La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Action des Forces Françaises de l'Intérieur - 2ème partie

FFI

LISTE DES SABOTAGES HOMOLOGUES A L’ACTIF DU SECTEUR 416

 

27 avril 1944

Canal de la Marne au Rhin. Le déversoir de Pessincourt situé près de Bauzemont est rompu à l’aide d’explosifs déposés par F. Peroz et Bastian. Le bief se vide, le trafic est rétabli, le 13 mai 1944.

 

13 mai 1944

Canal de la Marne au Rhin. L’étang de Parroy est, en Meurthe et Moselle, son réservoir d’alimentation le plus élevé. Dans la nuit du 12 au 13 mai, le poste de garde près de la vanne de l’étang est assailli et neutralisé, les explosifs mis en place. Quelques instants plus tard, une énorme explosion. L’étang se vide en trois jours (équipe de sabotage constituée de : Peroz, Bastian, Chrétien, Simonin, Luscan, Gignan et Mavois).

 

FFI

26 mai 1944

Station électrique d’Hériménil. Elle fournit directement le courant à l’usine Lorraine-Dietrich. L’équipe chargée de l’opération : Batheuse (SAS), Peroz, Bastian, Valot et Huguenel. Trois transformateurs sautent. L’usine est arrêtée. Malgré les nouvelles connexions, deux machines-outils sur trois ne fonctionnent pas. Pour compléter ce sabotage périodiquement les pylônes électriques sauteront, les 16 et 27 juin, 14, 15 et 30 juillet 1944.

 

7 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg. Elle est coupée à l’aide d’explosifs derrière la verrerie de Croismare. Equipe réduite : Villermain-Lecolier, Langbourg, Clausse. Interruption du trafic 8 heures (référence n° 5 de sabotages et guérilla) (1).

Premier sabotage sur voie ferrée derrière la verrerie de Croismare. Charles Langbourg et moi-même partons poser les premières charges sur la voie Paris-Strasbourg. Nous installons minutieusement les explosifs, reliant les blocs avec le cordeau détonant sur les deux rails et en quinconce. Au loin, un bruit de convoi, nous nous installons dans un fossé, à une trentaine de mètres, afin de constater les dégâts. Le convoi s’approche, passe sur les détonateurs. Une petite explosion ridicule et plus rien, le convoi stoppe, nous nous sauvons. Il y avait eu un bon Dieu pour nous ce jour là. Les sabotages nous démontrèrent qu’il fallait une distance supérieure à 150m entre le lieu de l’explosion et l’homme le plus proche. Ce jour là, le premier cordeau se trouvait sur le rail, il avait été sectionné, le détonateur se trouvant après était de ce fait neutralisé.

(1)     Le numéro attribué, ici, correspond à celui sous lequel l’opération a été homologuée.

 

8 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg coupée aux abords de Lunéville. La locomotive et un wagon déraillent. Interruption du trafic 8 heures. Equipe : Villermain-Lecolier, Clausse, Luscan et Gignan (N° 11).

 

9 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg coupée vers Marainviller.

Interruption du trafic 6 heures. (N° 18) (2)

Voie ferrée Paris-Strasbourg coupée vers Emberménil.

Interruption du trafic 4 heures (N° 17) (2)

 

10 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg coupée vers Lunéville

Wagon endommagé, interruption du trafic 20 heures (N° 19)

Voie ferrée Lunéville-Saint-Dié, ligne 18 coupée vers Saint-Clément.

Interruption du trafic 4 heures (N° 21)

 

11 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, la voie saute sous le train vers Croismare, 2 wagons déraillent, un est détruit.

Interruption du trafic 9 heures (N° 25).

 

12 juin 1944

Voie ferrée Lunéville-Saint-Dié, la voie saute aux environs de Chenevières sous un train de voyageurs français. 4 wagons déraillent, heureusement il n’y a pas de victimes.

30 heures d’interruption du trafic. Equipe : Clausse et Luscan (N° 26).

 

13 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, coupée vers Emberménil

Trafic interrompu 1 heure. (N° 27) (2).

 

14 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1 : extrait de “Sabotages et guérilla” du colonel de Préval :

“La campagne de sabotages dure depuis une semaine. Les allemands ont renforcé leur service de garde. Toute charge déposée prématurément sur la voie est relevée avant le passage du train. Le seul moyen de réussir est d’opérer près du signal et de placer la charge dès l’apparition du feu vert. On disposait de trois minutes avant le passage du train. Villermain-Lecolier (Dumont) avait reçu mission avec son équipe (Clausse, Luscan, Mathieu et Gignan) de faire dérailler un train bâché. Un grand nombre de ces trains circulaient alors sur la ligne 1 et le soin avec lequel ils étaient mis à l’abri des vues et des attentats laissait supposer un transport de matériel secret (bombes volantes ?).

L’équipe se met en route vers 22h00, sans bruit, à travers champs, en évitant les points gardés. La marche d’approche dure près de 2 heures. Vers minuit, l’équipe s’établit à proximité du signal choisi avec des observateurs détachés à droite et à gauche. Une ronde passe, on sera tranquille pendant quelques temps. 00h30, feu vert, vite en quelques gestes précis, les charges sont posées sur le rail, mais un cri retentit, c’est l’avertissement, le contre ordre. Je me précipite sur le foog et l’enlève, il était temps.

Un train passe avec les marques très apparentes de la croix rouge française, les occupants ne soupçonnent pas le danger qu’ils ont couru.

L’attente recommence. 01h45, une machine, haut le pied défile…nouveau feu vert presque coup sur coup. Il faut se hâter, le foog est rapidement remis en place, l’équipe s’éloigne au pas de course. A peine a-t-elle franchi cent mètres qu’une formidable explosion retentit suivie d’un fracas de ferraille et de cris.

Secoués par l’explosion, les saboteurs s’arrêtent, le cœur serré, les jambes molles. Un coup de feu retentit, réaction allemande, fusées, il importe de ne pas s’attarder. L’équipe s’enfonce rapidement dans la nuit, tandis que de toute part s’élèvent d’autres fusées et claquent des coups de feu.

