La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

L'enlèvement des statues de Lunéville

L'affaire de la statue Lasalle de Lunéville

Témoignage de feu Lucien Schmied sur l’enlèvement des statues de Lunéville afin d’être fondues, le 5 mars 1943

 

« Maman se rendant à son travail, arrive à la mairie à 8h00 et s’aperçoit d’une certaine effervescence. Elle est de suite appelée dans le bureau du maire, Monsieur André Mayer, qui exceptionnellement est déjà arrivé.

Elle est informée de suite de la situation : «Les allemands nous démontent toutes nos statues !». Un représentant de l’entreprise de construction Cruchant (*) est présent, expliquant que son entreprise de construction est réquisitionnée par un service spécial allemand (chargé de l’enlèvement de toutes les statues à fondre).

 

Monsieur le maire, habitant rue François Richard (anciennement rue de Méhon), est  prévenu chez lui, par des témoins, habitant place des Carmes, (dont Monsieur Bisiaux, le futur maire) des dispositions de démontage de l’ « Abbé Grégoire ».

Très vite, un plan de sauvetage se met en place: maman tape un courrier en allemand, signé par le maire qui demande la suspension de l’enlèvement de la statue du général Lasalle (sachant qu’il est trop tard pour l’abbé Grégoire). Il insiste sur la bonne entente de la ville avec les forces nombreuses et importantes des autorités d’occupation.

 

Le motif de la demande qui n’est en réalité qu’un prétexte, stipule que la ville de Lunéville ne possède pas d’archives photographiques de la statue du Général Lasalle, implantée dans la cour intérieure du château.  Elle sollicite donc de remédier à cet état avant un départ définitif d’une partie de son patrimoine culturel et demande en conséquence l’ajournement des mesures d’enlèvement, afin de photographier cette statue.

 

Cette lettre est ensuite transmise après entente téléphonique avec l’Hauptmann KL dela Kommandantur, qui rédige pour ses supérieurs de Nancy, un rapport favorable à cette requête, allant même jusqu’à téléphoner au Orzkommandandt, un colonel de Nancy, pour signaler l’urgence du dossier. Ce colonel donne, lui aussi, un avis favorable et rédige l’ordre d’ajournement.

Premier soulagement pour maman, l’enlèvement ne sera pas pour aujourd’hui…

 

Ma mère, après avoir courut immédiatement rue de Sarrebourg où tout est près, trouve le brave Capitaine KL avec le Feldgendarm motocycliste. Celui-ci reçoit l’ordre de se rendre à Nancy et de transmettre cette ordre place du Château à son retour. L’échafaudage, déjà en place, est donc démonté pour prendre des photos le même jour.

 

Monsieur Oudinot, photographe rue Carnot est chargé de ce travail : il doit prendre pour la ville des photographies de cette statue, chère aux Lunévillois depuis 1893 et au Messins puisque Lasalle était natif de Metz. Cinquante ans après Lunéville ne doit pas laisser partir cette statue et c’est un miracle qu’il n’en soit pas autrement.

 

Astrologie, ironie du sort ou intervention divine, nul ne sait si cette statue a une destinée. Mais sans l’intervention des maîtres d’œuvre de cette histoire, elle serait transformée en canon.

Les acteurs : une interprète qui orchestre l’affaire, un contre maître, un photographe, un maire et un responsable allemand qui ont l’idée des photos.

 

Une ou deux semaines plus tard, la statue est toujours là. Cependant, les allemands disposant d’une grue dans le secteur, reviennent à la charge pour voler le Général.

Monsieur Oudinot, le photographe prétexte alors une défectuosité des plaques photographiques et présente des mauvais clichés en précisant, preuve à l’appui, qu’il a fait une nouvelle commande de plaques, afin de gagner du temps supplémentaire.

Le temps passe, l’entreprise de construction Cruchant de nouveau réquisitionnée, trouve l’excuse de ne plus avoir de grue de levage, ni de plateau de chargement. Les allemands de leur côté, n’ont plus de matériel adéquat dans le secteur, ce matériel est utilisé à des tâches plus importantes à leur yeux (transports routiers et ferroviaires de troupes, matériels de guerre et aussi malheureusement de déporté…).

