La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre - Winston Churchill

 

La Bataille de Lorraine est une des batailles les plus méconnues de la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant elle est l’une des plus importantes et des plus meurtrières…

Eminuit autem inter humilia supergressa iam impotentia fines mediocrium delictorum nefanda Clematii cuiusdam Alexandrini nobilis mors repentina; cuius socrus cum misceri sibi generum, flagrans eius amore, non impetraret, ut ferebatur, per palatii pseudothyrum introducta, oblato pretioso reginae monili id adsecuta est, ut ad Honoratum tum comitem orientis formula missa letali omnino scelere nullo contactus idem Clematius nec hiscere nec loqui permissus occideretur.




 

Historique du 2e Régiment de cavalerie US

Le 2e Régiment de Cavalerie US

Historique

L'actuel 2e Régiment de Cavalerie blindée est le plus ancien régiment de cavalerie de l'armée des États-Unis et, depuis 154 ans, il n'a jamais cessé d'appartenir à l'armée américaine d'active.
L'Étendard du Régiment a reçu 53 flammes commémoratives d'actions de guerre, une citation présidentielle (1) pour son action aux Philippines et une seconde pour sa participation à la rupture de l'encerclement de Bastogne, pendant la bataille des Ardennes de l'hivers 1944- 45, ainsi que la croix de guerre belge. De plus, 20 médailles d'honneur, la plus haute décoration décernée aux seuls militaires, furent accordées à des personnels du régiment, tous officiers subalternes, sous-officiers et cavaliers. Le sergent Patrick Léonard reçut deux fois cette distinction. Cinq militaires américains, seulement, obtinrent deux fois cette décoration dans l'histoire de l'armée des États-Unis.

Le régiment fut créé le 23 mai 1836 par le Président Andrew Jackson. Les bureaux de recrutement, installés dans l’est des USA, obtinrent un grand succès d’engagements, notamment dans les états de New-York et de Caroline du Sud. A cette époque, son appellation de 2e Régiment de Dragons correspondait, comme dans les armées européennes, à une unité entraînée au combat à cheval ou à pied. Son premier commandant de régiment, le lieutenant-colonel David E. Twiggs fut surnommé “old Davey” ou encore “the Bengal Tiger” par ses cavaliers. Il commanda le régiment pendant 10 ans.
En décembre 1836, les cinq premières compagnies du second Regiment of Dragoons arrivent en Floride, et sont aussitôt engagées contre les indiens Séminoles. Le nouveau régiment découvre rapidement l’aspect infanterie de ses missions, combattant dans les marécages de Floride les guérillas indiennes…et les alligators. La campagne dura cinq ans. C’est au cours de cette campagne que le régiment reçut ses premiers revolvers Colt (2), achetés sur ses fonds personnels par le lieutenant-colonel Harney, commandant en second du régiment.

Après les guerres Séminoles, le régiment changea de dénomination et devint régiment de voltigeurs à cheval, Mounted Riflemen. Une année plus tard, il reprenait son ancien nom de Dragons et partait combattre les indiens Apaches et Navajos dans les plaines du Sud-Ouest.

En 1846, quand le général Santa Anna envahit le Texas, les États-Unis déclarèrent la guerre au Mexique et le 2e  Dragons se mit en route. Il participa à tous les combats de cette campagne et en particulier à l’affaire de Resaca de la Palma. Au cours de la bataille l’avance des troupes américaines fut stoppée par une forte concentration d’artillerie mexicaine. Le capitaine May, du 2e, fut désigné pour conduire la charge. La charge réussit et May captura en combat singulier le général mexicain Véga.

L’ordre du jour donné par le capitaine May, avant de lancer la charge :
« Remember your regiment and follow your officers! »
“Souvenez-vous de votre régiment et suivez vos officiers ! »
Est restée depuis cette date jusqu’aujourd’hui la devise du 2e de Cavalerie.

Les Dragons participèrent ensuite au débarquement de Vera Cruz et à la prise de Mexico, le 13 septembre 1847.  Après une courte période d’occupation de la capitale mexicaine, le régiment reprit la direction des plaines de l’Ouest et assura de nouveau ses missions de protection des immigrants dans les nouveaux territoires, complétées par des patrouilles de surveillance des réserves indiennes, récemment créées.

Le régiment poursuit ses campagnes contre les Apaches jusqu’en 1861, lorsqu’il fut rappelé dans l’Est, pour prendre part aux combats de la guerre civile américaine, conflit que nous appelons en France la guerre de Sécession. Il reçut alors l’appellation de Second US Cavalry Regiment ; 2e régiment de Cavalerie des Etats-Unis.
Au cours de cette guerre, le nouveau 2e fit campagne en Virginie et lors de la bataille de Fredericksburg, il reçut sa première médaille d’honneur du Congrès, décernée au sergent Martin Hagan. Avec une poignée de cavaliers, ce sous-officier, sans perdre un homme, ni un cheval, ni la moindre pièce d’équipement, réussit à contenir une brigade de cavalerie confédérée, permettant à l’armée de l’Union de se replier au-delà de la rivière Rappahannock, jusqu’au Nord de la ville (décembre 1862). Le régiment fut présent à presque toutes les batailles de la guerre, Antietam, Chancelorsville, Guettysburg, pour n’en citer que quelques unes.

