La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Dombasle

 

 

Lundi  28 août  1944.

Monsieur Robert Coésard qui a 16 ans à l’époque raconte cette journée.

Vers 07h40, je me dirigeai vers le jardin familial situé près de l’ancienne usine Perbal, à l’entrée de Dombasle, pour cueillir des haricots lorsque j’entendis la sirène qui annonça une alerte aérienne. Je vis alors passer au-dessus de moi plusieurs vagues d’avions américains qui se dirigeaient vers l’Allemagne. Cela ne m’a pas empêché de cueillir mes haricots. Vingt minutes plus tard, l’escadrille américaine était de retour. C’est alors que 3  de ses avions prenaient en chasse un train allemand stationné à la gare de Rosières aux Salines et chargé de véhicules blindés et de camions. Je me trouvais à peine à 300 mètres de cet endroit.    

 

        

   Convoi allemand détruit par les P51

    

Pressentant le danger, un voisin m'appela pour nous mettre à l’abri. Les 3 avions américains firent tout d’abord deux passages pour mitrailler tout le convoi. C’est au cours du troisième passage, qu’un jeune homme de Dombasle, Paul Gobelet fut tué sous le pont de Rosières. C’est également au cours de ce troisième passage qu’un des 3 avions prit dans sa ligne de mire un convoi allemand qui circulait sur la route de Lunéville, plusieurs semi-chenillés furent détruits et des soldats allemands tués, dont certains carbonisés.  En descendant trop bas, le pilote  a touché avec son aile droite un platane qui a déséquilibré l’avion. Le pilote ne put rien faire et l’avion P 51 vint s’écraser dans les champs situés à 300 mètres du bois St-Don. Très exactement à l’angle du complexe sportif Levassor et du chemin des oies.

L’avion s’est complètement disloqué et le pilote un Canadien qui s’appelait Ferris Suttle et qui avait le grade de Lieutenant, a été éjecté de l’appareil. On l’a retrouvé mort enroulé dans son parachute. Comme d’autres personnes, je fus rapidement sur les lieux ; Mais un officier allemand qui nous avait précédés, nous somma de quitter les lieux. Le corps du pilote Canadien fut inhumé au cimetière de Dombasle jusqu'à la fin des hostilités puis il fut rapatrié dans son pays. Quant à l’avion, il resta plusieurs mois au même endroit avant d’être déposé sur une décharge publique.

(Témoignage de Monsieur Robert Coésard)

 

                                        

Tombe du Lt  Ferris Suttle Jr

 

Cet article est présenté au nom d'une association de la seconde guerre mondiale, le 358e Fighter Group Association. Ils ont reçu le courrier suivant du cimetière américain de Dinozé près d'Epinal en France:

 Je suis en train de faire des recherches pour localiser la famille d'un pilote de chasse de la 2e Guerre mondiale, KIA, le 28 août 1944. A LT Ferris C. Suttle, Jr. est le pilote. Il était avec le 369e Escadron de chasse du 359e Fighter Group.    Malheureusement, je n'ai pas d'adresses pour le 369e FS, ni le 359e FG, c'est pourquoi je vous envoi de l'enquête à vous 358e FG, en espérant que vous puissiez  m'aider ou transmettre la lettre à quelqu'un de son escadron.

 Le Lieutenant Suttle était de Lancaster, en Caroline du Sud. Il est enterré en France. Les habitants de Dombasle, où son avion s'est écrasé, le 28 août 1944, tiennent à lui rendre honneur et faire savoir à sa famille où il fut enterré initialement et comment les fleurs ont été régulièrement mises sur sa tombe. Certains témoins oculaires sont encore en vie et quelques photos de cette époque sont disponibles.

Certaines recherches ont été faites sur ce qui précède. Les résultats de cette recherche indiquent que le 359e Fighter Group a été affecté à la 8e Air Force pendantla Seconde Guerre mondiale lorsque le pilote a été perdu. Le Groupe est situé à East Wretham, en Angleterre à ce moment-là et, après la guerre, était en poste à Camp Kilmer, NJ, Standiford l'aéroport municipal, KY, Godman AFB, KY, et Manston RAF Station, en Angleterre. Ces données sont présentées comme source possible endroits pour informations nécessaires.

As noted in the Activities page, some members of this 9AFA are also members of the Air Forces Escape and Evasion Society.

DATE               TYPE          SERIAL NO NO          UNIT UNITE        LOCALISATION             NO macr

440828              P-51          43-24756                       359               FRANCE  suttle               8317

    

Ferris C. Suttle  pilote             Lt. Robert W. Campbell  pilot 369th FS

Thomas G. Bur  pilote             James R.Parsons

 

            

 Lt  Ferris Suttle Jr

 

 

    

                                    

 

 

 

 

 

 

359th Fighter Group

 

DECLARATION                                                                                   

29 août 1944

 

Le Lieutenant Suttle et moi-même formions le deuxième élément de ‘’Vol rouge’’, dirigé par le Lieutenant Campbell. Nous avons mitraillé un convoi de camions et plusieurs trains dans une gare de triage. Le contact radio entre nos avions et le Lieutenant Suttle était bon et j’ai eu des contacts justes avant que nous ayons terminé le mitraillage. La deuxième fois que je lui ai parlé a été pour l’avertir qu’il passait au dessus d’un autre avion, il était environ 9h35. Il ne répondit pas, mais je l’ai vu bien sortir et continuer à travers le schéma que nous avions formé. Je vis alors le Lieutenant Campbell se diriger vers le bas sur un autre train et je l’ai suivi. Quand nous avons fini le mitraillage et revenus en position, le Lieutenant Suttle n’était pas en vue et ne répondait pas quand le Lieutenant Campbell a appelé environ 5 fois. La dernière fois que le Lieutenant Suttle m’a parlé à la radio il était environ 9h30, quand il m’a dit qu’il avait mis les réservoirs en feu après les avoir passé à la bombe. Je l’ai eu en vue jusqu’à environ 9h40. Nous avons quitté l’objectif à 9h45.

THOMAS G. BUR

Flt/0., Armée de l’Air,

Lettre du frère de Suttle reçu le 13 août 2010            

                              

 Salut,

Au moment où je faisais des recherches sur mon frère le 2e Lieutenant Ferris C. Suttle Jr, 369e Escadron de Chasse du 359e Groupe de Chasse, j’ai remarqué une demande d’aide du Cimetière Américain d’Épinal pour rechercher la famille de Ferris.

Notre père Ferris C. Suttle est mort en juillet 1953 à l'âge de 57 ans et notre mère Olive (Ollie) Margret Heartherly-Suttle est morte en juillet 1997 à l'âge de 94 ans. Il y avait 4 soeurs et moi le seul autre frère. La plus vieille des filles, Loretta, est morte en 1984, à l'âge de 63 ans, ensuite Betty, la suivante plus vieille, morte en 2008, à l'âge de 78 ans, ensuite Sara, la suivante, âgée de 76 ans, vit en Caroline du Nord., Patricia âgée de 72 ans, vit aussi en Caroline du Nord., j’ai 66 ans, j’aurai 67 ans le 19 juin 2010. J'avais seulement 13 mois lorsque mon frère a été tué. Je suis maintenant retraité et reçois une pension d’invalidité de 100 % du VA en raison des blessures reçues au Viêtnam. Je partage mon temps entre le Nouveau-Mexique et l'Équateur en Amérique du Sud.

En 1965 ma mère a reçu une lettre d'un citoyen Français un dénommé Raymond Farner qui a été témoin de l’accident de mon frère. En 1972 Ramon et sa femme Jackie ont fait un voyage aux Etats-Unis, à ce moment-là il a présenté à ma mère un album photos qu'il avait compilé. Dans la création de cet album il s'est donné du mal de louer un avion pour prendre une photo de la région où mon frère a fait 2 passages dans son P51, en attaquant un convoi de camions tirant des canons de campagne. Selon Ramon le convoi a été détruit complètement sur le premier passage. Il suppose que pour s’assurer d’avoir détruit le convoi, mon frère a essayé un autre passage, il s’est présenté trop bas et la queue est rentrée en contact avec un des très grands cyprès plantés en rangée sur le bord de la route. Ramon a déclaré qu’il a vu une bouffée de fumée et l’indication que l’ignition avait été coupée, lorsque l’avion s’est écrasé sur une aile il n’y avait aucun feu et que mon frère a été éjecté de l’avion et tué lors de l’impact.

Ramon à plus tard déclaré avoir été le premier à se rendre à l’avion, rassemblant le portefeuille de mon frère et une identification attachée à son pouce. Il a aussi déclaré avoir récupéré les films des caméras d’armes à feu, a creusé un trou pour sécuriser ces articles. Ils ont été perdus au cours de la guerre, mais le nom était assez unique pour se souvenir.

 

Jeudi 14 septembre 1944.

Le  14 et 15 septembre 1944, à l’approche des américains, un groupe de FFI se préparait à combattre aux côtés de nos alliés. Plusieurs de nos concitoyens appartenant à la résistance s’empressaient de repérer les points où les allemands s’apprêtaient à résister.

Le 14 septembre 1944 au soir, Walzack Casimir avec plusieurs de ces camarades armés procédaient au nettoyage de la rue Jeanne d’Arc en direction du stand. C’est au cours de cette opération qu’une balle explosive l’a atteint à la main gauche qui par la suite dut être amputée. A noter que Walzack appartenait à un groupe qui s’était spécialisé dans le sabotage des voies ferrées.

Le 15 septembre 1944 dans l’après midi, Balle Pierre, Clovin Clément, Lemeur François vétéran de la guerre 14-18 et Maechler Alfred se mettaient d’accord avec les américains pour réaliser avec d’autres FFI et les gendarmes Bosnier et Lienhard le nettoyage de la côte surplombant Dombasle  et connue sous le nom de Rambetant  C’est au cours de cette opération que Messieurs Balle, Clovin, Lemeur et Maechler furent blessés, ainsi que les 2 gendarmes. L’état des blessés est maintenant satisfaisant.      

 (Journal de la République du 6 octobre 1944)

 

Le 14 septembre 1944 entrait le premier char US

C’est le 14 septembre 1944  que le premier char américain fit son entrée dans la cité par la route de Lunéville. C’était, pour les FFI de la localité qui luttaient depuis quatre années dans l’ombre, une grande satisfaction.

Les résistants dombaslois entamèrent une action directe contre les allemands dans la ville, en attendant l’arrivée de la troupe américaine. Quelques jours avant cette offensive, les allemands avaient procédé à de nombreuses destructions dans le port de Dombasle. Tous les ponts avaient été coupés ; un seul subsistait cassé en deux ; celui qui enjambe le canal dela Marneau Rhin. Des dépôts de munitions avaient été chargés par la population.

Le 14 septembre 1944 au matin, l’infanterie allemande semblait vouloir résister autour de la ville. Mais vers 14h00, l’artillerie américaine envoya une salve à proximité du Stand et ce fut alors le repli désordonné des allemands en direction du Rambetant et de Sommerviller.          

Presque sans armes, les FFI s’opposèrent alors aux allemands dans de violents combats de rues. Au cours de la matinée, 2 allemands furent d’ailleurs tués et 32 faits prisonniers.