Encore deux jours de gagné, puis trois, puis quatre…, jusqu’au moment où il n’est plus question de subtiliser la statue. C’est pourquoi, cher Général Lasalle, depuis l’inauguration, le 29 octobre 1893, vous êtes resté et resterez toujours à votre place parmi nous, au milieu de la cour du Château de Lunéville.

 

Monsieur Oudinot offre à Monsieur André Mayer ainsi qu’à Madame Marguerite Schmied, la photographie de la statue reproduite dans ce document. Cette fameuse photo qui est tout de même prise au cas où les événements seraient contraires.

 

Ma mère est sur le brèche du premier jour de l’occupation allemande à la libération et nous attestons ma sœur et moi, qu’elle fait preuve d’un énorme courage, seule, bien souvent obligée de prendre des initiatives personnelles dont elle rend compte à postériori au maire, reconnaissant.

Ne voulant pas faire de rapport écrit de ses activités pour des raisons de sécurité, elle nous fait chaque soir un compte rendu détaillé de sa journée

Elle restera très discrète sur cette histoire même après la guerre. Néanmoins elle participera à la réalisation du livre de Marcel Laurent, “Lunéville pendant la 2e guerre mondiale”, en donnant de multiples informations.

 

Cet épisode se doit d’être consigné par écrit afin d’honorer sa mémoire et qui sait de pouvoir servir à d’autres René Ducret ou Marcel Laurent dans le futur ».

 

 

 

(*) Ce représentant n’est autre que Monsieur Lucien Battaini, contremaître de l’entreprise, qui fait traîner les travaux d’enlèvement de la statue de l’abbé Grégoire et ensuite ceux de la mise en place de l’échafaudage de la statue Lasalle.

Ces actions retardatrices permettent de recevoir juste à temps l’ordre de non enlèvement de cette dernière. La statue de l’abbé Grégoire n’a pas la même chance puisque qu’elle est démontée, fixée, arrimée sur un plateau et conservée plusieurs jours dans la cour de l’entreprise. Elle partira par voie ferrée vers les fonderies allemandes.

Les aînés de ses enfants se rappellent avoir joué sur la remorque et être grimpés sur la statue dans l’inconscience de leur âge. La famille Battaini réside à côté du dépôt Cruchant, rue François Parmentier. Ils deviennent amis avec la mère de Mr. Schmied et cette amitié dure encore actuellement.

L'artillerie lourde à Manonviller

Charmes ... Lunéville ... Forêt de Parroy

 

Une semaine plus tard, les batteries américaines étaient de retour à Charmes pendant trois jours pour protéger le pont avant de retourner à Lunéville pour garder le 267e d’artillerie de campagne et leurs gigantesques obusiers de 240 mm.Les obus de ces canons étaient de 10 pouces de diamètre et le bruit était insupportable quand ils tiraient.

 Après trois jours, les pelotons ont été rejoint par le 961e une fois de plus, maintenant sur le côté Est, près de Lunéville, à Croismare. Ici, la 79e Division d’infanterie était engagé dans une âpre bataille pour prendre la forêt de Parroy. Ceci s'est avéré être le plus grand duel d'artillerie que nous ayons jamais vu. Comme nous sommes arrivés en avance sur la position de notre artillerie, j'ai entendu une énorme explosion et leva les yeux pour voir un colonel, son chauffeur et sa voiture de commandement jeté environ 10 pieds dans les airs après avoir roulé sur une mine dans le sol à environ 50 mètres de nous. Ce mouvement a attiré quelques obus de l'artillerie allemande. Nous avons donc dû faire profil bas pendant un certain temps lorsqu'ils sont tombés autour de nous.