En 1865, la guerre terminée, le 2e fut renvoyé dans l’Ouest et reprit ses campagnes contre les indiens. Dans les années de la fin du siècle, ses escadrons, dispersés sur plusieurs Etats, construisent de nombreux forts qui allaient devenir de grandes villes, la plus fameuse d’entre elles état Fort Worth Texas.

En 1876, pendant la campagne d’été contre les Sioux, le 2e bataillon du 2e de Cavalerie fut proposé en renfort au Général Custer, mais celui-ci déclina la proposition. Deux jours plus tard, le bataillon qui avait bien failli partager le sort du 7e de Cavalerie de Custer, découvrit leurs dépouilles au bord de la Little Big Horn. Une grande partie des cinq années qui suivirent fut consacrée à la poursuite des Sioux, responsables de la mort de Custer et des cavaliers du 7e Régiment de Cavalerie

En 1890, quand la guerre hispano-américaine éclata, le régiment fut envoyé à Cuba pour combattre aux côtés des “Rudes Cavalier” (3) de Théodore Roosevelt. Dans ses lettres de l’époque, Roosevelt exprimait ses sentiments à l’égard du régiment en écrivant : « les cavaliers du 2e sont partout. Tout au long des journées vous les voyez chevaucher. Tout au long des nuits vous entendez résonner les sabots de leurs chevaux ». Après Cuba, le régiment fut transféré aux Philippines, contre les Moros. A son retour, l’unité resta pour une courte période aux Etats-Unis avant de partir pour l’Europe et pour “ la guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres”. Pendant la Grande Guerre, le 2e fut le seul de l’armée américaine à servir comme régiment à cheval…sur des animaux de ferme français.

Le 2e débarqua en France en avril 1918 et se retrouva dans le secteur de Toul, trois semaines à peine après avoir quitté la mère-patrie. Après avoir été fragmenté en petits détachements, il fut chargé de missions peu glorieuses de Police Militaire ou de gestions des dépôts des remontes. Enfin regroupé, il participera à l’offensive alliée du 18 juillet au 6 août 1918 contre le saillant de Soissons, puis à celle de l’Aisne du 18 août au 11 septembre 1918. Mais il reçut les plus élogieuses félicitations pour son action lors de la réduction du Saillant de Saint-Mihiel, en flanc garde de la 1ère armée. Après la prise du Mont Sec, il s’infiltra par les bois et poussa une reconnaissance jusqu’à Vigneulles, puis au-delà jusqu’à la ligne Saint-Maurice-sous-la-Côte, Woël et Jonville, poursuivant l’ennemi, accrochant ses arrière-gardes, capturant de nombreux prisonniers, bousculant son dispositif et retardant son repli.

Pour l’offensive finale des alliés, le 2e de Cavalerie fut donné en renforcement à la 35e Division d’Infanterie américaine engagée dans l’Argonne. “La bataille dure du 26 septembre au 2 octobre 1918, autour de Varennes en Argonne et vise à faire sauter les points forts de la défense allemande, Montfaucon et Romagne. Les cavaliers accomplirent leurs missions avec intrépidité, courage et au mépris du danger et des souffrances”.
L’armistice du 11 novembre 1918 trouva le 2e de Cavalerie au Nord de Busancy, refoulant l’adversaire en direction de la frontière. Le régiment resta à l’armée d’occupation en Allemagne, à Coblence, jusqu’en août 1919. De retour aux Etats-Unis, il prit garnison à Fort Riley, Kansas.
De 1919 à 1939, le 2e accomplit ses missions du temps de paix dans le cadre de l’École de Cavalerie de Fort Riley, comme régiment de manœuvre, sous le commandement de chefs tels que les généraux Patton, Truscott, Keyes, Mattox et beaucoup d’autres. C’est là que furent expérimentées les premières unités d’automitrailleuses.

À l’approche de la 2e Guerre Mondiale, le rythme des exercices s’accéléra au Minnesota, en Louisiane, en Arizona, sur la frontière mexicaine, mais le régiment conservait toujours ses chevaux.

Le 15 mai 1942, il fut transformé en 2e Régiment blindé de la 9e Division, puis en juin 1943, il prit son appellation de Second Cavalry Group Mechanized. En décembre 1942, nouvelle réorganisation, cette fois définitive. Le 2e comprenait désormais un état-major, un escadron de commandement et deux groupes d’escadrons, les 2e et 42e.
(L’organisation détaillée est donnée en 3e partie de cette annexe).