Les résultats de l’accident sont bientôt connus. Le train déraillé transportait du matériel allemand, sans bombe volante hélas ! La machine et 11 wagons sont hors des voies. La locomotive est à ce point endommagée qu’il faudra la découper au chalumeau pour dégager le passage. 6 camions citernes transportés sont détruits. On compte 4 morts et 12 blessés allemands.

Le trafic ne reprendra qu’après 40 heures de travail.

Quelques précisions : le foog sont de puissants détonateurs de 6 cm de diamètre. Ils étaient placés un sur le rail de gauche, l’autre, deux mètres en avant, sur le rail de droite. Il était nécessaire de rester coucher le long du rail en attendant le train. Le retour se fera les pieds dans un ruisseau pour éviter d’être repéré par les poursuivants et les chiens.

Point de départ et de retour : la ferme St Georges en forêt de Mondon propriété de Monsieur Geoffroy.

Ce train transportait aussi des chars (N° 29).

 

15 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, la voie saute sous un train vers Lunéville, 2 wagons déraillent, l’un est détruit. Interruption du trafic 15 heures (N° 33).

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, vers 04h00, la voie est coupée vers Lunéville. Interruption du trafic 6 heures (N° 35).

 

16 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, coupée vers Laneuveville-aux-Bois. Interruption 6 heures (N° 36).

 

18 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, la voie saute à Emberménil. Interruption du trafic 6 heures (N° 45) (2)

 

20 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, lieu-dit “Pont des Mossus”. Interruption du trafic 6 heures. Equipe : Villermain-Lecolier, Luscan, Clausse, Gignan. Charges placées un peu avant le pont, malheureusement le train ne roulait pas assez vite et le sabotage a échoué (N° 48).

 

21 juin 1944

Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, la voie saute sous le train, 4 wagons déraillent. Interruption du trafic 26 heures (N° 50).

 

22 juin 1944

(N° 54) sur le canal de la Marne au Rhin, quatre écluses sont rompues à hauteur de Crévic, immobilisant 200 péniches dont 140 à destination de l’Allemagne et 60 transportant de la houille vers le bassin industriel lorrain travaillant pour le Reich.

 (N° 55) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, la charge est découverte et relevée par les allemands, aux abords de la gare de Laneuville-aux-Bois ; (2)

 

24 juin 1944

(N° 59) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1 charge placée sur la voie aux abords de Marainviller au km 393.600, mais enlevée par une patrouille allemande à 21h10, juste avant le passage d’un train (2).

 

27 juin 1944

(N° 67) six pylônes de la ligne à haute tension amenant le courant à l’usine Lorraine-Dietrich de Lunéville sautent vers 02h30 à Mont-sur-Meurthe, arrêtant l’usine pendant 4 jours.

 

27 juin 1944

(N° 64) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, charge découverte relevée par les allemands vers Laneuveville-aux-Bois. (2)

 

6 juillet 1944

(N° 75) usine Lorraine-Dietrich de Lunéville. Texte tiré de l’ouvrage Pierre de Préval : “Sabotages et guérilla” : “L’usine Lorraine-Dietrich des wagons travaille exclusivement pour l’Allemagne. Les services allemands d’armement l’ont prise en charge et lui ont, en particulier, confié la fabrication d’une série de tracteurs, dont les premiers exemplaires  sont sur le point d’être achevés. Les FFI ont reçu de Londres la mission d’empêcher la “sortie d’usine” de ce matériel. Ils auront à cœur d’assurer cette mission “à la lettre” car ils épargneront ainsi aux habitants de Lunéville les épreuves d’un bombardement par l’aviation alliée.

Deux procédés sont utilisés :

A-    Attaque des installations électriques.

Le 26 mai 1944, la sous-station d’Hériménil qui fournit directement le courant à l’usine des wagons est saboté. Les FFI : Batheuse, Peroz, Bastian, Valot, Huguenel, ligotent les gardiens et font sauter trois transformateurs. L’usine est mise en chômage jusqu’à la réalisation de nouvelles connexions, qui ne parviennent d’ailleurs qu’à rétablir un tiers du courant primitif.

En gros, deux machines-outils doivent rester sans emploi quand la troisième fonctionne. D’où un sérieux ralentissement dans la production. Pour retarder encore le travail, les pylônes de la ligne d’alimentation sont périodiquement détruits, les 16 et 27 juin, 14, 15, 30 juillet et 22 août 1944, interrompant chaque fois le courant pour un laps de temps variable.

Ces sabotages de pylônes (réalisés par Peroz, Rebout, Delor de Blainville, Rebout de Gerbéviller) produisent en outre quelques effets secondaires non négligeables. L’action du 14 juillet 1944 par exemple “grille” les disjoncteurs de l’usine hydro-électrique de Lunéville et bloque le poste “C” de l’important triage de la gare de Blainville. De sérieuses perturbations en résultent en différents domaines.

 

B- Attaque des produits finis :

Le 6 juillet 1944 est accomplie l’une des actions de sabotages les plus osées en même temps que des plus réussies.

L’usine Lorraine avait, dès février 1942, reçu commande d’une série de tracteurs lourds de 18 tonnes (moteur 250 CV) destinés à la traction de pièce d’artillerie lourde et au remorquage de chars Tigre. Après deux ans d’efforts, cinq prototypes «étaient enfin terminés. Une semaine entière avait été consacrée aux essais réglementaires ; le 6 juillet 1944, avait lieu la réception officielle du matériel.

Deux officiers des services allemands d’armement de Paris, accompagnés des directeurs des services d’armement de Nancy, avaient manifesté leur satisfaction. Plusieurs discours avaient été prononcés et force bouteilles de champagne brisées sur le capots des tracteurs. La journée se terminait par un banquet réunissant les membres allemands des commissions et la direction française de l’usine. Vers 22h15, sept FFI déguisés en ouvriers se faufilent par une porte secondaire de l’usine.

Ce sont :

Roger Peroz (dit François), chef saboteur du commandement départemental,

Pierre Bastian (dit Germain)

Jules Chrétien, qui mourut martyrisé par les allemands le 16 août,

Robert Gaecher (dit Roby)

Charles Huguenel (dit El Rubio)

Jacques Jochem (dit Vernay)

Charles Langbourg (dit Charlot)

Le lieutenant Bochent fait le guet à l’extérieur.

