La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Portieux, bataille sur la Moselle

 

                                  Bataille sur la MOSELLE

 

M. Claude GIRARD ainsi que son fils Jean-Pierre nous éclairent un petit peu plus sur ce qui s'est vraiment passé à Portieux, sous la fin de l'occupation allemande depuis Mars 1944.

          L'habitation de la famille Girard à Portieux

           

Portieux / Epinal : Notes prises sous l'occupation allemande par M. Claude Girard un habitant de la rue de la Jue qui avait 16 ans en 1943.

11 mars 1944, dans un ciel bleu radieux, passent, de 13h45 à 14h15, sans interruption, 400 forteresses volantes au dessus de Nancy. Spectacle prodigieux de puissance !

16 mars 1944 Le comte A. de Voguë est condamné à mort par les allemands pour participation effective à la Résistance.
   
28 avril 44 Bombardements aériens sur Essey (Nancy), Blainville (triage).
A Epinal 13 résistants ont été fusillés par les allemands, 3 sont enterrés à Chantraine, les autres à St Michel.
 
Mai 44 : Raids sur Blainville, Essey, Metz, Dijon, Reims,

4 mai 44 : On apprend que l’ont a fusillé à la Vierge (Epinal) 7 hommes de Portieux, accusés comme résistants à la suite de la découverte de dépôt d’armes. Ce sont Mrs (Maurice) Coindreau, ingénieur à la Verrerie (en retraite) ; (Gustave) Chardot, (boulanger à la Verrerie) greffier de la mairie ; (Eugène) Huraux, sous-officier (en retraite) ; (Georges) Marchal, cultivateur ; Cassin (Georges Cossin), ouvrier à La lorraine Electrique ; (Charles) Jacquiert et (Lucien) Perrin, également ouvriers à La Lorraine.


11 mai 1944 (15h50) EPINAL est bombardée. 180 morts. Des centaines de blessés, 200 immeubles détruits ou gravement endommagés : A 15h45, on entend les ronronnements des Flying Fortress. Personne ne s’effraye, car presque chaque nuit ces bruits nous réveillent. D’ailleurs, l’alerte tarde à sonner (?). Il est vrai que cela n’aurait sans doute rien changé, les alertes se répétant.”

A 15h48, le premier “feulement” fait sursauter la ville. Deux secondes (ou minutes ?) ne se sont pas écoulées qu'un fracas effroyable fait gémir le sol. Un bruit semblable à celui de la tôle agitée, un bruit métallique horrible qui assourdit la cité. Un nuage de poussières, de cailloux, de fumée obscurcit le soleil. Dans de nombreux quartiers, la totalité des vitrages s’effondre. La première vague est passée. Son tir assez bien concentré a bouleversé le dépôt du chemin de fer et la gare qui flambent.

 


Deux ou trois minutes se passent ? Les ronronnements effrayants emplissent à nouveau le ciel.
La grêle mortelle s’abat à nouveau. Dans la fumée que le vent pousse au sud-ouest, une troisième, quatrième, cinquième vagues déversent leurs cargaisons, hors l’objectif. Enfin, vers 16h15, les vrombissements disparaissent au Nord.
C’est alors la recherche des victimes parmi les décombres. Le poste de secours, à l’école de la rue Durkheim, est tout de suite débordé. On y apporte morts, mourants et blessés. Ni eau, ni éther ! On dévalise la pharmacie Morel, on court à la recherche de matelas, de linge, de verrerie, etc... Une totale incurie !

Pendant trois longs jours, les incendies consument la gare et les casernes où, dit-on, plus de 100 prisonniers hindous auraient été tués. Le dimanche matin, on procède à un service funèbre (Mgr Blanchet) où sont bénis les 150 cercueils des morts retrouvés alors.

15h46 : ronronnements puissants (fenêtre fermée). J’ouvre la fenêtre. Je ne vois rien. Je cours à la chambre jaune. Je distingue nettement une escadrille, vers 2000 mètres, composée de 45 Flying Fortress à 4 moteurs. Le soleil m’aveugle. Je descends donc, pour mieux voir les avions, à la fenêtre d’escalier du 2ème étage. Je l’ouvre.

15h49 : je me penche et les montre du doigt à mon père. La sirène qui hurle depuis une minute et demie donne l’ambiance !
Soudain, une dizaine de boules noires, très visibles, s’abattent, sous nos yeux terrifiés, sur le dépôt du chemin de fer, dans un fracas épouvantable. Aussitôt, il est 15h50, un panache de fumée sort de terre et, à une vitesse vertigineuse, escalade le ciel.
Nous descendons quatre à quatre l’escalier et nous précipitons vers l’abri proche, creusé dans le jardin de l’école. La fumée qui retombe nous plonge dans la nuit. Une forte odeur de brûlé, de soufre, de terre nous prend à la gorge. Les avions s’éloignent.

Mais les ronronnements reviennent plus forts. Mon père essaye de retenir notre comptable, Mr Bonnet qui, enfourchant son vélo, veut monter à Chantraine où est sa famille. Nouveau fracas ; c’est la 2e vague. Je regarde les poutres de l’abri et crains d’être pris dessous. Je sors. La terre tremble et je suis projeté contre une cabane de jardin. Une pluie de terre me couvre. Je tremble, je tremble sans pouvoir m’arrêter... je me relève et vois à 20 mètres (?) l’entonnoir de la torpille qui m’a couverte de gravats. Comme un fou, je me précipite dans l’abri. Cette 3ème vague s’est abattue, de fait, sur notre quartier. On dénombrera, plus tard, 3 entonnoirs rue Lepage, 2 torpilles sur “les 3 sapins” où 3 personnes agonisent. Deux bombes, dont la “mienne”, derrière l’école maternelle, 2 autres torpilles sur la maison Raoul, rue du réservoir, 2 sur la rue Notre-Dame de Lorette, etc...

Quant à Mr Bonnet, il pédalait à hauteur des “3 sapins” quand la maison s’écroulait. La figure en sang et la cuisse cassée, il a été porté par mon père au poste de “secours”. Il s’en tirera.

Se succèdent les 4e  et 5e vagues, toujours dans le même fracas, mais le vent aidant, ”n’intéressent“ plus notre coin ! Enfin, ”ils“ s’éloignent définitivement et l’ont émergent, hébétés, de notre si précaire “abri”.

18 mai 44 : Au lendemain du bombardement d’Epinal, les allemands ont déménagés dans les bois (Verrerie de Portieux) leurs ateliers de montage de moteurs d’avions de Charmes et de Thaon (dans le magasin d'expédition réquisitionné de la verrerie).
A la Libération, Mr Aubry, cultivateur et maire sous Vichy, sera accusé de dénonciation, emprisonné, et, finalement, libéré. Notre rue de ”la Jue” sera rebaptisée rue Gustave Chardot.


 
 23 mai 44 : Et zou, de deux ! Alerte, ce matin, au lycée, à 8h15. Descente rapide aux abris. Le courant est coupé. Il fait noir comme dans un four. On chante, un ”gosse” pleure. On entend des avions, ça résonne terriblement. Le proviseur fait preuve d’une confiance imperturbable dans la solidité de l’abri.

A 9h20 les chants s’interrompent car un horrible fracas se fait entendre. L’air chaud rentre en trombe dans l’abri soufflant la lanterne d’écurie que l’on avait réussi à allumer. Peur intense !... Une vague, deux, trois... Ouf ! C’est fini.

On sort : beau spectacle ! Une grêle de bombes incendiaires a arrosé la ville. Le feu dévore le quai des Bons-Enfants ; des plaquettes enflammées (phosphore) descendent la Moselle. L’Hôpital brûle, la Préfecture aussi.

Je traverse la ville en courant. La Générale est détruite, les Magasins Réunis sont atteints, les colonnes, seules, de l’église Notre-Dame subsistent. Le cinéma Royal flambe. Ce qui restait de la rue de la gare à la suite du premier bombardement s’est écroulé. La rue Notre-Dame de Lorette flambe, la maison Girol s’est écroulée sur son abri. Les écoles sont en feu.

Ouf ! Notre maison n’a rien.  Dans ma chambre, un engin incendiaire qui a traversé le toit et le plafond, s’est échoué sur mon lit, projetant sur les murs gomme, essence, phosphore ! Par miracle, le mélange, amorti, absorbé par la literie (?) ne s’est pas enflammé.

Bilan : un mort et quelques blessés. Jeannot se permet :”un bombardement par bombes incendiaires.

