobre 1944

Rouillon Juliette                   13 octobre 1944

Deux autres ne sont que blessées :

 Rouillon Jules blessé à la main

Picard Roger blessé en mai où juin 1945 sur une mine près de la maison de l’abbé Grégoire dans le virage

 

Un gros travail de reconstruction attend les habitants. Cependant on doit aussi déminer la région infestée de mines allemandes et américaines.

 

 

 

Un Panther dans l'étang de Parroy

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L’étang de Parroy est en fait un lac artificiel crée pour permettre le contrôle du niveau de l’eau dans le canal de la Marneau Rhin : en cas de besoin, quand le niveau baisse trop, une partie de l’eau contenue dans l’étang est relâchée dans le canal.

En 1944, les bombardements et les sabotages de la résistance ayant causé de nombreuses brèches, les Allemands sont incapables de maintenir le canal en eau. L’étang s’est progressivement vidé et seul un mince filet d’eau coule encore au fond.

Se retirant précipitamment de Bures au soir du 28 septembre, sous la menace des chasseurs-bombardiers qui vont et viennent dans le ciel, un panther se retrouve soudain pataugeant dans la boue au fond de l’étang. A mesure qu’il avance, le char repousse la boue qui s’accumulent devant lui mais le pilote réussit à traverser l’étang vide jusqu’au point le plus bas. Le char commence alors à remonter sur la rive opposée mais la boue repoussée devant les chenilles devient de plus en plus épaisse. Malgré les efforts du pilote qui pousse le moteur au maximum, le panther s’embourbe. L’équipage s’efforce d’arracher le char de la boue gluante mais les Thunderbolts qui menacent et sans char de dépannage pour le remorquer, ils abandonnent bientôt la partie et se retirent à pied vers Parroy.

Les jours suivants, le panther abandonné est attaqué à plusieurs reprises par les avions américains mais il ne subit aucun dommage.

 

Les combats se déplacent bientôt vers l’Est et des villageois s’aventurent dans la boue pour récupérer des outils ou d’autres objets du char. A la fin de la guerre, le panther est toujours enlisé au fond de l’étang mais un ferrailleur réussit à récupérer la tourelle et le canon. Le canal est réparé et remis en service, l’eau de l’étang retrouve son niveau normal et le panther disparaît bientôt sous près de trois mètres d’eau.

 

La recherche du mystérieux char englouti

En 1968, le commandant Michel Aubry prend le commandement du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières, à 15 kilomètres au Sud Est de Lunéville. Là, devant la forêt de Mondon, il se retrouve sur le terrain où il a combattu en 1944 avec la 2e Division Blindée. Il a ainsi l’occasion d’entendre parler pour la première fois d’un char qui se trouve au fond de l’étang de Parroy. Cependant, si certains affirment que le char est encore là, sous l’eau, d’autres prétendent qu’il a été dépecé il y a longtemps par des ferrailleurs.

 

En 1971, le commandant Aubry est nommé directeur du centre de documentation sur les engins blindés à Saumur et bientôt la « bande à Aubry » ratisse les camps militaires, les centres d’essai et les champs de tir. Leurs efforts sont payés de retour et le musée des blindés de Saumur s’enrichit chaque jour : dix en 1970, 100 en 1973 puis 150 en 1975.

Le colonel Aubry n’a pas oublié ce char mystérieux qui sommeille peut être au fond de l’étang de Parroy et, au printemps de 1976, il survole l’étang à bord d’un hélicoptère dans l’espoir de le localiser. Sans succès.

 

 

Il ne baisse pas les bras et organise le sondage de l’étang par une équipe de plongeurs :

Le fond de l’étang est quadrillé en tâtonnant et les plongeurs repèrent finalement le char à 80 mètres environ de la rive Est de l’étang. Des bouées sont amarrées au char pour le marquer mais le type même d’engin reste encore un mystère : s’il est admis que ce devrait être un panther, l’eau s’est avérée trop peu clair pour permettre aux plongeurs de le confirmer. 

La sortie des eaux !

