La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Gerbéviller - La bataille du pont

« Gerbéviller-la-Martyr » est ravagée en 1914
mais tient en respect l’envahisseur allemand sur son pont.

Texte d’Audrey Brunias,

Monument aux morts de Gerbéviller

 « Comme un soldat sur le champ de bataille s'abrite derrière le cadavre d'un camarade tombé, la France, le 24 août 1914, s'est abritée derrière le cadavre de Gerbéviller », Maurice Barrès

En août 1914, Gerbéviller, située au sud de Lunéville, subit le contre-coup des défaites françaises du 20 août à Morhange et à Sarrebourg. En effet, la 2e armée du Général Castelnau se rabat sur le Grand Couronné et la Mortagne (rivière traversant les Vosges et la Meurthe-et-Moselle) du 21 au 23 août 1914. Lunéville est occupée par les allemands dès le 22.

Le 24 août 1914, 60 chasseurs à pieds du 2e BCP arrivent à Gerbéviller. Leur objectif est de tenir jusqu’au bout devant les allemands qui veulent prendre le pont.

A ce moment, les trois quarts de la population ont déjà fuit la ville. Les soldats commandés par l’adjudant Chèvre, originaire de Fresnois-la-Montagne (Meurthe-et-Moselle), couvrent le pont de barricades afin de repousser ou au moins ralentir l’armée allemande.

Les hostilités débutent à 9h00 du matin. L’infanterie allemande est tout de suite appuyée par une artillerie puissante qui pilonne la rive droite où se tiennent les soldats français, depuis les hauteurs de Fraimbois. 

Jusqu’à 17h00 , une pluie de feu et d’acier s’abat sur les chasseurs et la ville en ruine. L’infanterie allemande n’a aucun mal à faire son entrée dans le centre ville et les chasseurs français doivent battre retraite devant leur puissance de feu. Ils comptent une quinzaine de blessés et laissent une dizaine de morts derrière eux.  

En représailles de cette défense opiniâtre des français, la ville est ravagée, pillée et incendiée par les troupes allemandes (80% de la cité est détruite). La population est chassée ou massacrée dans les caves où elle se terre… Pendant neuf jours, la ville subit des violences qui la laisse dévastée.

Les blessés qui peuvent être sauvés sont transportés dans le petit hôpital de Sœur Julie qui s’occupe des français et des allemands sans distinction.

De nombreux écrits dans les journaux et autres conteront cet événement tragique.

Ce sacrifice de Gerbéviller permettra au Général Castelnau de gagner du temps pour préparer sa contre-offensive sur Rozelieures qui sera la première victoire française depuis le début de la guerre.

La réputation de « Gerbéviller-la-Martyr » gonflera et entraînera une sorte de pèlerinage, notamment des hommes politiques,  avant même la fin de la guerre.

Le 23 juillet 1930, la ville sera décorée de la Légion d’Honneur. Elle recevra un monument dédié au sacrifice des chasseurs du 2e BCP qui ont fait face  à un ennemi supérieur en nombre et en puissance de feu.

L’adjudant Chèvre, quant à lui, sera cité à l’ordre du 1er Corps de Cavalerie pour son action sur le pont de Gerbéviller. Il sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1914 et Officier de la Légion d’honneur en 1920. Il finira lieutenant-colonel en 1940.

Son décès en février 1952 causera une grande émotion dans la région.



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