La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Arracourt: la bataille de chars

 d'après le texte de M. J.P Seichepine
Président du Souvenir Français de Lunéville

Emplacement: Arracourt 

Char Sherman de la 4e DBAprès le débarquement du 6 juin 1944, les alliés restent bloqués en Normandie jusqu’à la bataille de Mortain du 8 au 11 août 1944 et la fermeture de la poche de Falaise le 19 août 1944 où plus de dix divisions de la 7e Armée allemande sont encerclées et détruites.

Le général Leclerc libère Paris le 25 août 1944 et début septembre, les premiers éléments motorisés des 12e et 20e Corps de la 3e Armée américaine arrivent sur les berges de la Moselle, de Toul à Thionville. 

Mais l’avance trop rapide des alliés ainsi que la libération de Paris, non prévue dans le plan de bataille américain, perturbe gravement la logistique des armées alliées. Patton, qui a besoin de trois millions de litres de carburant par jour n’en reçoit bientôt plus que la moitié. De plus, les armées engagées aux Pays-Bas et en Belgique se battent contre la 15e Armée allemande intacte et ont besoin de leur part complète de ravitaillement.

Aussi, entre le 26 août et le 4 septembre 1944, la 3e Armée du général Patton est stoppée le long de la Moselle par manque de carburant. Cette panne va permettre à de nombreuses unités allemandes d’échapper à l’encerclement et de se ressaisir. De plus, le 10 septembre 1944, lors de la première conférence inter-alliés de Bruxelles, le haut commandement américain donne la priorité au général Montgomery pour son offensive aux Pays-Bas (opération Market Garden) lancée le 17 septembre 1944.

 

Cet arrêt de l’offensive américaine sur le front de Lorraine est qualifié de miracle par Hitler. Dès lors, il peut monter une contre-offensive destinée à empêcher la progression des 3e et 7e Armées américaines et par conséquent la capture de nombreuses troupes allemandes retraitant du Sud-ouest. Cette contre-offensive est tout de même revue à la baisse et bientôt, il ne s’agit plus que d’empêcher la liaison des 12e et 15e Corps d'Armée US en attaquant vers Nancy.

Les Allemands commencent leur attaque vers Lunéville le 18 septembre 1944. Ils bousculent les blindés du 2e Régiment de Cavalerie US, puis attaquent le secteur d’Arracourt, du 19 septembre 1944 au 30 septembre 1944. Des combats violents opposent les blindés des 4e et 6e Divisions Blindées US et leurs troupes d’accompagnement contre les 11e et 113e Panzer Brigade ainsi que les restes de la 15Division de Panzer Grenadiers, et des 111e et 112e Panzer Brigades. Entre Lunéville et Saint-Clément, la 79e Division d'Infanterie US s’empare de la forêt de Mondon, le 23 septembre 1944 et poursuit ses attaques vers la forêt de Parroy.

Mais le ravitaillement des troupes US n’est toujours pas garanti. La majorité de la logistique arrive par le port artificiel d’Arromanche et quand une partie de ce port est détruit par la tempête, le problème du ravitaillement devient critique. Aussi, à la 2e conférence de Bruxelles du 22 septembre 1944, le haut commandement ordonne l’arrêt des offensives, sauf à Arnhem où les alliés combattront jusqu’au 26 septembre 1944.

L’arrêt de l’offensive n’empêche pas les troupes de Patton de se défendre contre les attaques allemandes et ce dernier en profite pour mener des actions offensives lui permettant de se placer au mieux de ses intérêts. Ainsi, lors des derniers jours de septembre, les Allemands perdent leurs derniers espoirs de vaincre les blindés américains à Arracourt. Le 9 octobre 1944 après de durs combats, la 79e Division d'Infanterie US capture la forêt de Parroy.

Les combats de septembre coûtent aux troupes allemandes la perte de plus de douze mille hommes morts, blessés ou disparus et de deux cents cinquante véhicules blindés, détruits principalement par l’aviation et l’artillerie US. La 4e Division Blindée US, qui a assuré la majorité des combats, ne déplore la perte que d’environ sept cents hommes et cinquante blindés.

Après cette période d’arrêt appelée aussi « pause d’octobre », l’offensive reprend le 8 novembre 1944 mais les Allemands ont eu le temps de se retrancher.

L’historien R. Caboz affirmera que l’arrêt des armées de Patton en pleine offensive réussie, a provoqué la mort de plus de cinq cents mille personnes supplémentaires, militaires et civils confondus.

La bataille de Lorraine coûtera aux Américains plus de morts que le débarquement et la bataille de Normandie réunis.


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