 

Les explosifs apportés dans l’après-midi par Paul et Pierre Heiser aidés de leur sœur Odette Clément avaient été entreposés dans un atelier d’où ils sont retirés. La marche d’approche se poursuit, silencieuse et difficile. Un grillage puis un mur sont franchis sans incident. L’équipe en file indienne progresse à l’ombre des hangars. Brusquement, derrière l’angle d’un bâtiment surgit un garde…Il est aussitôt assailli, puis ligoté.

Voici la porte de l’atelier…fermée ! Après dix minutes de travail avec une barre de fer, elle finit par céder sur 50 centimètres. L’équipe pénètre dans la place…Les cinq tracteurs neufs sont là, bien alignés. Une charge est déposée sous chaque moteur et une autre sous chaque boîte de vitesses.

Un des saboteurs, au moment de dégoupiller son crayon, constate que ce dernier est écrasé, il faut faire vite et s’éloigner sans hâte. Au pas de gymnastique, l’équipe gagne la sortie par la voie ferrée. A peine est-elle hors de l’usine, qu’à 23h07 retentit une explosion, les quatre autres suivent à quelques minutes. C’est le moment de se disperser et de gagner séparément un abri pour finir la nuit.

Surprise désagréable, une patrouille allemande circule dans les parages, elle arrête trois des saboteurs. Les papiers sont heureusement en règle, rien à dire, ces ouvriers rentrent du travail “Passez”.

Pendant ce temps, attirés par l’explosion, les veilleurs pénètrent et aperçoivent, au milieu des débris d’une toiture effondrée, un tracteur complètement pulvérisé et quatre autres gravement endommagés.

Le travail de deux ans d’efforts est réduit à néant.

 

13 juillet 1944

(N° 84) Compte rendu officiel tiré de l’ouvrage “Sabotages et guérilla” du colonel de Préval :

“ Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1. Malgré le renforcement de la garde à l’intérieur de la gare de Lunéville, 11 explosions successives se font entendre vers 00h00. Six locomotives sont mises hors service. Trois cœurs d’aiguilles sautent. Une guérite de poste électrique est endommagée.

Participent à cette opération : Villemain-Lecolier (alias Thiébaut, Dumont), F. Clausse, J. Chrétien et J. Luscan.

Une partie du dépôt de Blainville (locomotives et personnel) est repliée sur le dépôt de Lunéville. Ordre est donné de neutraliser les machines et le trafic. Une reconnaissance préalable des lieux permet de situer les accès, les postes de garde et les chemins de repli.

La mise en place des saboteurs est terminée à 23h30. Démarrage de l’opération à 00h00. Après neutralisation d’un garde (ficelé et bâillonné), nous gagnons nos objectifs : F. Clausse et J. Luscan sous le pont de la filature, J. Chrétien et moi-même à l’intérieur du dépôt.

Les charges et les “clams” magnétiques sont rapidement fixés côtés gauche des machines. Les crayons allumeurs réglés avec un retard de 10 minutes (couleur de la goupille de sécurité, que nous devons obligatoirement ramener). J’ai la possibilité d’alerter les mécaniciens et les chauffeurs. Nous quittons les lieux par des itinéraires différents. A peine ai-je traversé l’avenue des Vosges que la première explosion secoue le quartier…00h35…mission accomplie !”

 

15 juillet 1944

(N° 95) Ligne à haute tension Laneuveville-Nancy : 4 pylônes rompus à 00h00 à Mont-sur-Meurthe-conséquences multiples.

(N° 96) Les disjoncteurs de l’usine hydro-électrique prennent feu –usine arrêtée 8 jours.

(N° 97) Le poste “C” de la gare de Blainville ne peut plus fonctionner, grosse perturbations.

(N° 98) Toutes les usines de Lunéville (dont l’usine des wagons) sont mises au chômage 3 jours.

 

23 juillet 1944

(N° 123) Tentative de coupure de câble souterrain Paris-Strasbourg, dans la région de Lunéville. Malgré une fouille profonde et large, le câble n’est pas découvert.

(N° 125) Canal de la Marne au Rhin à Hériménil, trois portes d’écluses détruites, la quatrième descellée. De plus, une péniche chargée de houille qui se trouvait dans le bief s’est coincée dans l’écluse et forme bouchon. Remise en eau le 13 août 1944.

 

5 août 1944

(N° 166) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, entre Emberménil et Avricourt, le rail est coupé sur 1.50m. La circulation est interrompue pendant plusieurs heures (2).

 

10 août 1944

(N° 172) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1 et 2 coupées à l’aide d’explosif au passage d’un train allemand entre Lunéville et Marainviller. Interruption du trafic pendant plusieurs heures (2).

 

12 août 1944

(N° 186) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, coupée entre Emberménil et Avricourt. Circulation interrompue pendant 12 heures (2).

(N° 187) Le transformateur électrique desservant la ferme Mounot à Crévic est détruit par l’explosion. Le battage du blé est suspendu.

 

14 août 1944

(N° 216) La station transformatrice d’Haraucourt et de Flainval est sabotée. Les batteuses électriques de la région d’Einville, Flainval, Sommerviller sont arrêtées.

(N° 217) Canal de la Marne au Rhin. L’écluse de Maixe saute au moment où le bief d’Hénaménil, vidé par sabotage le 23 juillet 1944, achevait d’être remis en eau.

FFI

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17 août 1944

(N° 231) Le câble souterrain Nancy-Strasbourg est coupé à l’explosif à 00h45 à Lunéville.

 

22 août 1944

(N° 242) Voie ferrée Paris-Strasbourg, coupée à l’Est d’Emberménil. Interruption du trafic 5 heures (2).

 

23 août 1944

(N° 249) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, tentative de sabotage entre Avricourt et Emberménil. Attaqué par une forte patrouille allemande, l’équipe de destruction (4 hommes), après avoir résisté pendant un quart d’heure et essuyé le tir de 18 grenades et d’une cinquantaine de coups de feu, est contrainte de se replier. Mais la patrouille allemande n’osant retirer les explosifs déjà placés sur la voie, fait suspendre tout trafic pendant 6 heures (2).

