La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération d'Einville-au-Jard

Einville-au-Jard

Notre livre n'a pas la prétention d'être un livre historique relatant tous les faits de la seconde guerre mondiale à Einville-au-Jard et aux environs. Comme son titre l'indique, c'est un recueil de souvenirs des anciens, la mémoire du village.

Chacun sait que les photos de guerre étaient rarissimes. Heureusement, nous en avons obtenu quelques-unes, faites par les familles Marchal et Carabin que nous remercions pour leur gentillesse. Pour compléter, nous avons photographié quelques lieux qui portent encore la trace de cette guerre ou qui ont peu changé depuis, ainsi la saline Saint Laurent où se sont déroulés des événements tragiques le 19 septembre 1944.

Nous n'avons évoqué les villages environnants que lorsque leur histoire était intimement mêlée à la nôtre, c'est le cas de Raville, Bauzemont, Athienville...

Puisse la lecture de cet ouvrage vous rappeler d'autres souvenirs si vous avez vécu ces événements, ou vous donner une idée de ce que pouvait être la vie à cette époque.

Jean Thouvenin se souvient des réquisitions en 1939, d'ailleurs, nous avons trouvé des documents dans les archives communales attestant ces réquisitions.



Avant l'arrivée de l'occupant, notre bourg avait accueilli des Mosellans qui craignaient particulièrement les allemands et avaient fui leur département. Pour certains, c'était le deuxième exode, le premier avait eu lieu à la guerre précédente ! Une anecdote : trois semaines après l'arrivée d'habitants de la Moselle, le chat de l'un d'entre eux est parvenu à Einville tout naturellement...
Ces infortunés Mosellans, venus dans des guimbardes ou des chariots tirés par des chevaux ou des bœufs, logeaient où ils pouvaient, parfois dans des greniers.

Le LBB, disons plutôt le tacot, les a emmenés à Lunéville où ils ont pris le train pour des régions du Sud ou du Sud-ouest, telles que la Charente.

Quant à l'armée française, elle cantonnait dans les maisons d'Einville, c'est ce que nous avons pu découvrir dans les archives communales.

Sur chaque maison on trouvait une inscription sur carré blanc avec le nombre de chevaux logés (CH), le nombre d'hommes (H), et, éventuellement, le nombre d'officiers (OF).

Jean Thouvenin se souvient des réquisitions en 1939, d'ailleurs, nous avons trouvé des documents dans les archives communales attestant ces réquisitions.

L'armée française en 1940. Nous étions à la fin de « la drôle de guerre ».

L'armée était au repos à Lunéville, juste avant la « ruée allemande ». Grâce à Mme Simone Jacques, nous avons pu récupérer des photos de la venue du maréchal de Lattre à Einville. C'était encore l'euphorie, nul ne se doutait, ce 5 mai 1940, que les allemands allaient déferler sur notre pays.

Einville-au-Jard

Le maréchal fut accueilli par deux jeunes filles costumées en Lorraine : Marie-Luce Humbert et Marie-Louise Iung qui avaient appris par cœur un compliment qu'elles adressèrent au Maréchal. Cela se passait devant l'ex maison Lhuillier au numéro...de la grande rue.
Puis la réception eut lieu sur la péniche Luxembourgia, au port d'Einville. Une bien belle fête...

Einville-au-Jard

 

Einville-au-Jard

 

Einville-au-Jard

 

CARNET DE GUERRE  de septembre 1939 à juin 1940

Madeleine MARCHAL  EINVILLE (Meurthe et Moselle)

 

ANNEE 1939

2 septembre
- Mobilisation Générale.
6 septembre - Arrivée de nombreux réfugiés qui se dirigent vers le centre.
22 septembre - Arrivée du 13e d'artillerie. Nous logeons le Colonel Logeron.
25 septembre - Départ des troupes.
26 septembre - Examen du brevet.

1er octobre - Examen oral du brevet.
7 octobre - Arrivée du 5e régiment d'artillerie, colonel Morel.
2 novembre - Visite de R Mathieu et de sa femme, de l'abbé Guillemin et son ami Linard.   

8 novembre - Discours d'Hitler. Attentat à la Burgerbrau (Munich)
14 novembre - Arrivée du 8e et 16e chasseurs. Colonel Ponard, chic type.
29 novembre - Départ des troupes.
1er décembre - Arrivée du 85e Régiment d'Infanterie, nous logeons le médecin capitaine : (et son petit chien Lorqui !).
Calme sur le front.

ANNEE 1940

13 janvier - Départ du 85e Régiment d'infanterie.
19 janvier - Arrivée du 31e Régiment d'infanterie, nous logeons le médecin lieutenant Jamain ; chic type.
25 janvier - Départ des troupes.
26 janvier - Arrivée du 88e et 91e Régiment de chasseurs. Nous logeons le colonel Baumann

28 janvier - Visite du commandant des chasseurs de Maixe : Eugène Paté. Visite du canadien Mougeot.
9 février - Des prisonniers allemands se sont échappés à Lunéville, mais ils sont tous retrouvés les jours suivants.
25 mars - Lundi de Pâques très ensoleillé. Nous allons à Bainville.
2 avril - Combat aérien au-dessus de Lunéville. Un avion allemand est abattu (près de Jolivet). 2 Français sont obligés d'atterrir, 7 personnes sont tuées par les mitrailleuses d'un de ces avions.
6 avril - Arrivée du 1er bataillon de zouaves, colonel Fromenten.
8 avril - Mme Lejeune part pour l'hôpital. Accident de Daverio sur la route de Maixe.

26 avril - Arrivée du 31e Régiment de chasseurs. Colonel Pareire Connaissance du médecin capitaine Petsaubarqui ......... ?
10 mai - Dans l'après-midi 3 bombes à Einville.
13 mai - Départ des chasseurs. Recherche d'un parachutiste en forêt d'Einville.
15 mai - Dans la nuit, plusieurs bombes à Einville.
17 mai - Arrivée de Polonais, capitaine Juttner.

12 juin - Arrivée du 15e génie, capitaine Guinchet.
14 juin - Avance des allemands dans l'Est (St Dizier) Départ de Pierre pour le centre de la France.
15 juin - Nous partons pour Bainville. (Aux Saules) Avance allemande jusque Gray. Départ du génie. Les troupes de la ligne Maginot redescendent.
16 juin - Les allemands ont traversées le Rhin à Neuf-Brisach.1ère nuit en cave.
17 juin - Nous allons en cave chez Mr L'Huillier, canonnade indéfinie.
18 juin - Destruction des ponts à 4h00. Les obus sifflent au-dessus du village.
Bombardement aérien à 17h30.
19 juin - Arrivée des 1ers  allemands à 5h00. Perquisition de toutes les maisons.
Calme les jours suivants.
22 juin - Arrivée du 816e d'artillerie lourd. Nous logeons le docteur Lieutenant Bolze,
Son infirmier Schwarzer, son conducteur Wandéler. Passage de prisonnier à 18h00.
26 juin - Réquisition de notre auto à 18h30  par notre médecin pour aller à Nancy.
Mauvaise journée pour moi, l'armistice était signé depuis le 24.
2 juillet - Discussion entre maman et Mr Scholze à propos de pommes de terre volées.
4 juillet - Interrogation par Mr Lemann à 18h00 à propos des pommes de terre.
5 juillet - Maman est appelée chez le commandant à propos des pommes de terre.
Calme des jours suivants, malgré les exigences de Mr Bolze (lavage, raccommodage,
Cuisine).
12 juillet - Course du médecin après notre bonne, il veut l'emmener dans sa chambre. Emotion.
14 juillet - Fête allemande sur le terrain de sports d'Einville à 16 h.
Grande cuisine ce jour : 2 lapins pour 4 Allemands.
19 juillet - Séance de bain de Mr Bolze chez nous dans notre salle de bain.
Reçu messager convoquant maman pour le samedi 20  à Lunéville à la Kommandantur. C'était pour lui annoncer sa punition : 3 000 F d'amende, ou 50 jours de prison + 60 F d'entretien par jour.
20 juillet - Voyage à Lunéville pour amende. Rappel en grâce pour la punition. Plus de nouvelles après.
21 juillet - Promenade à Anthelupt pour avoir des nouvelles de Pierre.
Départ de l'infirmier Schwarzer en permission.
23 juillet - Départ de l'artillerie à 7h30. Arrivée de nouvelles troupes à 9h00.
Nous logeons le médecin sous-lieutenant Goebbels et son infirmier
24 juillet - Visite du médecin de 21h00 à 22h30. Les jours suivants sont calmes Nous recevons des nouvelles de Pierre.
4 août - Voyage jusque Lunéville pour voir Mr Durand et rechercher tante Juliette au train.
12 août - Cueillette de pois à Raville.
Combat d'avions au-dessus de l'Angleterre. Discours du maréchal Pétain.
16 août - 1er voyage à bicyclette à Lunéville, visite à la directrice.
17 août - Journée de conserves : tomates, mirabelles. Bavardage avec le médecin à 16h00.
Retour de permission du commandant de place W...... (bras droit d'Hitler)
19 août - Départ en permission du médecin Goebbels et son ordonnance.
Retour de Mr Aubertin et de Camille Michel.
22 août - Retour de Malgras (Hoéville) et de 2 de Xermaménil.
23 août - Retour ; Meyer, Chapleur, Géhin.
30 août - Arrivée du docteur Friederich, remplaçant Goebbels.

Septembre - Voyage à Nancy. Rencontre du médecin aux Magasins Réunis ; exposition de tous les achats faits à Nancy par le médecin le soir (fou rire)
7 septembre - Départ de tous les allemands d'Einville ils vont à Dieuze
Retour de Pierre à 15h45.
10 septembre - Visite du docteur Friederich qui a été se promener à Commercy.
13 septembre - Visite du docteur Goebbels à 11h00. Retour de J. Houot et des 2 Midons : Pierre et Jean.
4 novembre - Maman va payer son amende de 3000 francs à Nancy.
11 novembre - Départ des 3 premiers villages de la Moselle. Les autres vont suivre.
Accident de 2 voitures allemandes. Visite du nouveau médecin : Mr Schneider de
Lunéville.
19 novembre - Bonnes nouvelles, retour des internés en Suisse Congé de captivité aux
Prisonniers pères de 4 enfants.
24 novembre - Chasse aux lièvres dans notre jardin.

19 décembre - Bombardement de Nancy et Frouard dans la nuit du 18 au 19.
23 décembre - Accident de l'autocar entre St Nicolas et Rosières. Mort de Mme M Jacques
24 décembre - Bombardement de Lunéville dans la nuit du 23 au 24 à 22h00.


ANNEE 1941

1er janvier - Nouvel an temps très froid, neige abondante.
14 janvier - Accident d'auto près de Bauzemont. Nous sommes rentrés dans la neige.
20 janvier - Sirène à 22h00 à Einville : alertés pour glaçons au pont.
18 mai - Pierre est là. Beaucoup de travail (Athienville, Riouville, Arracourt, Hénaménil)
27 mai - Revaccination. Visite au Dr Mangin (très bien reçu)
Connaissance avec des Juifs de Cattenom qui sont hébergés à Sornéville.

 

CARNET DE GUERRE de Pierre MARCHAL

Année 1939 – 1940


_____

OFFICIERS AYANT SEJOURNES A LA MAISON

1939



Septembre - Colonel Legeron, 13e Régiment de dragons de Montauban montant en ligne.
Octobre – Colonel Morel, 35e Régiment d'artillerie de Vannes, revenant de Blies Ebersing Bliesbrück.
Bon souvenir de Mr Epié de Plesse (Bretagne), chauffeur du colonel.
Novembre - Colonel Ponard, commandant les 8e, 16e, 31e bataillon de chasseurs à pied de Toul - St Nicolas, redescendant de Grosbliederstroff. Klein a laissé très bon souvenir a cantonné pendant 15 jours. Au même moment, visites le jeudi de l'abbé Gaillemin – 170e RI et de René Mathieu.
Décembre - Médecin capitaine Lietwitz, 85e régiment d'infanterie de Bourges, grand pontife, assistant d'Abrami à l'hôpital Broussais, a cantonné pendant plus d'un mois, redescendant au repos de la région de Sarreguemines, a eu de nombreux prisonniers.



1940

20 au 25 janvier – Lieutenant médecin Bernard Jamain, 31e Régiment d'Infanterie de Nevers, a laissé un excellent souvenir, grand catholique.


Samedi 27 janvier - Arrivée par un verglas impossible de la 58e Division. A Einville, nous avons une demie brigade de chasseurs, 88e, 96e, 110e, bataillon, qui depuis le début de la guerre ont été sur le front du Rhin, ont réembarqué sur l'Ardenne (Fumay) au moment de la crainte de l'invasion de la Belgique (14 janvier) et reviennent au repos à Einville. Nous logeons à la maison le colonel Baumann, Adolphe Pâté est à Maixe commandant le 110e, capitaine Fels de Saint-Dié gros industriel. Cette demi brigade et la demi brigade de réserve, réserve des 8e, 16e, 30e bataillons que nous avons eu précédemment. Dans les villages voisins, cantonnent le 17e d'artillerie et le 291e d'infanterie. Dans ces régiments, beaucoup d'hommes de l'Est et des Ardennes.


