La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Woippy

Woippy

Libération de Woippy par le 377e Régiment d’Infanterie Américain

 

Les 15 et 16 novembre 1944, le 2e et le 3e Bataillon du 377e Régiment d’Infanterie américain, appuyés par des blindés du 778e Bataillon de chars, opéraient dans la vallée de la Moselle, dans un secteur limité à l’Est par la rivière et à l’Ouest par une ligne passant par la route de Rombas jusqu’à Bellevue puis entre Woippy, Saulny et Lorry pour aboutir au Ban-Saint-Martin. Le 1er Bataillon, qui avait franchi la Moselle les 8 et 9 novembre 1944, contrôlait Montrequienne sur la rive droite. Devant Metz, la plaine était tenue par le 1215e Volks Grenadier Régiment.

Si on peut avancer que la prise de Woippy fut relativement aisée et qu’elle ne coûta pas de trop sérieuses pertes au 2e Bataillon, il n’en fut pas de même pour le 3e Bataillon, qui déplora un grand nombre de tués et de blessés en attaquant le fort Gambetta.

Voici, parfois relaté sous la forme d’anecdotes par les GI’s qui y ont pris part, un aspect des combats à l’issue desquels Woippy et La Maxe furent libérés, il y a aujourd’hui 60 ans.

 

Le 2e Bataillon

 

1- Sainte-Agathe

Le 15 novembre 1944, la compagnie E reçut 40 hommes en renfort et des blindés en appui direct. Partie du crassier Sud de Maizières, où le capitaine Martinson qui la commandait fut blessé et évacué, elle prit la route de Metz vers Saint-Rémy à la tête du dispositif d’attaque : « C’était comme aux manœuvres de Louisiane, dit le lieutenant Nichols, avec un feu modeste et simulé ». Les hommes étaient très crispés jusqu’au moment où le soldat Belt détendit l’atmosphère en tirant au fusil-mitrailleur sur des lapins. L’action prêtait à rire, mais c’était justement ce dont les hommes avaient besoin.

Les lieutenants Nichols et Warber, qui n’avaient pas de carte, dépassèrent Saint-Rémy sans s’en rendre compte. Les choses sérieuses débutèrent au pont sur la voie ferrée au Sud de Sainte-Agathe. Des mitrailleuses bien installées dans de petites fortifications prirent la compagnie sous leur feu. Quand elles commencèrent à tirer, les sergents O’Dell et Limpach réussirent à parvenir sous le pont en rampant et y furent arrêtés. Le lieutenant Nichols et le sergent Tyner contournèrent alors ces positions en franchissant le passage supérieur. Encerclée, la pièce cessa son tir et, bondissant hors de la voie ferrée, O’Dell et Limpach anéantirent l’autre.

Cet engagement fut le premier d’une série de petites actions comportant en elles mêmes chacune une part d’héroïsme. Afin d’avoir la meilleure position de tir possible, le soldat Russel escalada le talus et, s’exposant au feu, tira un bon nombre de grenades avec son lanceur M1. Un Allemand qui s’apprêtait à lancer une grenade sur le lieutenant Meyer fut abattu par le soldat Gagnon. Son corps, ainsi que la grenade non explosée, tombèrent aux pieds du lieutenant. Le sergent Langenberg tua un tireur qui visait le lieutenant Nichols.

La nuit fut chaude pour les compagnies E et F qui occupaient un petit secteur au Nord de Woippy. Pour la plupart, les soldats restèrent calmes afin de ne pas révéler leur position, même quand les Allemands lâchèrent des chevaux dans la nature, espérant que les guetteurs se dévoileraient en ouvrant le feu.

La compagnie F déplora trois blessés à la suite d’un tir de Panzerfaust (arme antichar) contre l’une de ses positions de mitrailleuse légère. Le sergent Ivanski organisa une position défensive qu’il tint pendant 6 heures contre le harcèlement des patrouilles ennemies.

