La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération d'Emberménil

Journal de guerre du 27 août au 16 octobre 1944
 

Dimanche 27 août 1944

Annonce à la radio, degrands combats dans l’Est et au Luxembourg. A 13h00, quatre avions américains mitraillaient un train allemand au Chênois. La DCA sur wagon a tiré, en 10 minutes, trois locomotives sont détruites.

 

Lundi 28 août 1944

A environ 8h30, 20 avions de chasse mitraillent un train au Chênois, puis la gare d’Emberménil, un train flambe (quatre wagons détruits). La DCA abattent un avion à Vého, un autre au pont des Evrieux dans la forêt de Parroy. Le village d’Avricourt est mitraillé, un train de munitions saute à Laneuveville aux Bois. A la ferme de Bellevue et à la gare de St Clément, de grosses explosions sont visibles de loin car des trains de munitions sautent. Un camion de laitier est mitraillé entre Vého et Emberménil (le chauffeur est indemne). A Emberménil, un ouvrier agricole est tué en face de chez Gérard Krémer, une balle dans le cou.

Les combats ont duré 45 minutes

 

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La Libération de Flin


par Jean Laurent

 

Lors de la guerre 1939-45, dans toute l’Europe et dans toute la France, nombreuses sont les villes, nombreux sont les villages qui souffrent de la barbarie nazie.

Laissons de côté les destructions classiques dues aux combats entre les belligérants. Car il y a en effet de multiples actions volontaires, terribles incendies, tortures, exécutions et méfaits marquant à jamais des régions déjà éprouvées par les batailles et l’occupation. Le nom qui vient automatiquement à la mémoire de chacun est celui d’Oradour sur Glane, près de Limoges (Haute-Vienne). D’autres agglomérations peuvent également être évoquées, mais à Oradour, l’horreur atteint des sommets insoupçonnés. Le 10 juin 1944 en effet, ce village est totalement incendié, 650 habitants (dont des Lorrains réfugiés) massacrés ou brûlés vifs, notamment les femmes et les enfants dans l’église. Ce jour-là, une unité SS du régiment « der Führer » de la tristement célèbre division « Das Reich » déshonore l'Allemagne.

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Libération d'Halloville

 

 

Libéré le 15 novembre 1944 par le 1er Bataillon du 315e Régiment d'infanterie de la 79e DI

 

D’après les témoignages de Michel Jacques (alors âgé de 15 ans) et de Georges Monzein

 

Halloville est un petit village lorrain d’une centaine d’habitants. Situé à 5 kms au Sud de Blâmont, il est donc à proximité du front qui s’est stabilisé sur la ligne Montigny, Mignéville et Herbéviller depuis le 1er novembre 1944. Ces derniers sont déjà occupés par la 79e DI et la 2e DB du Général Leclerc.

 

Mercredi 8 novembre 1944

Les hommes d’Ancerviller et de Ste Pôle sont rassemblés pour être emmenés en Allemagne. Le reste de la population sera évacuée le 10 novembre vers Blâmont, Cirey …

Ainsi Blâmont passe de 1700 à 2600 personnes sans compter les civils allemands et alsaciens, eux aussi réquisitionnés afin de creuser des tranchées.

 

Un défilé de charrettes passe devant les maisons d’Halloville. Les exilés tentent d’emmener le maximum avec eux dont leurs animaux.

 

Samedi 11 novembre 1944 

Tous les hommes du village, âgés de 15 à 60 ans, ont pour ordre de se réunir devant l’église. Ils doivent être réquisitionnés pour des travaux mais ne connaissent pas leur destination. Le temps pluvieux empêche leur départ qui est ajourné par un contre ordre de l’état major allemand.

 

Dimanche 12 novembre 1944

Après une journée calme, un violent bombardement enflamme le village à partir de 18h00, et cela durant toute la nuit.

Les villageois doivent tout abandonner pour se réfugier dans les caves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 13 novembre 1944

Le bombardement continue par rafales et empêche les gens de ressortir dans les rues. Dans l’après midi, des mitrailleuses se font entendre du côté d’Ancerviller : sa libération doit être proche.

 

Mardi 14 novembre 1944

La question se pose pour les habitants de prendre la route de l’exil ou de rester dans le village mais beaucoup préfèrent rester à l’abri dans les cave. Cependant celles-ci commencent à prendre l’eau à cause des pluies diluviennes qui sévissent depuis plusieurs jours et certaines familles, comme celle de Mr Jacques, doivent se réfugier chez leurs voisins.