Plus tard dans la matinée, un événement a réellement eu lieu à couper le souffle. Toute l'artillerie dans la zone a été programmée pour un réglage sur cible et il y avait beaucoup d'artillerie. L'objectif était de tapisser la zone au-dessus de la forêt avec des éclats d'obus d'artillerie et des fusants, qui devait arriver sur la cible en même temps. Cela signifie que le 155mm Long Toms situé à 10 miles ouvrait le feu pendant plusieurs minutes avant les obusiers de 105mm, qui n'étaient qu'à quelques centaines de mètres de la forêt, et les tailles d'autre pièce d'artillerie entre les deux serait prévu pour le feu à des moments opportuns. A 11h00, on entendait le sifflement des obus de longue distance passer au-dessus de nos têtes tout comme les 105mm tirés par obusiers.  La zone de la forêt est illuminée comme un sapin de Noël malveillants, environ 100 obus éclatèrent à la fois un peu au-dessus du niveau de la cime des arbres. Le bruit des explosions aériennes a été assourdissant. Les feuilles sur les cimes des arbres ont été déchiquetées et les éclats d'obus pleuvaient au sol de la forêt ci-dessous. Puis il est devenu étrangement calme.

Nous nous déplaçons autour de la forêt du côté Nord et attendons quelques jours que la bataille se termine, la 79e Division d'Infanterie reçoit en mérite beaucoup de repos et est remplacé par la  44e Division d'Infanterie nouvellement arrivée. Le 20 octobre 1944, deux de nos pelotons sont affectés à la protection des 156e et 157e Bataillons d'artillerie de la 44e Division. Les allemands sont au courant que le changement a lieu et a fait arroser nos positions d'obus. Le retrait de la 79e DI a été retardé de quelques heures pour stabiliser les troupes de la 44e Division, mais finalement la ligne a tenue et nous n'avons pas eu à reculer. Plusieurs des filets de camouflage couvrant notre half-track ont été abattus et les half-tracks ébranlés par la mitraille, mais nous n'avons pas subi de pertes. J'ai passé un bon bout de temps couché dans mon trou et deux fois j'en suis sorti par la force de l'air de l'explosions d'obus à proximité.

Les avions ennemis sont restés rares, bien que trois sont engagés le 8 novembre 1944 alors que nous nous dirigeons vers Manonviller. C'est à Manonviller le jour de l'Armistice, 11 novembre 1944, que la batterie connait sa plus dure journée de la guerre.

 Nous venons d'emménager dans un verger près de Manonviller, après avoir passé un petit pont près de la lisière du village nous avons ordre de passer la nuit. Notre aire de bivouac inclus les restes de l'ancienne église et d'un verger de pommiers de petite taille. La plupart de nos équipages ont décidé de coucher à la base des murs de l'ancienne église, qui offrent une certaine protection contre le vent et la mitraillage des avions, s'il devait y en avoir. Je leur ai dit que je me sentais plus en sécurité dans un des trous individuels dans un endroit découvert, pas trop près d'un pommier. Mon expérience a montré que les obus peuvent atterrir tout près de votre terrier et les éclats d'obus passer sans dommage. Mais si l’obus frappe un arbre ou un bâtiment, les éclats peuvent tirer vers le bas, même dans un trou. J'ai donc creusé mon trou, puis je me suis tortillé dans mon sac de couchage en passant une nuit confortable.

 Juste après l'aube, des obus d'artillerie allemande ont commencé à tomber autour de nous. Depuis les obus atterrir un à la fois, à trois ou quatre minutes d'intervalle il semblait probable que les allemands ne pouvaient pas nous voir, mais tiraient des feux d’interdiction sur le pont.  Je suis resté dans mon trou. Bientôt il y a eu l’explosion d'un obus près de l'église, suivi par un coup de poing menaçant. Le char lui-même n'avait aucun dommage, mais la secousse a détruit la paroi affaiblie de l'église qui s'effondre et enterre les soldats endormis à sa base. Le sergent-chef Anthony L. Gerardi, le T/5 Joseph Kapral, les Privates Norman Gaudette et William Gage. Gaudette  Norman et William Gage sont tués sur le coup.

  Peu de temps après la chute du mur, les allemands remarquent le nuage de poussière libéré et ils jettent un barrage d'obus pour harceler les travailleurs de secours, mais il n'y a pas d'autres victimes à ce moment. Des bombardements sporadiques continuent toute la journée et le soir, un obus tombe près d'un des half-tracks, blesse le Caporal Francis Calabrese,  le T/5 Creegan Thomas et le Private Joseph Ortaglia. Les deux derniers retournent à la batterie après la guérison, mais Calabrese est évacué vers les États-Unis.