Le colonel Aubry et l’équipe de Saumur établissent  sans tarder un plan de bataille pour récupérer le char et le jour J est fixé au 8 septembre 1976. Le 3e régiment de Cuirassiers, toujours en garnison à Chenevières, fournit deux chars de dépannage AMX 30D et le 408e bataillon de commandement et de soutien basé à Sarrebourg  met à disposition un porte-char de 40 tonnes. Le 4e régiment de Cuirassiers de Bitche quand a lui, envoi une équipe de plongeurs dont la spécialité est d’assister les véhicules blindés lors du franchissement de rivières.

Les travaux préliminaires s’achèvent dans l’après-midi du 7 septembre et les deux chars de dépannage se mettent en position. Les câbles sont déroulés et amenés jusqu’au bord de l’étang puis les plongeurs les accrochent au char immergé. Une première tentative de mise sous tension est alors faite et la manœuvre est un succès : le char bouge ! Tout est bon prêt pour l’opération de renflouement.

Le colonel Aubry, Pierre Buhler et d’autres éminents membres de l’équipe de Saumur sont au bord de l’étang au matin du 8 septembre 1976. On note également la présence du colonel Charbonnier, le commandant du 3e régiment de Cuirassiers, du colonel Frécaut, le commandant du 408e BCS et des maires des deux communes voisines, Parroy et Bures. Une foule de plus de 1 500 personnes s’est rassemblée pour assister au spectacle et les gendarmes ont bien du mal à contenir tout ce monde. Pour tenir la foule informée, un haut-parleur est installé sur un  véhicule et un commentateur décrit les opérations au fur et mesure de leur développement.

 

L’opération débute à 9h00 quand les treuils des deux AMX 30D commencent à tirer le char vers la rive. On peut suivre ses mouvements car la boue remuée laisse échapper les bulles de gaz qui remontent à la surface de l’eau. A 10h30, le char atteint la rive et émerge : il est immédiatement identifié, c’est bien un panther, un ausf.G. De temps en temps, les treuils sont arrêtés pour laisser l’eau s’évacuer à l’arrière du char, les trappes du capot moteur ayant été ouvertes dans ce but. 

A 12h30, le panther est sorti de l’eau. Un apéritif salue le succès de l’opération et tandis que tout le monde se détend en déjeunant au bord de l’étang, une équipe nettoie le char avec des jets d’eau sous pression fournis par un camion du 3e régiment de Cuirassiers. L’intérieur du char est nettoyé, tout particulièrement les casiers à munitions et une charge de démolition est désamorcée et enlevée.

Le travail reprend après le déjeuner et les deux AMX 30D soulèvent l’avant du panther de façon à ce qu’il puisse être hissé sur la plate forme du porte-char.

 

L’opération est un succès total. Dans la soirée, un des gamins (il a maintenant cinquante ans) qui a récupéré nombre de pièces sur le char en 1945 fait cadeau de ses souvenirs au colonel Aubry. Le panther est alors emmené à la caserne du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières où il est exhibé pendant deux mois environ. En décembre 1976, il est transporté à Saumur par le train.

 

La protection et la sauvegarde du panther allemand

Dès qu’il est entré au contact de l’air, le char à commencer à rouiller. Il n’y a pas de temps à perdre et les techniciens de Saumur entreprennent de le démonter entièrement, chacune des pièces étant nettoyée et auscultée. Malgré les trente années de séjour dans l’eau, aucun les écrous n’est bloqués. Plus surprenant, l’ensemble des équipements électriques est en parfait état ; seule la dynamo est grillée. Sans aucun doute, elle l’a été en 1944 et apparaît donc que pour ses derniers jours de combat, le panther n’a pu recharger ses batteries : elles étaient probablement bien faibles quand il s’est aventuré dans l’étang. Tout est remis en état de marche, la dynamo reçoit un nouveau bobinage et après avoir été remplies d’acide, les batteries sont rechargées comme si de rien n’était. Le CDEB informe VARTA, le fabricant, ce qui est à ce point enchanté qu’il fournit un jeu de batteries neuves en échange de l’ancien modèle. Finalement, le panther est totalement reconstruit, en utilisant chaque fois que nécessaire des pièces cannibalisées ici et là sur d’autres épaves. Il reçoit ainsi une nouvelle tourelle.