 

24 août 1944

(N° 252) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, entre Laneuveville-aux-Bois et Marainviller, explosions de pétards. Interruption du trafic 8 heures (2).

(N° 253) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, sabotage à 10h20 en gare d’Avricourt d’une machine de manœuvre.

 

27 août 1944

(N° 259) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, déboulonnage des rails sur voies 1 et 2 au km 399.950 près d’Emberménil. Les fils téléphoniques longeant la voie sont cisaillés. Interruption du trafic 11 heures (2).

 

2 septembre 1944

(N° 274) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, la voie est déboulonnée en plein jour, à 14h00, à Mont-sur-Meurthe. Interruption du trafic 12 heures.

(N° 275) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, tentative infructueuse vers Lunéville. La dernière charge de plastic de l’équipe est découverte et enlevée par une patrouille allemande.

 

13 septembre 1944

(N° 278) Voie ferrée Paris-Strasbourg, ligne 1, déboulonnage des voies à Lunéville, pour empêcher les allemands d’emporter les machines-outils de l’usine Lorraine de Lunéville.

 

Par manque total d’explosif, les sabotages, à partir du 2 et jusqu’au 13 septembre 1944, ont été effectués par déboulonnage des voies. Ainsi, le secteur de Lunéville et les sous-secteurs d’Einville et de Manonviller ont travaillé du début (n° 5) à la fin (n° 278 et dernier) avec une brillante réussite : 42 sabotages officiels.

Le trafic ferroviaire a été interrompu sur la voie Paris-Strasbourg durant 239 heures dont 179 durant la période la plus critique des opérations alliées en France.

Pour être complet, il faut ajouter à ce tableau quelques actions individuelles, sabotages de fils téléphoniques, en ville et à la campagne, jets sur les routes de crève-pneu qui provoquèrent de nombreux arrêts et, dans certains cas, des embouteillages, en particulier au cours des quelques jours précédant l’arrivée des américains.

(2) L’équipe de sabotage était conduite par Lucien Baumgartner de Thiébauménil.

 

Les 239 heures d’interruption du trafic ferroviaire, les 42 sabotages mis à leur actif, n’ont causé aucune perte de vie humaine parmi les saboteurs du secteur 416.

Outre les pertes en matériel ferroviaire (9 locomotives rendues inutilisables, de nombreux wagons détruits), l’armée allemande perdait des hommes tués ou blessés. Les pertes de matériels de combat, camions, chars, citernes d’essence, munitions étaient significatives.

Mais le plus important a été le retard apporté au déploiement des unités allemandes pour contre-attaquer les unités alliées débarquées.

 

GUERILLA

 

Revenons au 6 juin 1944, à la réception du message émanant de Londres : “Nous porterons l’églantine”. Il a été diffusé pour toute la France, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 et donnait ordre aux maquis de rameuter immédiatement leurs troupes et d’entrer en contact offensif avec les unités d’occupations. Ce message causa beaucoup de stupeur dans les états-majors FFI. En Meurthe et Moselle, le colonel Pierre de Préval considère l’insuffisance de l’armement qui toutes catégories confondues ne permettait que d’équiper (et mal) 250 hommes. Face aux forces de l’adversaire, 20 000 hommes avec du matériel lourd et des chars, l’action était plutôt risquée.

 

De Préval avait donné des ordres précis selon lesquels sabotages et guérilla ne devaient pas être déclenchés simultanément. Il décrit : “ Il apparaissait de prime abord impossible et même criminel de se conformer aveuglément aux ordres de Londres émis le 5 juin 1944, relatifs au déclenchement de la guérilla généralisée”… le message de contrordre arrivait le 7 juin 1944, dans notre secteur, l’erreur initiale n’eut aucune incidence. Mais dans les Vosges, le capitaine Vichard avait rassemblé ses hommes dans les deux heures et il passa à l’action à Corcieux, contre des effectifs allemands dis fois supérieurs. Avec courage et brio, ils firent de nombreux prisonniers causèrent des pertes à l’ennemi, mais les maquis voisins n’étant pas engagés, ou ayant reçu le contrordre, ne vinrent pas à leur aide. Ils durent abandonner les prisonniers. Glorieux mais lourdement éprouvés, ils durent se réfugier dans le maquis.

 

Après ces faits, les états-majors responsables s’efforceront de peser sur Londres pour obtenir de nombreux parachutages d’armes. Dans une période critique, une partie des effectifs du secteur 416 se rendra au maquis de Ranzey pour constituer une unité combattante, avec de nombreux camarades de Meurthe et Moselle. Malgré les télégrammes pressants de G. Grandval au général Koenig, malgré les promesses de Londres, il faudra renvoyer des troupes françaises de l’intérieur.

 

L’AFFAIRE DU MAQUIS DE RAVILLE

Ses conséquences

 

1-      Préambule

2-      Texte de l’allocution de P. Banzet et F. Peyre

3-      Rapport de la police militaire allemande.

 

1- A la suite du débarquement des forces alliées en Normandie et de la marche victorieuse sur Paris, les résistants des groupes de sabotage, par manque d’explosifs et de munitions, furent obligés de gagner le maquis pour souffler un peu et attendre les ordres.

 

Sous les ordres de Jean Valot, une équipe est concernée par ce fait. Cette équipe- Jean Valot, François Peyre, Jean-Claude Peyre, Paul Banzet et Jean-Pierre Hertz – trouve refuge dans une sape de la guerre 14/18. Cette sape est située près de la ferme du “Moulin de l’Etang”, sur le territoire de la commune de Raville.

Le 15 août 1944 a été un jour de calme et d’espérance.  Les célébrations religieuses on t été suivies avec beaucoup de ferveur – à période difficile, grande ferveur. Le 16 août 1944 vers 13h00, “nos maquisards” achèvent leur repas.

Je cite ci-après le texte de l’allocution prononcée lors de l’inauguration de la stèle érigée en mémoire des héros, ce texte fut rédigé par deux participants à l’action menée en ce jour : F. Peyre et P. Banzet.

 

2- Comment moururent pour la France trois gars du maquis

 

Le 7 juin 1944, quelques jeunes de la résistance de Lunéville et de la région avaient été réunis pour former un maquis que le débarquement de Normandie avait rendu nécessaire. Il ne s’agissait pas d’échapper au STO puisque quatre d’entre eux n’y étaient pas astreints.

