La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Les FFI de Coincourt

Journal des événements des F.F.I. de Coincourt

Courant 1942, création d’un groupe de combat, région de Coincourt, Xures, Mouacourt, Hénaménil, qui est armé avec des armées récupérées en 1940 et cachées dans les sapes d’une forêt.

Ce groupe comprend sept hommes Bodot P, Bodot J., Lambert, Weisse A., Christman, Castet M., Michel A., Chef de groupe Piant de la navigation, tous bien décidés au sabotage méthodique. Par inertie de personnel de traction qui est de la résistance, plusieurs centaines de bateaux sont immobilisés entre Xures et Dombasle (fait facile à vérifier) et cela dure jusqu’en 1944, sans que les Allemands arrivent à établir une marche normale. En 1943,  nous entrons en relation avec les fils de Mr Cosson, Président de la Cour d’Appel de Nancy, dont l’un était juge à Briey. Les parachutages sont prévus, nous entrerons en action, la sécurité est assurée par nos propres armes. A la fin 1943, nous sauvons un aviateur anglais qui est hébergé par Christman et Bodot, ensuite dirigé sur Nancy. En 1944, nous entrons en relation avec le sous secteur d’Einville qui nous donne des armes et des ordres.

 

  Le 6 juin 1944 à 22h00, nous sommes alertés, le chef de groupe doit se rendre immédiatement à Einville. Le 7 juin 1944 à 11h30, rendez-vous en forêt de Parroy avec dix hommes. Des équipes de sabotage sont formées comprenant un chef de groupe : Piant et six hommes, et nous créons un service de liaison avec Lunéville et occupons la ferme de Bonneval, après avoir pris livraison d’armes. Mais au bout de dix jours, nous devons rentrer pour échapper aux recherches de la Gestapo et travailler avec le maximum d’efficacité.

 

Du 6 juin au 30 août 1944, la voie ferrée Paris-Strasbourg est attaquée à cinq reprises entre Avricourt et Laneuveville-aux-Bois. Le canal de la Marne au Rhin est attaqué à deux reprises avec succès (une fois à Hénaménil et une fois à Xures). Sur les sept attaques à l’actif du groupe, Chrétien de Raville tombe au champ d’honneur après avoir participé à six de ces opérations.

 

Le 1er septembre 1944, état d’alerte, nous sommes convoqués avec la totalité des hommes, soit cinquante pour notre groupe, qui sont armés de cinq FM Mle 24-29 et sept mitraillettes, le reste des mousquetons, les munitions sont réparties après bien des difficultés, la totalité des armes étant en forêt de Parroy, de l’autre côté du canal, celui-ci étant gardé par les allemands. Nous arrivons à nous procurer une charrette à bœufs, ensuite nous gagnons Saint Libaire, en passant par Parroy, nous réquisitionnons les armes des gendarmes qui gardent le canal. A ce moment nous nous déplaçons avec une camionnette qui porte une pancarte (gendarmerie) et nous avons avec nous le Capitaine Mc Kennon, pilote d’un avion américain, qui a été sauvé par Bodot Paul et caché par Monsieur Castet, assurent la sécurité avec Maire Ch de Xures ; Piant M, Degril, Bodot Jean, Bodot Paul, Weisse A, Barbelin J et Sandonna.

 

2 au 8 septembre 1944

le groupe participe aux opérations du Maquis de Saint Libaire et provoque de nombreux actes de sabotage sur les routes nationales d’Einville-Arracourt et entre Lezey et Bourdonnay (Moselle) semant des clous à large tête et comble d’ironie des étoiles métalliques qui avaient été semées par les allemands pendant la guerre 1914-1918 sur le territoire de notre commune. Ces étoiles avaient la particularité de garder toujours une pointe acérée en l’air de nombreux véhicules ont été arrêtés par crevaisons, une voiture roulant à vive allure se retourna et prit feu, près du village de Ley. Ces mortelles semailles se faisaient de nuit en pleines lignes ennemies. Y ont participés les FFI Soudieux, Barbelin A., et d’autres camarades dont les noms sont oubliés.

