La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

La Bataille de Juvelize

La Bataille de Juvelize

21 juin 1940

L’armistice est signé, mais, dès le 18 juin 1940, dans certains secteurs, des unités allemandes, arborant le drapeau blanc, se font livrer, sans coup férir, par les français les positions qu’ils tiennent.

Juvelize, derrière la ligne Maginot, a échappé au début de la guerre et ce n’est que le 14 juin 1940 que les « stukas » allemands ont commencé à bombarder la ligne Maginot en particulier le secteur de la Sarre.

Le PC du général Hubert se trouve à Vic sur Seille.

Le 13 juin 1940 à 17h00 le général Echard, de la 52e DI et le général Bronislaw Duch, de la division de Grenadiers polonais apprennent du général Hubert l'ordre de décrocher le 14 juin 1940 à partir de 21 h00.

Le 12 juin 1940 en fin d'après-midi, les trois Corps d'armées allemands en ligne devant la trouée de la Sarre ont reçu le message : " Planspiel 3 :14 juin 1940 à  07h00 "

Cela signifie que l'offensive de la 1ère Armée du Général Von Witzleben, entre Sarreguemines et Saint-Avold, le point le plus faible du dispositif, est fixée au 14 juin 1944 à 07h00.

L'opération a reçu le nom de code de TIGER et va bénéficier d'un appui d'artillerie unique dans l'histoire de la campagne de 1939/40 soit plus d'un millier de canons avec l'appui de l'aviation allemande : des Stukas des Messerschmidt 109 et 110 et des Heinkel III !

En ce qui concerne les forces aériennes françaises, le Secteur de la Sarre n'avait pas d'aviation organique. Seul le 20e Corps disposait d'un groupe aérien d'observation (GAO) basé sur le terrain de Delme et utilisant celui de Morhange, en attendant la remise en état de terrains utilisés provisoirement pendant la Grande Guerre , comme le Champ de Mars de Vergaville, et d'autres à Juvelize, Marimont, Thal-les-Drulingen, Diane-Capelle.

L'attaque allemande commença par des bombardements : l'artillerie ouvrira le feu à 6h30 avec un triple but : faire des brèches, détruire les moyens de communication, détruire l'artillerie française.

Vers 8h00 les Stukas attaquent à leurs tours .L'infanterie attaqua vers 8h30 !

A son PC de Vic sur Seille, le général Hubert a été tenu au courant heure par heure de l'attaque et se montrait satisfait de ses troupes et de leur résistance.

Pour la première fois depuis le début de la campagne, l'armée française a brisé une attaque de grande envergure.

Ce succès est tempéré par la chute de Paris et l'ordre de repli général donné par Weygand.

Par instruction personnelle et secrète Weygand avait prévu le 11 juin 1940 le repli du 2e groupe d'armées sur l'axe Sarrebourg, Epinal, Dijon, avec un regroupement intermédiaire sur la ligne Toul , Epinal, Belfort.

Sur la ligne Maginot les garnisons d'ouvrages résisteraient pour couvrir le repli des gros. L'armement serait récupéré ou détruit !

Ce repli se ferait à partir de la nuit du 13 au 14 juin 1940 pour les secteurs de Faulquemont et de Rohrbach.

Le 15 juin 1940 les troupes devraient avoir atteint la position intermédiaire, le 16 juin 1940 être à la hauteur de Morhange, le 17 juin 1940 de Château Salins et le 18 juin 1940 être à la hauteur de Moncel-sur-Seille.

Le 291e RI tient, nous l'avons dit, une ligne intermédiaire qui devrait permettre aux régiments de forteresse de retraiter jusqu'au canal de la Marne au Rhin, où l'on pense contenir les troupes allemandes venant du nord.

Les Allemands disposent d'une maîtrise totale des airs.

Les positions françaises sont repérées par avion et bombardées systématiquement.

Dés le début des combats, le PC du 291e établi à Vallerange est atteint par des tirs d'artillerie et le chef de corps, le lieutenant-colonel Modot, est tué.

Le 3e Bataillon du commandant Charles est également violemment bombardé et très vite les communications sont coupées en dépit de l'héroïsme et du " dévouement extrême des équipes de transmissions " qui tentent de les rétablir (rapport du commandant Berck).

Dorénavant le soldat Doeblin* n'assurera plus ses fonctions de téléphoniste mais combattra avec sa compagnie dont le chef, le capitaine Renard, se révèle plein d'allant et d'énergie.

La compagnie de Doeblin, la CAB3, réduite à une trentaine d'hommes tout au plus, va combattre sans interruption du 15 au 19 juin 1940 dans des conditions très dures, sans ravitaillement d'aucune sorte, pour tenter de freiner l'avance allemande.

On peut suivre, quoique difficilement, ses combats successifs dans les rapports de Vincennes.

Il est établi que la compagnie Renard résiste jusqu'au petit matin du 16 juin 1940 sur ses positions initiales quelque part sur la Départementale 22 au Sud de Francaltroff, permettant à son bataillon, ou ce qu'il en reste, de s'établir sur la ligne de chemin de fer Riche-Bénestroff. Cette même nuit le 291e RI est confié au commandant Malgorn, qui vient de l'Infanterie coloniale. Ce dernier a rédigé un compte-rendu des combats de son régiment du 16 au 19 juin 1940 relativement bien fait mais qui contredit en plusieurs points celui du commandant Charles, notamment pour ce qui concerne la journée du 16 juin 1940 au cours de laquelle le 3e Bataillon se désintègre.

