La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Le train du village de Brémoncourt en 1944

 

 

Bombardement de Blainville

 

L’après-midi du 27 avril 44, il était environ 17h00, j’allais en compagnie de Mimile chercher les vaches au parc de Landécourt pour la traite du soir. Arrivés en haut de la côte de la Louvière séparant les deux villages, nous nous arrêtâmes surpris par les vrombissements d’avions nous survolant. Plusieurs formations se suivaient se dirigeant vers Blainville, au-delà  des bois.

 

Nous les suivîmes du regard, des fusées zébrèrent le ciel en descendant suivies aussitôt d’un roulement sourd et intense. Les bombes commençaient à écraser la ville de Blainville. Les roulements s’interrompaient quelques instants pour reprendre aussitôt avec la vague suivante.

 

 Les avions devinrent alors, dans mon esprit, des oiseaux de malheur. Nous avions compris le drame qui se jouait, la mort et la désolation qui s’abattait sur la petite ville de Blainville. Un souffle d’air inhabituel nous arrivait, et je sens encore le bas de mon pantalon à grandes jambes agité, un peu comme un fanion au gré du vent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos aériennes du bombardement de Blainville le 27 avril 1944

 

 

Le chien anormalement tournait autour de nous montrant son inquiétude. Par moments, il s’arrêtait, le regard tourné dans la direction du drame qui se nouait et nous regardait comme pour nous interroger.

Cela sembla durer une éternité…..

Subitement, un silence lourd s’établit. Une fumée montait derrière les arbres de la forêt.

Venant d’en bas du petit vallon séparant la Louvière de la forêt, et se dirigeant vers nous, dans un rase motte intégral, deux chasseurs allemands, des Messerschmitt sûrement, passèrent en trombes, dépassés par le déferlement de ces machines américaines, annonciatrices de leur défaite future.

Mimile et moi, en silence, descendîmes la  côte, magnifiquement bordée par ses cerisiers. Le troupeau de vaches était rassemblé à la porte du parc. Le chien n’eut pas comme d’habitude la mission d’aller les chercher

 

On aurait pu croire que, elles aussi, furent perturbées par ce qui venait de se passer, là-bas. Le retard que nous avions pris les contrariait peut-être  et l’impatience qu’elles avaient de se sentir libérer du lait gonflant leur pis se manifestait là.

 

 Il y eut beaucoup de victimes par ce bombardement, et beaucoup de dégâts. Plusieurs familles connues furent frappées par le deuil. Une solidarité s’installa alors entre les villages environnants de cette ville meurtrie. De nombreuses familles trouvèrent refuge à la campagne pour attendre plus tranquillement les jours meilleurs qu’apportera la Libération.

Il y eut malheureusement d’autres bombardements  à Blainville !

 

Ces bombardements engendrèrent quelques changements dans la population d’Einvaux. Des nouvelles familles apparurent. Les maisons vides à cette époque reçurent des habitants, et des enfants vinrent grossir les rangs des écoliers. Des liens se nouèrent entre nous les écoliers et des idylles germèrent dans les petits cœurs de notre population renouvelée.

 

Encore les avions ! 

Un matin d’école, des escadrilles d’avions, des bombardiers, encadrés par des chasseurs dont on remarquait les évolutions, étendaient là-haut dans le ciel, fait de paillettes argentées et de longues traînées de condensation blanches, un ruban presque ininterrompu qui brillait et miroitait au soleil. Cela dura toute la journée. Il n’était guère possible de travailler dans ces conditions.

Le maître décrocha du mur où elle était accrochée avec les autres cartes murales, celle représentant la France.

Il la posa à plat sur une table et l’orienta. Il compara la direction que suivaient les avions avec la carte orientée.

 

 « Vous voyez. On voit nettement sur cette carte, d’où viennent et où vont ces avions en passant au-dessus de nous. Ils se dirigent vers telle ville frontière et, au-delà, les autres villes allemandes. Cette ville, semble devoir subir l’orage….

Les nuits aussi bruissaient de ces passages en masse. Nous veillions ce soir là au paturail (le parc situé juste en bas de la rue), l’un de nos chevaux ‘Cosaque’ qui se battait contre la mort. J’étais avec mon père et mon oncle, et peut-être aussi, un ou deux frères ou cousin. Il n’y arriva pas. Le lendemain, fut sa fin. Nous l’avons  enterré sur place.

Pendant cette veillée, un roulement incessant et sourd, accompagné de vibrations du sol, occupa toute la nuit. C’est à Stuttgart dit le véto….

 

Les ailes de la terreur

Un matin de juillet,  sortant de la maison, je trouve au sol une bande mi-papier mi-alu. Je la ramasse. Une autre, une autreencore et encore d’autres. Je les groupais comme on fait des épis glanés après la moisson. Ces rubans s’appelaient des windows. Un, deux, dix, et sans presque lever le nez, nous montons à travers champs lorsque, j’étais à mi-côte, une escadrille de quatre avions, peut-être plus, passa au-dessus de moi semblant suivre la ligne à haute tension et se dirigeant vers la gare.

Ils firent un grand virage et revinrent, se mirent en file et, juste au-dessus de moi, le crépitement infernal de leurs mitrailleuses se déclencha me glaçant d’horreur. Sur quoi tiraient-ils, je ne pouvais pas voir. Je m’insinuais dans les raies des labours que je traversais. Je cherchais les réaux plus larges. Toutes les prières que je connaissais vinrent à mes lèvres pendant chaque tir et à chaque accalmie, je courais vers mon oncle que mon cousin avait rejoint, là-haut. Ils semblaient admirer le spectacle.

Lorsque j’arrivai près d’eux, le spectacle était terminé. Je pense qu’en leur compagnie j’aurais peut-être, moi aussi, pu l’admirer. Ma solitude expliquait ma terreur. La cible ce jour là était des loco stationnées sur une voie de garage à la gare.

Les windows, après cela, ne m’intéressèrent plus. Je sus, que ces bandes alu papier larguées des bombardiers étaient destinées à tromper les radars ennemis.

Décidément, ces monstres volants m’étaient de plus en plus antipathiques. Je ne leur en voulais pas, ils travaillaient pour notre libération. Alors….

 

L’année s’avançait. Tous les jours avaient leur lot d’événements indiquant la libération prochaine. Les travaux de champs se passaient dans une apparente tranquillité. La récolte des mirabelles était commencée. Je n’aimais pas ce travail, particulièrement  las de corvées de ramassage. Maintenant je bénis le ciel d’avoir mis ce fruit magnifique et délicieux dans notre Lorraine.

 

Nous étions, un matin d’août, la grand-ruelle occuper à ramasser des mirabelles que papa venait de hocher ou holler (mot curieux issu du patois lorrain). Accroupis sous les arbres, nous ramassions les fruits. Il y avait là quelques uns de mes frères et cousins et aussi la grand-mère.

Soudain, une escadrille d’avions, encore eux, des chasseurs-bombardiers je pense, nous arrivèrent au-dessus. Ils se formèrent en noria et l’un après l’autre  commencèrent leur piqué. Dès le premier passage je reconnus l’infernal tacatacatac des mitrailleuses déclenchées précisément juste au-dessus nous. L’intensité du vacarme nous glaça. Mon père nous entraîna sous la protection de la haie bordant le verger.  

La grand-mère continua son travail comme si rien d’anormal ne se passait. Les huit avions poursuivirent leur mitraillage, et, toujours au-dessus de nous, leur tacatacatac crevait le silence.

 

Plusieurs fois papa tenta d’amener la grand-mère à la raison « mam venez avec nous ! » sans succès.

La grand-mère, endurcie par les événements graves de sa vie  comprit que ces aviateurs avaient d’autres chats à fouetter que de s’occuper de quelques miniatures humaines, de plus invisibles pour eux, resta stoïque.

C’était le train ! Après cette bruyante démonstration nous sortîmes de notre ridicule abri. Là-bas, vers Brémoncourt, des fumées et des explosions montaient au-dessus du chemin de fer. Un train allemand de munitions était en cours de dissolution par le feu. Les balles perforantes et incendiaires que venaient de lui distribuer les P47 agissaient très utilement en vue de la Libération. Cette fois là sous la protection paternelle, je n’ai pas tremblé de peur. Les avions, du coup, commencèrent à me devenir sympathiques.

 

Après coup, nous pûmes voir de plus haut, par le clocher de l’église, l’évolution des choses. Ce train était arrivé dans une grande tranchée qu’enjambe le pont de la route qui mène au village voisin. Une personne d’Einvaux a pu apprécier de très près : elle s’était réfugiée sous ce que l’on appelait l’aqueduc, ce passage franchissant le ruisseau reliant les deux parties d’un parc à génisses

 

 

 

Quelle frousse !!!

Je crois me souvenir que la seule victime civile fut une vache, que l’on découpa, que l’on distribua et que l’on mangea.

 

 

 

Après le passage de ces avions et leur travail de nettoyage, il n’y avait guère d’endroit, où entre notre cachette et le lieu de cette victoire qui ne fut jonché de douilles vides tombées des avions. Voilà des objets qui donnèrent, des tas d’occasions de créations plus ou moins artistiques.

Le secteur du train aussi, nous donna, à nous les enfants, des moyens d’amusements, pas vraiment de notre jeune âge. Nous avons ramassé des fusils à la crosse brûlée que nous avons réparés sommairement.

Un peu avant cet événement, venant d’Est se dirigeant plein Ouest, un grand quadrimoteur bombardier visiblement en difficulté était passé au-dessus du village. Il volait très bas. Un peu après Einvaux, il fut pris à partie par la flak. On apprît plus tard qu’il fut abattu. Y a-t-il relation de cause à effet, c’est possible. En tous cas, je n’ai pas de précision sur ce point.

 

L’évènement qui suit s’est-il passé avant ou après le train, je ne m’en souviens pas. Un matin, la « chère  sœur en chef » vient dire à la maison que deux wagons déraillés, détachés d’un train sanitaire allemand, encore chargés d’accessoires de pharmacie, avaient été abandonnés sur la voie près de l’Etang de la haie. Ils contenaient encore pansements, fils, bandes, coton et autres atèles.  

 

Une petite équipe dont j’étais se mit en route avec l’intention d’aller voir de plus près ce qu’il en était. Avec le long recul du temps, je me dis que cette initiative n’était pas très prudente. Je n’ose imaginer ce qui se serait passé si les mêmes avions dont j’ai déjà parlé, avaient aperçu ces wagons…Cette pensée ne nous avait pas effleurés et à pieds, nous partîmes. C’était loin. Arrivés sur les lieux, nous n’avons eu qu’à prendre quelques lots de ces choses et les arrimer à notre ceinture.  En marchant aussi vite que le permettaient nos petites jambes nous furent vite de retour. Je ne sais pas si ce que nous avons rapporté a bien rendu service, ce qui comptait, nous étions là.

 

On sentait de plus en plus précisément arriver le grand jour. Par précaution, les chevaux du village avaient été cachés, mis à l’abri en un lieu très à l’écart du village.

 

C’est à cette période que, allant aux champs en passant par Chaumont, nous trouvâmes une petite équipe en armes (FFI) affairée autour d’un camion qu’ils essayaient de mettre an marche. Le camion n’ayant pas voulu obtempérer même poussé dans la descente, on démonta la dynamo qui, entraînée au contact de la poulie d’un moteur Bernard réussit à obtenir ce que la descente n’avait pas pu obtenir. Oui ! Mais il fallait remonter la dynamo….

-  Ne restons pas là ! allons travailler ! me dit mon père. En marchant, il me dit :

-  Imaginons l’arrivée de quelques boches sur la scène, qu’arriverait-il ?.... »

La réponse était déjà donnée dans d’autres villages cruellement traités.….

 

Nous sentions bien que le front se rapprochait. De plus en plus, des avions de toutes sortes patrouillaient dans le secteur, certainement à la recherche de quelques objectifs à traiter. Il n’y eut plus d’attaque comme celle du train, mais nous commencions à voir apparaître des petits coucous. Le son du canon se précisait de plus en plus près.

Un jour, des soldats allemands, refluant dans leur défaite s’installèrent pour la nuit. Ils n’étaient plus aussi fiers que quelques années auparavant. Ils prirent les chevaux qu’ils trouvèrent. Avertis à l’avance de leurs intentions, la plus grande partie des chevaux avait été  cachée.