Démarrant du crassier Sud de Maizières, la compagnie G commença à se déplacer en direction de Metz sur un terrain miné. Le sergent Kappala marcha sur une mine bondissante qui arriva dans l’estomac du lieutenant Hardy avant de tomber dans la boue… un raté ! Selon le lieutenant Loucks,

« Nous voyions les mines, elles étaient là alignées sur trois rangées. Les mines bondissantes ressemblaient à des choux avec leurs antennes qui sortaient du sol, nous avions intérêt à garder les yeux bien ouverts ». Deux blindés eurent leurs chenilles endommagées.

La compagnie passa la nuit dans les baraquements militaires de Sainte-Agathe. Avant d’y arriver, il fallait passer dans un fossé dont l’eau arrivait au-dessus des guêtres. Beaucoup d’hommes prirent un bain en s’y couchant lorsque les obus tombaient trop près d’eux. « Mon équipe était la seule à  avoir un abri, se souvient le sergent Stirbis.

Il y avait de la place pour quatre dans l’espèce de tranchée formée de sacs de sable, où nous étions quatorze ! La seule chaleur que nous avions était celle du métal qui volait dans les airs ». Les mortiers du fort Déroulède tirèrent sur les baraquements durant toute la nuit.

 

2- Woippy

Le bataillon conduit par les compagnies E et F reprit son attaque tôt le matin du 16 novembre 1944, progressant peu à peu dans les rues de Woippy, et délogeant les Allemands de pratiquement toutes les maisons le long de son chemin.

Le sergent Arnold, tirant au fusil M1 en position debout tua à 300 mètres un soldat ennemi qui courait. Un conducteur de camion qui sortait de la ville fut tué alors qu’il allait se réfugier dans une maison. Les blindés firent feu sur le bâtiment, qui s’enflamma et s’écroula.

Le lieutenant Nichols dit : « Nous avons eu une rude journée d’exercice à tirer sur les Allemands qui, refoulés par le 378e Régiment sur notre droite, traversaient notre front en s’enfuyant ».

Des tireurs embusqués étaient toujours actifs quand la section de réserve de la compagnie E arriva à Woippy. Le soldat Bishop demanda où était le PC, et on lui indiqua une maison sans lui préciser qu’il n’y était pas encore arrivé.

Quand Bishop entra dans l’immeuble, nonchalamment, le fusil au creux du bras, il eut la surprise de sa vie : il venait d’interrompre quatre officiers assis dans la cave en train de se restaurer…ils ne résistèrent pas et furent faits prisonniers.

A Woippy, les hommes de la compagnie E récoltèrent des pistolets P 38 et d’autres armes légères allemandes. Outre un état-major qu’elle captura, la compagnie saisit quatre canons de 105, un important stock de munitions et un dépôt de fournitures. Les prisonniers déclarèrent qu’en raison de l’avance rapide de la compagnie qui les avait pris au dépourvu, les champs de mines et les barrages routiers n’avaient pas pu être mis en place.

Tard dans l’après-midi, la compagnie E entreprit une action contre le fort Déroulède, dont les mortiers visaient Woippy et les environs. Les hommes se frayèrent un chemin dans la montée vers l’ouvrage, mais ils durent se replier quand ils arrivèrent « sous une pluie de métal qui tombait du fort » (sergent Limpach).

Woippy

L’actuelle rue de Ladonchamp. Le panneau « Metz » rappelle que, durant l’occupation, Woippy fut rattaché administrativement à la ville

Woippy

A la hauteur du 52 rue de Ladonchamp, les Allemands avaient vainement barré la route avec des machines agricoles

Woippy

Le café National Bader, actuellement « Le Tassili »

Woippy

Soldats américains au centre du village. On reconnaît à l’arrière-plan les garages et quelques commerces actuellement implantés rue du Général de Gaulle (poissonnerie, pressing, tabacs-journaux)