Samedi 6 avril - Arrivée du 1er régiment de zouaves de Casablanca descendant de la frontière Belge (Maubeuge) où il a cantonné depuis le début de la guerre. Nous logeons le colonel Fromentin, soldat de la grande guerre, très énergique, intelligent et faisant régner la discipline dans son régiment ; beau régiment qui nous a donné une excellente impression, le moral était excellent chez les troupiers qui en majorité étaient marocains.


Samedi 13 avril - Le régiment monte en ligne et nous avons pour une nuit à coucher le médecin commandant Pierron, médecin commandant des hôpitaux de Sidi Bel Abbès, charmant, très causeur, à la bonne franquette.

Jeudi 25 avril - Remise de décorations au 2e Bataillon à Lunéville.

Vendredi 26 avril - La 14e Division redescend des lignes où elle était depuis le 3 janvier. Einville loge le 31e bataillon de chasseurs (fourragère jaune), Jolivet le 2e bataillon qui avait avant 1914 sa garnison à Lunéville, et Bauzemont le 21e Bataillon. Valhey et Arracourt ont le 152e Régiment d'Infanterie de Colmar (fourragère rouge) et Crévic le 35e d'infanterie (fourragère jaune).Notre bataillon a eu quelques pertes, une vingtaine de tués. Nous logeons le commandant Parraire très gentil, qui est dans les affaires à Paris. Il passe lieutenant-colonel. Le général de la division est le Général Delattre très jeune, et très organisateur.

Samedi 27 avril - Concert de musique militaire à Lunéville par le 2e bataillon et le 152e.
Dimanche 28 avril - Concert de musique militaire à Einville par le 31e bataillon.
Mardi 30 avril - Défilé du 2e bataillon à Lunéville devant les conseillers municipaux.
Dimanche 5 mai - Fête du 31e bataillon de chasseurs à Einville, le matin messe magnifique avec le concours de la fanfare du bataillon, après-midi, réception du général de brigade de Lattre de Tassigny commandant la 14e Division. Nombreuses distractions.


Vendredi 10 mai - Invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg. Au matin, le nombre des avions allemands se fait plus important que d'habitude. Nancy est bombardé, les quartiers du Bon Coin, rues Durival, du Vieil-Aître, du Haut-Bourgeois sont éprouvés.
Colmar, Lyon, Luxeuil etc subissent le même sort. Les aviateurs allemands s'attaquent surtout aux terrains d'aviation.


Le vendredi vers 15h00, une bombe tombe à environ de 100 m des salines Einville-Maixe et à proximité de la route, 2 autres derrière le moulin, 1 près du pont de Pessincourt, aucun dégât.


Samedi matin et dimanche - Bombardement du terrain d'aviation de Saint-Pierremont. 6 avions au sol sont mitraillés et anéantis d'Essey-les-Nancy et d'Azelot.


Lundi 13 mai - J'aperçois, du haut de la côte de Drouville un parachutiste qui tombe dans la plaine de Serres. J'alerte le commandant des chasseurs et nous partons draguer le bois d'Einville de 15h00 à 18h00, aucun résultat.


Mardi 14 mai - Départ de la division de chasseurs sans doute pour la Belgique.
Nuit du 15 au 16 mai – Des avions allemands lâchent des bombes qui, à Lunéville n'atteignent pas leur objectif, à Einville 2 de gros calibres tombent à proximité de notre petit bois du ..., d'autres ont dû tomber dans la forêt.


Vendredi matin - 41 alertes ont été déjà données à Lunéville depuis le 10 mai.
Vendredi et samedi 17 et 18 mai - Arrivée d'une division Polonaise, capitaine Juttner. Les Boches ont jusqu'alors passablement progressé et se trouvent à Avesnes et à Verdun, Bruxelles et Louvain ont été déjà occupées.


12 juin – Arrivée d'un détachement du 15e génie. Nous logeons le capitaine Guinchet de Toul.
13 juin - Des avions allemands sillonnent le ciel tout l'après dîner et se dirigent sur Nancy.

Vendredi 14 juin – Mon départ d'Einville pour l'exode.


FAITS PRINCIPAUX DE LA GUERRE :


1939

Septembre - Montée sans interruption des régiments vers le front – Commandant Poisson
Un samedi soir - Passage des tanks de 35 tonnes du 508e R.C.C. de Lunéville.
Fin octobre - Survol d'Einville par un avion allemand, qui laisse tomber des feuilles de propagande (le bain de sang). Nombreuses alertes et tirs de DCA.

Mon premier trimestre de Math-Elem s'est bien passé.

31 décembre - Conseil de révision.


1940
Janvier - Passage d'une division motorisée..

Journée très froide -26 °, neige, verglas. Difficultés pour le car de circuler.


30 janvier - Verglas épouvantable qui empêche papa de circuler. Il a à cette époque, beaucoup de travail.

Le moral baisse fort, surtout parmi les paysans à qui l'on réquisitionne avoine, paille, blé, foin, injustices flagrantes. (l'individu Daverio). Les ouvriers qui étaient sur le front sont rappelés pour travailler dans les usines.


Fin janvier - Echappée clandestine de la prison de Lunéville de quatre officiers aviateurs allemands prisonniers. Retrouvés deux dans la forêt de Charmes, un près de l'étang de Bouzey, le 4e entre Pouxeux et Eloyes.

26 au 27 février - Dans le nuit, tirs fournis de D.C.A., de 4 heures à 6 heures du matin sur des avions allemands qui se dirigent sur Paris au nombre de 12.

Un obus de DCA blesse à Paris 6 personnes.

2 avril - Un combat aérien oppose au-dessus de Lunéville 15 avions allemands et 5 avions français du type Morane. Un avion allemand Dornier 17 est abattu entre Jolivet et Sionviller (côte 304), les 4 occupants sont carbonisés. Un avion français doit atterrir au Champ-de-Mars car le pilote a été blessé au coude et à l'atterrissage capote. On vient dégager l'aviateur, mais déclanchement des mitrailleuses d'ailes qui occasionnent la mort de 4 soldats, 1 infirmière, 2 enfants et 6 blessés. Le pilote est retiré de l'appareil avec une jambe fracturée.
Un 2e appareil du type Morane, conduit par le sergent Legrand, un as « croix de guerre, médaille militaire, 3 citations, 3 avions abattus » atterrit sans entrave, mais a eu chaud dans le combat.
Espionne roulant avec le docteur Liechwitz est recherchée par la gendarmerie.
Le néo-zélandais Copper est jusqu'alors l'as des as des aviations alliées, a abattu jusqu'alors 5 appareils.
15 avril - Rien de sensationnel au point de vue personnel. Débarquement des troupes anglaises en Norvège. L'Allemagne a déjà perdu le 1/3 de sa flotte. Nous concentrons nos troupes sur la frontière belge et suisse.


1er mai - Les attaques allemandes contre les alliés en Norvège se font plus intenses, et nous devons même reculer. Situation très critique.


FAITS ET GESTES :


1940

Mardi 4 novembre - Election du président Roosevelt

Jeudi 6 novembre - Visite du quartier de Nancy bombardé rue du Vieil Aître.
Rencontre de Jacquet. Camarades du P.C.B. = Brunet – Renard – Marchal J. – Raubert – Muller – Simon – Hikel.

Dimanche 1er décembre -L'avion piloté par Guillaumet et Reine, et qui transporte M Jean Chiappe, nommé haut-commissaire en Syrie, est abattu avec tout son équipage par un avion anglais entre la Sardaigne et l'Afrique du Nord. Les Italiens jusqu'à ce jour prennent une piquette en Grèce – Albanie.

Mercredi soir 18 décembre - Bombardement de Nancy par la Royal Air Force. Une bombe tombe près du parc Ste Marie tout à proximité d'une maison sans causer de dégâts.
7 bombes incendiaires près de Nancy Thermal où un commencement d'incendie est arrêté.
Retour des prisonniers internés en Suisse, grâce à Scapini.

 

 

Exode de Jeunes d'Einville en 1940

Récit de Pierre MARCHAL


 
10 mai 1940 - Date fatidique de l'envahissement de la Hollande, Belgique, et Luxembourg par les troupes allemandes.

L'inquiétude s'empare des Einvillois, dans la nuit du 16 mai 40, plusieurs bombes tombent sur le territoire de la localité. L'arrivée d'un bataillon de Polonais aggrave l'inquiétude ; malgré tout chacun vaque à ses occupations, les lycéens, les collégiens continuent leurs cours, le baccalauréat est proche.

Mais, au matin du vendredi 14 juin 1940, c'est la panique : les habitants conversent dans la rue, discutent de leurs possibilités d'évasion. Au cours de l'après-midi, la municipalité fait prévenir la population par un son de tambour dans les rues et demande aux jeunes dans leur 19e et 20e année de quitter au plus vite Einville et par tous moyens de locomotion de gagner le centre de la France.

Tous les jeunes se regroupent, vérifiant l'état de leur vélo, prennent un minimum de ravitaillement et de vêtements de protection. Heureusement le temps est favorable, le soleil radieux. Ce sont les adieux émouvants à la famille, aux amis.

Un petit peloton s'est constitué, parmi lequel j'ai noté Pierre Maurice, fils du directeur de la saline de la saline St-Laurent, Pierre Géhin, André Meyer, salinier, André Chapleur, Jean Lhommé, futur maire de Lunéville, Georges Lhommé, Paul Méder, Henri Midon, Paul Parisot agriculteur à Raville et moi-même.

Le départ a lieu à 15h30. Nous prenons la direction des Vosges par Lunéville. A Xermaménil 4 éléments rejoignent le groupe ce sont Robert Midon, Cunin, Albert. La majeure partie du groupe se retrouve à Thaon-les-Vosges. A Poussay, une partie du groupe est bloquée au passage à niveau, une autre par un train qui vient d'être bombardé sans grands dégâts. De ce fait, le trio Marchal, Maurice, J Lhommé se retrouve à 22h00 chez le colonel Terver, oncle de Pierre Marchal, à Bainville-aux-Saules, petite localité entre Epinal et Vittel.

Nous avons fait 75 km, heureux de trouver un bon lit et un frugal dîner qui nous permet de nous réconforter.
Le samedi 15 juin 1940, après un copieux petit déjeuner, nous reprenons à 7h00 la direction de Vioménil, source de la Saône, Bains-les-Bains, St Loup-sur-Semouse, Faverney.

A Port-sur-Saône, nous sommes bloqués par l'afflux de voitures venant de la direction de Combeaufontaine, non seulement bloqués, mais impressionnés par une batterie de soldats polonais qui sont en faction auprès des piles des ponts de Port-sur-Saône, mitrailleuses prêtes à tirer en direction de la vallée de la Saône. Nous sommes fortement ébranlés et nous accentuons nos coups de pédales sur la N 19, Langres – Vesoul, pour contourner le chef-lieu du département de la Haute-Saône par l'Ouest.


C'est à ce moment que par le plus grand des hasards nous rejoignons toute l'équipe qui a passé la nuit à Thaon-les-Vosges dans un brouhaha indescriptible, dans une fermette du côté de Fougerolles.
C'est la descente rapide en file indienne en direction de Rioz – Besançon, descente extrêmement dangereuse en raison de l'intensité du trafic ; nous sommes obligés de nous faufiler entre les voitures, les camions, les engins de tout style. C'est miraculeux s’il n'y a pas eu davantage d'accidents. P. Géhin en sait quelque chose ; son guidon s'était coincé sur l'arrière du camion. Il s'en est tiré sans casse. Nous nous arrêtons tous les 15 km environ, pour refaire nos forces et nous alimenter. La longue descente sur Besançon se fait à la tombée de la nuit, dans des conditions dantesques.

Après la traversée de la ville, nous nous arrêtons à Beure en bordure du Doubs. Une famille, sur le bord du trottoir est là qui contemple cette débâcle : je l'aborde très simplement, la dame nous offre le dîner et le coucher. Je suis confus devant autant d'attention. Nous passons une nuit bien courte.
Le dimanche 16 juin 1940, départ à 4h00 nous reprenons la route, accompagnés par les 2 fils de cette famille sympathique qui nous fait confiance. Malheureusement nous perdons ces jeunes Bisontins quelques 40 kilomètres plus loin du côté de Quingey.

A St-Germain-lès-Arlay, des avions italiens mitraillent la route nationale Poligny – Lons-le-Saunier. Nous restons terrés sur les abords de la route pendant une bonne demi-heure. Il semble que cette attaque n'a pas fait de blessés.

Nous poursuivons vers le Sud et très fatigués nous cherchons refuge pour la nuit dans le petit village de Cuisia chez un petit paysan qui nous offre une bonne soupe et de la charcuterie. Nous passons la nuit sous les tuiles dans un joli grenier à foin, qui sent bon la fenaison en cours.
 
