La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Historique du secteur 414 de Baccarat

                                                  

 

    Résistance – Fin juin 1940

L’allemand est partout dans nos rues, nos maisons, nos jardins, nos bois. Les casernes et les Cristalleries sont remplies de malheureux prisonniers, première victime de notre triste défaite. Ils sont 40 000 harassés par la longue retraite depuis les blocs de la ligne Maginot. Ils ont soif et sont mal logé, à vrai dire, pas du tout, car ils couchent dehors, heureusement c’est l’été.

La population de Baccarat a tout de suite compris qu’il était de son devoir d’aider tous ces malheureux. Des aliments de toute sorte arrivent des soupes sont organisées. La municipalité, les services de la Croix Rouge qui pendant l’exode, n’avaient cessé de prodiguer leurs soins aux évacués. Avec l’aide de tous, ils soulagent au mieux, l’humiliante captivité de nos frères. Mr Monneret, Melle Mercier et Jeanne Arnoux se sont faits particulièrement remarquer par leur dévouement.

 

De tous jeunes gens se réunissent chaque jour, il y a des armes un peu partout dans la campagne, ils sont de ceux qui ne veulent pas accepter la défaite. Tous les soirs, il arrive des fusils, des cartouches, des grenades etc.…. à la petite logette où ont lieu les premières réunions clandestines. Il y a des avis affichés partout  informant  la population que tout porteur d’arme serait fusillé immédiatement, nos jeunes camarades se moquent de cela.

 

Ils sont groupés sous le commandement de Mrs René Michel et Louis Hentz, 2 gars de 19 ans en continuant les rendez vous journaliers sans ce soucier des allemands. Le petit arsenal augmente par un apport continu d’armes et de munitions de tout sortes. On parle beaucoup aux réunions, on parle trop dirai-je, surtout en ville.  Excusons ici une insouciante mais courageuse jeunesse. Hélas, les allemands ont appris quelque chose. Le petit jardin de la ruelle de la ferme Aubert va être occupé par les allemands. Heureusement, les chefs sont prévenus à temps, la logette est rapidement débarrassée du matériel de guerre et le petit groupe, le premier se dissout pour un temps.

 

Le secteur 414  est né, un soir, à la suite d’une conversation amicale entre Mr Roger François (tailleur à Baccarat) et un de ses anciens camarades. La triste épreuve de juin 1940 continuait à plonger notre peuple dans la misère. Sous des airs protecteurs, l’allemand  prenait peu à peu emprise totale sur le pays. Roger François était de ces Lorrains qui aiment leur pays et plus encore la liberté, si chère à tous les français.  Nos 2 amis venaient de causer longuement de la triste situation du moment, le camarade de Roger faisait déjà parti d’un mouvement de résistance, il demanda et lui proposa de s’occuper du secteur de Baccarat. Roger accepta de suite cette lourde tâche. Il ne pouvait pas d’ailleurs à l’époque, deviner toutes les difficultés, qu’il faudrait  coûte que coûte surmonter.

 

Le nouveau chef du secteur commence à contacter ses amis, camarades et clients, toujours prudemment car l’allemand veille. Quelques camarades des villages contactés commencent à rassembler ce que l’on peut encore trouver comme armes et munitions dans les bois et la  campagne.

On parle avec plaisir à chaque entrevue, de l’avenir que l’on voit beau. Le soleil, la Liberté brille au loin et l’espérance se lit dans tous les regards de ces premiers résistants car en plus, chaque semaine il y a de nouvelles recrues. Peu après son retour de captivité, le gendarme Gabalai entre dans le groupe de Baccarat, dès ce moment, avec le Gendarme Garnier, ils vont rassembler des éléments de bons français dans de nombreux villages, qui se rencontreront discrètement de temps en temps pour recevoir des ordres (c’est la consigne : on doit garder le plus grand secret, sous peine de sanctions graves) d’ailleurs chacun a conscience de sa mission et applique cette discipline. 

 

Dans les mêmes moments, J. Birker, ami de François parle du mouvement de résistance, le chef de secteur se dévoile, du coup Birker donne son adhésion. Peu à peu, le groupe s’agrandit. Colson  et Calamai continuent leur prospection extérieure. Un jeune homme de Badonviller, Mr Lemoine voit souvent le chef du secteur de Baccarat. Il lui transmet les ordres de Nancy et distribue des journaux clandestins. Ces feuilles très appréciées de tous les résistants, passeront discrètement de main en main, apportant à chaque lecteur, un précieux réconfort.

 

Le Chef de Secteur a pris un nom de guerre, c’est Colson, juste précaution pour dérouter l'allemand. Colson reçoit de nombreuses visites, heureusement cela passe inaperçu grâce à son métier de tailleur. Il semble avoir une très nombreuse clientèle. Il reçoit aussi, les chefs des secteurs voisins, entre autre, Mr Andreux, photographe, chef du secteur de Domèvre sur Vezouze. 

 

En août 1942, le chef de secteur Colson reçoit de ses chefs, l’ordre de trouver un terrain propice au parachutage. Après recherches dans les environs de Baccarat, un terrain est choisi vers Domptail. Il est prévu très vaste, pour qu’occasionnellement l’avion puisse atterrir  en cas de nécessité. Calamai, consulté donne les coordonnées exactes du terrain. 15 jours passent et un beau matin Lemoine, alors agent de liaison pour Nancy, apporte le message avec l’homologation officielle de notre terrain, nous sommes heureux et formons des tas de projets sur l’emploi des armes qui doivent nous tomber du ciel. Hélas, nous attendons 1 an sans qu’il y ait de parachutage. A Fontenoy, une équipe de 1ère urgence est constituée, nos vélos, toujours prêt pour un déplacement nocturne. Mais nous attendons en vain, plusieurs fois par jour, l’oreille collée au poste de radio, la phrase conventionnelle et confidentielle « après la pluie le beau temps » message qui doit nous annoncer le parachutage.

 

Le secteur 414 est maintenant sous les ordres directs de l’Abbé Stutzmann, curé de  Domèvre « Capitaine Laforge ». Un jour, Colson reçoit l’ordre de prendre un adjoint, il choisit son ami Birker qui est devenu pour les résistants « Martingalle ». Le temps passe, l’allemand persécute toujours davantage la population et chaque fois l’occupant est roulé dans les grandes largeurs. C’est avec un vif plaisir  que l’on se confie ces actions  en réunion strictement privée entre résistants. Nos familles n’en sont pas informées, à cause du danger « bavardages ».

Un matin, la population est toute heureuse de voir sur les murs de la ville des petites affiches tricolores : c’est un appel du général de Gaulle à tous les Français, les encouragements à la résistance. En clin d’œil la ville en parle, personne ne les arrache, il n’y a pas d’attroupement. La population a l’air d’avoir compris qu’il ne fallait pas que les allemands s’en aperçoivent trop tôt.

Avant que les  affiches n’aient été enlevées et arrachées sur l’ordre des nazis, tous les habitants avaient eu le temps de lire le message de notre grand chef. Tous les regards, ce jour là, respiraient une très grande joie. De temps à autre, les journaux clandestins, forts intéressants « Résistance, France d’Abord etc.. » viennent apporter l’espoir à ceux qui flanchent  et le réconfort à ceux qui souffrent de trop. Les hommes commencent à s’impatienter, le nombre de réfractaires augmente chaque jour. Les chefs remontent le moral de chacun et leur donne l’espoir de passer à l’action bientôt.