Leur expérience de ces nobles animaux nos amis, mais pas leurs, a donné lieu à quelques scènes cocasses…

 

Nous n’avions pas, pourtant, tellement le cœur à rire, mais quand même : quelques allemands ayant volé un cheval entreprirent de l’atteler à un tilbury. Le cheval pas habitué à être ainsi attelé, ou peut-être mécontent de l’être par ces indignes, prit son élan et sauta par au-dessus de l’abreuvoir qui se trouvait là. Le cheval réussit à passer mais la charrette se cassa. Les soldats durent s’en remettre à leurs jambes et marcher pour progresser vers leur destin.

Pendant cette période, nous dormions à la cave, et ce côté inhabituel de la chose n’était pas pour nous déplaire, nous les gamins. Ce n’était pas une nouveauté puisque déjà avant, cette cave avait abrité nos rêves.

 

La Libération

Le matin du 13 septembre 1944, les yeux des gens qui regardaient vers le Sud, perçurent un mouvement continu de ce qui sembla être des véhicules militaires en grand nombre. Les américains !

 Les indésirables qu’étaient les allemands avaient usurpés l’usage de notre sol et l’avaient  sali des immondices qu’ils étaient. Leur air conquérant que quatre années avant avait bien changé. Il n’y en avait plus à Einvaux.

Un jeune homme courut vers les américains et les convainquit que la place était propre. Vers 10h00, je les vois encore, deux véhicules montaient la route des prés (la route des Prés). Comment les habitants l’ont-ils su ? Comme moi, beaucoup se trouvèrent près de ces nouveaux arrivants.

 Extraordinaire découverte !  Une Jeep et une Auto blindée à six roues.

La jeep se gara sur le sentier qui menait au lavoir, l’auto blindée, cachée sous les arbres de l’autre côté de la route. L’un des occupants semblait dialoguer par radio, certainement avec les gens de son unité. Les américains semblaient inquiets: une toute petite patrouille en pointe, environnée et pressée de plein de gens de tous âges, il y avait de quoi l’être.

Les américains regagnèrent leur colonne et revinrent quelques instants après, mais en nombre.

 Petite anecdote : lorsque la Jeep voulut reprendre la route, elle dût franchir le fossé ce qu’elle n’a pu réussir ? C’est ainsi que j’ai participé, en mêlant la force de mes petits bras à celles d’autres, à l’action commune pour aider à sortir la jeep du fossé et, du même coup, à coopérer à la libération de la Lorraine….

Parmi les gens qui étaient là, beaucoup eurent les larmes aux yeux. L’absence de proches de leur famille, morts sous les bombes, ou, encore éloignés pour longtemps car prisonniers. Heureusement, l’espoir né déjà depuis quelque temps se trouvait renforcé et ouvrit la porte à la joie.

Arrivée des premiers soldats américains le 13 septembre 1944

Pendant cette période, la curiosité anima beaucoup de monde et les nouvelles allaient bon train. C’est ainsi qu’on apprit qu’un char allemand avait gagné sa retraite, touché par un char américain. Il se trouvait juste avant la gare, une chenille cassée, le reste en bon état. C’est dire que les occupants devaient avoir la frousse pour le quitter si vite sans le détruire. Il y avait des jeunes gens, des grands, (j’étais encore un gamin) qui, équipés d’une pompe Japy aspiraient l’essence dont le char était encore largement pourvu et remplissaient quelques bidons qu’ils avaient amenés. N’ayant plus de bidons, (quand j’y pense, j’en, ai, encore la frousse) ils sortaient les obus complets bien rangés dans leur casier, séparaient les obus de leurs étuis, et utilisaient ces étuis comme récipients pour l’essence récupérée. Je ne sais pas la suite….

C’est au cours de ces opérations que la poudre qui garnissait les étuis, de longs macaronis, était récupérée. Ma tante en utilisait pour allumer le feu de sa cuisinière. C’était efficace mais risqué.

 

Deux ou trois jours se passent dans l’euphorie mais alerte ! Ils reviennent…. Je ne refaits pas la narration de la guerre mais seulement le récit se mes souvenirs. Ils reviennent vraiment…. Quelques jeunes gens, craignant de se faire embarquer par les sauvages en furie se sauvaient vers l’arrière, ceux d’Einvaux s’y préparaient aussi, emportant le minimum de bagage.

Je ne trouvais pas la vie à la cave désagréable. Je trouvais même qu’être au contact des autres apportait beaucoup. De plus, le fait qu’être près des parents était réconfortant.

Au cours d’une de ces nuits, papa entendant un bruit sourd mais léger comme un murmure, continu, voulut se rendre compte de ce qui se passait. Je ne dormais pas. Je le suivis.

 

La maison se trouvant au fond d’une cour, dans la rue distante de quelques dizaines de mètres, le ronflement plus précis montait, toujours aussi sourd mais plus fort, toute l’armée américaine avançait, lentement, en véhicules de toutes sortes, si près les uns des autres qu’on aurait dit un serpent de fer. De plus, il n’y avait pas, ou si peu, de feux de positions qu’ils étaient imperceptibles. 

Nous-nous sommes approchés. Le bruit continu remuait mes entrailles et l’émotion m’envahissait. Avec cela, les autres peuvent prendre leurs jambes à leur cou. Oui ! Peut-être ! L’histoire nous en dira plus, le présent était un véritable bonheur.

 Au cours de la nuit, de fortes explosions crevaient le presque silence de la nuit. Cela était très proche de notre cave abri. Au matin, stupéfaction ! Ils étaient partout ! Dans le petit parc voisin et quelques mètres plus loin, deux batteries de 105  nous avaient offert le concert des détonations entendues dans la nuit.

 

A côté des canons, un tas d’étuis vide en fort carton goudronné, voisinaient avec les douilles vides elles aussi. Là était la preuve de leur activité nocturne. Comment on-t-ils pu, dans le noir, s’installer ainsi et se mettre en action ? Nous n’étions pas au bout de nos surprises. J’ai dit qu’il y en avait partout. J’ouvre une parenthèse pour dire que la vie de tout le village en a été changée. Pour nous aussi, les enfants, nous allions connaître une nouvelle vie, un peu comme si nous devenions les enfants de l’armée américaine. On vivait avec eux, on suivait avec quel étonnement, tout ce que l’on pouvait découvrir d’eux. Avec papa nous gravîmes le « Haut du mont », le point le plus haut du territoire. Le panorama était à couper le souffle ! Partout, il en avait partout !

De l’autre côté du territoire, le relief forme une dorsale en demi-cercle, un peu moins haute que le Mont. Qu’y avait-il de l’autre côté ? Le mieux était d’y aller voir. Lorsqu’on accède au sommet, un grand creux s’ouvre devant nous, une vallée dans laquelle l’accès d’un attelage et d’un chariot était difficile. Ce lieu s’appelle la « Queue des chats ». Il y a tout au fond, deux grandes sources, larges profondes inquiétantes même, environnées de terrains frais et humides.

Stupéfaction ! Incroyable ! Impensable ! Irréalisable ! Pourtant, là-bas, au fond, une batterie de canons de240 mmdont les pièces tonnaient à tour de rôle. Autour, tout un ensemble de véhicules de tous les calibres et beaucoup d’hommes affairés. Comment, là aussi et plus encore que de l’autre côté, ont-ils pu réussir un tel miracle de s’installer à cet endroit ?

 

Nous les  enfants, des américains et nos jeux.

Dès qu’installés, la logistique imposait aux Libérateurs d’organiser leur ravitaillement et cela le plus près possible du front qui dura. Une animation intensive se déploya, le long des bords de routes plantés d’arbres. Le couvert de ces arbres permettait de dissimuler à la vue d’éventuels avions ennemis, les munitions en caisses ou en vrac, organisées en tas séparés de quelques dizaines de mètres. Cette pratique permettait pour la sécurité de ne pas amasser en un même lieu trop de munitions.

Pour nous, c’était tentant ! Notre jeune âge n’était pas un frein, bien au contraire, il nous poussait à y voir de plus près. La poudre à canon, les cartouches de fusils et de carabines, les fusées et bien d’autres jouets à notre portée. 

Le pète balles, ce n’était pas mon invention, consistait à percuter l’amorce de la douille par un système en fil de fer qui l’enserrait avec, en dessous, la balle. Le haut du pète balle était muni d’une longue ficelle qui devait maintenir l’engin dans le sens vertical durant sa chute. Au contact du sol, la balle percutait l’amorce qui pétait harmonieusement à nos oreilles.

Il y a eu d’autres variantes, et même avec d’autres calibres. Il faut dire que l’imagination des enfants dont j’étais était presque sans limite. Heureusement, nos folies n’eurent pas de conclusions catastrophiques. Dans d’autres villages, ce ne fut pas le cas malheureusement.  

 

  

 La chasse

Un autre terrain et sujet de jeux : le train mitraillé.

Le train avait été entièrement incendié et les munitions qu’il transportait sautèrent en chaîne, les explosions projetant, quelques fois assez loin, tout matériel plus ou moins tordu et brûlé. Des fusils la crosse brûlée, le canon tordu, certains plantés dans la terre, quelle aubaine. J’ai eu la chance d’en trouver un qui, bien que sans sa crosse détruite par le feu, était encore bien droit. La culasse paraissait devoir retrouver une nouvelle jeunesse après un traitement rénovateur. L’un de mes copains travaillant bien le bois me bricola une crosse. J’ai réveillé le mécanisme qui n’avait pas trop souffert.

 

J’ai fais souder au bout d’une tige de fer, une lime queue de rat de la dimension du calibre du canon, par le forgeron du village. Avec cet outil, j’ai fait disparaître sommairement les rayures à l’intérieur du canon pour éviter la dispersion des plombs à chaque tir.

 Un prisonnier allemand remplaçait le maréchal-ferrant décédé, grand aussi, qui avait dû, si j’ose dire, mettre l’atelier à sa mesure. En entrant dans l’atelier, on avait l’habitude de franchir une marche qui depuis l’arrivée du nouveau avait disparu. Son prédécesseur qui œuvrait là pendant des dizaines d’années, avait pour habitude de jeter au sol chaque chute de fer ou autres matériaux. Cette pratique avait non seulement recouvert toute la surface de l’atelier mais, au cours du temps, le sol s’était élevé par l’épaisseur accumulée par les dizaines d’années de labeurs.

 

Le nouveau forgeron avait dû, pour mettre le plafond à sa hauteur, procéder à un déblaiement intensif. L’ancien opérateur ne s’était pas rendu compte qu’il devait se voûter au fur et à mesure de la fuite du temps, par ce plafond descendait et aussi par l’enclume qui, lui aussi, descendait. C’est ce qui fit que par le même phénomène, son dos se courbait, imperceptiblement pour lui, de plus en plus, jusqu’à devenir un arc de cercle.

Avec le fusil sommairement dérayé il me fallait des cartouches avec des petits plombs. Les munitions d’origine ne manquaient pas, nous en avions de tous calibres, allemandes ou américaines. La balle enlevée, la moitié de la poudre ôtée, un peu de papier servait de bourre, quelques plombs pour la charge et une autre bourre pour finir. La douille était alors fermée en croix par deux coups de tenailles.

Les essais étaient assez concluants. J’avais testé sur les moineaux qui venaient nombreux picorer sur le  tesseau, les grains de blé des gerbes supérieures. Chaque coup de fusil tuait deux ou trois de ces charmants petits oiseaux, j’en ai un peu honte maintenant. Le cordonnier en était friand. Je lui donnais les fruits de « mon indigne braconne».

Tels des Tartarins allant à la chasse au lion, nous partîmes à quatre, trois autres garnements de mon âge et moi, le fusil dissimulé dans un sac à pommes de terre, décidés à aller chasser dans la forêt voisine. L’entrée de la forêt est là. Nous y pénétrons, de quelques mètres seulement car, il était là !….

Juste au-dessus de nos têtes, presque à portée de la main, un geai nous regardait. Il ne devait pas craindre puisqu’il ne bougea pas. Quoi ? Quatre jeunes gamins ne peuvent pas être animés de mauvaises intentions, devait-il penser !

L’un de nous allait tirer. Lequel ? Nous-nous concertons pour décider qui serait le veinard. Ce ne fut pas moi. Le gagnant prit le fusil, arma, la culasse fermée il visa la pauvre bête si naïve qu’elle ne bougeait pas et tira.

Un léger déclic fut le résultat de son tir. Le geai était toujours là, ne devait rien comprendre à cette scène ridicule. S’il avait compris, j’ose penser qu’il se serait sauvé.