Lundi 17 juin 1940 au petit matin, nous fonçons de nouveau vers le Sud et Bourg-en-Bresse. C'est à ce moment qu'en raison de l'intensité du trafic, nous perdons définitivement la majeure partie du groupe, et nous nous retrouvons en un petit trio : P. Maurice, André Meyer et moi.
Après avoir contourné Bourg-en-Bresse, nous traversons la région marécageuse des Dombes et nous décidons en raison de notre fatigue et de notre lassitude de faire un copieux repas dans un restaurant de Châtillon-sur-Chalaronne, haut lieu de la gastronomie. Au café, nous apprenons par la radio la demande d'armistice par Pétain, pour nous c'est un choc mais il faut poursuivre.
Dans l'intention de gagner les Monts du Forez, nous contournons Lyon par Neuville-sur-Saône et Tassin-la-Demi-Lune où nous passons une très mauvaise nuit dans un hangar industriel.  Tout au long de la nuit, ce ne sont que de tirs sporadiques au-dessus de l'agglomération lyonnaise.

Le mardi 18 juin 1940, 5e jour de notre exode, est marqué par la pluie et le trajet Tassin / Rive-de-Gier nous laisse un mauvais souvenir.  Rive-de-Gier est une cité industrielle et P. Maurice se souvient que son père a fait ses études d'électro-mécanique avec un Mr Paponnaud, industriel à Rive-de-Gier.

Nous nous renseignons et on nous indique la demeure de ce vieil ami de Paul Maurice. Très bien accueillis par Mme Paponnaud qui nous dirige vers le centre d'accueil pour réfugiés auquel d'ailleurs, elle prête main-forte. Après un copieux repas et une bonne heure de détente, Mme Paponnaud nous conseille de quitter la vallée. St-Etienne / Firminy et accompagnés d'un de ses fils, nous prenons la direction du Mont Pilat par Pavezin – Pelussin ; pour arriver après une montée difficile d'environ 20 km dans le petit village de Véranne par Maclas.
Pendant une dizaine de jours, nous serons en compagnie des fils Paponnaud, sous la coupe d'un prêtre missionnaire, très autoritaire, mais excellent cuisinier. C'était un peu le régime colonie de vacances. A Véranne nous pouvons dire que nous avons été choyés. Le samedi 22 juin 1940, nous avons eu la visite de Mr Paponnaud.

Depuis les hauteurs de ce nid perché, nous avions vue sur la vallée du Rhône et sur les convois allemands qui commençaient à déferler.

Qu'étaient devenus les copains que nous avions perdus aux environs de Bourg-en-Bresse ? Bien entendu nous n'avions eu aucune information. Par la suite, nous avons su que toute la troupe après être passée à Rive-de-Gier, avait poursuivi vers le Massif Central, par St-Chamond, Saint-Etienne et Firminy où ils essuyèrent un violent bombardement et mitraillage.
Le périple continuait sur la Haute-Loire : Yssingeaux, Le Puy, Saint-Flour pour pénétrer dans le département de l'Aveyron.  Laguiole, chef-lieu de canton et bien connue pour sa coutellerie. Cette agréable petite ville de l'Aubrac sera le terme de cette longue descente en plein cœur du Centre de la France.

Après une période d'adaptation et le contact avec les habitants et la municipalité, les amis copains vont se répartir grâce à la complaisance d'un Mr Chérique dans plusieurs fermes où ils vont faire la fenaison. Ce sont des prairies riches avec un foin odorant. Les fermes sont disséminées sur le territoire de Laguiole, mais plus spécialement sur la route d'Espalion.
Les autochtones sont très contents du travail de nos Lorrains et tiennent à ce qu'ils restent le plus longtemps possible.

 
RETOUR

 Nous ne voulons pas abuser de la bienveillance de la famille Paponnaud et de l'obligeance du père missionnaire : le vendredi 28 juin 1940 le trio Pierre Maurice, André Meyer, Pierre Marchal, prend la direction du retour, avec comme à l'aller l'intention de contourner Lyon. Nous prenons le repas de midi au restaurant des réfugiés de Rive-de-Gier et le repas du soir au restaurant des réfugiés de Villefranche-sur-Saône. Nous avons sensiblement adopté le même itinéraire qu'à l'aller, par Tassin-la-Demi-Lune, Ecully et Champagne au Mont-d’or.
Le samedi 29 juin 1940, jour de la St Pierre, départ de bon matin d'une petite ferme située entre Villefranche et Mâcon. Par St-Martin-en-Bresse et Bonnet-en-Bresse nous abordons la vallée de la Loue. A Frontenard nous sommes coupés et il n'est pas question de franchir le Doubs à Navilly, si bien que par Charrette et Fretterans, nous arrivons à Neublans dans le Jura où nous allons passer la nuit chez des petits cultivateurs qui nous ont fait bécher leur maïs : travail le matin et pêche l'après-midi.


Nous y restons 3 semaines, du dimanche 30 juin au dimanche 21 juillet 1940, nous allons à l'Ouest de Neublans où nous retrouvons Pierre Géhin, Paul Parisot, André Chapleur en somme l'autre groupe. Nous passons encore 3 semaines avec eux, et nous nous ravitaillons assez facilement.
Jeudi 4 septembre 1940, nous sommes remontés : Pierre Maurice du côté de Dijon, moi avec Meyer, on a traversé La loue à Mont-sous-Vaudrey.

Henri Midon a traversé le Doubs à Chaussin grâce à un billet d'un commandant allemand qui logeait chez eux. Nous regrettons de ne pas pouvoir traverser comme lui, on est passés dans l'eau jusqu'à mi-cuisse.

Nous sommes remontés en 1 jour ½ depuis l'Est de Dole en empruntant de toutes petites routes, nous avons dormi près de Gray.


Vendredi 6 septembre 1940, départ pour Bainville-aux-Saules.

Retour à Einville après 86 jours, le soir du samedi 7 septembre 1940.

Nous avons parcouru plus de 1000 km, et traversé 9 départements.

Une semaine plus tard, le mardi 16 septembre, je passais le baccalauréat à Lunéville au lycée rue de Viller. Les allemands étaient partout.

 

 Exode des jeunes d'Einville en 1940

 

Témoignages recueillis à la maison de la Halle le 23 janvier 2006 auquel s'ajoute celui de Mr Chapleur, recueilli par Jocelyne Briel

  
Les jeunes nés en 1920, 1921, 1922 étaient inquiets et craignaient l'ennemi. Or, le 14 juin 1940, Mr Saunier a battu le tambour pour prévenir les jeunes du danger et leur recommander de s'enfuir.
 
André Chapleur, né en 1924, n'avait que 16 ans, pourtant il décida de partir, lui-aussi. Il se rappelle encore aujourd'hui que le groupe comprenait : Pierre Barrot, Pierre Marchal, dont nous publions le témoignage, Claude Prestini, André Meyer, père de Monique Chaton, Pierre Géhin, Pierre Varlet, Henri Midon de Raville, Robert Midon de Maixe, R ? Cohé, frère de Marguerite Cohé et de Mme Leroux, Paul Meder, Jean Lhomme, Georges Lhomme, Roger Poirel.
Comme ce dernier ne savait pas faire de vélo, il est parti sur celui de R Cohé. Par la suite, l'un ou l'autre le chargeait sur le cadre de son vélo.  « Mais, dit André Chapleur, à Besançon, nous avons rencontré des soldats français avec des automitrailleuses, Roger Poirel est parti avec eux, il est arrivé à Sète. »

A Poussay, nous sommes séparés en deux groupes à cause du passage à niveau.
Nous avons passé la première nuit du côté d'Epinal, peut-être à Thaon-les-Vosges et, le lendemain, avons rencontré l'autre groupe, celui de Pierre Marchal. Puis ce fut l'arrivée à Gray « les allemands étaient à une extrémité de la ville, nous à l'autre ! 

Les allemands bombardaient la ligne de chemin de fer au fur et à mesure que les gens descendaient. Nous avons continué vers Besançon, puis Lyon où nous avons couché. Après cette ville, nous mangions des pêches. Direction Saint Etienne, puis Firminy où ça devenait dangereux : les Italiens nous mitraillaient ! Si bien qu'à un moment, Pierre Géhin et André Meyer se sont cachés dans des tuyaux pour éviter les projectiles.

Je ne sais pourquoi, ajoute André Chapleur, je me suis retrouvé seul chez un marchand de vin, les autres étaient partis, mais je les ai rattrapés au bout de 50 km environ.
Sur la route, il y avait énormément de gens et de voitures en panne. Les propriétaires de ces véhicules laissaient tout en plan : voiture, valises etc...Nous, nous prenions le chocolat abandonné là. Quelle aubaine !

Une fois, à Laguiole, le vélo de Georges Lhommé était crevé et nous sommes restés là durant 15 jours en dormant dans des tas de foin. Le jour, nous fauchions les prés, participant à la fenaison, tout au moins les plus anciens, ceux qui savaient. Certains sont descendus jusqu'à Rodez.
Puis nous sommes remontés dans la banlieue de Châlons-sur-Saône, pour un mois. Nous recevions 10 francs par jour. C'est là que Mr Maurice, le père, nous a apporté des laisser-passer pour que nous puissions rentrer dans la zone occupée : Pierre Géhin, André Meyer et moi. Les autres sont passés dans la Loue avec un passeur.

Puis nous sommes remontés, à un moment donné nous avons retrouvé le groupe Marchal ! Nous sommes arrivés à Einville mais à quelle date ? »

 
Note : grâce au journal de Madeleine Marchal nous connaissons quelques dates du retour des jeunes partis lors de l'exode :

Le 22 août 1940, retour de M. Aubertin et de Camille Michel. Retour de MM. Chapleur, Meyer, Géhin : c'était le 23 août 1940, quant aux autres, difficile de savoir, des groupes s'étaient constitués, puis séparés. En fait, seul Pierre Marchal avait pensé à prendre des notes.

Enfin, le 13 septembre, Madeleine Marchal a noté : « retour de J. Houot, des deux Midon, Pierre et Jean. » (Il y a probablement une erreur : c'était plutôt Henri et Robert Midon, selon le récit de Pierre Marchal)

 

 Témoignage de Mme Pierrina Ponti, épouse Scussel

 
« Nous sommes partis avec notre cousin Delfino (Constant) qui m'avait appris à conduire comme on le faisait à l'époque.

« Toi tu prends le volant de la voiture, m'avait-il dit, moi je conduis le camion. 
Dans ce camion avaient pris place « des bonshommes ». Alors que dans la voiture il y avait : les enfants Delfino, Mme Gérard et sa bonne. Moi, je n'étais pas trop rassurée, je me vois encore avec mes chaussures à hauts talons et mon chapeau. Les français venaient vers Einville et nous, nous en partions. A peine arrivés à Lunéville, voilà que la voiture cale, j'essaye, en vain, de tourner la manivelle et je me mets à pleurer. Heureusement, le camion arrive, je fais signe au cousin Delfino de s'arrêter et lui dis « c'est fini, je ne continue pas ! Je rentre à Einville. »
Deux petits jeunes ne demandaient qu'à s'enfuir, eux-aussi, l'un prend le volant de la voiture, l'autre grimpe dans le camion. Nous prenons la route de Besançon, effrayés par les bombardements italiens « on est cousins et ils veulent nous tuer ! » nous écrions-nous puisque nous sommes d'origine italienne. Arrivés près de la frontière (italienne ?), nous avons vu un homme grièvement blessé.


Nous avons passé une dizaine de jours dans une ferme puis le voyage a continué.
Une fois, un des voyageurs a dormi dans un poulailler et il était couvert de poux de poules.
Nous sommes arrivés dans le centre, du côté de Montceau-les-Mines.

Je ne sais plus à quelle date nous sommes rentrés à Einville.

 


 Arrestation de Paul CARABIN le 16 avril 1941

 

Un document, issu des archives de la commune, nous a appris cette arrestation, le 16 avril 1941. C'est sa fille, Jeanne, dite Jeannette, qui nous a raconté dans quelles circonstances cela s'était produit. «Mon père a été arrêté comme franc-tireur, il a été dénoncé par Monsieur B..., un voisin qui habitait au café du commerce. Nous avons su cela par Mr Hermann, le responsable de la Kommandantur. Les personnes qui l'ont arrêté roulaient dans une traction aux roues jaunes. Après son arrestation, mon père a été emmené à Lunéville où il est resté 8 jours; là il a été frappé, son visage était tuméfié. Puis il a été transféré à Charles 1lI, jugé trois semaines après dans une villa située à l'angle de la rue du général Leclerc (à l'époque rue du Montet) et de la rue de la Garenne. Toute notre famille a été interrogée également.


