La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

La bataille de Coincourt en 1944

Témoignage d' Aline Masson (91 ans),

le 30 décembre 1991 à Coincourt

 

"Nous sommes seulement à la fin de l'année 1940. Les trois années qui vont suivre ne sont pas si perturbées. La vie reprend ; nos prisonniers, il y en a 17, donnent assez régulièrement de leurs nouvelles. Mon frère Auguste est au Stalag VII près de Munich. Il travaille dans un moulin, une bonne maison ; bien nourri, bien considéré. Sa bonne place est due à ce qui, comme moi, il se débrouille bien en allemand. Rappelons que nous avons vécu avec les Allemands pendant 4 ans de 1914 à 1918.

Vers la fin du mois d'août, les Allemands reculent sur tous les fronts. Nous voyons de temps en temps des petits groupes qui se font traîner par des voitures civiles qu'ils ont réquisitionnées sur leur chemin. Leurs chevaux sont fatigués, ils s'adressent au maire pour qu'il leurs en fournissent d’autres. En réalité, nos cultivateurs cachent leurs chevaux dans des endroits difficiles d'accès ; " il faut leur dire des mensonges à ces Allemands ". " Il n'y en a plus, ils sont réquisitionnés avant vous "  Cela ne se passe pas trop mal. Cependant, je me souviens d'un cas difficile. L'Allemand peut voir  depuis la route des chevaux derrière une maison. La maison appartient à  Monsieur Clausse qui habite à quelques maisons de chez nous. L'Allemand revient furieux. Je lui fais alors comprendre que ce n'est que des poulains, donc des chevaux qui n'ont pas encore été attelés à une voiture. Ma réponse le satisfait et il repart.

 

La résistance s'organise dans notre secteur, c'est le canal de la Marne au Rhin qui est le plus visé. Ce canal est très apprécié par la navigation allemande. Des bateaux très chargés se dirigent vers Strasbourg mais il est très souvent saboté par les FFI. Les auteurs des sabotages restent introuvables . Ils décident alors de faire garder le canal par les hommes et les communes environnantes. Les équipes nommées par la mairie montent la garde la nuit à tour de rôle . Néanmoins, le sabotage continue mais nos gardiens Français se laissent lier les poings et les pieds.

 

Le 19 septembre 1944, par un brouillard épais, on entend jusqu'au village un bruit sourd de chars venant en direction du bois de Moncourt. Les chars américains vont faire une manœuvre pour chercher l’adversaire. Ce dernier est près du bois, derrière les fourrés ; les Américains font marche arrière et les Allemands les poursuivent. Nos résistants sont installés sur la côte du Haut de Cumont. Voyant arriver des chars, ils agitent leurs brassards croyant avoir à faire à des Américains (je vous ai dit qu'il y avait un grand brouillard). Trois de nos jeunes sont fait prisonniers par les tankistes allemands. Il s'agit de Jean Barbelin, Jean Castet et Jean Baumann. Ils sont interrogés puis les chefs se consultent entre eux. Ils vont sans doute être fusillés mais les chefs changent d'avis. " Mettons-les sur un de nos chars " puisqu'ils vont attaquer. Ils partent alors en  direction d'Arracourt. Une grande bataille de chars se déclenche: fumigènes, obus antichars ; au plus fort de la bataille, les Allemands qui ont nos trois compères sur un de leur char, tombent sur les premiers chars US. Nos FFI profitent de la confusion pour se sauver et se cacher dans une haie. Ils rentrent au village le soir même, changent de costume, s'attendent à des représailles qui n'ont jamais lieu. Le char de nos 3 résistants sont détruit dans la bataille, avec 40 autres qui sont restés sur le champ de bataille.Coincourt: char Panther détruit lors de la journée du 19 septembre 1944, les allemands perdent 50 chars ce jour-là.