Le 2e de Cavalerie débarqua à Utah Beach le 19 juillet 1944 et prit rapidement la tête de la 3e Armée de Patton où il resta jusqu’à la fin de la guerre.
Son extrême mobilité, sa vitesse et sa souplesse d’exécution, son habileté à s’infiltrer jusqu’aux arrières de l’adversaire, lui valurent de la part des allemands le surnom légendaire de Fantômes de la 3e Armée de Patton. “Ghost of Patton’s Third Army”. Le 2e de Cavalerie poursuivit sa chevauchée, après les combats de Lunéville (4), à travers les Ardennes, en Alsace, en Rhénanie, en Allemagne centrale et dans les derniers jours de la guerre en Europe, il pénétrait en Tchécoslovaquie, réalisant la plus profonde opération de pénétration de toutes les forces américaines sur le théâtre d’opérations européen. Sur ordre de Patton, il exécuta un dernier raid à travers les lignes russes pour aller récupérer les fameux étalons Lipizzans de l’École Espagnole d’Équitation de Vienne, sur lesquels les cosaques allaient faire main basse. Et par la même occasion, les “Fantômes” rendirent la liberté aux prisonniers d’un camp de concentration.

Le 11 mai 1945, soit trois jours après l’armistice, le 2e de Cavalerie et la 35e Brigade de Chars Soviétique se trouvent face à face, ces derniers désirant poursuivre leur progression vers l’Ouest.
Conformément à ses ordres, le colonel Reed refusa d’obtempérer aux injonctions russes qui lui intimaient l’ordre de se replier et d’évacuer notamment la ville tchèque de Pilzen. Reed leur fit transmettre ce message :
« Si vous continuez, souvenez-vous, nos canons sont encore chargés ».
Le général russe n’insista pas.
La nuit suivante, le régiment recevait l’ordre, conformément aux accords interalliés, d’évacuer totalement la Tchécoslovaquie. Ce repli était terminé le 14 mai 1945.

La guerre terminée, le 2e de Cavalerie fit partie de l’armée d’occupation. En mai 1946, il reçut un entrainement spécial, fut réorganisé et prit une nouvelle appellation : 2nd Constabulary Regiment, qui peut être traduite par le 2e Régiment Prévôtal. Ces nouvelles dispositions restèrent en vigueur jusqu’en 1948. Il reçut alors la désignation définitive de Second Armored Cavalry Regiment, 2e Régiment de Cavalerie Blindée ainsi que la mission qu’il assume encore aujourd’hui.
 
En 1951, le PC du régiment s’établit à Nuremberg jusqu’en 1955. Il fut alors renvoyé aux Etats-Unis où il tint garnison à Fort Meade, dans la Maryland. Mais bientôt il était de retour en Europe et retrouvait Nuremberg, ses anciens quartiers des “Merrel Barracks” et sa mission : être les yeux et les oreilles de l’Otan, le long des 651km de rideau de fer sous la responsabilité du 7e  Corps d’Armée américain en RFA.

Manonviller: l'appui de la 2e DB à la 79e DI

d’après le témoignage de Pierre Purson,
tireur à bord du char Brive la Gaillarde

 

Monument de Manonviller en mémoire des soldats de la 2e DB tombés au combatLe 25 septembre 1944, la 2e DB a pour ordre de passer la Vezouze pour s’emparer de Manonviller, situé à 10km de Lunéville. Cette opération sera une des plus dures de la division et se soldera par un échec total, laissant un souvenir amer à tous ses participants, militaires ou civils.

Le village de Manonviller  est à flanc de coteau sur les premiers contreforts des Vosges et domine la Vezouze et les massifs forestiers environnants dont la forêt de Parroy. Il est surtout connu pour son fort construit par Séré de Rivières en 1879. Détruit durant la Grande Guerre, il sert de terrain de jeu aux enfants et de cachette pour des réunions de la résistance à partir de 1943. C’est dans le fort que sont préparés plus de 50 attentats à l’explosif, dont celui du 22 juin 1944 qui immobilise plus de 200 péniches, transportant des pneus et du sucre pour les Allemands, sur le canal de la Marne au Rhin. Entre juillet et août 1944, la défense allemande sur Manonviller se renforce : les crêtes avoisinant le fort  sont occupées, pendant qu’un abri et quelques pièces d’artillerie sont positionnés à son entrée.

En septembre 1944, la 2e DB arrive sur la route Lunéville - Baccarat. Le 3e escadron du 12e RC arrive à Thiébauménil le 23 septembre afin d’appuyer une attaque de la 79e DI, qui part de Lunéville sur Sarrebourg. Manonviller est un des points clés de cet assaut.

Le 24 septembre, le Commandant Rouvillois reçoit l’ordre d’attaque mais les conditions climatiques des derniers jours rendent impossible la manœuvre. L’ordre est donc reporté au lendemain, à 13h30, pour le Commandant Quilichini, malgré des conditions météorologiques tout aussi déplorables :

« Franchir la Vezouze devant Manonviller, établir une tête de pont, s’emparer de Manonviller, pousser jusqu’au fort de Manonviller et s’y établir avec tout le sous-groupement »

L’attaque doit être menée par un peloton de chars (peloton Krebs), une section d’infanterie (section Djambekoff) et un peloton de destroyers du RBFM (peloton Lacoin). Au même moment, une section d’infanterie de la 1ère compagnie du RMT doit franchir la Vezouze devant Thiébauménil et avancer directement jusqu’au fort.

Le convoi se met en route à 14h00 et ce sont les fantassins du RMT qui arrivent les premiers au village. La riposte allemande se fait de suite mais à cause des pluies et du brouillard les manœuvres sont difficiles, voire impossibles. La terre inondée se transforme en marécages profonds et devient un piège mortel pour les chars.

