La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Un Panther dans l'étang de Parroy

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L’étang de Parroy est en fait un lac artificiel crée pour permettre le contrôle du niveau de l’eau dans le canal de la Marneau Rhin : en cas de besoin, quand le niveau baisse trop, une partie de l’eau contenue dans l’étang est relâchée dans le canal.

En 1944, les bombardements et les sabotages de la résistance ayant causé de nombreuses brèches, les Allemands sont incapables de maintenir le canal en eau. L’étang s’est progressivement vidé et seul un mince filet d’eau coule encore au fond.

Se retirant précipitamment de Bures au soir du 28 septembre, sous la menace des chasseurs-bombardiers qui vont et viennent dans le ciel, un panther se retrouve soudain pataugeant dans la boue au fond de l’étang. A mesure qu’il avance, le char repousse la boue qui s’accumulent devant lui mais le pilote réussit à traverser l’étang vide jusqu’au point le plus bas. Le char commence alors à remonter sur la rive opposée mais la boue repoussée devant les chenilles devient de plus en plus épaisse. Malgré les efforts du pilote qui pousse le moteur au maximum, le panther s’embourbe. L’équipage s’efforce d’arracher le char de la boue gluante mais les Thunderbolts qui menacent et sans char de dépannage pour le remorquer, ils abandonnent bientôt la partie et se retirent à pied vers Parroy.

Les jours suivants, le panther abandonné est attaqué à plusieurs reprises par les avions américains mais il ne subit aucun dommage.

 

Les combats se déplacent bientôt vers l’Est et des villageois s’aventurent dans la boue pour récupérer des outils ou d’autres objets du char. A la fin de la guerre, le panther est toujours enlisé au fond de l’étang mais un ferrailleur réussit à récupérer la tourelle et le canon. Le canal est réparé et remis en service, l’eau de l’étang retrouve son niveau normal et le panther disparaît bientôt sous près de trois mètres d’eau.

 

La recherche du mystérieux char englouti

En 1968, le commandant Michel Aubry prend le commandement du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières, à 15 kilomètres au Sud Est de Lunéville. Là, devant la forêt de Mondon, il se retrouve sur le terrain où il a combattu en 1944 avec la 2e Division Blindée. Il a ainsi l’occasion d’entendre parler pour la première fois d’un char qui se trouve au fond de l’étang de Parroy. Cependant, si certains affirment que le char est encore là, sous l’eau, d’autres prétendent qu’il a été dépecé il y a longtemps par des ferrailleurs.

 

En 1971, le commandant Aubry est nommé directeur du centre de documentation sur les engins blindés à Saumur et bientôt la « bande à Aubry » ratisse les camps militaires, les centres d’essai et les champs de tir. Leurs efforts sont payés de retour et le musée des blindés de Saumur s’enrichit chaque jour : dix en 1970, 100 en 1973 puis 150 en 1975.

Le colonel Aubry n’a pas oublié ce char mystérieux qui sommeille peut être au fond de l’étang de Parroy et, au printemps de 1976, il survole l’étang à bord d’un hélicoptère dans l’espoir de le localiser. Sans succès.

 

 

Il ne baisse pas les bras et organise le sondage de l’étang par une équipe de plongeurs :

Le fond de l’étang est quadrillé en tâtonnant et les plongeurs repèrent finalement le char à 80 mètres environ de la rive Est de l’étang. Des bouées sont amarrées au char pour le marquer mais le type même d’engin reste encore un mystère : s’il est admis que ce devrait être un panther, l’eau s’est avérée trop peu clair pour permettre aux plongeurs de le confirmer. 

La sortie des eaux !

Le colonel Aubry et l’équipe de Saumur établissent  sans tarder un plan de bataille pour récupérer le char et le jour J est fixé au 8 septembre 1976. Le 3e régiment de Cuirassiers, toujours en garnison à Chenevières, fournit deux chars de dépannage AMX 30D et le 408e bataillon de commandement et de soutien basé à Sarrebourg  met à disposition un porte-char de 40 tonnes. Le 4e régiment de Cuirassiers de Bitche quand a lui, envoi une équipe de plongeurs dont la spécialité est d’assister les véhicules blindés lors du franchissement de rivières.