De notre côté, à 11h00, une importante salve d'artillerie s'abat sur nous. Les Américains, par radio, nous avertissent qu'en cas de bombardements, il faut creuser des tranchées tout près de nos maisons et nous y réfugier. C'est le moyen le plus sûr. Mon beau frère Joseph Masson suit le conseil et en fait une dans son jardin ; son frère Jean Marie au premier coup de canon, vient s'y réfugier avec son fils Camille mais il ne s'y trouve pas en sûreté. Il se sauve avec son fils dans un abri plus sûr, en haut du Gué, abri fait par les Allemands en  14-18. Entre temps, une autre salve d'artillerie s'abat sur nous. Le père dit au fils " couchez-vous " mais le jeune fils est déjà mort. Ses dernières paroles sont : " je suis tué ! "  Le pauvre père va chercher du secours dans l'abri en question à une cinquantaine de mètres ; il y a déjà quelqu'un qui s'y est réfugié, entre autre Louis mon mari, et le frère de Jean-Marie. Ils ramènent le corps de ce pauvre enfant âgé de 13 ans. Je n'en dirai pas plus sur ce drame. Je dirais seulement que l'enterrement a lieu le lendemain. Après une cérémonie religieuse très réduite, le bombardement reprend et le fossoyeur a le talon de sa chaussure coupé par un éclat d’obus.

 

Les jours suivants, de temps en temps nous revoyons des Allemands et ensuite des Américains. Une petite baraque en planche installée dans le milieu du village est brûlée en un clin d'œil par des balles traçantes qui mettent le feu. Celles-ci sont américaines. Les habitants se réfugient dans les caves voûtées, croyant être mieux à l'abri des obus. Un matin vers 10h00 c'est la maison de mon beau-frère Joseph qui prend feu. On réussit à sauver ce qui peut l'être. Louis nous propose un logement à sa disposition. La grand-mère Masson habite avec son fils et la chèvre, les vêtements, la literie sont ramenés chez nous.

Le soir  du même jour, vers 04h00, les hostilités paraissent s'aggraver et les Américains attaquent le village avec force, les Allemands ne sont plus là. Les balles traçantes tombent comme de la grêle. Nous sommes, dans la cave voisine, chez Charles Contal. La veille, les hommes ont placé des bûches de bois dans la trappe qui donne sur la cour. Un obus tombe tout près ; notre lumière, une bougie s'éteint, et le chaos s'installe. En jetant un regard par la trappe extérieure, je vois que le feu est chez nous, les flammes sortent par le toit. Le canon étant arrêté, nous sortons dehors en levant les bras pour montrer aux Américains que nous sommes sans arme. Leurs armes sont braquées de toute part. Nous sommes sortis sans accroc et les hommes sauvent les poulains que nous avons rentré pour les mettre à l'abri en pensant qu'ils seraient mieux à l'intérieur que dehors. Le feu est aussi dans la maison voisine, il faut aussi sauver les chevaux. C'est dans cette maison que Joseph doit se réfugier, ce qu'il a sauvé de chez lui y est déposé. Je l’entends encore dire après ces événements qu'il a été sinistré deux fois le même jour.

D'autres choses sont sauvées dans la maison du voisin de Mr Contal: les plafonds n'ont pas brûlés, les pompiers alertés ont mis leur pompe en action pour protéger la maison voisine. La toiture est complètement brûlée. Cette nuit là, je ne peux pas dormir ; je fais seule le tour du village, les maisons en feu achèvent de brûler, chez nous mais aussi chez Klein, Jacquot, Boubel, le hangar Castet et aucun soldat n’est présent. Le feu se communique également chez Barbelin et Alexandre.

 

Trois jours durant, le calme se rétablit. Nous pensons que tout est fini. Les plafonds  ne sont pas tombés et donc nous pensons refaire une toiture avec des moyens de fortune; une charpente en bois et des tôles dessus. Louis se met au travail. Les Américains qui ont abandonné le village sont sur le point de le reprendre à nouveau. Nous sommes toujours dans les caves. On regarde par les derrières, les Américains sont dans les fossés. Avant qu'ils aient le temps d'avancer, des obus  et des balles traçantes tombent comme des grêlons. La route en est pavée. Les soldats allemands sont dans la rue avec le fusil dans la main prêt à tirer. Puis un silence absolu, un homme est tué près du poirier de Madame Masson ; il est là, étendu. C'est un réfugié de Lezey, Monsieur Mallis. Après ce triste jour, les Allemands reviennent en petit nombre, les Américains repartent à nouveau.