 

 Combat de rue

 

 

 

Le 14 septembre 1944, le 1er char américain qui entra dans la ville détruit par un canon antichar allemand sur la route nationale

 

 

A 15h30, le premier char américain apparut sur la route nationale, au lieu dit «l’arbre de cent ans». Mais malheureusement, cet engin fut détruit par une pièce antichar allemande, en position sur le haut de la route de Lunéville, à proximité du quartier du Maroc. Aussitôt, les FFI portèrent secours aux victimes. Bilan de cette action : 2 américains tués et plusieurs blessés.

 

A 15h45, près de l’église, deux audacieux FFI firent leur premier prisonnier allemand, pendant que leurs compagnons harcelaient les derniers allemands retranchés dans la ville (rue Jeanne d’Arc, près du cimetière et sur la rive gauche du Sânon). Un dur combat de rue devait s’engager entre allemands et FFI appuyés par plusieurs gendarmes et une partie du personnel de la police municipale. 

 

 

 

A 17h30, les trois premiers soldats américains firent leur entrée dans la ville. Vers 18h00, FFI et soldats prenaient position près du pont de la maison Aubert. Et c’est là que l’élève gendarme Pierre Escuras, un homme courageux, fut tué quelques instants plus tard par une rafale allemande. Avec pour  arme, une seule mitraillette, quelques pistolets et des grenades, les vaillants FFI réussirent à interdire le retour des allemands dans la ville pendant la nuit. Afin d’organiser leur défense, les derniers allemands firent sauter définitivement le pont du canal.

Dans la nuit du 14 au 15 septembre 1944, des postes de surveillance furent mis en place et des patrouilles mobiles assurèrent la protection de la ville contre un éventuel retour des allemands. Vers 03h00 du matin, des soldats américains furent mis en place dans l’usine Solvay où subsistaient de nombreux postes de tireurs allemands.              

 

A l’assaut du Rambetant

A l’aube, l’infanterie américaine arriva en force, à 08h15, la bataille faisait rage : américains et FFI harcelèrent les derniers allemands retranchés dans les caves des maisons bordant le canal. Un observateur américain, placé dans les greniers du casino Solvay, réglait le tir de l’artillerie. Des plus hauts bâtiments de l’usine, les corps francs américains attaquèrent les derniers allemands cachés aux générateurs, sur les fours à chaux, dans les cabines des péniches détruites et dans les abris situés le long du canal.

 

 

                                         

 

 

 

 

 

 

 

Voyant la situation désespérée, les allemands battirent en retraite. Les FFI procédèrent alors au nettoyage de l’usine Solvay et récupérèrent un abondant matériel. Vers midi, le calme était revenu dans la ville. Cependant, les chars américains partirent à l’assaut du coteau du Rambetant.

Au cours de ces deux jours, on déplora un bon nombre de victimes civiles (surtout dans l’avenue De Lattre où les bombardements furent intenses), plusieurs FFI sérieusement blessés, sans oublier la mort de 2 soldats américains et de l’élève gendarme Pierre Escuras. Tel fut le prix à payer pour que Dombasle soit libre. Le dimanche 17 septembre 1944, la ville enterra ses morts, au milieu d’une foule recueillie et attristée.

 

Pierre Escuras

 

LISTE DES SOLDATS ALLEMANDS TUES LORS DES     COMBATS  DE  DOMBASLE  ET  SA  REGION.

 

HORNECKE             ROLF               18 ANS        ASPIRANT

EBEL                    WILHEM            37 ANS       OFFICIER PAYEUR

BUSCHEMANN        JEAN                31 ANS       FELDWEBEL

WETZEL               WILLY                                 SOUS-OFFICIER

BODENSCHATZ     ALFRED             21 ANS        SOUS-OFFICIER

HANKE                 ERICH               38 ANS       OBERGEFREITER

    ?                    WALTER                               OBERGEFREITER

MORITZ              EDOUARD        38 ANS          GEFREITER

HOLL                 FRIEDRICH        18 ANS         GEFREITER

KNABE               FELIX               33 ANS          GRENADIER

GRILL                    JOSEPH        21 ANS          SOLDAT ALLEMAND

KIETZER               OTTO           38 ANS               IDEM

DREXEL                JOHANN                                  IDEM

SOLDAT               INCONNU

SOLDAT              INCONNU

 

 

Inauguration de la stèle de Ferris Suttle le 17 septembre 2011 à Dombasle/Meurthe en présence de sa famille 

 

 

 

 

 

 

 

LIBERATION DE SOMMERVILLER.

 

 

La  libération a été réalisée le 15 septembre 1944, elle a été précédée la veille par un bombardement qui a fait quelques blessés et occasionné des dégâts matériels.

 Le 15, il y eut un bombardement sérieux pour déloger les allemands installés dans les vergers et les bois voisins, mais pas de résistance dans le village lui-même.

Il y eut à déplorer la mort de Monsieur Charles Gross, d’un enfant d’une dizaine d’année et d’une jeune fille de 19 ans Simone Oswald qui succomba pendant son transport à l’hôpital. On compte une dizaine de blessés au total, parmi lesquels Monsieur Georges Labrevoit qui après avoir, avec un ami, livré 30 allemands aux américains, fut sérieusement touché alors qu’il  se rendait seul, avec le consentement d’un Officier américain, auprès d’un second groupe d’ennemis qui lui avaient été signalés comme prêt à se rendre.

(Extrait du journal la Républiquedu 7 octobre 1944)

 

 

                                                                                                                                         

 

 

Libération de Jolivet

Une « drôle de guerre » : fin 1939 – début 1940

 

Si la France et l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne dès le 3 septembre 1939, son offensive ne débute que le 10 mai de l’année suivante.

 

En attendant les premières troupes ennemies, le pays se prépare : l’armée réquisitionne les chevaux chez les paysans, les habitants portent en bandoulière des masques à gaz et regardent assez étonnés, des soldats fraichement appelés, habillés comme les poilus de 14-18.

 

A Jolivet, les soldats français en cantonnement sont répartis selon les indications écrites sur le montant des portes des habitations : OF, HO, CHE précisent le nombre d’officiers, d’hommes de troupes ou de chevaux à loger.

Cependant un grand nombre des chevaux en cantonnement meurent et une suspicion de maladie se développe. Les bêtes seront enterrées en plusieurs endroits du territoire communal.

 

Le 2 avril 1940, un combat aérien s’engage entre les Messerschmitt 110 allemands et des chasseurs français Morane. Un des appareils allemands vient s’écraser dans « Les 3 Fontenates », non loin du CD 108. Certains habitants de Jolivet et de Lunéville s’approchent et prennent des morceaux de la carlingue. Un chasseur français se retourne sur la piste du « Champ de Mars » de Lunéville et en tentant de sauver le pilote, les habitants activent la mitrailleuse en relachant l'avion brusquement, qui fauche sept personnes dont deux enfants.

 

Des réfugiés originaires des régions frontalières commencent à arriver au village. Ils n’ont souvent emporté que le minimum pour survivre. Certains resteront à Jolivet pendant toute la durée de la guerre.

 

 

L’exode

 

L’offensive fulgurante de l’armée allemande en juin 1940, jette une partie de la population sur la route de l’exode. Les souvenirs de la Première Guerre mondiale et la peur d’une volonté de vengeance de la part des Allemands poussent les habitants à partir le plus vite possible vers le Sud.

 

A Jolivet, Jean Descle (15 ans) et sa mère partent à vélo en direction de Bains les Bains. Cependant les bombardements les obligent à faire demi-tour. Ils retrouveront le père, mobilisé dans les Gardes Voies et Communication, à Padoux. Après trois jours de périple, ils seront de retour au village. Le père de Jean sera, quant à lui, prisonnier à Housseras (88) et ne reviendra qu’en 1942.

 

Charles Mathias (18 ans) avec Roger et René Clausse (16 et 19 ans), Georges Marchal (16 ans), Jean Gascard, Roger Cordier et François Cosson (15 ans) décident de partir à bicyclette, eux aussi. Ils gagnent Rambervillers puis Vesoul. Après plusieurs rebondissements, Charles se retrouvera dans un camion militaire en direction de Pontarlier (Doubs) puis de Grenoble (Isère). Il restera trois mois dans une ferme avant de recevoir un télégramme lui demandant d’aller à Riom (Puy de Dôme). C’est là, qu’il retrouvera ses compagnons d’exode qui ont suivis un autre itinéraire mais qui ont aussi travaillé dans des fermes. Ils repasseront la ligne de démarcation grâce à un passeur et rentreront à Jolivet le 15 septembre 1940.

 

 

 

Gérard et Jean Pierron (16 ans), avec leurs oncles Léon et Emile utilisent leur vélo et leur voiture pour atteindre Jussey puis Bourg-en-Bresse. Ils vont jusqu’à Maringes (Loire) puis vont dans le Jura où ils passent trois semaines dans les champs car ils n’ont pas les papiers nécessaires pour passer la ligne de démarcation.

 

Lucien Thouvenin (12 ans), Marie Mathias (14 ans), Georgette Cosson (19 ans) restent au village. Jean Malgras (22 ans) est mobilisé au 68e régiment de Forteresse, affecté à Pouxeux. Il est fait prisonnier à Hatten (Bas-Rhin) et interné à Moosbourg (Allemagne).

 

 

L’occupation

 

Les derniers soldats français en retraite partent à 07h00 du village. Dès 10h00, les Allemands arrivent par la route de Crion : certains ne font que traverser Jolivet pour rejoindre Lunéville mais d’autres s’installent.

 

C’est le début de l’occupation.

 

Les dernières voitures encore présentes dans le village sont réquisitionnées par les occupants mais aucunes exactions n’est commises.

Les jeunes partis en exil reviennent progressivement et essaient de trouver un travail.

Les jeunes gens qui avaient fui lors de l’exode, reviennent au village et essaient de retrouver un emploi, notamment dans les fermes alentours.

 

La commune compte 30 prisonniers de guerre internés en Allemagne. Certains anciens combattants de 14-18 et ceux qui sont malades peuvent revenir dès l’armistice mais la majorité devront attendre 1945 pour rejoindre leur foyer.

 

LISTE DES PRISONNIERS DE LA COMMUNE (des oublis sont possibles)

 

BARTHELEMY          Jean                               

BEAUPOIL François                                                                

BIENFAIT Marcel

BASTIEN René                                                            

BICORNE Jean      

CLAUSSE Henri                                                       

CLAUSSE Paul dit Charlot

CAGNE Charles

COSSON André 

COSSON Louis                                                        

COUTRET Lucien

DEWILDE André

DEROUINEAU Henri

DESCLE Albert  

FRANCOIS André

GALLET Marcel                                     

KUSSLER René

LAMOTTE René

MALGRAS Jean

MARANGE Charles

MARCHAL Julien

MARCHAL Henri

MASSON Victor

MESSIN Maurice

MEYER René

MIGUET Albert

PETITGAND Lucien

PETITIER Gustave

ROBE Georges

SIMONET Charles

TARALL Rémi

VILLEMIN Pierre (interné en Suisse)

 

Les soldats allemands casernés à Lunéville traversent le village pour aller en manœuvre en chantant.

