La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Le bombardement de l'église de Baccarat

Différents témoignages du 7 octobre 1944

 

Le 07 octobre 1944, tout est calme à Baccarat et les habitants vaquent à leurs occupations. Lorsque, soudain, des bombardiers anglais arrivent sur la ville et lâchent leurs bombes. Les ruines de l’église et de ses alentours témoignent de la vitesse et de la violence de l’attaque…Huit civils perdent la vie : l’Abbé Munier, Sœur Lucie (née Maria Petit), Alexandrine et Roger (fils) Clerc, Raymonde Jonas, Alexandre Dubois, Anne Jeanne Colin et Marguerite Collignon.

Plusieurs habitants, témoin de la scène, racontent…

 

 Témoignage de l’Abbé Raymond Zone,
15 ans au moment des faits

« Ma famille et moi-même, nous habitons rue du presbytère en face de chez Madame Aubry ; vous voyez à la Paroissiale, en face ; et si je suis là, c’est parce que j’ai un défaut, j’ai un travers, je n’aime pas attendre. Je n’ai pas tellement de patience.

C’est le samedi après-midi vers 15h00 ; je dis à ma mère : « je vais confesser » ; les séminaristes se confessent comme les chrétiens ordinaires, comme les prêtres, même les évêques ! Je vais donc me confesser, j’arrive dans l’église et je vois à droite en entrant le confessionnal du Père Munier assiégé ; il y a au moins une douzaine de personnes. J’en ai pour l’après-midi. Alors comme je n’aime pas attendre, je vais en face vers le Père Maurice Siac : il y a une personne, je me dis “chic aubaine !”.

Je me confesse et en sortant sur le parvis il y a une personne qui regarde le ciel. Je regarde aussi et à ce moment là il y a quatre avions qui tournent et effectivement c’est mauvais signe. D’habitude comme les oiseaux de proie, ils tournent avant de descendre ; je passe donc contre l’église pour rentrer rue du presbytère, quand je rencontre Sœur Lucie qui me dit : « Ecoutez, pouvez-vous allez chercher des fleurs chez M. Desboeufs avenue de Lachapelle, ils ont un grand jardin, j’aurais besoin de fleurs pour orner l’autel. ». Je lui réponds: « pourquoi pas ».

Je descends et arrivé à peu près en face de la morgue de l’hôpital sur l’autre côté, j’entends un bruit de sirène infernal. J’ai encore ce bruit à mes oreilles. C’est le premier avion qui pique en suivant la vallée de la Meurthe. Je regarde cet avion qui descend, qui descend, tout à coup comme deux œufs noirs qui se décrochent. 

Ca y est, ils cherchent le pont, ca va sauter !

Tout le monde sait qu’à Baccarat il y a de quoi faire sauter la moitié de la ville avec tout ce qu’il y a dans ce pont et ce n’est pas là ; les premières bombes tombent (je ne le sais qu’après) sur la banque et au coin de la mairie ; je le revois tout à l’heure avec Ginette Durand et son mari que je retrouve à la paroisse où je suis. Ginette Durand - son père était appariteur il y a cinquante ans à la mairie de Baccarat - qui me dit: « moi, je me suis retrouvée avec mon père tout d’un coup assise par terre dans la cave ».

Si je pouvais rentrer dans la route je le ferais ; et aussitôt après ça recommence, un bruit infernal, 2e, 3e et 4e piqué. Je pense qu’il y en a eu 4.

Le 2e avion lâche ses bombes sur le centre de l’église, le Père Siac et le Père Munier sont au fond vers le portail ; le Père Siac traverse l’église pendant le bombardement. Il arrive au chœur au moment où le 3e avion lâche ses bombes sur le clocher. C’est à ce moment là que les douzaines de personnes et le Père Munier sont complètement écrasées…

L'église est en ruine, elle ne pourra jamais être reconstruite

Vous pensez bien que je ne suis pas allé chez M. Desboeufs chercher les fleurs; je reviens et quand je regarde cette poussière !...

J’ai le souvenir de cette poussière dans les poumons, dans les oreilles, dans les narines et je suis effaré…

Je repasse par l’escalier de la sacristie, je monte, j’arrive dans le chœur, et je vois la brave sœur que j’ai quittée 10 minutes avant. Elle est par terre, elle est morte; un ange et tout ce qui était au dessus est tombé.