Une petite équipe du Lunévillois entourait Jean Valot dit “lieutenant Boulay” chef de maquis et vivait avec lui dans la nature. Jean Valot était un ancien de la résistance et avait déjà 4 mois de maquis à son actif.

Récupération, répartition et entretien du matériel de guerre, transportant des armes, préparation du soulèvement général, etc…incombaient à notre équipe.

La vie n’était pas rose malgré ce que prétendaient certains lunévillois, soi-disant bien informés : nous vivions terrés dans des sapes froides et humides, séparés de nos familles, de nos camarades, et du reste du monde, le temps inclément et les indiscrétions de quelques bavards ne simplifiaient pas les difficultés du ravitaillement et de la cuisine. Traqués par la gestapo, nous courions les routes de jour et bien plus souvent de nuit, pour assurer le service avec la bonne humeur et l’esprit d’équipe qu’avait su créer Jean Valot.

Nous avions tous l’espoir de voir bientôt libérer la France et spécialement le petit coin de Lorraine que nous gardions et qui nous était cher. Nous fûmes malheureusement trahis.

Le 16 août 1944 à midi, nous sommes encerclés par 200 allemands. Nous allions nous mettre “à table”, Jean Valot, Jean-Claude Peyre, François Peyre, Jean-Pierre Hertz et Paul Banzet, quand un capitaine allemand, suivi de quelques hommes, pénètrent dans notre maquis, un bosquet cachant une petite sape.

Jean Valot s’empare de son révolver et fait les sommations réglementaires. Le boche s’enfuit en hurlant, poursuivi par les rafales de Valot et Hertz qui l’abattent à quelques mètres du boqueteau.

La situation était désespérée. Les allemands nous entouraient. Nous n’avions à portée de mains qu’un pistolet-mitrailleur et un revolver. Jean Valot et Jean-Pierre Hertz rejettent à une distance respectable avec des pertes les assaillants qui se replient dans les traiseaux, ce qui nous permet d’aller chercher nos armes dans la sape.

Aussitôt armés, nous tentons une sortie. En voyant la situation, Jean Valot ordonne le décrochage vers Crion.

Traversant le boqueteau sous le feu nourri des allemands, nous tentons de rejoindre la route de Crion. Un sous-officier et trois allemands nous barrent le passage. Ces trois derniers sont mis hors de combat au bout d’un temps extraordinairement court. Seul reste le sous-officier qui se précipite sur nous en vociférant et en déchargeant son pistolet automatique dans notre direction. C’est à ce moment- là que fut tué Jean-Claude Peyre qui couvrait notre décrochage.

L’allemand n’alla pas loin, nous l’abattîmes de plusieurs rafales de mitraillettes. La route était libre. Notre camarade Jean-Claude Peyre était mort courageusement, sacrifiant sa vie pour nous protéger. Il avait reçu une balle au ventre et une autre au front. Nous étions donc dans l’impossibilité de lui porter secours et le plus difficile restait à faire.

Par bonds individuels, nous gagnons le pré en contrebas ou Jean-Valot reçut, en rampant, une balle dans la cuisse. Sans perdre son sang-froid, il garde la tête de la colonne et nous dirige par un terrain découvert et sous le feu violent de l’ennemi, vers des vergers qui devait nous offrir une protection provisoire.

Jean Valot, ne voulant pas nous retarder, se sépare volontairement de nous et partit en boitant dans une autre direction. Les allemands devaient le capturer peu après.

Poursuivis, nous réussîmes à gagner Crion : François Peyre s’y cacha dans le maître autel de l’église ou il resta 19 heures, avec la patriotique complicité du curé de la paroisse. Les allemands perquisitionnèrent dans tout le village et même dans l’église, menaçant tous les habitants, ils repartirent bredouilles devant l’attitude courageuse de la population.

Pendant ce temps, Paul Banzet et Jean-Pierre Hertz avaient  trouvé refuge à Croismare où ils passèrent la nuit ; à la suite de cette opération, de nombreux habitants d’Einville, Crion et Raville furent interrogés à la Feldkommandatur, mais les allemands n’obtinrent rien de ces bons français qui nous avaient tant de fois ravitaillés et protégés.

Le lendemain, nous apprîmes, que notre camarade Jules Chrétien s’était porté volontairement à notre secours, et, grièvement blessé, avait abattu trois allemands dont un sous-officier, avant d’être fait prisonnier.

Après 17 heures de tortures barbares, la gestapo n’obtint de renseignements ni de Jean Valot ni de Jules Chrétien. Un officier allemand avait promis la vie sauve à nos deux camarades s’ils parlaient. Jean Valot lui répondit : “ Nous savons ce que vaut la parole d’un officier allemand, vous pouvez nous tuer tout de suite, nous ne parlerons pas”.

Ils furent assassinés lâchement au bois de Saurupt où l’on ne devait les retrouver que 8 jours plus tard, dans un état que l’on ne saurait décrire.

Les allemands avaient tué trois des nôtres ; en revanche, 14 des leurs, dont un capitaine et deux sous-officiers, ne raconteront jamais dans le “Grand Reich” comment la gestapo faisait la chasse à l’homme sur le sol français, à 200 contre 5.

Il faut ajouter que nous devons en grande partie ce résultat au matériel anglais qui terrorisa les allemands. Un prisonnier fait ultérieurement déclara que les Teutons croyaient notre maquis fort de 50 hommes d’après la cadence du tir, ceci les avait désagréablement surpris, leurs officiers leur ayant annoncé qu’ils partaient faire une chasse de tout repos contre cinq pauvres maquisards.

 

3- Le compte rendu de la police aux armées allemandes (Feldgendarmerie)

 

Daté du 17 août 1944, sur les événements du 16 août 1944, est rigoureux.

“ Le maquis est aux prises avec une unité d’élite : une section du 11e Régiment d’artillerie parachutiste”.