Les villageois se déplacent à pieds ou à vélo mais le manque de pneus oblige certains à utiliser des tuyaux d’arrosage pour rouler.  Les bals et les manifestations sont interdits et en 1941, les locations de  chasse et les fêtes au village sont supprimées. Les seules distractions sont les jeux de cartes dans les cafés, le cinéma à Lunéville et les activités liées au Patronage pour les plus jeunes.

 

L’Allemagne ayant besoin de main d’œuvre, instaure le Service de Travail Obligatoire (STO) dans les territoires conquis. Ainsi, en février 1943, Jean Pierron (19 ans) est réquisitionné et envoyé dans la région de Ludwigshafen. Après un an, il a une permission pour rentrer en France et décide alors d’entrer dans la clandestinité pour ne pas retourner en Allemagne. Recherché par la police française durant toute la guerre, il sera incorporé dans l’armée française en avril 1945 et défilera à Dole le 8 mai 1945 lors de l’Armistice. Lucien Richard est employé à la construction du « Mur de l’Atlantique ».

 

Les personnes de religion juives sont emmenées et les premiers résistants sont arrêtés. En effet, certaines actions voient le jour : on écoute Radio Londres, des armes sont cachées, transportées, on s’entraîne à leur manipulation dans une salle au-dessus du café de Lunéville. Des sabotages ont lieu sur les lignes de chemins de fer grâce à de la limaille.

 

La vie suit son cours pour la plupart des habitants : les enfants vont à l’école, on travaille …même si la nourriture est soumise au rationnement. Les tickets de pain ne seront supprimés qu’en 1949. Il faut tout de même remplir « une fiche de demande pour l’achat d’une paire de chaussures (de fatigue ou de fantaisie).

 

En 1944, les villageois entendent parfois le passage d’avions alliés qui vont bombarder l’Allemagne.

 

 

Enfin la libération ?

 

Toutes les caves voûtées sont recensées par quartier … A partir du 16 septembre 1944, les Américains libèrent Lunéville mais n’arrivent pas à progresser en direction de Jolivet. Les Allemands arrivent à les bloquer dans la forêt de Parroy.  

 

Des bombardements violents commencent alors et les combats durent près d’une semaine. Pendant plusieurs jours, les habitants du village restent cloîtrés dans les caves et s’alimentent grâce aux bêtes tuées par ces tirs d’artillerie.

Environ 15 caves sont recensées sur Jolivet. Elles accueillent jusqu’à une trentaine de personnes, souvent regroupées en famille. Les groupes ne sont pas fixes car les habitants sont dans l’obligation de changer de caves selon les bombardements…

Les caves qui ont un accès vers l’habitation permettent aux civiles de remonter durant les périodes d’accalmies pour aller chercher de la nourriture. Une vie souterraine s’organise malgré le manque d’électricité, de nourriture …

 

Pendant ce temps, le 17 septembre 1944, les chars américains s’engagent sur la départementale 108 allant de Lunéville à Jolivet.  D’après le compte rendu des combats de la 4e Armored Division US, « une section de la compagnie « A », 35e Bataillon de Chars, a attaqué les positions ennemies à Jolivet, perdant un char mais détruisant 2 canons antichars ».

En effet, une batterie allemande antichar s’est positionnée à la Croix de Mission à l’entrée du village face aux blindés qui arrivent. Cette batterie est mise hors de combats par les tirs américains et les deux servants sont tués. Pour anecdote, l’un d’eux avait auparavant donné à une famille habitant dans l’avenue, un dernier courrier à faire remettre à sa famille en Allemagne. Les corps des soldats allemands, d’abord recouverts d’un lit de paille, seront brancardés jusqu’au Moulin.

Un autre soldat allemand finit par se rendre en voyant ses camarades tomber.

 

Le clocher de l’église est détruit à 11h00 par les Américains de peur qu’il serve de poste d'observation aux Allemands. Les bombardements font beaucoup de dégâts dans le village : les maisons sont éventrées lorsqu’elles ne sont pas détruites…Les Allemands encore cachés dans les caves se rendent aux habitants et demandent à être remis aux mains des Américains. Chose faite le lendemain à Lunéville.

 

Les troupes allemandes se sont repliées sur les hauteurs au dessus du village. Elles reçoivent l’ordre de contre-attaquer et Jolivet est donc de nouveau envahi.

 

 

Les otages et les morts

 

Le 18 septembre 1944, en début d’après-midi, les soldats allemands font ouvrir les trappes des caves qui donnent sur la rue et font sortir tous les hommes. Ces derniers sont rassemblés sur la place pour y être exécutés en représailles à des tirs effectués par des FFI contre des Allemands retranchés dans les vergers, à 300 mètres à l'Est du village. Une mitrailleuse est donc mise en place et des soldats sont désignés pour former le peloton d’exécution.

Les habitants du village parlant allemand et Mm Boissel interviennent et réussissent à faire lever l’ordre de tir. Les officiers réclament aussi les corps des soldats tombés pour s’assurer que leurs corps n’ont pas été mutilés.

Les otages sont regroupés dans la cave GASCARD (n°11) et ne rejoindront leur famille qu’après le départ des troupes allemandes.

Dans le même temps, un avion américain repère les chars allemands et des obus tombent de nouveau sur le village.

 

LISTE APPROXIMATIVE DES OTAGES :

 

ACKERMANN Eugène                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      KRIST Charles

ANSTETT Robert                                                  LERAT Fernand

BAR Edmond                                                        LERAT Jules

BARTHELEMY Georges                                         LORONG Gabriel et Louis

CHAMAGNE Bernard                                             MARTIN        Edouard

CLAUSSE Emile                                                    NICKAES Robert

COSSON Georges                                                PETIT Pierre

DESCLE Albert                                                     PIERRON Eugène

DESCLE Jean                                                        PIERRON Gérard

ENEL René                                                            PIERRON Jean

FRIEDRICH Paul                                                  PIERRON Léon

GOBERT Jean                                                       POUTOT Roger

HERLET Georges                                                  RENARD Antime

RENARD Raymond                                               TANNEUR Pierre

ROYER Gaston                                                     VILLEMIN Charles

TAILLADE André                                                 VILLEMIN Pierre

 

Les gens s’entassent dans les caves : ils dorment sur des matelas posés à même le sol, des des bancs …On prie énormément notamment lors des bombardements.

D’ailleurs, le 18 septembre 1944, un obus explose sur la cave de Léon Pierron. Huit personnes seront blessées et 4 mourront de leurs blessures : Mme Léa Pierron (54 ans), l’enfant Annie Poutot (2ans), Marguerite Pierron (16 ans) et Michel petit (1 mois).  

 

Le 19 septembre 1944 ; une nouvelle pluie d’obus tombe sur le village à partir de 12h00. Le calme ne reviendra qu’à partir de 4h30 du matin.

 

Le 24 septembre 1944, à la ferme de Froide Fontaine, Mr Albert Masson et son ouvrier agricole, Delphin Grandhomme sont sortis de la ferme afin d’observer les combats, cachés derrière une haie. Une sentinelle les remarque et ouvre le feu. Delphin Grandhomme meurt sur le coup et Mr Masson est interrogé par les Allemands dans la forêt de Parroy avant d’être relaxer dans la nuit ; il en profitera pour donner leurs positions aux Américains postés à Lunéville.

 

 

Nouvel exode

 

Dans le village, les fils électriques traînent sur le sol, les animaux morts jonchent les chaussées…

Devant les risques, Mme Boissel conseille à tous ceux qui le peuvent de quitter Jolivet pour gagner Lunéville. Les hommes valides s’organisent pour porter les personnes âgées. Cependant les gens étant terrés dans les caves, le message n’est pas passé à tous et certaines familles restent. Ils seront accueillis au collège, rue de Viller, transformé en dortoirs jusqu'à la fin des combats.

 

Pendant ce temps, Jolivet se retrouve sur la ligne de front durant une semaine et va subir les allés et venus des deux armées belligérantes. A l’occasion de quelques accalmies, certains reviendront à Jolivet pour prendre quelques affaires. Souvent ils y retrouvent des maisons incendiées et pillées.

Les combats se prolongeront dans la forêt de Parroy laissant le village dans une zone dangereuse encore quelques temps.

 

Les morts civiles, allemands[1] et les animaux sont tous enterrés au plus vite malgré des tirs.

 

Les habitants sont impressionnés par les Américains qui possèdent un abondant matériel militaire et qui n’hésites pas à faire du troc avec les habitants : le chocolat, les chewing-gums et les conserves sont régulièrement échangés contre des bouteilles de mirabelle.

 

 

Vers la paix ! Fin 44 – début 45

 

L’électricité est rétablie vers Noël et les écoliers présentent un spectacle intitulé « visages de la France et soir de Noël », à l’occasion du 31 décembre 1944.

Progressivement les prisonniers français rentrent et bénéficient d’une délégation d’habitant pour fêter son retour.

 

Le 8 mai 1945, on dresse un arc de triomphe et des bals sont organisés.

Une douzaine de prisonniers allemands restent au village pour aider dans les champs. Ils sont logés dans une ferme, sous la garde d’un responsable du village.

Les frontaliers regagnent peu à peu leur région d’origine et le village reçoit le parrainage de Chavigny et de Messein qui fournissent des vêtements …

 

Extrait du « journal de Lunéville » du 19 janvier 1945 :

« Jolivet a reçu de ses marraines de Chavigny et Messein, le produit d’une importante collecte de vêtements et mobiliers ainsi que 42 000 F. Si ce geste généreux ne permet pas de soulager toutes les infortunes provoquées par le pillage de la commune, il a été un grand réconfort pour tous les sinistrés ».

 

 

L’après guerre

 

Le village a subi de gros dégâts durant la guerre : son école est dévastée, des maisons pillées et incendiées…

Trois maires se succèderont et auront la lourde tâche de gérer la commune dans ces années difficiles : Xavier Kussler (décédé en août 1943), Georges Barthélemy (appartient aux otages du 18 septembre 1944) et Henri Lahalle à partir de 1945.

 

Un monument aux morts est érigé en l’honneur des victimes civiles et militaires

 

VICTIMES MILITAIRES

 

Bastien Gabriel décédé le 16 juin 1940 à Halloville la Branche- Eure et Loire.

Chamalot André décédé le 2 avril 1940 à Lunéville.

Heckel André décédé le 27 mai 1941 à Toulon –Var.

Royer Henri décédé le 21 janvier 1947, en service commandé, à Tubingen-Wurtemberg.

Thouvenin Robert décédé le 6octobre 1944 à Melun - Seine et Marne.

 

VICTIMES CIVILES

 

Comtes Léon, tué devant chez lui le 18 septembre 1944.

Colas Hyacinthe, curé de la paroisse, décédé sur la route allant de Jolivet à Sionviller le 2 juillet 1944.

Grandhomme Delphin, décédé sous les tirs allemands à Froide Fontaine, le 24 septembre 1944.

Petit Michel (1mois) décédé le 2 octobre 1944, victime des bombardements.

Pierron Léa (54 ans) décédée le 18 septembre 1944, victimes des bombardements.

Pierron Marguerite (16 ans) décédée le 28 septembre 1944, victimes des bombardements.

Poutot Annie (2ans) décédée le 18 septembre 1944, victimes des bombardements.

