La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Lunéville - J.Délivré


par le Médecin Colonel Jacques DELIVRE

 

Si Lunéville est libéré en septembre 1944, cette ville a cette triste particularité d’avoir déjà été occupée lors de la Grande Guerre. Elle subit cette occupation du 22 août au 12 septembre 1914 après de violents bombardements. Le 1er septembre 1915, elle essuie à nouveau des bombardements en particulier, ce jour là, une bombe tombe sur le marché, rue de la Charité, faisant 48 tués et 50 blessés.

Et pratiquement, tout au long de la Grande Guerre, n’étant qu’à 12 Kms de la frontière, Lunéville reste sous le feu de l’artillerie à longue portée.

 

La situation au début de la guerre

Puis c’est l’occupation allemande en 1940. Dès le 18 juin 1941, des élèves de l’Institution Saint-Pierre Fourrier diffusent une affiche de propagande dans la ville. La Kommandantur exploite l’incident, enfants et parents sont menacés de graves sanctions. Localement se mettent en place le réseau Alliance du général Frère (mort en déportation au Struthof le 13 juin 1944), le réseau Jean Fitsroy, le réseau de Simon et Vedelle, les réseaux Brutus, Mithridate, Marie-Odile, celui de Thérèse Adlof.

 

Mais en janvier 1942, l’occupant adopte une nouvelle organisation de ses services. La Feldkommandantur 591 étend ses compétences sur les départements de Meurthe et Moselle et des Vosges.

Lunéville devient un centre d’instruction de la Wehrmacht qui a aussi pour mission de remise en condition des formations éprouvées sur les fronts russe et méditerranéen. Ces troupes constituent une force très importante utilisée en particulier dans les missions anti-maquisards de la région.

 

Au même moment des groupes de résistants se constituent solidement. Jean Valot, un étudiant en faculté rallie ses camarades Gérard Villain, Paul Banzet et Pierre Bastian ; Henry la Halle, ancien combattant de la Grande Guerre, se groupe avec Pierre Cousin, Charles Huguenel, avec Robert Villermain-Lécolier, Charles Langbourg, François Clausse, Pierre Bailly et Jean Hocquaux. Le responsable du secteur est Jean Clémang et son adjoint Jean Weiss.

C’est à cette époque que deux résistants lunévillois, Charles Magnus et Alphonse Legrand sont fusillés par les Allemands pour détention d’armes et d’explosifs. Dans la nuit du 6 au 7 mai 1942, Lunéville subit une nouvelle attaque aérienne et reçoit une centaine de bombes incendiaires. Quatre tombent sur l’usine de la société Lorraine Dietrich, la crèche et l’école maternelle de Niederbronn sont complètement sinistrées.

 

Pour les résistants, le temps est venu de se regrouper et d’unir leur action. A Lunéville, les principaux responsables se rencontrent en novembre 1942 au domicile de Jean Valot. Au cours de cette réunion, il est décidé le regroupement sous l’égide de la France Combattante, prenant la dénomination de Secteur 416, Jean Clémang prend la responsabilité du secteur lequel est constitué en 3 sous secteurs :

  • 416 A  à Manonviller
  • 416 B  à Einville
  • 416 C  à Lunéville

Tandis que le colonel De Préval est nommé chef départemental pour la Meurthe et Moselle, le colonel D’Ornant est responsable de la région C pour l’ORA. Gilbert Grandval  devient chef des FFI de cette même région C.

La région C regroupe les huit départements suivants : Ardennes, Marne, Meurthe et Moselle, Meuse, Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin et Vosges.

 

Les premiers parachutages et la défense allemande

Un événement heureux se produit le 8 mai 1943 et apporte une aide substantielle au secteur 416, en même temps qu’il concrétise son existence officielle.