Le musée de Saumur s’enorgueillit de posséder un très grand nombre de véhicules historique en état de marche : plus de 100 chars, dont un tigre II et un panther, et des dizaines d’autres véhicules, blindés ou non, sont ainsi présentés régulièrement aux visiteurs. Le musée est ouvert tous les jours, de 9h00 à midi et de 14h00 à 18h00.

 

Article extrait du livre "Les panzers en Lorraine"
par Ronald McNair, éditions Heimdal

Article publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

 

 

 

La libération de Leintrey

Leintrey est un petit village composé d’une soixantaine de fermes et situé à l’extrême bordure dela Lorraine, restée française.

Il est un champ de bataille perpétuel dans les différents conflits du XXe siècle. Le sol est raviné de tranchées et de gigantesques entonnoirs qui attestent de la fureur des combats de 1914-18. La deuxième Guerre mondiale amène son lot de tracasseries administratives, de pénuries et réquisitions, mais surtout d’évadés et d’Alliés à cacher et à soigner.

 


Un espoir de libération…

 

Samedi 16 septembre 1944 :

Témoignages de C.L

 « Ca tonnait hier soir au Nord et au Sud vers la forêt de Parroy et celle de Mondon. On dit aujourd’hui que quelque chose brûle à Emberménil. Curieusement, dans l’après-midi, entraînant mon ami Pierre rencontré sur la route, j’'ai escaladé la côte au-delà de la voie. Nous pataugions dans la terre grasse, effectivement des fumées trainaient, salissant le paysage, mais le temps était trop bas et brumeux pour permettre d’y voir loin. Déçus, traînant les pieds de lourdes mottes de terre à nos chaussures, nous redescendions vers Leintrey, quand un craquement quadruple et régulier nous a fait nous retourner. Quatre panaches dans le brouillard ! C’était au moins du155 mm, là-bas, tout près des dernières maisons d’Emberménil.

Perplexes, nous sommes rentrés au village, les gens à qui nous parlions de ce qui arrivait haussaient les épaules « les américains ? » Sur des villages français ? Allons donc !

19h00, nous nous sommes mis à table, la sonnette résonna, c’était mon ami Ernest un vieillard, chaussé de lourd sabots «Dites donc monsieur le curé, ils sont là ! » « Qui ça ? » « Les américains pardi ! Plusieurs blindés, devant chez la mère Rouvenach ! ».

 

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L'enlèvement des statues de Lunéville

L'affaire de la statue Lasalle de Lunéville

Témoignage de feu Lucien Schmied sur l’enlèvement des statues de Lunéville afin d’être fondues, le 5 mars 1943

 

« Maman se rendant à son travail, arrive à la mairie à 8h00 et s’aperçoit d’une certaine effervescence. Elle est de suite appelée dans le bureau du maire, Monsieur André Mayer, qui exceptionnellement est déjà arrivé.

Elle est informée de suite de la situation : «Les allemands nous démontent toutes nos statues !». Un représentant de l’entreprise de construction Cruchant (*) est présent, expliquant que son entreprise de construction est réquisitionnée par un service spécial allemand (chargé de l’enlèvement de toutes les statues à fondre).

 

Monsieur le maire, habitant rue François Richard (anciennement rue de Méhon), est  prévenu chez lui, par des témoins, habitant place des Carmes, (dont Monsieur Bisiaux, le futur maire) des dispositions de démontage de l’ « Abbé Grégoire ».

Très vite, un plan de sauvetage se met en place: maman tape un courrier en allemand, signé par le maire qui demande la suspension de l’enlèvement de la statue du général Lasalle (sachant qu’il est trop tard pour l’abbé Grégoire). Il insiste sur la bonne entente de la ville avec les forces nombreuses et importantes des autorités d’occupation.

 

Le motif de la demande qui n’est en réalité qu’un prétexte, stipule que la ville de Lunéville ne possède pas d’archives photographiques de la statue du Général Lasalle, implantée dans la cour intérieure du château.  Elle sollicite donc de remédier à cet état avant un départ définitif d’une partie de son patrimoine culturel et demande en conséquence l’ajournement des mesures d’enlèvement, afin de photographier cette statue.