Tirelli Antoine, déporté politique, mort le 28 avril 1945 à Ebensee (Autriche). Une croix rappelle son souvenir au cimetière de Natzwiller au Struthof.

 

 

                                             

 

 

 

 

 

 


[1] Quelques noms d’Allemands morts à Jolivet en 1944 : Eric Friedrich, Johan Schoen, Ignaz Reitmaier et Kint Wanch

 

Libération de Badonviller

  

   LIBERATION DE BADONVILLER  17 NOVEMBRE 1944

 

                                                                

10 au 13 novembre 1944

La jeep freina devant le PC de la division, le Capitaine Gribius est descendu, son imperméable, luisant de pluie sous le casque lavé. Il enjamba quelques flaques d’eau, grimpa rapidement les marches du perron. Girard l’aide de camp, l’interrogea du menton, sourcils levés, Gribius secoua la tête avec une moue de dénégation.

Le général Haislip m’avait fait répondre qu’il était malade, la grippe. Diplomatique, ajouta Girard, sceptique. En réalité, Haislip ne voulait pas avoir à nous dire non.

Je connaissais suffisamment les américains pour savoir qu’ils ne s’encombraient pas de scrupules pour donner leur avis. Si la décision était irrévocable, Haislip nous l’aurait dit ; au besoin avec une rudesse de soldat.

Depuis le 1er Novembre 1944, la division, éparpillée dans le secteur conquis, tenait les villages autour de Baccarat. Sous la pluie et les obus Baccarat n’a été qu’un bref intermède dans la grisaille de l’attente. En face la Vor-Vogesenstellung se renforçait de jour en jour et il devenait manifeste que les allemands se préparaient à y passer l’hiver. Cinquante mille Alsaciens, requis de force à Strasbourg et ses environs travaillaient à établir un réseau serré de tranchées, reliant des points forts, Sainte-Pôle, Ancerviller, Blâmont.

Deux divisions d’infanterie de la Wehrmacht y stationnaient, la 553e VGD entre Blâmont et Réchicourt-le-Château, la 708e DI en avant de Badonviller. Cette dernière division était la plus solide. Elle était composée, en partie d’unités de gebirgsjägers, des chasseurs de montagne ramenés  de Norvège. La troupe idéale pour mener un combat retardateur dans les Vosges.

Face à ces deux divisions, le 15e Corps américain du Général Haislip comprenant deux divisions d’infanteries US, la 44e et la 79e, vieille connaissance de la 2e DB.

Une DB qui, selon les plans actuels, n’avait pas de place dans la prochaine offensive. Le terrain inondé en plaine, accidenté en forêt, ne se prêtant pas à une manœuvre de chars, la parole serait donnée, en premier lieu à l’infanterie.

Leclerc, qui voulait bien admettre le raisonnement de ses supérieurs était, en revanche, impatient de connaître ses plans futurs. Il savait pour l’avoir entendu dire à plusieurs reprises et notamment avant la prise de Paris, que l’idée stratégique du SHAEF visait à atteindre au plus près la frontière allemande ; c'est-à-dire que la direction générale de la prochaine offensive allait s’infléchir vers le Nord Est, en direction de Sarrebruck, Sarreguemines, Bitche. Une centaine de Kilomètres seulement.

Or Leclerc et la majorité de ses anciens du Tchad avaient en tête et au cœur le serment qu’ils avaient fait trois ans plus tôt à Koufra : « jurons de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs flotterons à nouveau sur Strasbourg. »

 

Mais Strasbourg, comme Paris naguère, n’était pas inclus dans le plan allié. La Libération de la capitale de l’Alsace  aurait imposé un détour jugé trop important par rapport à l’axe d’effort principal. Les américains n'étaient pas des sentimentaux. Ils ne voyaient pas pourquoi ils auraient tenu la promesse faite par un petit général français. Strasbourg devait attendre.

C’était compté sans l’opiniâtreté du petit général français.

«  Alors Gribius ? Que dit le général Haislip ? »

 « Il avait la grippe mon général. » 

Leclerc se renfrogna. Gribius essaya de se montrer optimiste : « Le climat de Lorraine n’est pas incompatible avec une grippe, mon général. Disons que cela fait gagner du temps Je pense moi, que le général Haislip est d’accord pour nous laisser foncer sur Strasbourg mais il attend le feu vert de ses supérieurs. Acceptons-en l’augure. »

A l’image de son chef, la DB rongea son frein. Tout le monde s’ennuyait, même les vaguemestres se plaignaient :

Le courrier du cœur des marraines parisiennes commençait à se tarir. Vivement les nouvelles conquêtes.

Tout comme les anglaises au mois d’août, les Normandes en septembre, les Parisiennes, à leur tour, se montraient volages et oublieuses.

Le 11 novembre 1944 passa, la fête nationale escamotée dans des corvées diverses, patrouilles, escarmouches, entretien des armes.

« Mon général, le général Haislip m’a prié de vous dire qu’il vous attend à son PC. »

Le regard Bleu s’alluma et s’éclaira. Leclerc bondit dans sa jeep, embarqua avec lui ses chefs du 2e et 3e bureaux, Repiton, Preneuf et Gribius. Leur consigne était de se taire et d'écouter en prenant des notes.

Chez Haislip, Leclerc était introduit aussitôt. Il n'était plus question de grippe, d’ailleurs, le teint fleuri et le sourire jovial de L’américain découragèrent toutes questions à ce sujet. Brusquement il entra dans le vif de la discussion :

« J’attendais, pour vous parler, d’être en mesure de vous annoncer une bonne nouvelle. Je viens d’en recevoir confirmation. L’objectif de la 7e Armée reste la frontière, et l’effort principal se produira toujours dans la région de Sarrebourg. Mais notre zone de manœuvre déborde maintenant vers le Sud, avec Strasbourg comme objectif secondaire. Si l’occasion se présente, vous pourrez donc éventuellement tenter quelque chose dans cette direction. »

Leclerc n’a pas retenu l’adverbe. Seul le nom Strasbourg a retenti à ses oreilles. Rayonnant, il se tourna vers ses deux adjoints, eux aussi gonflés d’espoir. Haislip poursuivit :

« Le début de l’offensive est fixé pour après demain, 13 novembre 1944. Nos deux divisions d’infanterie US, la 44e à gauche, la 79e à droite, vont remonter vers le Nord Est. »

            Sa main désigna la carte, montrant une sorte de couloir, à cheval sur la ligne de défense allemande,    large d’une vingtaine de Kilomètres. 

« Votre mission va consister, à appuyer de vos feux la progression de la 79e DB. Dès que la situation et le terrain le permettront, vous déboîterez sur la droite du dispositif, pour une exploitation en direction de la plaine d’Alsace. Etes vous content ? »

 

Leclerc est  content. D’autant plus que la mission reçue correspondait exactement au plan qu’il avait imaginé et qu’il ne cessait d’élaborer. La seule ombre au tableau, c’était qu’il allait falloir encore attendre que la  79e DI US ait pratiqué une percée suffisante pour lui permettre ce débordement par les ailes. Mais on voyait mal comment faire autrement le système allemand étant particulièrement dense et organisé dans la zone à travers laquelle allait se développer l’offensive.

 

De retour à son PC, Leclerc convoqua ses commandants de groupements tactiques ainsi  que les chefs des sous groupements, pour un briefing général dans le salon d’exposition de la cristallerie de Baccarat.

 

La conférence plénière se déroula le 12 novembre 1944. Chaque GT, chaque sous groupement reçut une mission claire, précise. Exaltante. Comme voici quelques semaines devant Paris, sa définition tenait en quatre mots : s’emparer de Strasbourg.

La Division aurait été engagée en plusieurs fois. Dès que la 79e D.I. aurait crevé le dispositif allemand, le GTV poursuivrait l’exploitation de façon à dégager les bases de départ et s’effacerait pour permettre au GTD  et au GTL  de procéder à l’exploitation de la brèche.

Dio reçut en partage l’itinéraire nord, itinéraire qui passait par la trouée de Sarrebourg- Phalsbourg- Saverne, passage obligé entre les Vosges et la région de la Petite Pierre. C’était la mission la plus difficile, car les allemands y avaient concentré un maximum de moyens et barraient sûrement ce couloir, véritable passage obligé, par une série d’obstacles qu’il aurait fallu enlever de vive force.

Langlade et principalement Massu furent chargé du franchissement des Vosges par la route de Dabo. Une route acrobatique, théoriquement impraticable aux chars, et sur laquelle les allemands avaient fait l’impasse, c’était un coup de poker, songea Massu. « Si les allemands y ont pensé, nous allons nous casser les dents. »

Il connaissait le terrain ; une piste accrochée à la pente, d’un côté la forêt escarpée, de l’autre le ravin. Il suffisait de quelques barrages minés et défendus pour qu’il ait été impossible de passer, avec, en plus le risque d’être facilement contré par des antichars ou même de simples snipers.

Ces considérations n'étaient pas faites pour arrêter Massu. Il ne rêvait pas, mais il réfléchissait au meilleur moyen pour remplir sa mission. Pour cela, tout comme Rouvillois et Quilichini, du GT « Dio », Massu disposait de quelque délai qu’il mit à profit pour récupérer au PC de la Division un officier qui connaissait particulièrement bien l’itinéraire du Dabo. Le lieutenant Riff, avocat à Strasbourg, réfugié en Tunisie en début 1941, avait rallié la 2e DB à Sabrata (Maroc). Jeune étudiant, il avait autrefois parcouru à bicyclette toutes les routes de la région. Il allait s’avérer un guide précieux.

Comme prévu, l’offensive américaine démarra le 13 novembre 1944. Ce matin là, le ciel était entièrement dégagé. Le vent était tombé, la température aussi. Il avait neigé pendant la nuit sur un sol qui avait gelé en quelques heures. Le terrain, hier encore praticable uniquement par l’infanterie, redevenait acceptable pour les chars. Leclerc y vit un signe discret de sa chance.

L’heure de notre démarrage devait être décidée avec la plus grande exactitude. Si nous partions trop tard, tout l’effet de surprise aurait échoué. C’est la raison pour laquelle il avait détaché auprès des américains quelques officiers chargés de le renseigner par radio de toutes évolutions de la situation.

Malheureusement, la 79e DI US ne déboucha pas aussi vite que prévu. Le 13 novembre 1944, elle ne parvenait à conquérir qu’une mince bande de terrain au-delà de Sainte Pôle. Le lendemain, 14 novembre 1944, elle progressa d’un petit kilomètre et buta sur Ancerviller. Ses pertes étaient élevées, dues principalement aux mines et à l’artillerie de la Vor-Vogesenstellung devant laquelle elle défila à découvert.  Deux jours de perdus, Leclerc était au bout de l’impatience.

 

Le 14 novembre 1944au soir, il reprit contact avec Haislip :

« Pour soulager la pression subie par la 79e DI US, je suggère d’envoyer un élément faire du volume  sur ses flancs. Cela détournera l’attention des allemands et votre progression en sera facilitée. »

 

Haislip donna son accord. Il avait  tout à gagner sans pour autant prendre le moindre risque de voir la 2e DB s’échapper vers la plaine d’Alsace.