Je me souviens encore, je vois le Père Siac et il me dit : « t’as vu Raymond, on n’a plus d’église ! » On a le ciel au-dessus de nous. Il n’y a plus d’église, il est complètement estomaqué, soufflé, vraiment il est matraqué; et à ce moment là, eh bien, je comprends qu’en fait il a traversé toute l’église avec une autre personne. Je crois me souvenir que c’est Mademoiselle Gérardin, la couturière.

Et puis le soir on donne un coup de main pour déblayer, il y a quatre mètres de gravats.

Et le dimanche matin je reviens - vous savez à 15 ans on est très curieux - et en même temps évidemment je suis sonné et je donne un coup de main à des gens qui manient la pelle et la pioche.

A un moment il y a deux ou trois personnes qui sont sur les brancards ; ces personnes qu’on a déjà retrouvées…

Je donne un petit coup de main et puis j’en ai assez; « Je m’en vais, c’est trop bête cette histoire là ! Non ce n’est pas possible ! ». Et quelqu’un me dit : « tiens voilà un morceau de la soutane du Père Munier »… Et j’ai répondu : « Oh je m’en vais ». Mais une personne m’interpelle: « Puisque tu pars dans la rue du presbytère, eh bien donne nous un coup de main ; t’as qu’à prendre le pied du brancard » Il y a très peu de personnes là; « et puis quelqu’un prendra le haut » ..

Voilà. Le père Siac je le reverrai après. Pendant 10 ans, jusqu’à son dernier souffle, il aura des angoisses terribles…. »

 

Témoignage de Marie Contal, du 7 janvier 1945, à Baccarat

 « Le 7 octobre 1944, je suis dans l’église, en bas à gauche, près du confessionnal de Mr l’abbé. Des avions survolent la ville… Mr le curé et Mr l’abbé causent sur le porche en regardant probablement les avions.

Tout à coup, l’un des avions pique et lâche une bombe sur la banque, (je connais l’endroit après). Les vitres tombent en éclats et la poussière commence à remplir l’église. Je me lève d’un bond et me dirige vers la sortie, mais au même moment Mr le curé et Mr l’abbé rentrent. Alors j’hésite et finalement, je reste dans l’église.

Un second avion pique. Cette fois la bombe tombe sur l’église qui commence à s’écrouler. Je prie : « J’appelle la Saint Vierge à mon secours ».

Quand c’est fini je lève les yeux, je veux grimper et m’accrocher au vitrail, le dernier en bas de l’église, afin de remonter vers l’air et la lumière. Mais en me retournant j’aperçois Monsieur l’abbé, dans la demi-obscurité. Je l’appelle  par deux fois : « Monsieur l’abbé ! Monsieur l’abbé ». Une autre personne l’appelle aussi. Il est blanc des pieds jusqu’à la tête. Je ne suis pas très sûre que ce soit lui.

“Suivez-moi”, nous dit-il. Et il se met à enjamber les décombres qui atteignent déjà la hauteur des bancs et se dirige vers le chœur (pour se rendre aux caves). Je le suis, remplie d’appréhension, car j’aperçois des vides, me semble-t-il, parmi ces décombres, entre les bancs.

Mais à peine arrivée au milieu de l’église, un avion pique. C’est une des minutes les plus atroces dont j’ai gardé le souvenir.

Attendre la bombe…

Elle tombe sur le clocher. Cette fois tout s’écroule… C’est l’obscurité… Au début des personnes crient. Maintenant, plus rien à part ce bruit de pierres et de débris qui tombent, qui tombent comme si jamais ça ne devait finir.

Moi je pense : « cette fois je ne pourrai pas en sortir, je vais être ensevelie ».

Je continue à prier comme un enfant qui appelle sa mère, qui s’accroche à elle…

Qu’ai-je fais pendant ces minutes horribles ?

Presque certainement, aidée par une force miraculeuse je grimpe, je monte sur les pierres au fur et à mesure qu’elles tombent. Cela ne s’explique pas autrement. Peu à peu les pierres cessent de tomber, j’aperçois un coin grisâtre. C’est la lumière ! Je ne suis pas ensevelie !

Alors, il faut avoir vécu les minutes que je viens de vivre pour savoir ce que cela représente : un coin de jour !!