Le support aérien américain n’étant pas possible, l’artillerie de la division et notamment la batterie US de 155mm installée à Laronxe prennent la relève mais les Allemands, qui ont une meilleure vue, pilonnent la zone.

Plusieurs véhicules s’embourbent et les bombardements allemands empêchent de les récupérer.

A 17h00, la situation est toujours bloquée mais les forces françaises reçoivent un ordre du commandant Quilichini :

« Ordre impératif de vous replier prudemment, protégés par l’artillerie »

La deuxième section d’infanterie qui a progressé vers la crête du fort et l’a atteint à un moment, doit aussi se replier face à des forces bien supérieures.

Entre le 25 septembre et le 10 octobre 1944, le village et le fort feront l’objet de plusieurs bombardements aériens et de tirs d’artillerie US.

La 2e DB comptera 5 morts et 14 blessés  et perdra 6 véhicules durant cette après-midi. L’échec de cette mission est dû à l’absence d’une mission de reconnaissance qui aurait démontré l’impossibilité des manœuvres, causée par les pluies diluviennes et le brouillard.

Les troupes allemandes sont constituées de nombreux jeunes gens inexpérimentés d’après les témoignages de M. Lorrain et M. Winter, mais leurs positions leur permettent de tenir leurs lignes. Ils n’évacueront le village que début octobre.

 

Ancerviller: la Libération

Monument en mémoire du Sergent Arthur Palmer et de ses compagnons
morts à Ancerviller les 13 et 14 novembre 1944

texte d’Audrey Brunias,
d’après les travaux de l’adjudant-chef Philippe Sugg
 et du témoignage de William Long

 Emplacement: Ancerviller
Monument d'AncervillerLa 79e DI US est remplacée par la 44e DI après les combats d’Emberménil. À partir du 23 octobre 1944, les 313e, 314e et 315e régiments d'infanterie peuvent se reposer dans des camps installés à Lunéville et dans ses environs.

Ce repos de 16 jours prend fin lorsque l’offensive vers le Rhin est ordonnée. La 79e DI est désignée pour forcer un passage à travers la fameuse « Vor Vogesenstellung » et repousser les Allemands vers l’Alsace. Elle doit attaquer le long de la ligne Ancerviller, Nitting puis capturer Sarrebourg avec le soutien de la 44e DI et enfin foncer vers le Nord-est.

C’est le 315e régiment d'infanterie qui doit libérer Ancerviller, à partir du 13 novembre 1944. La résistance allemande est plus féroce que prévue et les forces américaines doivent faire face à une météo défavorable : neige et températures négatives.

C’est ce jour que le S/Sergent Arthur Palmer, appartenant à la compagnie G, est tuer. Son camarade William Long, blessé pendant l’attaque laisse un témoignage sur cette journée, édité dans l’ouvrage « Freedoms Heroes ».

L’attaque commence dans la matinée de ce 13 novembre 1944, les Shermans de la 2e Division Blindée sont présents en appui et servent de protection à l’encontre des balles pour les membres de l’infanterie. Le char qui protège W. Long est touché par un Panzerfaust et doit se retirer derrière la crête. De nombreux soldats sont blessés et restent toute la nuit sans secours, parmi les cadavres. W. Long, touché par plusieurs balles, est bloqué à terre durant dix-huit heures et entend « les gémissements et les plaintes de ses camarades blessés, certains criant, d’autres en train de mourir, d’autres encore demandant par pitié un verre d’eau ou appelant leur mère ». Ramassé le lendemain par des brancardiers, il doit sa survie à la Bible que sa tante lui a offerte avant son départ à la guerre. Le Shrapnel qui devrait le toucher en plein cœur est stoppé par le Livre Saint. 

Le village ne sera libéré que le lendemain matin. Le général Leclerc, commandant la 2e Division Blindée, est impatient de foncer vers l’Est avec ses chars, il se rendra sur place pour voir les derniers combats. 

Plus de détails sur ce combat
 
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Le 2e Régiment de Cavalerie US

Historique

L’actuel 2e Régiment de Cavalerie Blindée est le plus ancien régiment de Cavalerie de l’armée des États-Unis et, depuis 154 ans, il n’a jamais cessé d’appartenir à l’armée américaine active.

L’étendard du régiment reçoit 53 flammes commémoratives d’actions de guerre, une citation présidentielle[1] pour son action aux Philippines et une seconde pour sa participation à la rupture de l’encerclement de Bastogne, pendant la bataille des Ardennes de l’hiver 1944-45, ainsi que la croix de guerre belge. De plus, 20 médailles d’honneur, la plus haute décoration décernée aux seuls militaires, sont accordées à des personnels du régiment, tous officiers subalternes, sous-officiers et cavaliers. Le sergent Patrick Léonard reçoit deux fois cette distinction. Cinq militaires américains, seulement, ont obtenu deux fois cette décoration dans l’histoire de l’armée des Etats-Unis.

