La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération d'Ogéviller

Ogéviller 

TEMOIGNAGE D’UN HABITANT D’OGEVILLER

Présenté par Jean-Paul Largentier, Maire.
Extrait du livre : « Ogéviller hier et aujourd’hui ».

 

La fin de la guerre fut pénible. En août, les allemands perdent Paris. Un détachement s’installe au village. La Kommandantur est établie rue de Strasbourg. Elle réquisitionne les hommes pour creuser des tranchées face à Lunéville et un fossé antichars sur la route de Fréménil. Les occupants qui surveillent le travail sont peu enthousiastes et les ouvriers n’avancent guère. Le secrétaire du commandant se disait alsacien (malgré nous). Le dimanche, il tenait l’harmonium à l’église. Le 15 août 1944, il entonna le « sauvez sauvez la France »… à la grande perplexité des assistants qui craignaient un piège.

Le 11 septembre 1944, le secrétaire de la Kommandantur vint prévenir le maire et la secrétaire de mairie que quelque chose allait se passer et que, à tout prix, il ne fallait pas bouger de chez soi. Dans la nuit, des coups de feu furent tirés un peu partout à travers le village sans réactions des habitants apeurés et intrigués. Au matin du 12 septembre 1944, une longue file de voitures noires genre « panier à salade », était stationnée sur la route de Reclonville. C’était la milice.

Ordre fut donné aux habitants de se grouper autour du monument aux morts et de laisser les portes des maisons ouvertes. Les quelques vieillards invalides furent amenés sur des charrettes. Des allemands en armes encadraient la foule et parcouraient le village. L’angoisse était grande et on ne savait rien !... on attendait. Ce regroupement avait été organisé par les allemands pour faire peur aux habitants car ils avaient appris en s’emparant d’une automitrailleuse américaine à Bénaménil que le plan des travaux défensifs qu’ils créaient à Ogéviller était remis aux alliés. Ils en avaient trouvé une copie dans l’automitrailleuse.

Quelques jours auparavant, il y avait eu l’affaire de Viombois et la déportation de tous les hommes de Pexonne. Presque tous y ont laissé leur vie dont un Ogévillois qui s’y était marié, André Knipiler. Avertissement fut donné aux habitants d’avoir à se comporter correctement et chacun put rentrer chez lui. On l’avait sûrement échappé belle grâce au commandant allemand qui, installé depuis quelques temps, avait noué des liens relativement amicaux avec certains. Quelques jours après, la kommandantur pliait bagage. La bataille se rapprochait. On entendait le canon.

Dès le 20 septembre 1944, les bombardements sont de plus en plus intenses et fréquents. On s’installe dans les caves et confiants, on attend la libération. Las !

La division Leclerc avait pris la direction de la Meurthe et l’arrêt de l’avance fut décidé le long de la forêt de Mondon et de Parroy. Si bien que Buriville était une sorte de terrain neutre où les allemands et les français ne faisaient que des patrouilles. Par contre, les allemands tenaient Reclonville et Ogéviller qui subissaient des bombardements incessants.

Dans la matinée du 3 octobre 1944, ordre est donné par les allemands d’évacuer le village en direction de l’Allemagne. Tout le monde doit être partir pour 15h00. C’est dans la consternation et l’angoisse que se fait l’exode qui va disperser toute la communauté dans nombre d’autres villages et tous devront changer plusieurs fois de points de chute au gré du recul de l’ennemi. Enfin, la 2e DB de Leclerc vient à bout de la résistance allemande dans le secteur. Ogéviller est libéré le 5 novembre 1944.

Le 18 novembre 1944, c’est la libération de Cirey et de toute la région, où se trouvait le plus gros de la population du village. L’armée Patton se joint à la 2e DB et, en route vers Strasbourg. Peu à peu les Ogévillois regagnent le village. On le trouve occupé par les américains et toute une armada dans la boue. Les maisons sont très endommagées, plusieurs ont brûlé entièrement. Le pillage a sévi aussi. On se réinstalle tant bien que mal, on est chez soi… Plusieurs personnes n’auront pas cette joie. La mort les a arrêtées en exil. La vie reprend ses droits. Le boulanger rallume son four dès les premiers jours de décembre.

L’église est très endommagée. A Noël, la messe de minuit est célébrée au premier étage de la maison paroissiale (salle de cinéma). Ogévillois et américains y sont au coude à coude fraternel.

La reconstruction se fait lentement avec des moyens de fortune. La commune de Varangéville qui parraine Ogéviller fait parvenir des objets de première nécessitée surtout des matériels de cuisine (toutes les petites villes autour de Nancy parrainaient un village évacué).

 

La résistance :

C’est dès le mois de novembre 1942 qu’un centre de résistance est installé à Ogéviller. Il est rattaché au secteur 406 de Manonviller. En mai 1944, l’avion du Major Thomson de l’US Air Force est abattu par les allemands. Il réussit à sauter en parachute près de Vého. Il est récupéré par les résistants d’Ogéviller, hébergé une dizaine de jours au village et conduit en forêt de Charmes où une filière de sauvetage le prendra en charge. Un diplôme de reconnaissance signé du général Eisenhower sera remis à l’un des résistants.

En juillet, des armes (pistolets-mitrailleurs Sten) et des munitions (surtout des explosifs et grenades) parviennent à ce groupe d’action qui reçoit pour mission principale, le sabotage de la voie ferrée Paris Strasbourg, des axes de communication et de renseignement.