 

Libération de Mont sur Meurthe

Récit d’Alain Thiriot – Thoret, né à Nancy en 1937

 

Originaire de Lunéville, c’est au début de la guerre que la famille de Mr Thiriot-Thoret s’installe dans le village de Mont sur Meurthe à 8 Kms à l’Ouest.

Son père, agent SNCF, est muté à la gare de Nancy dans le service nouvellement créé de surveillance générale (la police des chemins de fer).

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La libération de Pont-à-Mousson du 4 au 7 septembre 1944

 

Secteur tenu par la 80e Division d’Infanterie US de septembre à décembre 1944

D’après les travaux de Mr Jean Magnin, qui a travaillé sur des témoignages et des documents certifiés d’époque et des livres.

 

Après avoir traversé la France en un temps record, l’avancée des Alliés est stoppée en Lorraine, à partir de septembre 1944.

La traversée de la Moselle fait partie des obstacles qui ont ralentis les forces américaines lors de cette campagne. En effet cette rivière de 100 mètres de large est difficile à franchir avec un nombre de ponts réduit, sans compter les destructions préventives des troupes allemandes. De plus, elle est bordé par une vallée dont les prairies plates laissent à découverts les troupes et en font de parfaites cibles mouvantes pour les Allemands qui se sont postés sur les crêtes et hauteurs environnantes.

 

Le site de Pont-à-Mousson est choisi par la 80e DI car il possède le seul pont existant depuis 1940 entre Corny et Novéant à 20 km au Nord et Millery - Pompey - Custine à 20km au Sud. En outre, la Moselle y est canalisée et la voie de chemin de fer est sans remblai. La ville est enfin un carrefour routier avec Commercy à l’Ouest et Faulquemont, Saint-Avold vers l’Est.

 

Les forces en présence

 

Armée allemande :

Depuis août 1944, l’armée allemande subit une débâcle semblable à celle des Français en 1940. Ses troupes semblent désorganisées et il y a des cas de désertions notamment de la part des enrôlés de force, comme par exemple le jeune alsacien-lorrain Alfred Staudt qui se réfugie chez Mr Leval, directeur de la station électrique de Millery, en septembre 1944.

 

C’est le 47e Corps de l’armée allemande qui tient la Moselle avec la 3e Panzer Grenadier Division, commandée par le Général Hans Hecker, et la 29e Panzer Division  réduite à 80 chars. Des unités appartenant à la défense de Metz viendront compléter cette ligne, considérée par beaucoup comme la frontière naturelle du Reich, à partir du 2 septembre.

 

Durant toute la guerre, les troupes allemandes stationnées à Pont-à-Mousson, occupent les casernes (aujourd’hui l’hôpital) et l’école supérieure (l’actuel lycée professionnel Hélène Bardot). Un dépôt de matériel d’intendance destiné aux troupes aéroportées, est installé dans l’usine Adt située à côté de l’église Saint Martin. Il sera incendié avec le collège qui sert de relais pour l’évacuation des services parisiens de la Croix-Rouge (aujourd’hui le lycée Marquette), le 1er septembre 1944. Les pompiers n’auront pas l’autorisation d’intervenir. Seules les archives et la bibliothèque seront sauvées et déposées à la mairie.

De plus, la Wehrmacht fait sauter les ponts sur la Moselle, même ceux en bois qu’elle a elle-même construit en 1940. Les pilonnes du pont de la gare et les arbres, notamment dans le Boulevard de Riolle, sont entourés de décharges afin de ralentir les Américains qui se rapprochent.

            FFI :

Les Forces Françaises de l’intérieures sont sous les ordres du Général Koenig. Le Colonel Grandval est le chef régional, il a donc sept départements sous sa responsabilité dont celui de Meurthe-et-Moselle avec le Colonel De Préval à sa tête.

Dès 1942, le secteur s’organise et entre en liaison avec Londres, grâce à Charles François et à quelques personnalités.

 

Le secteur FFI de Pont-à-Mousson se compose de 650 volontaires, dont beaucoup sont des jeunes gens qui entrent dans la clandestinité pour éviter le STO. Ils sont organisés en 17 groupes de 30 et deux groupes de 100. Il y a quatre maquis dont le plus important étant celui de Puvenelle.