A moi ! A moi ! Chacun voulait être le suivant. Fut-ce moi ou fut-ce un autre ? En tous cas, le geai put encore, par deux fois, assister à notre pantomime. Je crois qu’intérieurement, il devrait rire aux éclats et se moquer de nous !

Le plus futé de nous, le quatrième dont je ne citerai pas le nom, avait compris le pourquoi de ces trois ratages. Il prit l’arme, sortit la culasse, donna un tour de serrage au mécanisme, ce tour qui jusque là manquait. Il leva l’arme, ajusta l’oiseau toujours impassible, pressa la détente et pan !

 Le geai qui aurait dû se méfier de ces garnements fut, presque broyé par la gerbe de plombs. Il n’y eut pas de cris de victoire. Pour moi, au contraire, un goût amer me vint. Ce fut la seule expérience.

Cette chasse se passait après l’armistice, j’avais alors 13 ans.

 

 

 

 

Libération d'Einvaux

Le 16 mai 1945, Albert Bastien dit Cunin dans la clandestinité, lieutenant des forces françaises combattantes, agent P.2 du réseau BOA, arrêté par les allemands le 3 août 1944, mourait en déportation. 7 ans se sont écoulés.

Toute la vie d’Albert Bastien s’éclaire à la lumière des vertus graves et viriles d’un père et d’une mère d’une haute valeur morale, et tels qu’on en trouve dans nos vieilles familles lorraines.

Il était de la race de ceux dont Corneille dit qu’ils n’ont pas accepté la honte de mourir sans avoir combattu, et il aurait menti à son nom et à son sang s’il avait été autre que nous l’avons connu.

Alors qu’en juin 1940, l’épée brisée de la France tombait des mains d’un vieillard qui, ayant incarné la gloire de la France ne croyait plus à son destin, des hommes se rassemblaient dans nos provinces, des villes et des villages, des ateliers et des bureaux, sans distinction d’âges, de classes, de partis ou de confessions, pour ramasser dans l’ombre les tronçons du glaive brisé.

Contre les habiles et les réalistes, en dépit des apparences et des sophismes, ils refusaient de croire à la déchéance de la patrie qu’ils prétendaient servir encore, en mourant pour elle au besoin.

Sans moyens et sans armes, traqués par une police redoutable, ignorés ou trahis par le gouvernement, ces hommes allaient, quatre années durant, par un héroïque défi à toute raison, tenir tête à un ennemi innombrable et cruel.

Albert Bastien fut de ceux là, dès la première heure.

Ni sa jeunesse, ni la chaude affection du foyer familial, ni la sécurité matérielle d’un avenir assuré, ni la douceur du foyer qu’il fondait lui-même et que devait embellir bientôt la naissance d’un petit enfant, ne devait influer sur une détermination dont il avait puisé le principe dans le lait de sa mère et dans l’exemple de son père.

Adhérent du groupe Lorraine dès sa fondation, chef de secteur de l’armée secrète pour sa région, il était déjà, lorsque je pris contact avec lui, en 1945, à la tête d’une organisation étendue et agissante qu’il animait de son dynamisme à la fois juvénile et réfléchi.

C’est alors qu’il entra dans le réseau BOA dont j’étais le chef départemental pour y assumer le commandement d’un secteur de parachutages, entre Moselle et Meurthe.

Recherche de terrains, recrutement et organisation des équipes, écoutes radio, liaisons, parachutages, telle fut, en bref, son action  à mes côtés, jusqu’au moment du débarquement où il devint mon adjoint au PC départemental de Roville, chez notre ami Hubert, avec ses jeunes camarades, Barbier tué par les allemands au pont de Bayon, et Mavois qui, arrêté avec lui, eut la chance de s’échapper et devait me remplacer en août 1944.

C’est à ce moment, le 3 août exactement, qu’au retour d’une mission dans la région de Colombey, Bastien et Mavoissont arrêtés par une colonne allemande en retraite, qui venait d’essuyer des coups de feu.

Conduit à la Feldgendarmerie pour être transféré à la gestapo, Albert Bastien devait être interné à Charles III puis, de là, déporté en Allemagne, au camp de Rottenburg.

C’est alors un silence de 10 mois, entremêlé d’inquiétude et d’espoir pour apprendre en 1945, au retour des déportés, sa mort tragique au lendemain de la Libération de son camp.

Telle est, trop brièvement résumée, la vie héroïque et la mort d’Albert Bastien, résistant lorrain.

A ceux qui n’ont pas connu la clandestinité, cette sèche énumération peut apparaître sans grand relief et dit bien mal en tous cas, tout ce qu’elle cache de courage, d’abnégation et de force d’âme.

Il faut avoir vécu la menace permanente et invisible qui jour et nuit sur ces hommes traqués, le sentiment aigu des responsabilités qu’ils portaient dans le silence et la solitude de leur cœur, responsabilité de leurs camarades et responsabilité de leur famille, la criante toujours présente d’une arrestation, le poids des secrets qu’il fallait porter et dont dépendait avec le succès de l’action entreprise la vie d’autres hommes, solidaires, engagés dans la même action, et également recherchés et menacés, pour mesurer et apprécier ce que fut la vie des véritables résistants comme Albert Bastien.

Il était un “homme”, courageux et fidèle, généreux et droit et c’est pour cette raison sans doute qu’il nous a été enlevé, car il faut que les meilleurs montrent la voie aux faibles et aux tièdes.

Destin tragique qui, dans sa logique terrible et stricte, associe au sacrifice du héros celui d’un père et d’une mère déchirés, d’une jeune veuve et d’un enfant qui porte le nom d’un père qu’il n’aura pas connu, et d’une sœur qu’il aimait tendrement.

Nous nous inclinons devant leur douleur renouvelée, dans la pleine conscience qu’elle est aussi le prix dont fut payée notre liberté retrouvée, en même temps qu’elle demeure le rappel poignant de la dette que nous avons contractée envers eux, et de notre reconnaissance.

J’espère qu’un jour prochain, la croix des braves, enfin décernée au lieutenant Albert Bastien leur en apportera le faible témoignage.

Je vous relate en quelques mots, les événements de cette douloureuse période :

La première victime fut Emile Rouyer, Maire de Einvaux depuis 1920. il a été arrêté en novembre 1940, dans les circonstances suivantes. Deux prisonniers, évadés du camp de la tuilerie viennent se cacher dans sa maison. Pendant qu’il leur donne un béret et leur indique le meilleur chemin pour continuer leur fuite, les allemands entrent brusquement. Sa fille, Marthe éteint la lumière pour permettre aux deux français de fuir. Les allemands furieux, l’arrêtent et l’internent à la prison de Charles III, puis à Chalons sur Marne.

Les démarches de l’abbé Chanzy, curé de la paroisse, et les signatures recueillies auprès des 27 maires des communes du canton, par Jacques et Paul Genay, à l’initiative de la municipalité, ne fléchiront pas les occupants. En dépit de son âge, monsieur Rouyer restera six mois en prison, libéré, son état de santé continuera de se détériorer, il décédera le 16 novembre 1941.

Charles Haillecourt, jeune résistant de 22 ans, président fédéral de la jeunesse ouvrière catholique pour l’arrondissement de Lunéville, fut tué lors du bombardement de Bainville-Damelevières, le 27 avril 1944.

Ironie du sort, puisque c’est lui et deux camarades qui avaient fait le plan du site ferroviaire, transmis aux alliés pour effectuer le raid aérien.

Charles fut inhumé au cimetière d’Einvaux le 1er mai 1944.

Ernest Bonin, résistant qui participa activement à la libération de Paris, fut capturé par les allemands et fusillés à l’âge de 39 ans, le 19 août 1944, dans une ferme de la région de Meaux.

Albert Bastien, originaire de la ferme de Relaicourt, qu’exploitaient ses parents, entra dans la résistance dès la première heure. Il assuma le commandement d’un secteur de parachutage entre Moselle et Meurthe, très courageux, il effectua de nombreuses missions. Arrêté au cours de l’une d’elles, à Colombey les Belles, il fut conduit à la gestapo de Nancy, puis à Charles III et déporté en Allemagne, où il est décédé le 16 mai 1945.

Son corps fut ramené à Einvaux, le 25 août 1952, pour être inhumé au cimetière le lendemain. Cinq jeunes d’Einvaux appartenaient : au même groupe “Lorraine 42”.

Deux civils, messieurs Primo China et Hubert Chrétien, on également trouvé la mort le 26 mars 1945 écrasés par un camion américain que le chauffeur ne pouvait plus maitriser dans la descente du village.

Pendant cette minute de silence, vos pensées sont allées vers ceux qui ont connu les camps de prisonniers ou le travail obligatoire.

Souvenons-nous des souffrances physiques et morales endurées par ces hommes qui ont passé cinq années de leur jeunesse derrière les barbelés séparés, pour la plupart, de leurs épouses et ne voyant pas grandir leurs enfants.

 

 

LISTE NOMINATIVE (PRISONNIERS 1939-1945)

 

BARRET Georges

BOURDOUCHE Louis

BRETON Louis

CHRETIEN Raymond

COLLAS Yvon

GERARDIN Charles

JOLY Joseph

JOLY Pierre

PIERSON André

RICHARD Charles

RICHARD Xavier

ROUYER Gilbert

ROUYER Jean

RUCHE Henri

SIMON Charles

TREBUCHET Paul

GERARD Charles

PHILBERT Georges

 

LISTE NOMINATIVE (STO)

 

FAGOT Edouard

PIERRE Charles

SIMOUTRE Charles

 

LISTE NOMINATIVE (GL 42)

 

CENDRE Henri

L’HUILLIER Maurice

RICHARD Charles

RICHARD Lucien

ROUYER Gilbert

 

LISTE DES DECEDES

 

VICTIMES CIVILES

ROUYER Emile

HAILLECOURT Charles

BONIN Ernest

CHINA Primo

CHRETIEN Hubert

 

MORT EN DEPORTATION

BASTIEN Albert

 

GROUPE LORRAINE 42

RICHARD Charles

RICHARD Lucien

ROUYER Gilbert

 

PRISONNIERS

BOURDOUCHE Louis

BRETON Louis

COLLAS Yvon

JOLY Joseph

JOLY Pierre

PIERSON André

RICHARD Charles

ROUYER Gilbert

SIMON Charles

GERARD Charles

PHILBERT Georges

 

STO

FAGOT Edouard

PIERRE Charles

Libération de Dombasle

 

 

Lundi  28 août  1944.

Monsieur Robert Coésard qui a 16 ans à l’époque raconte cette journée.

Vers 07h40, je me dirigeai vers le jardin familial situé près de l’ancienne usine Perbal, à l’entrée de Dombasle, pour cueillir des haricots lorsque j’entendis la sirène qui annonça une alerte aérienne. Je vis alors passer au-dessus de moi plusieurs vagues d’avions américains qui se dirigeaient vers l’Allemagne. Cela ne m’a pas empêché de cueillir mes haricots. Vingt minutes plus tard, l’escadrille américaine était de retour. C’est alors que 3  de ses avions prenaient en chasse un train allemand stationné à la gare de Rosières aux Salines et chargé de véhicules blindés et de camions. Je me trouvais à peine à 300 mètres de cet endroit.    

 

        

   Convoi allemand détruit par les P51

    

Pressentant le danger, un voisin m'appela pour nous mettre à l’abri. Les 3 avions américains firent tout d’abord deux passages pour mitrailler tout le convoi. C’est au cours du troisième passage, qu’un jeune homme de Dombasle, Paul Gobelet fut tué sous le pont de Rosières. C’est également au cours de ce troisième passage qu’un des 3 avions prit dans sa ligne de mire un convoi allemand qui circulait sur la route de Lunéville, plusieurs semi-chenillés furent détruits et des soldats allemands tués, dont certains carbonisés.  En descendant trop bas, le pilote  a touché avec son aile droite un platane qui a déséquilibré l’avion. Le pilote ne put rien faire et l’avion P 51 vint s’écraser dans les champs situés à 300 mètres du bois St-Don. Très exactement à l’angle du complexe sportif Levassor et du chemin des oies.