 

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Dans la première Jeep qui franchit la Moselle

Témoignage de deux lycéens dans l’armée fantôme de Patton

D’après le texte de Mr Hubert Mazure,

 

 

Aujourd’hui, 11 septembre 1944, à 17h00, notre peloton prend la Nationale 413 en direction de Tantonville, puis nous suivons la route de Bayon. Après avoir dépassé Crantenoy les autres teams nous quittent et, restés seuls, nous établissons le campement à un carrefour dela D.6 et d’un petit chemin qui conduit à un bois.

         

 

Le 12 septembre 1944, de bon matin, départ. Par Haroué et Xirocourt, nous nous dirigeons vers la Moselle. Arrivés au-dessus de Gripport, nous attendons pour prendre position : quelques Allemands se sont accrochés à notre village. Tout autour de nous, des chars sont camouflés derrière des buissons.

Nous dominons toute la plaine de la Moselle et voyons très distinctement les éclatements des obus de notre artillerie dans la forêt de Charmes où se trouvent de fortes concentrations de troupes ennemies.

Nous déjeunons. Sur les conseils du lieutenant cette fois chaleureusement appuyé par Paschal, je brûle tous les papiers qui auraient pu me faire reconnaître comme français : si je suis fait prisonnier je me donnerai comme canadien... ce qui ne serait que demi mensonge, puisque ma mère est née canadienne.

 

A 16h00, nous descendons vers Gripport, définitivement débarrassé des Allemands. Nous camouflons nos véhicules, restant prêts à démarrer à la moindre alerte, car les Allemands occupent toutes les collines avoisinantes. Non loin d’où nous sommes, des avions de chasse allemands attaquent en piqué des tanks destroyers, sans grand dommage pour ces derniers.

 

A la nuit tombante, sifflement et explosion de 88, tout proche, bientôt suivie de plusieurs autres. A qui sont-ils destinés ? A nous ou à des batteries d’artillerie en position à proximité ? Ils explosent entre les deux. Pendant la nuit on double les gardes ; on se couche sur la route le long des fossés.

 

 

Le 13 septembre 1944, nous rejoignons le reste du peloton pour faire ensemble le passage dela Moselle. Devant Bayon, une passerelle vient d’être lancée sur le canal de l’Est ; les hommes du génie s’affairent et avec des bulldozers ouvrent un chemin d’accès. Le lieutenant commande la halte. A ce moment arrive une Jeep, avec la mitrailleuse sur le capot, mais couverte : cela est anormal, car il est défendu de mettre la capote. Un gros GI, assis près du chauffeur hèle le lieutenant d’un grand geste protecteur : celui-ci s’approche nonchalamment, puis brusquement, se raidit, se met au garde à vous en faisant claquer les talons, salue et se fige pendant toute la conversation.

          - « Lieutenant, placez vos véhicules dans le champ, à droite de la route, et attendez que je revienne vous montrer le chemin pour franchir la Moselle. »

          - «  Certainement, Sir. »

 

J’aperçois alors sur le casque du gros GI deux minuscules étoiles : c’est un général de division, le général Wood qui commande la 4e Division Blindée. Quant à son chauffeur, son casque s’orne d’une étoile, c’est le général de brigade Dagger commandant le Combat Command B de la division. Ces petites étoiles, c’est tout ce qui les distingue des simples GI’s. Je remarque que mes camarades pouffent de rire et se retournent pour cacher leur joie : je n’en vois pas la raison mais c’est un fait, la vue d’un officier général provoque chez les GI’s une douce hilarité !

          Que l’on n’aille pas croire qu’il s’agit de moquerie, c’est même tout au contraire un signe de contentement.

 

Nous nous rangeons à la place indiquée. Quelques minutes plus tard la Jeep revient : le général Wood nous fait signe de le suivre et nous traversons à gué la rivière, Jeep des généraux en tête. A notre passage, les pontonniers, torse nu, qui construisent une passerelle, se figent au garde à vous... je n’aurais jamais imaginé le passage de la Moselle aussi sensationnel. La traversée est assez difficile, l’eau arrive à la hauteur du plancher des voitures, les roues patinent dans les graviers, mais on passe quand même.

Arrivés sur la rive droite le général Wood, dans un grand geste, nous montre l’Est : nous défilons en saluant.

Le retour des généraux fut spectaculaire : s’étant écartés du gué, ils embourbèrent leur Jeep au beau milieu de la Moselle, et il fallut l’aide d’un bulldozer pour les sortir de là.

         

Armée démocratique où un général conduit sa Jeep, tandis qu’un autre général ferait, en cas de besoin, fonction de mitrailleur. La tenue de campagne est la même, du simple soldat au général ; les sous-officiers ne portent aucun insigne distinctif, les officiers de 1ère ligne sur le derrière du casque, les généraux de petites étoiles. A distance on ne peut reconnaître un officier, ce qui est bien utile à cause des « snipers », qui ont pour principale mission d’abattre officiers et sous-officiers. D’ailleurs ce n’est pas seulement une question d’habillement, les officiers subalternes vivent avec leurs hommes, les rations des uns et des autres sont identiques et ils se servent eux-mêmes, n’ayant pas le droit d’avoir une ordonnance. J’ai même remarqué qu’au repos, notre colonel envoyait chercher ses repas à la cuisine et mangeait l’ordinaire du soldat.