L’encadrement est généralement pris en main par les anciens officiers et sous-officiers d’active ou de réserve. L’ensemble est relativement bien structuré mais limité dans son action par son manque d’équipement et notamment d’armes. Leurs activités se cantonnent donc à des sabotages de voies ferrées, du canal, des lignes électriques et des voies de communications. A partir d’août et septembre 1944, ils jouent un rôle important dans le renseignement et la reconnaissance.

 

Lorsque les résistants sont surpris, ils n’ont pas le droit à un procès mais sont généralement fusillés dans un champ ou sur une lisière de forêt comme c’est le cas pour Lucien Jean Mathiot après s’être fait prendre alors qu’il allait récupérer des armes parachutées sur Régnéville. C’est son père qui doit chercher son corps pendant deux jours et l’enterrer lui-même.

            L’armée américaine :

C’est donc la 80e DI du 12e Corps d’armée de la 3e Armée de Patton qui est présente dans le secteur de Pont-à-Mousson. Le 20e Corps qui libère Metz est positionné au Nord mais s’arrête dans la région de Vandières et la 35e DI est stationnée au Sud, dans le secteur de Nancy.

 

La 80e DI est composée de 20 000 hommes qui participe aux combats de la poche de Falaise jusqu’au 17 août puis atteignent Orléans, le 27 du même mois. Ensuite, la division reprend la route vers Mourmelon, Châlons-sur-Marne en passant par Montargis puis installe son QG à Sens du 24 au 28 août 1944.

Comme toutes les divisions de la 3e Armée, la 80e a eu des difficultés de réapprovisionnement en essence et a du ralentir son avancée pour donner la priorité au front nord. Elle a pu repartir en trouvant des galons d’essence oubliés à Epernay par la Luftwaffe. Ainsi, le 31 août 1944, la division est à Commercy, où elle rencontre Charles François, commandant des FFI du secteur de Pont-à-Mousson, le lendemain : « Venez, la route est libre, les Allemands sont partis ».

 

La zone de combat de la 80e DI représentera une zone de 20 à 40 km de large et de 40 km de profondeur. Elle se situera entre Vandières, Custine et Toul.

 

 

La libération approche, du 1er au 4 septembre 1944 :

 

Pendant les derniers jours d’août, les Allemands cherche à se retirer derrière la ligne Siegfried et profite de la panne d’essence des Américains pour se ressaisir. Ils organisent leurs lignes de défense sur la Moselle.

 

Le 1er septembre, des éléments du 29e Panzergruppe qui poursuivent les maquisards, arrivent à Martincourt. Ils incendient le village après avoir abattu trois habitants. Ils poursuivent leur chemin vers Mamey, où ils brûlent 26 maisons et fusillent 10 personnes. Trois sont aussi brûlées vives.

 

Le 2 septembre, la 3e PGD qui recherche aussi des « terroristes », incendie 12 maisons et la chapelle de Vilcey-sur-Trey

 

Malgré cette chasse, les volontaires français continuent à donner la priorité à la recherche de renseignements sur les mouvements des troupes allemandes.

Les pertes commencent à s’accumuler : ainsi l’épicier Zimmer est fusillé le 23 août pour avoir prêter sa camionnette pour un transport d’armes, à Lucien Barisien (exécuté le lendemain). Le même jour, Jean Navé et Albert Petit sont fusillés pour avoir observé un convoi allemand à la ferme Saint Pierre. Le 1er septembre, François Sesmat et Serge Mangon sont interrogés et fusillés en allant chercher du ravitaillement à Vieville. Enfin le 3 septembre, Lucien Mathiot et Alfred Lenoir sont exécutés pour port d’armes sur la route de Fey. 

 

Malgré ces persécutions commises pour la plupart par la 1ère Compagnie du 29e Panzergruppe, commandée par l’Oberleutnant Dauer, les Allemands semblent en déroute jusqu’au 4 septembre. Les forces françaises continuent, quant à elle, à s’activer : la maquis n°1 s’attaque à un convoi de fonds des Quatre Vaux en pensant qu’il s’agit de fuyards. Cependant il se retrouve face à la Panzer Division et un vif combat s’engage. Les Allemands sont tués dont un colonel et des documents sont saisis. L’un des participants, Raoul Fath sera exécuté le jour même.  