 

Cette lettre est ensuite transmise après entente téléphonique avec l’Hauptmann KL dela Kommandantur, qui rédige pour ses supérieurs de Nancy, un rapport favorable à cette requête, allant même jusqu’à téléphoner au Orzkommandandt, un colonel de Nancy, pour signaler l’urgence du dossier. Ce colonel donne, lui aussi, un avis favorable et rédige l’ordre d’ajournement.

Premier soulagement pour maman, l’enlèvement ne sera pas pour aujourd’hui…

 

Ma mère, après avoir courut immédiatement rue de Sarrebourg où tout est près, trouve le brave Capitaine KL avec le Feldgendarm motocycliste. Celui-ci reçoit l’ordre de se rendre à Nancy et de transmettre cette ordre place du Château à son retour. L’échafaudage, déjà en place, est donc démonté pour prendre des photos le même jour.

 

Monsieur Oudinot, photographe rue Carnot est chargé de ce travail : il doit prendre pour la ville des photographies de cette statue, chère aux Lunévillois depuis 1893 et au Messins puisque Lasalle était natif de Metz. Cinquante ans après Lunéville ne doit pas laisser partir cette statue et c’est un miracle qu’il n’en soit pas autrement.

 

Astrologie, ironie du sort ou intervention divine, nul ne sait si cette statue a une destinée. Mais sans l’intervention des maîtres d’œuvre de cette histoire, elle serait transformée en canon.

Les acteurs : une interprète qui orchestre l’affaire, un contre maître, un photographe, un maire et un responsable allemand qui ont l’idée des photos.

 

Une ou deux semaines plus tard, la statue est toujours là. Cependant, les allemands disposant d’une grue dans le secteur, reviennent à la charge pour voler le Général.

Monsieur Oudinot, le photographe prétexte alors une défectuosité des plaques photographiques et présente des mauvais clichés en précisant, preuve à l’appui, qu’il a fait une nouvelle commande de plaques, afin de gagner du temps supplémentaire.

Le temps passe, l’entreprise de construction Cruchant de nouveau réquisitionnée, trouve l’excuse de ne plus avoir de grue de levage, ni de plateau de chargement. Les allemands de leur côté, n’ont plus de matériel adéquat dans le secteur, ce matériel est utilisé à des tâches plus importantes à leur yeux (transports routiers et ferroviaires de troupes, matériels de guerre et aussi malheureusement de déporté…).

Encore deux jours de gagné, puis trois, puis quatre…, jusqu’au moment où il n’est plus question de subtiliser la statue. C’est pourquoi, cher Général Lasalle, depuis l’inauguration, le 29 octobre 1893, vous êtes resté et resterez toujours à votre place parmi nous, au milieu de la cour du Château de Lunéville.

 

Monsieur Oudinot offre à Monsieur André Mayer ainsi qu’à Madame Marguerite Schmied, la photographie de la statue reproduite dans ce document. Cette fameuse photo qui est tout de même prise au cas où les événements seraient contraires.

 

Ma mère est sur le brèche du premier jour de l’occupation allemande à la libération et nous attestons ma sœur et moi, qu’elle fait preuve d’un énorme courage, seule, bien souvent obligée de prendre des initiatives personnelles dont elle rend compte à postériori au maire, reconnaissant.

Ne voulant pas faire de rapport écrit de ses activités pour des raisons de sécurité, elle nous fait chaque soir un compte rendu détaillé de sa journée

Elle restera très discrète sur cette histoire même après la guerre. Néanmoins elle participera à la réalisation du livre de Marcel Laurent, “Lunéville pendant la 2e guerre mondiale”, en donnant de multiples informations.

 

Cet épisode se doit d’être consigné par écrit afin d’honorer sa mémoire et qui sait de pouvoir servir à d’autres René Ducret ou Marcel Laurent dans le futur ».

 

 

 

(*) Ce représentant n’est autre que Monsieur Lucien Battaini, contremaître de l’entreprise, qui fait traîner les travaux d’enlèvement de la statue de l’abbé Grégoire et ensuite ceux de la mise en place de l’échafaudage de la statue Lasalle.