L’avion s’est complètement disloqué et le pilote un Canadien qui s’appelait Ferris Suttle et qui avait le grade de Lieutenant, a été éjecté de l’appareil. On l’a retrouvé mort enroulé dans son parachute. Comme d’autres personnes, je fus rapidement sur les lieux ; Mais un officier allemand qui nous avait précédés, nous somma de quitter les lieux. Le corps du pilote Canadien fut inhumé au cimetière de Dombasle jusqu'à la fin des hostilités puis il fut rapatrié dans son pays. Quant à l’avion, il resta plusieurs mois au même endroit avant d’être déposé sur une décharge publique.

(Témoignage de Monsieur Robert Coésard)

 

                                        

Tombe du Lt  Ferris Suttle Jr

 

Cet article est présenté au nom d'une association de la seconde guerre mondiale, le 358e Fighter Group Association. Ils ont reçu le courrier suivant du cimetière américain de Dinozé près d'Epinal en France:

 Je suis en train de faire des recherches pour localiser la famille d'un pilote de chasse de la 2e Guerre mondiale, KIA, le 28 août 1944. A LT Ferris C. Suttle, Jr. est le pilote. Il était avec le 369e Escadron de chasse du 359e Fighter Group.    Malheureusement, je n'ai pas d'adresses pour le 369e FS, ni le 359e FG, c'est pourquoi je vous envoi de l'enquête à vous 358e FG, en espérant que vous puissiez  m'aider ou transmettre la lettre à quelqu'un de son escadron.

 Le Lieutenant Suttle était de Lancaster, en Caroline du Sud. Il est enterré en France. Les habitants de Dombasle, où son avion s'est écrasé, le 28 août 1944, tiennent à lui rendre honneur et faire savoir à sa famille où il fut enterré initialement et comment les fleurs ont été régulièrement mises sur sa tombe. Certains témoins oculaires sont encore en vie et quelques photos de cette époque sont disponibles.

Certaines recherches ont été faites sur ce qui précède. Les résultats de cette recherche indiquent que le 359e Fighter Group a été affecté à la 8e Air Force pendantla Seconde Guerre mondiale lorsque le pilote a été perdu. Le Groupe est situé à East Wretham, en Angleterre à ce moment-là et, après la guerre, était en poste à Camp Kilmer, NJ, Standiford l'aéroport municipal, KY, Godman AFB, KY, et Manston RAF Station, en Angleterre. Ces données sont présentées comme source possible endroits pour informations nécessaires.

As noted in the Activities page, some members of this 9AFA are also members of the Air Forces Escape and Evasion Society.

DATE               TYPE          SERIAL NO NO          UNIT UNITE        LOCALISATION             NO macr

440828              P-51          43-24756                       359               FRANCE  suttle               8317

    

Ferris C. Suttle  pilote             Lt. Robert W. Campbell  pilot 369th FS

Thomas G. Bur  pilote             James R.Parsons

 

            

 Lt  Ferris Suttle Jr

 

 

    

                                    

 

 

 

 

 

 

359th Fighter Group

 

DECLARATION                                                                                   

29 août 1944

 

Le Lieutenant Suttle et moi-même formions le deuxième élément de ‘’Vol rouge’’, dirigé par le Lieutenant Campbell. Nous avons mitraillé un convoi de camions et plusieurs trains dans une gare de triage. Le contact radio entre nos avions et le Lieutenant Suttle était bon et j’ai eu des contacts justes avant que nous ayons terminé le mitraillage. La deuxième fois que je lui ai parlé a été pour l’avertir qu’il passait au dessus d’un autre avion, il était environ 9h35. Il ne répondit pas, mais je l’ai vu bien sortir et continuer à travers le schéma que nous avions formé. Je vis alors le Lieutenant Campbell se diriger vers le bas sur un autre train et je l’ai suivi. Quand nous avons fini le mitraillage et revenus en position, le Lieutenant Suttle n’était pas en vue et ne répondait pas quand le Lieutenant Campbell a appelé environ 5 fois. La dernière fois que le Lieutenant Suttle m’a parlé à la radio il était environ 9h30, quand il m’a dit qu’il avait mis les réservoirs en feu après les avoir passé à la bombe. Je l’ai eu en vue jusqu’à environ 9h40. Nous avons quitté l’objectif à 9h45.

THOMAS G. BUR

Flt/0., Armée de l’Air,

Lettre du frère de Suttle reçu le 13 août 2010            

                              

 Salut,

Au moment où je faisais des recherches sur mon frère le 2e Lieutenant Ferris C. Suttle Jr, 369e Escadron de Chasse du 359e Groupe de Chasse, j’ai remarqué une demande d’aide du Cimetière Américain d’Épinal pour rechercher la famille de Ferris.

Notre père Ferris C. Suttle est mort en juillet 1953 à l'âge de 57 ans et notre mère Olive (Ollie) Margret Heartherly-Suttle est morte en juillet 1997 à l'âge de 94 ans. Il y avait 4 soeurs et moi le seul autre frère. La plus vieille des filles, Loretta, est morte en 1984, à l'âge de 63 ans, ensuite Betty, la suivante plus vieille, morte en 2008, à l'âge de 78 ans, ensuite Sara, la suivante, âgée de 76 ans, vit en Caroline du Nord., Patricia âgée de 72 ans, vit aussi en Caroline du Nord., j’ai 66 ans, j’aurai 67 ans le 19 juin 2010. J'avais seulement 13 mois lorsque mon frère a été tué. Je suis maintenant retraité et reçois une pension d’invalidité de 100 % du VA en raison des blessures reçues au Viêtnam. Je partage mon temps entre le Nouveau-Mexique et l'Équateur en Amérique du Sud.

En 1965 ma mère a reçu une lettre d'un citoyen Français un dénommé Raymond Farner qui a été témoin de l’accident de mon frère. En 1972 Ramon et sa femme Jackie ont fait un voyage aux Etats-Unis, à ce moment-là il a présenté à ma mère un album photos qu'il avait compilé. Dans la création de cet album il s'est donné du mal de louer un avion pour prendre une photo de la région où mon frère a fait 2 passages dans son P51, en attaquant un convoi de camions tirant des canons de campagne. Selon Ramon le convoi a été détruit complètement sur le premier passage. Il suppose que pour s’assurer d’avoir détruit le convoi, mon frère a essayé un autre passage, il s’est présenté trop bas et la queue est rentrée en contact avec un des très grands cyprès plantés en rangée sur le bord de la route. Ramon a déclaré qu’il a vu une bouffée de fumée et l’indication que l’ignition avait été coupée, lorsque l’avion s’est écrasé sur une aile il n’y avait aucun feu et que mon frère a été éjecté de l’avion et tué lors de l’impact.

Ramon à plus tard déclaré avoir été le premier à se rendre à l’avion, rassemblant le portefeuille de mon frère et une identification attachée à son pouce. Il a aussi déclaré avoir récupéré les films des caméras d’armes à feu, a creusé un trou pour sécuriser ces articles. Ils ont été perdus au cours de la guerre, mais le nom était assez unique pour se souvenir.

 

Jeudi 14 septembre 1944.

Le  14 et 15 septembre 1944, à l’approche des américains, un groupe de FFI se préparait à combattre aux côtés de nos alliés. Plusieurs de nos concitoyens appartenant à la résistance s’empressaient de repérer les points où les allemands s’apprêtaient à résister.

Le 14 septembre 1944 au soir, Walzack Casimir avec plusieurs de ces camarades armés procédaient au nettoyage de la rue Jeanne d’Arc en direction du stand. C’est au cours de cette opération qu’une balle explosive l’a atteint à la main gauche qui par la suite dut être amputée. A noter que Walzack appartenait à un groupe qui s’était spécialisé dans le sabotage des voies ferrées.

Le 15 septembre 1944 dans l’après midi, Balle Pierre, Clovin Clément, Lemeur François vétéran de la guerre 14-18 et Maechler Alfred se mettaient d’accord avec les américains pour réaliser avec d’autres FFI et les gendarmes Bosnier et Lienhard le nettoyage de la côte surplombant Dombasle  et connue sous le nom de Rambetant  C’est au cours de cette opération que Messieurs Balle, Clovin, Lemeur et Maechler furent blessés, ainsi que les 2 gendarmes. L’état des blessés est maintenant satisfaisant.      

 (Journal de la République du 6 octobre 1944)

 

Le 14 septembre 1944 entrait le premier char US

C’est le 14 septembre 1944  que le premier char américain fit son entrée dans la cité par la route de Lunéville. C’était, pour les FFI de la localité qui luttaient depuis quatre années dans l’ombre, une grande satisfaction.

Les résistants dombaslois entamèrent une action directe contre les allemands dans la ville, en attendant l’arrivée de la troupe américaine. Quelques jours avant cette offensive, les allemands avaient procédé à de nombreuses destructions dans le port de Dombasle. Tous les ponts avaient été coupés ; un seul subsistait cassé en deux ; celui qui enjambe le canal dela Marneau Rhin. Des dépôts de munitions avaient été chargés par la population.

Le 14 septembre 1944 au matin, l’infanterie allemande semblait vouloir résister autour de la ville. Mais vers 14h00, l’artillerie américaine envoya une salve à proximité du Stand et ce fut alors le repli désordonné des allemands en direction du Rambetant et de Sommerviller.          

Presque sans armes, les FFI s’opposèrent alors aux allemands dans de violents combats de rues. Au cours de la matinée, 2 allemands furent d’ailleurs tués et 32 faits prisonniers.

 

 Combat de rue

 

 

 

Le 14 septembre 1944, le 1er char américain qui entra dans la ville détruit par un canon antichar allemand sur la route nationale

 

 

A 15h30, le premier char américain apparut sur la route nationale, au lieu dit «l’arbre de cent ans». Mais malheureusement, cet engin fut détruit par une pièce antichar allemande, en position sur le haut de la route de Lunéville, à proximité du quartier du Maroc. Aussitôt, les FFI portèrent secours aux victimes. Bilan de cette action : 2 américains tués et plusieurs blessés.

 

A 15h45, près de l’église, deux audacieux FFI firent leur premier prisonnier allemand, pendant que leurs compagnons harcelaient les derniers allemands retranchés dans la ville (rue Jeanne d’Arc, près du cimetière et sur la rive gauche du Sânon). Un dur combat de rue devait s’engager entre allemands et FFI appuyés par plusieurs gendarmes et une partie du personnel de la police municipale. 

 

 

 

A 17h30, les trois premiers soldats américains firent leur entrée dans la ville. Vers 18h00, FFI et soldats prenaient position près du pont de la maison Aubert. Et c’est là que l’élève gendarme Pierre Escuras, un homme courageux, fut tué quelques instants plus tard par une rafale allemande. Avec pour  arme, une seule mitraillette, quelques pistolets et des grenades, les vaillants FFI réussirent à interdire le retour des allemands dans la ville pendant la nuit. Afin d’organiser leur défense, les derniers allemands firent sauter définitivement le pont du canal.

Dans la nuit du 14 au 15 septembre 1944, des postes de surveillance furent mis en place et des patrouilles mobiles assurèrent la protection de la ville contre un éventuel retour des allemands. Vers 03h00 du matin, des soldats américains furent mis en place dans l’usine Solvay où subsistaient de nombreux postes de tireurs allemands.              

 

A l’assaut du Rambetant

A l’aube, l’infanterie américaine arriva en force, à 08h15, la bataille faisait rage : américains et FFI harcelèrent les derniers allemands retranchés dans les caves des maisons bordant le canal. Un observateur américain, placé dans les greniers du casino Solvay, réglait le tir de l’artillerie. Des plus hauts bâtiments de l’usine, les corps francs américains attaquèrent les derniers allemands cachés aux générateurs, sur les fours à chaux, dans les cabines des péniches détruites et dans les abris situés le long du canal.

 

 

                                         

 

 

 

 

 

 

 

Voyant la situation désespérée, les allemands battirent en retraite. Les FFI procédèrent alors au nettoyage de l’usine Solvay et récupérèrent un abondant matériel. Vers midi, le calme était revenu dans la ville. Cependant, les chars américains partirent à l’assaut du coteau du Rambetant.

Au cours de ces deux jours, on déplora un bon nombre de victimes civiles (surtout dans l’avenue De Lattre où les bombardements furent intenses), plusieurs FFI sérieusement blessés, sans oublier la mort de 2 soldats américains et de l’élève gendarme Pierre Escuras. Tel fut le prix à payer pour que Dombasle soit libre. Le dimanche 17 septembre 1944, la ville enterra ses morts, au milieu d’une foule recueillie et attristée.