 Les Américains se rapprochent progressivement et le village accueille des soldats allemands en retraite.

 

Mercredi 15 novembre 1944

Halloville est réveillé par des ordres en allemand qui résonnent dans le village : les soldats courent partout et se placent derrière les arbres et les maisons…

Le bruit des bottes et des cris laissent place à celui des tirs : les Américains sont là et les habitants rêvent déjà de leur libération.

La panique s’installe chez les habitants lorsque des bruits d’explosion atteignent les maisons : ils ont peur que les Américains lancent des grenades dans les caves en pensant déloger des soldats ennemis. Les civils de certaines caves décident donc de remonter et tombent sur leurs libérateurs avec des fusils braqués. En effet les Américains pensaient que le village était évacué de toute sa population civile. Les soldats demandent alors s’il y a encore des Allemands dans les parages et visitent les maisons avec les habitants.

 

La situation semble se calmer lorsqu’une explosion éclate : c’est un char allemand positionné en bas du village qui pilonne sur les Américains qui arrivent progressivement.

Une nouvelle demi-heure passe avant que les tirs cessent. Michel Jacques en profite pour rejoindre ses frères dans une cave voisine. A sa grande surprise, cette dernière est remplie d’Allemands. Il leur explique alors que le village est maintenant aux mains des Américains et ils décident alors de se rendre.

 

Les pertes sont lourdes des deux côtés : des chars allemands détruits contiennent encore leur équipage déchiqueté, pendant que des camions se remplissent de corps américains.

La 2e DB commandée par Morel-Deville arrive un peu avant midi. Les rues d’Halloville sont encombrées de matériel de toutes sortes : jeeps, automitrailleuses, chars, canons…mais la population tombe en liesse de voir les troupes françaises arriver.

En fin d’après-midi, les troupes US prendront Harbouey qui sombre dans les flammes. S’ensuit Nonhigny le 16 novembre 1944, Badonviller le 17 et enfin Blâmont le 18.

Quelques batteries allemandes continueront à tirer quelques rafales. Ainsi, une semaine après la libération, Halloville reçoit deux obus qui tueront une personne. 

 

             

                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Libération d'Herbéviller

23 juin 1944.

Mr Crouzier Georges est nommé maire d’Herbéviller.

Lors de la libération du village, 3 chars Français seront détruits à l'Est du village, ici le GASCOGNELa résistance du secteur de Blâmont comprend Blâmont, Baccarat, Badonviller et Cirey sur Vezouze. L’abbé Stutzmann (curé de Domêvre), dit capitaine Lafforge, en est le chef.

La sœur de l’abbé et un jeune prêtre du lieu sont arrêtés par les allemands et fusillés en forêt de Merviller.

 

4 septembre 1944.

Affaire de la ferme de Viombois

Les Alliés se rapprochent du village.

 

9 septembre 1944.

Les troupes allemandes en retraite sont attaquées par les avions alliés sur la RN 4, à découvert en direction de Domêvre, le bilan est inconnu, mais sans doute lourd.Un peu plus loin le MEDOC, ces 3 chars sont situés à proximité du terrain d'aviation

 

16 septembre 1944.

Une reconnaissance de chars alliés traverse la commune. L’espoir renaît et l’on fraternise avec les soldats. Cette colonne quitte malheureusement très vite le village, lors de la contre-attaque de la 113e Panzer Brigade, le 18 septembre 1944.

6 semaines de combats se déroulent dans la région, surtout en duel d’artillerie. La 708e Division d’Infanterie allemande tient le territoire et la population est réquisitionnée pour creuser des tranchées et des abris.

 

30 octobre 1944.

Les allemands  décident d’évacuer le village. La population part pour Blâmont.

 

10 novembre 1944.Le FRANCHE COMTE à également été détruit par un canon antichar allemand

L’ennemi est rejeté de Mignéville.

 

13 novembre 1944.

Le sergent-chef Fortas du 3e Bataillon de Marche du Tchad est tué à 26 ans, lors des combats pour la libération du village.

 

18 novembre 1944.

La ville de Blâmont est libérée

 

 

 

           

Libération du ban de Laveline

André Combeau

Depuis plusieurs jours André Combeau et d’autres jeunes du village de Ban-de-Laveline ont été réquisitionnés par l'armée allemande pour faire des travaux au Col de Sainte-Marie. Les soldats américains se rapprochent de jours en jours de Ban-de-Laveline.