Ces actions retardatrices permettent de recevoir juste à temps l’ordre de non enlèvement de cette dernière. La statue de l’abbé Grégoire n’a pas la même chance puisque qu’elle est démontée, fixée, arrimée sur un plateau et conservée plusieurs jours dans la cour de l’entreprise. Elle partira par voie ferrée vers les fonderies allemandes.

Les aînés de ses enfants se rappellent avoir joué sur la remorque et être grimpés sur la statue dans l’inconscience de leur âge. La famille Battaini réside à côté du dépôt Cruchant, rue François Parmentier. Ils deviennent amis avec la mère de Mr. Schmied et cette amitié dure encore actuellement.

Libération d'Azerailles

Azerailles

Récit de M Pierre CERUTTI

 Un vent de changements souffle...

Vendredi 1er  septembre 1944.

L'ennemi commence à devenir arrogant et hargneux. A côté de l'armée allemande et de la Gestapo, la milice française s'en mêle. Ce jour là, réquisition de tous les chevaux encore valides et voitures, 13 hommes partent en convoi et ne rentrent que 7 jours après, sans rien. Ensuite réquisition, foin, paille, nourriture, poste de TSF et autres, tout est bon pour les occupants, cela jusqu'au 15 septembre 1944.

 

Jeudi 14 septembre 1944.

13h00 : Le pont de Flin saute ainsi que le pont de Glonville. Fermeture de l’usine Cartier Bresson.

 

Vendredi 15 septembre 1944.

Arrivée à 16h15, d'une patrouille américaine du 2e de Cavalerie se dirigeant vers Hablainville, 2 jeeps, 1 Half-track et un char léger, à leur retour accrochage en bas de la rue de la Gare avec un SDKFZ allemand qui arrive de Ménil-Flin et se dirige vers Baccarat. Résultat de cet accrochage un half-track : radiateur percé, abandonné près de la fontaine, en bas de la rue de la Gare, 2 Jeeps ont basculées dans le fossé existant à cette époque côté droit en allant à la Gare, le char léger s'en tire non s'en s'être défendu, prévenu par radio par les véhicules le précédant. Les américains ont fait un prisonnier allemand dans la basse de Marnoël, profitant de cet accrochage, le prisonnier se sauve et rejoint les allemands dans le SDKFZ, l'escalier extérieur de la maison Balle porte encore la trace de l'impact de l'obus tiré par le char.

 

Samedi 16 septembre 1944.

A 9h00, une patrouille américaine traverse Azerailles et se rend à Gélacourt. Dans le courant de l'après-midi, 2 chars allemands traversent Azerailles et se dirigent vers Flin, à leur retour ils feront prisonniers Ernest Berscht et Fernand Cherrier. M. Berscht est porteur de grenades, ils sont torturés au siège de la Gestapo à Baccarat et fusillés en forêt de Bertrichamps.

 

Lundi 18 septembre 1944.

Au petit jour, par un épais brouillard, passage dans le village d'importants éléments de la 111e Panzer Brigade se dirigeant vers Lunéville. Ce même jour à 12h00, les Allemands font sauter les passerelles du "Breuil" et du barrage de l'usine sur la Meurthe.

 

Mercredi 20 septembre 1944.

5h30 : Occupation du quartier de l'usine, et de l'usine en particulier, par une section d’infanterie. Suite à l'occupation des villages à gauche de la Meurthe, bombardement accru, occupation du quartier de l'usine en particulier par une section d'infanterie allemande. Pendant cette période, un jeune FFI René Grelot est arrêté et après un interrogatoire sévère est relâché par la Gestapo.

 

 

Une pluie d'obus

Jeudi 21 septembre 1944.

Début des bombardements américains. Les Spahis de la 2e DB, se sont emparés des premiers villages en aval de Baccarat, c'est à dire Fontenoy la Joûte et Glonville.

 

Vendredi 22 septembre 1944.

A 14h00, le colonel Rouvillois pousse à Flin des éléments légers sur la rive droite de la Meurthe, sous un feu dense...Les éléments du 1er RMT traversent la Meurthe, livrent un violent combat à Ménil-Flin, et s'emparent de la crête aux lisières de la forêt. Ils n'entrent pas à Azerailles, à l'Ouest ils sont arrêtés à Glonville à 500 mètres des premières maisons d'Azerailles. Ils n'iront pas plus loin.