 

Événements particuliers :

La Gendarmerie aux armées de Lunéville rend compte le 17 août 1944 à 10h00 :

Au cours d’un exercice, le 16 août 1944, aux environs de 13h00, une section du 11e régiment d’artillerie de parachutiste a été mitraillée par des terroristes près d’Einville (zone de responsabilité de la Feldgendarmerie de Nancy). Lors du ratissage du terrain, un abri de terroristes fut découvert. Au cours de l’action ; 25 à 27 personnes arrêtées, 1 terroriste tué, 2 gravement blessés, 1 membre des forces armées allemandes tué et 2 blessés. Ont été saisis, entre autres, 1 pistolet mitrailleur, 1 pistolet, 1 motocyclette, une caisse de matériels divers. Suite aux déclarations du chef blessé du maquis, Valot, une action fut amorcée sur Lunéville, mais sans résultats. Les unités stationnées dans la garnison furent mises à contribution. Actuellement, la Gendarmerie aux armées et le service de Sécurité sont en place à Maixe, à 10 kms au Nord-Ouest de Lunéville, un dépôt d’armes pouvant s’y trouver. Les personnes arrêtées furent toutes relâchées après interrogatoire, sauf le chef terroriste Valot.

- Dicté par l’adjudant Goth

- Pris en note par le caporal-chef Weller

- Transmis à la Feldkommandantur 591, 1c

  Adjudant-chef Liebold à 15h10.

 

4- Et voici ce que furent les conséquences

 

Jean Valot est grièvement blessé à la cuisse, il tente en vain de fuir, il est capturé, Jean-Claude Peyre tombe à son tour grièvement blessé, il est tué. Jules Chrétien, qui s’était porté au secours du maquis, est très grièvement blessé lui aussi et il est fait prisonnier.

Une action est engagée sur Lunéville – opération menée sans succès.

Mon appartement sis au numéro 38 de l’avenue Voltaire sera visité et saccagé. Ne trouvant ni mon épouse, ni mon fils Jean-Pierre, ni-moi-même, la police va visiter le magasin et l’usine de mes parents, 33 rue Pasteur. Ils y font une beuverie et cassent tout ce qui leur tombe sous la main. En vain…Nous sommes à l’abri – du moins relativement- Nuit mémorable qui demeure toujours dans l’esprit de mon épouse qui derrière les volets de la maison de ses parents, habitant également  27 rue Pasteur, assiste plus morte que vive à l’opération qui fait beaucoup de bruit, coup de feu, lancement de grenades…pas de possibilité de s’enfuir – le quartier est entièrement quadrillé, en ce qui me concerne, je suis à l’état-major de Nancy et Banlieue.

La police militaire aux armées découvre la sape du bois de Saurupt, vers Maixe : il n’y a pratiquement rien. Les personnes arrêtées (25 à27) sont toutes relâchées après interrogatoires, sauf, dit le compte rendu, le chef des terroristes Jean Valot, en réalité ils sont deux, Jean Valot et Jules Chrétien. Ces deux blessés graves sont transportés dans une camionnette, sur de la paille, à la Feldgendarmerie de Lunéville. 

A partir de là, l’enquête passe par la gestapo.

Avant de poursuivre, j’ai regardé les photos des corps martyrisés de mes deux amis…combien a été grande leur souffrance ! Pour la mémoire, pour l’histoire, pour faire connaître le prix de liberté, je dois écrire : les interrogatoires sont menés par les gens de la gestapo avec une cruauté qui n’a pas de nom… et ces deux hommes sont pourtant blessés. Jean Valot, un œil arraché, les seins brûlés, un poids attaché aux parties génitales…sans compter les traces de coups très nombreuses...

Jules Chrétien, parti au secours de ses compagnons sur sa motocyclette, les sévices sont peut-être moindres : son corps porte des traces de brûlures. Comment l’expliquer ? Sans doute son compte à lui est déjà réglé, tandis que les barbares ont espéré des renseignements de J. Valot qui s’est reconnu “chef des terroristes”…Tout fut également vain…

Les deux martyrs sont menés pour un constat au bois de Saurupt dans la sape, et puis ils seront assassinés…

Les corps seront récupérés huit jours plus tard. Il est incontestable que nos deux martyrs n’ont divulgué qu’un minimum de renseignements plus ou moins partiels et incontrôlables. Ce dont il faut se souvenir, c’est que J.Valot est un des créateurs du secteur 416 et qu’à ce titre, il connaît toute la hiérarchie. Responsable du bureau des opérations aériennes, il connait les terrains de parachutages homologués. Il connaît les agents de liaison et le personnel des équipes de sabotages…il aurait pu divulguer beaucoup de choses…

Ces événements surviennent à une époque cruciale. Les FFI des groupes d’action n’ont plus d’explosifs. Ils n’ont que peu d’armes et de munitions, la libération de la région s’annonce. Ils attendent des parachutages, peut-être hypothétiques. Les directives des états-majors de la région et du département viennent tout juste de parvenir au secteur.

L’ignorance du contenu des enquêtes, la mort de nos deux camarades, obligent les cadres du secteur à des mesures de prudence générales et à des mouvements de personnes. Le capitaine G. Debrosse avec dans son sillage J. Clemang, P. Banzet, P. Bastian, J.P Hertz et bien d’autres, seront chargé d’autres missions.

FFI

FFI

FFI

 

RAPPORT DE L’ADJUDANT-CHEF MANGENET

Chef du secteur d’Einville

En date du 21 octobre 1944

 

 

PERTES SUBIES PAR LE SOUS-SECTEUR D’EINVILLE

 

  2 septembre 1944

Ste Libaire

tué

Schiella

15 septembre 1944

Einville

blessé

Chevallier

15 septembre 1944

Coincourt

Blessé

Bodot Jean

15 septembre 1944

Sommerviller

blessé

Labrevot Georges

 

PERTES INFLIGEES AUX  ALLEMANDS PAR LE SOUS­-SECTEUR

 

  2 septembre 1944

Ste Libaire

Un milicien passé par les armes. Le soir du décrochage

  6 septembre 1944

Ste Libaire

Deux sous-officiers allemands prisonniers

15 septembre 1944

Einville

Deux allemands enterrés dans une ferme, un blessé allemand

16 septembre 1944

Bois d’Einville

8 prisonniers dont un lieutenant et un aspirant allemand

 

Tous ont été remis aux américains d’Arracourt par le chef Piant du secteur de Coincourt.