Revenu à son PC, Leclerc n’hésita pas longtemps. Ainsi qu’il l’avait fait à Paris, devant Paris en choisissant le Capitaine Dronne pour foncer en avant-garde de la Division, il savait déjà les officiers qu’il allait désigner pour cette mission : La Horie et Morel Deville. Le premier, son camarade de promotion, avait déjà montré son sens de manœuvre et son esprit de décision. Le second, adjoint au commandant de régiment de spahis, était un cavalier de reconnaissance, spécialisé dans chevauchées légères, en avant des éléments lourds.

« Infiltrez-vous au Sud du dispositif américain » dit Leclerc à Morel Deville « Essayez de découvrir la faille de la défense ennemie. Semez-y l’insécurité, accaparez son attention sans vous laisser accrocher. »

 

Morel Deville avait compris. Le 15 novembre 1944 au matin, ses éléments légers, deux escadrons de Spahis, quelques chars du 501e et une batterie d’artillerie à 6 tubes commencèrent leur manœuvre. Il atteignit Halloville, puis, brusquement, se rabattit vers le Sud-est et enlève Nonhigny, à la barbe de quelques allemands, médusés, persuadés que l’attaque se serait produit par l’Ouest.

Le lendemain, 16 novembre 1944, il repartit, fonça sur Parux où les allemands l’attendaient, mais, au dernier moment, une volte face, l’amena à Montreux où son avant-garde pénètra, sans tirer un coup de feu. Son intrusion était si soudaine que le lieutenant Kochanowski entra dans le PC ennemi au moment où le téléphone sonna. Le curé de Domèvre, qui s’était proposé comme guide et escadronne depuis la veille avec l’avant-garde, décrocha le combiné, écouta, et masqua le micro de la main :

« C’est le commandant du point d’appui de Parux » explique-t-il à Kochanowski : « il informe son collègue que Montreux va recevoir la visite des Spahis…. »

Imperturbable, le curé répondit, puis se prenant au jeu, se lança dans une improvisation sur les attaques menées par les chars dans des directions fantaisistes.

Ils n'allaient plus rien comprendre, le mystère de notre chevauchée allait s’épaissir encore plus….

 

Trois jours encore, Morel Deville allait « faire du volume » à l’aile droite de la 79e Division. Son carrousel l'amena, le 17 novembre 1944 devant Neuviller, et comme la veille, au moment où l’ennemi se prépara à résister, il a avait disparu et pénétra dans Parux.

Le même jour Leclerc lâcha La Horie.

Objectif Badonviller.

A la tombée de la nuit, le détachement se mit en route. Son avant-garde ne comprenait qu’un peloton de chars légers aux ordres du lieutenant Davreux, une section de Sherman et quelques Half-tracks d’infanterie. En deuxième échelon Branet suivit, avec la totalité de sa compagnie et les fantassins de la 10 du 3e RMT.

Badonviller ne se trouvait qu’à 5kilomètres à peine à l’Est de Sainte Pôle, base de départ, mais 5 kilomètres garnis d’antichars et de défenses solides. C’était l’un des points forts de la ligne intermédiaire entre la Vor-Vogensenstellung et les Vosges. Comme l’a dit La Horie à  Branet ; « c’est le verrou blindé du système ennemi.»

Dans la nuit du 16 au 17 novembre 1944, l’avant-garde poussait à St Maurice où l’infanterie réduisit quelques défenses et musella 2 canons de 45 PAK qui surveillaient la route principale. A l’aube La Horie repartait. En tête, le char « Usküb » mené par Dubouch.

La progression était aussi rapide que possible, sur un axe rectiligne, accroché à flanc de colline, elle ne pouvait être contourné, les allemands ayant bien choisi leur position. Donc aucune possibilité de manœuvre, il fallait s’y présenter de face, dans l’axe des 88 qui battaient la ligne droite, sans espoir de défilement.

Dubouch émergea du dernier virage, quinze cents mètres en avant il aperçut la barricade à l’entrée de la ville, et imagina déjà la gueule menaçante des canons ennemis. Le Sherman Usküb roula encore quelques mètres tandis que le pointeur cala son œil sur sa lunette de visée.

Paré, dit-il.

Feu répondit Dubouch au même instant.

Le 75 a craché, dans la même seconde.

Dans le mille, jubile Dubouch qui ajouta, en hurlant  dans son micro : « avance, fonce! ». Le pilote écrasa la pédale d’accélération et le Sherman s’arracha à l’asphalte pour bondir à cinquante kilomètres heure, droit sur la barricade ennemie dont on n’aperçut plus que les débris et dérisoire comme un gros jouet cassé, le canon anti- char qui pointa vers le ciel, le tube éclaté.

Trois minutes plus tard, l’Usküb était devant le passage à niveau Derrière lui, La Horie, ses chars et ses fantassins s’engouffraient dans Badonviller et se portaient aux lisières opposées. Branet, lança La Horie, « rappliquez ici en vitesse.». J'étais dans Badonviller. Le verrou avait sauté en trois minutes.

Badonviller a été traversé, comme par un coup de lance, mais, aux lisières les allemands étaient toujours là, face à l’extérieur, attendant l’attaque de pied ferme. Ils ignoraient que les Français étaient au cœur de la place.

Branet arriva à fond de train et les fantassins de la 10e Compagnie du Tchad commençaient le nettoyage. Surpris par derrière, les allemands n’avaient plus qu’à se rendre. Ils avaient tout prévu, sauf une attaque menée depuis l’intérieur de la ville. En moins d’une heure, La Horie avait capturé plus de 300 prisonniers. Le bataillon de chasseurs de montagne était rayé du dispositif. Sur le point d’être capturé, son colonel s’était tiré une balle dans la tête.

Prévenu de ce succès, Leclerc exultait. L’exploit de La Horie bouleversa tous les pronostics et offrait une chance fantastique à la division de franchir dans des délais inespérés la distance qui la séparait de ses bases de départ en vue de la ruée vers la plaine d’Alsace et Strasbourg. D’autant plus facilement qu’à partir de Badonviller, l’itinéraire qui remontait vers Cirey sur Vezouze allait s’avérer vierge de mines. Le 18 novembre 1944 au matin, l’avant-garde de la DB. Leclerc se trouvait à la même hauteur que la 79e DI US, qui avait démarré avec 3 jours d’avance.

La prise de Badonviller a également fait avorter dans l’œuf la contre-attaque que se préparaient à lancer les allemands sur les flancs américains. Le même matin en effet, la 708e Division de la Wehrmacht devait prendre position à Celles sur plaine, dans la vallée  de Celles et déboucher, par la Chapelotte et Badonviller. La Horie lui a coupé l’herbe sous les pieds en la privant de sa base de départ. La 708e Division n’avait plus qu’à battre en retraite. Elle allait refluer sur le col du Donon, en 2 éléments qui allaient perdre toute cohésion dans les jours qui suivaient.

 Leclerc arriva sur place le 18 novembre 1944 au matin. Sur la route, il croisa une jeep qui roulait à tombeau ouvert, transportant une forme allongée, roulée dans une couverture. C'était le Colonel de La Horie. Il venait d’être tué à son PC d’un éclat d’obus en plein cœur.

 

 

 

                   Le char Mort-Homme à Badonviller (54)

 
Entouré de 4 marronniers, ce char, proche du château d’eau, est au carrefour de la rue du Colonel de la Horie (D 8) et de la rue du 8 mai (D 20).

Il est installé là où il fut stoppé par 2 coups de bazooka le 17 novembre 1944. Son équipage réussit à s’extraire de l’engin, mais le conducteur, le caporal Champion, grièvement brûlé au visage et aux mains, restera défiguré.

Ce char de type M4 Sherman de 32 tonnes porte le nom de "Mort Homme" en mémoire des combats d’août 1917 qui se sont déroulés à l’endroit portant ce même nom en Meuse. Le Lieutenant-colonel de la Horie, commandant 3 détachements, entrera en libérateur dans le village.

Malheureusement il sera mortellement blessé le lendemain. Le général Leclerc salua son camarade de promotion à la Mairie où le corps avait été déposé

 

Liberation de Laneuveville aux Bois

  

D’après les récits de Pierre Demoyen (en 1944) et Julia Marchal

 

Contexte d’avant guerre :

 

1931-1932

La voie ferrée Paris-Strasbourg passe à 4 voies grâce aux travaux menés par l’entreprise Rangeard. Le chantier dure deux ans.

 

Grandes manœuvres militaires avec toutes les troupes de Lunéville : le 73e Régiment d’Artillerie, les 8e et 31e Dragons, le 508e Régiment de chars de combat, des aérostiers avec leurs ballons captifs (saucisses). Les garnisons de Nancy, Reims, etc les rejoignent. Le 73e RA s’installe sur les côtes d’Igney-Avricourt et effectue des tirs réels sur le fort de Manonviller.

 

15 mai 1940.

Le 88e Bataillon de Chasseurs à pied se replie à travers champs, derrière le village, et laisse beaucoup de matériel.

   

19 juin 1940. 

Le soldat Marcel Bize est tué près de sa mitrailleuse, au carrefour de la route qui mène à Mouacourt. Plusieurs milliers de soldats français du 217e RA et 348e RI, arrivant de la forêt de Parroy, se rendent aux Allemands. Ils abandonnent leurs armes dans le fossé.

 

Fin de l’année 40

D’autres restent cachés durant un mois dans le fort de Manonviller.

 

Après la fin des combats, les soldats allemands emmènent les habitants au niveau des zones de combats pour relevés les morts français. Le corps du Sergent-chef Marc Robin (originaire de Ruan) est récupéré au lieu-dit « Aux vignes » et est enterré dans le cimetière du village, près de Marcel Bize et de Mr Houbeaut.

 

 

Septembre 1944 : vers la libération !

 

28 août 1944.

Des avions alliés mitraillent les trains allemands qui convoient des troupes et des munitions. De nombreux soldats brûlent dans l’incendie qui dure deux jours entiers.

 

Août 1944.

Une compagnie de la Kriegsmarine stationnent à Laneuveville-aux-Bois jusqu’au 15 août 1944.

 

3 septembre 1944.

Sur ordre des troupes allemandes, la mairie commence à réquisitionner les chevaux et les chariots mais les habitants tentent d’en cacher le maximum. Les postes de garde allemands sur la ligne de chemin de fer sont prêts à partir.

 

10 septembre 1944.

Les avions américains mitraillent un train à l’heure de la messe : deux soldats allemands sont tués et plusieurs blessés.

Les habitants attendent les Américains, et entendent les canons un peu partout. Des rumeurs circulent sur leurs positions : ils seraient à Manonviller. Le village se croit définitivement libéré de la présence allemande.

 

15 septembre 1944.

Les Allemands sortent de la forêt pour récupérer les chevaux cachés, les vélos et tout le matériel récupérable.

Les Américains du 2e de Cavalerie arrivent par la route de Manonviller et Thiébauménil. Ils prennent possession du village en fin de journée et ont tué un soldat allemand devant chez Mr Barbe au carrefour.

 

Un groupe de FFI est présent dans la région : Maurice Galaire (chef du secteur de Manonviller), Albert Michel, Léon Carrer. Certains patrouillent dans la forêt de Parroy : Henry Magron, Robert Magron, René Nicomette, Gérard Marchal, Pierre Demoyen et Louis Didier.