Leur avance est stoppée, il faut préparer des fronts et attendre matériel et munitions. Azerailles est sacrifié de jour comme de nuit le village et ses environs sont bombardés.

A 15h30, il y a des combats de patrouilles sur la Meurthe, les Allemands tirent trop court, et tuent leur capitaine et leur sergent. Les habitants côté Flin sont repliés vers le centre du village.

Les jeunes gens sont réquisitionnés par l'armée allemande pour aménager un emplacement pour un canon de 88 près du blockhaus Serrière, qui heureusement ne servira pas à cet endroit.

 

Samedi 23 septembre 1944.

Les Allemands font sauter le 1er et le 3e pont sur le canal, juste à minuit. A la suite de la destruction de ces ponts et de violents bombardements,  Mme Malo Courtois est grièvement blessée par un obus tombant dans la cuisine "maison Guillère"

 

Dimanche 24 septembre 1944.

A 17h00, gros bombardements dans le quartier de l'usine, la dernière cité est atteinte.

 

Mardi 26 septembre 1944.

Dans la nuit, un nouveau bombardement mais les tirs trop courts des Allemands.

 

Mercredi 27 septembre 1944.

A 00h30, les Allemands font sauter les deux dernières passerelles sur le canal.

 

Jeudi 28 septembre 1944.

A 16h00, violent bombardement et incendie de la maison Guérin. A 20h30, de nombreux obus tombent dans le bas du pays.

 

Samedi 30 septembre 1944.

Bombardement visant le quartier de l'usine. La vitesse de progression des colonnes alliées entraîne un temps d'arrêt nécessaire au regroupement des forces, à l'arrivée de renfort et à l'approvisionnement en carburant et munitions.

Ce temps d'arrêt de plus d'un mois est mis à profit pour améliorer les bases de départ de la prochaine offensive.

La farine commence à manquer, un jeune du village s'occupe alors de moudre du blé à l'usine Cartier Bresson, en se servant du canal pour fournir de l'électricité. Toute la population vit dans les caves ou les abris, car l'artillerie est souvent en action.

 

Une évacuation forcée

Mardi 03 octobre 1944.

A 10h00, la population est avisée par voix publique que le village doit être évacué totalement pour 18h00 y compris les malades et grabataires.

Dès le début de l'après-midi, résignés, silencieux, les larmes aux yeux, sans gestes et paroles inutiles, les habitants s'en vont à travers le village meurtris par les bombardements incessants. Les chariots partent attelés de boeufs et de vaches, de rares chevaux réformés par l'armée allemande, des charrettes de toutes formes, et de toutes dimensions, des poussettes, tous ces gens se dirigent vers Baccarat et sont reçus au centre d'accueil. Seul le Maire reste à la ferme de Marnoël ainsi que les habitants de la ferme de Mazelures, ou quelques familles surprises par la nuit qui ne peuvent aller plus loin. L'accueil de Baccarat est digne de tous éloges, d'autres se rendent à Bertrichamps, Raon-l'étape, Laneuveville, Vacqueville, Celles sur Plaine.

Le jour de l'évacuation, André Pétronin et les deux frères Pierre et Jean-Marie Cérutti passent la rivière en crue et gagne Glonville, de même qu'un couple M. et Mme Abderrahmane et sa belle mère Mme Grelot arrivent à passer par la passerelle de la vanne. Tous sont reçus à Glonville par M.Perrin qui forme un centre d'accueil. Dès l'arrivée des jeunes recueillis par les Spahis de la 2e DB, ils donnent les renseignements sur ce qui se passe, cela par ordre de la résistance.

L'armée ne comprenant pas un tel convoi couvert de drap et de linge blanc, ces renseignements sont aussitôt communiqués à l'état major, et sur les ordres du Général Leclerc, aucun obus n’est tiré ce jour-là, de plus des ordres sont donnés aux sentinelles de faire attention au cas où il y aurait d'autre passage sur la Meurthe.

 

Jeudi 05 octobre 1944.

