La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Bataille de la forêt de Parroy

Bien avant que le 15e Corps n’entre dans Lunéville, le 16 septembre 1944, le 5e Panzer Armée avait établi des bases et de nombreux dépôts en profondeur dans la forêt de Parroy, utilisant son couvert pour en faire une zone de rassemblement et de concentration des unités d’infanterie et des unités blindées destinées à percer ultérieurement le flanc sud de la 3e Armée US du général Patton.

La forêt fut également utilisée comme base de départ pour la reconquête de la ville de Lunéville après sa libération par le 2e Régiment de Cavalerie US.

 

Elle servit également à abriter une importante force d’artillerie laquelle devait harasser les positions du 15e corps US ainsi que les lignes de communications dans le secteur de Lunéville.

Le général allemand Von Luettwitz savait qu’il aurait à séjourner dans la forêt non seulement pour empêcher les forces américaines de progresser vers le col de Saverne, mais aussi pour assurer la protection du flanc gauche de la contre-attaque des Panzer dans le secteur au Nord du canal de la Marne au Rhin.

De forme ovoïde, la forêt de Parroy s’étend d’Ouest en Est sur une distance d’environ 10 km alors qu’elle s’étend du Sud au Nord sur une distance de 7km dans sa partie la plus large. Sa surface est d’environ 48 km². La plus grande partie de la forêt est plate, mais elle est plantée d’une végétation très dense parfois impénétrable. Certains secteurs sont plantés d’arbres anciens et occasionnellement de secteurs de conifères en rangée très serrées.

Comme la plupart des forêts européennes, Parroy est caractérisée par une végétation dense qui limite dramatiquement la visibilité et l’observation.

Une route d’Ouest en Est traverse la forêt par son milieu alors qu’une autre orientée Nord-Sud la coupe en deux tiers de la distance Ouest-Est.

Qui plus est, la forêt est découpée en tranchées d’incendie, en voie de débardage et en anciennes voies étroites de chemin de fer datant de la première guerre.

La plupart de ces chemins permettent la pénétration et la circulation de véhicules blindés en sens unique. Les autres caractéristiques comprennent des tranchées détériorées et des installations défensives datant de la première guerre mondiale. A tout cela les défenseurs devaient ajouter des mines, des réseaux de barbelés, des obstacles routiers et de tranchées, des abris recouverts de rondins de bois et de nouvelles tranchées.

Lorsque l’on sait le pauvre climat de septembre apportant avec lui le froid, les pluies torrentielles, le brouillard, le crachin et la boue ainsi que des secteurs transformés en marécages, tout cela fait de la forêt de Parroy un lieu inhospitalier pour celui qui doit combattre seul dans une bataille difficile.

Dans les conditions de combats rencontrées jusque là, le gros du 15e Corps aurait pu contourner la forêt de Parroy laissant à des troupes d’arrière garde le soin d’isoler et de réduire les forces qui y étaient concentrées. Le général Patton s’était rendu compte du verrou que représentait cette forêt située au milieu du couloir naturel occupé par la Nationale 4, la ligne de chemin de fer de Paris à Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin…Toutes ces voies mènent à Sarrebourg et à Saverne. Sans aucune contrainte, les allemands contrôlaient la route nationale, la voie ferrée et le canal conservé à portée de canon.

 

Le général Wyche, avec l’approbation du général Haislip avait conçu une attaque frontale d’Ouest en Est combinée avec un enveloppement par l’Est de la forêt. N’ayant rencontré qu’une faible opposition dans la forêt de Mondon, les deux généraux espéraient trouver une situation identique ici n’utilisant que 106e Régiment de Cavalerie et un seul régiment de la 79e Division d’Infanterie US alors qu’une force d’attaque de la 2e Division Blindée française interviendrait en direction du Nord au travers de la Vezouze de manière à isoler les bois de l’Est de la forêt.