 

Place Duroc en ruine après l'incendie

Au soir du 3 septembre 1944, à 23h00, la ville subit son premier bombardement aérien. Les avions « Thunderbolt » prennent la ville en enfilade de l’avenue Carnot (aujourd’hui avenue Patton) à Saint-Martin près de Saint-François, rue Robert Chastel.

Deux bombes tombent Place Duroc : plusieurs magasins prennent feu comme l’épicerie Chatel et le magasin de chaussures Faucheur, puis se propage vers l’Est à cause du vent. Il finit par détruire tout le quartier de la rue Fabvier à la place Saint-Antoine. Seule la mairie est sauvée par les pompiers.

 

Le 4 septembre 1944, vers 7h00, les Allemands détruisent le pont de la Moselle mais oublient celui de la gare. Ils reviennent une heure après pour le faire sauter grâce à des obus placés sur les piliers. Même si le tablier s’effondre, le pont reste utilisable. La bouche d’égout se trouvant au début de la rue Victor Hugo  explose et creuse un énorme cratère qui empêche tout véhicule d’accéder à la Place Duroc. Les arbres du boulevard, entourés eux aussi d’explosifs, sont oubliés.

La première patrouille de reconnaissance américaine, appartenant  au 317e Régiment d’infanterie, arrive place Thiers vers 10h00. Un fantassin descend seul, à pied, la rue principale en disant à la population : « Nous sommes très peu, rentrez les drapeaux, les Allemands peuvent revenir ».

Effectivement, les Américains se retirent très vite dans les forêts à l’Ouest de la ville et c’est la FFI qui s’occupe de la défense de Pont-à-Mousson et effectuent des patrouilles sur les rives de la Moselle.

 

Le pont de Pont A Mousson  détruit par les Allemands

 

Du 5 au 10 septembre 1944 : les tentatives pour traverser la Moselle

 

D’après le livre, Patton et la 3e Armée, du Général Wallace et plusieurs témoignes de soldats américains,

 

Dans la soirée du 4 septembre 1944, le 317e RI se rassemble sur les hauteurs boisées ayant vue sur la Moselle. Des patrouilles découvrent des points de traversée près de Pagny-sur-Moselle, de Vandières, ainsi que de Dieulouard. Le Général Mc Bride, commandant la 80e DI,  décide alors de lancer une attaque surprise dès l’aube. Le Colonel Cameron, commandant du 317e RI, établit donc un plan afin de prendre la colline de Pont-à-Mousson et celle de Mousson. La mission est un échec et les 3 bataillons engagés comptent de nombreux morts. Les survivants doivent donc se replier sur Blénod-lès-PAM  Ce qui reste du 2e bataillon se dirige alors vers Pont-à-Mousson.

 

Si le 319e RI arrive à traverser la Moselle au niveau de Toul, les unités placées à Pont-à-Mousson connaissent, là aussi, une vive résistance de la part des Allemands et essuient de nombreuses pertes.

 

Le Général Mc Bride reste sourds aux recommandations des Français et veut construire un pont Bailey au dessus des piles détruites du pont de Pont-à-Mousson. Cependant ce projet se révèle impossible et les Américains tentent de passer à travers les ruines sans savoir que les Allemands ont renforcé leurs défenses sur la rive droite et sur les hauteurs de Mousson …

Le 7 septembre sera une journée sanglante pour les unités américaines qui vont se faire massacrer… 

Le passage se fait en bateaux pneumatiques : les Allemands laissent les troupes américaines débarquer sur leur rive mais dès que ceux-ci ont le pied à terre, ils subissent des tirs de mitrailleuses et de mortier.

Plus de 160 soldats et officiers périssent lors de cette tentative.

 

Après cet échec, l’état-major américain décide de tenter une traversée au niveau de l’île d’Esch. De nouveau, la riposte allemande est d’une rare violence : les soldats se retrouvent sous une pluie de tirs d’artillerie. D’après des témoignages de soldats, après avoir atteint la rive opposée, ils sont obligés de creuser des trous pour se protéger des explosions…139 soldats meurent durant la traversée puis à la fin de l’attaque, le groupe ne compte plus que 60 hommes qui se réfugient dans une grange. Mais celle-ci est la cible d’un tir américain …seuls 30 survivront.

