La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Jolivet

Une « drôle de guerre » : fin 1939 – début 1940

 

Si la France et l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne dès le 3 septembre 1939, son offensive ne débute que le 10 mai de l’année suivante.

 

En attendant les premières troupes ennemies, le pays se prépare : l’armée réquisitionne les chevaux chez les paysans, les habitants portent en bandoulière des masques à gaz et regardent assez étonnés, des soldats fraichement appelés, habillés comme les poilus de 14-18.

 

A Jolivet, les soldats français en cantonnement sont répartis selon les indications écrites sur le montant des portes des habitations : OF, HO, CHE précisent le nombre d’officiers, d’hommes de troupes ou de chevaux à loger.

Cependant un grand nombre des chevaux en cantonnement meurent et une suspicion de maladie se développe. Les bêtes seront enterrées en plusieurs endroits du territoire communal.

 

Le 2 avril 1940, un combat aérien s’engage entre les Messerschmitt 110 allemands et des chasseurs français Morane. Un des appareils allemands vient s’écraser dans « Les 3 Fontenates », non loin du CD 108. Certains habitants de Jolivet et de Lunéville s’approchent et prennent des morceaux de la carlingue. Un chasseur français se retourne sur la piste du « Champ de Mars » de Lunéville et en tentant de sauver le pilote, les habitants activent la mitrailleuse en relachant l'avion brusquement, qui fauche sept personnes dont deux enfants.

 

Des réfugiés originaires des régions frontalières commencent à arriver au village. Ils n’ont souvent emporté que le minimum pour survivre. Certains resteront à Jolivet pendant toute la durée de la guerre.

 

 

L’exode

 

L’offensive fulgurante de l’armée allemande en juin 1940, jette une partie de la population sur la route de l’exode. Les souvenirs de la Première Guerre mondiale et la peur d’une volonté de vengeance de la part des Allemands poussent les habitants à partir le plus vite possible vers le Sud.

 

A Jolivet, Jean Descle (15 ans) et sa mère partent à vélo en direction de Bains les Bains. Cependant les bombardements les obligent à faire demi-tour. Ils retrouveront le père, mobilisé dans les Gardes Voies et Communication, à Padoux. Après trois jours de périple, ils seront de retour au village. Le père de Jean sera, quant à lui, prisonnier à Housseras (88) et ne reviendra qu’en 1942.

 

Charles Mathias (18 ans) avec Roger et René Clausse (16 et 19 ans), Georges Marchal (16 ans), Jean Gascard, Roger Cordier et François Cosson (15 ans) décident de partir à bicyclette, eux aussi. Ils gagnent Rambervillers puis Vesoul. Après plusieurs rebondissements, Charles se retrouvera dans un camion militaire en direction de Pontarlier (Doubs) puis de Grenoble (Isère). Il restera trois mois dans une ferme avant de recevoir un télégramme lui demandant d’aller à Riom (Puy de Dôme). C’est là, qu’il retrouvera ses compagnons d’exode qui ont suivis un autre itinéraire mais qui ont aussi travaillé dans des fermes. Ils repasseront la ligne de démarcation grâce à un passeur et rentreront à Jolivet le 15 septembre 1940.

 

 

 

Gérard et Jean Pierron (16 ans), avec leurs oncles Léon et Emile utilisent leur vélo et leur voiture pour atteindre Jussey puis Bourg-en-Bresse. Ils vont jusqu’à Maringes (Loire) puis vont dans le Jura où ils passent trois semaines dans les champs car ils n’ont pas les papiers nécessaires pour passer la ligne de démarcation.

 

Lucien Thouvenin (12 ans), Marie Mathias (14 ans), Georgette Cosson (19 ans) restent au village. Jean Malgras (22 ans) est mobilisé au 68e régiment de Forteresse, affecté à Pouxeux. Il est fait prisonnier à Hatten (Bas-Rhin) et interné à Moosbourg (Allemagne).

 

 

L’occupation

 

Les derniers soldats français en retraite partent à 07h00 du village. Dès 10h00, les Allemands arrivent par la route de Crion : certains ne font que traverser Jolivet pour rejoindre Lunéville mais d’autres s’installent.

 

C’est le début de l’occupation.

 

Les dernières voitures encore présentes dans le village sont réquisitionnées par les occupants mais aucunes exactions n’est commises.

Les jeunes partis en exil reviennent progressivement et essaient de trouver un travail.