 

8 septembre 1944

Selon les ordres reçus, après les événements prenant fin le 8 septembre 1944, le groupe camoufle son armement dans des caches et regagne ses foyers. Retour sans incident. Ces premiers contact avec la réalité ayant refroidi quelques enthousiasmes et provoqué quelques défections le nombre de FFI restant prêts à servir se porte à vingt.

 

8 au 12 septembre 1944

RAS. Les FFI restent en état d’alerte.

 

13 septembre 1944

Un prisonnier évadé d’Allemagne se présente chez M Castet Marius. Il est adressé par une filière d’évasion rentrée près de la frontière.

Il déclare être le Lieutenant Despaux, échappé de Vienne, être né à Pau. Identifié sommairement, grâce au langage gascon, le FFI Castet consent à l’héberger provisoirement, et dans sa prudence, le tient en observation.

 

14 septembre 1944

Canonnade intense dans les environs. Les FFI cherchent des renseignements.

 

15 septembre 1944

Le Chef Piant à 6h00  envoie le FFI Barbier Jean à Einville, auprès du chef de secteur, pour recherches d’ordres et renseignements.

A hauteur de Bauzemont le pont du canal ayant sauté Barbelin passe par Valhey, abandonne sa bicyclette trop visible et profitant du brouillard réussi à effectuer la liaison après avoir évité des patrouilles allemandes très actives (trois civils ont été fusillés le même jour).

A son retour entre Einville et Valhey, il est pris à partie par des armes automatiques. Parvient à rejoindre Coincourt à 13h00. Les ordres sont de ne pas passer à l’action, mais le chef passe outre les ordres donnés.

Des blindés américains sont signalés à 9h00 et reconnus par les FFI à Moncourt.

Des engagements ont lieu entre Xures et Mouacourt  à 10h00 entre allemands et américains. Des éléments ennemis abandonnent leurs véhicules endommagés et se répandent dans la campagne, armés. Sur l’initiative  courageuse de Piant, les FFI disposent de trois fusils français, deux fusils allemands. Le chef décide de se procurer des armes.

Après un engagement vers 12h00, quatre prisonniers sont faits dans la région de Mouacourt, dont deux sous-officiers, deux autres prisonniers sont faits dans la région de Xures. Leur armement sert à compléter celui des FFI. Pas de pertes à signaler dans nos rangs.

Les prisonniers sont conduits et remis à une formation de la 4e Division Blindée américaine qui reconnait les FFI.

A 15h30, renforcée par l’armement capturé, le chef Piant sent son groupe assez fort pour tendre une embuscade.

A 16h00, un convoi motorisé ennemi (voiture et moto) se dirigeant sur Coincourt passe sur le lieu de l’embuscade. Après un court¸ mais vif engagement, il est stoppé et contraint à la fuite, après avoir subi des pertes.

Sur demande du Commandant américain et en collaboration avec les patrouilles motorisées, les FFI participent au nettoyage des bois communaux de Coincourt vers 18h00. Pour protéger Coincourt contre les incursions d’éléments isolés armés (pillards, etc  un service de garde de nuit est assuré.

 

16 septembre 1944

Sur le canal entre Mouacourt et Coincourt à 10h00, un engagement met aux prises les FFI et un détachement ennemi. Au court du combat le FFI Bodot est sérieusement blessé. Un deuxième détachement ennemi prenant part à son tour au combat avec des armes, rend la situation des FFI critique.

Le chef Piant donne opportunément l’ordre de repli à 12h30. Sous un feu violent les FFI décrochent en bon ordre, emmenant leur blessé. Le FFI Bodot est conduit dans une formation sanitaire américaine à 16h30.