25 mai 44: A 8h00 je rentre à Epinal à vélo, venant des Forges où nous passons les nuits. Alerte ! En un clin d’œil, les bois environnants la ville sont pleins de monde. Un quart d'heure se passe. Rien. Puis les ronronnements bien connus se font entendre en vagues successives, les avions américains apparaissent ; on en compte 100, 200, 300... Une panique folle s’empare de la foule qui fuit plus loin, toujours plus loin ! Les traînées blanches des chasseurs sillonnent le ciel impeccablement bleu. Quelques fusées. Deux avions allemands se sauvent, rasant la cime des toits. Les vagues tournoient, se mettent le dos au soleil... On y a droit ? Encore ?... Mais non ! Après un quart d’heure d’évolutions, le bruit décroît vers le nord, vers Nancy. Quelle peur ! Aussi, nous déménageons, direction Lunéville, espérée plus calme !


 26 mai 44: Nuit pénible, raid allié sur l’Allemagne de 0h00 à 0h45, ronronnements assourdissants et continus ; les maisons tremblent ; ils sont à peine à 1000 ms ! On a un mal fou à se rendormir !
20 Spitfires ont rodés longuement ce jour, mitraillant les déplacements de troupes. Les quelques 300 soldats (18 / 20 ans) en cantonnement, arrivent d’Orléans. Au repos, ils se baignent à longueur de journée.


27 mai 44 : 11h30, visite du Maréchal Pétain. 11h45 : Alerte, tout le monde dans les bois. 1 000 forteresses passent pendant deux heures et demi, en direction du Rhin. 15h00 le Maréchal fait le tour des ruines. Froideur de l’accueil. Départ après une brève allocution.

Epinal : 621 cadavres retirés des ruines (dont 400 Hindous).
 
Le 11 un train allemand saute à Corcieux. Engagements entre les allemands et des “maquisards” près de St Dié. Maquis, également, à Bussang et au Thillot.
Vichy préfère “sa“ Milice aux gendarmes, qui, tenus à l’écart, sont recrutés par le Maquis.
 
Portieux : cette nuit alerte splendide, ronronnements formidables, fusées, etc...  


29 mai 44: Bombardiers en transit au dessus de Portieux de 0h à 1h30. Bombardements à l’Est, très distinctement perçus, ici, par delà les Vosges et la Forêt Noire. Retransit vers les 3h00.
Intervention de chasseurs allemands ; des bombes tombent près de Xaronval et d’Igney.
Eloyes (Vosges) : la plupart des jeunes gens du pays, ravitaillés en armes (parachutages?), ”ont pris le maquis”.
Portieux : 300 allemands nous arrivent, ils campent au Couvent et à l’Ecole. 1500 kg de paille ont été réquisitionnés.
                  


3 septembre 44 : 17h00 : Le village “environné” de troupes. On entend la mitraille du côté de Charmes.
17h30 : Le pont de bois arrosé d’essence brûle superbement. Les allemands font ouvrir les volets et fermer les fenêtres. Ils ont un petit canon de 37. L’un deux me déclare que sous 15 jours, ils gagneront, grâce aux V1. Sur un side-car, ils ramènent, de Charmes, deux blessés.


Portieux : Vers 11h45, un avion qui rôde nous tire du sommeil. Soudain, des sifflements, on se précipite à la cave. L’électricité vacille, puis s’éteint de longues minutes. On remonte. Le pont qui brûle lance au ciel des gerbes d’étincelle sous un clair de lune magnifique. On appelle dans la rue, on demande du secours pour le Haut-bout où des bombes sont tombées. On se précipite, pelles et pioches en main. Les allemands nous fouillent pour s’assurer que nous n’avons pas d’armes.

La maison de Mme Schleret a reçu une bombe qui y a creusé un énorme cratère. On dégage bientôt l’intéressée, bloquée dans l’escalier de sa cave. Mais ses quatre enfants, dans la cave, ne répondent pas !

4 septembre 44: à 8h00 : on creuse toujours. Au soir, les quatre enfants ont été retrouvés, morts. Dans l’ordre, Marcelle, 17 ans (tête écrasée, plaies à la cuisse et au genou), les deux gamines presque intactes, et enfin Gaby, 16 ans, retrouvé debout, enroulé dans son édredon (cette femme a perdu, en quatre mois, son mari (fusillé), son père et ses quatre enfants !).
 
5 septembre 44 : Depuis le 3 au soir l’électricité est à nouveau coupée. A 4h20, le canon a grondé pendant près de deux heures ; coups de départ et d’arrivée se succédant. On ne sait qui tire. Nuit à la cave.

6 septembre 44 : Charmes, reprise par les allemands, brûle, au loin.
Le village est plein de troupes, emmenant avec elles, en camion, des hommes pris dans les villages brûlés le long de la route de Rambervillers.

7 septembre 44 : Ces troupes, fraîches, de renfort, sont mieux ravitaillées que les 24 malheureux, rescapés de Normandie, qui étaient encore là, il y a 2 jours. Une “roulante” a été installée : elle “tape” d’ailleurs dans nos deux stères de bois, restés dehors sur le “parge”. Ces soldats n’ont plus rien de commun avec ceux de 40 : tout ce qui leur tombe sous la main est bon (autos, vélos, huile, tomates, raisins, etc.) Ils ont mis en batterie des canons anti-chars et 4 canons de 105. Ils sont munis de la T.S.F. Les alliés, pour leur part, tardent à se présenter sur le haut des côtes de Moselle, en face.
 Des gens de Charmes racontent. Dimanche 3, après-midi, des maquisards, ”informés” de l’arrivée imminente des américains, ont refoulés les allemands et pris le pont routier sur la Moselle, d’importance stratégique.

Dans la nuit de lundi, des renforts allemands ont repoussés les francs-tireurs et repris le contrôle de Charmes. Après avoir fusillé le maire et le curé, ils ont mis le feu à la cité et emmenés en captivité les habitants du centre-ville. Cette tragédie est survenue par suite de la “volatilisation” des troupes alliées. Il est de fait que des motorisés se sont avancés jusqu’à Pont sur Madon, à 18 Kms de Charmes. Mais sans doute trop en pointe, ils se sont repliés. Ce qui est certain, c’est que les allemands ont tentés de détruire la Lorraine Electrique, dès le 1er septembre, et que la plupart des ponts sur la Moselle ont été détruits les 3 et 4 septembre 1944.


Sous ma fenêtre passent trois “vieux” de St Rémy. A 1 h30, le mardi 5, un camion d’allemands aurait essuyé des tirs en traversant leur village. Les soldats ont mis le feu et emmenés 13 otages. Ils sont arrivés à la Vierge à Epinal, hier matin. Les 3 plus vieux, 57, 60 et 80 ans ont été relâchés et ramenés jusqu’ici où ils cherchent un moyen de regagner leur village. A Epinal, précisent-ils, les ponts ont également sautés. Autrement dit, si j’étais resté dans notre maison d’Epinal, sur la rive gauche, je serais libre !
 
8 septembre 44  (écrit à la cave) : Nuit à nouveau mouvementée. Réveillé à minuit par le canon jusqu’à 1h30 ; on se recouche au rez-de-chaussée, tandis que tante qui ne peut dormir met des mirabelles en bouteille. Canonnade à 4h30 : Redescente à la cave. Nos locataires vont au “jus” à la roulante, çà claque ! Bzim ! à plat ventre ! Boum ! Retour, vite fait.


6h30, le jour se lève. Les tirs ont touchés Portieux, en partie. Des dégâts matériels. On ne sait toujours pas qui tire ?



On continue d’aménager au mieux notre grande cave voûtée où le voisinage est accueilli. Ce matin, allers et retours d’avions américains pour la première fois, le plafond étant bas, je discerne les quatre moteurs et les coupoles pour mitrailleurs.

Nos allemands se ravitaillent à peu de frais dans les villages alentours, d’où ils ramènent canards, lapins, oies, etc...

12 septembre 1944 : Vers 15h30 : Nous écoutons dans le jardin les bombardements au nord-ouest. Clac ! On se précipite à la cave. Mais au bout de quelques minutes, on apprend que c’est un petit pont de chemin de fer qui vient de sauter. On se rassure. Clac ! Cette fois, c’est le tour du grand pont de chemin de fer de Langley ! 17h45, le pont de Charmes saute.

23h16 : Sifflements prolongés. On croit à des torpilles mais ce sont des obus. On descend à la cave. Pas moyen de dormir. Cela tire sans arrêt.

