La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Manonviller: l'appui de la 2e DB à la 79e DI

d’après le témoignage de Pierre Purson,
tireur à bord du char Brive la Gaillarde

 

Monument de Manonviller en mémoire des soldats de la 2e DB tombés au combatLe 25 septembre 1944, la 2e DB a pour ordre de passer la Vezouze pour s’emparer de Manonviller, situé à 10km de Lunéville. Cette opération sera une des plus dures de la division et se soldera par un échec total, laissant un souvenir amer à tous ses participants, militaires ou civils.

Le village de Manonviller  est à flanc de coteau sur les premiers contreforts des Vosges et domine la Vezouze et les massifs forestiers environnants dont la forêt de Parroy. Il est surtout connu pour son fort construit par Séré de Rivières en 1879. Détruit durant la Grande Guerre, il sert de terrain de jeu aux enfants et de cachette pour des réunions de la résistance à partir de 1943. C’est dans le fort que sont préparés plus de 50 attentats à l’explosif, dont celui du 22 juin 1944 qui immobilise plus de 200 péniches, transportant des pneus et du sucre pour les Allemands, sur le canal de la Marne au Rhin. Entre juillet et août 1944, la défense allemande sur Manonviller se renforce : les crêtes avoisinant le fort  sont occupées, pendant qu’un abri et quelques pièces d’artillerie sont positionnés à son entrée.

En septembre 1944, la 2e DB arrive sur la route Lunéville - Baccarat. Le 3e escadron du 12e RC arrive à Thiébauménil le 23 septembre afin d’appuyer une attaque de la 79e DI, qui part de Lunéville sur Sarrebourg. Manonviller est un des points clés de cet assaut.

Le 24 septembre, le Commandant Rouvillois reçoit l’ordre d’attaque mais les conditions climatiques des derniers jours rendent impossible la manœuvre. L’ordre est donc reporté au lendemain, à 13h30, pour le Commandant Quilichini, malgré des conditions météorologiques tout aussi déplorables :

« Franchir la Vezouze devant Manonviller, établir une tête de pont, s’emparer de Manonviller, pousser jusqu’au fort de Manonviller et s’y établir avec tout le sous-groupement »

L’attaque doit être menée par un peloton de chars (peloton Krebs), une section d’infanterie (section Djambekoff) et un peloton de destroyers du RBFM (peloton Lacoin). Au même moment, une section d’infanterie de la 1ère compagnie du RMT doit franchir la Vezouze devant Thiébauménil et avancer directement jusqu’au fort.

Le convoi se met en route à 14h00 et ce sont les fantassins du RMT qui arrivent les premiers au village. La riposte allemande se fait de suite mais à cause des pluies et du brouillard les manœuvres sont difficiles, voire impossibles. La terre inondée se transforme en marécages profonds et devient un piège mortel pour les chars.

Le support aérien américain n’étant pas possible, l’artillerie de la division et notamment la batterie US de 155mm installée à Laronxe prennent la relève mais les Allemands, qui ont une meilleure vue, pilonnent la zone.

Plusieurs véhicules s’embourbent et les bombardements allemands empêchent de les récupérer.

A 17h00, la situation est toujours bloquée mais les forces françaises reçoivent un ordre du commandant Quilichini :

« Ordre impératif de vous replier prudemment, protégés par l’artillerie »

La deuxième section d’infanterie qui a progressé vers la crête du fort et l’a atteint à un moment, doit aussi se replier face à des forces bien supérieures.

Entre le 25 septembre et le 10 octobre 1944, le village et le fort feront l’objet de plusieurs bombardements aériens et de tirs d’artillerie US.

La 2e DB comptera 5 morts et 14 blessés  et perdra 6 véhicules durant cette après-midi. L’échec de cette mission est dû à l’absence d’une mission de reconnaissance qui aurait démontré l’impossibilité des manœuvres, causée par les pluies diluviennes et le brouillard.

Les troupes allemandes sont constituées de nombreux jeunes gens inexpérimentés d’après les témoignages de M. Lorrain et M. Winter, mais leurs positions leur permettent de tenir leurs lignes. Ils n’évacueront le village que début octobre.