 

Du 15 septembre au 10 octobre 1944 : 20 prisonniers allemands remis aux américains dont 13 faits par le seul FFI Villermain (reçu officiel des américains).

 

DANS LE SECTEUR EINVILLE-SOMMERVILLER

Du 6 au 15 septembre 1944 : 30 prisonniers remis aux mains des américains par le groupe de Sommerviller –adjudant-chef Haumant.

Soit 64 allemands hors de combat et 1 milicien.

 

LISTE DES MEMBRES FFI DU SECTEUR 416

(Lunéville-Einville-Manonviller)

TITULAIRE DE LA MEDAILLE DE LA RESISTANCE

 

 

BANZET Pierre

J.O 11.07.1946

BASTIAN Pierre

J.O 25.07.1947

BAUMGARTNER Lucien

J.O 31.03.1947

CLAUSSE François

J.O 13.07.1947

CLEMANG Jean

J.O 12.09.1945

COUSIN Marcel

J.O 26.07.1947 (T.P) 1*

GALLAIRE Maurice

J.O 26.07.1947

HUGUENEL Charles

J.O 13.07.1947

LAHALLE Henri

J.O 13.07.1947

LOUIS

J.O

MANGENET Léon

J.O 17.05.1946

VALOT Jean

J.O (T.P) 1*

VILLERMAIN-LECOLIER Robert

J.O 17.07.1946

WEISS Jean

J.O 17.05.1946

 

1* à titre posthume

 

LISTE DES MEMBRES FFI DU SECTEUR 416

NOMMES DANS L’ORDRE NATIONAL DE LA LEGION D’HONNEUR

 

 

BANZET Pierre

CLEMANG Jean

VALOT Jean

VILLERMAIN LECOLIER Robert

WEISS Jean

 

 

LISTE DES TITULAIRES DE LA MEDAILLE DE LA RESISTANCE

NES A LUNEVILLE

 

AUGUSTIN René

1905

BAURY Amaury

1891

BLOC Marcel

1897

CLEMENT Victor

1922

DENIS Robert

1896

DENIS André

1910

DICK Gilbert

1921

DICK Jeanne

1902

EBLE-PIERRAT Simone

1911

FERRY Robert

1908

GODECHOT Claude

1909

DE GOLDBERRY Sylvain

1904

JOB Samuel

1896

LABOUREAU Lucien

1911

PERRET Pierre

1923

MAC-MAHON

1903

MAY Pierre

1894

MICHEL Georges

1998

MORAND Paul

 

RUDLOFF Paul

1889

SIMON Jacques

 

VAYRIOT Paul

1894

VERCELOT Paul

1902

DE RAMBUTEAU Amélie

1900

THOMAS Jean

1908

 

L’EPOQUE DES ACTIONS INDIVISUELLES

 

“La flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre”.

Elle fut pourtant bien faible cette petite flamme de la résistance au cours des premiers mois de l’occupation, à peine quelques étincelles qui eurent beaucoup de peine à surmonter la stupeur, puis le désespoir, puis la résignation qui submergèrent les français de zone occupée.

Etablissant la chronologie de la résistance française, le comité d’histoire de la 2e Guerre Mondiale, pour les six mois qui terminent l’année 1940, a dressé un rapide bilan de cette période se résumant à quelques tracts, à la parution des premiers numéros de la presse clandestines, à des manifestations d’étudiants, notamment au 11 novembre 1940 à Paris, aux premières arrestations, aux premières exécutions, aussi…

 

Citant cette étude dans sa “vie des français sous l’occupation”, Henri Amouroux ajoute :

 

“ Peu de choses et peu d’hommes…à peine une petite égratignure sur la cuirasse allemande. Assez cependant pour que toute la terre soit ensemencée et que germent les grands mouvements de résistance”.

 

En Lorraine, à Lunéville, le bilan du comité d’histoire mérite quelques additifs, quelques égratignures supplémentaires. Car les patriotes n’y manquèrent pas qui, en dépit d’une armée allemande omniprésente, n’attendirent pas les consignes de l’extérieur…ou de l’intérieur, pour savoir où était leur devoir, leur simple devoir de français.

 

LES ARMES

 

Dans le précédent chapitre, j’ai déjà évoqué le non-respect de cette “Bekanntmachung” de juin 40, prescrivant à tous les détenteurs d’armes à feu d’avoir à déposer sans délais leurs fusils et revolvers dans les mairies. Simultanément, dans le plus grand secret, quelques armes abandonnées par nos troupes en retraite et qui avaient échappé à la récupération allemande, s’évanouirent des fossés des routes, des fonds de cour de ferme ou des taillis où elles avaient été plus ou moins dissimulées par des hommes qui ne s’en étaient pas séparés sans un dernier réflexe de soldat. Beaucoup de ces armes disparurent entre 1940 et 1944, soit que les détenteurs “illégaux” s’en débarrassèrent par la suite, de peur de représailles, soit que, victimes de quelque sinistre dénonciateur, certains d’entre eux finirent sous les balles des pelotons d’exécution ou dans la nuit et le brouillard de la déportation.

 

Cette anecdote montrera que le danger prenait parfois des formes bien banales. Cela se passait à l’automne 1940. Deux jeunes garçons avaient entrepris de ramasser toutes ces armes abandonnées dans et autour de leur village et de les camoufler pour…le savaient-ils ?

Découvrant un très bon mousqueton  de 1916 jeté dans le remblai du LBB (1), ils étaient prêts à l’enlever lorsque le propriétaire d’une maison voisine les surprit, les insulta et lança même son chien à leurs trousses. Quelques jours plus tard, l’arme n’ayant pas bougé, la récupération put s’effectuer, à la tombée de la nuit, sans aucune difficulté.

Quelle ne fut la stupéfaction de nos garçons en apprenant le lendemain que ce monsieur, se prenant très probablement pour un bon français, était allé signaler au poste allemand le plus proche ces deux jeunes gens du village voisin “qui avaient pris le fusil qui était là depuis le mois je juin…et qu’il avait bien essayé de les en empêcher…et que, n’est-ce pas, la guerre est finie”.