Nous mettons à nouveau nos chevaux dans la grange de mon frère, les poulains sont lâchés dans la nature. Un obus tombe et en tue trois, le canon tonne toujours, c'est la maison de Mr Sylvain Maire qui prend feu. Chez le grand-père Contal, c'est un tas de bois. Madame Castet  est blessée au bras. Quelques minutes avant, c’est Charles Barbelin qui est dans l'abri du haut du gué et en sortit pour donner du grain à ses poules, un obus le blesse près de son mur et il est transporté dans la maison Lebon où il y meurt dans la nuit. On n'emmène plus les morts au cimetière mais on les enterre près de l’église. Les Allemands aussi ont de nombreux morts. Ils les entassent dans la cour de Monsieur Masson Paul et nous ne les voyons pas. C'est Marguerite Masson qui, en allant de chez elle à l'abri du haut du gué les voit. Ils emmènent les corps ailleurs par camion mais on ne sait pas où. La nuit nous avons un peu de lumière dans la cuisine chez Contal ; ce doit être les transporteurs de cadavres, ils repartent. Je peux dire que nous en avons peur. Ils ont l'air d'être ivres et pourraient faire un mauvais coup.

 

Les Américains réoccupent le village mais pas pour longtemps car nous sommes à nouveau aux mains des Allemands. Ils reviennent plus nombreux avec des chars. Nous sauvons bien des choses dans l'incendie de notre maison et nous les mettons à l'abri dans la grange d'en face chez Madame Masson. Un de ces chars allemand rentre dans la grange sans se soucier de nos denrées. J'essaye quand même de récupérer l'un de mes meubles à la vue des Allemands qui me laissent faire mais le meuble est bien abîmé. Les Allemands prennent ce qu'ils veulent.

Coincourt: un char Panther remis en état par les mécaniciens américains et utilisé par euxNous sommes tous pillés. Après avoir réoccupé le village, la première fois, c'est à dire après que le feu a ravagé bien des maisons, tout ce qui se mange est la proie des Allemands. Ils ramassent tout, surtout les porcs qu'ils tuent et font cuire immédiatement sur les marmites de leurs chars. Auguste cache une bande de lard fumé en la suspendant dans son puits derrière chez lui. Celle là, ils ne la trouve pas et elle nous sert bien en temps voulu. Chez nous, ils nous laissent une truie qui va mettre bas, nous la logeons chez M Grouyer et nous avons dix petits porcs mais il faut les nourrir et nous n'avons plus de grain. Charles  Contal  nous en prête jusqu'au jour où la batteuse vient mais le tesson de gerbe de blé chez Auguste est mouillé et plein d'éclats d’obus. Il y a un gros trou dans la toiture mais on a quand même pu en récupérer.

Les Américains nous envoient toujours leurs balles qui mettent le feu partout. La maison de Paul Villermain brûle pendant la nuit. Une autre nuit, c'est de la fumée qui sort de chez Jean Marie. Un tas de bois flambe mais  on réussit à l’éteindre. Nous occupons toujours la cave Contal. Nous sommes 27 et nous faisons à manger à tout le monde dans une chambre derrière. La cheminée de la cuisine est tombée au premier bombardement et les débris sont tombés sur nos casseroles.

 

Un jour, le Maire est appelé par le chef d'un groupe d'Allemands qui se trouve au presbytère, ils veulent nous faire partir à Xures et nous autorisent à prendre les voitures pour emmener ce que l'on veux. A cette annonce, dans l'écurie Contal je ne fais qu'un bond, je cours au presbytère, je ne demande d'avis à personne. Je prétends que nous ne pouvons pas partir.  Je me trouve alors dans la cuisine du presbytère avec 2 hommes, aussi têtu l’un que l'autre. L'un d'eux est l'abbé Kessler et l'autre est le chef du commando, un petit gradé.  Au même moment deux femmes se joignent à nous et qui, comme moi, ne sont pas enclines à partir et veulent le faire savoir. Les Américains sont au haut de Cumont ; nous allons être bombardés. Ces 2 femmes sont Madame Clausse qui parle un peu l'allemand et Madame Poinsignon Cécile qui s'y exprime parfaitement. Nous faisons fléchir les ordres de l’Allemand. Madame Poinsignon se met à genoux devant lui les mains jointes.Coincourt: un Sherman et un  Pzkw IV allemand détruits côte à côte sur la hauteur entre Coincourt et Réchicourt la Petite

Ce chef nous dit "attendez un instant, je vais demander des ordres à mon commandant", il descend dans la cave voisine de Madame Boubel et en remonte aussitôt en nous disant "c'est convenu, sous conditions: couvre-feu à partir de 18h00 et je ne veux voir personne dans la rue", ce que nous acceptons en le remerciant bien fort.