Le verdict fut terrible: condamnation à mort ! Tout le salon de coiffure a été fouillé de fond en comble, ainsi que le studio photo et la cave car les allemands recherchaient des armes. Ils ont même sondé le puits. Durant ces recherches, toute la famille était enfermée dans le salon de coiffure. Ils ont retourné toutes les armoires. En vain, heureusement! Il faut dire qu'à certains moments, mon père avait une photo de Pétain dans son salon ... avec de Gaulle derrière ! Ce dont je me souviens, c'est qu'ils sont venus fouiller tout, chez nous, pendant 27 jours consécutifs! Ils allèrent même fouiller chez nos locataires. Ils avaient avec eux un interprète et une sentinelle, Nicolas, qui surveillait particulièrement les filles, donc nous. Ma sœur Paulette qui correspondait avec un prisonnier, qui deviendrait plus tard son mari, avait caché les lettres qu'il lui envoyait sur elle, dans son soutien-gorge! Le pire c'est que lorsque les Allemands ont perquisitionné chez nous, nous possédions un fusil de chasse appartenant à notre oncle de Strasbourg, nous avons téléphoné à notre oncle Piot de Lunéville, il a cassé le fusil, l'a mis dans les WC à la turque situés dans le jardin. Mais moi, trop bavarde, j'ai parlé, cela a été colporté au marché de Lunéville. Donc mon oncle est revenu, a cassé à nouveau le fusil en plus petits morceaux qu'il a jetés au canal. Pendant ce temps, les Allemands fouillaient partout ...Avaient été arrêtés en même temps que notre père M. Chrismann dit « Cailloche », notre employé, soupçonné à cause de la photo compromettante (elle portait le nom: de Gaulle), cela lui a valu trois mois de prison. Mon père, depuis Charles III à Nancy, a été transféré à la prison de Châlons sur Marne. Là, il coupait les cheveux aux condamnés à mort, essayant d'établir un lien entre un père et son fils, par exemple, en discutant discrètement avec l'un et l'autre. Il était surveillé par des Alsaciens qui étaient très durs. Pour s'occuper, il fabriquait des filets de pêche et des sacs, on lui fournissait la ficelle. Notre père est resté six mois dans cette prison, six mois durant lesquels la famille a survécu grâce à Paulette et Jeannette. Nous faisions, ma sœur et moi, de nombreuses photos d'identité. C'est par erreur, semble-t-il, que notre père, Paul, n'a pas été exécuté, il est revenu de Chalons avec force rhumatismes. Il était relâché sous conditions et devait se présenter tous les mois à la Kommandantur ... avec une somme d'argent, M. Hermann n'avait aucune animosité envers mon père. A son retour, notre père, malgré la surveillance, faisait passer des prisonniers évadés, avec l'aide de M. Munier de Bauzemont. Il fabriquait également de fausses cartes d'identité. Quant à celui qui a « vendu» mon père, M. B... il aurait été fusillé par des résistants et transporté dans une brouette par des sentinelles allemandes. Toutefois, cet homme figure comme victime de cette guerre ... Il suffit de consulter les registres d'état civil. Il figure même sur le monument aux morts ! Bizarre ... La famille de ce Monsieur peu recommandable disparut mystérieusement d'Einville.


Le 19 septembre 1944, après avoir commis leurs exactions à la saline Saint Laurent, un des allemands est entré au salon avec son lance-flammes, il a dit à mon père «je veux me faire coiffer.» Mon père a refusé. Alors l'allemand a exigé que ma sœur Suzette le fasse. Ils sont venus la chercher le lendemain et l'ont emmenée à Raville, chez Gazin, là elle coupait les cheveux des ennemis pendant que les habitants étaient réfugiés dans les caves. A un moment donné, elle a su que les habitants de Raville n'avaient plus de pain. Courageusement, elle a tiré une charrette dans laquelle elle avait mis du pain, est arrivée sur le pont de Raville. Là, elle a donné son mot de passe mais les allemands l'ont arrêtée, ont pris le pain, balancé la charrette dans la rivière et ils ont conduit Suzette au pont de Pessincourt où venaient d'être fusillés les Munier. Bien entendu, elle tremblait de tous ses membres, s'attendant à subir le même sort. Pour l'impressionner, ils tiraient les pigeons qui volaient au­-dessus d'eux.  Heureusement, il s'agissait d'une mise en scène, et d'une mise en garde. Ma sœur fut reconduite à Raville où elle continua à couper les cheveux des ennemis. Elle se souvient qu'ils s'étaient emparés des beaux draps brodés de Madame Gazin. Il faut savoir que l'allemand ou les allemands responsable(s) de la tuerie du pont de Pessincourt, dont furent victimes les fils Munier ainsi que leur père, ont été reconnus à Nancy, arrêtés et fusillés. Ma sœur Suzette a servi de témoin peu après les faits, grâce à sa déposition, les criminels qui ont abattu les Munier ont été châtiés.»


Des lettres très émouvantes sont écrites à Paul, Monique Chaton en a fait une synthèse. Jeannette D'Amato (Carabin) a conservé précieusement toutes les lettres envoyées à son père emprisonné, ainsi que ses réponses. Il nous aurait été impossible de faire figurer tout dans cette revue. Nous n'avons relevé que quelques extraits. Le 21 juin 1941, un ami de Paul Carabin lui écrit « la guerre s'étend encore, l'Allemagne, la Roumanie et la Finlande ont déclaré la guerre à la Russie. »Une lettre du beau-frère de Paul Carabin, qui s'appelait Alex, datée du 18 juillet 1941, fait allusion au fait que les allemands avancent en Russie. Il ajoute que des volontaires espagnols (probablement des Franquistes) sont passés par Lunéville pour aller combattre les Russes. Concernant la vie quotidienne, il écrit « les prisonniers reviennent petit à petit. Plus de ravitaillement, plus de tabac ni de «pinard ». Un peu plus loin, il écrit « les gens des villes ne sont pas à la noce, manque de vivres, plus de légumes sur les marchés à Nancy, 100 g de viande et Il de vin par semaine. » A la lecture de ces lettres nous apprenons encore que Paul Carabin a 55 ans lorsqu'il est incarcéré à Châlons, à partir du 31 mai 1941.Un de ses amis, Jean Lhommée, que nous évoquons également dans le récit de l'exode, lui parle souvent du responsable de son arrestation« ce cochon de B... , toujours aussi froussard, qui n'ose plus sortir de chez lui, bien que les autorités allemandes aient interdit de molester le Sieur B... » Mais il y avait eu un démenti le lendemain: ce n'étaient pas les Allemands qui avaient formulé cette interdiction, mais bel et bien les autorités ... françaises ! Du reste, Mr Hermann, dont nous avons déjà parlé, aurait affirmé qu'il ne voulait pas« protéger un saligaud ! »D'autres lettres ne sont autre que le récit de la vie de tous les jours, tout le monde écrit à Paul pour lui remonter le moral. Bien des lettres sont très émouvantes, ce sont celles que peut adresser une famille aimante à un être cher. Durant l'absence du chef de famille, tout le monde se serre les coudes pour que le commerce continue, mais il y avait aussi la maison, le jardin. Tout cela était très douloureux mais ne dura pas trop longtemps, en revanche, il faut savoir que certains hommes restèrent prisonniers durant toute la guerre, quel drame pour la famille ! 

 

D'autres arrestations en 1941. Nous avons trouvé ces notes dans les archives communales (AC 4h44): Il est notifié que « Paul Carabin a été arrêté pour propagande gaulliste et détention d'armes ».Robert Thomas, arrêté le 16 août 1941, 9 mois de prison, a fait 4 mois. Le motif « chansons anti-allemandes » Sont mentionnés en même temps que lui : René Dinvaux, Maurice Auriemma, Jean Poinsignon. Adam Léontchick, chauffeur d'automobile russe, réfugié à Einville, arrêté le 23 juin 1941, transféré à Compiègne jusqu'au 14 octobre 1941, puis, c'est indiqué « camp de concentration » Cet homme est rentré après la guerre, il a mené une vie normale. Nous trouvons « Madame Prestini, née Butez Colombe, coiffeuse, arrêtée le 23 janvier 1941, 4 jours d'emprisonnement à Lunéville pour « refus de faire la barbe à un officier allemand » Notons que cette personne de caractère est décédée dernièrement. Enfin, Monsieur Maurice Bourgeois, né le 6 août 1925 à Einville, «  a été enfermé par les allemands vers le 15 septembre 1941 pour la durée d'un mois dont 8 jours de cellule. Le 15 août 1941, étant réuni avec quelques camarades chez Madame Chausserie, il a essayé d'accompagner à l'harmonica ses camarades qui chantaient l'Internationale. Interrogé à la Feldgendarmerie de Lunéville, il fut dirigé sur Nancy, à la prison Charles III. » Notons qu'après 1941, tout le monde est prudent, une chape de plomb s'abat sur le pays. 

Einville-au-Jard

Photo CARABIN

 

Vivre pendant la guerre

 

Einville-au-Jard

Einville-au-Jard

Souvenirs de Jean Thouvenin, Amélia Chrétien, Maurice Humbert, Pierre Varlet, Jean-Marie Verdenal, Bernard Iung, Micheline Georgel, Louis Barberis (réunion du 21 janvier 2006)

 
La vie économique était strictement réglementée par l'occupant :

Il fallait déclarer, puis fournir, tout ce qui était nécessaire aux armées d'occupation et aux habitants, nous avons trouvé de nombreux documents à ce sujet. C'est ainsi qu'en 1942-43 sont déclarés : les pommes de terre, les légumes secs tels que haricots, féveroles, pois, lentilles. Sont déclarés également : les oléagineux d'hiver, de printemps, l'orge, le foin, l'avoine, les céréales...Il en est de même de l'élevage. Quant aux porcs élevés par tous pour une consommation familiale, ils sont déclarés également, ainsi que l'atteste ce document.
 
La pénurie :

A Noël, et lors des communions, baptêmes...on n'avait pas grand-chose pour faire la fête.
Les autobus, quand il y en avait, fonctionnaient au gazogène, ils étaient bondés.
Mme Chrétien n'hésitait pas à venir depuis Nancy à Einville à vélo ! L'octroi était situé à la sortie de Nancy, à Tomblaine, à Jarville, à Essey....Il fallait obtenir un laisser-passer de la ville de Nancy pour pouvoir s'y déplacer.

Concernant les restrictions, les Einvillois ont fait remarquer «  à la campagne on ne manquait de rien, tout au moins au début de la guerre, par la suite c'était bien difficile de se procurer de la viande.
On faisait du beurre soi-même, on récupérait la crème du lait.

Des tickets étaient délivrés en mairie :

-les J 1 pour les enfants

-les J 2 : adolescents de 12 à 18 ans

-les J 3 : adultes

Cela concernait le sucre, le lait, le pain, le café, le tabac, la viande. Les travailleurs de force et les femmes enceintes avaient droit à un supplément. Quelques exemples concernant le sucre : c'était 250 grammes par mois et par personne, 500 grammes pour les enfants.


Lorsqu'on coupait une couronne ou une miche de pain, on prévoyait tant de morceaux par personne, afin d'éviter les litiges.....

Les cultivateurs qui apportaient leur blé au moulin Schweitzer, pour 100 kg de blé apporté avaient droit à 50 kg de farine, c'était avantageux. Avec cette farine il était possible de fabriquer du pain, des gâteaux...

On trouvait de la viande parfois le vendredi après-midi ou le samedi. Les bêtes étaient tuées à Lunéville où se faisait la répartition de la viande.

Quant à l'épicerie, elle était ravitaillée, plus ou moins bien, une fois par semaine.. Lorsque Mr Michel allait s'approvisionner à Nancy, très vite, son épicerie était prise d'assaut, il n'y en avait pas pour longtemps !

De plus, on ne buvait plus de café mais un ersatz plutôt infect, ou alors de la chicorée.
Quant au sucre, il était remplacé par de la saccharine.

Rue Saint Jean à Nancy, chez Félix Potain, les gens faisaient la queue pour s'approvisionner, parfois les Allemands leur jetaient des boîtes de sardines et ceux qui les ramassaient disaient merci aux donateurs. Si bien qu'en Allemagne certains disaient «  les Français sont bien polis ! »
Si les gens de la campagne ne mouraient pas de faim, c'est parce qu'ils élevaient des cochons, des lapins, des volailles pour leur consommation personnelle, ils n'avaient pas le droit d'en tirer profit mais certains échanges étaient faits. Mr Jean Thouvenin a échangé du lard contre des pneus de vélos. Parfois certaines personnes se livraient au marché noir.


Il faut tout de même rappeler que l'élevage du moindre animal était soumis à déclaration. Parfois, on envoyait des colis aux prisonniers.


Des vols avaient lieu : vols d'œufs dès que la poule avait chanté, vols de cochons pour l'armée allemande. Jeannette D'Amato (Carabin) se rappelle avoir eu aux pieds des espèces de chaussures aux semelles de bois et des galoches montantes.

« A l'école, on apportait de gros galets que l'on mettait chauffer sur le poêle, chacun écrivait son nom dessus ; chacun apportait également sa bûche, c'était à tour de rôle. On n'avait pas réellement faim, l'été on allait glaner après la moisson pour récupérer quelques épis.»
 
S'éclairer pendant la guerre :

Les coupures d'électricité étaient fréquentes, notamment à la libération, lors des combats. Si bien que dans chaque foyer les bougies, lampes à pétrole et même lampes à carbure des mineurs étaient utilisées.

Dès la venue du couvre-feu, portes et fenêtres étaient fermées. On dissimulait même les fenêtres sous une couverture. Si un rayon de lumière était apparent, les allemands frappaient aux fenêtres.
 
Contrainte imposées par l'occupant :

Par crainte des « terroristes », c'est ainsi que les allemands et les pétainistes désignaient les résistants, des jeunes de plus de 16 ans, non armés, assuraient des tours de garde. C'était le cas à l'écluse, au port (atelier du canal), à l'aqueduc de Pessincourt, à l'EDF... Ils étaient à deux durant toute une nuit. Mr Louis Barberis se rappelle avoir assuré le remplacement de Mr Chardard, le notaire, en échange ce dernier lui avait donné un casse-croûte.