En effet, le 8 mai 1943, un avion anglais Lancaster survole une première fois le lunévillois, le long de la Vezouze et cinq minutes plus tard, ayant aperçu le signal lumineux des résistants, il répond et se présente dans l’axe du terrain de la pointe des Cras, à la lisière de la forêt de Mondon, sur le territoire de la commune de Laronxe. Le largage de containeurs s’effectue correctement, ce premier parachutage apporte des mitraillettes, quelques fusils, des pistolets et surtout des explosifs, du cordon détonant, des Clams 5 (mines magnétiques) ainsi que des cigarettes accompagnées de paquets de biscuits anglais qui vont être très utiles.

 

En cette année 1943, la garnison allemande est toujours importante, mais à présent elle est constituée de très jeunes soldats venant à peine de revêtir l’uniforme. Tandis que le ciel de Lunéville sert de lieu d’exercice aux avions à croix gammées, le Champs de Mars est planté de pieux pour interdire l’atterrissage d’aéronefs alliés.

Et puis, les 11, 12, et 13 septembre 1943, les Allemands embarquent tout leur matériel sur des wagons de chemin de fer. Toutes les casernes sont vidées...

 

La fin de l’année 1943 marque le début de l’offensive aérienne alliée contre les centres industriels allemands. Nuits et jours, Lunéville se retrouve survolée par des vagues de bombardiers lourds. Cette activité dans les airs procure une nouvelle mission à la résistance. Chaque fois que des appareils alliés sont abattus, les équipages sont aussitôt recherchés et mis à l’abri.

Certains aviateurs sont acheminés vers la région de Châlons sur Marne où des avions anglais (des Lysanders) appropriés à ce type de mission viennent les récupérer. Les autres se voient confiés aux agents de la SNCF pour convoyage jusqu’en Espagne. Ainsi dans le lunévillois, plus de 50 aviateurs alliés, auxquels il convient de rajouter des français juifs et évadés, sont recueillis.

 

Lunéville qui commence à espérer en voyant l’occupant quitter la ville en septembre 1943, voit avec effroi réapparaître dans la ville, des voitures blindées, chars, auto mitrailleuses. Les soldats sont porteurs aux revers de leur uniforme d’une tête de mort, c’est la Panzer Lehr.

Cette présence fait considérer Lunéville par les responsables du département comme la ville la plus exposée aux raids aérien anglo-américains.

Avec cette armada, les rues de la ville sont en permanence sillonnées par des véhicules blindés qui entrent et sortent sans cesse des casernes, aidés de soldats casqués chargés de régler la circulation. Des chars tigre sont camouflés sur le Champs de Mars. Des pièces d’artillerie lourde sont rangées au Bosquets.

Le Maréchal Rommel arrive à Lunéville pour inspecter la division. Une centaine de maçons sont réquisitionnés dans les villes voisines pour aménager les casernes et les adapter aux chars lourds. De nombreuses ouvertures sont percées dans les manéges et les écuries en vue d’une évacuation d’urgence des engins. Tout ce travail reste inutile puisqu’en mars, la division quitte le secteur au complet.

 

La garnison se retrouve provisoirement dépeuplée, à peine 100 hommes et quelques Souris Grises (nom donné aux auxiliaires féminines de la Wehrmacht en raison de la couleur de leur uniforme) qui servent à la Feldpost installée rue de Sarrebourg en face de l’hôtel des Postes. Lunéville va-t-elle redevenir une ville sous l’occupant allemand ?

Et bien non, car fin avril, c’est une unité de Falschirmjäger (parachutistes) qui, venant d’Italie, s’implante. Les alertes aériennes sont de plus en plus fréquentes, des vagues d’avions passent dans le ciel, de jour comme de nuit. Le 27 avril 1944, le triage de Blainville et l’aérodrome d’Essey les Nancy subissent un violent bombardement aérien.

 

Les actes de sabotage de la résistance s’intensifient, le Kreiskommandant de Lunéville menace le maire d’exécuter des otages. La gare devient un objectif potentiel car y stationnent souvent plusieurs trains de chars, canons, camions, ou citernes. L’écoulement ferroviaire devient très lent. Durant cette période, la résistance ne manque pas pas de volontaires, mais manque cruellement de moyens.