Ce que je ne dis pas, c'est qu'en rentrant dans la cuisine du presbytère, j'ai dit à l'abbé Kessler: "sortez et laissez-nous !" Avec son caractère, il ne voulait pas plier devant l'Allemand et cela n'arrangeait pas les choses. Il est le vainqueur et nous les vaincus du moment. Si nous partons, nous subirons le sort des gens de Xures qui sont déportés jusqu'à Hambourg, où ils laissent au moins 25 d'entre eux morts d’épuisement.

 

Nos misères ne sont pas finies. Nous sommes le dimanche 18 octobre 1944, je me rappelle de cette date car c'est le jour où avant la guerre, nous étions à la fête de Coincourt. Donc ce dimanche matin, vers 11h00, notre curé l'abbé Kessler dit la messe sur un autel installé dans la cave. Arrivent alors deux grands feldgendarmes qui fontt monter tous les gens de la cave et réquisitionnent tous les hommes valides sans leur donner le temps de se préparer, ils les emmènent avec eux. Tous les abris subissent le même sort ; quelques uns cependant s'en sortent sans partir.

Première étape, le village de Maizières les Vic (Moselle) après ils arrivent près de Saverne. Les hommes de Coincourt sont à Peterbach, ainsi que ceux de Parroy. Ceux de Xures sont à la Petite Pierre, village voisin. Dans ce petit village, il y a aussi des gens de Bures et de Mouacourt. La population alsacienne les accueille très cordialement. Ils sont selon le dire des Allemands, des volontaires qui viennent creuser des tranchées pour arrêter l'avance ennemie. En effet, ils creusent des tranchées jusqu'au jour où l'armée du Général Leclerc arrive à Strasbourg le 23 novembre 1944.

Pendant ce temps, les Allemands se préparent à reculer. Ils parlent d'emmener nos hommes et ils font venir des autobus dans lesquels ils prennent place. Alphonse Michel et son fils Louis, nos cousins de Moncourt, décident de partir à Colmar et ils emmènent avec eux Louis et Auguste. Ils arrivent à Colmar sans trop de peine. C'est alors que l'armée Française arrive plus vite que les Allemands s'y attendent et délivre tous nos gens qui arrivent à Coincourt le lendemain. Les nôtres sont à Colmar ou du moins nous le pensons. Nous sommes sans nouvelles d'eux jusqu'au 2 février 1945, date de la chute de la ville. C'est alors qu'avec des vélos volés aux Allemands, ils font la distance Colmar - Baccarat en une seule journée.

 

Les Allemands sont encore là un petit moment, jusqu'au jour où les Américains arrivent en nombre par la forêt derrière la maison Contal. Charles Contal dit à Jeanne Barbelin : " va à leur rencontre qu’ils comprennent qu'ils peuvent venir sans crainte ; les Allemands se sont retirés ". Nous voilà donc avec des amis mais voleurs autant que les Allemands. Nous voyons très souvent la military police (la police militaire). "Méfiez-vous d'eux ! " Nous disent-ils ; " ce sont des repris de justice capable de tout. S'ils volent, ne leur dites rien; prenez seulement le numéro de leur jeep ! " . Un jour, ils viennent faire une incursion chez Madame Masson ; j'y ai, comme je vous l'ai déjà dit, bien des choses que nous avons sauvées du feu. Je les vois rentrer par la fenêtre, des pics, des pioches, des barres de fer, je me hasarde à voir ce qu’ils font. " Miss boche Madame " me disent-ils... Je n'insiste pas et je rentre dans notre abri. Au même moment, nous entendons un grand bruit comme un obus qui éclate tout près. Monsieur Grouyer arrive tout tremblant: il nous dit que c'est les Américains qui font sauter le coffre-fort de Madame Masson. En réalité, ce n'est pas le coffre-fort mais c'est les volets du rez-de-chaussée qui volent sur un tas de fumier à 50 mètres plus loin.