Dans le même ordre d'idées, chacun sait qu'à partir de 1943, les allemands ont institué le STO ou service du travail obligatoire afin d'obliger de jeunes Français à venir travailler en Allemagne. Mr Varlet, au lieu de partir en Allemagne, a eu le droit de rester en France mais il devait conduire le tracteur le long du canal, il portait un brassard, ce qui lui évitait d'être inquiété par les occupants.

Notons que dès que ce STO fut institué, de nombreux jeunes préférèrent s'engager dans la résistance et disparaître « dans la nature », cela leur semblait plus courageux que d'aller travailler en Allemagne pour l'occupant ! Malheureusement, nous n'avons pas trouvé de documents concernant la résistance à Einville. Nous savons seulement que l'un des responsables était Mr Mangenet.

 
Le retour des prisonniers français :

Certains, comme Mr Chrétien sont partis dès la défaite française, en août 1940, il s'est rendu à Sélestat, puis en Allemagne, à pied, évidemment. Il y est resté 3 ans. Quant à Mr Verdenal, alors père de 4 enfants, il y est resté 10 mois, il travaillait dans une ferme.

Mr Armand Barbier n'est rentré qu'en 1945, après 5 ans de captivité. Quant à Mrs Bricot, Amen, Receveur, ils sont rentrés à Einville avec leurs épouses polonaises, connues lors de leur captivité dans un camp de prisonniers en Allemagne.

 
L'école durant la guerre :

 Elle fut parfois interrompue lors des bombardements. Rappelons que l'école de filles était située rue de l'Union, maison Barbier actuelle, l'école de garçons était à la mairie actuelle, au rez-de-chaussée. Comme l'éducation nationale manquait de personnel, parfois les garçons et les filles n'allaient en classe qu'une demi-journée chacun.

N'oublions pas qu'il fallait chanter, en l'honneur du maréchal Pétain « maréchal, nous voilà... »
La plupart des enseignants n'adhéraient pas à cela mais ils étaient obligés de s'y soumettre.
Un petit détail : en été, les élèves sous la conduite de leurs maîtres, allaient ramasser les doryphores dans les chenevières où on cultivait les pommes de terre ! Est-ce pour cela que les ennemis étaient surnommés par certains « doryphores ? »

Les hivers de guerre :

Est-ce un hasard malheureux ? Les hivers de guerre furent particulièrement rigoureux. Certains se souviennent du Nouvel An 1941 et de ses 1,50 m de neige ! Tout le monde la déblayait sous les ordres d'un feldwebel. Voici ce que Pierre Marchal a noté dans son carnet :

 
 "Janvier"
Journée très froide -26 °, neige, verglas. Difficultés pour le car de circuler.

30 janvier 1941 - Verglas épouvantable qui empêche papa de circuler. Il a à cette époque, beaucoup de travail.

Le moral baisse fort, surtout parmi les paysans à qui l'on réquisitionne avoine, paille, blé, foin, injustices flagrantes. (L’individu Daverio). Les ouvriers qui étaient sur le front sont rappelés pour travailler dans les usines. »

En même temps, la sœur de Pierre Marchal, Madeleine, écrit ceci :

1er janvier 1941 - Nouvel an temps très froid, neige abondante.

5 janvier 1941 - Amoncellement de neige. 1ére sortie en traîneau, sensation.

12 janvier 1941 - Neige de plus en plus abondante. Nous sommes bloqués dans la neige en allant à Bures. Papa part à cheval.

14 janvier 1941 - Accident d'auto près de Bauzemont. Nous sommes rentrés dans la neige.
Est-ce cet hiver-là ou un autre ? Le canal fut gelé durant 2 mois, ce qui faisait gagner du temps aux saliniers pour se rendre au travail !

Le pire c'est que beaucoup de personnes fragiles, manquant de vitamines, souffraient terriblement de leurs engelures.

 

L'histoire du bateau de sucre

Récits de Bernard Iung et de Marie Michel

  
Le marinier allemand pilotant le bateau Rhénus 15 s'était amarré face à la gare d'Einville, il se préparait à « remonter » sur l'Allemagne avec une précieuse cargaison de sucre mis dans des sacs de 100 kilos, il contenait environ 250 tonnes.

Les habitants d'Einville riverains du canal ayant eu vent de ce chargement, demandèrent au marinier de troquer du sucre contre victuailles : lapins, poulets, lard et autres. Ce marinier répondit qu'il n'en était pas question et « que les Français n'auraient pas un kilo de sucre », ces paroles étaient traduites par mon père, Jean Iung, qui connaissait l'allemand et voulait, lui-aussi, faire du troc...

Le lendemain, le bateau partit vers 1'Allemagne via Bauzemont. Arrivé en aval du village, au pied de l'écluse, il dut attendre d'être « éclusé ». En effet, ce n'était plus possible de continuer, étant donné que les FFI (Valot-Chrétien) avaient fait sauter l'écluse d'Hénaménil. En raison de ces faits, des mesures avaient été prises pour éviter les débordements et le tronçon Bauzemont-Einville avait eu une baisse de niveau, si bien que le bateau touchait le fond.
Les allemands, voyant que le bateau ne pourrait remonter, décidèrent de le faire sauter : une équipe de soldats arriva ce dimanche avec des charges de dynamite. Les soldats, aidés des mariniers, firent sauter le bateau ainsi que les autres situés dans ce même bief. Y compris le bateau Ave, amarré en face de la gare d'Einville, et qui servit un peu plus tard aux habitants de la saline Saint Laurent pour venir à Einville, les ponts étant sautés. Mais revenons à notre Rhénus 15 : le bief n'étant pas à sec, l'eau pénétra dans le bateau par un trou et commença à faire fondre le sucre.

Peu après, ce fut la « ruée vers l'or blanc » : les gens de Bauzemont arrivèrent les premiers avec tombereaux, chariots tirés par des chevaux, puis arrivèrent les gars d'Einville et des environs. Les sacs du dessus étant hors de l'eau, ils étaient intacts et le sucre bien sec. Voici mes souvenirs personnels concernant l'histoire de ce bateau. Madame Iung, maman, vient d'apprendre ce qui se passe à Bauzemont et me dit « Bernard, prends notre charrette, des taies d'oreillers et une pelle à feu pour prendre du sucre. » N'étant au courant de rien, je m'exécute cependant, accompagné de mon voisin, André Aubertin, de ma sœur Marie-Louise et de nos petits voisins de la poste. Rapidement, nous parcourons les kilomètres qui nous séparent de Bauzemont. Arrivés à l'écluse, quelle effervescence nous découvrons ! Des gens arrivaient de partout, c'était une vraie fourmilière, ça courait dans tous les sens !


De l'organisation

Après avoir jaugé la situation, mon ami André et moi avons décidé de nous mettre en maillot de bain et nous avons commencé à sortir des sacs. Il fallait aller les chercher dans l'eau qui les recouvrait, certains pesaient environ 60 kilos, nous les sortions et les mettions sur le chemin de halage mais, chaque fois que nous venions en rapporter, ils nous étaient volés ! Donc nous avons décidé de nous mettre en équipe en prenant avec nous Désiré Freidinger, Charles Castelli et deux autres personnes. Aussitôt, exécution : les deux jeunes, André et moi étions dans le bateau, nous sortions les sacs, les autres les tiraient sur le plat bord recouvert de mélasse de sucre fondu. Il fallait faire très attention pour ne pas glisser en tirant le sac sur le madrier reliant le bateau au halage. Un sac de sucre tombait dans le canal ? Qu'à cela ne tienne, ce n'était jamais que du sucre pour les poissons ! Nous avions, évidemment, un gardien pour notre stock qui commençait à grossir.

Par deux fois nous avons dû, André et moi, intervenir pour retirer du canal Pierre Frost (qui sera assassiné quelques jours plus tard à la saline), puis Michel Burtin. Lorsque nous étions trop imprégnés de sucre qui nous collait aux paupières, nous plongions dans le canal afin de nous rincer et nous remettions çà. En fin de compte, nous avions sorti une quarantaine de sacs, ce qui, après partage, nous laissait environ 6 sacs pesant en moyenne 50 kilos, donc environ 300 kilos de sucre! Ma charrette pouvait bien supporter ce poids, elle était très solide, faite par mon père, artisan forgeron-maréchal. Quant à André Aubertin, jeune homme très costaud: 1, 87 m pour 80 kilos, il pouvait ramener sa charrette tout seul.


Recru de fatigue ... et étourdi! Ma charrette à grandes roues roulait à merveille, mais heureusement, j'avais pour pousser ou tirer mes voisins et ma sœur Marie-Louise, l'union faisant la force, nous sommes rentrés en longeant le canal sur le chemin de halage, nous étions complètement anéantis. A peine arrivé, je me suis écroulé sur mon lit. Mais, pendant notre retour, André qui suivait avait eu un pépin: sa modeste charrette venait de rendre l'âme près du pont de Pessincourt. Il m'avait dit qu'il ne quittait pas son précieux chargement et que je prévienne mon père afin qu'il vienne le chercher avec une autre charrette. Mais moi, très fatigué au retour, j'avais « mangé» la commission! C'est pourquoi sa maman est venue dans la soirée prendre des nouvelles « André n'est pas rentré, dit-elle! » Maman m'a réveillé et je lui ai dit qu'il fallait aller chercher André au pont de Pessincourt. Son papa, aidé de Monsieur Demangel, charretier à la saline, ont pris un tombereau et un cheval et sont allés quérir André ... qui, pour rien au monde, n'aurait quitté son précieux chargement! Lorsqu'ils sont arrivés à Einville, il faisait nuit.

Le lendemain, il a fallu sécher ce sucre, 300 kilos ce n'était pas rien! Il a été étendu sur le plancher de nos chambres disponibles, sur des draps de lit, et il nous a fallu fermer les fenêtres afin de ne pas être envahis par les guêpes. Il est vrai qu'avec un pareil stock nous étions plutôt généreux « tenez, en voici 10 kilos .... Merci », « en voici 5 kilos ... merci)} et, bien sûr, nous n'avons pas oublié nos petits voisins qui étaient venus nous aider: 50 kilos pour eux. Que faire de tout ce sucre? Une personne eut une idée: si on faisait des caramels? Pourquoi pas ? Je me suis lancé dans la fabrication de ces bonbons, au début, ce n'était pas merveilleux mais qu'importe! Nous ne manquions pas de matière première. A force de patience le résultat s'améliora et je me mis à en faire pour tout le quartier. Alors que nous attendions la libération d'Einville, tout en craignant les événements à venir, cette occupation nous procurait quelque divertissement. Un jeune homme d'Einville, Marcel Post venait de trouver un petit chariot et son cheval abandonnés par les allemands près du port d'Einville, tout fier de sa trouvaille, il arriva devant la gare et je découvris sur ce chariot ... un sac rempli d'amandes, quelle aubaine !Nous allions passer à une meilleure confiserie: la croquante. Tout aussitôt, réquisition de tous pour casser et hacher ces amandes. Nous n'étions peut-être pas des maîtres confiseurs mais quel régal après quatre années de restrictions ! Ce furent de bons moments avant la libération, nous ignorions que des événements tragiques allaient avoir lieu.


Bernard Iung janvier 2005  


 Ce fut une indescriptible joie à Einville quand on apprit qu'un bateau de sucre chargé de 250 tonnes était en train de couler. Il fallait voir avec quelle hâte les habitants se précipitèrent vers l'écluse de Bauzemont, en général à pied, avec des petites remorques dont beaucoup trop chargées s'écrasèrent sur la route au retour. C'était du délire, après des années de rationnement du sucre ... Tout le parcours, dont les rues d'Einville, était recouvert d'un sirop épais, lui-­même tapissé de millions d'abeilles venues d'on ne sait où ? Les jours suivants, une odeur de caramel flottait dans la localité, on se donnait des recettes; je pense que ces journées furent un rayon de joie et d'espoir dans la tristesse de la guerre, car c'était un des signes de la fin imminente de la guerre. Hélas les rationnements durèrent encore de longues années, le pain fut rationné de 1940 à 1950, quant au sucre, peu de temps avant.

 Marie Michel

 

Récit de Bernard Iung


C'était le... septembre 1944. Bernard Iung, alors âgé de 17 ans, étant sur le pas de la porte de ma maison, je me trouve soudain interpellé depuis la petite gare d'Einville, par un soldat parachutiste allemand; mitraillette au poing, revolver à la ceinture, poignard, vêtements camouflés, casque couvert de feuilles.

Il me hurle «kommt, kommt », ne comprenant pas ce qu'il veut, j'appelle mon père qui se trouvait dans son atelier de forgeron.


Le parachutiste se fâche, m'intimant l'ordre de venir, tout en répétant «kommt, kommt ».La peur au ventre, je traverse la route et arrive à sa hauteur, il me met la mitraillette dans le dos et me pousse devant lui, je monte le talus du canal, le traversant grâce au bateau Ave que les allemands avaient fait sauter.