Courant mai 1943, Colson a été bien malade, il est convalescent, c’est sa première sortie, il est encore faible (broncho-pneumonie). Cependant, il n’hésite pas à faire un très gros effort qui aurait pu lui occasionné une rechute. Ayant reçu de son chef Laforge, une  note le priant de contacter un officier supérieur, sûr et capable en vue d’une entrevue qui doit avoir lieu très prochainement à Domèvre avec des officiers FFI pour discuter de questions très délicates. Colson ne fût malheureusement  pas récompensé des ses efforts. Ce jour là, il lui fût opposé un refus poli mais catégorique, le Mr consulté annonçant que le moment n’était pas venu, qu’il bougerait seulement au moment propice. Il fut donc décidé entre Martingale et Colson  que l’on se passerait d’un officier supérieur et qu’eux-mêmes iraient à l’entretien de Domèvre qui eut lieu peu après.

 

A ce moment, Mr Berte, qui depuis longtemps dans ses conversations avec Martingalle, manifestait le désir de faire de la résistance, acquiert auprès de l’Abbé Stutzmann de Domèvre, la certitude qu’il y a  à Baccarat un noyau officiel de Résistance. Il cherche, consulte bien des gens et finit enfin par trouver. Le secret était bien gardé, mais cependant toute personne vraiment convaincue et idéaliste arrive à trouver les camarades de combat qu’elle cherche. Mr Berte prend contact avec le chef de Secteur qui après un peu de réticence, finit par se dévoiler. Justement fier de cette petite victoire et de cet honneur, il rencontre Martingalle et lui fait part de sa joie. A partir de ce moment, Mr Berte ne cesse d’éclairer Colson et Martingalle de ses sages conseils.

 

Février 1944 :

Un élément douteux cherche à s’infiltrer parmi nous en se faisant passer pour un parachutiste. Il est recueilli par Michel Robert qui le comble de bonnes choses. Que ne ferait- on pas pour un homme tombé du ciel venant de Londres ? Heureusement, nous nous sommes vite rendu compte que nous avions à faire à un fumiste. Est-ce un agent de la gestapo où un escroc ? Nous le gardons à vue, l’individu nous fait des révélations sensationnelles dans le but vraisemblable de nous démasquer, mais nous ne tombons pas dans le piège. Après consultations du capitaine Laforge et  sur  son ordre, nous remettons le faux parachutiste entre les mains de chefs qui eux sauront l’identifier. Le danger était écarté. La présence parmi nous d’une mouche, connaissant bon nombre de FFI, était pour nous une véritable angoisse.

 

30 mai 1944 :

Un beau matin nous avons la visite du lieutenant Perroz de Nancy (dit François). Il vient de la part du capitaine Laforge avec le mot de passe convenu et rencontre Martingalle en l’absence de Colson. Je dois vous dire que nous sommes toujours très heureux de recevoir un ami où des ordres venant de l’Abbé Stutzmann. Pour nous Laforge,  en qui nous avions une grande confiance et une profonde admiration. Il est si convaincu, si sûr de lui, sachant si bien nous redonner espoir et nous sommes tellement impatient. Perroz lui-même est un type extraordinaire, au regard franc, à l’allure jeune et sportive. Au 1er contact, vous êtes prêt à faire ce qu’il vous demande, partout  Perroz a produit une excellente impression.

Notre nouvel ami ne prolonge jamais ses visites, c’est la règle, il est venu, ce jour là nous demander un artificier pour aller suivre un cours, donné par lui à Domèvre, sur les armes et explosifs parachutés.

Intéressante perspective que de penser que l’on va enfin pouvoir toucher des explosifs pour gêner les allemands. Donc question délicate pour les chefs qui va-t-on envoyer pour suivre ces cours ? Un jeune homme du groupe de Ste Barbe sera choisi sur les conseils de Colson, c’est Roger Demange, nous lui faisions entière confiance. Perroz avant de repartir, avait annoncé que Laforge nous réservait environ 40kgs d’explosifs et armes provenant du parachutage de Domèvre.

 

1er juin 1944 :

C’est Martingalle qui eut l’honneur d’aller chercher notre dotation d’armes et d’explosifs (6 révolvers, 1 mitraillette, des cartouches, Bickford, cortex, crayons et plastiques, un vrai petit arsenal). La route est bonne, il fait beau, tout s’annonce bien. Toutefois une panne à la chaîne du vélo de Martingalle survient à Merviller, vite réparée grâce au précieux concours de Mr Patry, marchand de vélos. Ce jour là, 2 FFI se sont rencontrés et rendus service en s’ignorant mutuellement, c’était la règle (Mr Patry faisait parti du groupe de Merviller).

Arrivés sans encombre jusqu’au carrefour de Montigny où quelques soldats allemands de la LW causaient tranquillement devant le poste d’écoute situé dans une maison du carrefour, petit frisson dans le dos en les voyant, réflexion rapide « pourvu qu’ils ne soient plus là au retour ». Dix minutes plus tard, arrivée chez Laforge (Domèvre) des tanks sont en station devant l’église, 2 sentinelles au carrefour, le château en face du presbytère occupé, allées et venues de voitures, c’est  sans doute un atelier de réparation, il y a des allemands à plusieurs fenêtres, tout cela n’est pas fait pour rassurer.

Voici la porte qui s’ouvre, apparaît Mademoiselle Thérèse, la sœur de Mr l’Abbé Stutzmann, curé du village. Toujours souriante, elle introduit  Martingalle dans une  pièce. Laforge est occupé avec une autre visite.

Quelques instants seuls, il jette un regard dans la chambre, devant, il y a plusieurs instruments de musique et des partitions. De suite le visiteur a compris : s’il y avait une perquisition allemande, toujours possible, il est là pour une leçon de musique et attend son professeur, c’est une bonne précaution. Mais on entend du bruit dans le couloir, le visiteur inconnu quitte Laforge qui rejoint Martingalle dans la salle d’études musicales improvisées.

Tous deux sont bientôt dans la grange du presbytère ou le curé montre à Martingalle un gros billard japonais encombré d’objets les plus divers. On enlève 2 chevilles invisibles le billard s’ouvre, le précieux matériel est caché à l’intérieur. Prestement Laforge montre les différentes choses et dit tout haut : « Voici les instruments » (révolvers, mitraillettes) et «maintenant les partitions » (chargeurs et balles). Les 2 chefs se regardent en souriant « je vous passe maintenant la colophane » (en réalité le plastique) à n’en pas douter, si quelqu’un écoutait de l’extérieur, il croirait assister à un cours de démonstration musicale.

Mais le temps passe, les sacoches du vélo de Martingalle regorgent, une valise est pleine sur le porte bagage arrière, c’est très encombrant un sac à patates plein est fixé encore par-dessus. Si Martingalle, était arrêté par les allemands au retour, il lui serait très difficile de fuir. Il fut décidé que l’excédent serait recherché le lendemain dans la journée. 

Après un bref, mais très cordial serrement de main, le capitaine Laforge souhaite bon retour à Martingalle qui quitte rapidement le tranquille presbytère. Arrivé sur la route, il enjambe son vélo qui vacille un peu au départ du fait de la charge, heureusement quelques mètres plus loin, en arrivant près des sentinelles, au carrefour, l’équilibre est parfait et notre homme jette un regard froid aux 2 allemands en sifflotant Lily Marlène, histoire de les mettre en confiance. Ouf : ça c’est bien passé, pourvu que cela dure. Au carrefour de Montigny : personne, Dieu soit loués, et puis la nuit qui tombe, enfin arrivé à Baccarat sans encombre par la nuit noire.

Colson vient le même soir prendre connaissance du nouveau matériel. Il y en a bien peu, mais il est si beau, et comme on nous  promet bientôt un parachutage, cela nous donne grande confiance dans l’avenir.