Nous tenterons donc une voie moyenne dont rien ne peut assurer la véracité.

Pendant la journée du 16 un petit groupe de soldats regroupés autour du commandant Charles et du capitaine Renard tient une position, située entre la route de Dieuze (la ville natale de Charles Hermite, célèbre mathématicien) et la gare de Bénestroff, et ce qui reste du 3e Bataillon, une quarantaine d'hommes , 4 sous-officiers et officiers se replie en fin du journée sur les hauteurs situées à l'Ouest de Bénestroff.

C'est probablement lors de ce repli que le soldat Doblin reste seul, " armé d'un fusil mitrailleur pour couvrir la retraite d'un groupe de soldats " (suivant la citation à l'ordre de l'Armée qu'il a obtenue à titre posthume le 21 novembre 1946, [Colin, p. 44], Bénestroff étant devenu Beneng sous la plume du capitaine Renard, l'auteur probable du texte de la citation. à son retour de captivité).

Dans la soirée, le 161e groupe Charles rejoint la maison forestière de Saint-Médard au Sud de Wuisse où il retrouve le PC du régiment.

Dans la nuit du 16 au 17 juin 1940 le 291e RI se replie sur la Seille que la compagnie Renard atteint vers minuit, elle dispose encore de deux canons de 25 qui permettent à la troupe de franchir la Seille sur un pont de fortune alors que l'ennemi attaque depuis Vic sur Seille.

L'avancée des troupes allemandes va être retardée par les troupes polonaises du général Bronislaw Duch lors des combats livrés par les polonais à Dieuze et ses environs, et une partie des troupes françaises passa par Juvelize tout le samedi et le dimanche soit le 16 et 17 juin 1940.

Le 3e Bataillon reçoit l'ordre de tenir le village de Juvelize qu'il atteint vers 7h00, le 17 juin 1940.

L'ennemi qui s'est arrêté à Blanche-Église attaque Juvelize vers 8h30 avec chars et artillerie, le combat dure une partie de la matinée, le village est en feu, le bataillon Charles se replie sur Bezange-la-Petite et Réchicourt-la-Petite, à quelques kilomètres à peine du cantonnement d'Athienville où il a passé la fin de l'hiver.

Le lundi, les polonais mirent en batterie 3 canons un près de chez Mr Ciminera, un près de chez Mr Rzepka et un autre près de l'église.

Ils ont ainsi empêché les allemands au bas de la rue principale, d'entrer au village et, dans leur lancée, certaines maisons du village ont été brûlées: les allemands ont tiré deux obus sur les maisons Gorius et Mansuy dont Mr Haffner en était le fermier.

Plusieurs autres maisons ont brûlées : celles de Mr Sommer, Bourguignon, Barchat, Brice et un hangar de Mr Kugler.

Les habitants qui n'avaient pas encore été évacués, étaient terrés dans leur cave, les tirs se faisaient entendre de 6h00 à 12h00 ; le clocher a sonné pour la dernière fois les 12 coups de midi et a pris feu tout de suite après.

Le haut du clocher a brûlé, les cloches ont fondu dans la fournaise, les restes étaient incrustés dans la pierre.

Les allemands sont venus ensuite fouiller les caves à la recherche des français et des polonais Un polonais n'a pas voulu se rendre et s'est battu jusqu'au bout tombant dans la cour de Mme Maire (près de chez Mr Canniot)

Un français est également tombé à Juvelize au lieu dit " Creux Chemin ", anciennement la ferme de Bernard près de chez Mr Poinsignon.

Du côté allemand, un officier et deux sous officiers ont été enterrés derrière la maison de Mr Agostinis (Maison de distillation).

Dans la maison de Mr Brice, à côté du presbytère un dépôt d'une centaine de vélos a été brûlé par les allemands.

C'est en fin d'après midi vers 18h30 que les soldats de la compagnie Renard franchissent le canal de la Marne au Rhin au pont d'Hénaméni1 après trois jours et deux nuits de combats incessants.

Les allemands poursuivaient les troupes polonaises qui se repliaient sur Lagarde pour tenir le canal de la Marne au Rhin.

Lorsqu'il atteint le canal le 17 juin 1940  en fin d'après midi, le 291e RI est réduit à la dimension d'un bataillon. Après une soupe rapide, la première depuis le 15 juin 1940, il repart le soir même pour Thiébauménil et Marainviller à une vingtaine de kilomètres à pieds, pour reconstitution.

Il ne participera pas aux combats sur le canal qui vont durer toute la journée du 18 juin 1940 et seront d'une rare violence.

Ces combats opposent le gros de la 52e DI et la première Division polonaise du général Duch à quatre divisions d'infanterie allemandes, voir [Gruge, 1982, tome 1, quatrième partie].

Le canal est finalement franchi le 18 juin 1940 dans l'après-midi par des unités de la 268e Division d'infanterie allemande.