Woippy

Un fantassin est à l’affût place du Champé devant l’actuel « Optique Genet ». A l’arrière plan, un char est en position devant le Café du Commerce

 

(Photographies d’archives américaines extraites de Lorraine, Album mémorial, 31 août 1944-15 mars 1945, Heimdal-Serpenoise, 1985)

 

La compagnie F opérait en coordination avec la compagnie E dans le nettoyage de la partie Sud de l’agglomération. C’était une lourde tâche, mais personne n’était fatigué après avoir vu le soldat Walton arpenter les rues en tirant avec son fusil-mitrailleur à la hanche, blessé lui-même, la tête entourée d’un pansement ensanglanté. Au cours de son déplacement vers Woippy, la compagnie avait déploré trois pertes sous un tir de mortiers.

A la compagnie G, le sergent Miller détruisit à lui seul deux mitrailleuses qui arrêtaient la progression dans Woippy. Ayant laissé ses hommes à l’abri, et s’exposant aux feux croisés de ces deux pièces, il entra dans le bâtiment qui abritait la mitrailleuse de droite et obligea ses 5 servants à se rendre. Il retraversa ensuite la rue sous le tir de l’autre pièce, et à dix mètres de la maison lança une grenade au phosphore à l’intérieur en criant aux servants de se rendre. N’ayant pas reçu de réponse, il lança une deuxième grenade et entra dans la cave, où il trouva 2 ennemis morts et 3 autres blessés. Il fit prisonniers les deux restés valides.

Quatre hommes n’oublieront jamais ce que fit le sergent Chandler lorsqu’une grenade allemande tomba près d’eux à travers une fenêtre. Chandler écarta deux hommes et neutralisa la grenade en se couchant dessus : « Dingue ! C’était sûr que j’étais cinglé, je n’ai pas dormi pendant plusieurs nuits après cela », raconta-t-il par la suite.

Les pertes de la compagnie G furent lourdes. Le lieutenant Coltin fut tué dans le courant de la deuxième journée de sa présence à l’unité, et plusieurs hommes furent blessés par des éclats d’obus.

Deux pièces de mortier de la compagnie H déplorèrent 9 blessés lorsque des obus tombèrent sur leur position entre des bâtiments du village. Le soldat Yazbeck fut tué alors qu’il tentait de les évacuer. Le soldat Slominski rampa jusqu’à une position de mitrailleuse ennemie et obligea ses servants à se rendre.

Dans Woippy, le char du caporal Smith fut touché par un coup direct. Smith continua à tirer jusqu’à ce que son équipage ait quitté le véhicule, puis il démonta la mitrailleuse de 30 (7,52 mm) et, à terre, continua le combat jusqu’à l’arrivée des renforts.

Le peloton du sergent Stirbis de la compagnie G eut les quartiers les plus chauds pour passer la nuit : « Nous étions, raconta-t-il par la suite, dans la cave d’un immeuble dont les étages brûlaient et gardaient le sous-sol bien au chaud, la seule chose qui nous gênait était le cadavre d’un Allemand en haut de l’escalier ».

A 14h00, Woippy était pris. Le bataillon passa la nuit du 16 au 17 novembre 1944 dans le village. Le 17, il consolida ses forces et se réorganisa au Sud de la cité. A 15h00, la compagnie G qui avait les blindés en appui prit la tête de la colonne et commença à parcourir les trois derniers kilomètres vers Metz. Elle était suivie de la compagnie F, et de la compagnie E en réserve.

 

Le 3eBataillon

 

1- Les Tapes – La Maxe

La compagnie L du 3e Bataillon démarra de Maizières au matin du 15 novembre 1944 en passant par le cimetière, où elle essuya de violents tirs de mortiers, puis elle obliqua légèrement vers l’Est pour prendre la ferme des Tapes qui était principalement défendue par un canon de 88 allemand. Navette entre Maizières et la ferme avec une jeep et une remorque remplie de munitions.