L’opération devait débuter le 25 septembre 1944 après un bombardement aérien de préparation par l’aviation US.

Dès le départ, peu de choses allèrent comme prévu. De mauvaises conditions météo ne permirent pas aux avions de prendre l’air. Quand au général Wyche, il était incapable de commencer raisonnablement son offensive avant le 25 septembre 1944.

Dans l’intervalle, Leclerc avait envoyé une force d’attaque sur la Vezouze mais l’artillerie allemande devait clouer les unités sur place alors que les blindés ne pouvaient s’aventurer hors des routes… Leclerc rappela ses troupes avant même que la 79e Division d’Infanterie n’ait commencé son assaut dans la forêt.

Le mauvais temps se maintenant, le général Haislip releva la division Leclerc et laissa le général Wyche seul responsable de la prise de la forêt. Wyche révisa ses plans et décida d’envoyer deux régiments d’infanterie dans la forêt alors qu’un groupe de cavalerie progresserait parallèlement sur le flanc gauche des deux régiments entre la forêt et le canal.

Abandonnant le concept d’isoler la forêt à l’Est, Haislip et Wyche pensèrent à une opération moins complexe. Concentrant son artillerie supérieure en puissance de feu à celle de l’ennemi et ajoutant à celle-ci les ressources de l’infanterie sur un secteur concentré, il apparut que cette solution serait la mieux adaptée compte tenu du profil du terrain et du climat ambiant.

Le début de l’offensive américaine dans la forêt de Parroy débuta le 28 septembre 1944, un jour avant que le 15e Corps ne passe sous contrôle du 6e Groupe d’Armée. L’attaque aérienne débuta à 14h00 suivie par un assaut frontal des 313e et 315e Régiments d’Infanterie à 16h30 le même jour.

Cependant, au lieu des 288 bombardiers et chasseurs bombardiers initialement prévus, seuls 37 avions apparurent au-dessus de la forêt, ceci en raison des conditions déplorables qui régnaient. Les résultats d’un bombardement exécuté par 37 avions sur une superficie de 48 km ² furent insignifiants d’autant que l’intervalle entre le bombardement et le moment de départ de l’offensive s’élevait à près de 2 heures ce qui avait permis aux allemands de se ressaisir.

 

La 79e Division d’Infanterie se trouva donc immédiatement prise dans des combats d’une rare violence dès qu’elle tenta de pénétrer dans le sous bois.

Le général allemand Balck évaluera la situation dans le secteur : au nord du canal, l’offensive allemande s’est essoufflée avec de grosses pertes en hommes et en blindés.

Dépourvu de renforts, le général Balck informa la 5e Panzer Armée d’avoir à se mettre sur la défensive sur l’ensemble du front. Pour protéger le col de Saverne, il savait qu’il ne fallait concéder ni la forêt de Parroy ni le secteur de Rambervillers.

 

Toutefois, jugeant ce dernier secteur plus vulnérable, il informa Wiesse et Manteuffel d’avoir à donner la priorité au secteur de Rambervillers ou la 2e DB française et la 45e Division d’Infanterie US menaçaient d’enfoncer un coin entre deux armées allemandes.

 

Le général Krueger était chargé de la défendre la forêt de Parroy alors que le Panzer Corps concentrait ses efforts sur Rambervillers et Baccarat.

Simultanément, Balck et Manteuffel réorganisaient la 5e Panzer Armée de manière à en simplifier le commandement et mieux contrôler les problèmes  posés par les pertes antérieures. C’est ainsi que la 111e Panzer brigade fut rattachée à la 11e Panzer Division.

La 21e Panzer Division absorbait la 112e Panzer Brigade moins un bataillon qui se trouvait rattaché à la 16e Division d’Infanterie.

Quant à la 113e Panzer Brigade en réserve, elle était affectée à la 15e Panzer Grenadier Division. Il ne reste plus qu’une Panzer brigade en réserve : la 106e Panzer Brigade qui n’était d’ailleurs pas encore arrivée sur le secteur.