 

Pierre Escuras

 

LISTE DES SOLDATS ALLEMANDS TUES LORS DES     COMBATS  DE  DOMBASLE  ET  SA  REGION.

 

HORNECKE             ROLF               18 ANS        ASPIRANT

EBEL                    WILHEM            37 ANS       OFFICIER PAYEUR

BUSCHEMANN        JEAN                31 ANS       FELDWEBEL

WETZEL               WILLY                                 SOUS-OFFICIER

BODENSCHATZ     ALFRED             21 ANS        SOUS-OFFICIER

HANKE                 ERICH               38 ANS       OBERGEFREITER

    ?                    WALTER                               OBERGEFREITER

MORITZ              EDOUARD        38 ANS          GEFREITER

HOLL                 FRIEDRICH        18 ANS         GEFREITER

KNABE               FELIX               33 ANS          GRENADIER

GRILL                    JOSEPH        21 ANS          SOLDAT ALLEMAND

KIETZER               OTTO           38 ANS               IDEM

DREXEL                JOHANN                                  IDEM

SOLDAT               INCONNU

SOLDAT              INCONNU

 

 

Inauguration de la stèle de Ferris Suttle le 17 septembre 2011 à Dombasle/Meurthe en présence de sa famille 

 

 

 

 

 

 

 

LIBERATION DE SOMMERVILLER.

 

 

La  libération a été réalisée le 15 septembre 1944, elle a été précédée la veille par un bombardement qui a fait quelques blessés et occasionné des dégâts matériels.

 Le 15, il y eut un bombardement sérieux pour déloger les allemands installés dans les vergers et les bois voisins, mais pas de résistance dans le village lui-même.

Il y eut à déplorer la mort de Monsieur Charles Gross, d’un enfant d’une dizaine d’année et d’une jeune fille de 19 ans Simone Oswald qui succomba pendant son transport à l’hôpital. On compte une dizaine de blessés au total, parmi lesquels Monsieur Georges Labrevoit qui après avoir, avec un ami, livré 30 allemands aux américains, fut sérieusement touché alors qu’il  se rendait seul, avec le consentement d’un Officier américain, auprès d’un second groupe d’ennemis qui lui avaient été signalés comme prêt à se rendre.

(Extrait du journal la Républiquedu 7 octobre 1944)

 

 

                                                                                                                                         

 

 

Libération de Jolivet

Une « drôle de guerre » : fin 1939 – début 1940

 

Si la France et l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne dès le 3 septembre 1939, son offensive ne débute que le 10 mai de l’année suivante.

 

En attendant les premières troupes ennemies, le pays se prépare : l’armée réquisitionne les chevaux chez les paysans, les habitants portent en bandoulière des masques à gaz et regardent assez étonnés, des soldats fraichement appelés, habillés comme les poilus de 14-18.

 

A Jolivet, les soldats français en cantonnement sont répartis selon les indications écrites sur le montant des portes des habitations : OF, HO, CHE précisent le nombre d’officiers, d’hommes de troupes ou de chevaux à loger.

Cependant un grand nombre des chevaux en cantonnement meurent et une suspicion de maladie se développe. Les bêtes seront enterrées en plusieurs endroits du territoire communal.

 

Le 2 avril 1940, un combat aérien s’engage entre les Messerschmitt 110 allemands et des chasseurs français Morane. Un des appareils allemands vient s’écraser dans « Les 3 Fontenates », non loin du CD 108. Certains habitants de Jolivet et de Lunéville s’approchent et prennent des morceaux de la carlingue. Un chasseur français se retourne sur la piste du « Champ de Mars » de Lunéville et en tentant de sauver le pilote, les habitants activent la mitrailleuse en relachant l'avion brusquement, qui fauche sept personnes dont deux enfants.

 

Des réfugiés originaires des régions frontalières commencent à arriver au village. Ils n’ont souvent emporté que le minimum pour survivre. Certains resteront à Jolivet pendant toute la durée de la guerre.

 

 

L’exode

 

L’offensive fulgurante de l’armée allemande en juin 1940, jette une partie de la population sur la route de l’exode. Les souvenirs de la Première Guerre mondiale et la peur d’une volonté de vengeance de la part des Allemands poussent les habitants à partir le plus vite possible vers le Sud.

 

A Jolivet, Jean Descle (15 ans) et sa mère partent à vélo en direction de Bains les Bains. Cependant les bombardements les obligent à faire demi-tour. Ils retrouveront le père, mobilisé dans les Gardes Voies et Communication, à Padoux. Après trois jours de périple, ils seront de retour au village. Le père de Jean sera, quant à lui, prisonnier à Housseras (88) et ne reviendra qu’en 1942.

 

Charles Mathias (18 ans) avec Roger et René Clausse (16 et 19 ans), Georges Marchal (16 ans), Jean Gascard, Roger Cordier et François Cosson (15 ans) décident de partir à bicyclette, eux aussi. Ils gagnent Rambervillers puis Vesoul. Après plusieurs rebondissements, Charles se retrouvera dans un camion militaire en direction de Pontarlier (Doubs) puis de Grenoble (Isère). Il restera trois mois dans une ferme avant de recevoir un télégramme lui demandant d’aller à Riom (Puy de Dôme). C’est là, qu’il retrouvera ses compagnons d’exode qui ont suivis un autre itinéraire mais qui ont aussi travaillé dans des fermes. Ils repasseront la ligne de démarcation grâce à un passeur et rentreront à Jolivet le 15 septembre 1940.

 

 

 

Gérard et Jean Pierron (16 ans), avec leurs oncles Léon et Emile utilisent leur vélo et leur voiture pour atteindre Jussey puis Bourg-en-Bresse. Ils vont jusqu’à Maringes (Loire) puis vont dans le Jura où ils passent trois semaines dans les champs car ils n’ont pas les papiers nécessaires pour passer la ligne de démarcation.

 

Lucien Thouvenin (12 ans), Marie Mathias (14 ans), Georgette Cosson (19 ans) restent au village. Jean Malgras (22 ans) est mobilisé au 68e régiment de Forteresse, affecté à Pouxeux. Il est fait prisonnier à Hatten (Bas-Rhin) et interné à Moosbourg (Allemagne).

 

 

L’occupation

 

Les derniers soldats français en retraite partent à 07h00 du village. Dès 10h00, les Allemands arrivent par la route de Crion : certains ne font que traverser Jolivet pour rejoindre Lunéville mais d’autres s’installent.

 

C’est le début de l’occupation.

 

Les dernières voitures encore présentes dans le village sont réquisitionnées par les occupants mais aucunes exactions n’est commises.

Les jeunes partis en exil reviennent progressivement et essaient de trouver un travail.

Les jeunes gens qui avaient fui lors de l’exode, reviennent au village et essaient de retrouver un emploi, notamment dans les fermes alentours.

 

La commune compte 30 prisonniers de guerre internés en Allemagne. Certains anciens combattants de 14-18 et ceux qui sont malades peuvent revenir dès l’armistice mais la majorité devront attendre 1945 pour rejoindre leur foyer.

 

LISTE DES PRISONNIERS DE LA COMMUNE (des oublis sont possibles)

 

BARTHELEMY          Jean                               

BEAUPOIL François                                                                

BIENFAIT Marcel

BASTIEN René                                                            

BICORNE Jean      

CLAUSSE Henri                                                       

CLAUSSE Paul dit Charlot

CAGNE Charles

COSSON André 

COSSON Louis                                                        

COUTRET Lucien

DEWILDE André

DEROUINEAU Henri

DESCLE Albert  

FRANCOIS André

GALLET Marcel                                     

KUSSLER René

LAMOTTE René

MALGRAS Jean

MARANGE Charles

MARCHAL Julien

MARCHAL Henri

MASSON Victor

MESSIN Maurice

MEYER René

MIGUET Albert

PETITGAND Lucien

PETITIER Gustave

ROBE Georges

SIMONET Charles

TARALL Rémi

VILLEMIN Pierre (interné en Suisse)

 

Les soldats allemands casernés à Lunéville traversent le village pour aller en manœuvre en chantant.

Les villageois se déplacent à pieds ou à vélo mais le manque de pneus oblige certains à utiliser des tuyaux d’arrosage pour rouler.  Les bals et les manifestations sont interdits et en 1941, les locations de  chasse et les fêtes au village sont supprimées. Les seules distractions sont les jeux de cartes dans les cafés, le cinéma à Lunéville et les activités liées au Patronage pour les plus jeunes.

 

L’Allemagne ayant besoin de main d’œuvre, instaure le Service de Travail Obligatoire (STO) dans les territoires conquis. Ainsi, en février 1943, Jean Pierron (19 ans) est réquisitionné et envoyé dans la région de Ludwigshafen. Après un an, il a une permission pour rentrer en France et décide alors d’entrer dans la clandestinité pour ne pas retourner en Allemagne. Recherché par la police française durant toute la guerre, il sera incorporé dans l’armée française en avril 1945 et défilera à Dole le 8 mai 1945 lors de l’Armistice. Lucien Richard est employé à la construction du « Mur de l’Atlantique ».

 

Les personnes de religion juives sont emmenées et les premiers résistants sont arrêtés. En effet, certaines actions voient le jour : on écoute Radio Londres, des armes sont cachées, transportées, on s’entraîne à leur manipulation dans une salle au-dessus du café de Lunéville. Des sabotages ont lieu sur les lignes de chemins de fer grâce à de la limaille.

 

La vie suit son cours pour la plupart des habitants : les enfants vont à l’école, on travaille …même si la nourriture est soumise au rationnement. Les tickets de pain ne seront supprimés qu’en 1949. Il faut tout de même remplir « une fiche de demande pour l’achat d’une paire de chaussures (de fatigue ou de fantaisie).

 

En 1944, les villageois entendent parfois le passage d’avions alliés qui vont bombarder l’Allemagne.

 

 

Enfin la libération ?

 

Toutes les caves voûtées sont recensées par quartier … A partir du 16 septembre 1944, les Américains libèrent Lunéville mais n’arrivent pas à progresser en direction de Jolivet. Les Allemands arrivent à les bloquer dans la forêt de Parroy.  

 

Des bombardements violents commencent alors et les combats durent près d’une semaine. Pendant plusieurs jours, les habitants du village restent cloîtrés dans les caves et s’alimentent grâce aux bêtes tuées par ces tirs d’artillerie.

Environ 15 caves sont recensées sur Jolivet. Elles accueillent jusqu’à une trentaine de personnes, souvent regroupées en famille. Les groupes ne sont pas fixes car les habitants sont dans l’obligation de changer de caves selon les bombardements…

Les caves qui ont un accès vers l’habitation permettent aux civiles de remonter durant les périodes d’accalmies pour aller chercher de la nourriture. Une vie souterraine s’organise malgré le manque d’électricité, de nourriture …

 

Pendant ce temps, le 17 septembre 1944, les chars américains s’engagent sur la départementale 108 allant de Lunéville à Jolivet.  D’après le compte rendu des combats de la 4e Armored Division US, « une section de la compagnie « A », 35e Bataillon de Chars, a attaqué les positions ennemies à Jolivet, perdant un char mais détruisant 2 canons antichars ».

En effet, une batterie allemande antichar s’est positionnée à la Croix de Mission à l’entrée du village face aux blindés qui arrivent. Cette batterie est mise hors de combats par les tirs américains et les deux servants sont tués. Pour anecdote, l’un d’eux avait auparavant donné à une famille habitant dans l’avenue, un dernier courrier à faire remettre à sa famille en Allemagne. Les corps des soldats allemands, d’abord recouverts d’un lit de paille, seront brancardés jusqu’au Moulin.

Un autre soldat allemand finit par se rendre en voyant ses camarades tomber.

 

Le clocher de l’église est détruit à 11h00 par les Américains de peur qu’il serve de poste d'observation aux Allemands. Les bombardements font beaucoup de dégâts dans le village : les maisons sont éventrées lorsqu’elles ne sont pas détruites…Les Allemands encore cachés dans les caves se rendent aux habitants et demandent à être remis aux mains des Américains. Chose faite le lendemain à Lunéville.

 

Les troupes allemandes se sont repliées sur les hauteurs au dessus du village. Elles reçoivent l’ordre de contre-attaquer et Jolivet est donc de nouveau envahi.