Les américains arrivent à 18h00 à Coincourt, recueillir des renseignements. Ils leurs sont fournis par les FFI envoyés en reconnaissance à Xures, Parroy et Mouacourt.

 

17 septembre 1944

A 7h30, surveillance des alentours de Coincourt. Un allemand est blessé, fait prisonnier, conduit aux américains. Un fusil mitrailleur tombe entre  nos mains. Reste de la journée, patrouilles, recherches de renseignements. Service de nuit.

 

18 septembre 1944

A 9h30, patrouilles et engagement. Trois prisonniers sont capturés dont un Sous-officier. Leur armement est confisqué et renforce celui des FFI.

Coincourt

Les prisonniers allemands capturés sont rassemblés dans un champ avant d’être donnés aux américains | Bodot Paul.

 

A 15h00, les américains du service de l’Etat Major (renseignements) conduits par Bodot Paul viennent à Coincourt chercher des renseignements. Il leur en est fourni d’importants : passages et concentration de 48 chars qui se préparent à l’assaut des positions américaines.

 

19 septembre 1944

Les américains ayant demandé pour le lendemain, une série de renseignements, les FFI prennent toutes les mesures utiles pour y assurer de satisfaisantes réponses.

A cet effet, dès 7h00, les FFI Castet Marius et Scarabin prenant l’attitude inoffensive de cultivateurs à la recherche de leurs chevaux, se dirigent sans armes ni insignes vers Parroy occupé par les allemands.

Ils réussissent à traverser le canal, gardé par les allemands et après avoir aidé (pour endormir tout soupçon) certains d’entre eux à capturer des poissons péchés à la grenade, peuvent, sur la confiance que leur comportement calme et naturel inspire, continuer la recherche de leurs prétendus chevaux à travers un secteur assez important de la forêt de Parroy. Grâce à leur audace, ils font ample provision de renseignements qui sont transis (état des ponts, densité de la défense, nombre de chars, moral des troupes, etc.….) Ils rejoignent Coincourt à 13h00.

Pendant ce temps, le Lieutenant évadé Despaux, qui depuis le début des opérations (relatées plus haut), avait eu l’honneur d’être admis, après que sa condition n’eut plus fait de doutes, à grossir le nombre des 20 FFI se dirigeait sans armes dans la Direction de Parroy-Xures.

Sa connaissance de la langue allemande devait lui permettre d’entrer en contact avec des éléments ennemis détachés ou isolés. Il avait été reconnu la veille, que des éléments fragmentés, souvent sans chef, mais encore animés du désir de combattre, ne possédant pas de cartes, demandaient aux habitants qu’ils trouvaient par la route ou les champs, la direction de tel ou tel village.

Le FFI Despaux devait les diriger vers une embuscade que leur tendait un groupe armé sous les ordres du chef Piant. La liaison à vue était gardée avec le FFI Despaux.

Vers 9h00, une patrouille de quatre soldats dont un Sous Officier interpelle ce dernier, lui demande la direction d’Hénaménil, ils sont envoyés vers Réchicourt, sur l’embuscade.

Le brouillard devenu très dense, amène alors le groupement armé, soucieux d’assurer le succès de son entreprise à effectuer certaines manœuvres, qui le conduisirent vers 10h00, sur les hauteurs de Cognumont où un poste fixe est installé.

Un bombardement assez violent s’abat à ce moment sur cette zone. Le groupement n’a d’autres ressources que de laisser passer l’orage, utilisant pour sa protection les vestiges d’anciens abris de la guerre de 1914-1918.

Le bombardement s’étant calmé et éloigné, les FFI virent brusquement apparaître dans une déchirure de brouillard, à environ 150-200 mètres, et se dirigeant vers eux, une formation de blindés évaluées à 30 unités environ. Ces blindés, camouflés par du feuillage ne présentaient aucun signe à cette distance, et par ce temps qui eut permis leur identification.