 

Cela étonnera sans doute beaucoup ceux qui connaissent les habitudes de l’armée française. Mais il faut savoir que la cuisine du soldat américain est soigneusement et, surtout proprement faite. Etre l’individu le plus sale du régiment, titre nécessaire et suffisant pour faire un « cuistot » français, serait un vice rédhibitoire dans l’armée américaine. Quand donc le commandement français comprendra-t-il que la nourriture entre comme facteur principal dans l’équation psychologique du moral d’une armée ? Le colonel mangeant à l’ordinaire, voilà bien le « test » pratique.

 

Quant au salut, il n’est dû, au front, qu’aux officiers généraux, à l’arrière il est également dû aux officiers supérieurs.

         

De ce côté de la Moselle, on ne voit que quelques petits groupes de fantassins qui ont traversé la rivière en canots pneumatiques la veille et ont établi une tête de pont dans Bayon, mais on ne voit aucun véhicule. Ma Jeep est réellement le premier véhicule américain qui toucha cette rive... après celle du général Wood. Nous traversons les avant postes de la 4e Division Blindée : une mitrailleuse dans chaque fossé de la route, quelques hommes, des mines antichars, c’est tout. Nous fonçons maintenant dans l’inconnu, inspectant tous les buissons à la jumelle, faisant de nombreuses haltes.

 

Près de Froville, le peloton se divise : notre team se dirige vers Villacourt, puis nous avançons lentement vers Loromontzey ; un peu avant d’y arriver, j’interroge deux paysans :

          - « deux heures auparavant disent-ils, deux  Allemands à pied ont suivi la rivière allant vers l’Est et il doit y en avoir d’autres dans des buissons à deux kilomètres au village. D’autre part environ deux mille artilleurs allemands vont en débandade, dans les bois, à cinq kilomètres de là. Il y a aussi des Allemands dans la forêt de Charmes, près de Saint-Rémy, village qu’ils ont entièrement incendié la veille pour y avoir trouvé deux FFI »

 

Nous dépassons Loromontzey, mais la route entre dans la forêt, et comme il y a certainement là des Allemands, nous faisons demi-tour et nous apprêtons à gagner Saint-Germain par un chemin de traverse qui part du village. Ma Jeep, qui est en tête comme toujours, est déjà à moitié engagée dans ce chemin quand les habitants du village, qui nous regardent, sont subitement pris de panique et s’enfuient, comme des rats sur la route ;

-         je crie à Joe : « Attention, les Allemands ! »

J’ai à peine fini ces mots qu’une voiture française, volée, apparaît à cinquante mètres devant nous, deux Allemands sur le pare-chocs. Le chauffeur donne un brusque coup de frein et sa voiture va donner dans un tas de fumier, tandis que ses compagnons, surpris, se courbent instinctivement. Woody, qui se trouve à ma gauche, épaule rapidement son fusil et tire au hasard, au moment où le lieutenant, qui craint l’arrivée d’un char allemand, crie à Wenzel d’avancer dans le chemin pour laisser le champ libre à l’automitrailleuse. La mitrailleuse de Joe crépite, puis trois coups secs de 37, pendant que l’automitrailleuse avance lentement vers la voiture allemande : je vois la haute silhouette de Paschal qui dirige le tir, debout dans la tourelle.

Ma Jeep fait demi-tour et rejoint la route : des flammes sortent de la voiture allemande, les trois obus de Joe ont porté, mais les Allemands ont eu le temps de se sauver dans les jardins des maisons avoisinantes ; cependant le chauffeur, moins rapide que ses compagnons a trébuché, est tombé, s’est péniblement relevé et a poursuivi sa fuite. Nous saurons plus tard qu’il est mort dans les jardins, blessé mortellement par Joe.

 

Nous faisons demi-tour ; arrivés à Loromontzey, nous apprenons que deux FFI blessés, l’un au bras, l’autre à la jambe, se trouvent dans une cave où on les cache depuis huit jours ; leurs plaies se sont infectées et ils sont dans un triste état. C’est une situation assez embarrassante car il nous est interdit de nous occuper des blessés civils ou de les transporter. Pourtant le lieutenant passe outre aux règlements : il fait déposer les blessés sur l’automitrailleuse et les recouvre d’un drapeau américain, touchante attention. En passant à Villacourt, nous les remettons à des habitants qui offrent de les héberger et il est convenu qu’un chirurgien américain viendra le lendemain pour les soigner. Ce devoir accompli, à la nuit tombante, nous allons prendre position sur la route, entre Saint-Germain et Loromontzey.

La plus grande vigilance est recommandée pendant les gardes, car l’ennemi est proche. Bientôt des obus américains passent au-dessus de nos têtes et vont éclater dans la vallée. A 3h00 le tir se raccourcit et les projectiles tombent à 500  mètres.

         

 

Au matin, le 14 septembre 1944, nous allons nous mettre en poste d’observation près de Loromontzey, dans une vaste prairie, coupée par des lignes de peupliers : notre mission est d’observer la forêt de Charmes, occupée par les Allemands. Là, j’assiste au réglage du tir de l’artillerie : d’abord part une traînée de fumée blanche qui zigzague dans le ciel, tel un immense serpent, et vient aboutir près de l’endroit où nous nous trouvons. Cette traînée initiale marque la direction générale des tirs à effectuer.