13 septembre 1944 : Constat de dégâts matériels divers ; plus de 20 obus sur le Couvent (?). 6 chevaux tués.
 
13h00 : Un monoplan passe au ras des toits. Il porte sur les ailes trois raies blanches et une étoile blanche. Ce “mouchard” ne cessera pas de tournoyer au dessus de la Moselle jusqu’à 19h00.
Toute l’après-midi, la canonnade fait rage derrière les côtes, en face, à l’ouest. Les allemands inspectent à la jumelle cette ligne de crêtes et rasent les murs.

14 septembre 1944 : Nous avons eu une nuit très calme. Bien entendu, c’était la première fois que nous couchions à la cave, dès la nuit venue ! C’est toujours comme ça !

Ce matin il pleut et on entend ni avion, ni canon. Un lieutenant allemand, auquel quelqu’un demandait l’autorisation d’aller à Vincey, sur l’autre rive, a répondu que c’était impossible puisque les américains y étaient !

En attendant, le maire a réquisitionné tous les hommes valides pour enterrer les 6 chevaux tués dans la nuit du 12 au 13. Les trous sont creusés dans notre verger, derrière le Couvent. Quatre soldats, de garde, avaient été également tués, cette nuit là, dans ce verger où 5 obus étaient tombés. Cette après-midi, les allemands ont pris 2 vélos chez Duchêne, une roue et une pompe chez nous.

18h30 : des obus sifflent. Le tambour passe et ordonne, au nom des allemands, de gagner les abris de 20h00 à 7h00. On couche encore à la cave. Aimé et Gaston sont surpris, dehors, par l’éclatement d’un obus devant chez Mansuy, dans notre rue de la Jue.

15 septembre 44 : Nouveaux dégâts matériels. Les 30 allemands qui “ tenaient” Portieux ne sont plus là. Soudain, on voit déboucher jusqu’au pont brûlé trois véhicules blindés américains venant de Vincey. On se précipite, expliquant qu’il n’y a plus d’allemands au village. Ils repartent après avoir distribués cigarettes et biscuits.

A 14h00 on voit arriver, venant de Châtel, au sud, un tank, avec des hommes en kaki, coiffés de calots rouges. Ils conduisent également de petites autos (Jeeps), ce sont des français de l’armée du général Leclerc. Tout le monde les embrasses. On photographie les enfants escaladant le char. Venant de Charmes des américains arrivent, également fêtés (distributions diverses). Quel modernisme ! La TSF sur chaque voiture !


On leur indique que les allemands se sont, vraisemblablement, retirés dans les bois. Ils s’y dirigent, tandis que l’aviation alliée surveille la région.

17 septembre 1944 : Nous sommes libérés depuis le 15 à 14h00 !... et sans trop de mal. Des dizaines d’obus sont tombés au cours des nuits précédentes, rendant inhabitables quelques maisons, en abîmant d’autres. Pas de pertes. Nous n’avons point eut à subir de combats de rues, ni de pilonnages aériens, du fait de la fuite des allemands dans la nuit du 14 au 15.

En cette matinée pluvieuse, près de quarante huit heures après notre ”libération”, on reste néanmoins sur ses (nos) gardes. Hier, à Igney, après le passage rapide des américains, deux chars allemands ont surpris le pays et, le trouvant pavoisé, y ont mis le feu. Or, américains et “Leclerc” additionnés, nous avons, à ce jour, aperçus dix Jeep et quatre tanks. Il s’agit là, manifestement, d’avant-gardes. On peut, néanmoins admettre que, pour nous, la longue période d’attente qui s’est étendue du 6 juin au 15 septembre 1944 a pris fin.
Le spectacle, en tous cas, est pénible des vengeances exercées, même à bon droit, contre les “collaborateurs”. A Portieux, il s’agit de punir le responsable présumé de la mort, en mai 44, de sept de nos concitoyens, fusillés, comme résistants, par les allemands. Le maire, arrêté, aurait été désigné par les condamnés... Son incarcération facilitera la “prise de pouvoir” d’un nouveau magistrat “rouge” pâle

Hier, mon “prof”, Jean Girard, est reparu. ”Kidnappé” par une voiture allemande le 8 septembre, à 10h00, près du cimetière, sur la route de Châtel, il s’est retrouvé prisonnier à Epinal, puis, en compagnie de 12 autres “raflés”, emmenés vers Mirecourt. A Ville sur Illon, des avions anglais mitraillaient.

20h00 : Ce midi, brusquement, les éléments avancés américains se sont repliés, à toute vitesse, sur Charmes. Sept Panther allemands à leurs trousses ! Panique ! Les hommes du village, escaladant les ruines du pont, ont gagnés Vincey. Barrage d’artillerie américain.

18 septembre 1944 : Depuis dimanche midi et toute la nuit de dimanche à lundi, l’artillerie américaine s’est déchaînée par dessus la Moselle, et bien que les chars allemands responsables de cette canonnade se soient repliés dès 17h00 dimanche. A Vincey, où les hommes de Portieux étaient réfugiés, après avoir craint une véritable contre-attaque allemande, on est resté sur le qui-vive.
Les tirs se sont tus. On dit Portieux libre d’allemands. Je repasse le pont et retrouve ma tante et ma sœur, prêtes au départ. Elles ont passé une nuit terrible, sous une avalanche d’obus. Sur tout le village, une dizaine, à peine, de maisons sont intactes. Le mur de notre jardin a été démoli sur 5 mètres. La pluie ne cessant pas. Le cordonnier a été tué en voulant porter secours à des blessés. C’est une fuite générale vers Vincey, de l’autre côté de l’eau ! On a compris !
 
20 septembre 1944 : On commence la réfection des toitures endommagées, ainsi que le “nettoyage” des pièces encrassées par la poussière soulevée par les bombardements.

21 septembre 1944 : Toujours le déblaiement. Un Comité de libération et un nouveau maire s’installent. Arrivée, en cantonnement, de troupes françaises (Leclerc). A Charmes, où je vais en vélo, les américains ont lancés sur la Moselle deux ponts à sens unique. Trafic incessant au milieu des ruines. Aperçus des anglais, vraisemblablement agents de liaison.
 
22 septembre 1944 : Lunéville serait, à nouveau, libérée. On ne sait toujours rien au sujet d’Epinal.
 
24 septembre 1944 : De bonnes nuits, quel repos ! Mais aussi que de pluie ! Ce matin la messe était dite pour les “Leclercs”, vivants et morts. Notre curé, presque éloquent, a retracé leur épopée glorieuse, depuis le Tchad. L’église était pleine, nous avons eu ensuite l’appel des 7 fusillés de Portieux devant le monument aux morts. La Division leur a rendu les honneurs.

 

25 septembre 1944 : On dit qu’Epinal, encerclée depuis 3 jours, a été libérée dans la nuit. On se bat à Baccarat, Remiremont, Belfort (Après le front sur la Moselle, c’est le front des Vosges).

26 septembre 1944 : On dit que Mr Aubry, ancien maire, aurait avoué être responsable de la mort des 7 fusillés de mai 44. Il aurait été fusillé hier matin, à 6h00 (?).


28 septembre 1944 : Dans les bois où nous cherchions des troncs pour charpentes, j’ai trouvé une gourde allemande qui me sera bien utile pour des “campings” futurs.

29 septembre 1944 : A 14h00 arrivée du général de division (3 étoiles) Leclerc (46 ans, battle-dress américain). Seuls le distinguent sa canne et ses trois étoiles d’argent sur son képi, recouvert kaki. Il procède à une rapide inspection des troupes, alignées le long de notre rue. Il est accompagné d’un très jeune capitaine d’état-major et des officiers du régiment. Il repart après avoir été applaudi, dans une Ford, décorée d’une bande rouge, triplement étoilée.

30 septembre 1944 : Villages pavoisés, convois militaires, maison pillée, heureusement en partie déménagée dès mai. Famille Alff, sur place. Revenue d’Eloyes début Septembre pour cause de troubles liés au maquis (perquisitions, fouilles, fusillades). Bien leur en a pris, puisque la lutte, à Chantraîne, commencée le jeudi 21 était terminée le 22 à 21h00. En ville, à Epinal, par contre, les ponts, en sautant, ont causés pas mal de nouveaux dégâts, s’ajoutant à ceux de juin 40 et de mai 44. Les Alff ont vu, avec joie, arriver, inopinément, leur fils Jean, sergent en stationnement à Luxeuil. Il était muni de 50 paquets de cigarettes ! Il a fait la Corse, débarqué à St Tropez, vu Marseille, Lyon, Dijon. Depuis un an, ils étaient sans nouvelles. Lui n’avait pas vu Epinal depuis 2 ans et demi.