Mercredi 22 novembre 1944

Nous plantons des piquets pour créer un réseau de barbelés. Nous entendons distinctement les échos de la bataille du côté de Mandray et de Saales. Les rafales de mitrailleuses sont bien perceptibles.

Jeudi 23 novembre 1944

Le matin nous montons pour travailler une fois de plus au col de Sainte-Marie. Toute la matinée nous assistons au passage des troupes allemandes. Spectacle inoubliable… et pour nous réconfortant, de l’armée en déroute. Le front se situerait vers Fraize-Mandray.

Le soir, ma mère nous raconte qu'ayant voulu rendre visite à sa belle-soeur, à Verpellière, elle s'est trouvée prise, entre la Grand'Voie et la Praye, dans une fusillade qui venait d'Algoutte. Des voitures hippomobiles allemandes descendaient la route au galop. Ma mère s'est abritée un moment à l'emplacement du garage Grébert, puis elle est rentrée à la maison.  Elle pense que les allemands tiraient sur des civils, mais mon père l'a vite détrompée. Les américains ont sans doute atteint Coinchimont puis sont descendus par Algoutte : ce sont eux, les tireurs !

Effectivement, nous apprendrons le lendemain que les premiers américains sont arrivés à Algoutte dans l'après-midi.  Le groupe d'Américains, a poussé jusqu'à la ferme Valentin où il a installé son bivouac[1] pour la nuit. 

Au petit matin, René Baradel va prévenir les américains du départ des derniers allemands. Les militaires, dont un seul connaît quelques mots de français lui demandent, ainsi qu'à Marcel Bilon, de les conduire à Omégoutte.  Ils sont fatigués, sales, hirsutes.  La patrouille monte vers Omégoutte par la forêt, mais s'arrête en lisière et demande à ses guides d'aller se renseigner sur la présence éventuelle de soldats allemands dans les fermes. Les deux guides s'exécutent, se partagent la besogne, et reviennent ayant appris qu'il ne reste que quatre soldats ennemis dans la ferme Aubert. Quand R. Baradel et M. Bilon rejoignent la patrouille, tous les hommes sont allongés sur le sol où ils dorment, épuisés. Ils reprennent leur montée jusqu'à la ferme indiquée ; ils y trouvent en effet quatre allemands qui... jouent aux cartes et sont capturés sans violence ; il semble même qu'ils fraterniseront avec leurs geôliers.

Dans la soirée, tout est calme au village. Mon ami Pierre Bastien passe la nuit chez nous pour ne pas emprunter la route de Verpellière. Nous sommes surexcités : finis les terrassements au col de Sainte Marie, la libération est proche.

Vendredi 24 novembre 1944

    Ca y est ! Nous sommes libérés depuis ce matin vers 10h00.

Dès 8h00, Pierre et moi ne tenions plus en place.  Nous décidons de monter au clocher de l’église pour observer les environs. A peine sommes-nous sur le chemin du village que nous apercevons les soldats alliés qui progressent depuis la Grand'Voye et la côte du Chaufour. Ils marchent au pas, lentement, l'arme au bras.  Pas un seul coup de feu n'est tiré. Je cours à la maison pour chercher mon appareil photo et dans le jardin je tombe nez à nez avec mon premier américain. Il avance derrière la scierie, il est sale, barbu et souriant. Il pose pour la photo et repart, suivi de quelques collègues. 

Je cours au centre du village où Pierre m'a précédé. C'est la liesse ! M. Beurton, le boulanger, se promène parmi les soldats, une bouteille d'eau-de-vie à la main. On rit. Les cigarettes américaines circulent déjà. On admire les carabines légères à répétition.

Pierre rejoint Verpellière pour rassurer ses parents et il photographie les premiers chars qui descendent de La Croix-aux-Mines. Les premières jeeps sont là aussi, elles étonnent. Tout de suite on remarque l'importance des communications téléphoniques : des kilomètres de fils sont déjà déroulés, à même les bords de la route.  C'est l'euphorie autour de nous.

Toute une escouade d'américains loge à la maison ainsi qu'une unité du service de santé, dirigée par un commandant. Mon vocabulaire anglais a bien du mal à passer.

Samedi 25 novembre 1944

Nous sommes au régime de la douche écossaise : après l'euphorie d'hier, ce matin c'est la douche froide. Plusieurs obus s’abattent sur Laveline et autour de Honville.