La jeep reçut un projectile et prit feu. Keith, voyant que son chargement était en danger, décrocha la remorque, alla chercher une autre jeep, et poursuivit sa mission. Le soldat Hendrison donna un autre aperçu des difficultés rencontrées par les approvisionneurs : blessé, il était resté à l’arrière et, alors que tout le monde le croyait évacué, il revint aux emplacements de combat avec une caisse de cartouches dont on avait grand besoin. Le soldat Cain fit également à trois reprises le difficile demi -kilomètre pour approvisionner en obus les mortiers de la compagnie M.

La compagnie I, partie du château Brieux, progressait au Sud de Maizières sur le flanc gauche du bataillon ; elle fut retardée par des fossés et des tranchées où elle se battait sous un lourd barrage d’artillerie. A ce moment, cinq hommes furent détachés pour faire sauter le pont d’Amelange sur le canal de la Moselle, afin d’éviter toute intrusion ennemie sur les arrières du bataillon.

Le lieutenant Geiger a appelé la progression de Maizières à La Maxe « la vallée de la mort » : « De même, dit-il, qu’il fallait réduire les positions allemandes bien organisées, on franchissait des champs de deux blindés d’accompagnement furent détruits par cette pièce avant qu’elle ne fût atteinte par les mortiers de la compagnie M.

La compagnie s’arrêta aux Tapes pour se réorganiser et attendre des munitions, qui arrivaient péniblement sous des tirs nourris. Le soldat Keith faisait la mine et on poussait en avant sur un terrain sillonné de fossés et de canaux de drainage remplis d’eau, la compagnie avançait sous le feu ».

Le lieutenant Nestayer et le sergent Winiewski, de la compagnie L, arrêtée par un feu nourri, rampèrent à travers les haies et s’approchèrent suffisamment près d’une position ennemie pour prendre deux mitrailleuses. Ils tuèrent deux Allemands et ramenèrent 18 prisonniers. Le lieutenant fut blessé aux yeux durant cette action.

L’ennemi se replia quand la compagnie I déborda sa position à Amelange. Les tirs de mortiers découragèrent vite les défenseurs de ce point, et un officier et 20 hommes se rendirent. Les 2e  et 3e sections de la compagnie I avancèrent dans La Maxe à la tombée de la nuit en tirant de toutes parts pour sécuriser le secteur de la compagnie. La compagnie L prit le reste du village avec autant de facilité.

La compagnie M s’apprêtait à mettre des mitrailleuses en batterie aux abords du village pour en couvrir les voies d’accès. Avant que ces pièces ne soient en position, les Allemands lancèrent des fusées rouges qui déclenchèrent un tir d’artillerie, qui par chance ne fit aucune victime.

 

2- Le fort Gambetta et la ferme de Thury

Le 15 novembre 1944 à la tombée de la nuit, les compagnies I et L occupaient La Maxe, et le PC du bataillon se trouvait à la ferme des Tapes avec la compagnie K. L’offensive du régiment avait sérieusement ébranlé le dispositif de défense allemand au Nord de Metz, et il ne restait plus qu’un obstacle sur la route du bataillon : le fort Gambetta.

Cet ouvrage fortifié était entouré d’un épais rideau boisé qui permettait à ses défenseurs d’observer la plaine dans toutes moins de 5 minutes la plus grande partie des 1ères et 2e  section était hors de combat. Les feux croisés des armes automatiques tirant du fort Gambetta n’épargnèrent que 6 hommes de la 2e  section et 7 de la 1ère.

La 3e  section, qui avait trouvé refuge dans un fossé peu profond, eut plus de chance : 14 hommes répondirent présent à l’appel du lieutenant Spando qui la commandait. « Nous n’attendions pas beaucoup de résistance de la part des Allemands, dit le lieutenant Albano, et pourtant nous étions là, tapis dans un fossé en attendant la suite des événements ».