 

Balck réunit les commandants des 3 armées et leur indique de ne plus céder de terrain ni de se rendre quoiqu’il arrive. Chaque progression de l’armée américaine devait faire l’objet d’une contre-attaque pour récupérer le terrain perdu.

Balck les informa que chaque retrait ne pourrait avoir lieu qu’après une demande formulée à son intention et que celle-ci ne seraient autorisées que si elles permettaient la constitution de meilleures défenses.

L’ordre d’Hitler tenait bon. Maintenir les troupes allemandes à l’Ouest du Weststellung afin de permettre la mise en place de garnisons et de défenses appropriées. La défense de la forêt de Parroy représentait le premier test d’exécution des ordres donnés par le général Balck.

 

La forêt et les combats

Pendant ces délibérations, la 79e DI US et le 15e Panzer Grenadier Division n’avaient cessé de combattre dans la partie Ouest de la forêt de Parroy.

La 79e DI avait attaqué avec deux régiments côte à côte : le 315e RI au Nord de la route du Haut de Faîte et le 313e RI au Sud de cette même route.

Les deux régiments n’avaient que peu progressé tant les défenses allemandes et la densité de la forêt gênaient la progression. Le 30 septembre 1944 au soir, les deux régiments ne s’étaient enfoncés dans la forêt que de 1600 mètres.

Pendant cette période, les combats prirent une tournure qui allait être celle de toute la bataille.

Abandonnant toute idée d’un front linéaire, les allemands maintenant ici et là des points de défenses fortifiés. Durant le jour, les observateurs avancés de l’artillerie allemande, cachés dans des positions soigneusement préparées, pouvaient prédéterminer des tirs d’artillerie et des barrages de mortiers sur des points précis au moment ou les avant-gardes américaines y arrivaient.

 

Ces actions étaient complétées par des tirs d’armes légères pendant que des véhicules transportaient des unités d’infanterie par les tranchées et les voies de débardages derrière les unités américaines…

Durant les nuits, des patrouilles allemandes essayaient  de s’infiltrer grâce à la bonne connaissance du terrain dans les flancs ou à l’arrière des unités de la 79e DI.

Ces actions avaient pour effet de désorganiser et couper le ravitaillement des avant-gardes américaines. C’est ainsi que chaque fois qu’une unité, pour les raisons qui précèdent, devait se replier, les autres unités devaient cesser leur progression afin de ne pas découvrir leur flanc à d’autres attaques allemandes.

La visibilité médiocre dans la forêt ne permettait pas au commandement américain d’avoir une idée précise sur les progrès réalisés et les fréquentes contre-attaques allemandes plaçaient les attaquants en situations défensive la plupart du temps.

Encore et encore, les unités américaines durent reculer jusqu’à leur base de départ afin de se reconstituer, se rééquiper et se ravitailler avant de lancer, à leur tour, des contre-attaques pour reprendre le terrain perdu.

Dès le 1er octobre 1944, les deux adversaires devaient appeler des renforts dans la bataille. Le Panzer Corps déployait 2 bataillons du 113e Régiment de Panzer Grenadier appartenant à la 113e Panzer Brigade avec une arrivée de blindés et de canons automoteurs.

Du côté américain, Wyche envoya son 3e régiment, le 314e RI, dans la mêlée.

Le commandant voulait que 314e RI entre dans la forêt par le Sud afin de faire pression sur le flanc gauche des défenseurs qui faisaient face au 313e RI.

Cette manœuvre ait été exécutée avec préparation et soin, elle ne sembla pas ébranler les défenses allemandes outre mesure. La progression de la 79e DI était toujours lente et pénible et il fallut attendre le 3 octobre pour que le 313e RI soit entièrement relevé.

Le même jour, les allemands renforcèrent leur dispositif avec le 2e bataillon du 104e Panzer Grenadier Régiment et quelques chars supplémentaires.