 

16 septembre 1944.

Les villageois rencontrent les Américains arrivés la veille. Expressions de joie, échanges de cigarettes, de chocolat …

 

18 septembre 1944.

Vers midi, de nouvelles rumeurs indiquent le pire : les blindés américains reculent ! Le village est pris de panique, les membres des FFI prennent la fuite avec de nombreux villageois. Le bombardement allemand commence alors et les derniers chars américains doivent reculer sous la violence des tirs.

Lorsque la pluie d’obus cesse, les blindés allemands entrent en actions. Ils sont suivis par des chars légers et des camions remplis de troupes. Les habitants sortent de leurs caves progressivement et doivent déjà mettre de nouveau leur habitation à disposition des occupants.

 

19 septembre 1944.

Si le village est plutôt calme, les habitants doivent supporter les réquisitions et les pillages des soldats allemands qui visitent caves, valises…

 

20 septembre 1944.

Le Général et son Etat-major s'installent au village mais cela n’empêche pas les soldats de continuer à voler.

 

22 septembre 1944.

Toute la matinée le canon et la mitraille tonnent. Les avions américains survolent le village. Le reste de la journée est calme mais les habitants doivent rejoindre les caves sur ordres des Allemands.

 

23 septembre 1944

Les Américains sont à Marainviller. Ils tirent sur le village, où il y a de gros dégâts. Un va-et-vient de chars et véhicules allemands rythment les jours qui suivent.

 

27 septembre 1944.

Un bombardement touche les rues du village. Les dégâts sont assez importants et plusieurs bêtes sont mortes. Les soldats allemands sont toujours présents et vivent dans les maisons pendant que les habitants sont dans les caves.

 

28 septembre 1944.

Des avions américains survolent le village et attaquent la DCA. Les Allemands ripostent avec l’artillerie. Une pluie d’obus et de mitrailles s’abat sur le village qui sombre dans la poussière. Des maisons prennent feu et une épaisse fumée envahit les rues.

 

29 septembre 1944.

Beaucoup de soldats allemands ont quitté le village. Des bombardements se font entendre mais ne perturbent pas réellement la vie quotidienne. Le soir, une violente canonnade débute. Les murs sont criblés d’éclats. 

 

30 septembre 1944.

Les habitants tentent de sauver les maisons et les hangars qui brûlent.

 

Début octobre 1944.

Un officier allemand exige deux hommes et deux chariots avec chevaux pour livrer des munitions aux troupes qui combattent au lieu dit « les prés de Frouard » (forêt de Parroy).

 

1er octobre 1944.

Des obus tombent régulièrement mais les habitants s’entraident pour sauver le maximum de biens ou pour s’abriter dans les caves encore intactes. Un jeune garçon, J. Vaimbois est tué par un des obus.

Les troupes allemandes reviennent en nombre et l’entrée du village est minée. Les Américains se rapprochent du village, les habitants peuvent entendre leurs tirs. Un premier prisonnier est ramené au village.

 

3 octobre 1944.

Les bombardements sont accompagnés de mitrailles et sont plus ou moins violents. Les soldats allemands viennent se mettre à l’abri dans les caves avec les civils. Lorsque le calme revient, les habitants sortent pour évaluer les dégâts et s’occuper de leurs bêtes.

 

4 octobre 1944.

Les morts sont enterrés dans les jardins comme Armand Toussaint touché par un éclat d’obus dans sa maison. Le village devient ruine et les habitants vivent dans le vacarme des tirs échangés dans la forêt de Parroy. Inquiets, ils passent de plus en plus de temps dans les caves. Une pièce  d'artillerie américaine tire sur  Emberménil et la gare.

 

Les Américains sont là !

 

5 octobre 1944.

Vers 11h00, l’aviation américaine mitraille et bombarde le village. Les habitants et les soldats s’agglutinent dans les caves, certains sont blessés. Le village ressemble à l’enfer : au moins dix maisons sont en flamme, des ruines jonchent le sol.

Les soldats allemands aident les gens à sortir des caves et emmènent certains blessés dans les hôpitaux.

 

6 octobre 1944.

Au matin, trois DCA s’installent dans le village. C’est l’affolement général, une partie de la population décide de quitter Laneuveville-aux-Bois.

 

Des chars Panther sont cachés dans les granges. Le soir venu, ils changent de positions et tirent quelques obus pour faire croire aux Américains qu’ils y a de nombreux chars stationnés dans le village. Cependant, il ne reste qu’une centaine de soldats allemands.

 

L’aviation américaine entre en jeu et pilonne le village. Dès les raids aériens terminés, l’artillerie prend la relève. Les caves tremblent et certaines cèdent sous les obus. Les médecins allemands s’occupent des blessés.

 

7 octobre 1944.

L’aviation US revient à la charge à partir de midi mais les assauts les plus violents se passent aux environs de 17h00. La panique se répand : on lâche les bêtes, on quitte le village…Tous désirent une libération rapide mais un soldat allemand confie à un habitant que le Führer veut qu’ils résistent jusqu’au bout.

 

8 octobre 1944.

Un  Sous-officier allemand donne l’ordre à tous les hommes (civils) de se rassembler avec des couvertures et des vivres pour trois jours. Plusieurs manquent à l’appel…ils sont allés se cacher.

Ils commencent par des travaux de terrassement au niveau de Leintrey. Bientôt un camion vient les embarqués …direction Lohr, un village d’Alsace. Là, ils aident les paysans et creusent des tranchés antichars. Les villageois de Lohr accueillent ses travailleurs forcés, les nourrissent …

Les Allemands se retirent peu à peu du village. Bientôt les villageois se retrouvent seuls dans les ruines

 

11 octobre 1944.

A 8h30, Henry Magron décide d’aller prévenir les Américains du départ des Allemands mais il saute sur une mine en passant le pont provisoire au dessus de la Vezouze à Manonviller. Il est enterré à Manonviller puis déterré le 29 novembre 1945 pour être inhumé à Laneuveville aux Bois (Maire Mr Didier Maurice).

 

Les Américains s’avancent prudemment alors que les troupes allemandes continuent de bombarder. Les habitants resteront dans les caves jusqu’au 10 novembre 1944.

 

22 octobre 1944

Les prisonniers stationnés à Lohr croisent les réfugiés de Xures mais ceux-ci sont incapables de leur donner des informations sur Laneuveville-aux-Bois, même si des rumeurs de libérations se font entendre.

 

22 novembre 1944.

Les chars américains arrivent à Lohr, les prisonniers de Laneuveville-aux-Bois sont libérés, dont Pierre Desmoyen.

                                                                                                                                                 

 

LISTE DES VICTIMES CIVILES DE LANEUVEVILLE AUX BOIS

 

Joseph  VAIMBOIS (19 ans), mort le 1er octobre 1944 par un obus.

Armand THOUSSAINT (35 ans), mort  le  2 octobre 1944 par un éclat d’obus.

Paul PIERSON (40 ans, maire), mort le 6 octobre 1944 lors du bombardement                                                          

Paulette PIERSON (13 ans, fille de Paul Pierson), morte le 6 octobre 1944 lors  du bombardement

Maria MARTON (60 ans, tante de la famille Pierson), morte le  6 octobre 1944 lors du bombardement

Jules VIARD (43 ans), mort le 6 octobre 1944 à la suite de ses blessures lors du bombardement

Maurice MARCHAL, mort le 6 octobre 1944 à la suite de ses blessures lors  du bombardement

Jeanne FERRY, morte le 6  octobre  1944  lors  du bombardement

Henry MAGRON, mort  le  11  octobre 1944  en sautant sur une mine au niveau du pont de la Vezouze à Manonviller  

Noël PERRIN, mort le 25 novembre 1944 sur une mine, après les combats dans le Sud de la forêt de Parroy

 

 

LES BLÉSSÉS

 

Alice PIERSON blessée lors du bombardement du 6 octobre 1944 à la main.

Charles GÉRARD blessé par un obus le 12 octobre 1944 et évacué par les soldats US.

François CHRIST blessé par la même mine qui tue Monsieur PERRIN le 25 novembre 1944.

 

Portieux, bataille sur la Moselle

 

                                  Bataille sur la MOSELLE

 

M. Claude GIRARD ainsi que son fils Jean-Pierre nous éclairent un petit peu plus sur ce qui s'est vraiment passé à Portieux, sous la fin de l'occupation allemande depuis Mars 1944.

          L'habitation de la famille Girard à Portieux

           

Portieux / Epinal : Notes prises sous l'occupation allemande par M. Claude Girard un habitant de la rue de la Jue qui avait 16 ans en 1943.

11 mars 1944, dans un ciel bleu radieux, passent, de 13h45 à 14h15, sans interruption, 400 forteresses volantes au dessus de Nancy. Spectacle prodigieux de puissance !

16 mars 1944 Le comte A. de Voguë est condamné à mort par les allemands pour participation effective à la Résistance.
   
28 avril 44 Bombardements aériens sur Essey (Nancy), Blainville (triage).
A Epinal 13 résistants ont été fusillés par les allemands, 3 sont enterrés à Chantraine, les autres à St Michel.
 
Mai 44 : Raids sur Blainville, Essey, Metz, Dijon, Reims,

4 mai 44 : On apprend que l’ont a fusillé à la Vierge (Epinal) 7 hommes de Portieux, accusés comme résistants à la suite de la découverte de dépôt d’armes. Ce sont Mrs (Maurice) Coindreau, ingénieur à la Verrerie (en retraite) ; (Gustave) Chardot, (boulanger à la Verrerie) greffier de la mairie ; (Eugène) Huraux, sous-officier (en retraite) ; (Georges) Marchal, cultivateur ; Cassin (Georges Cossin), ouvrier à La lorraine Electrique ; (Charles) Jacquiert et (Lucien) Perrin, également ouvriers à La Lorraine.


11 mai 1944 (15h50) EPINAL est bombardée. 180 morts. Des centaines de blessés, 200 immeubles détruits ou gravement endommagés : A 15h45, on entend les ronronnements des Flying Fortress. Personne ne s’effraye, car presque chaque nuit ces bruits nous réveillent. D’ailleurs, l’alerte tarde à sonner (?). Il est vrai que cela n’aurait sans doute rien changé, les alertes se répétant.”

A 15h48, le premier “feulement” fait sursauter la ville. Deux secondes (ou minutes ?) ne se sont pas écoulées qu'un fracas effroyable fait gémir le sol. Un bruit semblable à celui de la tôle agitée, un bruit métallique horrible qui assourdit la cité. Un nuage de poussières, de cailloux, de fumée obscurcit le soleil. Dans de nombreux quartiers, la totalité des vitrages s’effondre. La première vague est passée. Son tir assez bien concentré a bouleversé le dépôt du chemin de fer et la gare qui flambent.

 


Deux ou trois minutes se passent ? Les ronronnements effrayants emplissent à nouveau le ciel.
La grêle mortelle s’abat à nouveau. Dans la fumée que le vent pousse au sud-ouest, une troisième, quatrième, cinquième vagues déversent leurs cargaisons, hors l’objectif. Enfin, vers 16h15, les vrombissements disparaissent au Nord.
C’est alors la recherche des victimes parmi les décombres. Le poste de secours, à l’école de la rue Durkheim, est tout de suite débordé. On y apporte morts, mourants et blessés. Ni eau, ni éther ! On dévalise la pharmacie Morel, on court à la recherche de matelas, de linge, de verrerie, etc... Une totale incurie !