 

Merviller, village de Lorraine

merviller-village de lorraine

 

 

Ce deuxième conflit fut précédé d'une période de tension plus particulièrement durant l'anschluss de 1938 et de la mobilisation générale qu'elle provoqua. Durant cette mobilisation s'établir à Criviller dans un campement de fortune une trentaine de mobilisés.

Puis vint la mobilisation d'août 1939 qui devait amener après l'attaque par les troupes du Reich de la Pologne, le 1er septembre 1939 à 4h45 la déclaration de guerre de la France le 3 septembre 1939  à 17h00. Cette période a été marquée par l'utilisation de la route départementale par de nombreux convois de troupe, convois hétérogènes de véhicules de réquisition hâtivement barbouillés de camouflage ou d'inscriptions telle que "caiffa" ou "samaritaine" sont bien visibles. D'autobus à plate-forme de la région parisienne entrecoupé de véhicules à plateau supportant une dérisoire mitrailleuse anti-aérienne.

 

Cette période sera suivie d'un automne particulier. Ce deuxième conflit fut plus froid, il neige dés le 28 octobre 1939, période hivernale très vive de fin novembre à début mars, froid très vigoureux -26° le 10 décembre -29°. Le 12 décembre 1939 pointe de -32° à -34° vent d'Est persistant. Durant ce temps s'éternise la guerre rassurante où il ne se passe rien. Radio 37 station radio de l'époque nous fait part entre autre du communiqué du 17 octobre 1939 au matin " Hier en fin d'après-midi les allemands ont déclenché une deuxième attaque dans la région à l'Est de la Sarre sur un front de 30 Km nos feux ont arrêté l'ennemi sur la ligne prévue. Les curtiss rares avions français modernes de la base de Xafféviller tournoient très haut dans le ciel et dessinent les premières traces de condensation qu'il soit possible d'observer. A plusieurs reprise un appareil de reconnaissance survole le secteur par le fait que les pièces de DCA de Domptail et Chazelle ouvrent le feu sur celui-ci le fait supposé allemand. Les éclatements se situant à une distance respectable de celui-ci démontrent la médiocrité de cette DCA. Les villageois accueillent favorablement ce qui leurs est présenté comme des augures de victoire.

 

Le 6 novembre 1939 la presse relate en termes dithyrambiques cette fameuse journée au cours de laquelle 9 curtiss tiennent tête à 27 Messerschmitt 109 dans un combat acharné qui se solda par 10 victoires sans perte. Le 13 décembre 1939 Le croiseur allemand Graff Spee mis à mal par 3 croiseurs légers Britannique et contraint de se saborder dans la baie de Montevideo. Sauvé les photos titre la presse : Chargé de mission photographique un Potez 63 en feu réussi à rejoindre les lignes Françaises "Sauvez les photos, sauvez les photos ;"hurle le pilote grièvement brûlé à ses sauveteurs, ses deux coéquipiers sont morts, tout le village apprendra bientôt qu'il s'agit d'Antoine Mercy petit-fils de Marie Moinaux de Criviller. Il survivra à ses graves brûlures .Début février le village est à nouveau en émoi le sergent Camille Sidhoum des corps francs est signalé disparu. La Croix-Rouge informera bientôt ses parents qu'il est mort dans un hôpital allemand.


Au village les adultes sont conviés à se rendre à l'école pour déterminer la taille du masque à gaz qui leurs convient, ma mère s'offusque rien de semblable pour les enfants. Les mobilisés vont bénéficier d'un deuxième tour de permission de détente dit-on. Pour rompre la monotonie on écoute radio Stuttgart qui émet en langue française son sinistre traite Ferdonnet tente d'incuber l'idée que les allemands sont de braves gens. Il nous indique que l'on a démonté un pylône qui se trouvait à proximité des constructions métalliques de Baccarat pour le transférer à Nancy Champ le Bœuf pour brouiller ses émissions de radio, Ce qui est vrai c'est que cette installation deviendra la première antenne émettrice de radio Nancy en 1945. Le 10 mai 1940 le réveil viendra brutal, jour où l'attaque allemande est générale, les avions de chasse de la base de Xafféviller sont pour la plupart détruits au sol. Le levé du jour est marqué par le passage de nombreux bombardiers Dornier. Le hameau à la tête en l'air, Deux appareils côte à côte venant de la direction Nord Est passent sur l'axe du hameau, les saluent une dérisoire rafale de mitrailleuse postée à fleurante haie, suivie d'explosions amplifiées par un écho sans fin. A l'entrée du bois de Fouilly viennent de tomber 48 bombes, quelques-unes n'ayant pas éclatées les villageois se pressent sur les trous de pénétrations. Les communiqués alarmants jettent sur les routes les premiers réfugiés. Les villageois inquiets vont à nouveau se regrouper au bord de la route, Roger Verrelle avec son camion en route pour Dijon va s'arrêter une petite heure et apporter des nouvelles " J'ai traversé Sedan entre deux murs de flamme "dit-il.


Les convois de troupe deviennent pagaille, l'abandon de matériels, véhicules, armes se fait de plus en plus fréquent. Néanmoins quelques isolés nous redonnaient espoirs.
Le 18 juin stationnent au village dans la grange Sevrin sept fantassins et un sergent, ils avaient récupérés un tombereau et un cheval dans lequel ils amassaient ce qui traînaient dans les fossés, une vingtaine de fusils, un mortier, une mitrailleuse qu'ils vont mettre en batterie pour la nuit face au lavoir. Ils repartiront le lendemain, d'une phrase qu'a très rapidement prononcé André Sevrin, je suis convaincu qu'ils ont abandonné ces fusils cachés dans le foin du grenier Sevrin de sorte qu'ils n'ont été retrouvés et dissimulés à nouveau deux ans plus tard, Ce n'était pas des faits qui s'exposaient.


Les gendarmes ordonnent le départ vers Dijon par leurs propres moyens des hommes de 18 à 50 ans. Vont satisfaire à cet ordre Heck Adrien, Lécolier Léon, Maire Louis, Sevrin Paul, Taroni Noël, Thiry Nicolas. Un semblant de réconfort s'installe dans l'après-midi du dimanche 16 juin 1940, A pied plusieurs compagnies d'infanterie polonaise montent vers Merviller, ils n'ont comme arme qu'un fusil. Par vagues les Dornier continuent à passer et à mitrailler la route, on en dénombre une centaine d'un seul coup, du jamais vu. Plus de presse, d'électricité, de radio. Des compagnies de travailleurs Espagnols se joignent aux réfugiés, à la retraite.

 

Le 19 juin 1940, au soir la 1ère Division de Grenadier Polonais prend position aux abords de Criviller, Une compagnie monte la rue du hameau et va prendre position face à Gélacourt déjà occupé, ils vont détruire les ponts de Merviller sur la Verdurette et le pont SNCF.  Le 20 juin 1940 à 6h00 du matin venant de Brouville par le bois de Voivre commence l'attaque sur Merviller, elle s'amplifie à 10h00 depuis Montigny, à l'entrée de Merviller ils furent accueilli par le maire Monsieur Violle et le chanoine Geoffroy Amand prêtre retraité de la paroisse Dans l'après midi du 20 juin 1940 les allemands s'installent à Criviller vider de ses habitants par les compagnies Polonaises, A Merviller on va inhumer les défenseurs de la « Verdurette » 10 soldats Polonais dont plusieurs officiers et un Français du nom de Marcel Léopold. L'occupation commence elle va durer jusqu'au 31 octobre 1944, soit 1055 jours.

 

A Baccarat le maire obtient que les ponts ne soient pas détruits. Les allemands sont déjà à Épinal, aux abords de Lyon, les casernes Haxo, Lamirault, les cristalleries vont se remplir de prisonniers français. On cite le chiffre de 60000. Installés faute de place à même les cours. Ils vont subir la faim. Monsieur Laurent Eugène va durant un certain temps leur apporter journellement deux lessiveuses de soupe. Par la suite vont être libéré et prendre la direction de l'Est ceux originaires d'Alsace et de Lorraine.