Les jeunes gens qui avaient fui lors de l’exode, reviennent au village et essaient de retrouver un emploi, notamment dans les fermes alentours.

 

La commune compte 30 prisonniers de guerre internés en Allemagne. Certains anciens combattants de 14-18 et ceux qui sont malades peuvent revenir dès l’armistice mais la majorité devront attendre 1945 pour rejoindre leur foyer.

 

LISTE DES PRISONNIERS DE LA COMMUNE (des oublis sont possibles)

 

BARTHELEMY          Jean                               

BEAUPOIL François                                                                

BIENFAIT Marcel

BASTIEN René                                                            

BICORNE Jean      

CLAUSSE Henri                                                       

CLAUSSE Paul dit Charlot

CAGNE Charles

COSSON André 

COSSON Louis                                                        

COUTRET Lucien

DEWILDE André

DEROUINEAU Henri

DESCLE Albert  

FRANCOIS André

GALLET Marcel                                     

KUSSLER René

LAMOTTE René

MALGRAS Jean

MARANGE Charles

MARCHAL Julien

MARCHAL Henri

MASSON Victor

MESSIN Maurice

MEYER René

MIGUET Albert

PETITGAND Lucien

PETITIER Gustave

ROBE Georges

SIMONET Charles

TARALL Rémi

VILLEMIN Pierre (interné en Suisse)

 

Les soldats allemands casernés à Lunéville traversent le village pour aller en manœuvre en chantant.

Les villageois se déplacent à pieds ou à vélo mais le manque de pneus oblige certains à utiliser des tuyaux d’arrosage pour rouler.  Les bals et les manifestations sont interdits et en 1941, les locations de  chasse et les fêtes au village sont supprimées. Les seules distractions sont les jeux de cartes dans les cafés, le cinéma à Lunéville et les activités liées au Patronage pour les plus jeunes.

 

L’Allemagne ayant besoin de main d’œuvre, instaure le Service de Travail Obligatoire (STO) dans les territoires conquis. Ainsi, en février 1943, Jean Pierron (19 ans) est réquisitionné et envoyé dans la région de Ludwigshafen. Après un an, il a une permission pour rentrer en France et décide alors d’entrer dans la clandestinité pour ne pas retourner en Allemagne. Recherché par la police française durant toute la guerre, il sera incorporé dans l’armée française en avril 1945 et défilera à Dole le 8 mai 1945 lors de l’Armistice. Lucien Richard est employé à la construction du « Mur de l’Atlantique ».

 

Les personnes de religion juives sont emmenées et les premiers résistants sont arrêtés. En effet, certaines actions voient le jour : on écoute Radio Londres, des armes sont cachées, transportées, on s’entraîne à leur manipulation dans une salle au-dessus du café de Lunéville. Des sabotages ont lieu sur les lignes de chemins de fer grâce à de la limaille.

 

La vie suit son cours pour la plupart des habitants : les enfants vont à l’école, on travaille …même si la nourriture est soumise au rationnement. Les tickets de pain ne seront supprimés qu’en 1949. Il faut tout de même remplir « une fiche de demande pour l’achat d’une paire de chaussures (de fatigue ou de fantaisie).

 

En 1944, les villageois entendent parfois le passage d’avions alliés qui vont bombarder l’Allemagne.

 

 

Enfin la libération ?

 

Toutes les caves voûtées sont recensées par quartier … A partir du 16 septembre 1944, les Américains libèrent Lunéville mais n’arrivent pas à progresser en direction de Jolivet. Les Allemands arrivent à les bloquer dans la forêt de Parroy.  

 

Des bombardements violents commencent alors et les combats durent près d’une semaine. Pendant plusieurs jours, les habitants du village restent cloîtrés dans les caves et s’alimentent grâce aux bêtes tuées par ces tirs d’artillerie.

Environ 15 caves sont recensées sur Jolivet. Elles accueillent jusqu’à une trentaine de personnes, souvent regroupées en famille. Les groupes ne sont pas fixes car les habitants sont dans l’obligation de changer de caves selon les bombardements…

Les caves qui ont un accès vers l’habitation permettent aux civiles de remonter durant les périodes d’accalmies pour aller chercher de la nourriture. Une vie souterraine s’organise malgré le manque d’électricité, de nourriture …

 

Pendant ce temps, le 17 septembre 1944, les chars américains s’engagent sur la départementale 108 allant de Lunéville à Jolivet.  D’après le compte rendu des combats de la 4e Armored Division US, « une section de la compagnie « A », 35e Bataillon de Chars, a attaqué les positions ennemies à Jolivet, perdant un char mais détruisant 2 canons antichars ».