Avec ardeur je monte vers ce jour. Après je ne sais pas. Ai-je fermé les yeux pour me reposer un moment ? J’ai toujours eu la presque certitude de n’avoir pas été évanouie, de n’avoir pas perdu la tête une minute. Mais j’ai pu me reposer quelques instants.

Je me souviens du moment où j’ai ouvert les yeux. Quel contraste avec ce qui vient de se passer. Le soleil brille. Le ciel est clair. C’est l’atmosphère d’une belle journée de fin d’été, d’automne déjà. Je ne vois plus d’avion. Il me semble les entendre au loin.

Alors je regarde autour de moi. Quel spectacle ! L’église est en ruines.

Je suis seule au dessus de ces décombres.

L'église en ruine côté rivière

Je pense à quelle tombe représentent ces ruines, alors j’éprouve une souffrance qui ne peut s’exprimer.

Je regarde à mes pieds. Une personne est étendue près de moi, à peine recouverte de quelques débris. Elle ne bouge plus.

Mon sang coule d’une façon continue.

J’appelle au secours. Mais qui peut m’entendre ? Ma voix ne porte plus, j’ai trop de poussière dans la gorge. D’ailleurs je suis toute seule sur cette église en ruines. J’ai un moment d’angoisse : je vais perdre tout mon sang. Personne ne passe de ce côté de la rivière. Alors je me traîne sur les décombres pour aller du côté opposé et appeler si on passe dans la rue. Arrivée là, je vois Madame L. toute pâle qui lève ses bras en regardant l’église. Surtout, je vois les équipes de secours qui arrivent par l’entrée de l’église avec des brancards. J’appelle. Je lève le bras. Les voilà ! Quel soulagement ! Je leur signale l’endroit où j’ai vu une personne étendue. Puis je me couche sur le brancard. La descente parmi ces pierres est assez pénible, malgré l’attention et les soins dévoués des sauveteurs qui m’emmènent ensuite à l’hôpital. »

 

Témoignage de Raymond Collin

« Le 7 octobre 1944, je me trouve à la sortie du chemin (anciennement Bancon) en face du groupe scolaire, il est environ 16 ou 17h00.

Le bruit de plusieurs avions me fait me retourner ; l’un deux fait un passage au dessus du pont sans lâcher de bombes, puis les autres surviennent.

C’est des bombardiers anglais que j’ai bien distingués par leurs cocardes rondes tricolores ;

Je vois très nettement deux bombes lâchées par le premier appareil, elles tombent de chaque côté du pont sans toucher l’église ; puis le deuxième fait le même piqué mais lui touche l’église, ensuite il y a tellement de poussière que je ne vois plus rien, mais les bombes continuent à tomber.

Il y a en tout 5 ou 6 appareils qui attaquent dans l’axe Deneuvre, Baccarat.»

 

 

Témoignage de Michel Desboeufs, âgé de 17 ans

 

« Mon père est mourant et l’entreprise, par ces temps de guerre, tourne lentement. Un interprète allemand veut un ouvrier pour faire des travaux à la Kommandantur ; il s’agit de monter des galeries en bois afin de les poser sur les voitures et camions.

C’est la veille de la Saint-Rémy, fête paroissiale ; je suis à la Kommandantur, (au musée des cristalleries) entre ce bâtiment et la chapelle, dans les garages. Si je n’étais pas occupé par ce travail, je serais sans doute allé confesser. Je travaille donc, quand les avions commencent à tourner sur la ville.

Aux premières explosions je me jette sous un camion qui est devant ; par le souffle, une fenêtre et tout son encadrement se décrochent de la façade et tombent près de moi.

J’ai eu chaud !!

J’aurai pu la recevoir sur la tête. La bombe est tombée dans le parc du château, près de la rue de la gare.

Le calme revient, je sors de ma cachette et me dirige vers les fours de la cristallerie, puis tournant mon regard vers l’église, je ne vois qu’un rideau de poussière ; elle a dû en prendre un sérieux coup!

Pourquoi bombarder l’église de Baccarat ?

Le soir même, je retourne sur les lieux du bombardement afin de dégager les victimes, j’aurais pu être parmi elles ; un vrai travail de fourmi.