 

 

Les otages et les morts

 

Le 18 septembre 1944, en début d’après-midi, les soldats allemands font ouvrir les trappes des caves qui donnent sur la rue et font sortir tous les hommes. Ces derniers sont rassemblés sur la place pour y être exécutés en représailles à des tirs effectués par des FFI contre des Allemands retranchés dans les vergers, à 300 mètres à l'Est du village. Une mitrailleuse est donc mise en place et des soldats sont désignés pour former le peloton d’exécution.

Les habitants du village parlant allemand et Mm Boissel interviennent et réussissent à faire lever l’ordre de tir. Les officiers réclament aussi les corps des soldats tombés pour s’assurer que leurs corps n’ont pas été mutilés.

Les otages sont regroupés dans la cave GASCARD (n°11) et ne rejoindront leur famille qu’après le départ des troupes allemandes.

Dans le même temps, un avion américain repère les chars allemands et des obus tombent de nouveau sur le village.

 

LISTE APPROXIMATIVE DES OTAGES :

 

ACKERMANN Eugène                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      KRIST Charles

ANSTETT Robert                                                  LERAT Fernand

BAR Edmond                                                        LERAT Jules

BARTHELEMY Georges                                         LORONG Gabriel et Louis

CHAMAGNE Bernard                                             MARTIN        Edouard

CLAUSSE Emile                                                    NICKAES Robert

COSSON Georges                                                PETIT Pierre

DESCLE Albert                                                     PIERRON Eugène

DESCLE Jean                                                        PIERRON Gérard

ENEL René                                                            PIERRON Jean

FRIEDRICH Paul                                                  PIERRON Léon

GOBERT Jean                                                       POUTOT Roger

HERLET Georges                                                  RENARD Antime

RENARD Raymond                                               TANNEUR Pierre

ROYER Gaston                                                     VILLEMIN Charles

TAILLADE André                                                 VILLEMIN Pierre

 

Les gens s’entassent dans les caves : ils dorment sur des matelas posés à même le sol, des des bancs …On prie énormément notamment lors des bombardements.

D’ailleurs, le 18 septembre 1944, un obus explose sur la cave de Léon Pierron. Huit personnes seront blessées et 4 mourront de leurs blessures : Mme Léa Pierron (54 ans), l’enfant Annie Poutot (2ans), Marguerite Pierron (16 ans) et Michel petit (1 mois).  

 

Le 19 septembre 1944 ; une nouvelle pluie d’obus tombe sur le village à partir de 12h00. Le calme ne reviendra qu’à partir de 4h30 du matin.

 

Le 24 septembre 1944, à la ferme de Froide Fontaine, Mr Albert Masson et son ouvrier agricole, Delphin Grandhomme sont sortis de la ferme afin d’observer les combats, cachés derrière une haie. Une sentinelle les remarque et ouvre le feu. Delphin Grandhomme meurt sur le coup et Mr Masson est interrogé par les Allemands dans la forêt de Parroy avant d’être relaxer dans la nuit ; il en profitera pour donner leurs positions aux Américains postés à Lunéville.

 

 

Nouvel exode

 

Dans le village, les fils électriques traînent sur le sol, les animaux morts jonchent les chaussées…

Devant les risques, Mme Boissel conseille à tous ceux qui le peuvent de quitter Jolivet pour gagner Lunéville. Les hommes valides s’organisent pour porter les personnes âgées. Cependant les gens étant terrés dans les caves, le message n’est pas passé à tous et certaines familles restent. Ils seront accueillis au collège, rue de Viller, transformé en dortoirs jusqu'à la fin des combats.

 

Pendant ce temps, Jolivet se retrouve sur la ligne de front durant une semaine et va subir les allés et venus des deux armées belligérantes. A l’occasion de quelques accalmies, certains reviendront à Jolivet pour prendre quelques affaires. Souvent ils y retrouvent des maisons incendiées et pillées.

Les combats se prolongeront dans la forêt de Parroy laissant le village dans une zone dangereuse encore quelques temps.

 

Les morts civiles, allemands[1] et les animaux sont tous enterrés au plus vite malgré des tirs.

 

Les habitants sont impressionnés par les Américains qui possèdent un abondant matériel militaire et qui n’hésites pas à faire du troc avec les habitants : le chocolat, les chewing-gums et les conserves sont régulièrement échangés contre des bouteilles de mirabelle.

 

 

Vers la paix ! Fin 44 – début 45

 

L’électricité est rétablie vers Noël et les écoliers présentent un spectacle intitulé « visages de la France et soir de Noël », à l’occasion du 31 décembre 1944.

Progressivement les prisonniers français rentrent et bénéficient d’une délégation d’habitant pour fêter son retour.

 

Le 8 mai 1945, on dresse un arc de triomphe et des bals sont organisés.

Une douzaine de prisonniers allemands restent au village pour aider dans les champs. Ils sont logés dans une ferme, sous la garde d’un responsable du village.

Les frontaliers regagnent peu à peu leur région d’origine et le village reçoit le parrainage de Chavigny et de Messein qui fournissent des vêtements …

 

Extrait du « journal de Lunéville » du 19 janvier 1945 :

« Jolivet a reçu de ses marraines de Chavigny et Messein, le produit d’une importante collecte de vêtements et mobiliers ainsi que 42 000 F. Si ce geste généreux ne permet pas de soulager toutes les infortunes provoquées par le pillage de la commune, il a été un grand réconfort pour tous les sinistrés ».

 

 

L’après guerre

 

Le village a subi de gros dégâts durant la guerre : son école est dévastée, des maisons pillées et incendiées…

Trois maires se succèderont et auront la lourde tâche de gérer la commune dans ces années difficiles : Xavier Kussler (décédé en août 1943), Georges Barthélemy (appartient aux otages du 18 septembre 1944) et Henri Lahalle à partir de 1945.

 

Un monument aux morts est érigé en l’honneur des victimes civiles et militaires

 

VICTIMES MILITAIRES

 

Bastien Gabriel décédé le 16 juin 1940 à Halloville la Branche- Eure et Loire.

Chamalot André décédé le 2 avril 1940 à Lunéville.

Heckel André décédé le 27 mai 1941 à Toulon –Var.

Royer Henri décédé le 21 janvier 1947, en service commandé, à Tubingen-Wurtemberg.

Thouvenin Robert décédé le 6octobre 1944 à Melun - Seine et Marne.

 

VICTIMES CIVILES

 

Comtes Léon, tué devant chez lui le 18 septembre 1944.

Colas Hyacinthe, curé de la paroisse, décédé sur la route allant de Jolivet à Sionviller le 2 juillet 1944.

Grandhomme Delphin, décédé sous les tirs allemands à Froide Fontaine, le 24 septembre 1944.

Petit Michel (1mois) décédé le 2 octobre 1944, victime des bombardements.

Pierron Léa (54 ans) décédée le 18 septembre 1944, victimes des bombardements.

Pierron Marguerite (16 ans) décédée le 28 septembre 1944, victimes des bombardements.

Poutot Annie (2ans) décédée le 18 septembre 1944, victimes des bombardements.

Tirelli Antoine, déporté politique, mort le 28 avril 1945 à Ebensee (Autriche). Une croix rappelle son souvenir au cimetière de Natzwiller au Struthof.

 

 

                                             

 

 

 

 

 

 


[1] Quelques noms d’Allemands morts à Jolivet en 1944 : Eric Friedrich, Johan Schoen, Ignaz Reitmaier et Kint Wanch

 

Libération de Badonviller

  

   LIBERATION DE BADONVILLER  17 NOVEMBRE 1944

 

                                                                

10 au 13 novembre 1944

La jeep freina devant le PC de la division, le Capitaine Gribius est descendu, son imperméable, luisant de pluie sous le casque lavé. Il enjamba quelques flaques d’eau, grimpa rapidement les marches du perron. Girard l’aide de camp, l’interrogea du menton, sourcils levés, Gribius secoua la tête avec une moue de dénégation.

Le général Haislip m’avait fait répondre qu’il était malade, la grippe. Diplomatique, ajouta Girard, sceptique. En réalité, Haislip ne voulait pas avoir à nous dire non.

Je connaissais suffisamment les américains pour savoir qu’ils ne s’encombraient pas de scrupules pour donner leur avis. Si la décision était irrévocable, Haislip nous l’aurait dit ; au besoin avec une rudesse de soldat.

Depuis le 1er Novembre 1944, la division, éparpillée dans le secteur conquis, tenait les villages autour de Baccarat. Sous la pluie et les obus Baccarat n’a été qu’un bref intermède dans la grisaille de l’attente. En face la Vor-Vogesenstellung se renforçait de jour en jour et il devenait manifeste que les allemands se préparaient à y passer l’hiver. Cinquante mille Alsaciens, requis de force à Strasbourg et ses environs travaillaient à établir un réseau serré de tranchées, reliant des points forts, Sainte-Pôle, Ancerviller, Blâmont.

Deux divisions d’infanterie de la Wehrmacht y stationnaient, la 553e VGD entre Blâmont et Réchicourt-le-Château, la 708e DI en avant de Badonviller. Cette dernière division était la plus solide. Elle était composée, en partie d’unités de gebirgsjägers, des chasseurs de montagne ramenés  de Norvège. La troupe idéale pour mener un combat retardateur dans les Vosges.

Face à ces deux divisions, le 15e Corps américain du Général Haislip comprenant deux divisions d’infanteries US, la 44e et la 79e, vieille connaissance de la 2e DB.

Une DB qui, selon les plans actuels, n’avait pas de place dans la prochaine offensive. Le terrain inondé en plaine, accidenté en forêt, ne se prêtant pas à une manœuvre de chars, la parole serait donnée, en premier lieu à l’infanterie.

Leclerc, qui voulait bien admettre le raisonnement de ses supérieurs était, en revanche, impatient de connaître ses plans futurs. Il savait pour l’avoir entendu dire à plusieurs reprises et notamment avant la prise de Paris, que l’idée stratégique du SHAEF visait à atteindre au plus près la frontière allemande ; c'est-à-dire que la direction générale de la prochaine offensive allait s’infléchir vers le Nord Est, en direction de Sarrebruck, Sarreguemines, Bitche. Une centaine de Kilomètres seulement.

Or Leclerc et la majorité de ses anciens du Tchad avaient en tête et au cœur le serment qu’ils avaient fait trois ans plus tôt à Koufra : « jurons de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs flotterons à nouveau sur Strasbourg. »

 

Mais Strasbourg, comme Paris naguère, n’était pas inclus dans le plan allié. La Libération de la capitale de l’Alsace  aurait imposé un détour jugé trop important par rapport à l’axe d’effort principal. Les américains n'étaient pas des sentimentaux. Ils ne voyaient pas pourquoi ils auraient tenu la promesse faite par un petit général français. Strasbourg devait attendre.

C’était compté sans l’opiniâtreté du petit général français.

«  Alors Gribius ? Que dit le général Haislip ? »

 « Il avait la grippe mon général. » 

Leclerc se renfrogna. Gribius essaya de se montrer optimiste : « Le climat de Lorraine n’est pas incompatible avec une grippe, mon général. Disons que cela fait gagner du temps Je pense moi, que le général Haislip est d’accord pour nous laisser foncer sur Strasbourg mais il attend le feu vert de ses supérieurs. Acceptons-en l’augure. »

A l’image de son chef, la DB rongea son frein. Tout le monde s’ennuyait, même les vaguemestres se plaignaient :

Le courrier du cœur des marraines parisiennes commençait à se tarir. Vivement les nouvelles conquêtes.

Tout comme les anglaises au mois d’août, les Normandes en septembre, les Parisiennes, à leur tour, se montraient volages et oublieuses.

Le 11 novembre 1944 passa, la fête nationale escamotée dans des corvées diverses, patrouilles, escarmouches, entretien des armes.

« Mon général, le général Haislip m’a prié de vous dire qu’il vous attend à son PC. »

Le regard Bleu s’alluma et s’éclaira. Leclerc bondit dans sa jeep, embarqua avec lui ses chefs du 2e et 3e bureaux, Repiton, Preneuf et Gribius. Leur consigne était de se taire et d'écouter en prenant des notes.