En dépit du parachutage du 8 mai 1943 dont nous avons parlé, le nombre d’armes reste dérisoire et l’arsenal est particulièrement hétéroclite. Les munitions et les explosifs sont en nombre insuffisant et de faible qualité. C’est pourquoi lle maquis fait parvenir un télégramme au général Koenig, responsable FFI à Londres.

 

La résistance passe à l’action

Le 5 juin 1944, la BBC transmet le message «Bruissez feuillage, croissez roseaux» puis le suivant «Nous porterons l’églantine» Le premier message est le signal du déclenchement du plan vert concernant les sabotages de voies ferrés. Le second message doit déclencher la guérilla. Ill stupéfit quelque peu les chefs de secteur, car on l’a dit, les armes et munitions font cruellement défaut face aux 20 000 hommes de troupe d’occupation dans le lunévillois.

Néanmoins le sabotage des voies ferrées commence en fonction des moyens. Parallèlement au plan vert, le plan jaune a pour but de ralentir la circulation routière en créant des embouteillages sur les routes. Le plan est mis en œuvre essentiellement dans le sous secteur de Manonviller, sur la route Paris Strasbourg.

Il y a aussi le sabotage des voies navigables, car le canal de la Marne au Rhin est pour les matières pesantes et non périssables, une importante artère de circulation entre la France et l’Allemagne. Au Nord de Lunéville, il présente toutes les conditions favorables à un futur sabotage efficace pour interrompre le trafic vers l’Allemagne tout en sauvegardant les intérêts de la France (approvisionnement en sel et charbon)

Sabotage de lignes téléphoniques à grande distance.

 

C’est quelques 280 sabotages qui sont homologués pour cette période autour du 6 juin jusqu’à mi-septembre et qui sont à l’actif du secteur 416.

 

L’un des sabotages les plus mémorables et des plus osés se perpétue le 6 juillet 1944. L’usine Lorraine Dietrich se voit contrainte en 1942, de fabriquer une série de tracteurs lourds d’artillerie de type FAMO au profit de la Wehrmacht. Après 2 ans, seulement 5 véhicules sont réalisés tant les ouvriers contrarient par tous les moyens, cette construction.

La réception officielle de cette présérie a lieu le 6 juillet 1944 en présence d’autorités des services d’armement allemands ainsi que de hauts personnages de l’armée. Des discours sont prononcés, des bouteilles de champagne sont brisées sur les capots. Vers 22h00, sept FFI déguisés en ouvriers se glissent dans l’usine, récupèrent des explosifs qui y sont dissimulés depuis l’après-midi.

Après avoir ceinturé et ligoté le gardien et enfoncé la porte de l’atelier, ils placent une charge d’explosif sous chacun des cinq moteurs et chacune des cinq boîtes de vitesse. L’équipe quitte les lieux par la voie ferrée. Il est 23h07 quand une première détonation retentie, suivie à quelques minutes par les quatre autres, les cinq engins sont hors d’usage.

Mais pour ces braves, le 16 août 1944 reste tristement figé dans les mémoires. L’une des équipes, composée de Jean Valot, François Peyre, Paul Banzet, Jean Claude Peyre et Jean–Pierre Hertz se sentant menacée, doit s’éloigner de Lunéville et trouve refuge dans une sape de la 1ère Guerre Mondiale à proximité de la forêt de Parroy, sur la commune de Raville.

Ce 16 août 1944, les résistants sont surpris par un détachement de parachutistes allemands qui cantonne à Einville et qui se rend au terrain d’exercice de Jolivet.

Jean Valot abat l’officier qui commande le détachement, mais rapidement vaincus par le nombre, les cinq français sont encerclés. Jean Valot est blessé et fait prisonnier. Jean Claude Peyre est frappé à mort. Les trois autres maquisards réussissent à s’échapper, entendant la fusillade.