Pendant l’après-midi, nous quittons cette position ; je vais en Jeep avec le lieutenant au poste de commandement de la 4e Division Blindée qui se trouve au-dessus de Bayon. Comme le paysage a changé depuis hier ! Aujourd’hui tous les champs sont couverts de véhicules divers : chars, Jeeps, camions pièces d’artillerie ; le calme a fait place à une activité débordante : c’est à peine si je reconnais l’endroit.

A notre retour nous gagnons la ferme du Grand Mezan où tout l’escadron se trouve réuni. Pas de garde à monter cette nuit, ce qui est une chance car il commence à pleuvoir à torrent, et cela continuera jusque tard dans l’après-midi du lendemain.

 

         

Le matin du 15 septembre 1944, le départ est laborieux : il y a de la boue partout et les véhicules s’embourbent. Le chemin d’accès à la route est un marais, et comme notre team est en queue, quand notre tour arrive, cela n’a plus de nom. Notre automitrailleuse s’enlise jusqu’au moyeu, celle de Slagle veut la prendre en remorque, mais rien à faire et peu s’en faut qu’elle ne subisse le même sort. Ma Jeep part chercher un camion dépanneur de l’escadron hors rang ; au milieu du marais nous trouvons une Jeep, elle aussi embourbée : nous rentrons dans son arrière pour la sortir de là, à plein gaz, et toutes deux s’en tirent. Nous ramenons le camion : comme son moteur fait plus de cent chevaux effectifs, il a vite fait de haler notre automitrailleuse au sec. Et tout le régiment se met en marche.

 

Nous traversons Gerbéviller : à chaque coin de rues, nous déposons un G.I. chargé d’indiquer aux véhicules de la colonne la route à suivre ; c’est ainsi que je suis de garde à un virage et que j’assiste à un spectacle cocasse : dans la tourelle d’une automitrailleuse, le sergent Archie est fièrement campé, le visage impassible, sur la tête un superbe chapeau à claque en guise de casque. Où a-t-il bien pu le dénicher ?

 

A 13h00, je suis relevé, et nous gagnons le PC à Fraimbois.

 

A 16h00, en avant et ordre de camouflage. Nous traversons la Meurthe. Le pont a sauté, peu importe : quoique le tablier effondré présente une déclivité de près de 45%, nos véhicules glissent sur la pente, arrivent en trombe dans la mare du milieu, où il y a bien deux pieds d’eau, envoient une gerbe de chaque côté, et grimpent allègrement la pente opposée.

Un peu plus loin, nous croisons un allemand couché sur un brancard : avec deux de ses camarades, il faisait une reconnaissance en voiture ; des FFI l’ont blessé et fait prisonnier, plus heureux que ses compagnons qui, eux, furent tués raides.

Notre team part seul pour repérer un endroit,  dans la forêt de Mondon, partie Ouest, pour établir le PC de l’escadron. Cette mission remplie, nous retournons par la nationale 59 vers Chènevières. En cours de route, nous sommes avisés par radio que notre peloton est entré en contact avec l’ennemi à l’orée de la forêt de Mondon : nous devons le rejoindre pour lui prêter  main-forte.  Quand nous sommes réunis, Padome dit que la rencontre n’a pas été bien dangereuse : une simple charrette portant quatre Allemands qu’ils ont abattu. Je fais la connaissance d’un autre Français qui s’est joint au 2e peloton du lieutenant Wolf, près de Nantes, en même temps que Pado : Victor Naggyar, surnommé Vic. C’est un grand maigre, à lunettes : le vétéran travail dans un laboratoire de recherche du collège de France.

 

Nous approchons de la forêt : des obus passent au-dessus de nos têtes, nous faisons demi-tour, laissant sur place le 2e peloton qui n’a plus besoin de nous. Par Laronxe nous nous dirigeons vers Saint Clément : là un FFI nous dit qu’il y a un très gros dépôt de munitions dans la forêt, mais que celle-ci fourmille de snipers. Nous atteignons la lisière à gauche de Laronxe, pénétrons sous bois, et débouchons dans une clairière : Woody affirme qu’il vient de voir, à l’autre bout, trois formes se précipitant dans les fourrés. Demi-tour. Nous prenons la route de Laronxe à Thiébauménil ; en chemin nous rencontrons le team de Harry qui se joint à nous. De part et d’autre de la route, se voient de larges tranchées, recouvertes de rondins, que les Allemands avaient fait creuser pour y cacher des munitions.