Aussi furent-ils, au premier abord pris pour des chars américains par le FFI  Barbelin Jean qui se leva et partit à leur rencontre, bientôt suivi dès FFI Baumann Jean et Castet Jean pour leur signaler notre présence sur la position.

Parvenus à une cinquantaine de mètres, ils distinguèrent les casquettes noires des soldats des chars. C’était des allemands.

Ceux-ci d’ailleurs, semblaient avoir partagé la même illusion, car jusqu’au moment où l’identification ne fit plus de doute, il est à penser qu’ils prirent les FFI pour des éléments isolés de la Wehrmacht.

Cependant une grêle de balles et d’obus s’abattait sur la position FFI. A 11h30, la situation se résumait ainsi ; les FFI Castet Jean, Baumann Jean et Barbelin étaient prisonniers.

Le reste du groupement : Piant, Villermain, Berger, Barbelin André avaient pu, malgré la grêle de balles, gagner sans pertes, en utilisant un profil favorable de terrain, une sape étroite où ils se dissimulèrent avec leur armement.

Quelques instants plus tard, pendant que les FFI tapis dans leur cachette entendait autour d’eux et au-dessus, patrouiller quelques chars envoyés à leur recherche. Les trois FFI capturés, étaient contraints à monter sur un char. Quelque trois quart d’heures plus tard, leur situation devenait de plus en plus critique, la formation allemande ayant rencontrée à hauteur de Réchicourt, des blindés américains, le combat s’engageait.

Au milieu des obus fusant de toute part, les trois FFI que l’on avait contraints à demeurer sur la tourelle de char, saisirent avec une décision, un sang froid remarquable, le moment où la surveillance du chef occupé au combat, semblait se relâcher, pour bondir en bas du blindé.

Environnés de déclarations et de mitrailles, ils réussirent de fourrés en fossé, de fossés en buissons à gagner une zone moins battue. A 14h30¸ils rejoignaient Coincourt.

Sans être aussi mouvementée, la situation de ceux qui demeuraient dans la sape¸n’était pas non plus très brillante.

Tassés avec leurs armes au fond de leur petit abri, la présence de chars qui s’obstinaient à patrouiller sur la position, les rendaient à tout moment justiciable d’un tir d’embrasure ou d’une rafale, sans qu’ils eussent la possibilité d’esquisser la moindre défense.

Ils furent assez heureux pour n’être pas découverts. Sans doute l’attitude courageuse des trois prisonniers qui ne dévoilèrent rien de la position, ni de leurs camarades, le tir ajusté des américains¸ le profil assez mouvementé du terrain, la visibilité imparfaite y aidèrent –ils beaucoup.

A 13h00, ils quittaient leur abri et après avoir traversé sans encombre une zone bombardée, regagnaient Coincourt. Ils devaient y retrouver leurs trois camarades. Grâce à d’heureuses circonstances, mais aussi à certaines qualités de décision et de rapidité, le groupement l’avait échappé belle.

 

20 septembre 1944

Dès le matin, des blindés pénètrent dans Coincourt et l’occupent (réquisitions, pillages, etc.).

L’activité militaire des FFI doit malheureusement entrer en sommeil. Dans la mesure du possible, les FFI s’emploient à empêcher de trop pénibles exactions.

Le village est bombardé.

 

22 septembre 1944

Déjà bombardé depuis la veille, Coincourt semble devenir le théâtre de nouvelles opérations, les FFI s’occupent à recueillir des renseignements, à rassurer la population énervée et fatiguée par le bombardement, visitent les caves-abris pour y apporter un réconfort moral.

Ils combattent un incendie provoqué par le bombardement. A 16h00, le bombardement par aviation et artillerie redouble de violence. L’assaut américain est déclenché sur Coincourt.

Mêlés aux fantassins d’assaut, les FFI s’emploient à débusquer les allemands demeurant dans les caves des habitants de Coincourt.