Jules Chrétien lui aussi membre du secteur 416B et habitant Raville, n’hésite pas à enfourcher sa moto pour se porter au secours de ses camarades. Intercepté par les Allemands, il est grièvement blessé. Jean Valot et Jules Chrétien sont transférés à la Feldgendarmerie de Lunéville et atrocement torturés, mais ils ne parlent pas. Ils sont retrouvés huit jours plus tard, assassinés dans un bois près de Maixe.

Un monument à leur gloire sera érigé sur la route d’Einville.

 

La police allemande montre dans ces journées d’août une effervescence inhabituelle en entretenant un climat de peur sur la ville. Une dizaine de lunévillois sont arrêtés dont cinq appartenant au secteur 416. Ils sont tous fusillés à Domèvre.

 

En route vers la libération ...?

Une fois de plus, les Allemands évacuent Lunéville le 31 août 1944.

Le 11 septembre 1944 à 14h30 la gare est bombardée par l’aviation alliée. Plusieurs locomotives sont atteintes. Les bâtiments avoisinants souffrent aussi, en particulier les faïenceries.

 

Bientôt, c’est une nouvelle espérance, dès le 5 septembre 1944, les FFI de Lunéville sont en position sur la colline de Méhon, leur PC est situé, Quai des Petits Bosquets. On entend régulièrement des tirs d’artillerie. Le 13 septembre 1944, la Kommandantur ferme, la Feldgendarmerie et les cheminots de la Reichbahn partent. Il ne reste que quelques fonctionnaires de la Feldpost.

A 10h20, les ponts de chemin de fer sur la Meurthe sautent. Mais voici que des combattants allemands viennent installer des moyens de défense place des Carmes et des chars sont placés aux entrées de la ville. Ce sont les hommes de la 15e Panzer Grenadier Division.

 

Le lendemain 14 septembre 1944, à 11h15, des obus américains tombent avenue des Vosges, route d’Einville et sur la côte de Méhon. Dans la soirée du 14 septembre 1944, les Américains sont aperçus près de Moncel et vers la Faisanderie.

 

Le 15 septembre 1944 matin, deux pelotons du 2e Régiment de Cavalerie US poussent une reconnaissance en direction de la ville depuis Moncel. Ils s’arrêtent à la hauteur des premiers bâtiments de l’usine Lorraine Dietrich, pris sous des tirs antichars, 2 automitrailleuses et 2 jeeps sont atteintes ou abandonnées.

La nuit du 15 au 16 septembre 1944 est tourmentée, à partir de minuit: l’artillerie lourde américaine tire sur les côtes de Jolivet pour atteindre des canons antichars allemands qui y sont retranchés. Mais les Allemands se renforcent considérablement et semblent décidés à tenir à Lunéville.

 

Le 16 septembre 1944 au matin, le capitaine commandant le Kampfgruppe, chargé de la défense de la ville, impose au maire de Lunéville de fournir avant midi tout le pain, la viande, les pommes de terre, la graisse et le tabac disponible. Mais rien n'est livré.

Vers 13h00, le central allemand de la Feldpost saute. Dans l’après-midi, les hommes de la 15e Panzer Grenadier Division placent des charges sous le pont rue Chanzy. Le pont n'est détruit que sur une moitié. En début d’après-midi, le Colonel Reed, commandant le 2e Régiment de Cavalerie US, prescrit l’envoi de deux escadrons aux ordres du Major Pittman et l’ordre d’entrer dans Lunéville.

L’escadron B gagne rapidement le centre ville tandis que l’escadron C contourne la ville par le Sud, débouche par le faubourg de Nancy et fait sa jonction avec les FFI du secteur 416 engagés dans un violent combat dans la caserne de la Barolière. Déjà la population civile est sortie et manifeste sa joie.

Dans la soirée, les Allemands se replient sur les collines au nord de Lunéville. Les Américains du 2e de Cavalerie se regroupent en quelques points de la ville, tandis que pénètrent par le Nord Ouest, quelques chars américains avec pour mission d’appuyer les FFI dans leur garde face au Nord pour pallier toute contre attaque.