En effet, une batterie allemande antichar s’est positionnée à la Croix de Mission à l’entrée du village face aux blindés qui arrivent. Cette batterie est mise hors de combats par les tirs américains et les deux servants sont tués. Pour anecdote, l’un d’eux avait auparavant donné à une famille habitant dans l’avenue, un dernier courrier à faire remettre à sa famille en Allemagne. Les corps des soldats allemands, d’abord recouverts d’un lit de paille, seront brancardés jusqu’au Moulin.

Un autre soldat allemand finit par se rendre en voyant ses camarades tomber.

 

Le clocher de l’église est détruit à 11h00 par les Américains de peur qu’il serve de poste d'observation aux Allemands. Les bombardements font beaucoup de dégâts dans le village : les maisons sont éventrées lorsqu’elles ne sont pas détruites…Les Allemands encore cachés dans les caves se rendent aux habitants et demandent à être remis aux mains des Américains. Chose faite le lendemain à Lunéville.

 

Les troupes allemandes se sont repliées sur les hauteurs au dessus du village. Elles reçoivent l’ordre de contre-attaquer et Jolivet est donc de nouveau envahi.

 

 

Les otages et les morts

 

Le 18 septembre 1944, en début d’après-midi, les soldats allemands font ouvrir les trappes des caves qui donnent sur la rue et font sortir tous les hommes. Ces derniers sont rassemblés sur la place pour y être exécutés en représailles à des tirs effectués par des FFI contre des Allemands retranchés dans les vergers, à 300 mètres à l'Est du village. Une mitrailleuse est donc mise en place et des soldats sont désignés pour former le peloton d’exécution.

Les habitants du village parlant allemand et Mm Boissel interviennent et réussissent à faire lever l’ordre de tir. Les officiers réclament aussi les corps des soldats tombés pour s’assurer que leurs corps n’ont pas été mutilés.

Les otages sont regroupés dans la cave GASCARD (n°11) et ne rejoindront leur famille qu’après le départ des troupes allemandes.

Dans le même temps, un avion américain repère les chars allemands et des obus tombent de nouveau sur le village.

 

LISTE APPROXIMATIVE DES OTAGES :

 

ACKERMANN Eugène                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      KRIST Charles

ANSTETT Robert                                                  LERAT Fernand

BAR Edmond                                                        LERAT Jules

BARTHELEMY Georges                                         LORONG Gabriel et Louis

CHAMAGNE Bernard                                             MARTIN        Edouard

CLAUSSE Emile                                                    NICKAES Robert

COSSON Georges                                                PETIT Pierre

DESCLE Albert                                                     PIERRON Eugène

DESCLE Jean                                                        PIERRON Gérard

ENEL René                                                            PIERRON Jean

FRIEDRICH Paul                                                  PIERRON Léon

GOBERT Jean                                                       POUTOT Roger

HERLET Georges                                                  RENARD Antime

RENARD Raymond                                               TANNEUR Pierre

ROYER Gaston                                                     VILLEMIN Charles

TAILLADE André                                                 VILLEMIN Pierre

 

Les gens s’entassent dans les caves : ils dorment sur des matelas posés à même le sol, des des bancs …On prie énormément notamment lors des bombardements.

D’ailleurs, le 18 septembre 1944, un obus explose sur la cave de Léon Pierron. Huit personnes seront blessées et 4 mourront de leurs blessures : Mme Léa Pierron (54 ans), l’enfant Annie Poutot (2ans), Marguerite Pierron (16 ans) et Michel petit (1 mois).  

 

Le 19 septembre 1944 ; une nouvelle pluie d’obus tombe sur le village à partir de 12h00. Le calme ne reviendra qu’à partir de 4h30 du matin.

 

Le 24 septembre 1944, à la ferme de Froide Fontaine, Mr Albert Masson et son ouvrier agricole, Delphin Grandhomme sont sortis de la ferme afin d’observer les combats, cachés derrière une haie. Une sentinelle les remarque et ouvre le feu. Delphin Grandhomme meurt sur le coup et Mr Masson est interrogé par les Allemands dans la forêt de Parroy avant d’être relaxer dans la nuit ; il en profitera pour donner leurs positions aux Américains postés à Lunéville.