Coincourt est délivré vers 17h30 pour la deuxième fois. Les américains s’éloignent vers Réchicourt.

A18h00, le bombardement ayant provoqué de nombreux foyers d’incendie, les FFI concourent aux opérations de sauvetage, qui durent tard dans la nuit….

Alors que le commandant du premier détachement ayant pénétré dans Coincourt pour la première fois, avait reconnu les FFI et travaillé en collaboration avec eux, le commandant de cette deuxième formation semble les ignorer.

Dans les opérations de nettoyage hors du village les troupes alliées tirent à bout portant sur tout ce qu’elles aperçoivent de non américain. Le matin, principalement, la visibilité par suite du brouillard est mauvaise. Par prudence, et afin d’éviter accidents et méprises, le chef décide d’interrompre provisoirement et jusqu’à nouvel ordre supérieure, les modestes opérations militaires des 21 FFI de Coincourt.

 

23 septembre 1944

RAS. Coincourt toujours isolé panse ses plaies. Activité américaine de chars, d’aviation, etc. … Ensevelissement des cadavres.

 

24 septembre 1944

Les chars américains se replient au-delà du village, la situation n’est pas claire, sept FFI parmi les plus jeunes se replient vers Arracourt. Ce sont Barbelin J., Barbelin A., Lesdalon H, Berger J, Berger R, Gruel M. et Mirgon R. Les 12 autres restent à Coincourt en observation.

 

25 et 26 septembre 1944

Dès l’aube du 26, le village retombe entre les mains de la Wehrmacht. Le village est intensément bombardé ; de nombreux incendies éclatent.

Les FFI soutiennent de leur mieux le moral d’une population encore si durement éprouvée, luttent contre les incendies malgré le bombardement, soignent les éléments blessés de la population.

 

26 septembre au 4 octobre 1944

Toujours aux mains des allemands (pillage, réquisitions, bombardements, menaces, etc.….)

 

5 octobre 1944

L’ordre est donné par la Kommandantur d’évacuer le village. La population sera dirigée sur l’Allemagne. Une heure de délai est impartie pour les préparatifs du départ.

Une opposition larvée des FFI les plus influents : Despaux, Castet père, Piant, Villermain, réussit à retarder l’heure et à entraver les mouvements de départ auquel il est finalement sursis ! Coincourt n’est pas évacué.

 

8 octobre 1944

Au matin, la feldgendarmerie procède de vive force à la déportation de la population mâle du village.

Fortement encadrés les hommes seront dirigés sur l’Alsace où ils procéderont à des travaux de terrassement (tranchées, fortifications).

Les FFI Castet père, Despaux et Villermain réussissent à s’évader dès le premier jour et parviennent à regagner les lignes Américaines après de multiples péripéties.

Piant, Castet, Baumann, Midon, Barbier, Sandonna, Scarabin, Michel, Maire, sont dirigés sur l’Alsace pour creuser des tranchées sous la surveillance de SA.

 

14 octobre 1944

Le sixième jour, nous réunissons à nous procurer une carte de la région et nous nous évadons à six FFI : Piant, Castet, Midon, Baumann, Barbier et Sandonna. Nous arrivons aux lignes, mais rien à faire pour les passer, mines, inondations, etc.…. A plusieurs reprises nous tentons notre chance mais nous n‘y arrivons pas.

 

16 octobre 1944

 Jusqu’au 16 octobre au soir, nous restons cachés aux abords des lignes, nous essayons notre chance encore une fois malgré plusieurs rafales de FM, nous passons enfin en terre occupée par les Américains.

Nous fournissons des renseignements aux Américains sur les positions occupées par les Allemands (pièces d’artillerie, élément d’infanterie, etc.).

 

17 octobre 1944

Des renseignements plus complets sont fournis dans la matinée du 17 au CIC de Juvrecourt, sur les mouvements de troupes, retranchements, positions des batteries, lignes de défense ennemies de Lagarde à Saverne.