Pendant trois longs jours, les incendies consument la gare et les casernes où, dit-on, plus de 100 prisonniers hindous auraient été tués. Le dimanche matin, on procède à un service funèbre (Mgr Blanchet) où sont bénis les 150 cercueils des morts retrouvés alors.

15h46 : ronronnements puissants (fenêtre fermée). J’ouvre la fenêtre. Je ne vois rien. Je cours à la chambre jaune. Je distingue nettement une escadrille, vers 2000 mètres, composée de 45 Flying Fortress à 4 moteurs. Le soleil m’aveugle. Je descends donc, pour mieux voir les avions, à la fenêtre d’escalier du 2ème étage. Je l’ouvre.

15h49 : je me penche et les montre du doigt à mon père. La sirène qui hurle depuis une minute et demie donne l’ambiance !
Soudain, une dizaine de boules noires, très visibles, s’abattent, sous nos yeux terrifiés, sur le dépôt du chemin de fer, dans un fracas épouvantable. Aussitôt, il est 15h50, un panache de fumée sort de terre et, à une vitesse vertigineuse, escalade le ciel.
Nous descendons quatre à quatre l’escalier et nous précipitons vers l’abri proche, creusé dans le jardin de l’école. La fumée qui retombe nous plonge dans la nuit. Une forte odeur de brûlé, de soufre, de terre nous prend à la gorge. Les avions s’éloignent.

Mais les ronronnements reviennent plus forts. Mon père essaye de retenir notre comptable, Mr Bonnet qui, enfourchant son vélo, veut monter à Chantraine où est sa famille. Nouveau fracas ; c’est la 2e vague. Je regarde les poutres de l’abri et crains d’être pris dessous. Je sors. La terre tremble et je suis projeté contre une cabane de jardin. Une pluie de terre me couvre. Je tremble, je tremble sans pouvoir m’arrêter... je me relève et vois à 20 mètres (?) l’entonnoir de la torpille qui m’a couverte de gravats. Comme un fou, je me précipite dans l’abri. Cette 3ème vague s’est abattue, de fait, sur notre quartier. On dénombrera, plus tard, 3 entonnoirs rue Lepage, 2 torpilles sur “les 3 sapins” où 3 personnes agonisent. Deux bombes, dont la “mienne”, derrière l’école maternelle, 2 autres torpilles sur la maison Raoul, rue du réservoir, 2 sur la rue Notre-Dame de Lorette, etc...

Quant à Mr Bonnet, il pédalait à hauteur des “3 sapins” quand la maison s’écroulait. La figure en sang et la cuisse cassée, il a été porté par mon père au poste de “secours”. Il s’en tirera.

Se succèdent les 4e  et 5e vagues, toujours dans le même fracas, mais le vent aidant, ”n’intéressent“ plus notre coin ! Enfin, ”ils“ s’éloignent définitivement et l’ont émergent, hébétés, de notre si précaire “abri”.

18 mai 44 : Au lendemain du bombardement d’Epinal, les allemands ont déménagés dans les bois (Verrerie de Portieux) leurs ateliers de montage de moteurs d’avions de Charmes et de Thaon (dans le magasin d'expédition réquisitionné de la verrerie).
A la Libération, Mr Aubry, cultivateur et maire sous Vichy, sera accusé de dénonciation, emprisonné, et, finalement, libéré. Notre rue de ”la Jue” sera rebaptisée rue Gustave Chardot.


 
 23 mai 44 : Et zou, de deux ! Alerte, ce matin, au lycée, à 8h15. Descente rapide aux abris. Le courant est coupé. Il fait noir comme dans un four. On chante, un ”gosse” pleure. On entend des avions, ça résonne terriblement. Le proviseur fait preuve d’une confiance imperturbable dans la solidité de l’abri.

A 9h20 les chants s’interrompent car un horrible fracas se fait entendre. L’air chaud rentre en trombe dans l’abri soufflant la lanterne d’écurie que l’on avait réussi à allumer. Peur intense !... Une vague, deux, trois... Ouf ! C’est fini.

On sort : beau spectacle ! Une grêle de bombes incendiaires a arrosé la ville. Le feu dévore le quai des Bons-Enfants ; des plaquettes enflammées (phosphore) descendent la Moselle. L’Hôpital brûle, la Préfecture aussi.

Je traverse la ville en courant. La Générale est détruite, les Magasins Réunis sont atteints, les colonnes, seules, de l’église Notre-Dame subsistent. Le cinéma Royal flambe. Ce qui restait de la rue de la gare à la suite du premier bombardement s’est écroulé. La rue Notre-Dame de Lorette flambe, la maison Girol s’est écroulée sur son abri. Les écoles sont en feu.

Ouf ! Notre maison n’a rien.  Dans ma chambre, un engin incendiaire qui a traversé le toit et le plafond, s’est échoué sur mon lit, projetant sur les murs gomme, essence, phosphore ! Par miracle, le mélange, amorti, absorbé par la literie (?) ne s’est pas enflammé.

Bilan : un mort et quelques blessés. Jeannot se permet :”un bombardement par bombes incendiaires.

25 mai 44: A 8h00 je rentre à Epinal à vélo, venant des Forges où nous passons les nuits. Alerte ! En un clin d’œil, les bois environnants la ville sont pleins de monde. Un quart d'heure se passe. Rien. Puis les ronronnements bien connus se font entendre en vagues successives, les avions américains apparaissent ; on en compte 100, 200, 300... Une panique folle s’empare de la foule qui fuit plus loin, toujours plus loin ! Les traînées blanches des chasseurs sillonnent le ciel impeccablement bleu. Quelques fusées. Deux avions allemands se sauvent, rasant la cime des toits. Les vagues tournoient, se mettent le dos au soleil... On y a droit ? Encore ?... Mais non ! Après un quart d’heure d’évolutions, le bruit décroît vers le nord, vers Nancy. Quelle peur ! Aussi, nous déménageons, direction Lunéville, espérée plus calme !


 26 mai 44: Nuit pénible, raid allié sur l’Allemagne de 0h00 à 0h45, ronronnements assourdissants et continus ; les maisons tremblent ; ils sont à peine à 1000 ms ! On a un mal fou à se rendormir !
20 Spitfires ont rodés longuement ce jour, mitraillant les déplacements de troupes. Les quelques 300 soldats (18 / 20 ans) en cantonnement, arrivent d’Orléans. Au repos, ils se baignent à longueur de journée.


27 mai 44 : 11h30, visite du Maréchal Pétain. 11h45 : Alerte, tout le monde dans les bois. 1 000 forteresses passent pendant deux heures et demi, en direction du Rhin. 15h00 le Maréchal fait le tour des ruines. Froideur de l’accueil. Départ après une brève allocution.

Epinal : 621 cadavres retirés des ruines (dont 400 Hindous).
 
Le 11 un train allemand saute à Corcieux. Engagements entre les allemands et des “maquisards” près de St Dié. Maquis, également, à Bussang et au Thillot.
Vichy préfère “sa“ Milice aux gendarmes, qui, tenus à l’écart, sont recrutés par le Maquis.
 
Portieux : cette nuit alerte splendide, ronronnements formidables, fusées, etc...  


29 mai 44: Bombardiers en transit au dessus de Portieux de 0h à 1h30. Bombardements à l’Est, très distinctement perçus, ici, par delà les Vosges et la Forêt Noire. Retransit vers les 3h00.
Intervention de chasseurs allemands ; des bombes tombent près de Xaronval et d’Igney.
Eloyes (Vosges) : la plupart des jeunes gens du pays, ravitaillés en armes (parachutages?), ”ont pris le maquis”.
Portieux : 300 allemands nous arrivent, ils campent au Couvent et à l’Ecole. 1500 kg de paille ont été réquisitionnés.
                  


3 septembre 44 : 17h00 : Le village “environné” de troupes. On entend la mitraille du côté de Charmes.
17h30 : Le pont de bois arrosé d’essence brûle superbement. Les allemands font ouvrir les volets et fermer les fenêtres. Ils ont un petit canon de 37. L’un deux me déclare que sous 15 jours, ils gagneront, grâce aux V1. Sur un side-car, ils ramènent, de Charmes, deux blessés.


Portieux : Vers 11h45, un avion qui rôde nous tire du sommeil. Soudain, des sifflements, on se précipite à la cave. L’électricité vacille, puis s’éteint de longues minutes. On remonte. Le pont qui brûle lance au ciel des gerbes d’étincelle sous un clair de lune magnifique. On appelle dans la rue, on demande du secours pour le Haut-bout où des bombes sont tombées. On se précipite, pelles et pioches en main. Les allemands nous fouillent pour s’assurer que nous n’avons pas d’armes.

La maison de Mme Schleret a reçu une bombe qui y a creusé un énorme cratère. On dégage bientôt l’intéressée, bloquée dans l’escalier de sa cave. Mais ses quatre enfants, dans la cave, ne répondent pas !

4 septembre 44: à 8h00 : on creuse toujours. Au soir, les quatre enfants ont été retrouvés, morts. Dans l’ordre, Marcelle, 17 ans (tête écrasée, plaies à la cuisse et au genou), les deux gamines presque intactes, et enfin Gaby, 16 ans, retrouvé debout, enroulé dans son édredon (cette femme a perdu, en quatre mois, son mari (fusillé), son père et ses quatre enfants !).
 
5 septembre 44 : Depuis le 3 au soir l’électricité est à nouveau coupée. A 4h20, le canon a grondé pendant près de deux heures ; coups de départ et d’arrivée se succédant. On ne sait qui tire. Nuit à la cave.

6 septembre 44 : Charmes, reprise par les allemands, brûle, au loin.
Le village est plein de troupes, emmenant avec elles, en camion, des hommes pris dans les villages brûlés le long de la route de Rambervillers.

7 septembre 44 : Ces troupes, fraîches, de renfort, sont mieux ravitaillées que les 24 malheureux, rescapés de Normandie, qui étaient encore là, il y a 2 jours. Une “roulante” a été installée : elle “tape” d’ailleurs dans nos deux stères de bois, restés dehors sur le “parge”. Ces soldats n’ont plus rien de commun avec ceux de 40 : tout ce qui leur tombe sous la main est bon (autos, vélos, huile, tomates, raisins, etc.) Ils ont mis en batterie des canons anti-chars et 4 canons de 105. Ils sont munis de la T.S.F. Les alliés, pour leur part, tardent à se présenter sur le haut des côtes de Moselle, en face.
 Des gens de Charmes racontent. Dimanche 3, après-midi, des maquisards, ”informés” de l’arrivée imminente des américains, ont refoulés les allemands et pris le pont routier sur la Moselle, d’importance stratégique.