 

6 juin 1944 :

Angoisse des chefs qui n’ont pas encore eu le parachutage et qui se demandent, en écoutant avec une grande joie le message du Débarquement, suivi bientôt du message d’action, s’ils ne vont pas conduire tout le secteur au  désastre en passant à l’action aussitôt… Après un cours entretien, Colson et Martingalle décident de ne pas bouger pour l’instant, étant donné le  manque presque total de moyen et surtout la présence dans le coin, d’une grande quantité de troupes ennemis. Heureuse décision confirmée par un contre ordre peu après le passage du message d’action.

 

7 juin 1944 :

Des jeunes du secteur de Ste Barbe ayant commis l’imprudence de s’exercer à tirer à la tombée de la nuit en forêt, avec leurs armes de récupération.

Un car de milicien est arrivé au petit village de Ste Barbe. De suite tous les hommes se sont enfuis et se sont réfugiés à Baccarat. Ils ont alerté aussitôt le chef de secteur en leur signalant que tous leurs papiers d’identité étaient restés dans leurs familles. Des perquisitions étant à craindre, il fallait tout  de suite récupérer touts ces cartes.

Colson qui connaissait depuis longtemps les sentiments patriotiques et la propagande anti-allemande menée par Mlle Marcelle Cuny, alla trouver cette demoiselle lui exposant la situation critique du moment en lui demandant de se rendre, au plus tôt au village afin de ramener coûte que coûte, tous les papiers d’identité des jeunes FFI. Marcelle qui venait à sa grande joie, de faire son entrée dans la résistance, remplit sa première mission avec succès. En passant au travers du cordon de milice qui cernait le village, elle réussit à ramener à son chef, tous les papiers compromettant.

 

 

8 juin 1944 :

Le lieutenant Perroz (dit François) alors estafette personnelle du colonel chef de la résistance de Meurthe et Moselle (Grandval) arrive chez Colson qui est avec Martingalle. En quelques mots, Perroz donne les raisons de sa visite. Il doit faire sauter la station électrique de Glonville. Il a pour cela besoin de quelques  hommes et des indications exactes sur la station. Il est décidé aussitôt que Colson ira trouver Mr Perrin, Maire de Glonville, très bon patriote qui pourrait donner tous renseignements utiles. Ce qui est fait (voir annexe n°1 de Perrin, Maire) ! Perroz de son côté part reconnaître les lieux. Quelques gars décidés du groupe de Ste Barbe sont convoqués pour le lendemain. On rassemble lampes électriques et ficelles pour immobiliser les gardes civiles pendant l’opération.

Le dimanche 11 au soir, après avoir préparé les explosifs dans une loge de jardin , le petit groupe Perroz, Louis Hentz, Demange et ses hommes d’équipe se dirigent dans la nuit vers la station qui saute peu après. Grâce aux indications données par Mr Perrin, la complicité des gardes qui rapportent scrupuleusement aux allemands les paroles qui leur ont été dictées par l’équipe de sabotage. Soit : « ce sont des hommes habillés en soldats allemands qui sont arrivés en voiture, ils étaient nombreux et armés, ils nous ont ligotés et bâillonnés, leur travail terminé sont repartis dans leur voiture ». Les teutons se sont contentés de ces renseignements, fort heureusement.

 

14 juillet 1944 :

Manifestation de tous les résistants qui se promènent dans les rues à une heure indiquée, circulant par petit groupes isolés et faisant une petite halte devant le monument aux Morts afin de leur rendre hommage.

 

 

16 juillet 1944 :

Perroz arrive à baccarat et rencontre Martingalle qui est envoyé pour trouver un endroit propice à la construction d’un maquis dans le secteur. Il est décidé que le lendemain matin, les recherches seront faites sur place. Ce dimanche après midi, Perroz accompagne Colson dans un déplacement dans les Vosges  en vue d’une récupération d’armes, tous deux rentrent tard. Le lendemain matin par un temps superbe, Perroz et Martingalle partent en forêt, lieu dit « Bois de la Moncelle ». Après une visite à la ferme de la Rott à Moncelle, le choix  est fixé sur une baraque de charbonnier actuellement abandonnée cela sera suffisant au début, le maquis ne devant être constitué que d’éléments devant servir de cadre, sera assez restreint au début de 12 à 20 membres sont prévus pour commencer. Au retour de cette expédition qui s’est effectuée sans encombre, Perroz a repéré un nouveau terrain qui serait propice à des parachutages.

Le même après midi, Perroz quitte Martingalle après avoir annoncé l’arrivée des éléments du maquis, d’un jour à l’autre. Colson ayant déjà contacté précédemment les fermiers de la Rochotte au sujet d’un maquis éventuel, va trouver Mrs Courtois et E Otin qui acceptent spontanément d’être les intermédiaires avec le maquis. Les consignes sont données, les vivres sont stockées à la ferme et la nuit  elles seront emmenées en forêt.

Martingale amène à la ferme de la Rochotte, de l’épicerie et du sucre fournis par la Maison O. Villaumé, des légumes qu’il va chercher à Chenevières chez Mr Louvain, jardinier, c’est Etienne Villaumé qui par la suite, ramène régulièrement ces légumes. Le Chef de secteur Colson s’assure de la viande à Azerailles, fournit par Mr Georges, boucher ainsi que des matières grasses. La semaine s’est écoulée très vite, tout est paré. 

Le dimanche matin, alors que Martingalle converse avec des parents venus le voir,  un jeune homme arrive. Il se présente « je suis Alex et je viens de la part de Mr X de Lunéville, au sujet du maquis qui doit se former ici ». Martingalle étant seul avec son visiteur, reste perplexe, pas de mot de passe comme d’habitude et l’adjoint du chef  de secteur s’étonne que l’on ait donné son vrai nom à l’intermédiaire de Lunéville. Après, une discussion rapide avec Alex, Martingalle est fixé, l’homme est identifié : c’est le fils de Madame Didier de Bertrichamps qui est une cliente de Mr Birker, elle est institutrice. Le nuage est vite dissipé et le visiteur inconnu de tout à l’heure est devenu un ami.

 

Alex annonce que le maquis du lieutenant Rennes doit arriver le même soir étant pourchassé par les allemands. Tout avait été prévu ; ne connaissant pas la date d’arrivé, on n’avait pas pu acheter du pain à l’avance. Or les dimanches, les boulangeries sont fermés et n’ont plus de pain. Une décision est vite prise, on ira à Bertrichamps chez Mr Allard (un sympathisant). Mais Alex ne peut y aller, il serait reconnu, il habite précisément chez Mr Allard. Que faire ? Cest donc Martingalle qui y part en plein midi, donnant à ses invités et sa famille, un prétexte quelconque pour s’absenter une petite heure. Heureusement, le boulanger a du pain et il en ramène 25kgs dans un sac.

 

Lundi 24 juillet 1944 :

Ayant été gêné par des mouvements de troupes allemandes, le maquis est arrivé seulement au matin. Mr et Mme Otin se sont mis de suite à la disposition du maquis, des choses comme des casseroles pourraient leur faire défaut. Mr Ganaye, confectionneur, a mis gracieusement à la disposition des gens du maquis, un stock de blousons, culottes et chemises.   

Mr Miller, boulanger, rue de Ménil, fournit le pain. Il le conduit lui-même ou le fait porter par ses fils pour moins faire remarquer les allées et venues, par les occupants qui surveillaient toutes les routes. Marcel Chaudron et Martingalle continuent d’assurer les transports de vivres de toutes natures. Par mesure de sécurité, les maquisards ne vont que fort peu en ville. Le docteur Grandidier, médecin du secteur 414, se rend à deux reprises au maquis, pour donner ses soins à des blessés et malades. Il ramène même un malade qu’il réussit à hospitaliser à l’hôpital civil, grâce aussi à la Soeur Supérieur (sœur Clara), à l’économe et au docteur

Arnoux.