Wyche cependant, avec l’accord de Haislip, décidait de raccourcir la ligne de front du 315e RI en faisant peser davantage le 106e Groupe de Cavalerie sur la partie Nord de l’avance permettant ainsi au 315e RI  de se concentrer au Nord de la route du Haut de Faîte.

 

Entre le 4 et le 6 octobre 1944, les unités américaines repartirent à l’assaut en direction de l’Est en écrasant plusieurs points de résistances allemands à proximité de la jonction des routes du Haut de la Faîte. Le 11e Bataillon de Reconnaissance Panzer repoussait alors les avant-gardes américaines hors du carrefour tandis que les autres unités américaines maintenaient leur position.

Epuisés par les combats, les deux adversaires consacrèrent le 7 et 8 octobre 1944 à se reconstituer, se ravitailler et se renforcer. Les américains, quant à eux, avaient prévu de relancer l’offensive dès le 9 octobre 1944 au matin.

 

Cette nouvelle offensive commençait par une opération de diversion effectuée dès le lever du jour par le 313e RI appuyé par des chars au Sud de la forêt. La ruse semblait vouloir réussir, les allemands effectuant un tir d’artillerie de harassement sur les nouveaux attaquants tout au long de la Vezouze. Le tir devait durer toute la matinée.

Pendant ce temps, dans la forêt, les unités allemandes ne recevaient plus aucun soutien dans les combats les opposants au 315e RI. C’est à ce moment précis que devait entrer en scène l’artillerie de la 79e DI et celle du 15e Corps sur les premières lignes allemandes.  

Ce fut la plus importante préparation d’artillerie de toute la bataille ouvrant ainsi la voie à l’offensive qui allait se mettre en route à 6h50.

Deux bataillons du 315e RI avancèrent au Nord de la route du haut de Faîte tandis que le 3e bataillon du 315e RI et 2e bataillon du 314e RI s’attaquaient au nœud routier protégeant le carrefour de la Croix Bastien. La position tombait à 18h00 alors que deux des bataillons du 313e RI se déplaçaient vers le Sud au côté du 2e bataillon du 314e RI.

Ensemble, ils bousculèrent les défenseurs et s’engagèrent sur la route Sud alors que le 314e RI patrouillait avec agressivité dans le tiers Sud de la forêt.

A la fin du combat, le centre de gravité de la 79e DI n’avait progressé que de 1500m vers l’Est au-delà du carrefour. Mais les commandants d’unité devaient se rendre compte que la résistance allemande fléchissait.

Durant la nuit du 9 octobre 1944, le général Krueger souligna les risques encourus par Manteuffel et indiqua son incapacité à restaurer, faute de moyens supplémentaires, une situation devenue intenable. La perte des routes intérieures ainsi que le carrefour central et ses points d’appui rendaient les efforts défensifs coûteux et risqués surtout si les américains menaçaient les voies de repli de la 15e Panzer Grenadier Division.

Les seules unités de réserve consistaient en 2 bataillons avec un agrégat de 550 hommes provenant du 115e Régiment de Panzer Grenadiers et de 2 bataillons de forteresse, le 1416e et 51e. Utiliser ces unités aurait privé les défenseurs de leurs dernières réserves pour les opérations à l’Est de la forêt.

 

Le commandant du panzer corps demanda la permission d’évacuer la forêt de Parroy tant qu’il en était encore temps et de s’installer sur de nouvelles lignes de défense à quelques kilomètres à l’Est de la forêt.

L’opération se déroula sous la protection de la 21e Panzer Division dont le PC se trouvait à Domjevin. Les pertes allemandes s’élevèrent à 1175 hommes dont 125 tués, 350 blessés et 700 disparus dont la plupart fait prisonniers.

 

La route du Col de Saverne était désormais ouverte à la 3e Armée américaine.