L’artillerie amie essaya de tirer, mais il était très difficile d’ajuster les tirs à cause des blessés américains qui jonchaient le sol devant le fort. Seuls les antichars tiraient à travers les arbres, réduisant momentanément les mortiers de Gambetta au silence. Des munitions furent touchées et le souffle de l’explosion projeta d’énormes colonnes de fumée et de débris dans les airs. Le lieutenant Albano détruisit une pièce par un tir de bazooka, tuant 7 soldats ennemis.

Coupé de tout contact avec le reste de la compagnie, le lieutenant Spando demanda au soldat Dornac d’essayer d’aller chercher des ordres, mais ce dernier fut touché par une balle alors qu’il sortait de son abri. Spando décida alors d’y aller lui-même et, se faufilant au fond du fossé qui l’abritait, réussit à regagner l’arrière. A 13h00, il était de retour avec la compagnie K.

Au moment où il quittait La Maxe avec celle-ci, qu’il commandait, le capitaine Pinckney, déjà blessé la veille, fut touché par des éclats d’obus. Un officier qui tentait de lui porter secours fut lui-même blessé par un deuxième obus qui tua le capitaine.

Le lieutenant Toland prit le commandement de la compagnie, et avec le sergent Peterson poursuivit l’attaque. Peterson détruisit personnellement deux armes automatiques allemandes et, se trouvant sous le feu, réussit à replier son équipe sans essuyer de perte. « Pendant ce temps les Allemands pilonnaient le terrain avec mortiers et artillerie, et nous n’avions aucune protection », relate le sergent Hendale. Les directions sans être vus de ses assaillants. Il était en outre soutenu par l’artillerie du fort de Saint-Julien, qui battait toute la vallée(1).

La compagnie L quitta La Maxe le 16 novembre 1944 à 7h00 en direction de Gambetta en ordre déployé, sur un terrain plat comme un billard, la 3e  section en tête. Celle-ci avait presque atteint la lisière boisée du fort quand l’enfer se déchaîna. Les mortiers de Gambetta et de Saint-Julien entrèrent en action simultanément, et en

La compagnie K se déplaça sur le flanc droit de la compagnie L et atteignit la zone boisée et le fossé qui entouraient le fort. Là, les hommes purent s’abriter dans des tranchées creusées par les Allemands, mais le bombardement étant constant, ils furent obligés d’y rester terrés.

Ces positions pourtant très exposées étaient malgré cela meilleures que celles des compagnies L et M qui subirent de lourdes pertes quand les Allemands les prirent pour cible. Le sergent Wurth, de la compagnie M, quitta son trou pour une minute : un soldat voulant occuper cet emplacement fut tué par un obus.

La section de mortiers de la compagnie M avait progressé avec la compagnie K. Grâce aux ordres très précis qu’il donnait, le lieutenant Cosgrove, officier de tir, put éliminer plusieurs bouches à feu ennemies.

A 17h00, les positions des compagnies K et L étaient devenues intenables. Accusant de lourdes pertes, ni l’une ni l’autre ne pouvait poursuivre l’attaque, car leurs positions étaient trop exposées. La compagnie L se replia la première en rampant quand le couvert le permettait, et en courant pour traverser les espaces nus. Elle se rassembla près de la ferme de Saint-Eloy, où elle reçut l’ordre de regagner La Maxe dès la nuit venue. Le repli de la compagnie K fut facilité par un écran protecteur de fumée généré par les mortiers de la compagnie M. Elle se replia également sur la ferme de Saint-Eloy, et regagna La Maxe dans le courant de la nuit. Elle avait subi de lourdes pertes, dont le capitaine Pinckney, le lieutenant Trometter et le lieutenant Allan, qui quoique blessé resta avec son unité jusqu’à son repli complet.

Tandis que la compagnie L progressait vers Gambetta, la compagnie I se déplaçait sur le flanc gauche du dispositif vers la ferme de Thury. Les hommes découvrirent bientôt que les canons de Saint-Julien étaient braqués sur eux, et la preuve en fut donnée quand les premiers obus tombèrent sur la 1ère  section avant qu’elle n’atteigne les bâtiments de la ferme.

