La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

On a retrouvé le soldat Brown

Article de juillet 2013

On a retrouvé le soldat BrownTué le 25 septembre 1944 entre Marsal et Juvelize, le caporal Grover L. Brown a été retrouvé 69 ans après. Le jeune homme ayant joué dans le film Sahara en 1943 reposerait comme soldat inconnu à Saint-Avold.

Le soldat Grover L. Brown, mort voilà presque sept décennies, aurait-il enfin trouvé le repos ? C'est en tout cas l'ambition de trois hommes qui sont partis à la recherche de ce GI de l'Indiana, tombé dans le Saulnois lors de la terrible bataille de chars d'Arracourt en septembre 1944, et dont on avait perdu la trace.

L'adjudant-chef Philippe Sugg (militaire du 53e régiment de transmissions de Lunéville) et son compère Gérard Louis sont formels: cet homme sorti de son tombeau de fortune par un agriculteur de Marsal, au lendemain de la guerre, c'est Brown. en tout cas, les recoupements qu'ils ont pu faire depuis un an avec l'historien local Vincent Hadot et les travaux d'un ancien membre du conseil municipal de la commune voisine de Juvelize, Richard Bednarek, laissent peu de place au doute.

Sugg et Louis sont de sacrés numéros. Tantôt plaisantins, tantôt sérieux, ils sont surtout des références dans le domaine très particulier de l'identification de soldats inconnus. À tel point que, fiers comme Artaban, ils viennent tout juste d'être reçus par le consul des États-Unis à Strasbourg qui leur a rendu hommage. À eux deux, ils ont déjà mis des noms sur 29 soldats de 1939 - 1945 que les affres de la guerre et les péripéties du front avaient privé d'identité, d'honneurs et de sépulture. "Notre but est de ne pas laisser des soldats sans une tombe décente" souligne Gérard Louis, le scientifique et technicien du duo. Philippe Sugg étant plutôt spécialisé dans l'Histoire et la stratégie militaire.

Ces deux bénévoles du Lunévillois racontent leurs identifications comme de véritables enquêtes policières. Et les dossiers des détectives sont nombreux. Comme celui lié à la découverte de cette minuscule plaque militaire à Parroy ayant permis, après fouilles et analyses ADN, de retrouver  un soldat et de l'identifier au milieu de deux autres dépouilles. "Toi mon gars, je te ramènerai chez toi !", lui a alors lancé Gérard Louis par-delà le trépas.

Personne ne connaît son visage

Autant dire que le mystère planant sur la mort du caporal Brown ne leur a pas résisté longtemps. "Tout a commencé un jour où, en revenant du centre d'instruction de Dieuze, je me suis arr^té au musée de Marsal. J'ai demandé à une des personnes du musée des informations sur Brown. On m'a tout de suite renvoyé sur Vincent Hadot", se souvient l'adjudant-chef Sugg. La suite, ce sont des recherches jusqu'à faire le lien entre le corps X6088, retrouvé au lieu-dit Haut de Trinque, et le témoignage de David W. Richardson, un vétéran de la guerre, mort il y a dix ans aux États-Unis, dans le Maine. Celui-là même qui avait écrit un jour de 1997 au maire de Juvelize de s'enquérir de son ancien compagnon d'armes pour qui il réclamait de "l'enterrer décemment, ou sinon de placer une petite plaque commémorative". Au cimetière américain de Saint-Avold, dans la tombe du soldat inconnu NN10-118, l'hommage à Brown, voulu par Richardson, a déjàété fait, même s'il fut anonyme.

Reste qu'aucun de ces enquêteurs ne connaît le visage de Brown, ce soldat de l'Escadron de reconnaissance motorisé de la 25e Cavalerie, appartenant à la 4e Division blindée américaine. Tout au plus sait-on qu'il apparaît dans le film Sahara en 1943 avec Humphrey Bogard, et qu'il a laissé une veuve prénommée Doris, dont on ne sait pas si elle est encore en vie. Désormais, les trois hommes attendent le J-PAC, cette cellule du gouvernement américain de laquelle Louis et Sugg sont connus comme le loup blanc. Basée à Hawaï, elle a pour rôle de valider l'identification, voire de transférer des dépouilles. Alors seulement le soldat Brown reposera-t-il en paix.

Philippe Derler,
le Républicain Lorrain