En ville, les Lunévillois savourent déjà la libération ; on applaudit les soldats du Major Pittman, la joie est grande car l’insigne de ce 2e de Cavalerie porte pour devise, en français «toujours prêt» héritage de sa participation à la 1ère Guerre Mondiale.

 

Le 17 septembre 1944, jour pluvieux faisant suite à une longue période de beau temps. L’enthousiasme est retombé, la peur remplace à nouveau la joie des jours derniers. En effet, les Allemands tentent de reprendre à nouveau Lunéville, on sait qu’ils sont retranchés dans la gare de Jolivet. L'artillerie, en ce dimanche, envoie des obus sur le quartier de la Place des Carmes faisant plusieurs victimes tant chez les Américains que des Lunévillois.

 

La contre-attaque allemande et la libération de Lunéville

La journée du 18 septembre 1944 est bien celle que les Lunévillois n’oublieront pas. En effet, vers 07h00, un poste d’observation du 2e de Cavalerie implanté à Chenevières émet un message vers son PC «suis dépassé par 6 chars lourds et une centaine de fantassins» et quelques minutes après «17 chars sont passés, je décroche» Au même moment, un chef de peloton de la même unité, en surveillance sur la nationale 4 entre Bénaménil et Ogéviller envoie son message à son tour «suis sous le feu de 40 blindés allemands».

En effet, le Général  Von Luttwitz, commandant le 47e Panzer Corps venant de Saint-Dié s’est avancé jusqu’à Baccarat et a implanté son PC à Raon l’Etape.

La mission donnée aux Panzer Grenadier est de reprendre Lunéville. L’action se situe dans la stratégie offensive lancée par la 5e Panzer Armée du Général Von Manteuffel. Face à cette attaque brutale, le Colonel Reed donne l’ordre à ses éléments du 2e de Cavalerie de se replier immédiatement sur Lunéville tandis que ses pelotons de chars légers M5 et obusiers M8 mènent un combat retardateur en vue de freiner l’avance implacable des Panzer à partir d’Azerailles et de Bénaménil.

Mais ces moyens sont bien faible et très vite submergés face aux chars allemands Panther. Ils sont pratiquement tous détruits. Quelques équipages peuvent s’échapper  et trouver refuge dans la forêt de Mondon où ils restent cachés pendant plusieurs jours. 

En fin de matinée, les Lunévillois voient avec angoisse les éléments du 2e de Cavalerie américaine se replier en trombe à travers la ville pour gagner leur zône de regroupement à Flainval. Un mouvement de panique se développe alors parmi la population. Des hommes et des jeunes gens, craignant des représailles, partent en direction de Nancy ou de Bayon.

Les habitants restés sur place sont invités à rejoindre leurs abris avec provisions de vivres et d’eau, ce qu’ils font avec beaucoup de discipline, tant l’heure est grave. Des obus allemands explosent sur la ville et font des victimes.

Le PC du 2e de Cavalerie resté place des Carmes est particulièrement visé et le Major Pittman qui a été acclamé deux jours plus tôt, trouve la mort par l’explosion d’un obus tombant sur le PC. Le Colonel Reed est lui aussi gravement blessé. La situation devient si sérieuse, que le commandement américain décide l’envoi d’un groupement blindé appartenant à la 4e Division Blindée US avec pour mission d’empêcher les Allemands de reprendre la ville de Lunéville.

Le groupement est accompagné de quelques pelotons de chars Destroyer, seuls engins disponibles et capables de se mesurer aux Panther allemands. Pour appuyer cette contre attaque, l’artillerie américaine dont le 203e Groupe Lourd prend à partie la tête du bataillon de Panzers de la 111e  Panzer Brigade, empêchant toute avance. En revanche, les chars allemands progressent et entrent à nouveau dans la ville vers 14h00 sans toutefois pouvoir franchir la voie ferrée, âprement défendue par la 4e DB américaine qui s’organise et place ses chars TD à tous les carrefours menant au chemin de fer.