Lorsque le barrage cessa, il ne restait que 6 hommes valides couchés au fond d’un fossé. « Je n’oublierai jamais, dit le soldat Hugues, le moment où j’ai vu ces bâtiments blancs de l’autre côté de la Moselle, innocents, qui nous envoyaient des obus ; nous nous sentions impuissants sur ce terrain plat ». Vers midi, Hugues se rendit à la ferme où il trouva la 3e section. Il y fit venir ses 5 camarades rescapés, et dans le courant de la nuit le groupe de la compagnie I qui se trouvait à Thury se replia sur La Maxe.

Du fait que Woippy était contrôlé par le 2e Bataillon, le plan initial de l’offensive du régiment fut modifié, et une nouvelle stratégie fut adoptée pour attaquer la ville de Metz.

Le 3e Bataillon reçut l’ordre de laisser le fort Gambetta isolé et de le contourner pour rejoindre le 2e Bataillon à Woippy.

Le 17 novembre 1944 vers 11h00, le 3e Bataillon commença à sortir de La Maxe, et vers 16h00 il était à Woippy. Les compagnies K et I furent envoyées au Sud pour y passer la nuit, la compagnie L et le PC restant dans le village. Dans le courant de la nuit, le lieutenant Clerc, de la compagnie K, emmena la section du sergent Peterson reconnaître les ponts sur la Moselle à Metz-Nord.

1 Les forts Gambetta et de Saint-Julien ne possédaient pas leur propre artillerie. Ce n’est qu’en octobre 1944 que les Allemands mirent de l’artillerie de campagne en batterie à Saint-Julien. Ces pièces tirèrent jusqu’au 17 novembre 1944, date à laquelle le 2e Bataillon du 378e RI Américain s’empara du fort.

 

Epilogue

Du 17 au 22 novembre 1944, les 2e et 3e Bataillons combattirent dans les quartiers Nord de Metz. Le 19, le 1er  Bataillon, après s’être emparé du fort de Bellecroix, pénétra dans la ville et s’avança jusqu’à la place des Paraiges et jusqu’au Grand Séminaire. Le même jour, une patrouille fut envoyée au fort Gambetta pour s’assurer qu’il n’était plus occupé par l’ennemi : de fait elle le trouva désert. Les membres de la patrouille entreprirent alors la triste besogne de relever leurs camarades morts sur le champ de bataille : 47 corps furent évacués avant la tombée de la nuit. Le 22 novembre 1944, les derniers Allemands qui résistaient au lycée Fabert et dans la caserne Riberpray se rendirent, et à 14h00 les combats dans Metz étaient terminés. Une patrouille venait de trouver le fort Déroulède déserté par ses défenseurs.

 

Souvenez-vous…

Les combats du 377e  RI pour la prise de Metz ont duré 14 jours, du 8 novembre 1944 à 19h00 (franchissement de la Moselle à Uckange par le 1er Bataillon) au 22 novembre 1944 à 14h00 (réduction des dernières résistances à Metz par le 2e et le 3e  Bataillon).

Durant cette période, le régiment a perdu 1395 hommes. 8 officiers et 75 soldats ont été tués ; 12 hommes succombèrent plus tard des suites de leurs blessures ; 38 officiers et 1012 soldats ont été plus ou moins gravement blessés ; 10 officiers et 240 hommes ont été portés disparus lors du franchissement de la Moselle à Uckange. Ces pertes représentent 60% de celles enregistrées par la 95e Division d’Infanterie pour la période considérée.

Les pertes ennemies sont difficilement chiffrables. Le 377e Régiment fit près de 2500 prisonniers, dont le général Kittel, qui commandait la 462e Volks Grenadier Division et le « Festung Metz », et on estime que 700 Allemands furent tués et 1500 blessés.

 

Armand HENRY