 

Les allemands de ce poste, braves territoriaux qui ne manquaient pas d’humour et tenaient tout particulièrement à leur tranquillité, remercièrent bien vivement leur informateur…et lui infligèrent sur le champ une “Strafe” – amende- de 20 Reichsmark pour ne pas avoir signalé plus tôt qu’un fusil traînait près de chez lui !!

Ce fusil alla rejoindre le début du stock d’armes que les gars de Thiébauménil étaient en train de constituer et qu’ils conservèrent en bon état jusqu’à la veille de la libération où elles permirent l’équipement des FFI du secteur, y compris de Lunéville. (2)

De nombreux camarades prirent les mêmes risques dans notre région où tant d’armes avaient été abandonnées par nos troupes au moment de leur reddition de juin 1940.

Qui, par exemple, devant la pierre du monument aux Morts de Lunéville, s’est déjà demandé pourquoi Charles Magnus et Alphonse Legrand avaient été fusillés en 1942 par l’occupant ?

Le 22 octobre 1941, à la suite de deux attentats qui avaient coûté la vie à des officiers allemands, l’un à Nantes, l’autre à Bordeaux, une nième ordonnance prescrivait le reversement systématique et total de toutes les armes, armes à feu et armes blanches, et ajoutait :

 

“ A partir du 23 octobre 1941, à 22h00, tout individus trouvé en possession d’une arme sera immédiatement passé par les armes”.

(1)     le train à voie étroite Lunéville- Blâmont- Badonviller

(2)     Suivant une estimation du colonel de Préval, commandant les FFI de Meurthe et Moselle, sur les 250 armes individuelles dont il disposait au 6 juin 1944, près d’une centaine provenait de la récupération.

 

Le 3 juin 1942, on apprenait à Lunéville que les allemands venaient de fusiller à Nancy un jeune homme de 20 ans, habitant rue de Sembas, Charles Magnus. Celui-ci avait été victime d’une dénonciation. Après une perquisition au domicile des ses parents, qui ne donna aucun résultat, les policiers allemands allèrent interroger Monsieur Magnus père, malade, à l’hôpital. Celui-ci refusa de dire quoi que ce soit concernant son fils avec une telle énergie que les hommes de la gestapo l’abandonnèrent, mais ils eurent l’idée machiavélique de dire au pauvre garçon que son père leur avait tout avoué. Epuisé par une série d’interrogatoires, le malheureux s’effondra et indiqua le jardin où les armes étaient enterrées.

Assisté de Maître Kappler, avoué nazi notoire de Lunéville, Charles Magnus est mort bravement, “bien que très émotionné”, ira dire ce triste individu à la pauvre mère supplicié.

A sa sortie de l’hôpital, Monsieur Magnus père fut aussitôt emprisonné sans jugement, la durée de la peine étant ainsi laissé à l’appréciation de ses tortionnaires.

Presque au même moment se répandit la nouvelle de l’exécution d’un autre lunévillois, Monsieur Legrand, fusillé à la Malpierre, aux fonds de Toul. Alphonse Legrand, père de 8 enfants, militant communiste, était détenteur de deux cartouches de dynamite,  mais, trop bavard, il s’en était vanté dans un café où trainaient des oreilles ennemies, malheureusement pourtant bien françaises.

Comme pour Charles Magnus, Kappler était l’avoué commis d’office d’Alphonse Legrand. Ce traître atteignit à cette occasion le fond de l’ignominie en allant réclamer 10 000 francs d’honoraires à la famille, des pauvres gens que la disparition du chef de famille plongeait dans la misère.

Apprenant cette démarche, Monsieur Français, le brave maire de Lunéville pendant l’occupation, s’écria en pleine mairie :

“ Qu’il vienne les réclamer à moi ce Kappler, je le réglerai avec 10 000 coups de pied au cul !...”

 

7 août 1942 : nouvelle inscrite au journal officiel de l’Etat français : la peine de mort sera appliquée à tout détenteur d’explosifs ou d’armes.

22 août 1943 : encore une Bekanntmachung : les allemands accordent une amnistie entière à tous ceux qui livreront les armes dont ils sont encore détenteurs et jusqu’au 24 août 1943, dernier délai. En même temps, des récompenses étaient promises à ceux qui fourniraient tous renseignements permettant la découverte de dépôts d’armes. Suivant des informations parvenues de Paris, les allemands auraient désormais acquis la certitude que les armes à destination de la résistance commençaient à tomber du ciel en abondance, larguées par les anglais. En ce qui concerne Lunéville, ils se trompaient à peine puisque le premier parachutage sur notre secteur avait eu lieu en lisière de la forêt de Mondon, vers la pointe des Cras, le 8 mai 1943, deux ans jour pour jour avant la capitulation sans condition du 3e Reich. Mais nous nous n’en sommes pas encore là et la police allemande ne semble pas encore se douter de la défaite. Elle est même toute puissante depuis avril 1942, lorsque Himmler obtint de son Führer que tous les pouvoirs de police soient ôtés à l’armée d’occupation en France (1) et confiés désormais à la gestapo qui pourra ainsi donner toute sa mesure.

En 1943, c’est Louis Marin, un jeune homme de vingt ans qui sera arrêté. Il avait récupéré un fusil dont la crosse avait été brisée et il s’était appliqué à la réparer. Deux ans plus tard, ses parents ne savaient toujours pas ce qu’il était devenu, un point d’interrogation qui est encore posé aujourd’hui.

En 1943, ce sont les sœurs du capitaine de Percy, du 8e Dragons, dont la mort glorieuse a été contée dans une de nos précédentes publications, qui seront menacées d’arrestation. Elles avaient eu l’imprudence de conserver – et de mal dissimuler – des armes ayant appartenu à leur frère et auxquelles elles tenaient à titre de souvenir. Elles aussi étaient victimes d’une dénonciation, de la part de leur bonne.

Quelques jours plus tard, à la veille de Noël, c’est le docteur Bohème qui fait l’objet d’une dénonciation de détention d’armes. La perquisition de son domicile, rue Charles Guérin, malgré les moyens mis en œuvre par les gestapistes, ne donnera rien.

Quelques semaines plus tard, elle aurait obtenu un tout autre résultat.

(1)     Comme partout, dans tous les territoires occupés et sur le territoire du Reich lui-même.