Les américains nous remercient et utilisent aussitôt les renseignements donnés.

 

18, 19 et 20 octobre 1944

Les 18-19-20 nous prenons contact avec les éléments américains se trouvant à Coincourt. Le 20 au soir, des volontaires sont demandés pour participer aux opérations, marche en avant avec des chevaux, le terrain ne permettant pas l’emploi de véhicules automobiles.

 

21 octobre 1944

Le 21 au matin, sont au rassemblement : Piant, Castet, Baumann, Midon, Sandonna, 25 américains leurs sont adjoints.

Nous allons de l’avant, passons Moncourt, Ley, laissant Omeray sur le coté, la marche n’est pas facile, le terrain est semé de ruines et les ponts ont sautés, les chevaux sont mis à rude épreuve.

Nous approchons de Bourdonnay et prenons les formations de combat. L’opération se déclenche mais l’attaque en tenaille oblige les Allemands à fiche le camp car les chars américains débouchent sur la route de Lagarde, poussent à fond et poursuivent les allemands en direction des forêts et des étangs couvrant la région.

L’opération heureusement conduite ne coûte aucune perte de notre côté, deux jours après nous rentrons à Coincourt, retour assez mouvementé et difficile dans les terrains minés. Les américains nous avaient remerciés de notre collaboration, dans des termes les plus chaleureux.

Pendant ce temps, les FFI Villermain, Castet Marius, qui avaient réussi à s’évader le 8 octobre, traversent les lignes et portent les renseignements aux forces américaines, qui, sur ces renseignements, envoient  une forte patrouille en direction de Coincourt. Les Allemands croyant à une attaque abandonnent le village, la patrouille américaine se retire en laissant à Coincourt les FFI Castet et Villermain, avec mission de les tenir au courant de tous les mouvements de l’ennemi. Une patrouille Allemande avec FM est interceptée par les FFI Castet et Villermain qui les font prisonniers.

Une mission de renseignements est confiée à Castet qui ensuite dirigé par le CIC de Serres, chargé de mission obscures et difficiles.

Villermain rejoint Coincourt occuper son poste car le village est toujours entre les lignes allemandes et américaines. Au cours d’une mission de reconnaissance, Barbelin André est très grièvement blessé par un obus Allemand.

 

15 novembre 1944

Une nouvelle patrouille de quatre hommes entre à Coincourt.

Villermain utilisant ses connaissances de la langue allemande, entre en contact avec eux et les conduits vers les lignes américaines où ils sont faits prisonniers.       

 

17 novembre 1944

Une patrouille de deux hommes entre au village, cherchant à se renseigner sur les positions américaines. Villermain fait alerter les américains, les boches sont faits prisonniers et donnent de précieux renseignements.

 

18 novembre 1944

Une patrouille de 5 hommes, dont un Sous-officier se présente au pays, Villermain les persuade de le suivre et les conduit aux lignes américaines où ils sont faits prisonniers par les avant-postes.

 

23 novembre 1944

Les américains occupent enfin le pays et Villermain est chargé de l’administration civile du pays.

 

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Dès 1943, les voies navigables subissent à nouveau de graves dommages, par suite des bombardements et des sabotages. En juin 1944, au niveau de l'étang de Parroy, ce sont 16 bateaux qui seront arrêtés pendant presqu'une année.

Coincourt

Ecluse de Crévic, juin 1944.
Photo de Fr. Berenwanger, témoin de l'époque!

Lors de leur retraite, en 1944, les Allemands procèdent à des destructions systématiques, de sorte qu'au 1er octobre 1944, la navigation est interrompue sur 8250km, plus de 1500 ouvrages, des ponts routes aux ponts-canaux, en passant par les écluses, sont détruits.