Puis dans les semaines suivantes à pieds sous escorte la majorité des prisonniers prendront la direction de l'Allemagne. Certains s'assirent sur le muret des fontaines et réussissent à s'introduire dans l'aqueduc. Ils recevront les vêtements nécessaires pour s'enfuirent, La nouvelle de l'armistice est enfin officiellement connue, on fait une large confiance au Maréchal Pétain. Une des premières ordonnances des allemands sera d'ordonner le balayage des rues tous les samedis, ordonnance assez rapidement oubliée. Jusqu'alors nous n'avions pas connu les tickets de rationnement, ce sera immédiatement le pain, la viande, le café,, le sucre, l'huile, l'essence, puis progressivement le tout, pneu, chaussure, textile. Progressivement va se remettre en route le service postal, le chemin de fer, le retour des évacués, les réfugiés d'Alsace et Lorraine qui étaient venus en nombres s'établir au village sont plein d'inquiétude de retourner dans leur province.


Les allemands organisent leur garnison de Baccarat.
Dans l'industrie Bachamoise le travail reprend difficilement rendant nécessaire le départ volontaire pour l'Allemagne, se reconstruisent les deux ponts de Merviller, Verdurette et SNCF le virage qu'il provoquait va être redressé. La routine sous surveillance fait son chemin, on commence à connaître l'action du général De Gaulle qui ne soulève pas la foule.


Le Curé Marc Bévillon démobilisé du haut de sa chair, Il n'hésite pas a indiquer très rapidement « On ne les entendra bientôt plus » Il organise avec les jeunes de la paroisse des soirées récréatives dont le bénéfice finance l'envoi de colis aux prisonniers. Certains vont rentrer Verrelle Roger va être libéré sans explication, Verrelle Jean va réussir à rejoindre la Suisse, Lorentz Roger va tenter tout simplement de prendre le train et de réussir une évasion.
Durant l'hiver 1940/1941 alors que la neige recouvre le sol un appareil allemand fait un atterrissage forcé devant le bois de pinasses il y sera démonté.


Quelques mois plus tard c'est un hydravion qui réussit l'exploit de se poser sur le barrage des cristalleries. La réquisition de nombreux chevaux sera nécessaire pour le sortir de l'eau, Au printemps 1942 très tôt le matin c'est un ballon sphérique qui descend et s'accroche aux lisières du bois de pinasses, André Severin se précipite saisi la nacelle en toile et le ballon reprend de la hauteur et disparaît, Le mystère reste entier sur la provenance et le but de cet engin, Il ne pouvait que se trouver déchargé que pour reprendre de la hauteur, anglais où allemand. Puis ce sera les requis pour le travail en Allemagne, puis pour la construction du mur de l'atlantique. Les nuits deviennent de plus en plus agitées, les bombardiers anglais vont de plus en plus souvent sur l'Allemagne relayer bientôt de jour par les américains par escadres de 48 appareils, On peut ainsi en totaliser plus de mille. Ils sont quelque fois pris a parti par la chasse allemande, tombe alors du ciel des douilles de mitrailleuse 12,7 qui pourraient faire mal, certains jours se mêlent à la danse des pièces de DCA allemande de passage.

 

Fin juin 1944 elle sera efficace et un bombardier anglais s'abattra à Glonville. Ces passages de bombardiers étaient précédés de lâcher en masse de quantités de rubans métalliques de quelques 27 centimètres de long qui brouillaient l'équipement radar des canons "wurgburg" Ces rubans, dont la dimension variait selon la longueur d'onde à brouiller, s'appellent bipole de brouillage. Nullement autodestructible une dizaine d'années après la fin des hostilités on en trouvait encore en masse dans la nature.


Les allemands avaient précisément installé une station de dépistage radar à Montigny et l'avait relié à Baccarat par un câble téléphonique de forte section empruntant le parcours de la voie ferrée .Une centaine de mètres de ce câble va disparaître ce qui correspondait beaucoup plus à un vol qu'à un acte de sabotage, Ce fait vaudra aux hommes de la commune d'assurer une garde dangereuse et contraignante de ce câble. Le transformateur de Vacqueville sera détruit, de même que la station de transformation électrique de Glonville. Il a été dit que les coupables étaient de Criviller.

 

                    

             Transformateur de Vacqueville                                 Transformateur électrique de Glonville

 

Après la rupture du front de Normandie vers le 10 août 1944 les chasseurs-bombardiers alliés vont faire de plus en plus présence et mitraillent les trains et convois routiers. Détruisent un train de munitions en gare de St Clément, une locomotive en gare de Baccarat. Lors de l'une de ces attaques alors que je me trouvais dans un champ avec Verrelle Henri, j'ai nettement vu le pilote porteur d'un casque rouge qui ayant ouvert son coopick nous faisait des signes amicaux. Plus tard ce sera un bombardier américain dont nous verrons l'équipage sauter en parachute L'un de ceux-ci sera caché par Prosper Hainzelin .Après la guerre il reviendra plusieurs fois au hameau. L'appareil s'écrasera à Vacqueville.

 

            


Le peu de chevaux restant dans les villages sont réquisitionnés avec chariots et conducteurs pour évacuer l'hôpital allemand de la caserne Lamirault, ils iront jusqu’à Heming où l'aviation les prendra à partie et où la quasi-totalité des chevaux seront tués.


Les troupes allemandes sont en pleine retraite, nous ne sommes traversés que par des troupes désorganisées croyons nous. Ils vont désarçonner les cyclistes pour leur voler leur bicyclette.
A nouveau de nuit des dizaines de chars se dirigent sur Merviller, Reherrey, ils vont attaquer sur Lunéville le 18 septembre 1944 et reprendre une partie de la ville.

 

             


C'est à ce jour à proximité du transformateur de Criviller que tombe la première salve d'obus fusants, elle sera suivie quelques temps après d'autres sur le village, la cheminée de l'actuel n°26 sera l'un des premier point d'impact, Ces tirs allaient obliger la population à vivre protégée en permanence, à réduire les activités, à vivre sous les épaisseurs de foin des fermes n°11 et écurie Séverin, cave n°17, Dès les premiers tirs c'est Joseph Becker dans le jardin de la ferme du Colombier qui va être blessé, puis renseigné les tirs vont progressivement éviter le village, néanmoins des centaines d'obus vont s'abattre journellement sur les abords proches.


Le quotidien se résume à ne pas s'éloigner des abris tout en assurant rapidement nourriture et entretien des animaux, à profiter des nappes de brouillard pour arracher partiellement les pommes de terre. Des observateurs d'artillerie vont venir s'établir chez Jean Vervelle au n°11 au village, les postes d'observation étant au bois des pinasses et à la ferme du Colombier, les pièces se situant à Merviller, Durant cette période est venu a de nombreuse reprise se camoufler dans cette grange un véhicule chenillé lance-roquette, Il comportait 48 rampes le contenu de toute un camion déjà GMC américains était nécessaire pour l'approvisionner. Les projectiles partaient les uns derrière les autres dans un long sifflement ahurissant. Un grand nombre était défectueux, au retour les servants avec la brouette de Jean Vervelle, allaient les jeter dans l'étang, Je crains qu'ils y soient encore.

 

 


Mon Grand Père qui était un bricoleur avait avec des bocaux en verre, des morceaux de zinc, des soudures, de l'acide et d'autres trucs confectionné une batterie ce qui nous permettait d'avoir une ampoule de six volts dans la cave refuge du n°17. Dans cette cave de 4,50m sur 4.50 mètres, 2 mètres à la voûte prenaient place jour et nuit 25 personnes, Madame Harmand assurant à l'assentiment général une interminable prière du soir. Nicolas Thiry avait la charrette du grand-père comme lit en dessous de l'installation c'est donc lui qui avait charge d'éclairagiste.


Un jour les observateurs allemands d'artillerie installés chez Jean Verrelle sont venus s'abriter avec nous d'une salve, et avaient probablement remarqué l'installation électrique. Puis vint s'installer dans la grange Séverin un véhicule allemand genre chenillé bardé d'antennes de radiogoniométries à la recherche d'un poste émetteur, C'est alors que les précédents occupants indiquèrent probablement aux nouveaux la présence de ce dispositif. C'est trois hommes l'arme à la hanche qui se pointèrent dans la cave d'examiner la caisse si deux admirent très rapidement que de poste émetteur il n'y avait le troisième "Non" et d'entreprendre en allemand avec Nicolas lorrain mosellan le fusil sur l'estomac, une conversation qui devint rapidement orageuse, puis peut-être convaincu ou se voyant abandonné par ses camarades le fusil s'abaissa l'allemand s'en fut les rejoindre. Il y eut un grand soulagement mon grand-père de disperser sur le champ son matériel. Plus d'éclairagiste dans la cave. Cette installation d'un poste d'observation à l'angle Sud Ouest du bois de pinasses lui valut d'être totalement dévasté et nécessita après guerre sa mise à blanc et toc. Après la libération j'ai pu connaître la raison de la présence de cet engin de détection et ce par l'intéressé lui même un gars nommé Gerber Henri, Bachamois risque tout, trois fois parachuté en France qui renseignait les alliés avec un poste émetteur dissimulé dans un sac de pomme de terre placé sur une brouette, et qui s'en allait de par les champs.