 

27 juillet 1944 :

Dans la nuit du 27 au 28 juillet 1944, un avion Lancaster est tombé à Glonville, village situé à 4 Kms de Baccarat. Mlle Marcelle Cuny s’y rend au matin pour savoir s’il y a des survivants. Le gendarme Calamai, un des premiers sur le lieu de chute, rend compte à ses chefs et donne de suite les renseignements d’identité sur les blessés et nous apprend qu’il y a probablement des disparus dans la campagne. Colson part dans la matinée pour Glonville.

Le navigateur Cyril Shaw avait été blessé, il a été transporté dans une petite maison au-delà du pays, par 2 jeunes du village : Gérard Perrin et marcel Didierjean. Trois aviateurs avaient été tués, il restait à rechercher les autres survivants. Mlle Cuny décide de patrouiller le secteur à leur recherche. Après le déjeuner, prétextant la cueillette des champignons, elle retourne sur le terrain, elle apprend qu’un aviateur se cache à l’extrémité du village, elle s’y rend immédiatement. Malcom Magraé est endormi à l’abri d’une haie, elle le réveille, il est tout tremblant de froid et de peur, elle lui fait comprendre qu’elle va l’emmener chez elle, elle l’oblige à revêtir un blouson et un short qu’elle avait intentionnellement passés sous sa jupe. Mr Perrin  lui donne ses sandalettes Mr Didier Laurent lui prête sa bicyclette. Ils partirent sur la route nationale Nancy St Dié en fredonnant et en sifflant pour ne pas éveiller l’attention des allemands et des patrouilles à moto. Ils arrivèrent enfin à Deneuvre. Après 48 heures sans sommeil, l’aviateur s’endormit de suite. Mlle Cuny retourne à Glonville rechercher les vêtements de l’anglais abandonnés dans la haie.

Pendant ce temps, Louis Hentz, Pierre Cerutti et Gérard Perrin avaient transporté discrètement Cyril Shaw, le blessé. Ils l’ont caché dans une baraque de l’autre côté de la rivière, entrée Azerailles.

Colson au courant de la situation, rentre à Baccarat le même après midi et demande à Etienne Villaumé s’il veut avec sa camionnette, aller chercher l’autre blessé. Malgré le danger, il accepte de suite. Pour tromper le boche le gendarme Calamai monte à côté de lui. Retour sans encombre, le blessé est déposé chez Mr Narcisse Buck, propriétaire du café de la Rappe.

Le lendemain  à minuit afin d’éviter toute indiscrétion, Mlle Cuny et Colson vont chercher le blessé et le transporte chez Mlle Cuny.

Ces deux aviateurs resteront  cachés dans cette belle famille (Cuny) jusqu’au 14 octobre 1944. Toutes les nuits ils reçurent toujours une visite de l’un ou l’autre, avec quelques douceurs (Colson, Calamai, Martingalle), une couronne de pain blanc pour les anglais fait par M Miller pendant toute la durée de son séjour.

 

 

 

30 juillet 1944 :

Un agent de liaison arrive chez Martingalle. Un membre de la résistance de Lunéville vient d’être arrêté en possession d’une grosse quantité de titre de ravitaillements destinés au maquis, à l’adresse de Mr Birker. Quelle imprudence, si c’était encore à son nom de guerre…Angoisse passagère de l’adjoint du Chef de secteur qui prévient de suite le Capitaine Laforge de la délicate situation l’invitant et l’avisant de se tenir sur ses gardes et l’informant que toutes les précautions étaient prises par lui en vue de dépister les  possibles des allemands à la suite de cette arrestation.

Marcel Chaudron, un réfractaire, qui a quitté son camp forestier pour ne pas partir en Allemagne, est venu se mettre à la disposition du secteur et assure à partir de ce jour de nombreuses liaisons.

Deux jours plus tard, le lieutenant Rennes fait savoir à Martingalle que tout danger est écarté. La bonne du membre résistant arrêté, au courant de la situation de son patron, avait courageusement soustrait les papiers compromettant pendant la perquisition des allemands.

Martingalle profite de ce fait pour signaler qu’il a lui-même eu souvent recours au concours de sa bonne. Marcelle Lebedel et Madame Birker le secondèrent bien des fois dans sa tâche, au transport de matériel de sabotage, de ravitaillement pour le maquis en utilisant leur sac à main ou une voiture d’enfant et tout cela au nez de la gestapo, cantonné à l’hôtel du Pont. Grâce à ce précieux concours, Martingalle n’attirait pas l’attention des nazis.

 

 2 août 1944 :

Villaumé et Martingalle ramènent une couronne de fleurs pour les aviateurs tombés à Glonville, sur un large ruban tricolore on lit : « Les FFI de Meurthe et Moselle à leurs glorieux camarades Anglais tombés pour la France » et la dépose sur leur tombe.

Le temps passe, on parle beaucoup du parachutage tant attendu pour le secteur. Une note du  chef départemental précise que c’est pour la prochaine lune. Le nouveau terrain n’est toujours pas homologué. C’est Berte qui a été choisi pour être le responsable du parachutage avec Roger Verrelle comme adjoint. L’équipe étant constituée, chacun attend avec angoisse la grande nuit.

 

 5 août 1944 :

Martingalle a la visite de 2 vaillants BOA. Marin et un de ses camarades viennent pour homologuer le terrain. Colson est avisé de suite, à la grande vitesse de leur vélo. Les  chefs se rendent à proximité de la baraque de Veney où les BOA motocyclistes les avaient devancés. Après une courte discussion, le terrain n’est pas admis. Retour rapide à travers bois vers Baccarat. Nouveaux rendez vous avec les 2 BOA à proximité de la Rochotte où le terrain militaire est admis pour le parachutage. L’homologation de ce nouveau terrain doit être adressé par radio le plus tôt possible à Londres. Les 2 BOA prirent contact avec Berte et son équipe pour arrêter ensemble tous les détails de l’opération et se transmirent les consignes très particulières et très strictes.

 

6 août 1944 :

05h00, Marcelle Cuny et sa famille sont réveillées par de petits coups donnés dans la porte vitrée qui donne sur la terrasse derrière la maison. Panique générale ! Qui peut frapper à cette heure matinale ? Ce sont les 2 aviateurs anglais qui sont là. En un clin d’œil, ils ont rejoint la cachette qui leur avait été aménagé par Marcelle au grenier. Mlle Cuny va ouvrir et aperçoit un jeune homme blessé très pâle. En quelques mots, le FFI Roger Demange de Ste Barbe, explique qu’il a été blessé par une rafale de mitraillette tirée par un milicien au cours d’une rencontre de nuit avec la milice. Les groupes de Ste Barbe et Thiaville effectuaient une mission à St Benoît. Il annonce avec effroi que 2 camarades sont tombés près de lui, tués ou blessés. Sa jambe traversée de balles le fait beaucoup souffrir. Pour semer ses poursuivants, il a fait plus de 12 Kms en forêt et pour entrer chez Cuny, il a escaladé une haute porte de jardin. La situation n’est pas belle, Marcelle et sa famille ne peuvent pas garder le blessé à cause des 2 anglais, des recherches étant possible à la suite de l’accrochage avec la milice à St Benoît. Mlle Cuny prend la décision d’aller voir Mr Colson malgré l’heure matinale et l’interdiction de circuler. En vain elle frappe aux volets, personne ne répond. Colson est absent, partit dans sa famille. Elle file alors chez Martingalle mais n’ose pas faire trop de bruit  de crainte de réveiller les voisins. Toute la maison est endormie, personne ne bouge. Martingalle loge au premier et n’a rien entendu. Marcelle décide alors de rentrer chez elle pour voir ce qui s’y passe. Vers 08h00 elle redescend et rencontre Martingalle qui décide d’aller chercher le blessé. L’opération réussit à merveille, personne n’a rien remarqué. Demange est poussé par Martingalle comme s’il apprenait à faire de la bicyclette. Arrivé en haut de la côte de la rue de Ménil, la descente permet à Demange de se laisser rouler jusqu’à la boucherie Chaudron. (Mr Chaudron est le beau frère de Martingalle).