L'occupant donne l'ordre d'envoyer à Azerailles, 17 personnes qui soignent les animaux laissés à l'abandon. Les hommes sont occupés à Baccarat aux tranchées ou au ravitaillement.

 

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1944.

M. Moitrier quitte sa ferme de Marnoël avec sa famille et se dirige sur Bertrambois.

 

Lundi 16 octobre 1944.

Les 3 familles qui restent à Azerailles sont expulsées et doivent partir dans une heure et ce par l'incendie qui redouble au village. Les Allemands mettent le feu à la main, à tous les écarts, côtés Baccarat, sous prétexte que ces maisons servent d'abris aux terroristes qui traversent journellement les lignes.

 

Mardi 17 octobre 1944.

Au cours d'une patrouille au bord de la Meurthe, territoire de Glonville, au lieu dit " La lunette " un  FFI du village, André  Pétronin est tué.

La ferme de Mazelures reçoit l'ordre d'évacuation, également l'ordre d'évacuation de Baccarat, les réfugiés d'Azerailles reprennent à nouveau le chemin de l'exil, les uns se dirigeant vers Badonviller et Cirey. La plus grande partie va à Petitmont par un temps effroyable, les quelques hardes emportées sont percées par une pluie diluvienne.

 

Le combat final pour libérer le village

Lundi 30 octobre 1944.

Par une journée de brouillard qui masque à souhait les vues et les bruits, le gros de la division se met en place sur la rive droite de la  Meurthe. Le débouché a lieu à partir des lisières Est de la forêt de Mondon. La dernière portion du parcours est aménagée par le Génie avant le déplacement du 31 octobre 1944 au matin, par 3 itinéraires à travers la forêt, pour réserver le maximum de surprise.

A cet effet, la laie forestière Ouest Est débouchant à Hablainville est l’objet d'un renforcement indispensable.

A partir du 20 octobre 1944, un régiment de génie américain, avec 120 camions bennes, GMC et tous ses engins, rasent littéralement les ruines d’un village incendié par les Allemands en représailles d’une action FFI à Rehaincourt  près de Châtel.

Une chaussée de 4 km est empierrée en 4 jours. La noria des camions tourne nuit et jour sans éveiller l'attention de l'adversaire: la surprise étant un élément essentiel au succès. Après ce travail passé inaperçu et pratiquement ignoré par la division, il ne reste plus que 20 GMC en état de rouler.

La 3e section du Génie est chargée de relever de jour et de nuit les mines placées au début du mois par elle-même, en couverture Est de Ménil-Flin vers Azerailles.

 

Mardi 31 octobre 1944.

Alors que le matin s'ouvre froid et ensoleillé, les voies sont libres, les Allemands qui se trouvent dans Baccarat vont maintenant avoir affaire à la division.

Bientôt le matin s'emplit des tirs d'artillerie qui commencent au moment du débouché. Tout est subordonné à la surprise et les lisières de la forêt se garnissent soudainement de chars.

Le groupement tactique DIO, avec la 13/2 sont chargés de s'emparer d'Azerailles et de s'installer dans le triangle : Gélacourt, Brouville, Merviller, puis de là, ils doivent pousser de fortes reconnaissances offensives vers Baccarat.

 

A 8h30, sortant à l'improviste des Hauts Bois, le groupement Quilichini, avec qui marchent les 1er et 2e sections de la 13/2, va sans autre façon aborder Azerailles.

La 2e section au complet qui, sortie du bois de Mondon par la ferme "du Haut de la Garde" derrière le peloton de chars moyens, arrive par la route d' Hablainville. La première section s'est scindée en 2 groupes.

Le 1er suit la voie ferrée Ménil-Flin, Azerailles puis contourne un champ de mines à 200 mètres avant la gare d'Azerailles.

Le 2e emprunte la RN 59 de Ménil Flin à Azerailles. Il enlève les branches et un abattis au passage à niveau, formé de 2 troncs d'arbres piégés et reliés à 2 pétards de 2 et 3 kg. Il fait alors 13 prisonniers parmi les Allemands qui fuient le village. En effet, la garnison est sortie par paquets dès l'arrivée du groupement Quilichini, et une partie de ses effectifs collabore au déblayage.