 

Ainsi des pièces d'artillerie allemande étaient prises pour cible avant d'avoir tiré. Cette brouette indétectable puisque silencieuse s'est trouvé à quelques mètres de l'engin de détection. Gerber a opéré sur Criviller et le grand secteur des Bingottes il était aidé par des patriotes qui lui fournissait des renseignements. La totalité de ceux-ci ont considérés avoir fait leur devoir et sont restés humblement très discrets sur leur action, Ils ont préféré le mutisme aux médailles, je n'ai que des présomptions sur leur identité.

Le 8 octobre 1944 s'opéra un changement d'unité de ces artilleurs à l'heure même où ils déroulaient une ligne téléphonique dans notre pré parcelle n°237 Paul Becker arrivant de Baccarat nous apprenait la destruction de l'église.

 

 

 

 Aprés la guerre Gerber m'a aussi indiqué avoir communiqué aux alliés que le curé de Baccarat avait fait l'objet de la part des allemands d'une demande de clés permettant l'accès au clocher, cette nouvelle unité probablement dépourvu de cartes voulait elle du clocher examiner la configuration du terrain, cela semble vraisemblable, cette simple indication transmise aux alliés stationnés à Glonville a-t-elle provoqué la destruction du clocher, La chose n'est pas improbable sinon que justifie la destruction de ce clocher.

 

C'est le 14 octobre 1944 que l'occupant nous ordonna d'évacuer le hameau et le 16 octobre 1944 que nous prîmes à pieds et avec de maigres mais trop lourds bagages la direction de Raon l'étape la côte de Merviller exposée à la vue des hauteurs de Glonville occupées par l'artillerie alliée fut à éviter. De Raon l'Étape, ressemblé sur la place du marché aux petits cochons chaque famille se dispersa vers qui il espérait avoir une chance d'accueil. Pour nous et quelques autres se fut Pexonne où nous retrouvâmes d'autres résidant de la commune de Merviller. Durant cette période fut organisée une soupe populaire à base de blé cuit, nous percevions aussi une petite indemnité, elle était servie en billets de cinq francs démonétisés, je ne sais d'où provenait ces coupures retirées de la circulation dès le secteur libéré.

 

 Le 31 octobre 1944 à 8h00 précise depuis la ferme de la Combelle nous avons assisté au matraquage de quelque 300 canons (3 régiments d'artillerie selon le livre la bataille de Nancy) en batterie côte à côte à même la route N.59 de Saint Clément à Menil-Flin, (Témoin oculaire Antoine Messin de Menil-Flin) nous pouvions apercevoir des milliers d'explosions, les peupliers de la cote d'Hablainville s'abattent les uns après les autres, en soirée ce sera à Vacqueville tout proche que les combats se situeront. D'importantes colonnes de fumée s'élèvent de ce village Trois chars allemands encombreront la rue du village pendant de nombreuses années.

   

 

   

 

 Le Général Leclerc jugeant qu'il ne pourrait pas franchir les Vosges d'une seule traite de nouveau arrête l'avance alliée.

 Durant les jours suivants de nombreux obus vont s'abattre sur Pexonne causant de nombreuses victimes entre autre la Boulangerie Vouaux, 5 victimes par le même obus. De la même salve d’obus vont s'abattre sur le clocher sous les coups une cloche y teintera trois fois. Les hommes vont être à nouveau requis à creuser de nuit des tranchées avant d'être déportés en Allemagne. De la commune parmi d'autre Heck Adrien, Patry Raymond, Colin Prosper, Le 10 novembre 1944 passent déportés les hommes de Raon parmi lesquels les frères Severin de Criviller.

 

Puis le 19 novembre 1944, vers 15h00 se répand la nouvelle « Les Français sont à l'entrée de Pexonne » il s'agit de Gerber un fusil-mitrailleur allemand sur chaque épaule qui arrive de la direction de Badonviller il est suivi de deux fantassins la carabine à l'épaule qui se rendent chez Monsieur Gegout Boulanger à la suite apparaissent deux chars de la division Leclerc dans le quart heure suivant arrive de Neufmaisons une auto mitrailleuse de l'armée américaine, avec en plus la fin des tirs d'artillerie c'est ce qui pour ma part fut le plus » remarquable " le silence .Les deux unités faisant jonction, C'est une foule silencieuse en communion avec les trop nombreux absents déportés et prisonniers. Dans les jours qui suivirent, les habitants rentrèrent au village. Ce ne sera qu'au mois d'avril que les déportés de novembre seront de retour. Par là suite fut nettement visible dans le bois de pinasses pendant plus de dix ans les traces des chars libérateurs de Baccarat, contournant les défenses qui barraient les routes d'Azerailles et Gélacourt, Ils avaient remontés le bois en écrasant les restes de nombreux arbres avant de redescendre sur la ville de Baccarat. La ferme du Colombier qui avait reçu de très nombreux projectiles fut incendiée dans la soirée du 11 novembre 1944.


Septembre 1944
Deux faits plus significatifs ont plus particulièrement marqué ce début du mois, le premier est rappelé dans la commune par les stèles des fusillés. Un commando du S.D Police spécial de la gestapo s'est établi à l'hôtel du pont à Baccarat, on y transfert, interroge, torture les supposés résistants et résistantes coupables ou non,
Le 1er septembre 1944 dans l'après-midi un camion quittera ce lieu de souffrance pour prendre la direction de Merviller en haut de la cote à la "belle croix" le camion prend la direction de l'avenue et stoppe au pied de celle-ci, descente du camion un groupe d'hommes que Monsieur Mougeol qui s'active dans ses champs aperçoit mais à une distance trop éloignée pour distinguer de quoi il s'agit, Il ne pourra révéler ce fait qu'après avoir eu connaissance du massacre.


Descendu du camion en plein champ les tueurs du S.D les entraînent jusqu'à la forêt distante de 500 mètres. Là à quelques pas de l'orée du bois indiqué aujourd'hui marqué par une stèle sont abattus en tas et à la mitraillette: Arnould René (Prêtre) - Deschamps Guy,  Deschamps Roger Dumoutier Roger, Finance Emile, Hachon André, De Hennequin de Villermont, Mathieu Pierre, Spinozzi Humbert. Chaque corps est criblé d'une quarantaine de balles.

 

                        


Ce sera un chien qui par son comportement en permettra leur découverte, Sachant que resté dans la position ou ils sont tombés durant deux jours de septembre se passe de description de leur état. Le Maire Monsieur Pigenel Charles secondé par le Curé Marc Bévillon feront appel aux jeunes gens du village pour les charger sur une guimbarde les transporter en maison commune, Les identifier, se procurer neuf cercueils et après un passage à l'église, les inhumer avec la seule présence du maire, du prêtre et de quelques porteurs.
Quelques jours plus tard à peu de distance du même endroit sont abattus de la même façon Madame Gadat Andrée et Stuzmann Thérèse, leur corps ne seront retrouvés qu'après la libération du 31 octobre 1944.

                                           

 

 


Parallèlement les exactions douloureuses se poursuivent Pexonne, Neufmaisons, Vacqueville, Veney, La Baraque, des amis, des cousins, des frères en sont les victimes. La BBC dans ses messages personnel annonce " Le Beau pré et trop long "ce qui signifie un parachutage dans une clairière au Sud de Veney, baptisé "La Pédale" un nombre incommensurable de personnes sont dans le secret y compris les allemands.


A l'aube du 4 septembre 1944, deuxième jour que 800 hommes dans l'attente de ce parachutage couchaient a Viombois insuffisamment disciplinés, et armés pas assez convaincus, et mal encadrés .Ils vont être attaqué par plusieurs centaines d'allemands à majorité des éléments de la Luftwaffe du 91e Régiment dressés à la lutte contre les parachutistes (Source Viombois le maquis tragique par Jean Marie Geoffroy) 57 membres du groupement mobile d'Alsace Vosges vont être tués, majoritairement de la région. En soirée alors que les avions ravitailleurs anglais tournent en rond attendant un signal qui ne viendra pas le combat cesse.