C’est dans cette maison que le blessé recevra les soins et les visites du Docteur Grandidier. La balle n’est pas dans le genou. Le Docteur lui donne 15 jours de repos. Rester 15 jours sans bouger est un supplice pour Demange. La fièvre baisse, le blessé est gâté on entend rien dans le quartier, il peut dormir tranquille. Toutefois, j’affirme que ses hôtes furent satisfaits lorsqu’il quitta les lieux pour rejoindre le maquis. Il était temps, il y a eu par la suite des perquisitions allemandes dans le quartier.

 

12 août 1944 :

Le lieutenant Rennes désireux de réaliser au plutôt une action perturbatrice vis-à-vis de l’occupant conformément aux consignes reçues, demande à Martingalle du matériel de sabotage et de lui préparer 2 engins pour faire sauter la voie ferrée entre Thiaville et Bertrichamps. Les engins sont préparés par Demange, artificier du secteur. Bien que le docteur lui défende de se lever, avec l’aide de Chaudron, il a vite fait de confectionner les 2 engins. Marcel Chaudron va les porter à la ferme de la Rochotte pour le maquis. Nous avons appris plus tard que notre artificier avait monté les détonateurs à l’envers, ce qui empêchait l’engin de sauter. Les gens du maquis, avisés ce jour là, les avaient remonté dans le bon sens. La voie fût coupée, il n’y eut aucun accident, seulement un gros retard au train du matin. Ce fût déjà un petit succès puisque cela gênait terriblement les allemands pour leurs correspondances.

 

13 août 1944 :

Vers 10h00, Adrien Aubry, estafette du capitane Laforge arrive chez Martingalle qui est absent. Adrien rejoint l’adjoint du chef de secteur, son ami, chez Villaumé. Alors qu’il compte des titres d’alimentation pour le maquis, Aubry est anxieux, il s’impatiente et demande subitement s’il peut parler. Pendant que Martingalle prend connaissance d’un pli important où il lit que les éléments avancés alliés sont entrés à Montier en Der et qu’il faut de toute urgence et partout commencer la « guérilla ». Adrien poursuit : «il ne faut pas s’amuser ». La note dit Montier en Der, c’est de l’officiel, mais la vérité c’est que les alliés sont à Neufchâteau. Nous avons travaillé cette nuit sur la ligne Paris Strasbourg, du beau boulot : « vous n’avez pas une minute à perdre ». Les ordres contenus dans le pli disaient de faire sauter la station de repérage par le son de Montigny par tous les moyens. Il nous semblait avoir en main l’unique moyen.

 En effet, un jeune homme de Montigny fidèle à notre cause, avait ses entrées dans le camp et semblait jouir de la confiance des allemands. Le chef Colson le fait convoquer d’urgence. C’est Marcelle Cuny qui va en bécane chercher Burtz. Entre temps les meilleurs éléments de l’équipe de sabotage sont mis sur pied. Pendant ce temps dans les rues de la ville, c’est un défilé de gros véhicules lourds allemands, traînant de lourdes pièces d’artillerie. Heureusement que ce jour là, il y avait branle bas chez les teutons, car ils auraient sans nul doute remarqué les allées et venues au 17 rue de la Cristallerie.

 Burtz consulté dès son arrivé, annonça qu’il fallait faire vite mais de l’extérieur du camp, car de l’intérieur impossible à présent, toutes les entrées à tous les civils étant formellement interdits. D’autre part Burtz fait savoir que les allemands se méfient de lui, ils lui ont même fait subir un interrogatoire. Après discussion, il est convenu que le seul moyen efficace est de faire sauter le transformateur de jus, de la gare de Vacqueville.

De suite visite de Colson au directeur de la Cie Lorraine pour lui demander la clé du transformateur. Réponse négative. Depuis peu, ce sont les allemands qui ont la clef. Martingalle consulte Jean Tanière pour avoir une pince à forcer pour entrer dans le transformateur mais Tanière qui est un spécialiste, dit de suite que ce serait perdre son temps, les portes d’acier ne cèdent  pas comme cela. Nouvel entretien avec Burtz qui sagement attend au n° 17. Après un nouvel examen sérieux de la situation, il est décidé définitivement que les trois poteaux téléphoniques seront coupés pour éviter que l’alerte ne fût donnée par les boches de l’intérieur du camp.

Burtz s’en retourne à Montigny, il va être 07h00. Il aura juste le temps de souper et de se rendre au rendez vous à proximité du camp, autour duquel les rondes se font avec des chiens policiers. Vers 08h30 chargé de 4 engins  préparés par Demange et Chaudron, Martingalle quitte sa maison, bientôt rejoint sur la route par André Kuhn et Roger Verelle, les sacoches des vélos sont gonflées, plus une mitraillette pour Burtz et Martingalle et les 2 autres coéquipiers armés  de révolver.

Arrivés aux carrières de Criviller, Burtz arrête les 3 cyclistes nocturnes, leur fait savoir qu’il a fait le tour du camp, le secteur est calme. Tout le monde repart aussitôt en direction de Vacqueville. Il fait nuit noire. Arrivée sans encombre Burtz et Martingalle inspectent les lieux pendant que Kuhn remonte prestement la mitraillette. Le petit groupe est prêt.   

Chaussés de sandales en caoutchouc, les 4 hommes avancent sans bruit vers les poteaux de descente du courant lumière et force vers le camp, c’est à cet endroit que la ligne descend sous terre. A l’aide d’une large bande de tresse, à défaut de chatterton Martingale fixe les engins après les poteaux. C’est vite fait toujours sans un mot, les hommes regardent afin de pouvoir faire le même travail à la prochaine occasion. Les crayons sont amorcés, les goupilles enlevées, le groupe se dirige rapidement vers les poteaux. Deux poteaux seront détruits, la même opération recommence rapide sure et silencieuse. Ça y est tout est prêt, aucun allemand en vue, il ne faut pas moisir ici, les vélos sont sortis du bois où ils avaient été cachés, la mitraillette vivement démontée et rangée dans les sacoches de Martingalle.

Tout le monde repart silencieusement dans la nuit. 2 heures après, tout sautera à la grande surprise des allemands. Verelle et Kuhn ont pris les devants. Burtz et Martingalle conversent à mi-voix, roulant côte à côte au carrefour en bas de Merviller, Burtz quitte Martingalle après un serrement de main très cordial. Il est 22h55, il faut faire vite, le couvre feu est à 23h00. Il ne ferait pas bon d’être arrêté avec un pareil équipement. Martingalle donne de vigoureux coup de pédales et gravit rapidement la côte de Merviller, ses 2 coéquipiers ont du filer eux aussi car il ne les a pas rejoint. Il descend la côte très vite, tenant sa droite mais tous feux éteints à cause de l’approche de Baccarat et de patrouilles à éviter. 