Alors, j'ai cru ma dernière heure arrivée, me voyant déjà fusillé et laissé au fossé, sur le bord du canal. Arrivé sur l'autre bord du canal, au pied d'un gros arbre, il me fait signe de prendre sur mon épaule... .Devinez quoi? Une grande bande de lard et deux bocaux de mirabelles.
J'ai seulement compris à ce moment-là qu'ils craignaient le retour des américains qui, la veille? Certainement le 13 septembre 1944 étaient descendus par le parc de la Corvée, dit parc «aux bourricots ».
En fait, j'avais servi de « bouclier humain », pour le cas où les américains auraient été encore là. Cela dit, j'ai chargé en vitesse la bande de lard et « mes» deux bocaux, j'ai retraversé le canal le plus vite possible et j'ai déposé le tout au pied du bâtiment de la gare. A ce moment-là mon père est arrivé, comme il connaissait l'allemand, il a parlé avec le parachutiste qui lui a dit « c'est votre fils ? Il a cru que j'allais le tuer. »

Je suis rentré avec mon père à la maison et je vous jure qu'on n'a pas revu le bout de mon nez dehors, je me suis planqué dans notre cave, ce fut la plus grande peur de ma vie!

 Einville-au-Jard

Récit de Bernard JUNG


 Le 13 septembre 1944, les américains étaient descendus par le parc de la corvée, sur le côté Nord du canal, avec plusieurs chars. Nous nous croyions libérés mais le canal empêchait nos libérateurs de venir à Einville puisque les ponts étaient sautés. Si bien que les FFI, dont les frères Chevalier, tirèrent depuis le dépôt d'ordures de la saline Saint Laurent (actuellement maison numéro 4 de la rue des magasins) sur des allemands dispersés le long du canal du moulin et dans les roseaux du bassin salé (actuellement dépôt CMPE).

Mais les résistants se firent repérer ainsi que les deux gendarmes de la brigade participant, eux-aussi, à cette attaque depuis le port d'Einville et le bâtiment de l'équipement.
Ces deux gendarmes, habillés de kaki, nous ne les connaissions que sous le nom de fifi et Thibaut.
Bientôt, les FFI et les gendarmes se rendirent compte de l'erreur de cette attaque insensée, ils se dispersèrent et les deux gendarmes arrivèrent chez nous comme des fous, disant à mon père Jean Iung «donnez-nous des vêtements civils, nous sommes poursuivis par les allemands! » C'est ce que nous avons fait, puis nous avons caché leurs uniformes dans un petit local, nous avons caché la porte d'entrée avec une armoire. Heureusement, il n'y a pas eu de suite pour nous mais les allemands ont tiré sur le brigadier Grandclaude qui, lui, était en uniforme, il habitait dans la maison Collard (actuellement au n° 6, Grande Rue). Au moment où il fermait sa porte, cet infortuné gendarme a été abattu: un allemand, depuis le virage, lui avait tiré dans le dos. Il s'est écroulé immédiatement, comme foudroyé, je reverrai toujours cette scène.

 

Relaté par l'abbé Michel IUNG, écrit par Bernard IUNG


  Avant le 15 septembre 1944, les Américains étaient à Maixe, comme en attente. Ils avaient reçu des obus allemands : en effet, les batteries allemandes étaient dans le bois Grison, au champ du parc (parc du château) et à Raville.

Les américains ont « répondu » aux batteries allemandes mais en tirant trop à gauche sur Einville, leurs obus sont tombés partout, notamment sur le clocher. Alors, Georges Maurice ainsi que moi, abbé Iung, avons décidé de traverser le canal sur le bateau Ave, nous avons longé la saline Saint Laurent, l'écluse, puis la saline Sainte Marie et nous nous sommes trouvés à Maixe auprès des Américains. Certains logeaient chez l'abbé Bail, nous leur avons signalé leur erreur de tir et le calme est revenu. Au retour, on nous a appelés au poste de secours situé chez le docteur Marchal, dans la cave. Lorsque nous sommes passés dans la grand rue, quelle désolation ! Des trous d'obus, toutes les lignes électriques et téléphoniques arrachées....
Le 13 septembre 1944, nouveau bombardement américain à l'entrée d'Einville, côté Valhey. Des obus sont tombés sur la façade de l'ancien café de la poste, occupé par Emile Langkust et sa famille, heureusement, ils n'étaient pas dans la maison. Furent touchées aussi les écuries du café Gérard. Nous recevions des obus pénétrants et fusants qui faisaient des dégâts en surface car ils explosaient en touchant les toitures, ce fut le cas pour notre atelier.

 

Récit de Bernard Iung


En prévision du jour J, celui de la libération, nous avons décidé, les familles Iung et Maurice, de réparer un grand drapeau et de le monter dans la lucarne du clocher. Les demoiselles Maurice : Reine et Bernadette, ainsi que ma sueur Marie-Louise Iung, commencèrent à teinter des morceaux de drap en bleu et rouge, car ce fameux drapeau, très grand d'ailleurs, datant d'avant la guerre, était plutôt en triste état. Nos trois demoiselles cousirent du mieux qu'elles purent les morceaux manquants. Le travail terminé, je fus chargé de l'emmener dans le clocher et de préparer des ferrures ­supports pour le jour J. Départ par la rue du château en compagnie de René Maurice, le drapeau était emballé dans une bâche afin de ne pas être repéré.


C'est en préparant mes fixations que, regardant par la lucarne du clocher, je vis des camions allemands transportant des habitants d'Athienville, ces camions descendaient la grande rue et allaient vers Lunéville, ceci se passait le 5 septembre 1944. Quant au drapeau, si bien recousu, il n'était plus qu'une loque lors du jour J, le 23 septembre 1944 en effet, les américains avaient bombardé le clocher, probablement les 15 et 16 septembre 1944. Je suis tout de même remonté au clocher malgré le risque encouru et ai mis le drapeau en place, il méritait bien les honneurs de la guerre ! C'était le 24 septembre 1944, Einville avait été libéré la veille.

 
D'après l'ouvrage « Quatre années de lutte clandestine » de Nicolas Hobam. Mercredi 6 septembre 1944

A la suite de l'arrestation de 7 allemands par le maquis de Ranzey, l'ennemi exerce des représailles contre le village d'Athienville et 14 otages sont emmenés à Lunéville le 5 septembre 1944. Voici ce qu'écrit l'officier allemand Hauptmann Martens au commandant Robin
« J'étais hier à Athienville et ai emmené 14 otages. Nous rendrons les 14 otages sitôt que les 7 hommes seront avec nous. Nous attendons un jour, jusqu'au 6 septembre 1944, à 14h00. Au cas contraire, nous incendierons le village et fusillerons les otages. »


Vendredi 8 septembre 1944

« A 21h00, arrivée de la liaison d'Athienville qui rend compte de la remise des prisonniers à Lunéville et du retour des otages. Les prisonniers sont arrivés à Lunéville, à 15h30, sous la conduite de Melle Macherez dans l'automobile du laitier. Les otages n'ont été libérés qu'à 19h00, après avoir été longuement interrogés et fortement malmenés.» Donc, les habitants d'Athienville que Bernard a vus ont été arrêtés le 5, libérés le 9 septembre 1944. Précisons que le village d'Athienville a beaucoup souffert : incendies, destructions ; quant au maire et sa femme M. et Mme Valentin Hesse, ils seront tués par un obus américain en septembre 1944.

 

Ce fut le sort de bien des personnes, lors de la libération, entre le moment où les Allemands étaient encore là et les Américains « pas tout à fait arrivés ». Cela a duré une dizaine de jours. Nous avons dressé une liste des caves voûtées dans lesquelles les Einvillois se réfugiaient :
Cave Lhuillier au 18 Grande Rue

Cave Renaud, 7 rue Karquel

Feltin sous la voûte, entrée du quartier du château

Heiby, 20 Grande Rue

Aubertin, 16 Grande Rue

Adam7 rue de la Halle

Thiébault, 23 Grande Rue

Périn, 14 Grande Rue

Schweitzer, route de Maixe

Reeb, 11 quartier du Château

Georgel, 4 place de la Fontaine

Maison des soeurs de la paroisse, 1 rue Karquel

Lejeune, rue du cardinal Mathieu

Mais cette liste n'est peut-être pas exhaustive !


Quelques souvenirs de ce qui se passait dans les caves :

« Chez Schweitzer, il y a eu jusqu'à 31 personnes, se souvient Arlette Barbe, mais les protestants menaient leur vie à part, chantaient, ils étaient séparés des catholiques.... De cette cave, on entendait les obus arriver. Un jour, les allemands s'y sont introduits et se sont montrés menaçants mais Madame Schweitzer parlait très bien l'allemand, cela a facilité les choses... »
Dans certaines caves on écoutait la radio dissimulée dans une armoire, d'où les allées et venues jusqu'à l'armoire...

Une particularité des caves du secteur : on y utilisait le sucre récupéré à l'écluse de Bauzemont vers le 25 août 1944. Ce jour-là en effet, les FFI avaient coulé un bateau de sucre destiné à l'Allemagne et des centaines de personnes se rendirent à sur place pour récupérer du sucre.
 

LA CAVE

- Septembre 1944- Les américains étaient à Maixe et les allemands occupaient Einville, ils étaient cantonnés au pont du Sânon. Nous avions fait notre logement dans la cave Lejeune (maison du Cardinal Mathieu), cave voûtée où on pensait être en sécurité. Elle donnait dans la cour par un escalier et une porte assez large nous étions plusieurs familles: cinq Dupéris, deux Yvinec frère et sœur de Mme Dupéris, cinq Louis, Maman, Lucie, Melle Léopoldès (assistante sociale), quatre Wieser, venus habiter Einville se croyant plus en sûreté qu'à Lunéville et nous trois (Camille, Marie et Denis, bientôt 1 an). La cave était grande, en deux parties, nous avions mis des matelas et de la paille sur les bois qui supportaient autrefois les tonneaux.

On s'accommodait de tout, heureux d'être ensemble, un réchaud dans la cour nous permettait de faire à manger, une pompe était également dans la cour ainsi que les wc à côté de l'entrée de la cave. On pouvait donc vivre ainsi, parfois même dans la bonne humeur, mais aussi dans l'angoisse quand nous étions sous les bombardements. Les obus sifflaient au-­dessus de nos têtes, on se demandait si certains ne tomberaient pas sur nous, dans notre cour. Les hommes faisaient la popote, les femmes s'occupaient des enfants, de la lessive, on faisait même de la lessive pour les «Verdenal ». On aurait aimé être avec eux, mais Camille a fait tout son possible pour faire du pain et ce n'était pas toujours facile, et il fallait de la farine .... Christophe Verdenal est allé en chercher au moulin, c'était très courageux on a été tous contents de le voir revenir. On faisait la navette entre la boulangerie et la cave, c'était dangereux surtout quand il fallait traverser la rue Karquel, une fois nous sommes restés en plein bombardement Camille et moi avec Denis (11 mois) dans les bras dans le petit renfoncement de la maison Prudhomme, assis sur les escaliers. J'en tremble encore quand j'y pense. 

Une autre fois on a ri après la mémère qui habituellement avait du mal de marcher, que nous avons vu courir en traversant la rue. Ce n'était pas prudent, le clocher était démoli, la maison de Mme Mathieu avait un énorme trou, notre maison de la rue du Puits-Gros-Yeux n'était plus qu'un tas de pierre par derrière, la cheminée d'autrefois n'existait plus, dommage, et un cochon était mort sous les décombres. 

Dans le village, Mme L'Hommé était tuée dans sa cave et Mr Rodhain et Mlle Dern avaient tous deux la jambe coupée etc ... Mlle Léopoldès et Mr Wieser sont allés chez le docteur Marchal pour essayer de les transporter à Maixe chez les Américains, ils fabriquèrent sur un grand drap, une croix rouge et ils partirent avec les blessés sur des civières du docteur, il y avait avec eux Mr Ary. Quelle joie quand ils revinrent, ils avaient vu Aimé (mon frère) qui était lui aussi heureux d'avoir de nos nouvelles. Ce retour fut vraiment le meilleur moment, on ne savait pas ce que les « Maixe» étaient devenus et eux pareillement, maman était bien contente. Mr Wieser qui souvent nous remontait le moral, était revenu de Maixe « américanisé », mais aussi il nous conta le voyage avec les blessés, çà ce n'était pas amusant, que de difficultés! 


Marie MICHEL 

 

Départ des  juifs

Ils sont partis en bus, le 2 mars 1944, selon l'ouvrage de Françoise Job «  le camp d'internement d'Ecrouves ». Les témoins de cette époque se souviennent des familles : See, Samuel, Mayer. Tous sont unanimes pour dire que c'étaient de braves gens et qu'ils n'étaient victimes d'aucun ostracisme de la part de la population, au contraire. Ils avaient été avertis de leur arrestation imminente par plusieurs personnes. Un agriculteur, qui employait l'un d'eux comme berger, lui avait proposé de se réfugier, lui et sa famille, dans une ferme isolée...en vain ! Plus tard, l'épouse de Mr M... leur envoyait des colis à Ecrouves où ils furent d'abord transférés. Paul Carabin avait proposé de leur faire de fausses cartes d'identité. Mr S Schweitzer, qui avait pris fait et cause pour eux depuis longtemps, les avait mis en garde. Enfin, un policier de Lunéville, Mr V....leur avait dit de fuir dès qu'il avait su que leur arrestation aurait lieu le lendemain. Mais où seraient-ils allés ? Connaissait-on l'existence des camps de concentration ?
Après le départ de Mr Samuel, son troupeau de moutons fut vendu.