Dans la nuit de lundi, des renforts allemands ont repoussés les francs-tireurs et repris le contrôle de Charmes. Après avoir fusillé le maire et le curé, ils ont mis le feu à la cité et emmenés en captivité les habitants du centre-ville. Cette tragédie est survenue par suite de la “volatilisation” des troupes alliées. Il est de fait que des motorisés se sont avancés jusqu’à Pont sur Madon, à 18 Kms de Charmes. Mais sans doute trop en pointe, ils se sont repliés. Ce qui est certain, c’est que les allemands ont tentés de détruire la Lorraine Electrique, dès le 1er septembre, et que la plupart des ponts sur la Moselle ont été détruits les 3 et 4 septembre 1944.


Sous ma fenêtre passent trois “vieux” de St Rémy. A 1 h30, le mardi 5, un camion d’allemands aurait essuyé des tirs en traversant leur village. Les soldats ont mis le feu et emmenés 13 otages. Ils sont arrivés à la Vierge à Epinal, hier matin. Les 3 plus vieux, 57, 60 et 80 ans ont été relâchés et ramenés jusqu’ici où ils cherchent un moyen de regagner leur village. A Epinal, précisent-ils, les ponts ont également sautés. Autrement dit, si j’étais resté dans notre maison d’Epinal, sur la rive gauche, je serais libre !
 
8 septembre 44  (écrit à la cave) : Nuit à nouveau mouvementée. Réveillé à minuit par le canon jusqu’à 1h30 ; on se recouche au rez-de-chaussée, tandis que tante qui ne peut dormir met des mirabelles en bouteille. Canonnade à 4h30 : Redescente à la cave. Nos locataires vont au “jus” à la roulante, çà claque ! Bzim ! à plat ventre ! Boum ! Retour, vite fait.


6h30, le jour se lève. Les tirs ont touchés Portieux, en partie. Des dégâts matériels. On ne sait toujours pas qui tire ?



On continue d’aménager au mieux notre grande cave voûtée où le voisinage est accueilli. Ce matin, allers et retours d’avions américains pour la première fois, le plafond étant bas, je discerne les quatre moteurs et les coupoles pour mitrailleurs.

Nos allemands se ravitaillent à peu de frais dans les villages alentours, d’où ils ramènent canards, lapins, oies, etc...

12 septembre 1944 : Vers 15h30 : Nous écoutons dans le jardin les bombardements au nord-ouest. Clac ! On se précipite à la cave. Mais au bout de quelques minutes, on apprend que c’est un petit pont de chemin de fer qui vient de sauter. On se rassure. Clac ! Cette fois, c’est le tour du grand pont de chemin de fer de Langley ! 17h45, le pont de Charmes saute.

23h16 : Sifflements prolongés. On croit à des torpilles mais ce sont des obus. On descend à la cave. Pas moyen de dormir. Cela tire sans arrêt.

13 septembre 1944 : Constat de dégâts matériels divers ; plus de 20 obus sur le Couvent (?). 6 chevaux tués.
 
13h00 : Un monoplan passe au ras des toits. Il porte sur les ailes trois raies blanches et une étoile blanche. Ce “mouchard” ne cessera pas de tournoyer au dessus de la Moselle jusqu’à 19h00.
Toute l’après-midi, la canonnade fait rage derrière les côtes, en face, à l’ouest. Les allemands inspectent à la jumelle cette ligne de crêtes et rasent les murs.

14 septembre 1944 : Nous avons eu une nuit très calme. Bien entendu, c’était la première fois que nous couchions à la cave, dès la nuit venue ! C’est toujours comme ça !

Ce matin il pleut et on entend ni avion, ni canon. Un lieutenant allemand, auquel quelqu’un demandait l’autorisation d’aller à Vincey, sur l’autre rive, a répondu que c’était impossible puisque les américains y étaient !

En attendant, le maire a réquisitionné tous les hommes valides pour enterrer les 6 chevaux tués dans la nuit du 12 au 13. Les trous sont creusés dans notre verger, derrière le Couvent. Quatre soldats, de garde, avaient été également tués, cette nuit là, dans ce verger où 5 obus étaient tombés. Cette après-midi, les allemands ont pris 2 vélos chez Duchêne, une roue et une pompe chez nous.

18h30 : des obus sifflent. Le tambour passe et ordonne, au nom des allemands, de gagner les abris de 20h00 à 7h00. On couche encore à la cave. Aimé et Gaston sont surpris, dehors, par l’éclatement d’un obus devant chez Mansuy, dans notre rue de la Jue.

15 septembre 44 : Nouveaux dégâts matériels. Les 30 allemands qui “ tenaient” Portieux ne sont plus là. Soudain, on voit déboucher jusqu’au pont brûlé trois véhicules blindés américains venant de Vincey. On se précipite, expliquant qu’il n’y a plus d’allemands au village. Ils repartent après avoir distribués cigarettes et biscuits.

A 14h00 on voit arriver, venant de Châtel, au sud, un tank, avec des hommes en kaki, coiffés de calots rouges. Ils conduisent également de petites autos (Jeeps), ce sont des français de l’armée du général Leclerc. Tout le monde les embrasses. On photographie les enfants escaladant le char. Venant de Charmes des américains arrivent, également fêtés (distributions diverses). Quel modernisme ! La TSF sur chaque voiture !


On leur indique que les allemands se sont, vraisemblablement, retirés dans les bois. Ils s’y dirigent, tandis que l’aviation alliée surveille la région.

17 septembre 1944 : Nous sommes libérés depuis le 15 à 14h00 !... et sans trop de mal. Des dizaines d’obus sont tombés au cours des nuits précédentes, rendant inhabitables quelques maisons, en abîmant d’autres. Pas de pertes. Nous n’avons point eut à subir de combats de rues, ni de pilonnages aériens, du fait de la fuite des allemands dans la nuit du 14 au 15.

En cette matinée pluvieuse, près de quarante huit heures après notre ”libération”, on reste néanmoins sur ses (nos) gardes. Hier, à Igney, après le passage rapide des américains, deux chars allemands ont surpris le pays et, le trouvant pavoisé, y ont mis le feu. Or, américains et “Leclerc” additionnés, nous avons, à ce jour, aperçus dix Jeep et quatre tanks. Il s’agit là, manifestement, d’avant-gardes. On peut, néanmoins admettre que, pour nous, la longue période d’attente qui s’est étendue du 6 juin au 15 septembre 1944 a pris fin.
Le spectacle, en tous cas, est pénible des vengeances exercées, même à bon droit, contre les “collaborateurs”. A Portieux, il s’agit de punir le responsable présumé de la mort, en mai 44, de sept de nos concitoyens, fusillés, comme résistants, par les allemands. Le maire, arrêté, aurait été désigné par les condamnés... Son incarcération facilitera la “prise de pouvoir” d’un nouveau magistrat “rouge” pâle

Hier, mon “prof”, Jean Girard, est reparu. ”Kidnappé” par une voiture allemande le 8 septembre, à 10h00, près du cimetière, sur la route de Châtel, il s’est retrouvé prisonnier à Epinal, puis, en compagnie de 12 autres “raflés”, emmenés vers Mirecourt. A Ville sur Illon, des avions anglais mitraillaient.

20h00 : Ce midi, brusquement, les éléments avancés américains se sont repliés, à toute vitesse, sur Charmes. Sept Panther allemands à leurs trousses ! Panique ! Les hommes du village, escaladant les ruines du pont, ont gagnés Vincey. Barrage d’artillerie américain.

18 septembre 1944 : Depuis dimanche midi et toute la nuit de dimanche à lundi, l’artillerie américaine s’est déchaînée par dessus la Moselle, et bien que les chars allemands responsables de cette canonnade se soient repliés dès 17h00 dimanche. A Vincey, où les hommes de Portieux étaient réfugiés, après avoir craint une véritable contre-attaque allemande, on est resté sur le qui-vive.
Les tirs se sont tus. On dit Portieux libre d’allemands. Je repasse le pont et retrouve ma tante et ma sœur, prêtes au départ. Elles ont passé une nuit terrible, sous une avalanche d’obus. Sur tout le village, une dizaine, à peine, de maisons sont intactes. Le mur de notre jardin a été démoli sur 5 mètres. La pluie ne cessant pas. Le cordonnier a été tué en voulant porter secours à des blessés. C’est une fuite générale vers Vincey, de l’autre côté de l’eau ! On a compris !
 
20 septembre 1944 : On commence la réfection des toitures endommagées, ainsi que le “nettoyage” des pièces encrassées par la poussière soulevée par les bombardements.

21 septembre 1944 : Toujours le déblaiement. Un Comité de libération et un nouveau maire s’installent. Arrivée, en cantonnement, de troupes françaises (Leclerc). A Charmes, où je vais en vélo, les américains ont lancés sur la Moselle deux ponts à sens unique. Trafic incessant au milieu des ruines. Aperçus des anglais, vraisemblablement agents de liaison.
 
22 septembre 1944 : Lunéville serait, à nouveau, libérée. On ne sait toujours rien au sujet d’Epinal.
 
24 septembre 1944 : De bonnes nuits, quel repos ! Mais aussi que de pluie ! Ce matin la messe était dite pour les “Leclercs”, vivants et morts. Notre curé, presque éloquent, a retracé leur épopée glorieuse, depuis le Tchad. L’église était pleine, nous avons eu ensuite l’appel des 7 fusillés de Portieux devant le monument aux morts. La Division leur a rendu les honneurs.

 

25 septembre 1944 : On dit qu’Epinal, encerclée depuis 3 jours, a été libérée dans la nuit. On se bat à Baccarat, Remiremont, Belfort (Après le front sur la Moselle, c’est le front des Vosges).

26 septembre 1944 : On dit que Mr Aubry, ancien maire, aurait avoué être responsable de la mort des 7 fusillés de mai 44. Il aurait été fusillé hier matin, à 6h00 (?).


28 septembre 1944 : Dans les bois où nous cherchions des troncs pour charpentes, j’ai trouvé une gourde allemande qui me sera bien utile pour des “campings” futurs.

29 septembre 1944 : A 14h00 arrivée du général de division (3 étoiles) Leclerc (46 ans, battle-dress américain). Seuls le distinguent sa canne et ses trois étoiles d’argent sur son képi, recouvert kaki. Il procède à une rapide inspection des troupes, alignées le long de notre rue. Il est accompagné d’un très jeune capitaine d’état-major et des officiers du régiment. Il repart après avoir été applaudi, dans une Ford, décorée d’une bande rouge, triplement étoilée.

30 septembre 1944 : Villages pavoisés, convois militaires, maison pillée, heureusement en partie déménagée dès mai. Famille Alff, sur place. Revenue d’Eloyes début Septembre pour cause de troubles liés au maquis (perquisitions, fouilles, fusillades). Bien leur en a pris, puisque la lutte, à Chantraîne, commencée le jeudi 21 était terminée le 22 à 21h00. En ville, à Epinal, par contre, les ponts, en sautant, ont causés pas mal de nouveaux dégâts, s’ajoutant à ceux de juin 40 et de mai 44. Les Alff ont vu, avec joie, arriver, inopinément, leur fils Jean, sergent en stationnement à Luxeuil. Il était muni de 50 paquets de cigarettes ! Il a fait la Corse, débarqué à St Tropez, vu Marseille, Lyon, Dijon. Depuis un an, ils étaient sans nouvelles. Lui n’avait pas vu Epinal depuis 2 ans et demi.