La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Bombardement de l'hôpital de Lunéville

 Journal de Lunéville du 23 novembre 1944

 

Le bombardement de Lunéville du 23 décembre 1940, était l’œuvre d’aviateurs allemands. Dans quelques semaines le temps amènera un anniversaire douloureux, le 4e.

Le 23 décembre 1940, à 22h10, 3 bombes explosives et une centaine de bombe incendiaires tombent sur la ville qui s’endort. Le pavillon des hommes à l’hôpital est coupé en deux, il y aura 13 morts dont 7 de moins de 20 ans. La salle Ste Anne, deux maisons sont ravagées par le feu et un bâtiment de la poste est détruit.

 

Bombardement

Ce qui reste de l'hôpital de Lunéville après le bombardement du 23 décembre 1940

Le lendemain matin, une rumeur court les rues : ce sont les allemands qui ont fait le coup ! Avant de faire sa triste besogne, l’avion a tourné longuement au-dessus de la ville, son ronronnement était celui d’un appareil allemand.

En l’entendant, les soldats de la Wehrmacht ont dit eux même à des personnes qui inquiétait son tournoiement insolite « ne craignez rien, c’est un des notre » La sirène n’a pas retenti, aucun chasseur allemand n’est apparu. Et pourquoi un avion anglais serait-il venu bombarder Lunéville ? Une erreur de carte est toujours possible ! Mais l’avion avait pris son temps !  Des Lunévillois payeront d’un séjour en prison leur incontinence de langage, quatre jours plus tard, l’écho de Nancy après avoir relaté les faits d’une manière fantaisiste en une dépêche datée de Berlin lançant des imprécations contre l’Angleterre.

Le 13 décembre 1940 précédent, on se rappelle que Laval avait été brutalement écarté du pouvoir et les allemands étaient furieux. Il fallait à toute force faire haïr l’Angleterre. Vers le 20 décembre, une bombe avait été lancée dans la soirée à Nancy, dans les parages de l’hôpital militaire et le fait avait paru très suspect aux Nancéiens. La plupart des habitants de Lunéville ont gardé l’intime conviction que le bombardement du 23 décembre 1940 était l’œuvre de la Luftwaffe. Mais cette conviction n’était basée jusqu’alors que sur des présomptions.

Bombardement

L’hôpital utilisé par les allemands

 

Voici un témoignage :

C’est un témoignage qui a été recueilli par un de nos concitoyens, M B. Cet homme fut un résistant de la première heure. Au matin du 11 novembre 1940, il eut l’audace de fixer un drapeau tricolore portant une croix de Lorraine sur le pont de fer de la Rue du Chaufour (l’emblème demeura là une partie de la matinée et provoqua la colère du chef de gare allemand. Au cours du printemps dernier, M B s’employait activement, grâce à sa parfaite connaissance de la langue allemande à démoraliser les soldats allemands avec lesquels il entrait en contact durant son travail.

Il leur faisait entendre la radio interdite prudemment et les catéchisait de son mieux. Un soir, il eut l’occasion de s’entretenir isolément avec un de ces soldats, un Hambourgeois, qui avait été en Russie. A propos d’un petit fait, la conversation des deux hommes s’aiguilla sur les bombardements. Peu de temps auparavant, Epinal avait été bombardée et le bruit courait que les allemands avaient à la faveur de l’attaque aérienne allié, massacré des soldats Hindous prisonniers.

Le Hambourgeois  mis en confiance par son interlocuteur qui manoeuvrait habilement, ne sursauta pas en apprenant que des français accusaient les allemands de bombarder la France. Il paraissait très documenté à ce sujet. Là- dessus M B crut pouvoir faire allusion au bombardement de Lunéville du 23 décembre 1940. Il eut alors la surprise d’entendre le Hambourgeois lui déclarer être le cousin de l’un des aviateurs allemand qui avaient lâché des bombes sur notre cité.

Après le succès du bombardement de l’hôpital, les dits aviateurs avaient reçu un galon et avaient été dirigés sur le front de l’Est. Lors d’une permission les deux cousins dont l’un montait vers la Russie et l’autre en revenaient, s’étaient rencontrés. L’aviateur avait dit à ses parents, celui que nous appellerons ici le Hambourgeois, à la suite de quel exploit, il avait été promu. Il était passé Vachtmeister. L’appareil d’où descendirent les bombes était d’après les indications données, un Dornier de la 5e Flieger Abteilung, basé à Epinal où Dijon.

Quel intérêt le Hambourgeois aurait-il eu à imputer faussement à son cousin un fait de ce genre ou à raconter une fable ? Au sujet de Katyn, il fit également à M B des déclarations intéressantes. Il avait été là-bas et il avait vu tomber dans les fosses qu’ils creusaient, assassinés par derrière à coups de mitrailleuses des juifs polonais ? Il avait raconté des scènes d’horreurs à son père qui n’avait pas voulu y croire.

Il fit jurer à M B de ne rien révéler avant longtemps et par la suite, il évita d’entrer à nouveau en conversation avec lui. Peut être un jour sera t il possible de le retrouver ? Peut être est il prisonnier aujourd’hui ? Le mystère de la nuit tragique du 23 décembre 1940 devra être éclairci après la guerre. Mais la preuve est faite que les allemands sont capables de tout, y compris de bombarder un hôpital.

M L  tiré du journal de Lunéville du 24 novembre 1944

 

11 novembre 1940

Le 11 novembre 1940, l’anniversaire de l’armistice de 1918 a été célébré dans le recueillement des cœurs. Des jeunes filles ont eu l’idée de nouer leurs cheveux avec un petit ruban tricolore.

Quelques cocardes bleu, blanc, rouge ont osé se montrer. Grâce à l’intrépidité de Monsieur Victor Bailly, les trois couleurs ont flotté dans l’air sur le territoire de la ville : en revenant de son travail, à 4h00, Monsieur Bailly a fixé un drapeau sur le pont neuf, le pont de la rue du Chaufour.

Le pavillon portait une croix de Lorraine, insigne de la résistance et cette inscription « Souvenir à nos morts – Gloire au libérateur, Charles De Gaulle » En l’apercevant, dans la matinée le vent avait enroulé le tissu autour de la hampe, le chef de gare allemand piqua une colère et le fit retiré aussitôt.