L’abbé Zone, âgé alors d’une quinzaine d’années, aide Sœur Lucie à la décoration de l’autel, elle l’a envoyé chez mes parents pour rapporter des fleurs. C’est sur le chemin du retour qu’il assiste à ce tragique spectacle… »

 

 

Témoignage d’Henri Helle, 18 ans en cette fin 1944

« Réfugié d’Azerailles, je suis dans le quartier d’Humbépaire. Nous avons obtenu une autorisation des Allemands, le 6 octobre 1944 pour retourner dans notre village soigner le bétail. Hélas les obus sifflent sur Humbépaire ; nous sommes obligés de remettre le retour au 7 octobre, qui est beaucoup plus mauvais. Nous nous préparons à faire le chargement de notre chariot à bœuf.

Tout à coup un bruit d’avion et de bombes ; nous réalisons que l’église est touchée. A ce moment je vois un avion venant de la salle des fêtes se diriger vers l’église et lâcher 2 bombes…. »

 

Témoignage de Micheline Blaise, 14 ans en 1944

 « Ce jour là nous récoltons les betteraves. J’aide mon grand-père à tirer la charrette bien chargée jusqu’à la maison. Nous sommes alors rue de Laitre à Deneuvre quand soudain des avions volant à relativement basse altitude apparaissent. Ils viennent de la direction de Rambervillers et vont vers Baccarat ; aussitôt, nous voyons l’un d’eux lâcher deux bombes.

Mon grand-père me dit : « file à la cave !».

C’est la cave voûtée de Madame Roppe où nous dormons depuis quelques temps.                          

Quant à lui, mon grand-père se réfugie à l’abri du lavoir couvert en face de chez Monsieur Jandelet. Les maisons tremblent sous le choc des bombes ; mais je ne saurais plus vous dire combien de temps a duré le bombardement. »

 

Témoignage de Roger Octave, âgé de 21 ans au moment des faits 

« Ce triste jour du 7 octobre 1944 est un jour de confession à l’église de Baccarat : « Notre si belle église, la belle mendiante »  Pour quelle raison ? Cela je ne m’en rappelle pas...

Les civils aident à déblayer

Je me trouve en ville vers 15h00 juste à l’entrée du pont près de chez le Docteur Retournard quand le premier avion lâche ses bombes au-dessus de l’église. Je vois encore les bombes descendre en biais et exploser avec fracas. Malgré les bombardements que je viens de connaître en Allemagne, j’ai la frousse et je me planque dans le premier couloir à ma portée.

Il y a de nombreuses victimes : l’abbé Munier, Sœur Lucie, Monsieur Dubois, Madame Collignon d’Azerailles mère de cinq enfants; il y en a d’autres… Un enfant de dix ans est encore en vie quand nous déblayons les gravats le lendemain, mais il meurt à la dernière seconde.

Peut-être ai-je tort mais il n’y avait pas de poste d’observation dans ce clocher, d’après ce que j’ai su par la suite. Est-ce vrai ? »

 

 

Témoignage de Pierre Laurent, 26 ans en octobre 1944 

« Le samedi 7 octobre 1944, je me trouve dans la cour de l’entreprise Bancon, avenue de Lachapelle, avec des amis et une charrette. Nous devons ramener, rue des Carmes, des pièces de bois afin d’étayer l’abri dans lequel nous couchons, ma famille et les gens du quartier.

Les bâtiments avoisinants

L’alarme sonne, et je vois, venant de la direction d’Azerailles, une escadrille d’avions volant les uns à la suite des autres ; ils passent au-dessus de nous, tournent vers Humbépaire, puis repartent vers le nord. Ils tournent à nouveau et passant au-dessus du bois de la Côte, reviennent vers nous.

Ils volent à basse altitude, on voit distinctement les deux bombes accrochées sous leurs ailes.

Il est environ 16h00. Arrivé au dessus de Deneuvre le premier des avions se met à piquer et l’on voit les bombes se détacher. Ayant fait la guerre dans l’aviation et subi quelques bombardements, je sais que le danger n’est pas pour nous ; les bombes tombent obliquement.

On entend des explosions, chaque avion suit son chef de file. On se met néanmoins à l’abri dans le hangar. La sarabande continue, chaque appareil fait un bruit particulier en piquant.

Lorsque l’on sort, des colonnes de fumée montent dans le ciel. Les explosions continuent...

Le dernier appareil change un peu sa ligne de vol et place ses bombes vers le château des cristalleries.

Après avoir guetté le départ des avions, abasourdis, nous partons vers le centre de la ville : le clocher de l’église est effondré, plus de toiture, il ne reste que la sacristie. La toiture de la banque Sté Nancéienne est aussi en morceaux.