A la  sortie de Criviller, alors que Martingalle reprend de la vitesse croyant la route libre, un choc brutal, le projette hors de sa selle, il reste un moment assommé sur la route. La courte syncope cesse. Martingalle porte ses 2 mains derrière la tête qui le fait atrocemment souffrir, il essaie vainement de se relever. Il entend des voix autour de lui, se sent enlevé du sol et remis sur pied, des hommes se pressent autour de lui, il entend tout ce qu’ils disent, bien que les yeux grands ouverts, il ne peut reconnaître ses interlocuteurs, un épais brouillard obscurcit ses yeux. On lui tend quelque chose dans la main il reconnaît son révolver qui était  tombé sur la route lors de sa chute.

Le contact de l’arme le rappelle à la réalité. Il pense au couvre feu, rapidement il demande aux hommes qui l’entourent qui ils sont ? Ils sont de Vacqueville et rentrent du cinéma. Ils se rendent compte de l’état de Martingalle. Ils veulent l’accompagner et le ramener chez lui, il refuse et les quitte en leur disant «  je dois passer à Baccarat avant le couvre feu  et quoiqu’il arrive vous ne m’avez pas vu surtout ne parler pas du révolver ».

Martingalle marche lentement près de son vélo, impossible de monter dessus, le ressort du dérailleur est cassé d’ailleurs il n’en aurait pas la force, marchant encore dans une sorte de brouillard qui lui permet à peine de distinguer les arbres du bord de la route. Arrivé devant chez Michel (transport), le jour commence à venir, il distingue mieux que dans la nuit, sa tête est toujours aussi lourde.

Il est maintenant devant la porte du jardin derrière chez le Docteur Grandidier car il avait été convenu que s’il rentrait après le couvre feu, il irait et resterait chez le docteur où se cache déjà Colson recherché à l’époque par la Gestapo. Il est impossible au blessé de se baisser, il n’aurait plus la force de se relever. La clef du jardin est sous la porte. Tant pis, il est plus de 11h30 il faut tenter sa chance.

 

 

 

 

 

Compte rendu sur l’activité du secteur 414 Baccarat depuis le 1er Septembre 1944

 

 

 

 

2 septembre 1944 :

Sur renseignements fournis par le chef de gare de Baccarat, un sabotage est exécuté avec succès par Martingalle entre Baccarat et Bertrichamps dans le but d’empêcher  le départ d’un train de matériel et de vivres provenant de la caserne Haxo. Mais le train part vers Lunéville, contrairement à toutes prévisions.

 

3 septembre 1944 :

Attaques de convois allemands par des éléments du maquis groupe Calamai et Marchand. Cette tentative échoue à cause de la défection des munitions. Une fois encore, nous constatons que seulement les 2 balles sur 3 partent. Qu’adviendra-t-il en cas d’attaque brusqué des allemands ?

 

3 ou 4 septembre  1944 :

Le poste de sécurité Sud du maquis arrête un individu qui lève les bras dès qu’il voit les FFI armés. Il s’agit d’un lieutenant provenant sûrement du maquis de Celles, dispersé par les allemands et la gestapo d’après ses déclarations. Cet homme est gardé au maquis bien surveillé plusieurs jours, il y demeurera.

Dans les journées qui suivent, 2 officiers d’active, sollicités pour aller au maquis s’y rendent effectivement, seulement pour se rendre compte selon leur dires. Après entrevue avec le chef du secteur, un court entretien, ils trouvent divers prétextes sans valeur pour ne pas demeurer au maquis, ni en prendre la direction malgré notre demande. De retour dans leur famille ils commettent tous deux la grave imprudence de parler ouvertement du maquis en ajoutant «ils sont une cinquantaine près de Ste Barbe et ne peuvent absolument rien faire avec leurs cinquante fusils abîmés ».

Quelle suite fâcheuse cela aurait pu avoir avec la surveillance active de la gestapo à ce moment là, la situation des maquis devint très critique dans les jours qui suivirent.

Le ravitaillement pour le maquis était stocké aux fermes de la Rochotte acheminé par Mrs Emile Otin et Maurice Courtois.

Après les arrestations massives de Pexonne, les trahisons de certaines filles de mauvaises vies, une véritable chasse à l’homme est organisée par les allemands avec attaque systématique de tous les maquis.

Le maquis du Rouge Vêtu (Viombois) est décimé. Des éléments du groupe de Ste Barbe arrivent au maquis des grottes de la Moncelle à la suite de sa dispersion.

Le lendemain, sur indication du gendarme Bourion, Martingalle fait envoyer de suite une patrouille sous la direction du sergent Moitrier pour chercher des éléments provenant du Rouge Vêtu et cachés à la Ferme du Ruisseau ST Pierre. Les hommes cachés à la Ferme ne sont pas ramenés, après entrevue  avec le chez de patrouille, ils préfèrent rentrer dans leurs familles de la région de Nancy, encore affolés de la vision du massacre vu au Viombois. Pendant toute cette période, la liaison était maintenue avec la brigade de gendarmerie qui nous renseignait. Les jours suivants, la gestapo accentue son activité, plusieurs arrestations sont faites à Baccarat et Fontenoy ; Lieutenant Simonin de Baccarat, lieutenant Ghery et son fils de Fontenoy etc.… Ils furent fusillés dans les jours qui vont suivre dans le parc du Château des Cristalleries occupé par les allemands.

La situation devient critique pour  tous les résistants. On parle ouvertement à la gestapo, d’attaquer le maquis de Baccarat, les nazis mettent des postes de surveillance, fixes ou volants un peu partout (Deneuvre, aux Gadines, vers Badménil). Les entrées de la ville sont gardées les gens fouillés, le couvre feu est porté à 19h. Il fait encore grand jour. Cela contrarie grandement tous nos déplacements de nuit, pour effectuer le ravitaillement du maquis et les liaisons.  

Marcelle Cuny et Chaudron assurent toutes les liaisons, ils ont une activité débordante, bien secondé par les hommes de l’équipe de sabotage restés à Baccarat, ils nous font connaître la position exacte de tous les postes de garde fixes ou volants des allemands sur lesquels nous pourrions tomber au cours de nos déplacements forcés de toutes les nuits. De plus, la milice vient augmenter nos craintes et nos embûches.

 

6 septembre 1944 :

Nouvelle alerte, de nouveaux postes sont mis en place par l’ennemi. Le matériel de sabotage qui avait déjà été déménagé plusieurs fois, par mesure de sécurité, se trouve actuellement dans une logette à proximité de la Ferme Schneider, à côté de Badménil. Cette même nuit alors que la milice patrouille, tout le matériel de sabotage, les archives, les brassards sont transportés par Pierre Laurent, Chaudron Marcel et Martingalle jusqu’aux Grottes de la Rochotte.

Nous marchons une bonne partie de la nuit, car il nous faut faire un interminable détour pour éviter les postes des Fritz disposes un peu partout. Par mesure de sécurité, nous devons passer  au-delà de la maison forestière Valentin, route de Rambervillers. La nuit est très noire, une forte rosée froide nous glace les pieds. Arrivés près de la Grotte secrète que nous avions repéré de jour, un violent orage éclat, nous sommes trempés, à la lueur des éclairs nous cherchons sans succès l’entrée de la petite grotte. Nous n’osons pas allumer nos lampes électriques de peur de nous faire repérer. L’orage cesse enfin, nous sommes fourbus et toujours pas trouvé l’entrée de la grotte. C’est seulement au petit jour que nous mettons la main dessus, à 2 pas de nous. Après plusieurs va et vient acrobatiques, notre matériel est en lieu sûr à 5m sous terre.

Il fait jour maintenant, il faut nous hâter de rentrer, nous avons froid.  