Les soldats allemands sont sans doute installés au col de Sainte-Marie. Je bavardais avec des membres de la famille Mathis, sur le seuil de leur maison, voisine de la nôtre, lorsque tombent les premiers obus, apparemment à courte distance. Nous hésitons un instant sur la conduite à tenir mais la deuxième salve nous persuade de descendre à la cave sans plus tarder. Soudain un choc, la maison tremble, elle vient certainement d'être touchée Le calme revenu, je remonte de la cave, j'entre à la cuisine : rien. Je vais à la chambre contiguë, la porte s'ouvre difficilement, la pièce est remplie de poussière et de gravats, le mur est percé d'un trou béant. J'abandonne les habitants à leur stupeur et je me précipite chez moi. La grange a reçu un obus et le toit s'est à moitié envolé. Mon père a vu l'impact qui a projeté les volailles, dans un nuage de plumes, par la porte ouverte. La vache s'agite et meugle constamment. Elle a une plaie au garrot. Le major américain présent propose ses services, va chercher un bistouri et extrait un éclat d'obus de trois centimètres de long.

Je vais aux informations. Plusieurs obus sont tombés au centre du village : l'un, devant le Marché couvert, a tué madame Chevalier et un militaire américain. Un autre a écorné le toit de Mlle Marchal. Plusieurs obus ont explosé derrière chez nous, dans la côte de l'Epine.

Dimanche 26 novembre 1944

Le PC (Poste de Commandement) des troupes américaines s'est installé non loin du centre, dans la boucherie de Maurice Henry.

Lundi 27 novembre 1944

Quelques jeunes du secteur, qui avaient été au maquis et craignaient les représailles, se trouvent encore en forêt, dans la cave d'une ferme en ruine, à Stégy.  Ils descendent prudemment jusqu'à la ferme de l'Acensement pour observer la situation. Ils aperçoivent des soldats qu'ils supposent alliés, mais le doute n'est levé que lorsque le garde Gérard libère son troupeau d'oies : les cris des volailles font comprendre que la voie est libre !

Jeudi 30 novembre 1944

Cet après-midi, Pierre et moi descendons à Saint-Dié à bicyclette.  Spectacle de désolation : ponts sautés, ville brûlée aux trois quarts, pas une maison intacte sur la rive droite de la Meurthe, usines et cathédrale dynamitées. Tout est saccagé.  Nous sommes hébétés lorsque nous longeons ce qui était la rue principale de Saint-Dié. Saulcy est dans le même état. Un journal acheté dit que Gérardmer et Raon l’Etape sont également détruits

J'apprends que le lycée de Nancy a repris les cours depuis plusieurs semaines. Je décide donc de retourner à Nancy, malgré l'interdiction de circuler qui est en vigueur au Giron. Pierre Bastien m'accompagnera.

Vendredi 1er décembre 1944

Ce matin, après avoir révisé nos vélos, Pierre et moi partons pour Nancy vers 10h00.  Tout au long de la route, les villages sont plus ou moins détruits : la Voivre, la Hollande, Raon l'Etape, Azerailles.  Nous sommes pris en remorque par un camion militaire.

Samedi 2 décembre 1944

Un tour d'horizon m'apprend la mort de plusieurs personnes : un de mes professeurs et trois élèves de diverses classes, fusillés, tués dans des bombardements ou abattus au maquis ; un autre a sauté sur une mine...

                                                                            D’après André Combeau, L’année 1944 à Ban-de-Laveline

 

       François Krauss, qui était enfant à l'époque

A propos de la libération de Verpellière j'ai une anecdote personnelle à ajouter au témoignage d' André Combeau. A Verpellière nous avons vu les troupes de choc américaines arriver sur la route de La Croix à la grande terreur de tous, car les adultes avaient d'abord cru à un retour des nazis. La rue s'est donc vidée en un clin d'oeil, puis l'intonation étant différente, les bouteilles d'eau de vie sortirent rapidement des cachettes pour fêter les libérateurs. La cohabitation avec eux ne fut cependant pas exempte de conflits, ma mère dut par exemple déployer tout son sens diplomatique pour éviter de voir une batterie de mortiers s'installer dans notre cour. 

Quant aux quelques obus qui se sont abattus sur Ban-de-Laveline et Verpellière en novembre 1944, j'en ai gardé un cuisant souvenir car j'ai été commotionné par la déflagration de l'un d'eux, tombé à proximité de la croix de Verpellière. Plus de peur que de mal, seulement quelques égratignures. J'avais enfreint l'interdiction de sortir de chez ma mère, partie avec une voisine chercher de quoi manger à Raumont!