Le lendemain 5 septembre 1944 en soirée le matériel qui n'a pu être parachuté la veille est basculé par quatre avions "au pré barbier " Parachutage énorme et disproportionné, la majeur partie sera récupéré par les allemands
Que fait le groupe de résistants de Merviller durant ces faits tragiques,il est moins volubile perçois le passage des avions et se prépare à agir conformément à des ordres réfléchis
Dans la soirée du 4 septembre 1944 sous la conduite de son chef Dirembach André le groupe accompagné d'Annie Violle muni d'un havresac garnis de pansement va se diriger vers Grammont et se positionné au Sud du terrain de parachutage .Ils sont tous armé d'un fusil provenant de juin 1940, seul le plus jeune 16 ans en est dépourvu en compensation il transportera une très lourde charge munition. Dans l'attente ils percevront la ronde des avions. A l'aube ils prendront la direction des carrières où ils cacheront leurs armes. Durant cette épisode dans la matinée un feldwebel se présente chez le maire monsieur Charles Pigenel en lui indiquant que les hommes de Merviller avaient rejoins le maquis,Le maire jure qu'il ne manque aucun homme au village alors que son propre fils Marc et de l'équipé, Il l'invite à faire le tour du village pour le lui démontrer, Tous les hommes n'avaient pas rejoint le maquis mais préféraient se cacher, arrivé à l'extrémité du village le maire aperçu Madame Richard dont le fils Léon était lui aussi absent, Immédiatement il lui indique à peu prés ceci "Ce monsieur recherche les hommes du village" Il connaissait parfaitement le comportement passé de Madame Richard "En quatorze j'avais quinze ans" disait elle volontiers et de d'écrire sa conduite sur le champ de bataille de l'époque, Ne venait elle pas de découvrir dans son hangar un fuyard de Viombois à qui avant de le restaurer elle avait indiqué "De quoi !!Ça à vingt ans et ça a peur des boches" Le maire ne pouvait pas trouver aide plus précieuse, en moins de dix minutes elle d'écrit au feldwebel avoir aperçu la quasi totalité des hommes du village, le lieu où ils se rendaient, et le travail qu'ils y effectuaient.

Il n'y avait absolument rien de vrai, mais s'était présentée avec une telle force de persuasion qu'elle réussi à détourner les soupçons. Pour ma part durant cette journée du 5 septembre 1944 j'ai aperçu à la « godine » dissimulé dans les joncs qui bordaient la petite source du  Bigré, des fusils peut-être six ou huit le lendemain ils avaient disparu, Rien d'étonnant par la suite j'ai appris qu'un groupe de résistants stationnaient cette nuit là dans la ferme Mougeol. Touchait à sa fin un douloureux épisode que très vite on voulu oublier, Monsieur Dirembach devient pour quelque temps le maire de Merviller, Annuellement on commémora la mémoire des fusillés Monsieur Briot Théophile à l'assentiment général, évoquait leur sacrifice.

Plus tard, une quinzaine d'années plus tard par des maquisard de Domptail Grelot Pierre, Freard et surtout par les deux cousins Otin des deux fermes de la Rochotte, J'ai pu apprendre que cette nuit là se trouvait dans ces fermes, aux grottes du même nom, au ruisseau Saint Pierre et en d'autre lieux réunis par petits groupes des hommes plus ou moins armés. Ils devaient franchir la Meurthe à la passerelle de la scierie des cristalleries, puis par la voie des wagonnets de la dite scierie franchir en souterrain la RN 59 se retrouver à l'intérieur de l'usine, et de là gagner la foret du Reclos, probablement rejoindre le groupe de Merviller susceptible de mieux connaître les lieux.

La libération de Vého

Un espoir de libération …

 

Samedi 16 septembre 1944.

Depuis quelques jours, l’espoir est dans tous les cœurs. Cette libération tant attendue est là…encore un peu de patience.

Sur le “haut de Soutrait” qui domine Vého à l’Ouest, le regard plonge sur la vallée de la Vezouze, vers Lunéville. Pas de doute, des signes certains nous indiquent que c’est pour bientôt…

Sur les coups de midi, un homme en kaki descend la côte. Le premier américain entre à Vého. Derrière lui arrive un long cortège de blindés, de jeeps etc…que tous regardent avec curiosité. Et comme il est midi, c’est à qui offrira à manger aux libérateurs. Toute la journée, ce sera un va-et-vient continuel de ces motorisés américains.

Des F.F.I. de la région les ont accompagnés et sont là pour les renseigner. Des pointes américaines seront même poussées plus loin, jusqu’à Repaix.

 

Dimanche 17 septembre 1944.

Le matin, il pleut, une jeep apparaît avec 5 prisonniers dont un blessé : une balle lui a traversé le dos. Il est soigné à la mairie, devenue infirmerie de campagne.

Le soir, une alerte retentie. On entend la mitrailleuse vers Emberménil. Des obus tombent près du village. Cette nuit-là, les caves deviendront des chambres à coucher.

 

…vite envolé

Lundi 18 septembre 1944.

Quelques blindés sont laissés en surveillance en divers points… stratégique. Mais tout à coup, vers 02h00, départ brusque. Repli. Un ordre sur les ondes, sans doute ? Les habitants sont seuls maintenant, mais pas pour longtemps… Des chars allemands, suivis de l’infanterie, montent le village et traversent la campagne environnante. Un beau rêve vient de s’envoler. Vého est retombé aux mains des allemands.

Une nouvelle occupation commence pour le village. Environ 3 semaines après, il ne restera plus aucun civil, tout le monde sera évacué vers l’Est.

 

 

Le retour des Américains

D’après le récit de Robert Uhl, de  la compagnie K, 114e Régiment d'Infanterie, 44e DI

 

En cette fin d’octobre, début novembre 1944, la compagnie K du 114e Régiment d’Infanterie  avance sous la pluie vers le village de Vého. Les Américains s’approchent donc du village avec des mitrailleuses lourdes, des mortiers, et lancent des tirs d'artillerie.

Les Allemands observent leur avancée depuis le clocher de l’église. Ils arrivent à blesser plusieurs soldats US et à en tuer un (le carabinier de la 1ère section Arthur Eisenhower).

Les Américains demandent donc à l’artillerie de frapper l’église : un tir de105 mm la touche mais le clocher reste intact. Un char Destroyer  vient pour l’abattre avec ses obus de 90 mm à grande vitesse.

Après la destruction de l’église, les soldats US peuvent progresser vers le village. Ils inspectent tous les bâtiments, à la recherche d’un éventuel tireur d’élite. Robert Uhl vérifie qu’aucun Allemand ne se cache dans les ruines de l’église. Les Américains ont donc finis de nettoyer le village et poursuivent leur route vers l’Est.

 

 

 

Les victimes de ces libérations et l’après guerre

 

Ce n’est que dans la 2e quinzaine de novembre que les habitants pourront réintégrer leur domicile, tant bien que mal, au seuil d’un hiver rigoureux. Mais qu’importe, ils sont chez eux, libres. Libres….

 

Trois personnes décèdent suite aux combats de 1944 :

Michel Aimée                      14 octobre 1944

Picard Etienne                     14 octobre 1944

Rouillon Juliette                   13 octobre 1944

Deux autres ne sont que blessées :

 Rouillon Jules blessé à la main

Picard Roger blessé en mai où juin 1945 sur une mine près de la maison de l’abbé Grégoire dans le virage

 

Un gros travail de reconstruction attend les habitants. Cependant on doit aussi déminer la région infestée de mines allemandes et américaines.

 

 

 

Un Panther dans l'étang de Parroy

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L’étang de Parroy est en fait un lac artificiel crée pour permettre le contrôle du niveau de l’eau dans le canal de la Marneau Rhin : en cas de besoin, quand le niveau baisse trop, une partie de l’eau contenue dans l’étang est relâchée dans le canal.

En 1944, les bombardements et les sabotages de la résistance ayant causé de nombreuses brèches, les Allemands sont incapables de maintenir le canal en eau. L’étang s’est progressivement vidé et seul un mince filet d’eau coule encore au fond.