En passant près du canal nous lavons le bas de nos pantalons et nos chaussures qui sont pleines de boue, car il  nous faut éviter d’attirer l’attention des allemands qui arrêtent en ville les gens d’allure suspecte. Le lendemain, Gérard, estafette du Colonel Maximun du maquis de Celles, demande à ce que la voie ferrée soit coupée entre Flin et Azerailles pour immobiliser à cet endroit, un train venant de Lunéville, chargé de matériel et personnel allemand  envoyé pour renforcer l’action entreprise contre les maquis. Thème de la manœuvre :

« Aussitôt après le passage du train qui est immobilisé par un premier sabotage, entrée Azerailles, il faut aussitôt provoquer une deuxième coupure de la voie à l’arrière du train pour éviter toute manœuvre arrière. Prévenir, par tous les moyens, Gérard qui se trouve à Raon-l’Etape.

De suite, Gérard rend compte au colonel Maximun qui passe un message radio à Air Support qui vient à la bombe, détruire le train de matériel.

Martingalle part le même après midi, dispose sur la voie un engin muni d’un Foc signal, à la sortie d’Azerailles, côté Lunéville. A la tombée de la nuit, il se rend à Flin où il rencontre le capitaine et s’entretien avec lui sur le maquis. Il se rend chez Aubertin, ancien FFI du secteur de Baccarat, demande des couvertures afin de passer les nuits en forêt à proximité de la voie ferrée pour attendre le passage du train,  pour faire la deuxième coupure de la voie. Aubertin met son garage à la disposition de Martingalle pour y cacher son engin. La nuit passe, pas de train mais plusieurs avions. J’ai appris plus tard que cette nuit là, le terrain de Mervaville avait été parachuté. Le temps passe, toujours rien du train attendu, Martingalle ne peut prolonger son séjour dans le petit bois, ayant d’autres missions à remplir. Il part vers Baccarat. En passant à Azerailles, il demande au chef local Danzet de le remplacer pour terminer le sabotage dans le bois près de Flin et de  le prévenir à la fin de la mission. Il rejoint sont poste vers 15h00. A la sortie d’Azerailles il vérifie si l’engin à foc signal est encore là, il  y était encore. Le train n’arrivera que vers 17h30, à la grande stupéfaction de Danzet, la voie ne sautera pas au passage du train. Un inconnu avait enlevé l’engin à foc signal, peu avant l’arrivée du train. Après enquête, ce ne serait pas un agent SNCF. Malheureusement, une fois de plus ou n’avions pas rempli jusqu’au bout notre mission.

 

10 septembre 1944 :

Les bruits selon lesquels la gestapo va s’attaqué au maquis de Baccarat, grandissent, on en parle un peu partout en ville. Le danger grandit, il faut prendre une décision pour prévenir un désastre (parachutage pas fait). Martingalle expose clairement la situation aux chefs du maquis, insiste pour qu’un premier déplacement soit envoyé par mesure de sécurité. Le maquis fait donc mouvement pour aller dans les bois de Glonville, sous la conduite du guide Pierron vers la Roche du sergent et ensuite s’installer dans le bois de Glonville où chaque groupe construit des cabanes en sapin.

 

13 septembre 1944 :

Martingalle arrive vers midi. Colson et Moitrier sont partis au ravitaillement à Azerailles et Glonville. Martingalle, en conversation avec les lieutenants Voinot, Calamai et Marchand s’interroge sur le risque que court actuellement le maquis. Compte tenu des renseignements transmis par nos agents, employés à la gestapo, notre armement est nettement insuffisant et difficile d’être ravitaillé.

En l’absence du chef de secteur, l’adjoint prend la responsabilité d’ordonner la dislocation du maquis, avant que les nazis ne soient prêts à les attaquer. Les groupes de Domptail et Fontenoy ne pouvant rentrer de suite chez eux, se rapprocheront de leur village et se séparerons en groupe de 2 afin d’être moins repérés. Les autres rentreront chez eux discrètement,  en se tenant sur leurs gardes à cause des recherches de la gestapo. Colson, de retour pendant la discussion, est entièrement d’accord avec la décision prise par son adjoint, tout autre action étant impossible.

Martingalle quitte le maquis et rentre à Baccarat. En arrivant  près de la maison du garde Valentin à St Christophe, il remarque des allemands. Valentin ayant entendu des pas, sort discrètement par l’arrière de la maison et prévient Martingalle que les allemands savent qu’il y a un maquis dans la forêt proche et qu’un officier doit arriver pour aller inspecter la forêt en compagnie du garde.

Le maquis fut prévenu aussitôt afin que les hommes  filent au plus vite. Le camp est donc levé très rapidement après avoir détruit et camouflé au mieux les traces du passage du maquis. Après une heure de marche, la dislocation a lieu et chaque groupe rentre dans son domaine avec armes et bagages et pour consigne de rester caché autant de temps qu’il le faudra. Il y aura lieu de  prévoir un rassemblement futur, cette fois pour le grand coup. Les armes et munitions du groupe Baccarat sont camouflées sur place en forêt. Les brassards sont enfouis près du campement et tous rentrent chez eux.

Colson et Voinot sont hébergés par le locataire de la station de Glonville. Ils ont caché les armes, jumelles et archives du secteur à proximité de Badménil. Le 15 septembre 1944 après midi, Martingalle récupère les archives et les armes, le tout est amené à Baccarat, au nez des Fritz dans la voiture d’un inoffensif bébé de 6 mois.

 

17 septembre 1944 :

Le Lieutenant Calamai  et Louis Hentz qui vivent leur retour au maquis avec le lieutenant russe Timoschenco partent en reconnaissance, à travers les lignes allemandes en direction de Glonville avec mission de contacter les troupes alliés pour leur donner des renseignements. Le groupe Calamai,  Hentz, Timoschenco rencontre une patrouille américaine à Glonville et donne ses renseignements, mais la présence du chef de secteur étant indispensable, Louis Hentz réquisitionne un vélo et retourne à baccarat chercher Martingalle. Tous 2 repartent à Glonville, après un long entretien avec l’officier US chez  Mr Perrin. La patrouille rentre à Baccarat sans encombre.

A partir de ce moment, la circulation était très dure sur les routes, notre mission se borne uniquement à l’observation de l’ennemi, surtout leur organisation sur le terrain.

Marcelle Cuny se déplace régulièrement en vélo dans tous les environs pour recueillir des renseignements (emplacement de batterie surtout) l’équipe de Calamai, Hentz de son côté ne reste pas inactive et surveille de très prés son secteur.

 

27 septembre 1944 :

Le lieutenant Voinot Marcel et Martingalle se rendent dans les bois de Glonville, dans les lignes allemandes et récupèrent les brassards qui avaient été enterré. Le tout est ramené dans des sacs, sous des champignons au nez des sentinelle allemandes qui gardent l’entrée de la forêt, à la barbe de la gestapo logée à l’Hôtel du pont et de la gendarmerie qui passe juste au moment de la rentrée de Martingalle.

 

 

 

28 septembre 1944 :

Voinot et Martingalle tentent de franchir les lignes en direction de Fontenoy pour renseigner les alliés. Cette tentative échoue, tous deux sont faits prisonniers à côté de la tranchée ferrée à 1Km de Fontenoy. Retour sous bonne garde des allemands en patrouille de nuit à travers la forêt jusqu’à la Kommandantur de Baccarat où après un court interrogatoire, Martingalle et Voinot sont relâchés. Les allemands ont bien voulu admettre qu’ils avaient à faire à d’inoffensifs chercheurs de champignons.

Depuis courant Août, le Lieutenant Berte qui avait constitué et organisé l’équipe de parachutage, avait toujours été à l’écoute des messages de parachutage, qui hélas, ne sont jamais passés. Depuis avec Verelle, son adjoint, il donnait tous les jours de précieux renseignements sur les mouvements de troupe et leur remplacement.