Mme Bricot se souvient qu'Yvonne Samuel a fait un petit signe de la main aux personnes présentes lors de son départ. Cette famille Samuel était une famille nombreuse mais seules trois personnes habitaient à Einville et furent déportées.

Les malheureux n'emportaient avec eux qu'un maigre baluchon. Tous ceux qui ont assisté à leur départ pensent qu'ils étaient persuadés qu'ils reviendraient.

Selon Françoise Job, « Marguerite Samuel s'est enfuie par une fenêtre de la façade arrière de sa maison. » A Einville, personne ne s'en souvient. Il est vraisemblable qu'elle s'est enfuie de sa maison de Lunéville. Jeannette D'Amato (Carabin) se souvient qu'elle est arrivée, tout affolée, au salon de coiffure de son père en passant par l'arrière de la maison. Paul Carabin lui a fait une fausse carte d'identité et elle s'en est allée. Où ? En tout cas, elle et ses frères et sœurs ont réussi à échapper aux rafles, contrairement à Yvonne.

 
Un fait est certain : les Juifs ne pensaient pas un seul instant à ce qui les attendait ! Si l'existence des horribles camps de concentration était avérée, connue des alliés grâce aux photos aériennes, les populations, elles, étaient encore dans l'ignorance.

C'est encore Françoise Job qui précise « Les Juifs d'Einville, à qui on avait promis qu'ils rentreraient chez eux après une simple vérification d'identité, se sont naïvement étonnés qu'on ne les laisse pas repartir d'Ecrouves le soir même. »

Françoise Job précise également que les Juifs d'Einville y résidaient depuis toujours, ce n'étaient pas, comme dans certaines localités, par exemple Bauzemont, des personnes qui s'y étaient réfugiées.

 

Une communauté juive à Einville depuis la Révolution :

L'examen des registres d'état civil permet de relever de nombreux Juifs venus à Einville, à Parroy également, à la fin du 18e et au 19e siècle, cela coïncide notamment avec les périodes de la Révolution et de l'Empire.

Est-ce la proximité de la synagogue de Lunéville ? Ou, plus tard, l'influence de l'abbé Grégoire, défenseur de la liberté de pensée ? Quoi qu'il en soit, ils sont très nombreux à venir de Moselle et d'Alsace. Toutefois, beaucoup d'entre eux quittent Einville à la fin du 19e siècle, et, surtout, après la première guerre mondiale. Néanmoins, la communauté qui reste pratique sa religion dans une synagogue, située quartier du château. De ce lieu saint ne subsiste que le tabernacle.

Lorsque la seconde guerre éclate, il reste trois familles : Mme See Paul, Veuve, née Job Julienne, demeure 9 rue Karquel. M. See Edmond domicilié à Lunéville, rue Guibal, possède une maison, numéro 24 rue du Pont

Mme Mayer Clara, veuve Golda, habite 14 rue du Pont, elle est dite « co-propriétaire avec 3 autres parents Samuel Moïse, le berger, habite 8 place de la Fontaine avec sa femme et sa fille Yvonne
Les familles See et Samuel étant apparentées, cela représente donc 3 familles, 5 personnes seront arrêtées et déportées. Tous ces renseignements figurent dans un document daté du 15 décembre 1941 (09h45)

A partir de cette date, les Juifs, même français, sont fichés, leurs biens sont répertoriés. L'Etat Français, ou se prétendant tel, se fait l'allié des nazis qui traquent dans toute l'Europe une race qu'ils prétendent « inférieure ». Les maires sont obligés d'obtempérer et de fournir un état des Juifs et de leurs possessions. Triste époque !

 
Un court séjour à Ecrouves, puis à Auschwitz :

 C'est ce qui ressort de l'examen des registres d'état civil. Y figurent les noms suivants :
-JOB Julienne, épouse See, née à Einville le 27 janvier 1880, décédée à Auschwitz le 18 avril 1944, transcription du 25 novembre 1946

Toutefois, un autre document (09h45) précise que Job Julienne est née à Imling le 28/01/1880, qu'elle a été internée à Drancy du 1/04/1944 au 13 avril 1944, date de sa déportation. Cet acte date du 14 mai 1945, donc juste après la libération des camps, il est probable que la transcription de 1946 est exacte, des vérifications ont été faites.

-Ledermann Lucie, épouse Samuel Moïse, décédée à Auschwitz le 18 avril 1944, transcription du 19 mai 1947


-Samuel Moïse, né le 23/3/1878 à Einville, décédé le 18 avril 1944 à Auschwitz
-Samuel Yvonne, fille du couple, née le 12/9/1912 à Einville, décédée le 13/4/1944 à Auschwitz, jugement de transcription le 16 décembre 1947. La notation « morte en déportation » est du 23/8/1999 !

-Mayer Clara, épouse Golda, décédée le 18 avril 1944 à Auschwitz, transcription du 4 novembre 1947.

Quant à Mayer Régine (qu'a évoquée Marie Michel), sœur de Clara, elle ne figure pas dans cette liste puisqu'elle n'habitait pas à Einville.

On peut supposer que ces personnes, à l'exception d'Yvonne Samuel, décédée avant, ont été gazées peu de temps après leur arrivée dans le sinistre camp de la mort.

Il est à noter que M. Moïse Samuel ne figure pas sur le monument, pourquoi ?  

 

La libération tant attendue

Einville-au-Jard

La libération d'Einville au Jard

Soixante ans après les évènements, le mercredi 22 septembre 2005, des témoins de la libération du village se sont retrouvés à la mairie à l'invitation du club d'histoire locale. Personnes présentes : Pierre Varlet, Maurice Humbert, Jean Thouvenin, Micheline Georgel, Renée Ansorge, Arlette Barbe, Claude et Jocelyne Briel, Angélique Biwer, Monique Chaton, Colette Plaid
 De cette réunion, ou plutôt discussion à bâtons rompus, certains éléments ont pu être dégagés.
 
Des patriotes abattus le 16 août 1944

Il est impossible d'écrire les phases de la libération sans commencer par un épisode tragique celui du meurtre de trois patriotes du secteur : Jean Claude Peyre, Jean Valot et Jules Chrétien qui ont désormais une stèle dans le cimetière d'Einville.

Les participants à la réunion n'ont pas évoqué ce sujet, qui, du reste, n'était pas à l'ordre du jour, mais nous publions simplement quelques extraits de la lettre écrite le 18 septembre 1944 par Paul Maurice, elle était adressée à son frère, Pierre. Précisons que Paul Maurice était l'ancien directeur de la saline Saint-Laurent. Nous verrons bientôt sa fin tragique. Citons quelques extraits de sa lettre « Le 16 août 1944 trois patriotes que tu connais bien ont été tués par les allemands qui manœuvraient autour du moulin de l'étang.

On ne sait encore si la manœuvre avait ou non été provoquée par un vendu. Les habitants mâles de Raville sont emmenés à Lunéville et c'est par miracle qu'ils en sont revenus'. J'ai oublié de te dire que les trois patriotes s'appelaient Jean-Claude Peyre, Valot et Chrétien., celui-ci avait encore communié le 15 août 1944, Jean-Claude était protestant. Bien que les allemands aient laissé son corps sur le terrain, il put être inhumé à la nuit tombante dans l'agrandissement du cimetière d'Einville. Le pasteur et sa mère avaient pu venir de Boulay et Chrétien qui n'avait pas été tué sur le coup comme Peyre, furent torturés avant d'être fusillés dans le bois de Saurupt où le garde-forestier de Maixe les a découverts. Ils auraient dû avoir des obsèques dignes de leur mort mais le milicien T....de Maixe répandit la terreur et ils furent enterrés le 29 août 1944, à 5h30, à Maixe. »

1 : à la sortie de Raville, un monument dédié à la Vierge a été érigé après la guerre afin de la remercier d'avoir protégé les habitants du village le 16 août 1944, durant de nombreuses années, des processions ont convergé vers ce monument.

 
D'autre part, selon M. René Schweitzer, qui nous avait confié ses souvenirs, « le 16 août 1944, 10 gars de Raville avaient été arrêtés, l'un d'eux s'est écrié « mon carnet, il ne faut pas qu'ils le trouvent », il a caché le carnet sous un sac, dans le camion. Passent trois officiers allemands qui désignent M. Gaugenot « Quel âge avez-vous Monsieur, lui disent-ils ? 70 ans aujourd'hui, mon Général, répond-il sans se démonter. »

M. Schweitzer a conclu « C'est le calme du père Gaugenot qui a désarçonné le général allemand qui nous a envoyés à la Gestapo de Lunéville avec, je crois, sa bénédiction, en tout cas, un avis favorable ! C'était le 16 août 44, après la mort du petit Peyre, à Raville. »
Notons aussi que le général allemand, après avoir fait abattre Jean-Claude Peyre, fils du principal du collège qu'il connaissait bien, et arrêté ses deux compagnons, ne désirait pas abattre de nouvelles personnes de Raville.

2: lors des obsèques de Jean-Claude Peyre, se souvient Maurice Humbert, un drapeau du Sacré Cœur fut déployé, drapeau bleu blanc rouge ; d'autre part, sur sa tombe M. Mangenet, responsable de la Résistance, n'hésita pas à placer un brassard de la Résistance que les allemands n'enlevèrent pas.



Début septembre, l'arrivée des libérateurs est imminente

Relevons des extraits de la lettre de Paul Maurice à ce sujet : « Nous avons logé, du 16 au 20 août 1944, deux officiers allemands d'une colonne égarée. Ils reviennent le 29 août 1944 et partent le 1er septembre 1944. Ta sœur et maman commencent à faire des drapeaux. Le 4 septembre 1944, Georges, qui était devant chez Chardard, entend un Fritz qui lui criait « Nous laissons la place aux libérateurs. » Pendant ce temps nous logions le conducteur de la camionnette de l'organisation Pillot, un brave type de Xures.

Le 5 septembre 1944, les voitures de M. Milot qui avaient pu échapper au vol sont prises à la saline, un Fritz vole les postes de TSF de Hum, Freindinger Jean, et Waldvogel parce que celui-ci avait essayé de lui dire que cela ne servait à rien de résister puisque les Américains étaient à Strasbourg, ce qui était faux.

Le 7 septembre 1944, un engagement a lieu vers Ranzey entre Hoëville et Athienville. Les FFI ont quelques pertes et les allemands aussi, dont des prisonniers et un camion... Les allemands menaçant de brûler Athienville, les FFI rendent les prisonniers, mais les allemands, malgré cela, brûlent et pillent une partie du village. Le vendredi 8 septembre 1944, fête de la Nativité, nous recevons deux libérateurs tombés du ciel. Bill Howel, lieutenant aviateur, et Bob Ritter, sergent, qui avaient sauté en parachute à Bauzemont, à ce moment il n'y avait plus d’allemands. »
« A partir du 10 septembre 1944, nous n'avons plus d'électricité », continue Paul Maurice qui signale que le 9 septembre 1944, sa famille et lui accueillent « un capitaine aviateur épatant... qui a atterri près de Mouacourt.

« Le 11 septembre 1944 arrive un 4e, Red Reuter, descendu en parachute vers Arracourt ; mais, le 13 septembre 1944  au matin, deux Fritz viennent cantonner, on les camoufle au grenier et l'après-midi on leur fait gagner à tous le tunnel. Le jeudi 14 septembre 1944, les Fritz sont prêts à faire sauter tous les ponts d'Einville après avoir fait sauter les bateaux. »


Les américains étaient à Maixe depuis le 14 septembre 1944, leur présence était « palpable » à Einville, puisqu'ils faisaient des incursions derrière la saline Saint Laurent, attendant ceux qui viendraient de Lunéville, nos libérateurs.

Quant aux allemands, depuis Raville où ils stationnaient, ils venaient chercher de la nourriture à Einville, donc la situation était loin d'être claire.

Le fait est qu'à partir du 14 septembre 1944, les ennemis étaient aux abois. Arlette Barbe, se souvient de leur « débâcle » à pied, à cheval, à moto. Du reste, était-ce bien le 14 septembre 1944 ou avant ? Dans sa lettre, Paul Maurice écrit que « le défilé de la retraite allemande commence à partir du 20 août 1944 » Mais toujours est-il que certains allemands ont été contraints de marcher entre des chars américains sur le chemin de Rambourg et l'un d'eux a été « descendu » non loin de là, à la corvée.

Quant aux FFI, ils menaient des actions parfois imprudentes et un jour (à quelle date ?) où, en uniforme, ils avaient tiré sur des allemands, ils ont pénétré chez Iung pour réclamer des vêtements « civils » afin d'échapper aux recherches des ennemis. Toujours vers le 14, on a cru à une libération imminente et Monsieur René Maurice a sorti un grand drapeau ! C'était prématuré ! Il avait avec lui Mr Chevalier du café de la place, un autre patriote a son nom souvent évoqué : Paul Carabin, qui habitait, lui aussi, place de la Fontaine. Mais ceci est une autre histoire que nous avons déjà racontée. Durant ces jours troubles, un gendarme a été abattu.
 