Les Allemands ne mettent pas le feu mais leurs obus font des dégâts d'une autre façon. La façade de notre maison est atteinte à nouveau, le 1er étage est complètement tombé ; plus d'espoir d'en retirer quelque chose.

 

Fin octobre, début novembre, il faut encore vivre dans nos abris, cave voûtée ; le froid commence à se faire sentir et les obus allemands ne manquent pas de nous harceler de jour comme de nuit. Du 20 septembre 1944 jusqu'à mi-novembre, nous n'avons comme ravitaillement que nos propres ressources ; la viande de boucherie ne manque pas, les animaux tués de part et d'autres sont utilisés. Les légumes, pommes de terre nous en avons mais il faut les chercher dans les champs au risque de voir tomber les obus de part et d’autres.

Lorsque les Allemands repartent définitivement, le ravitaillement en pain nous vient du boulanger de Valhey par l'intermédiaire des jeeps américaines, c'était déjà mieux. Notre poulailler n'a pas été brûlé mais il est souvent visité par les voleurs, j'ai démonté les 2 portes, de cette façon lorsqu'ils entrent les poules cherchent à se sauver ; une fois, je vois ma mère se démener avec un officier américain qui en a une en main. Elle arrive à lui faire lâcher sa prise et nous avons mangé le coq. Nous ne sommes plus en si grand nombre dans la cave, une bonne partie l'a désertée soit par la route soit à travers champs. Notre moral devient mauvais et l'hygiène laisse à désirer.

 

Coincourt: l'église est détruite par les bombardements, le village sera repris 7 fois par les allemands.Le dernier bombardement, je m'en souviendrai longtemps. On nous fait savoir qu'un aumônier américain est sur le point de dire une messe à l'église qui déjà a reçu pas mal d’obus. Le maître-autel est encore en assez bon état, nous sommes encore en assez grand nombre, civils et militaires qui y assistent, lorsqu'à la fin de la messe une salve de gros obus tombe sur le derrière de l'église tout près du mur. Le pauvre aumônier, change de place, d'un côté à l'autre et nous les assistants, nous ne savons plus où nous mettre. Ma mère me prend par le bras et nous nous dirigeons sous la chaire. D'autres sortent, l’aumônier dans la sacristie rassure les gens qui paniquent. C'est le dernier bombardement, le canon qui tire sur nous, se trouve près de l'étang d’Ommeray. Depuis le bois du Haut de la Croix installé sur un arbre, un poste d'observation avec des jumelles, ils nous ont repéré et ils ont plié bagages pour ne plus revenir. Le Général Leclerc approche de Strasbourg, c'est donc vers le 23 novembre 1944.

 

Que dire encore! Les personnes âgées supportent très mal le séjour dans les caves .Madame Diecher y décède, notre grand-mère Masson âgée de 84 ans décéde trois jours après en être sortie. Je dois aussi signaler que pendant cette longue période, l'esprit de solidarité se manifeste. Le refuge dans les abris pour ceux qui n'en ont pas. Je me souviens aussi d'un grand service que me rend Monsieur Joseph Noël, trois de nos chevaux ont été tués dans la grange de mon frère, on n'a pas pu les sortir en temps voulu à cause de bombardements et leurs cadavres sentent mauvais. Les Allemands viennent nous le signaler et nous n'avons plus d'homme puisqu'ils sont partis faire des tranchées en Alsace. C'est alors que Monsieur Noël s'offre à les sortir, ce n'est pas un travail facile. Les Américains en haut de Cumont, nous laissent quand même  faire et nous les traînons hors du village à 200 mètres dans un terrain où gît déjà plus de 20 cadavres de bêtes en état de putréfaction.

Une dernière victime encore, c'est Monsieur Noël. Il est parti en direction de Moncourt au lieu dit Harouéménil lorsqu'il est blessé gravement en passant sur une mine. Il doit être amputé d'une jambe et il en souffira le restant de ses jours.

 

A la fin novembre 1944, il nous faut prévoir l’hiver. Nous récoltons par de bien mauvais temps des pommes de terre, denrées précieuses à cette époque de pénurie alimentaire. Notre curé dit la messe dans une chambre du presbytère car l'église est au trois quart démolie."