Azerailles n’est pas occupé sans peine et pour son premier combat Quilichini, qui a remplacé Farret à la tête du 1er RMT dans le groupement Dio, a affaire à forte partie.

L'avant veille, un déserteur russe a traversé les lignes et les renseignements qu'il a donnés indiquent que le village est le second point fort ennemi après Hablainville. A peine le premier char M 1 de reconnaissance s'est  présenté sur la crête, qu'il est détruit par un coup au but. Le M 1, c'est le "Treadway Bridge", un pont spécial qui permet d'assurer le passage de tous les véhicules et blindé de la division.

           

Quilichini donne des ordres au Lieutenant Bonnet, commandant l’escadron des tanks Destroyer du GTD. Il lance le "Fantasque" en lui donnant des consignes précises. Il progresse lentement et arrive derrière le char détruit, avance encore de quelques mètres, soudain se produit un choc terrible à l’avant, suivi d’une explosion : le 88 a encore frappé. Immobilisé, "le Fantasque" n'a plus qu’à attendre le coup de grâce. L'obus touche en plein sur le renforcement avant, seule partie sérieusement blindée.

Le tireur reçoit l'embout de lunette dans l'oeil, il pleure mais il continue à pointer. Soudain à l'intersection des fils, il voit les ennemis qui approvisionnent le canon. Il appuie sur la détente: une intense lueur d'un blanc éblouissant puis un amas de branchages se disperse. Des hommes tombent ou s'enfuient.

La route d'Azerailles est ouverte.

 

L'après libération ...

Après la libération d’Azerailles, la 2e DB continue son avance vers Baccarat.

Après cette 1ère attaque couronnée de succès, malgré l'attaque à travers bois et champs détrempés, il y a plusieurs chars et half-tracks embourbés. Il y a à nouveau une période d'attente mais à partir du 15 novembre 1944, les opérations reprennent.

 

Samedi 18 novembre 1944.

A 16h00, les chars et les TD réduisent les résistances de Parux au canon. A la même heure, Morel Deville liquide les défenses antichars de Cirey sur Vezouze et libère la ville.

La Vezouze est franchie et la défense allemande est consommée. Le lendemain c’est la libération des pays où les habitants du village ont évacué. La population d'Azerailles n’est libérée en partie que vers le dimanche 19 novembre 1944 et ne rentre que vers le jeudi 23 novembre 1944.

 

A leur retour, ils trouvent un village détruit : 47 maisons brûlées totalement, en plus des 28 de Juin 1940. Les autres maisons ont reçu plusieurs obus : il n'y a plus de vitres aux fenêtres, les tuiles sont dispersées voir inexistantes.

 

L'église est brûlée de même que les bâtiments communaux. Au retour au pays, certains civils sont victimes des mines. Plusieurs personnes sont mortes, ou blessées lors d'attaques ou suite aux bombardements :

M Camille MARCHAL, blessé à la jambe, il décédera à l'hôpital de Baccarat;

Mme MALO COURTOIS, blessée au bras et à l'épaule décédera également à l'hôpital de Baccarat

Le 30 septembre 1944, M Léon SCHAEFFER est blessé par une mine, intransportable il meurt le 2 octobre.

Emile  HERBE est tué par un éclat d’obus à Fenneviller.

André SITT est également tué par un éclat d’obus, à Petitmont.

Georges MELLE est blessé à Bertrichamps.

Maurice MANGIN est blessé à Petitmont.

M et Mme BURTIN sont victimes de mines.

André PETRONIN ne rentre pas au village, tué au cours d'une patrouille, au bord de la Meurthe, territoire de Glonville au lieu dit "La Lunette", le 17 octobre 1944.

Madame Henri COLLIGNON est tuée dans l'église de Baccarat au cours du bombardement du 7 octobre 1944.

 

62 familles sont démunies de tout, 190 personnes sans abri, plus de fourrage pour les bêtes rescapées et certains propriétaires sont sinistrés une seconde fois.

 

Le 31 octobre 1944, les hommes du Général  Leclerc libèrent Azerailles, vide de ses habitants. La division Leclerc, qui fait partie de la 7e Armée américaine, s’impatiente de pouvoir foncer vers l'Est.