 

Plusieurs soldats et officiers diront que les combats tragiques de Pont-à-Mousson sont dus à des fautes dans la coordination et au manque d’appui aérien. Les hommes de la 80e DI sont pourtant des soldats aguerris mais ils se feront décimés en moins d’une journée.

 

Durant cette période dis résistants français se feront exécutés alors qu’ils menaient des missions de reconnaissance ou qu’ils portaient secours à des soldats américains blessés. On peut citer, entre autres, Jules Stauffer (5 septembre), Raymond Marsac, Maurice Georgin et Pol Glande (6 septembre)…

 

 

La destruction du quartier Saint-Martin par les Américains

 

Le 6 septembre 1944, devant l’échec de la traversée de la Moselle, les Américains décident d’anéantir le quartier Saint-Martin par l’aviation. 80 avions porteurs de bombes d’une tonne et de 25 000 bombes incendiaires doivent être lancés pour anéantir ce quartier abritant les forces allemandes mais Charles François demande à ce que cet ordre soit suspendu. Le 7 septembre, le Général Patton fait savoir qu’il a renoncé à cette attaque aérienne. Les sept avions déjà en vol, ne toucheront que les batteries avoisinantes.

 

Saint-Martin a donc échappé à une destruction totale. La population civile encore présente (de 1200 à 1500 personnes) se bousculent dans les caves des Prémontrés. Toutefois, les morts et les blessés s’entassent ; il n’y a plus de médecins et la seule pharmacie du quartier est en ruine.

Le 6 septembre, le Général français Houdemon, ami d’enfance du Général Patton, décide d’aider la population coincée entre les deux armées. Il traverse à la barque la Moselle avec un officier allemand et des responsables de la Croix-Rouge pour obtenir des médecins. Le chirurgien Marchal et le docteur Desjardins peuvent donc aller soigner les blessés. Le lendemain, Houdemon rassemble les mêmes personnes pour tenter de transformer le quartier Saint-Martin en zone neutre et de déplacer les combats hors de la ville, à Dieulouard –Scarpone.

Le Général Mc Bride refuse cette proposition est exige que le Général Houdemon fasse évacuer les civils sous un bref délai afin de reprendre les offensives, sans quoi, il sera considéré comme un espion et sera fusillé.

Il rencontre alors le lieutenant Dauer afin de négocier une évacuation de la population et de l’hôpital qui à jusqu’au 8 septembre midi avant que le Général Mc Bride lance une attaque d’artillerie sur la rive droite. Un véritable exode vers la Seille commence alors, des enfants et des impotents se retrouvent sur la route en direction de Port-sur-Seille. Malgré tout, certains personnes préfèrent restées dans les caves..

Au retour du chef d’état-major et de son lieutenant français, Mc Bride téléphone à Patton pour lui parler de la visite du général Houdemon qui lui répond : « le général Houdemon est un ami d’enfance français, exécuter ses ordres comme si c’étaient les miens »…

 

Le 8 septembre, la promesse de la trêve est tenue : le général Mc Bride abandonne l’idée de passer de force à Pont-à-Mousson et privilégie une tentative à Dieulouard.

Le Général Houdemon se fera capturé par les Allemands et déporté en Allemagne. Patton engagera alors des recherches et retrouvera son ami en 1945, à Ratisbonne.

 

Le quartier Saint-Martin est sauvé mais les Prémontrés tombent en ruine suite à un incendie et le même jour, Atton est détruit par une attaque de Thunderbolt américains. Certains réfugiés de Pont-à-Mousson, encore sur la route, sont blessés.

 

Salle d'honneur des Prémontrés dévastée par les flammes

 

La semaine du 10 au 17 septembre 1944

 

Le 9 septembre, les Américains sont toujours sur la rives gauche et les Mussipontains ne sortent plus de leurs caves. Le Colonel Charles François est demandé afin trouver des volontaires français pour une mission de reconnaissance dans la zone de Landremont / Sainte-Geneviève : Jacques de Villepin rejoint donc Mr de Pommery, chef des FFI du secteur de Ville-au-Val, qui connait les positions allemandes.