Chez Haislip, Leclerc était introduit aussitôt. Il n'était plus question de grippe, d’ailleurs, le teint fleuri et le sourire jovial de L’américain découragèrent toutes questions à ce sujet. Brusquement il entra dans le vif de la discussion :

« J’attendais, pour vous parler, d’être en mesure de vous annoncer une bonne nouvelle. Je viens d’en recevoir confirmation. L’objectif de la 7e Armée reste la frontière, et l’effort principal se produira toujours dans la région de Sarrebourg. Mais notre zone de manœuvre déborde maintenant vers le Sud, avec Strasbourg comme objectif secondaire. Si l’occasion se présente, vous pourrez donc éventuellement tenter quelque chose dans cette direction. »

Leclerc n’a pas retenu l’adverbe. Seul le nom Strasbourg a retenti à ses oreilles. Rayonnant, il se tourna vers ses deux adjoints, eux aussi gonflés d’espoir. Haislip poursuivit :

« Le début de l’offensive est fixé pour après demain, 13 novembre 1944. Nos deux divisions d’infanterie US, la 44e à gauche, la 79e à droite, vont remonter vers le Nord Est. »

            Sa main désigna la carte, montrant une sorte de couloir, à cheval sur la ligne de défense allemande,    large d’une vingtaine de Kilomètres. 

« Votre mission va consister, à appuyer de vos feux la progression de la 79e DB. Dès que la situation et le terrain le permettront, vous déboîterez sur la droite du dispositif, pour une exploitation en direction de la plaine d’Alsace. Etes vous content ? »

 

Leclerc est  content. D’autant plus que la mission reçue correspondait exactement au plan qu’il avait imaginé et qu’il ne cessait d’élaborer. La seule ombre au tableau, c’était qu’il allait falloir encore attendre que la  79e DI US ait pratiqué une percée suffisante pour lui permettre ce débordement par les ailes. Mais on voyait mal comment faire autrement le système allemand étant particulièrement dense et organisé dans la zone à travers laquelle allait se développer l’offensive.

 

De retour à son PC, Leclerc convoqua ses commandants de groupements tactiques ainsi  que les chefs des sous groupements, pour un briefing général dans le salon d’exposition de la cristallerie de Baccarat.

 

La conférence plénière se déroula le 12 novembre 1944. Chaque GT, chaque sous groupement reçut une mission claire, précise. Exaltante. Comme voici quelques semaines devant Paris, sa définition tenait en quatre mots : s’emparer de Strasbourg.

La Division aurait été engagée en plusieurs fois. Dès que la 79e D.I. aurait crevé le dispositif allemand, le GTV poursuivrait l’exploitation de façon à dégager les bases de départ et s’effacerait pour permettre au GTD  et au GTL  de procéder à l’exploitation de la brèche.

Dio reçut en partage l’itinéraire nord, itinéraire qui passait par la trouée de Sarrebourg- Phalsbourg- Saverne, passage obligé entre les Vosges et la région de la Petite Pierre. C’était la mission la plus difficile, car les allemands y avaient concentré un maximum de moyens et barraient sûrement ce couloir, véritable passage obligé, par une série d’obstacles qu’il aurait fallu enlever de vive force.

Langlade et principalement Massu furent chargé du franchissement des Vosges par la route de Dabo. Une route acrobatique, théoriquement impraticable aux chars, et sur laquelle les allemands avaient fait l’impasse, c’était un coup de poker, songea Massu. « Si les allemands y ont pensé, nous allons nous casser les dents. »

Il connaissait le terrain ; une piste accrochée à la pente, d’un côté la forêt escarpée, de l’autre le ravin. Il suffisait de quelques barrages minés et défendus pour qu’il ait été impossible de passer, avec, en plus le risque d’être facilement contré par des antichars ou même de simples snipers.

Ces considérations n'étaient pas faites pour arrêter Massu. Il ne rêvait pas, mais il réfléchissait au meilleur moyen pour remplir sa mission. Pour cela, tout comme Rouvillois et Quilichini, du GT « Dio », Massu disposait de quelque délai qu’il mit à profit pour récupérer au PC de la Division un officier qui connaissait particulièrement bien l’itinéraire du Dabo. Le lieutenant Riff, avocat à Strasbourg, réfugié en Tunisie en début 1941, avait rallié la 2e DB à Sabrata (Maroc). Jeune étudiant, il avait autrefois parcouru à bicyclette toutes les routes de la région. Il allait s’avérer un guide précieux.

Comme prévu, l’offensive américaine démarra le 13 novembre 1944. Ce matin là, le ciel était entièrement dégagé. Le vent était tombé, la température aussi. Il avait neigé pendant la nuit sur un sol qui avait gelé en quelques heures. Le terrain, hier encore praticable uniquement par l’infanterie, redevenait acceptable pour les chars. Leclerc y vit un signe discret de sa chance.

L’heure de notre démarrage devait être décidée avec la plus grande exactitude. Si nous partions trop tard, tout l’effet de surprise aurait échoué. C’est la raison pour laquelle il avait détaché auprès des américains quelques officiers chargés de le renseigner par radio de toutes évolutions de la situation.

Malheureusement, la 79e DI US ne déboucha pas aussi vite que prévu. Le 13 novembre 1944, elle ne parvenait à conquérir qu’une mince bande de terrain au-delà de Sainte Pôle. Le lendemain, 14 novembre 1944, elle progressa d’un petit kilomètre et buta sur Ancerviller. Ses pertes étaient élevées, dues principalement aux mines et à l’artillerie de la Vor-Vogesenstellung devant laquelle elle défila à découvert.  Deux jours de perdus, Leclerc était au bout de l’impatience.

 

Le 14 novembre 1944au soir, il reprit contact avec Haislip :

« Pour soulager la pression subie par la 79e DI US, je suggère d’envoyer un élément faire du volume  sur ses flancs. Cela détournera l’attention des allemands et votre progression en sera facilitée. »

 

Haislip donna son accord. Il avait  tout à gagner sans pour autant prendre le moindre risque de voir la 2e DB s’échapper vers la plaine d’Alsace.

Revenu à son PC, Leclerc n’hésita pas longtemps. Ainsi qu’il l’avait fait à Paris, devant Paris en choisissant le Capitaine Dronne pour foncer en avant-garde de la Division, il savait déjà les officiers qu’il allait désigner pour cette mission : La Horie et Morel Deville. Le premier, son camarade de promotion, avait déjà montré son sens de manœuvre et son esprit de décision. Le second, adjoint au commandant de régiment de spahis, était un cavalier de reconnaissance, spécialisé dans chevauchées légères, en avant des éléments lourds.

« Infiltrez-vous au Sud du dispositif américain » dit Leclerc à Morel Deville « Essayez de découvrir la faille de la défense ennemie. Semez-y l’insécurité, accaparez son attention sans vous laisser accrocher. »

 

Morel Deville avait compris. Le 15 novembre 1944 au matin, ses éléments légers, deux escadrons de Spahis, quelques chars du 501e et une batterie d’artillerie à 6 tubes commencèrent leur manœuvre. Il atteignit Halloville, puis, brusquement, se rabattit vers le Sud-est et enlève Nonhigny, à la barbe de quelques allemands, médusés, persuadés que l’attaque se serait produit par l’Ouest.

Le lendemain, 16 novembre 1944, il repartit, fonça sur Parux où les allemands l’attendaient, mais, au dernier moment, une volte face, l’amena à Montreux où son avant-garde pénètra, sans tirer un coup de feu. Son intrusion était si soudaine que le lieutenant Kochanowski entra dans le PC ennemi au moment où le téléphone sonna. Le curé de Domèvre, qui s’était proposé comme guide et escadronne depuis la veille avec l’avant-garde, décrocha le combiné, écouta, et masqua le micro de la main :

« C’est le commandant du point d’appui de Parux » explique-t-il à Kochanowski : « il informe son collègue que Montreux va recevoir la visite des Spahis…. »

Imperturbable, le curé répondit, puis se prenant au jeu, se lança dans une improvisation sur les attaques menées par les chars dans des directions fantaisistes.

Ils n'allaient plus rien comprendre, le mystère de notre chevauchée allait s’épaissir encore plus….

 

Trois jours encore, Morel Deville allait « faire du volume » à l’aile droite de la 79e Division. Son carrousel l'amena, le 17 novembre 1944 devant Neuviller, et comme la veille, au moment où l’ennemi se prépara à résister, il a avait disparu et pénétra dans Parux.

Le même jour Leclerc lâcha La Horie.

Objectif Badonviller.

A la tombée de la nuit, le détachement se mit en route. Son avant-garde ne comprenait qu’un peloton de chars légers aux ordres du lieutenant Davreux, une section de Sherman et quelques Half-tracks d’infanterie. En deuxième échelon Branet suivit, avec la totalité de sa compagnie et les fantassins de la 10 du 3e RMT.

Badonviller ne se trouvait qu’à 5kilomètres à peine à l’Est de Sainte Pôle, base de départ, mais 5 kilomètres garnis d’antichars et de défenses solides. C’était l’un des points forts de la ligne intermédiaire entre la Vor-Vogensenstellung et les Vosges. Comme l’a dit La Horie à  Branet ; « c’est le verrou blindé du système ennemi.»

Dans la nuit du 16 au 17 novembre 1944, l’avant-garde poussait à St Maurice où l’infanterie réduisit quelques défenses et musella 2 canons de 45 PAK qui surveillaient la route principale. A l’aube La Horie repartait. En tête, le char « Usküb » mené par Dubouch.

La progression était aussi rapide que possible, sur un axe rectiligne, accroché à flanc de colline, elle ne pouvait être contourné, les allemands ayant bien choisi leur position. Donc aucune possibilité de manœuvre, il fallait s’y présenter de face, dans l’axe des 88 qui battaient la ligne droite, sans espoir de défilement.

Dubouch émergea du dernier virage, quinze cents mètres en avant il aperçut la barricade à l’entrée de la ville, et imagina déjà la gueule menaçante des canons ennemis. Le Sherman Usküb roula encore quelques mètres tandis que le pointeur cala son œil sur sa lunette de visée.

Paré, dit-il.

Feu répondit Dubouch au même instant.

Le 75 a craché, dans la même seconde.

Dans le mille, jubile Dubouch qui ajouta, en hurlant  dans son micro : « avance, fonce! ». Le pilote écrasa la pédale d’accélération et le Sherman s’arracha à l’asphalte pour bondir à cinquante kilomètres heure, droit sur la barricade ennemie dont on n’aperçut plus que les débris et dérisoire comme un gros jouet cassé, le canon anti- char qui pointa vers le ciel, le tube éclaté.

Trois minutes plus tard, l’Usküb était devant le passage à niveau Derrière lui, La Horie, ses chars et ses fantassins s’engouffraient dans Badonviller et se portaient aux lisières opposées. Branet, lança La Horie, « rappliquez ici en vitesse.». J'étais dans Badonviller. Le verrou avait sauté en trois minutes.

Badonviller a été traversé, comme par un coup de lance, mais, aux lisières les allemands étaient toujours là, face à l’extérieur, attendant l’attaque de pied ferme. Ils ignoraient que les Français étaient au cœur de la place.

Branet arriva à fond de train et les fantassins de la 10e Compagnie du Tchad commençaient le nettoyage. Surpris par derrière, les allemands n’avaient plus qu’à se rendre. Ils avaient tout prévu, sauf une attaque menée depuis l’intérieur de la ville. En moins d’une heure, La Horie avait capturé plus de 300 prisonniers. Le bataillon de chasseurs de montagne était rayé du dispositif. Sur le point d’être capturé, son colonel s’était tiré une balle dans la tête.

Prévenu de ce succès, Leclerc exultait. L’exploit de La Horie bouleversa tous les pronostics et offrait une chance fantastique à la division de franchir dans des délais inespérés la distance qui la séparait de ses bases de départ en vue de la ruée vers la plaine d’Alsace et Strasbourg. D’autant plus facilement qu’à partir de Badonviller, l’itinéraire qui remontait vers Cirey sur Vezouze allait s’avérer vierge de mines. Le 18 novembre 1944 au matin, l’avant-garde de la DB. Leclerc se trouvait à la même hauteur que la 79e DI US, qui avait démarré avec 3 jours d’avance.

La prise de Badonviller a également fait avorter dans l’œuf la contre-attaque que se préparaient à lancer les allemands sur les flancs américains. Le même matin en effet, la 708e Division de la Wehrmacht devait prendre position à Celles sur plaine, dans la vallée  de Celles et déboucher, par la Chapelotte et Badonviller. La Horie lui a coupé l’herbe sous les pieds en la privant de sa base de départ. La 708e Division n’avait plus qu’à battre en retraite. Elle allait refluer sur le col du Donon, en 2 éléments qui allaient perdre toute cohésion dans les jours qui suivaient.