Les travaux préliminaires s’achèvent dans l’après-midi du 7 septembre et les deux chars de dépannage se mettent en position. Les câbles sont déroulés et amenés jusqu’au bord de l’étang puis les plongeurs les accrochent au char immergé. Une première tentative de mise sous tension est alors faite et la manœuvre est un succès : le char bouge ! Tout est bon prêt pour l’opération de renflouement.

Le colonel Aubry, Pierre Buhler et d’autres éminents membres de l’équipe de Saumur sont au bord de l’étang au matin du 8 septembre 1976. On note également la présence du colonel Charbonnier, le commandant du 3e régiment de Cuirassiers, du colonel Frécaut, le commandant du 408e BCS et des maires des deux communes voisines, Parroy et Bures. Une foule de plus de 1 500 personnes s’est rassemblée pour assister au spectacle et les gendarmes ont bien du mal à contenir tout ce monde. Pour tenir la foule informée, un haut-parleur est installé sur un  véhicule et un commentateur décrit les opérations au fur et mesure de leur développement.

 

L’opération débute à 9h00 quand les treuils des deux AMX 30D commencent à tirer le char vers la rive. On peut suivre ses mouvements car la boue remuée laisse échapper les bulles de gaz qui remontent à la surface de l’eau. A 10h30, le char atteint la rive et émerge : il est immédiatement identifié, c’est bien un panther, un ausf.G. De temps en temps, les treuils sont arrêtés pour laisser l’eau s’évacuer à l’arrière du char, les trappes du capot moteur ayant été ouvertes dans ce but. 

A 12h30, le panther est sorti de l’eau. Un apéritif salue le succès de l’opération et tandis que tout le monde se détend en déjeunant au bord de l’étang, une équipe nettoie le char avec des jets d’eau sous pression fournis par un camion du 3e régiment de Cuirassiers. L’intérieur du char est nettoyé, tout particulièrement les casiers à munitions et une charge de démolition est désamorcée et enlevée.

Le travail reprend après le déjeuner et les deux AMX 30D soulèvent l’avant du panther de façon à ce qu’il puisse être hissé sur la plate forme du porte-char.

 

L’opération est un succès total. Dans la soirée, un des gamins (il a maintenant cinquante ans) qui a récupéré nombre de pièces sur le char en 1945 fait cadeau de ses souvenirs au colonel Aubry. Le panther est alors emmené à la caserne du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières où il est exhibé pendant deux mois environ. En décembre 1976, il est transporté à Saumur par le train.

 

La protection et la sauvegarde du panther allemand

Dès qu’il est entré au contact de l’air, le char à commencer à rouiller. Il n’y a pas de temps à perdre et les techniciens de Saumur entreprennent de le démonter entièrement, chacune des pièces étant nettoyée et auscultée. Malgré les trente années de séjour dans l’eau, aucun les écrous n’est bloqués. Plus surprenant, l’ensemble des équipements électriques est en parfait état ; seule la dynamo est grillée. Sans aucun doute, elle l’a été en 1944 et apparaît donc que pour ses derniers jours de combat, le panther n’a pu recharger ses batteries : elles étaient probablement bien faibles quand il s’est aventuré dans l’étang. Tout est remis en état de marche, la dynamo reçoit un nouveau bobinage et après avoir été remplies d’acide, les batteries sont rechargées comme si de rien n’était. Le CDEB informe VARTA, le fabricant, ce qui est à ce point enchanté qu’il fournit un jeu de batteries neuves en échange de l’ancien modèle. Finalement, le panther est totalement reconstruit, en utilisant chaque fois que nécessaire des pièces cannibalisées ici et là sur d’autres épaves. Il reçoit ainsi une nouvelle tourelle.

Le musée de Saumur s’enorgueillit de posséder un très grand nombre de véhicules historique en état de marche : plus de 100 chars, dont un tigre II et un panther, et des dizaines d’autres véhicules, blindés ou non, sont ainsi présentés régulièrement aux visiteurs. Le musée est ouvert tous les jours, de 9h00 à midi et de 14h00 à 18h00.

 

Article extrait du livre "Les panzers en Lorraine"
par Ronald McNair, éditions Heimdal

Article publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.