Je pars chez moi en courant pour dire à ma mère que je suis vivant puis, je viens pour dégager les victimes du bombardement. »

 

 

 

Témoignage d’Hubert Lambolez, 14 ans

 « Vers le 15 septembre, un officier aumônier allemand est chez Mademoiselle Mosseder. Celui-ci aime jouer de l’orgue et elle lui confie donc la clef du donjon de droite. Je vais avec lui mettre de la lumière. Il joue pendant une à deux heures et repart vers l’hôpital allemand visiter les blessés.

Le lendemain, il revient pour jouer à nouveau de l’orgue mais deux personnes passent et le repèrent.

C’est de là que des soupçons sont intervenus : donjon = point de vue sur Azerailles.

Si ces deux personnes fréquentent l’église, elles savent que pour accéder au clocher il faut prendre le donjon de gauche. Seuls la mairie, la cure et Monsieur Perrin-Willig sont en possession de ces clefs. (Ce dernier pour l’entretien de la pendule et des cloches).

Le samedi vers 15h00, je me rends « à confesse » auprès de l’abbé Siac. Le curé Munier se tient à côté de son confessionnal, en entrant à droite dans l’église. Après avoir fait ma pénitence, je vais voir sœur Lucie. Je suis certainement un des derniers à lui parler. En ressortant, je m’assois sur la murette le long de la route.

C’est de là que je vois arriver un avion « du trou de la mère Bréjot » (fond de la rue Adrien Michaud). Je vois deux bombes se détacher de l’avion. La première tombe sur la maison du gardien de la banque, et la seconde dans le coin de la mairie. (Des traces d’éclats sont d’ailleurs encore visibles).

C’est à ce moment que je vois la première victime : Madame Simon qui est chez sa maman. Moi-même, je reçois un éclat dans la cuisse droite. Je pars me réfugier dans la cave Bancon en criant.

Les avions reviennent par trois fois et détruisent l’église. A la fin du bombardement, je ressors de la cave et je crie: « On n’a plus d’église !! »  Je vois sur le parvis de l’église la jeune fille qui s’est confessée après moi.

Jean-Paul Bancon va  à son entreprise chercher une grue pour commencer à lever les grosses pierres. Je me souviens avoir entendu les appels de la personne qui est morte étouffée quelques heures après.

Je dis merci aux Allemands qui ont posé leurs armes pour aider les civils à dégager les éventuels survivants. »

 

Témoignage de Marcelle Cronne

« Le jour du bombardement de l’église, je grimpe sur un pommier à Deneuvre, afin d’en cueillir les pommes.

Lorsque les avions arrivent de la direction de Rambervillers, à basse altitude, je les vois pencher et descendre en piqué.

Ainsi que nous l’ont expliqué les deux aviateurs anglais que nous hébergeons depuis juillet, je comprends tout de suite qu’ils vont bombarder. Maman est sous l’arbre, je lui crie de se coucher et moi je cramponne une branche.

Les huit bombes lâchées par le premier avion, passent au-dessus de nous. Ce n’est qu’après la première explosion que le ciel s’est couvert de poussière et de feuilles de papier blanc et rose. Nous comprenons alors que Baccarat est touché. Ces papiers émanent de Société Nancéienne qui a reçu le premier bombardement.

Immédiatement je descends à Baccarat. Je me trouve en bas de la côte de Deneuvre lorsque le dernier avion se déleste surtout à l’intérieur.

Si plusieurs bacchamois y trouvent la mort, Madame Gravier de Baccarat, mère de Madame René Michel transporteur, est retrouvée au-dessus des ruines, choquée, commotionnée, mais n’a que quelques égratignures.

Les projectiles sont des bombes soufflantes, il est donc possible de penser que Madame Gravier ait été soulevée aux premières explosions et ne soit retombée qu’après l’explosion de la dernière. Madame Gravier vivra chez sa fille jusqu’à l’âge de 89 ans. -

Pourquoi ce bombardement ? Nul ne le saura. J’aurai l’honneur de parler au général Leclerc le 11 octobre 1944 à Gerbéviller. Il me dira que la libération de Baccarat était l’objectif de l’armée américaine dont sa division dépendait.

On peut donc penser que les Américains ont voulu détruire le pont avant toute attaque, ce que le général Leclerc n’a pas jugé utile de faire avant l’avance du 31 octobre 1944. »