 

5 octobre 1944 :

Calamai, Hentz et le Lieutenant russe repassent les lignes en traversant la rivière, pendant la traversée, Hentz à un moment, est entraîné par le courant, Calami le rejoint et le ramène à bord. Depuis la dissolution du maquis, jusqu’à cette date, les Lieutenants Calamai et Timoschenco se cachaient avec Louis Hentz chez les parents de ce dernier. La famille Hentz est de celle qui a le plus fait pour leur pays au cours de l’occupation allemande, ceci au mépris de toute poursuite, les allemands vivants à proximité de leur maison.

Dès leur arrivée à Glonville, le Groupe Calamai forme avec des camarades retrouvés du maquis un poste de commandement FFI, Glonville étant occupé non par les américains mais par les Français de la Division du Général Leclerc (faisant partie de la 7e Armée US du général Patch).

Tous les renseignements militaires concernant Baccarat et ses environs, (tranchées, emplacements d’armes automatiques, batterie d’artillerie et champ de mines) sont donnés aux français, aussitôt exploités avec succès. Patrouilles journalières par Calamai, le long des rives de la Meurthe entre Azerailles et Baccarat,  et aide au passage des lignes de plusieurs personnes.

 

8 octobre 1944 :

Martingalle reçoit la visite d’une jeune fille s’appelant Yvette, disant être agent américain de renseignements. Après une identification assez laborieuse, Mlle Ginette est présentée à Mlle Yvette Gnaedig qui accepte spontanément de la recevoir  chez elle et de l’aider dans sa mission à rechercher des renseignements. Martingalle rencontre chaque soir Ginette qui chiffre tous les messages avant d’être transmis aux troupes de la 2e DB à Glonville. Ginette restera à Baccarat, chez Mlle Gnaedig et la famille Hentz jusqu’au 13 octobre, date où les allemands annonçaient l’évacuation obligatoire de 50% de la population de Baccarat.  

 

11 octobre 1944 :

Louis Hentz reçoit une mission confiée par le service américain G –S-S-S6 qui lui remet un poste émetteur de radio et lui demande de l’emmener à proximité de Bertrichamps. Mission remplie avec succès. Au départ, il est accompagné d’un FFI de Grandviller. A son retour, L. Hentz est arrêté par la Gestapo qui après un interrogatoire d’une heure, le remet en liberté.

 

13 octobre 1944 :

l. Hentz repasse les lignes avec son camarade de mission, emmenant avec lui Mlle Ginette et 2 autres FFI, Colling et Pasquier. Arrivés au bord de la rivière, le petit groupe est arrêté par un poste avancé allemand, après avoir raconté une histoire bien inventé pour la circonstance, et un quart d’heure de discussion, les 3 personnes peuvent rejoindre les alliés et transmettre de précieux renseignements.

 

14 octobre 1944 :

En apprenant que les allemands allaient déporter les populations de Baccarat et Deneuvre, Marcelle Cuny qui cache depuis 2 mois, 2 des aviateurs tombés à Glonville, se décide rapidement d’emmener ses 2 pensionnaires dans les lignes alliés. Son admirable exploit fut couronné de succès. Après avoir traversé la rivière sans pépin, le petit groupe rejoint le PC FFI de Glonville, communique la position exacte des batteries de Deneuvre, Pexonne et environs. Le groupe FFI de Glonville effectue  avec succès une attaque contre une voiture automobile allemande sur la route d’Azerailles.

 

15 octobre 1944 :

Une patrouille commandée par Louis Hentz après avoir traversée la rivière, s’attaque à 4 allemands, le combat dur 20mn. Résultat : 2 allemands tués, 2 blessés. Les 4 vaillants FFI n’ont pas une égratignure. (Hentz André Petronin, Georges Colling, Michel Perrin).

 

17 octobre 1944 :

Au cours d’une patrouille commandée par Calamai, en bordure de la Meurthe, à la suite d’un accrochage avec un poste allemand, André Petronin est tué. Le corps est ramené à Glonville, grâce au concours de Colling et Pasquier. Mlle Cuny faisait, ce soir là, partie de la patrouille.

 

18 octobre 1944 :

L Hentz reçoit mission de guider, vers Bertrichamps, un officier américain et l’agent Ginette, pour glaner des renseignements afin de les transmettre par radio. La Meurthe est en crue, il faut passer par la foret de Mondon. A la sortie de la forêt, le groupe est fait prisonnier par un poste avancé allemands et amené à la gestapo de Badonviller. Porteur de nombreux messages et d’adresses, les deux hommes et la jeune fille ont mangé tout ce qui pouvaient les compromettre pendant le trajet. Interrogés pendant 2 heures, séparément les 3 prisonniers racontent aux allemands une histoire d’évacuation tellement sincère que le lendemain ils sont remis en liberté surveillée, il leur est défendu de quitter Badonviller.

 Jean Jacquot qui s’est embauché comme interprète à la Kommandantur de Badonviller, a aidé ses camarades FFI par les tuyaux donnés, il prévient, Chef François que la gestapo de Badonviller recherche un tailleur résistant de Baccarat. Le même jour, Albert Ganaye, industriel en vêtement à Baccarat a été arrêté par la Gestapo sans aucun doute en lieu et place de Chef de secteur François, puis fort heureusement relâché quelques jours après.

 

18 au 30 octobre :

L’évacuation de Baccarat se faisait sous les obus qui tombaient un peu partout, sans faire trop de dégâts. 

Martingalle est surveillé par la Kommandantur. Chaque jour,  elle s’assure qu’il n’a pas quitté la ville.

L’adjudant chef Babst et plusieurs de ses gendarmes qui ont été évacués gardent le contact avec l’adjoint du chef de Secteur, ils le rencontrent journellement au cours de ces déplacements presque clandestins qu’ils font spécialement de Cirey, Badonviller à Baccarat,  dans le seul espoirs de se trouver là, le jour proche de la Libbération. 

 

31 octobre 1944 :

Lors de l’attaque de Baccarat par la 2e D.B., le lieutenant Calamai et Mlle Cuny ont marché avec les unités de tête qu’ils ont guidée le soir même jusque Baccarat, en évitant les champs de mines et les nids de resistance allemande.

Vers 18h00, les renseignements donnés par le FFI Villaume Etienne au lieutenant Mac Clénahan, ont permis de prendre une position avantageuse face au grand pont sur la Meurthe. Après avoir tué l’officier allemand de garde sur ce pont, le lieutenant et ses camarades ont mis le soldat qui accompagnait l’officier, dans l’impossibilité de faire sauter le grand pont.

 

1er novembre 1944 :

Belle victoire, qui permit le passage de tout le matériel roulant de la 2e DB de l’autre côté de la Meurthe.

Vers 20h00, Mr Berte, lieutenant du parachutage pris contact avec le lieutenant Dauteville de l’escadron du régiment blindé de Fusiller Marins et peloton, ce dernier accompagné de ses hommes entrèrent dans divers quartiers de la ville.

Dans la nuit, Voinot Marcel et le chef de secteur, Colson étant déjà dans la partie libérée, prirent contact avec les troupes françaises.

 

Au départ des allemands, le lieutenant Voinot, rue de Frouard, croyant déjà avoir à faire à un soldat français  à la nuit tombante, faillit être victime de sa méprise : il étreignait un soldat allemand. Heureusement, les Français arrivant, le teuton sauta sur sa moto et s’enfuit sans demander son reste.

Vers minuit le chef de Secteur et le lieutenant Berte se rendirent à Sainte Catherine, pour être avec le commandant Rouvillois, Libérateur de Baccarat.

 

 

 

                                                                                   Monsieur et Madame Cronne née Cuny Marcelle