D'après Paul Maurice, la journée du 14 septembre 1944 se résume ainsi « On attend l'arrivée des américains par Maixe. Mais, vers 17h00, Georges, du grenier, voit 5 chars américains qui franchissent le parc des bourriques venant du chemin des Mouchottes. Ces tanks, après avoir détruit deux canons antichars et un convoi à Valhey, détruisent encore deux pièces antichars et autres engins motorisés à Einville, autour de la saline Saint Laurent. »
Suit le récit des évènements de Valhey, puis Paul Maurice en finit avec cette journée du 14 septembre 1944 : « Pendant ce temps, je vais à l'usine pour faire remonter les aviateurs au puits de secours. Ils remontent et, heureusement, ne sortent pas car, quand je sors moi-même, je suis mis en joue par un Fritz auquel je propose de se rendre, mais c'est un dur, il ne veut rien entendre. Finalement, après divers palabres, il me laisse partir mais tire sur un autre civil, qu'il manque du reste. Mais il va, toute la soirée, avec deux autres comme lui, terroriser le quartier des magasins, sans heureusement faire de victimes.

Les ponts étaient sautés à 16h40, à peine dix minutes avant l'arrivée des américains. Dans la nuit, heureusement très sombre, pendant 3 ou 4 heures, des convois de la retraite allemande défilent. »

Dans l'après-midi du 14 septembre 1944, les premiers tanks américains font leur apparition sur la route de Valhey et en haut de la brasserie d'où ils attaquent et canonnent les convois allemands qui se replient en hâte vers Raville et Crion. Alors qu'on croit que le village est enfin débarrassé des allemands, une patrouille d'une dizaine d'hommes qui s'était dissimulée dans le hangar de M. Mangeot (près du canal) remonte la Grande Rue en tirant des coups de feu. C'est à ce moment que le maréchal des logis chef de gendarmerie Maurice Grandclaude est tué d'une balle.

Le lendemain, 15 septembre 1944, les troupes américaines cherchent à prendre l'offensive, mais malheureusement pour nous, pendant la nuit, de nouvelles troupes allemandes venant de Rosières et de Blainville ont pris position à Einville, Raville, Crion, Sionviller et, pendant dix jours, vont s'opposer à l'avance des tanks américains.

 
Paul Maurice, lui aussi, voit les évènements se précipiter le 15 septembre 1944.

A partir de midi, jusqu'au 16 septembre 1944, vers 5h00, Einville est bombardé intensément par l'artillerie américaine et un peu par l'artillerie allemande de retardement. Les gens n'y comprennent plus rien, car, comme ils croyaient qu'il n'y avait plus d'Allemands à Einville, les Américains devaient y entrer sans bombarder. Mais, après cette terrible nuit durant laquelle on a dit plus de chapelets que de bêtises 1on a appris que les Allemands avaient une batterie de 4 pièces en position, 1 devant le percepteur, 3 le long du canal, et d'autres pièces entre Raville et Einville. Il y a eu beaucoup de maisons touchées mais heureusement peu de victimes. »
Et Paul Maurice a énuméré les victimes : Madame Lhommée « pulvérisée dans sa cave i, où Mademoiselle Dern, aînée, a été blessée, une jambe coupée, Monsieur Rodhain a eu une jambe coupée, Paul Bricot le gras du mollet enlevé, Becker, le marin, fortement abîmé et quelques blessés légers. »

D'après les assistants à la réunion, Madame Lhommée aurait été déchiquetée à côté de la maison Fohrer, rue Karquel. Ce qui n'est pas le cas. Monsieur Mathieu, lui, confirme bien que « madame Lhommée, née Lebard, dont le corps est déchiqueté en plein dans l'abri où elle se croyait en sécurité, cave Fohrer, 48 rue Karquel » est décédée ce jour-là. » Melle Dern a eu une jambe artificielle après la guerre.

Mr Jean Thouvenin a évoqué le souvenir de Madame Léopoldes, assistante sociale, très méritante, qu'est-elle devenue après le conflit ? Il se souvient également avoir porté sur une civière un blessé : Jules Rodhain jusque chez le docteur Marchal et son fils Pierre qui, d'après Paul Maurice, auraient procédé aux premiers soins. Néanmoins, Monsieur Rodhain est décédé en novembre 1944. Melle Dern aurait été opérée par le docteur Schneider, arrivé depuis peu à Einville (voir carnet de guerre de Madeleine Marchal)

Puis les blessés sont partis dans un hôpital : il a fallu traverser le canal sur le bateau Ave échoué, de là on accédait à la saline où était disponible la charrette et le cheval.
D'après la lettre de Paul Maurice, l'église est touchée ce jour-là, il y a des dégâts à la saline.
 
L'impatience des Einvillois :

Dans le village, on apprend que de grands évènements ont lieu non loin de là et on s'impatiente. C'est pourquoi, Paul Maurice écrit ceci : « Dans la journée du 16 septembre 1944, on apprend qu'il y a 500 chars américains à Maixe et Arracourt. Quelques-uns font une patrouille le long du bois d'Einville, mais toujours pas d'américains, et depuis chez nous, entre le chemin du parc et la grande route, on voit des allemands qui réinstallent des mitrailleuses dans des trous d'obus et dans différents endroits, on pense même qu'ils posent des champs de mines, au cas où les américains voudraient envoyer des chars vers Raville, mais comme je m'échine à le répéter aux impatients Einvillois, Einville n'est pas le nombril du monde et les américains ont des objectifs autrement intéressants. ».

 

Une famille cruellement éprouvée le 17 septembre 1944 : la famille Munier.

A Bauzemont, vivait une famille d'agriculteurs, les Munier. Jean Thouvenin raconte leur histoire tragique : une après-midi, Léon Munier, le père, va chercher ses vaches mais ne rentre pas, sa femme envoie son fils Jean voir ce qui se passe mais il ne rentre pas non plus, son frère, René y va également et ne revient pas, lui non plus, et pour cause ! On apprendra par la suite que les Allemands, après avoir abattu le père, ont fait creuser un trou aux deux fils, puis les ont abattus également, après les avoir torturés. Finalement, c'est le curé, l'abbé Beurton, qui, à la demande de madame Munier, se rend sur le lieu du drame, les allemands le laissent aller constater les faits.

Ceci se passait sur la route de Bauzemont, la « vieille » route actuelle. D'après l'état civil d'Einville, Jean et René Munier sont décédés le 17 septembre 1944, à Einville, tous deux sont morts pour la France.

A la date du 17 septembre 1944, Paul Maurice écrit ceci « L'église n'étant pas nettoyée, nous n'avons pas eu de messe, l'après dîner je vais à Valhey où je vois des traces du combat de jeudi. » Mais, le lundi 18 septembre 1944, Paul Maurice, lui aussi, s'impatiente et il va à Maixe où il voit leur matériel camouflé... donc encore un peu de patience ! Toutefois, Paul Maurice remarque que les allemands du chemin du parc « se terrent mais ne se replient pas. Une patrouille allemande assez forte revient par Raville et va jusqu'à l'écluse, un capitaine allemand est tué par la patrouille américaine de ce côté et nous apprenons dans la soirée que le bâtiment de régie d'Einville-Maixe brûle (saline Sainte Marie). Paul Maurice précise qu'il s'agit des logements Fleurette Colson, Laplaige, Morel. Il termine ainsi sa lettre, sans imaginer sa fin proche « Vers 20h00, on croit voir partir tous nos Fritz du parc.

Dans la nuit, l'artillerie américaine bombarde toutes les lisières de la forêt de Parroy et, malgré cela, Reine voit encore deux allemands dans les prunelliers du chemin du parc... » (Ici s'achève la lettre de papa, l'après-midi du 19 il se rend à la saline pour ramasser des fruits et en revenant, il se fait massacrer par les Allemandss vers 14h30.)


 
Les évènements tragiques du 19 septembre 1944 :

Nous les avons évoqués bien des fois mais tous se remémorent quelques petits détails qui nous apportent quelques éclaircissements.

Il faisait un beau soleil ce jour-là, tout le monde en profitait mais les allemands descendirent la grande rue avec des lance flammes, on entendait la mitraille : détails tragiques puisque des hommes venaient d'être abattus près de la saline, il s'agit de André Helain, Pierre Frost, Paul Maurice, dont nous avons utilisé la lettre à son fils Pierre. Quant à la maison de la direction, elle brûlait...

Comme les ennemis tiraient dans le tunnel, qui allait de la saline au canal, les hommes décidèrent, bien imprudemment, de descendre dans la mine afin de se mettre à l'abri, pour cela, ils empruntèrent la grande échelle ! Au cours de cette descente, malencontreusement, Monsieur Debout fit tomber sa lampe électrique. Sa fille, Micheline, se rappelle ce détail et d'autres également : après avoir été abattu, Pierre Frost, qui portait une belle chemisette en ce jour funeste, était inondé de sang. Quant à Monsieur Maurice, lui-aussi abattu, il avait, à côté de lui, son panier de quetsches renversé... Madame Debout, dut, la mort dans l'âme, avertir les parents Frost de la mort de leur fils.

Un peu plus tard, elle alla ravitailler les hommes descendus à la mine : pain, sucre et eau au menu. Puis elle alla nourrir ses bêtes, comme à l'accoutumée, il fallait que la vie continue. Un détail important : lorsque les allemands ont tiré dans le tunnel, une fillette, Odette Post, aujourd'hui Burtin, a pris un éclat dans la jambe : bien opérée, elle a conservé précieusement ce petit morceau de métal.

 

Le jour J ou la vraie libération, le 23 septembre 1944.

Les témoins de cette libération ont peine à retracer le récit des faits militaires, toutefois ils se rappellent les destructions:• trois maisons ont été brûlées dans la cour de la saline Sainte Marie (c'était le 18). La maison du directeur de la saline Saint Laurent a été brûlée le 19 septembre 1944 un obus a endommagé le café de la poste, 5 Grande Rue• le clocher a été endommagé et le drapeau français qui y avait été mis était en lambeaux. Cette destruction était peut-être due au fait que les résistants utilisaient le clocher comme poste d'observation. Quand le coq a été remplacé, quelque temps plus tard, il a été porté par Josette Reignier et Renée Ansorge. Un obus est tombé sur l'écluse, après la libération. Mais, dans l'ensemble, le village n'a pas subi de grandes destructions. Le 24 septembre 1944, les ennemis s'étaient volatilisés, quel soulagement! Un homme a disparu à cette époque: M. B... très discret quant à ses activités. Nous avons déjà évoqué cet individu lors de l'arrestation de Paul Carabin. Monsieur Mathieu lève une partie du voile concernant cet homme « Dans la matinée du 23 septembre 1944, c'est Monsieur B..., qui se rendant de son abri à sa maison est blessé, emmené par les Allemands et dont nous sommes sans nouvelles depuis ce jour. » Ce n'est que plus tard que parviendra la nouvelle de sa mort. Dans l'état civil nous avons trouvé le décès de cet homme qui résidait 10 rue Aristide Briand : il est déclaré « mort pour la France » le 23 septembre 1944, la transcription a été faite le 12 décembre 1946. Voilà qui est bien surprenant.

Monsieur Mathieu a évoqué les 23 et 24 septembre « D'autres personnes étaient encore menacées mais les nazis n'ont pu mettre leur sinistre projet à exécution, car, à l'aube du dimanche 24 septembre 1944, on pouvait circuler librement dans les rues du village, sans crainte de recevoir un coup de feu. Et il conclut « c'était enfin pour nous la libération tant désirée, mais chèrement payée par le massacre de tant de victimes innocentes.



La venue des Américains

Arrivés à Einville, ils ont fait impression, comme partout ailleurs : « chez nous, se souvient Micheline Georgel (Debout), ils se chauffaient à la cuisinière, comme s'ils étaient chez eux... mais ils nous donnaient leurs rations de chewing-gum et de chocolat. » Renée Ansorge (Thiebaut) les trouvait bien grands... et parfois un peu « culottés » lorsqu'ils disaient à ces petites campagnardes qu'elles n'étaient pas belles ! Comment peut-­on être quand on n'a pas grand-chose pour se nourrir et se vêtir ? En avaient-ils conscience ? Quant à Arlette Barbe (Petitjean), elle n'hésitait pas, avec d'autres enfants, à aller vers eux : ils donnaient chocolat, cigarettes et petites crêpes, ils exhibaient des préservatifs dont les enfants, évidemment, ignoraient tout ! Parfois même, ils s'amusaient à faire fumer les enfants. Certains petits Français mangeaient tellement de chocolat qu'ils avaient de l'impétigo ! Quant aux hommes présents à cette évocation de souvenirs, ils se rappellent le matériel américain « grandiose, impressionnant », ils se souviennent de l'hiver 44-45 durant lequel un ballet incessant de bombardiers se faisait entendre, il est vrai que la guerre n'était pas finie pour tout le monde ! Enfin chacun a encore en mémoire le fait qu'une jeune fille du village, Marie-Claire, a été sauvée par la pénicilline des américains.