Arrivés au centre de la forêt, nous prenons un chemin boueux sur notre droite : automitrailleuse est en tête, avançant lentement. Ce chemin est dans un tel état que je m’étonne qu’aucun de nos véhicules ne s’embourbe. Nous tombons une sente étroite reliant Laronxe et Manonviller : nous la suivons au ralenti et faisons ainsi environ deux kilomètres. Nous arrivons à un coude : l’automitrailleuse s’arrête, la mitrailleuse de Joe crépite, puis son 37 claque. Le sergent Paschal nous fait signe de reculer. Tandis que l’automitrailleuse fait marche arrière. Le sentier est trop étroit pour qu’il soit question de faire demi-tour, aussi sommes-nous obligés de continuer en marche arrière, l’arrière entrant dans les fourrés de droite et de gauche, tandis que, Paschal guide le chauffeur. Mais arrivera-t-il à sortir de là ? Voilà la Jeep à Soudoff qui s’embourbe, une roue a glissé dans le fossé et pas moyen de la dégager. Paschal saute de sa tourelle et accroche rapidement un câble d’acier, toujours à portée de la main, à l’avant de la Jeep embourbée, l’automitrailleuse tire : çà y est ! Nous parcourons ainsi, en marche arrière plus de deux kilomètres ; avant enfin de trouver un endroit où tourner, nous repartons à fond de train vers Laronxe. Là nous faisons une halte.

         

Joe me dit qu’il s’est subitement trouvé nez à nez avec un anti-char 75 PAK, camouflé dans un buisson : les servants sont tellement surpris qu’ils n’ont pas eu le temps de tirer, il leur a envoyé un obus de 37 qui rend la pièce inutilisable et du même coup, met plusieurs des servants à terre.

Quand à nous, nous avons eu de la chance que ce soit un canonnier du sang-froid et de la force de Joé qui occupait la tourelle !

 

La nuit tombe, notre team campe, en avant-poste devant une maison. Je monte deux gardes pendant la nuit.

Au matin, nous prenons position à la lisière de la forêt de Mondon, sur la route de Saint Clément à Bénaménil, non loin d’une pancarte qui avise les civils français « qu’il est défendu, sous peine de mort, de pénétrer dans la forêt ». Le dépôt de munitions ne doit donc pas être éloigné. Attention !

Nous pénétrons dans la forêt : de ce côté, les chemins sont impossible. Quand nous avons fait trois kilomètres, nous rencontrons notre 2e team et tout le 2° peloton, venus par la route de Chènevières : Pado et Harry parlent à des civils qui leur disent que le dépôt que nous cherchons n’est pas à plus de cent mètres,  mais ils pensent qu’il a été évacué.

Sur la demande du lieutenant, Pado et Harry partent en patrouille pour le reconnaître ; je demande de me joindre à eux, le lieutenant hésite, mais Paschal est catégorique : il me donne l’ordre de rester dans ma Jeep et ajoute : « ordre de votre sergent ». Il n’y a qu’à obéir.

         

Harry et Pado partent donc seuls. Ils reviennent après une absence de plus de 2 heures : il n’y a plus d’Allemands, mais les munitions sont là, il y en a de nombreux tas, tous minés ; ils ont coupé les cordons Bickford.

 

Nous avançons jusqu’au dépôt. En barrant la route, des chevaux de frise : près de là des caissons de mines que les Allemands n’ont pas eu le temps de mettre en place. Plus loin un barrage en bois, et, sous les arbres, des amoncellements de caisses avec, sur chaque tas un détonateur en forme de cloche, reliés aux autres par cordons Bickford. Ma nourrice sèche, le sergent Paschal m’intime l’ordre de ne pas quitter ma place dans la voiture... de crainte sans doute que j’aille fouiner dans les caisses à munitions et que je ne fasse tout sauter. C’est vexant d’être traité comme un petit garçon sans jugeote. Harry voyant bien que je voudrais bien faire comme les autres vient me chercher et m’emmène avec lui malgré Woody que, pour plus de sûreté Paschal a détaché à ma garde personnelle.

Je suis  en train, d’examiner les cordons et  les fusées éclairantes, quand j’aperçois Paschal, suivi du lieutenant et des autres sergents, à qui Woody a été dénoncer ma fuite. Et il me faut bien regagner ma Jeep, car c’est le lieutenant qui m’en donne l’ordre. Ce n’est pas sans maugréer que je reprends ma place : ils y sont bien, eux, et puis, s’ils se figurent que je suis plus en sûreté à dix mètres de plus ou moins d’un volcan qui ne laisserait rien de vivant dans un rayon de plusieurs centaines de mètres s’il sautait ! Enfin : grandeur et servitude militaire.

Avisé par radio, le capitaine vient se rendre compte de l’importance du dépôt.

 

Nous partons ensuite en reconnaissance par un autre chemin de la forêt ; celui-ci est sans issue, il débouche dans un campement allemand que les occupants viennent d’abandonner : au milieu de camouflages tendus entre les arbres et servants d’abris, voici un feu dont les cendres sont encore chaudes : tout autour, des troncs d’arbres couchés ayant servi de sièges. Près de là une caisse de mines.

La forêt semble enchantée : partout des traces d’Allemands, toutes fraîches, mais pas un seul Allemand.

Ah ! Si nous avions su ce qui ce tramait, bien de nos camarades disparus seraient encore en vie : nous étions dans une nasse, surveillés de près par une multitude d’Allemands qui, pour se montrer, n’attendaient que le moment où, tout notre régiment se trouvant réuni, ils pensaient pouvoir l’anéantir d’un seul coup.