Se retirant précipitamment de Bures au soir du 28 septembre, sous la menace des chasseurs-bombardiers qui vont et viennent dans le ciel, un panther se retrouve soudain pataugeant dans la boue au fond de l’étang. A mesure qu’il avance, le char repousse la boue qui s’accumulent devant lui mais le pilote réussit à traverser l’étang vide jusqu’au point le plus bas. Le char commence alors à remonter sur la rive opposée mais la boue repoussée devant les chenilles devient de plus en plus épaisse. Malgré les efforts du pilote qui pousse le moteur au maximum, le panther s’embourbe. L’équipage s’efforce d’arracher le char de la boue gluante mais les Thunderbolts qui menacent et sans char de dépannage pour le remorquer, ils abandonnent bientôt la partie et se retirent à pied vers Parroy.

Les jours suivants, le panther abandonné est attaqué à plusieurs reprises par les avions américains mais il ne subit aucun dommage.

 

Les combats se déplacent bientôt vers l’Est et des villageois s’aventurent dans la boue pour récupérer des outils ou d’autres objets du char. A la fin de la guerre, le panther est toujours enlisé au fond de l’étang mais un ferrailleur réussit à récupérer la tourelle et le canon. Le canal est réparé et remis en service, l’eau de l’étang retrouve son niveau normal et le panther disparaît bientôt sous près de trois mètres d’eau.

 

La recherche du mystérieux char englouti

En 1968, le commandant Michel Aubry prend le commandement du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières, à 15 kilomètres au Sud Est de Lunéville. Là, devant la forêt de Mondon, il se retrouve sur le terrain où il a combattu en 1944 avec la 2e Division Blindée. Il a ainsi l’occasion d’entendre parler pour la première fois d’un char qui se trouve au fond de l’étang de Parroy. Cependant, si certains affirment que le char est encore là, sous l’eau, d’autres prétendent qu’il a été dépecé il y a longtemps par des ferrailleurs.

 

En 1971, le commandant Aubry est nommé directeur du centre de documentation sur les engins blindés à Saumur et bientôt la « bande à Aubry » ratisse les camps militaires, les centres d’essai et les champs de tir. Leurs efforts sont payés de retour et le musée des blindés de Saumur s’enrichit chaque jour : dix en 1970, 100 en 1973 puis 150 en 1975.

Le colonel Aubry n’a pas oublié ce char mystérieux qui sommeille peut être au fond de l’étang de Parroy et, au printemps de 1976, il survole l’étang à bord d’un hélicoptère dans l’espoir de le localiser. Sans succès.

 

 

Il ne baisse pas les bras et organise le sondage de l’étang par une équipe de plongeurs :

Le fond de l’étang est quadrillé en tâtonnant et les plongeurs repèrent finalement le char à 80 mètres environ de la rive Est de l’étang. Des bouées sont amarrées au char pour le marquer mais le type même d’engin reste encore un mystère : s’il est admis que ce devrait être un panther, l’eau s’est avérée trop peu clair pour permettre aux plongeurs de le confirmer. 

La sortie des eaux !

Le colonel Aubry et l’équipe de Saumur établissent  sans tarder un plan de bataille pour récupérer le char et le jour J est fixé au 8 septembre 1976. Le 3e régiment de Cuirassiers, toujours en garnison à Chenevières, fournit deux chars de dépannage AMX 30D et le 408e bataillon de commandement et de soutien basé à Sarrebourg  met à disposition un porte-char de 40 tonnes. Le 4e régiment de Cuirassiers de Bitche quand a lui, envoi une équipe de plongeurs dont la spécialité est d’assister les véhicules blindés lors du franchissement de rivières.

Les travaux préliminaires s’achèvent dans l’après-midi du 7 septembre et les deux chars de dépannage se mettent en position. Les câbles sont déroulés et amenés jusqu’au bord de l’étang puis les plongeurs les accrochent au char immergé. Une première tentative de mise sous tension est alors faite et la manœuvre est un succès : le char bouge ! Tout est bon prêt pour l’opération de renflouement.

Le colonel Aubry, Pierre Buhler et d’autres éminents membres de l’équipe de Saumur sont au bord de l’étang au matin du 8 septembre 1976. On note également la présence du colonel Charbonnier, le commandant du 3e régiment de Cuirassiers, du colonel Frécaut, le commandant du 408e BCS et des maires des deux communes voisines, Parroy et Bures. Une foule de plus de 1 500 personnes s’est rassemblée pour assister au spectacle et les gendarmes ont bien du mal à contenir tout ce monde. Pour tenir la foule informée, un haut-parleur est installé sur un  véhicule et un commentateur décrit les opérations au fur et mesure de leur développement.

 

L’opération débute à 9h00 quand les treuils des deux AMX 30D commencent à tirer le char vers la rive. On peut suivre ses mouvements car la boue remuée laisse échapper les bulles de gaz qui remontent à la surface de l’eau. A 10h30, le char atteint la rive et émerge : il est immédiatement identifié, c’est bien un panther, un ausf.G. De temps en temps, les treuils sont arrêtés pour laisser l’eau s’évacuer à l’arrière du char, les trappes du capot moteur ayant été ouvertes dans ce but. 

A 12h30, le panther est sorti de l’eau. Un apéritif salue le succès de l’opération et tandis que tout le monde se détend en déjeunant au bord de l’étang, une équipe nettoie le char avec des jets d’eau sous pression fournis par un camion du 3e régiment de Cuirassiers. L’intérieur du char est nettoyé, tout particulièrement les casiers à munitions et une charge de démolition est désamorcée et enlevée.

Le travail reprend après le déjeuner et les deux AMX 30D soulèvent l’avant du panther de façon à ce qu’il puisse être hissé sur la plate forme du porte-char.

 

L’opération est un succès total. Dans la soirée, un des gamins (il a maintenant cinquante ans) qui a récupéré nombre de pièces sur le char en 1945 fait cadeau de ses souvenirs au colonel Aubry. Le panther est alors emmené à la caserne du 3e régiment de Cuirassiers à Chenevières où il est exhibé pendant deux mois environ. En décembre 1976, il est transporté à Saumur par le train.

 

La protection et la sauvegarde du panther allemand

Dès qu’il est entré au contact de l’air, le char à commencer à rouiller. Il n’y a pas de temps à perdre et les techniciens de Saumur entreprennent de le démonter entièrement, chacune des pièces étant nettoyée et auscultée. Malgré les trente années de séjour dans l’eau, aucun les écrous n’est bloqués. Plus surprenant, l’ensemble des équipements électriques est en parfait état ; seule la dynamo est grillée. Sans aucun doute, elle l’a été en 1944 et apparaît donc que pour ses derniers jours de combat, le panther n’a pu recharger ses batteries : elles étaient probablement bien faibles quand il s’est aventuré dans l’étang. Tout est remis en état de marche, la dynamo reçoit un nouveau bobinage et après avoir été remplies d’acide, les batteries sont rechargées comme si de rien n’était. Le CDEB informe VARTA, le fabricant, ce qui est à ce point enchanté qu’il fournit un jeu de batteries neuves en échange de l’ancien modèle. Finalement, le panther est totalement reconstruit, en utilisant chaque fois que nécessaire des pièces cannibalisées ici et là sur d’autres épaves. Il reçoit ainsi une nouvelle tourelle.

Le musée de Saumur s’enorgueillit de posséder un très grand nombre de véhicules historique en état de marche : plus de 100 chars, dont un tigre II et un panther, et des dizaines d’autres véhicules, blindés ou non, sont ainsi présentés régulièrement aux visiteurs. Le musée est ouvert tous les jours, de 9h00 à midi et de 14h00 à 18h00.

 

Article extrait du livre "Les panzers en Lorraine"
par Ronald McNair, éditions Heimdal

Article publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

 

 

 

Libération d'Ogéviller

Ogéviller 

TEMOIGNAGE D’UN HABITANT D’OGEVILLER

Présenté par Jean-Paul Largentier, Maire.
Extrait du livre : « Ogéviller hier et aujourd’hui ».

 

La fin de la guerre fut pénible. En août, les allemands perdent Paris. Un détachement s’installe au village. La Kommandantur est établie rue de Strasbourg. Elle réquisitionne les hommes pour creuser des tranchées face à Lunéville et un fossé antichars sur la route de Fréménil. Les occupants qui surveillent le travail sont peu enthousiastes et les ouvriers n’avancent guère. Le secrétaire du commandant se disait alsacien (malgré nous). Le dimanche, il tenait l’harmonium à l’église. Le 15 août 1944, il entonna le « sauvez sauvez la France »… à la grande perplexité des assistants qui craignaient un piège.

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