La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Domptail: en mémoire des soldats Français massacrés

le 20 juin 1940

d’après les travaux de M. J-P  Seichepine,
Président du Souvenir Français de Lunéville

Emplacement: à côté de l'église de Domptail

Monument en mémoire du massacre de Domptail

Le 14 juin 1940, alors que les Allemands sont déjà à Paris, les régiments d'infanterie de forteresse reçoivent l'ordre d'évacuer leurs positions défensives dans les intervalles de la ligne Maginot. Ils se dirigent alors vers les Vosges en laissant derrière eux  munitions, ravitaillement…mais sont rapidement talonnés par les Allemands.

Ce repli hâtif se déroule dans les pires conditions: manque de moyens de transport sérieux, maîtrise aérienne totale de l'aviation allemande, manque de munitions et de vivres; ponts et passages importants détruits par le Génie, absence d'ordres, perte d'unités, chute de la confiance.

Une grande partie de l’armée française se déplace donc à pied. Désarmée et désorganisée, elle n’est plus apte à faire face à ses envahisseurs et perd de nombreuses unités durant sa débâcle.  

C'est dans des circonstances analogues que se déroule le repli du 146e RIF, qui abandonne ses positions établies sur le secteur fortifié de Faulquemont. Plus de 3000 hommes éparpillés, cheminent sur l'axe général Faulquemont - Lunéville - Saint Die des Vosges. Une trentaine d’hommes de la 3e Compagnie de Fusiliers Voltigeurs du 21e Bataillon d'Instruction du 146e RIF se retrouvent isolés. Commandés le Capitaine Toutain, ils arrivent à rejoindre le village vosgien de Domptail au Nord de Rambervillers, dans la nuit du 19 au 20 juin 1940. Ne recevant plus d'ordres et constatant l'état de fatigue de ses hommes le capitaine décide de résister sur place.

Vers 6h15, les éléments du 305e RI  de la 198e Division allemande arrivent au contact. Les hommes du Capitaine Toutain tentent de les stopper avec des fusils-mitrailleurs. L’ennemi se repli mais s’infiltre dans le village et cherche à submerger les nids de résistance.

L’attaque allemande est soutenue par un tir de mortier : les maisons prennent rapidement feu. Une pluie d’obus et de grenades tombent sur le groupe français déjà submergé par un ennemi mieux équipé, mieux ravitaillé et supérieur en nombre.

Pendant près de six heures, les combats font rage et les îlots de résistance sont réduits un par un. En fin de matinée, il ne reste que deux petits groupes pour assurer la défense du village: les soldats Hubner et Visse servent un FM et le sergent Clément est situé à 80 mètres. L'adjudant Longas et le capitaine Toutain sont avec eux.

Vers midi, l’adjudant Longas  est tué et le sergent Clément est grièvement blessé alors que les soldats Hubner et Visse sont obligés de se rendre, faute de munitions.

La majorité des hommes est capturée, et le capitaine Toutain se résout à déposer les armes vers 12h10.

Les soldats français s’attendent à rejoindre leurs camarades déjà en captivité mais l’unité allemande décide d’un autre sort pour ce groupe…

La Capitaine Toutain désarmé devant la ferme Aubry est le premier à être mis en joue. Blessé à la gorge, il est laissé pour mort près de la fontaine mais survivra à ses blessures.

Six autres prisonniers sont alignés devant une grande ferme en bordure du village pour y être exécutés : le sous-lieutenant de Crasannes, le sergent Barbillon, le caporal-chef Gilgaire, les soldats Vanino Badet et Chrétien. Leurs cadavres resteront deux jours sur place.

Vingt hommes  sont choisis. Sans explications, ils doivent se dévêtir après avoir remis leurs papiers à un Fedelwebel. Ils sont conduits dans une pâture située à 600 mètres environ du cimetière de Domptail, sous les yeux des blessés laissés à terre comme le sergent Clément.

Arrivés au lieu-dit « La Louvière », un officier allemand fait aligner les prisonniers, et vers 12h40 les balles pleuvent.  

Vers 15h15, les Allemands reviennent avec quatre hommes qu'ils fusillent dans les mêmes conditions.

Les soldats Hubner et Roux, gravement blessés, seront les deux seuls survivants de ce massacre.

Les familles des soldats mis à mort mèneront des recherches durant toute la guerre, tout en restant persuadées qu’ils ont été conduits dans un camp de prisonniers.


Agrandir le plan