La Résistance également fait sauter ponts et écluses, pour gêner le retrait des allemands ; on en retrouve des traces, des années plus tard :

 

Coincourt Coincourt

Marque des Forces Françaises Libres sur le mur en retour aval de l'écluse de Mouacourt
(canal de la Marne au Rhin, versant Meurthe)

Dès la Libération, la réfection commença, et en novembre 1944, la navigation était déjà reprise entre le bassin minier du Nord et Paris, ainsi qu'entre Paris et Rouen. L'hiver rigoureux interrompit les travaux pendant trois mois, et en novembre 1945, c'est quasiment tout le réseau qui fonctionne normalement.

Comme en 1918, la reconstruction s'accompagne d'améliorations des voies navigables.

 

ATTESTATION

 

            Je soussigné Piant Marcel, ex-sous-lieutenant FFI chef du groupe de Coincourt atteste :

 

            Au cours d’une opération menée par mon groupe le 19 septembre 1944, alors que nous étions en contact avec une patrouille allemande entre Coincourt et Réchicourt-la-petite, vers 10h30¸nous fûmes encerclés par une unité de chars allemands qui nous soumirent à un feu intense d’artillerie et d’armes automatiques. Etant, pensions-nous, en sécurité dans un abri de la guerre 1914-1918, un char allemand vint alors sur le bord de la tranchée, son chef de conduite, en hurlant, nous intima l’ordre de sortir. Jean Castet, Jean Barbelin et Jean Baumann se rendirent et furent fait prisonniers, sauvant ainsi huit autres de leurs camarades restés dans l’abri.

 

            Au même instant, les troupes américaines qui se trouvaient à environ deux kilomètres furent arrêtées par le bombardement et la mitraille et ouvrirent le feu, et la colonne se replia vers un endroit encaissé où après un interrogatoire sommaire, les trois FFI considérés comme partisans, furent obligés de prendre place sur le devant de la tourelle d’un char.

 

            Toute la colonne allemande se rua en direction des positions américaines C’est ainsi que commençait une des plus grandes batailles de char après celle de Normandie. Plus de cinquante chars y ont été détruits.  Au milieu de la bataille, alors que le combat faisait rage, Castet Jean, Barbelin Jean et Baumann Jean, réussirent à sauter du char en marche (qui fut d’ailleurs détruit quelques heures après) et, ayant réussit à traverser le rideau d’infanterie allemande parvinrent à rejoindre leur groupe.

 

            Celui-ci, coupé de toute liaison, dut rentrer temporairement dans la clandestinité, le village et ses environs étant à nouveau occupé par l’ennemi.

 

            Cette évasion a valu à ces trois FFI la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

 

Certifié sincère et véritable

Marcel PIANT

 

 

ATTESTATION

 

            Du Lieutenant HENRI DESPEAU

 

            Lieutenant Henri Despeaux, évadé de l’Offlag de Vienne, arrivé à Coincourt le 17 septembre 1944, incorporé au groupe FFI le même jour.

 

            Qu’il me soit permis en qualité de Lieutenant de l’Armée Française de 1939-1940, de rendre hommage ç la combativité des FFI de Coincourt.

           

            A leur chef Piant, qui montra, en toutes circonstances, avec le meilleur exemple, son esprit de sacrifice et de décision.

 

            A M. Castet Marius, qui, par sa personnalité, son expérience et son courage tranquille, sut toujours sur la brèche nous montrer les valeurs qui firent les vainqueurs de 1918.

 

Savoir :

 

PIANT Chef de Section

 

CASTET Jean                                                BAUMANN Jean

CASTET Marius                                            SCARABIN Louis

VILLERMAIN Paul                                     SANDONNA Adolphe

BARBIER Auguste                                      BARBELIN Jean

MIRGON René                                             BARBELIN André

LESDALON Hubert                                     BERGER Jean

MICHEL Louis                                             BERGER René

MAIRE Sylvain                                            GRUEL Marcel

BODOT Paul                                                 BODOT Jean

DEGRIL André                                            MIDON René