Un char allemand Mark IV tente de franchir la ligne SNCF mais est détruit sur le pont de la Filature.

Dans la soirée, les restes du 2e de Cavalerie se regroupent sous les ordres du Capitaine Potts et reprennent le combat. Toute la nuit, les artilleurs des deux partis consomment un nombre important de munitions dans les tirs de contre batteries tandis que des patrouilles allemandes tentent de s’infiltrer.

 

Le mardi 19 septembre 1944, le moral des habitants remonte, dans les rues de Sarrebourg et d’Alsace, sont garées en file indienne des quantités impressionnantes de chars Sherman. A tous les carrefours menant à la voie ferrée sont installés des postes de combats avec mitrailleuse tenus par l’infanterie mécanisée.

Les Allemands sont cependant aux portes de la ville. Un char américain est détruit, le village de Chanteheux est toujours aux mains de la 15e Panzer Grenadier Division. Dans l’après-midi, l’artillerie intensifie brutalement ses tirs sur la ville faisant encore des victimes civiles.

 

C’est le 20 septembre 1944, à 07h30, que les premiers éléments de la 79e  Division d’Infanterie américaine apparaissent. Les éléments de tête de cette Division entrent en ville, font leur jonction avec les hommes de la 6e DB américaine (qui relèvent ceux de la 4e DB américaine) et se dirigent vers Moncel où ils sont stoppés par un feu nourri.

Au début de l’après-midi arrive à son tour le 313e Régiment d’Infanterie américain, celui-ci tente à son tour une attaque sur Moncel appuyé par des chars. Attaque qui se solde par un échec comparable à celui du matin.

Des escarmouches continuent à se produire avenue Voltaire et à la caserne Stainville. Des Allemands y sont retranchés, ils sont repoussés avec des moyens lourds. Par intermittence des obus continuent à tomber sur la ville augmentant la liste des victimes.

 

Les journées des 21 et 22 septembre 1944 sont angoissantes, si les Allemands évacuent Lunéville, ils tiennent les forêts de Parroy et de Mondon. La 15e Panzer Grenadier Division ainsi que la 21e Panzer Division ne sont pas disposées à se laisser enfoncer, car il s’agit pour ces hommes de protéger la frontière du Reich.

 

Le matin du 22 septembre 1944, le 315e Régiment d’Infanterie américain, placé jusque là en réserve, s’engage à Lunéville sur les lisières Nord Est de la ville. Il subit aussitôt des tirs venant des collines de Jolivet.

Enfin dans l’après-midi, le contact avec les Allemands se fait aléatoire. Les patrouilles recherchent l’adversaire, celui-ci se fortifie dans la forêt de Parroy, il faudra bien des semaines pour l’en déloger.

Lunéville est définitivement libérée, 400 maisons sont touchées. L’église Jeanne d’Arc est mutilée. Mais la guerre est encore aux portes de Lunéville et le 9 octobre 1944, un obus tombe rue Chanzy, frappant 13 personnes dont cinq devaient succomber.

Au  total, ces journées auront fait 31 victimes dans la population lunévilloise.

 

Et après ...?

Le 3 mars 1945, une prise d’armes aura lieu place Léopold au cours de laquelle le Général américain Patch commandant la 7e Armée, décorera une centaine d’Officiers, de Sous-officiers et soldats français.

Quelques jours après, on pourra voir se promener ensemble rue des Bosquets le Général Eisenhower, chef des forces expéditionnaires alliées, le Général Patch et le Général Patton. Ils viennent de conférer ensemble, en la maison du Traité de 1801.

Lunéville payera un lourd tribut à sa libération :

  1.  31 victimes civiles par bombardement
  2.  32 membres des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) tombés lors de la défense de la ville.

Une plaque en l’honneur de ces héros sera apposée à l’entrée des Bosquets, rue de Lorraine à la mémoire de ces résistants morts pour la France