 Leclerc arriva sur place le 18 novembre 1944 au matin. Sur la route, il croisa une jeep qui roulait à tombeau ouvert, transportant une forme allongée, roulée dans une couverture. C'était le Colonel de La Horie. Il venait d’être tué à son PC d’un éclat d’obus en plein cœur.

 

 

 

                   Le char Mort-Homme à Badonviller (54)

 
Entouré de 4 marronniers, ce char, proche du château d’eau, est au carrefour de la rue du Colonel de la Horie (D 8) et de la rue du 8 mai (D 20).

Il est installé là où il fut stoppé par 2 coups de bazooka le 17 novembre 1944. Son équipage réussit à s’extraire de l’engin, mais le conducteur, le caporal Champion, grièvement brûlé au visage et aux mains, restera défiguré.

Ce char de type M4 Sherman de 32 tonnes porte le nom de "Mort Homme" en mémoire des combats d’août 1917 qui se sont déroulés à l’endroit portant ce même nom en Meuse. Le Lieutenant-colonel de la Horie, commandant 3 détachements, entrera en libérateur dans le village.

Malheureusement il sera mortellement blessé le lendemain. Le général Leclerc salua son camarade de promotion à la Mairie où le corps avait été déposé

 

Liberation de Laneuveville aux Bois

  

D’après les récits de Pierre Demoyen (en 1944) et Julia Marchal

 

Contexte d’avant guerre :

 

1931-1932

La voie ferrée Paris-Strasbourg passe à 4 voies grâce aux travaux menés par l’entreprise Rangeard. Le chantier dure deux ans.

 

Grandes manœuvres militaires avec toutes les troupes de Lunéville : le 73e Régiment d’Artillerie, les 8e et 31e Dragons, le 508e Régiment de chars de combat, des aérostiers avec leurs ballons captifs (saucisses). Les garnisons de Nancy, Reims, etc les rejoignent. Le 73e RA s’installe sur les côtes d’Igney-Avricourt et effectue des tirs réels sur le fort de Manonviller.

 

15 mai 1940.

Le 88e Bataillon de Chasseurs à pied se replie à travers champs, derrière le village, et laisse beaucoup de matériel.

   

19 juin 1940. 

Le soldat Marcel Bize est tué près de sa mitrailleuse, au carrefour de la route qui mène à Mouacourt. Plusieurs milliers de soldats français du 217e RA et 348e RI, arrivant de la forêt de Parroy, se rendent aux Allemands. Ils abandonnent leurs armes dans le fossé.

 

Fin de l’année 40

D’autres restent cachés durant un mois dans le fort de Manonviller.

 

Après la fin des combats, les soldats allemands emmènent les habitants au niveau des zones de combats pour relevés les morts français. Le corps du Sergent-chef Marc Robin (originaire de Ruan) est récupéré au lieu-dit « Aux vignes » et est enterré dans le cimetière du village, près de Marcel Bize et de Mr Houbeaut.

 

 

Septembre 1944 : vers la libération !

 

28 août 1944.

Des avions alliés mitraillent les trains allemands qui convoient des troupes et des munitions. De nombreux soldats brûlent dans l’incendie qui dure deux jours entiers.

 

Août 1944.

Une compagnie de la Kriegsmarine stationnent à Laneuveville-aux-Bois jusqu’au 15 août 1944.

 

3 septembre 1944.

Sur ordre des troupes allemandes, la mairie commence à réquisitionner les chevaux et les chariots mais les habitants tentent d’en cacher le maximum. Les postes de garde allemands sur la ligne de chemin de fer sont prêts à partir.

 

10 septembre 1944.

Les avions américains mitraillent un train à l’heure de la messe : deux soldats allemands sont tués et plusieurs blessés.

Les habitants attendent les Américains, et entendent les canons un peu partout. Des rumeurs circulent sur leurs positions : ils seraient à Manonviller. Le village se croit définitivement libéré de la présence allemande.

 

15 septembre 1944.

Les Allemands sortent de la forêt pour récupérer les chevaux cachés, les vélos et tout le matériel récupérable.

Les Américains du 2e de Cavalerie arrivent par la route de Manonviller et Thiébauménil. Ils prennent possession du village en fin de journée et ont tué un soldat allemand devant chez Mr Barbe au carrefour.

 

Un groupe de FFI est présent dans la région : Maurice Galaire (chef du secteur de Manonviller), Albert Michel, Léon Carrer. Certains patrouillent dans la forêt de Parroy : Henry Magron, Robert Magron, René Nicomette, Gérard Marchal, Pierre Demoyen et Louis Didier.

 

16 septembre 1944.

Les villageois rencontrent les Américains arrivés la veille. Expressions de joie, échanges de cigarettes, de chocolat …

 

18 septembre 1944.

Vers midi, de nouvelles rumeurs indiquent le pire : les blindés américains reculent ! Le village est pris de panique, les membres des FFI prennent la fuite avec de nombreux villageois. Le bombardement allemand commence alors et les derniers chars américains doivent reculer sous la violence des tirs.

Lorsque la pluie d’obus cesse, les blindés allemands entrent en actions. Ils sont suivis par des chars légers et des camions remplis de troupes. Les habitants sortent de leurs caves progressivement et doivent déjà mettre de nouveau leur habitation à disposition des occupants.

 

19 septembre 1944.

Si le village est plutôt calme, les habitants doivent supporter les réquisitions et les pillages des soldats allemands qui visitent caves, valises…

 

20 septembre 1944.

Le Général et son Etat-major s'installent au village mais cela n’empêche pas les soldats de continuer à voler.

 

22 septembre 1944.

Toute la matinée le canon et la mitraille tonnent. Les avions américains survolent le village. Le reste de la journée est calme mais les habitants doivent rejoindre les caves sur ordres des Allemands.

 

23 septembre 1944

Les Américains sont à Marainviller. Ils tirent sur le village, où il y a de gros dégâts. Un va-et-vient de chars et véhicules allemands rythment les jours qui suivent.

 

27 septembre 1944.

Un bombardement touche les rues du village. Les dégâts sont assez importants et plusieurs bêtes sont mortes. Les soldats allemands sont toujours présents et vivent dans les maisons pendant que les habitants sont dans les caves.

 

28 septembre 1944.

Des avions américains survolent le village et attaquent la DCA. Les Allemands ripostent avec l’artillerie. Une pluie d’obus et de mitrailles s’abat sur le village qui sombre dans la poussière. Des maisons prennent feu et une épaisse fumée envahit les rues.

 

29 septembre 1944.

Beaucoup de soldats allemands ont quitté le village. Des bombardements se font entendre mais ne perturbent pas réellement la vie quotidienne. Le soir, une violente canonnade débute. Les murs sont criblés d’éclats. 

 

30 septembre 1944.

Les habitants tentent de sauver les maisons et les hangars qui brûlent.

 

Début octobre 1944.

Un officier allemand exige deux hommes et deux chariots avec chevaux pour livrer des munitions aux troupes qui combattent au lieu dit « les prés de Frouard » (forêt de Parroy).

 

1er octobre 1944.

Des obus tombent régulièrement mais les habitants s’entraident pour sauver le maximum de biens ou pour s’abriter dans les caves encore intactes. Un jeune garçon, J. Vaimbois est tué par un des obus.

Les troupes allemandes reviennent en nombre et l’entrée du village est minée. Les Américains se rapprochent du village, les habitants peuvent entendre leurs tirs. Un premier prisonnier est ramené au village.

 

3 octobre 1944.

Les bombardements sont accompagnés de mitrailles et sont plus ou moins violents. Les soldats allemands viennent se mettre à l’abri dans les caves avec les civils. Lorsque le calme revient, les habitants sortent pour évaluer les dégâts et s’occuper de leurs bêtes.

 

4 octobre 1944.

Les morts sont enterrés dans les jardins comme Armand Toussaint touché par un éclat d’obus dans sa maison. Le village devient ruine et les habitants vivent dans le vacarme des tirs échangés dans la forêt de Parroy. Inquiets, ils passent de plus en plus de temps dans les caves. Une pièce  d'artillerie américaine tire sur  Emberménil et la gare.

 

Les Américains sont là !

 

5 octobre 1944.

Vers 11h00, l’aviation américaine mitraille et bombarde le village. Les habitants et les soldats s’agglutinent dans les caves, certains sont blessés. Le village ressemble à l’enfer : au moins dix maisons sont en flamme, des ruines jonchent le sol.

Les soldats allemands aident les gens à sortir des caves et emmènent certains blessés dans les hôpitaux.

 

6 octobre 1944.

Au matin, trois DCA s’installent dans le village. C’est l’affolement général, une partie de la population décide de quitter Laneuveville-aux-Bois.

 

Des chars Panther sont cachés dans les granges. Le soir venu, ils changent de positions et tirent quelques obus pour faire croire aux Américains qu’ils y a de nombreux chars stationnés dans le village. Cependant, il ne reste qu’une centaine de soldats allemands.

 

L’aviation américaine entre en jeu et pilonne le village. Dès les raids aériens terminés, l’artillerie prend la relève. Les caves tremblent et certaines cèdent sous les obus. Les médecins allemands s’occupent des blessés.

 

7 octobre 1944.

L’aviation US revient à la charge à partir de midi mais les assauts les plus violents se passent aux environs de 17h00. La panique se répand : on lâche les bêtes, on quitte le village…Tous désirent une libération rapide mais un soldat allemand confie à un habitant que le Führer veut qu’ils résistent jusqu’au bout.

 

8 octobre 1944.

Un  Sous-officier allemand donne l’ordre à tous les hommes (civils) de se rassembler avec des couvertures et des vivres pour trois jours. Plusieurs manquent à l’appel…ils sont allés se cacher.

Ils commencent par des travaux de terrassement au niveau de Leintrey. Bientôt un camion vient les embarqués …direction Lohr, un village d’Alsace. Là, ils aident les paysans et creusent des tranchés antichars. Les villageois de Lohr accueillent ses travailleurs forcés, les nourrissent …

Les Allemands se retirent peu à peu du village. Bientôt les villageois se retrouvent seuls dans les ruines

 

11 octobre 1944.

A 8h30, Henry Magron décide d’aller prévenir les Américains du départ des Allemands mais il saute sur une mine en passant le pont provisoire au dessus de la Vezouze à Manonviller. Il est enterré à Manonviller puis déterré le 29 novembre 1945 pour être inhumé à Laneuveville aux Bois (Maire Mr Didier Maurice).

 

Les Américains s’avancent prudemment alors que les troupes allemandes continuent de bombarder. Les habitants resteront dans les caves jusqu’au 10 novembre 1944.

 

22 octobre 1944

Les prisonniers stationnés à Lohr croisent les réfugiés de Xures mais ceux-ci sont incapables de leur donner des informations sur Laneuveville-aux-Bois, même si des rumeurs de libérations se font entendre.

 

22 novembre 1944.

Les chars américains arrivent à Lohr, les prisonniers de Laneuveville-aux-Bois sont libérés, dont Pierre Desmoyen.

                                                                                                                                                 

 

LISTE DES VICTIMES CIVILES DE LANEUVEVILLE AUX BOIS

 

Joseph  VAIMBOIS (19 ans), mort le 1er octobre 1944 par un obus.

Armand THOUSSAINT (35 ans), mort  le  2 octobre 1944 par un éclat d’obus.

Paul PIERSON (40 ans, maire), mort le 6 octobre 1944 lors du bombardement                                                          

Paulette PIERSON (13 ans, fille de Paul Pierson), morte le 6 octobre 1944 lors  du bombardement

Maria MARTON (60 ans, tante de la famille Pierson), morte le  6 octobre 1944 lors du bombardement

Jules VIARD (43 ans), mort le 6 octobre 1944 à la suite de ses blessures lors du bombardement

Maurice MARCHAL, mort le 6 octobre 1944 à la suite de ses blessures lors  du bombardement

Jeanne FERRY, morte le 6  octobre  1944  lors  du bombardement

Henry MAGRON, mort  le  11  octobre 1944  en sautant sur une mine au niveau du pont de la Vezouze à Manonviller  

Noël PERRIN, mort le 25 novembre 1944 sur une mine, après les combats dans le Sud de la forêt de Parroy

 

 

LES BLÉSSÉS

 

Alice PIERSON blessée lors du bombardement du 6 octobre 1944 à la main.

Charles GÉRARD blessé par un obus le 12 octobre 1944 et évacué par les soldats US.

François CHRIST blessé par la même mine qui tue Monsieur PERRIN le 25 novembre 1944.