 

 

Nouvel exode

 

Dans le village, les fils électriques traînent sur le sol, les animaux morts jonchent les chaussées…

Devant les risques, Mme Boissel conseille à tous ceux qui le peuvent de quitter Jolivet pour gagner Lunéville. Les hommes valides s’organisent pour porter les personnes âgées. Cependant les gens étant terrés dans les caves, le message n’est pas passé à tous et certaines familles restent. Ils seront accueillis au collège, rue de Viller, transformé en dortoirs jusqu'à la fin des combats.

 

Pendant ce temps, Jolivet se retrouve sur la ligne de front durant une semaine et va subir les allés et venus des deux armées belligérantes. A l’occasion de quelques accalmies, certains reviendront à Jolivet pour prendre quelques affaires. Souvent ils y retrouvent des maisons incendiées et pillées.

Les combats se prolongeront dans la forêt de Parroy laissant le village dans une zone dangereuse encore quelques temps.

 

Les morts civiles, allemands[1] et les animaux sont tous enterrés au plus vite malgré des tirs.

 

Les habitants sont impressionnés par les Américains qui possèdent un abondant matériel militaire et qui n’hésites pas à faire du troc avec les habitants : le chocolat, les chewing-gums et les conserves sont régulièrement échangés contre des bouteilles de mirabelle.

 

 

Vers la paix ! Fin 44 – début 45

 

L’électricité est rétablie vers Noël et les écoliers présentent un spectacle intitulé « visages de la France et soir de Noël », à l’occasion du 31 décembre 1944.

Progressivement les prisonniers français rentrent et bénéficient d’une délégation d’habitant pour fêter son retour.

 

Le 8 mai 1945, on dresse un arc de triomphe et des bals sont organisés.

Une douzaine de prisonniers allemands restent au village pour aider dans les champs. Ils sont logés dans une ferme, sous la garde d’un responsable du village.

Les frontaliers regagnent peu à peu leur région d’origine et le village reçoit le parrainage de Chavigny et de Messein qui fournissent des vêtements …

 

Extrait du « journal de Lunéville » du 19 janvier 1945 :

« Jolivet a reçu de ses marraines de Chavigny et Messein, le produit d’une importante collecte de vêtements et mobiliers ainsi que 42 000 F. Si ce geste généreux ne permet pas de soulager toutes les infortunes provoquées par le pillage de la commune, il a été un grand réconfort pour tous les sinistrés ».

 

 

L’après guerre

 

Le village a subi de gros dégâts durant la guerre : son école est dévastée, des maisons pillées et incendiées…

Trois maires se succèderont et auront la lourde tâche de gérer la commune dans ces années difficiles : Xavier Kussler (décédé en août 1943), Georges Barthélemy (appartient aux otages du 18 septembre 1944) et Henri Lahalle à partir de 1945.

 

Un monument aux morts est érigé en l’honneur des victimes civiles et militaires

 

VICTIMES MILITAIRES

 

Bastien Gabriel décédé le 16 juin 1940 à Halloville la Branche- Eure et Loire.

Chamalot André décédé le 2 avril 1940 à Lunéville.

Heckel André décédé le 27 mai 1941 à Toulon –Var.

Royer Henri décédé le 21 janvier 1947, en service commandé, à Tubingen-Wurtemberg.

Thouvenin Robert décédé le 6octobre 1944 à Melun - Seine et Marne.

 

VICTIMES CIVILES

 

Comtes Léon, tué devant chez lui le 18 septembre 1944.

Colas Hyacinthe, curé de la paroisse, décédé sur la route allant de Jolivet à Sionviller le 2 juillet 1944.

Grandhomme Delphin, décédé sous les tirs allemands à Froide Fontaine, le 24 septembre 1944.

Petit Michel (1mois) décédé le 2 octobre 1944, victime des bombardements.

Pierron Léa (54 ans) décédée le 18 septembre 1944, victimes des bombardements.

Pierron Marguerite (16 ans) décédée le 28 septembre 1944, victimes des bombardements.

Poutot Annie (2ans) décédée le 18 septembre 1944, victimes des bombardements.

Tirelli Antoine, déporté politique, mort le 28 avril 1945 à Ebensee (Autriche). Une croix rappelle son souvenir au cimetière de Natzwiller au Struthof.

 

 

                                             

 

 

 

 

 

 


[1] Quelques noms d’Allemands morts à Jolivet en 1944 : Eric Friedrich, Johan Schoen, Ignaz Reitmaier et Kint Wanch