 

Sur ordre de Patton, Mc Bride propose un plan d’attaque au Général Eddy, commandant le 12e Corps armée. Ils utiliseront les renseignements de De Villepin et les plans du général Houdemon qui « laissa une carte des gués et l’indication que le château château médiéval de Pont-à-Mousson sur la colline [possède] un poste d’observation allemand », d’après le livre du Général Patton, The war as I knew it. Il confirme aussi la traversée de la Moselle à Scarpone.

 

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1944, le 2e et 3e bataillon du 317e RI traversent la rivière. Le 1er bataillon est placé en réserve, il traverse l’île de Scarpone et arrive à Bezaumont en début de matinée. Après la traversée, le 2e bataillon atteint Saint-Geneviève et le 3e se place sur les hauteurs d’Autreville.

Durant cette nuit, 3 621 salves seront tirées par l’artillerie.

 

Le 12 septembre 1944, vers 18h00, une tête de pont est construite englobant Atton, Loisy, Saint-Geneviève, Bezaumont, Ville-au-Val et les côtes d’Autreville. Mais la structure est fragile. D’importantes forces blindées allemandes sont concentrées en face et comprennent le danger de la situation.

 

Le 13 septembre 1944, des patrouilles aériennes allemandes contrôlent le secteur. Une première vague de 16 chasseurs attaquent les ponts, puis une autre vague arrive avec10 chasseurs et bombardiers. Cinq avions de la Luftwaffe sont abattus mais le colonel à la tête du 318e RI, ainsi que  son second, deux capitaines, le chapelain et 40 soldats sont faits prisonniers à Atton.

Les villages de Loisy, Atton, Sainte-Geneviève, Mousson et leurs environs passent de mains en mains, suivant les avancées et les replis des deux armées. Ils sont totalement dévastés par des torrents d’obus et c’est pendant les combats de la colline de Mousson que le Général Searby (commandant divisionnaire de l’artillerie) meurt au côté des hommes du 318e RI.

 

Le 16 septembre 1944, l’Oberleutnant Dauer ordonne à la population de ne pas sortir dans les rues et fait hisser un immense drapeau à croix gammée sur la tour de l’église Saint-Martin.

 

Le 17 septembre 1944, les habitants désespérés, voient les Américains sur la colline mais sont obligés de rester dans les caves. Pourtant les Allemands partent sans combattre, en laissant leur drapeau sur l’église. La 2e compagnie du 319e RI investit la ville vers 17h00. Dans le compte rendu de Jean Strohmann, on peut lire que le « drapeau tricolore est longuement agité au sommet de la tour de l’église se Saint-Martin. Les cloches sont mises en branle par un prisonnier évadé et sonnent à toute volée. De l’autre côté de la Moselle sur la plate forme de l’église Saint-Laurent, un pavillon français répond à celui de Saint-Martin. »

 

 

Une liberté acquise et un combat qui continu

 

Pont-à-Mousson est enfin libéré mais les obus continuent à tomber, notamment la nuit. Les Américains poursuivent leur route mais les combats sont rudes et la résistance allemande est vivace : s’ils ont fait Orléans – Commercy en trois jours, ils mettront trois mois pour atteindre Nomeny, soit parcourir 15 km.

 

Le 24 septembre 1944, la 80e DI comptera 2581 victimes : 437 tués, 657 manquants, 1487 blessés graves. La division a fait 1905 prisonniers, détruit 46 chars et canons d’assauts.

Des Gi's prennent le temps de poser avec les Mussipontains

Saint-Clément... 28 août 1944

 

                         Texte écrit par les enfants de Saint-clément en 1999

 

Quand le fer et le feu s'abattent sur le village

Prologue

Vint donc cette seconde guerre mondiale : occupation le 19 juin 1940 qui devait se terminer le 23 septembre 1944, plus de quatre années sous la botte. Et l’on attendait alors, avec beaucoup d’impatience et d’espoir, la libération. Ce siècle avait 44 ans (il y a donc… 45 ans) quand Saint Clément, un certain 28 août 1944, allait connaître « son jour le plus tragique, son jour le plus long ». Car s’éveilla chez nous un volcan nullement naturel, mais dû aux seuls humains en folie, volcan jaillissant brutalement dans le fer et le feu.

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