La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Valhey

 

Deux mois et demi après avoir débarqué, les alliés libèrent Paris le 25 août 1944. Ils se donnent encore deux mois et demi pour finir la guerre et se voient déjà à Berlin pour Noël.

La résistance allemande, malgré des forces inférieures, est opiniâtre. Si la bataille des Ardennes est bien connue, celle de Lorraine l’est moins et, au sein de cette dernière, la bataille de chars d’Arracourt n’est  connue que de rares spécialistes.

 

En route vers une libération ...?

Le 1er septembre 1944, les américains arrivent à Bar-le-Duc. Au soir du 5 septembre 1944, le front va de Briey à Pont-à-Mousson, Toul et Neufchâteau. Les allemands abandonnent Nancy dans la nuit du 14 septembre 1944. La poussée américaine se poursuit jusqu’à Arracourt/Moncourt et au Sud de Lunéville. Pour réaliser la situation des villages entre Seille et Sânon le 14 septembre 1944, il faut bien comprendre que la ligne de front comporte deux saillies dans le secteur allemand ; celle d’Arracourt et celle au Sud de Lunéville. Les allemands contrôlent la forêt de Parroy et le canal de la Marne au Rhin. Cela explique que la bataille de chars d’Arracourt, du 19 au 30 septembre 1944, est une contre-offensive allemande, s’appuyant sur le secteur Est d’Arracourt, le canal de la Marne au Rhin et la forêt de Parroy.

 

Ainsi, pour atteindre Valhey, les américains arrivent d’Arracourt, donc par le Nord. Le combat de Valhey, en date du 14, est plus une pré-libération qu’une libération ; il faut attendre le 30 septembre 1944 et la fin de la bataille de chars d’Arracourt pour que Valhey et les villages voisins soient vraiment libérés. La bataille de Lorraine commencée début septembre, dure jusque fin novembre 1944 ; c’est seulement le 22 novembre 1944 que la ville de Metz est entièrement libérée.

 

Au 13 septembre 1944, aucune troupe, pas plus allemande qu’américaine, n’occupe le village. Le jeudi 14, vers 01h00, une patrouille de reconnaissance, composée de jeeps, passe dans Valhey. Elle cherche non seulement à savoir où sont les troupes allemandes mais également à repérer des ponts intacts sur le canal dela Marne au Rhin. Sa mission accomplie, la patrouille regagne Arracourt.

 

Le jeudi 14 septembre 1944, vers 04h00, une troupe allemande de 250 hommes et provenant de diverses unités en déroute (tankistes aux uniformes noirs, soldats de l’Afrika Korps en tenue kaki clair et unités de la Wehrmacht) arrive. Les hommes frappent aux portes et demandent le gîte et le couvert pour le restant de la nuit. Leur convoi se compose de plusieurs camions, de voitures diverses et également de deux canons de 88mm avec leur tracteur semi-chenillé.

Le même jour, vers 13h00, un avion d’observation américain survole le village. Il est pris à partie par les canons de 88mm et s'abat au lieu dit “le haut d’Einville”. Vers 14h30, les Allemands envoient un side-car en reconnaissance sur la route d’Arracourt ; celui-ci revient peu de temps après son départ. Il vient de voir les chars des compagnies A et B du 37e Tank Battalion. Aussitôt, c’est le branle-bas de combat chez les Allemands. Un canon de 88 est mis en position vers la route d’Arracourt, au lieu dit “Au Moulin”, en haut de la rue Hargal. Il tire sur le premier char qui arrive. Celui-ci est stoppé à la hauteur du cimetière, déchenillé. Les autres chars passent alors à travers champs et chènevières pour investir le village par la route de Bauzemont et celle d’Einville.

Le canon de 88 a, lui aussi, changé de place ; il se situe dans une rue perpendiculaire à la départementale, à quelques cent mètres du carrefour du centre du village. Le deuxième canon est sur la route de Serres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès que les blindés US, venant de la route de Bauzemont, apparaissent au carrefour, il lâche une rafale d’obus sur eux. Le 1er char, celui du sergent Sadowski est atteint par un obus et s’arrête de l’autre côté du carrefour.

 

Deux autres obus de 88 percent le mur d’une maison située à l’angle de la place. Le deuxième char US tire à son tour et, après avoir manqué une première fois sa cible (l’obus traverse le mur de la maison Braconot), il détruit le canon allemand.

Pendant cet échange de coups, le char du sergent Sadowski prend feu. Le sergent peut sortir du véhicule, mais il veut sauver les membres de son équipage restés prisonniers du véhicule et il remonte sur la tourelle. C’est à ce moment qu’il est tué par un tir allemand.

 

 

Au cours de la bataille qui suit, plusieurs véhicules allemands sont incendiés sur la route de Serres, 9 allemands trouvent la mort et 12 sont blessés. Plusieurs maisons du village sont endommagées, certaines sont incendiées.

Les Américains ont deux morts identifiés et quelques blessés qui sont ramenés sur Arracourt et soignés par les habitants de Valhey (11 dans les locaux de l’école et chez M. Choné). Ils doivent attendre plusieurs jours avant d’être récupérés par les Américains.

Quelques Allemands réussissent à se cacher et à fuir vers Parroy après le combat.

 Un sacrifice qui n'est pas oublié...

Au soir du 14 septembre 1944, le village est à nouveau vide de combattants. Les jours suivants, il est soumis à des tirs d’artillerie. Les deux morts américains ; le sergent Sadowski et son mitrailleur Russel J.Hay, sont enterrés avec tous les honneurs le dimanche 17 septembre 1944. Le sergent reçoit, à titre posthume, la médaille d’honneur du Congrès. Les morts allemands sont également enterrés dans le cimetière du village. Les corps des combattants américains enterrés sont exhumés la semaine suivante ; le dimanche 24 septembre 1944, par les services US. Puis les combattants allemands sont exhumés à leur tour, quelques années plus tard.

 

Il faut donc attendre le 30 septembre 1944 pour que la région soit définitivement à l’abri des combats.

 

 

Blessé lors du combat du 14 septembre 1944 et soigné par les habitants, un soldat allemand souhaitera en 1979 retrouver ceux qui l’ont aidé ; l’Est Républicain consacrera alors deux articles aux événements de Valhey (21 et 22 février 1979).                        

Les trois photographies qui illustrent cet article sont prises par M.Braconot, le boulanger du village, dont on peut voir, sur le cliché ci-dessus, la maison éventrée derrière le char.

 

 

 

Le 18 septembre 1999, 55 ans plus tard, Valhey se souvient encore et c’est le colonel James H. Leach, président de l’association de la 4e Division Blindée de l’armée américaine, qui inaugura le monument à la mémoire des combattants, tombés le 14 septembre 1944.