A la recherche des champignons... et des explosifs dans la forêt de Parroy

Article du 1er février 1973

Article de presse

En quelques jours, quatre-vingt-quatre obus calibre 75 ont été découverts dans la forêt de Parroy, ainsi qu'une multitude d'engins de toute sorte de nationalités diverses: allemande, française, américaine. Les services de déminage ont été aussitôt avisés.

On pourrait croire ce "fait divers" exceptionnel. Il n'en est rien et depuis le 1er janvier 1972 un petit groupe de promeneurs s'est mis à la recherche des dépôts cachés sous les feuilles mortes ou bien tout simplement entassés à l'emplacement même où, autrefois, des batteries avaient pris position.

Seule différence avec aujourd'hui: aux alentours, les arbres ont poussé. Là où il y avait de vastes clairières permettant aux belligérants de se bombarder à qui mieux-mieux, ce sont d'inextricables taillis et ceux-ci cachent d'anciens volcans.

Pas un danger, mais sait-on jamais

Parroy a laissé, dans l'histoire de notre région des traces glorieuses, émouvantes depuis l'époque romaine. Mais, plus récemment sa grande forêt, l'une des plus belles de France, célèbre pour ses chasses sous Léopold, connut des années britanniques. Son sol a été bouleversé par le cataclysme guerrier. Les grosses pièces d'artillerie l'ont martelé, des tranchées subsistent s'enchevêtrent, des blockhaus abandonnés en 1914 - 1918 ont été réoccupés en 1940 - 1945, de même que les sapes dont le recensement n'a jamais pu être fait complètement.

Et, autour de ces anciennes défenses, des stocks de munitions, mortiers, obus, mines, subsistent, qui ont échappé aux recherches des services de déminage parce que la nature a été la plus rapide, là où les hommes avaient trop à faire.

Qu'en est-il de ces sinistres vestiges ?

Pour ceux de 14 - 18 la pluie, le gel, la rouille les ont rendus inoffensifs; ceux de la guerre suivante le sont moins, notamment sous l'action du feu.

Comment parvient-on à éliminer ce qui reste sous les feuillages ?

C'est ce que nous expliquent trois amis de la nature, l'adjudant Maurice Willembucher, originaire de la Bretagne, domicilié à Tours, venu à Lunéville le 1er septembre 1970 et deux lycéens, Philippe Sugg et son frère Daniel, élèves au CES et au CEG, fils d'un cheminot.

"Chaque fois que nous nous rendons à la recherche des champignons dans la forêt nous en profitons pour sonder le sol... prudemment."

En particulier pourraient-ils ajouter lorsqu'ils se promènent dans les environs du lieu-dit "Les Cinq - Tranchées" ou au "Haut-de-la-Faîte".

Une fois repérés, les obus, Panzerfaust (poings blindés), mines antichars, bondissantes et autres du même accabit sont répertoriées puis les services de sécurité avisés.

Cette prospection d'un nouveau genre tend à débarrasser la forêt de tout ce qui fut dangereux et dont il vaut mieux ne pas se servir pour jouer.

Il y a 24 ans, jour pour jour

Et ceci nous ramène tout naturellement à évoquer le drame terrible qui endeuilla le 9 février 1948 une famille lunévilloise. Ce jour-là, un groupe de scouts de France qui avait l'habitude de se rendre en patrouille en forêt de Parroy, à 8km de Sionviller fit du feu pour réchauffer son repas.

Soudain une violente explosion retentit. Le jeune Louis Meykoechel fut tué. Il avait 15 ans. Cinq de ses camarades furent grièvement blessés.

Depuis, un calvaire a été édifié à l'endroit même où avait été établit le bivouac et, longtemps les scouts de Lunéville s'y rendirent pour faire leur traditionnelle promesse.

Si, depuis quelques décades des arbres ne portent plus les inscriptions allemandes de direction et les observatoires de la grande guerre ont disparu, la belle forêt de Parroy portera pendant de nombreuses années encore les indésirables vestiges des affrontements anciens.

On ne saurait trop conseiller aux promeneurs d'éviter autant que possible le voisinage de ces énormes trous d'obus ou de bombes qui ressemblent à autant de mares, lesquelles étaient pleins d'eau, cachant les engins de mort.