En septembre, les lignes seront franchies 13 fois pour fournir à la 2e DB des renseignements sur les travaux de défense effectués par les allemands autour du village. La croix de la résistance avec étoile d’argent fut attribuée au passeur.

Après l’évacuation du village, les résistants continuent leur action de renseignement en divers lieux grâce à un poste émetteur.

Le 18 novembre 1944, un groupe de 20 soldats allemands est fait prisonnier. Ils seront remis dès le lendemain aux unités de la 2e DB qui viennent de libérer Cirey sur Vezouze. Le général Leclerc tiendra à féliciter lui-même deux des résistants.

Une section FFI a été créée mais elle n’a jamais été opérationnelle par manque d’armes et de munitions, les parachutages prévus ayant été effectués en dehors du secteur, l’ennemi contrôlant de trop près la région.

En ce temps troublé, d’autres actions de résistance ont été faites. La secrétaire de mairie, par exemple, a fourni en dehors du circuit officiel, de fausses cartes d’identité et des cartes d’alimentation pour des jeunes qui avaient tout intérêt à ne pas avoir d’existence légale.

 

TRANSFERES EN ALLEMAGNE

 

Carpentier René (neveu)                                            Henriat André

Claudel Eugène                                                               Humbert Charles

Cornebois Adrien      ]                                                  Knipiler Gaston] Frère

Cornebois Fernand   ] Frères                                    Knipiler Roger  ] Frère

Cornebois Georges    ]                                                  Masson Henri Paul, libéré en 41

Dumas Denis                                                                    Masson Henri] Frère

Enel Jean-Hippolyte ] Frère                                     Masson Roger] Frère

Enel Marc                       ] Frère                                    Simonet Louis

Gass Georges                                                                   Thisserant René

Harchoux Auguste

 

VICTIMES DE LA GUERRE

 

Bagard Georges                                 Mort au champ d’honneur

Marchal Alphonse                           Mort au champ d’honneur

Receveur Paul                                   Mort au champ d’honneur

Dumas Denis                                       Décédé des suites de sa captivité

Cherrier Fernand                              Fusillé à Azerailles

Knipiler André                                   Mort en déportation

Gass Francis (7ans)                          Victime civile lors de la libération

Thisserant Berthe née Roussel    Victime civile lors de la libération

Vouaux Marie                                     Victime civile lors de la libération

 

DEPORTES AU S.T.O

 

Cunin Paul, employé de culture au village.

Largentier Paul

Michel André

Thouvenin Henri

Vouaux René

 

Ogéviller

Un trou d'obus dans le mur de cette maison en 1944

 

Ogéviller

 

Ogéviller

Stèle du Lieutenant RENEKER Edmond tué le 2.11.1944 a cet endroit, le lendemain de la Libération d'Ogéviller

 

Ogéviller

Cimetière militaire d’Ogéviller

 

Ogéviller

Ogéviller

 Ogéviller

Ogéviller

Ogéviller

Ogéviller

Ogéviller

Ogéviller

L'AN 1942

393 habitants - 137 maisons - 124 ménages
Maire : VOURION Eug, Adjoint THISSERANT. N
Curé : KOEHL
Instituteur : SUSSET. P
Institutrice : Mme MOITRIER
Secrétaire de Mairie : SUSSET. P
Receveur des Postes : Melle MARTRAIRE. R
Facteur rural : DUMAS
Garde champêtre : KNIPILER
Sapeur pompier : Lieutenant MASSON. E
Agriculteurs : VOURION. E, THOUVENIN fils, MALO. P
Aubergistes cafetiers : BERNIER, SIMONELLI, PHILIPPE, VIGNERON, ENELEBEL, TOUSSAINT Vve

Marchands de bestiaux (porcelets) : ENEL. M, ENEL. J
Bouchers : CROUZIER Vve, HENRY Alb
Boulangers : HENRY, VOUAUX
Buraliste : VIGNERON
Charpentier : ENEL Joseph
Coiffeuse : Melle HENRY. S
Coiffeur : MASSON Fils
Cordonnier : AUBRY
Couturières : Mme ANTOINE, BERNARD, ENEL. P
Distillateur : CHATELAT. A
Entrepreneur : SIMONETTI
Epicier : VOUAUX. J
Forgeron : HUMBERT
Industriel : Anc. Ets BECHMANN
Médecin : MIKLER
Menuisiers : VOUAUX, KENNEL
Osier et Vannerie (marchand en gros) : LARGENTIER
Plâtriers : CHERRIER. G, CHERRIER. R
Plombier : FAVORY
Repasseuse : Mme MANGIN
Vitrier : VOUAUX

 

Ogéviller

 

VICTIMES DE LA GUERRE 1939 - 1945

BAGARD Georges Joseph, au 103e D.C.A., décédé le 18.4.1943, à l'hôpital de Créteil, maladie (tuberculose pulmonaire)
MARCHAL Alphonse  Ernest, au 46e R.G.D.I, décédé le 5.1.1940 à Schweigen (Allemagne)
RECEVEUR Paul Eugène, au 4e Groupe Autonome d'Artillerie, décédé le 21.5.1940 à Anizy le Château (Aisne)
DUMAS Denis : décédé des suites de captivité
CHERRIER Fernand : fusillé à Bertrichamps en septembre 1944
KNIPILER André Camille Prosper : mort en déportation le 16.01.1945 à Melk (Autriche)
GASS Francis, THISSERANT Berthe née ROUSSEL et VOUAUX Marie : victimes civiles lors de la libération