La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Nouvel Avricourt

Témoignage de M. Tillmann

Il était âgé de 15 ans au cours de l’automne 1944.

Une précision s’impose au départ : par Nouvel Avricourt, nous voulons dire l’extension d’Avricourt Moselle, poste frontière créé sous l’Empire allemand au lendemain de la Guerre de 1870, après l’annexion des trois départements (Moselle-Bas-Rhin-Haut-Rhin) et que l’occupant allemand avait rebaptisé du nom d’Elfringen, dès la ré annexion des mêmes départements en 1940.

Ce village avait la particularité d’être administré par un adjoint au Maire d’Avricourt  Moselle, les deux élus se partageant à tour de rôle la fonction de Maire. Au moment des combats de l’automne 1944 qui devaient libérer le département de la Moselle, l’adjoint en titre était le père de Monsieur Tillmann. Mais ni M. Tillmann père, ni son fils n’ont voulu obéir à l’ordre d’évacuation générale donné par l’autorité allemande le 13 octobre 1944, le fils en particulier ne voulant pas être incorporé dans un organisme du genre Hitlerjugend (ou similaire au lycée de Sarrebourg).

Ils ont d’abord joué sur le titre du père et sur la confusion régnant du fait de la proximité du front, puis se sont cachés en famille, dans les caves, avec quelques autres récalcitrants. Au total : 7 personnes… attendant leur libération… à leurs risques et périls. Il en résulta, entre autre,  le cahier journalier tenu par le fils, dont nous redonnons l’essentiel pour la période du 13 octobre au 30 novembre 1944.

 

13 octobre 1944

Ordre d’évacuation générale donné par l’autorité allemande et visant d’abord les femmes et enfants des villages d’Avricourt et de Moussey (Muhlsach). Les hommes déjà requis pour aller creuser des tranchées, et mélangés avec le Volksturm, ont été déplacés de chantier en chantier au fil des besoins militaires. A la libération (le 20-21 novembre 1944) on les retrouve vers Mittelbronn et Phalsbourg.

 

15 octobre 1944 

Le Feldkuche (cuisine militaire de campagne) met le feu accidentellement à la boulangerie.

 

17 au 20 octobre 1944 

Plusieurs incendies se produisent vraisemblablement dus à des impacts d’obus américains, ces derniers n’ayant pas encore attaqué en profondeur.

 

26 octobre 1944

À 8h30 : L’on rapporte qu’un « V1 » serait tombé à Cirey, vers les Glaceries sans faire de victimes. Avricourt reçoit de nouveaux tirs d’artillerie U.S. Des obus explosent, sans se diviser en « Schrapnels ».

 

Mercredi 1er novembre 1944 

Une trentaine de bombes tombent sur le pont du canal de Gondrexange (Gunderschingen). Ce pont est détruit mais l’on déplore le décès de trois personnes, toutes du corps enseignant.

 

Vendredi 3 novembre 1944 

Avricourt est à nouveau bombardée et son église endommagée. La route de Réchicourt (Rexingen) est également endommagée par des obus.

Samedi 4 novembre 1944 

Moussey subit de gros dégâts dus à des tirs  d’artillerie. Des tirs allemands tombent sur le Haut des Vignes et vers le Bois de la Baronne. Ces canons, en position à proximité, effectuent également des tirs de contrebatterie sur Amenoncourt, Blémerey et Vého. Pour mémoire : d’autres ordres d’évacuation avaient été donnés précédemment aux villageois :

D’Amenoncourt (dirigés vers Sarrebourg)

 

Dimanche 5 novembre 1944

D’Igney puis de Repaix

De provenance inconnue se dirigent vers Moussey et Foulcrey.

Ensuite arrivent des militaires qui transforment Nouvel Avricourt en casernement (Ein Quartierung). Rien d’autre à signaler.

 

Lundi 6 au mardi 7 novembre 1944

Tirs d’artillerie dans la nuit sur Nouvel Avricourt. Impacts de bombes et maisons en feu à Réchicourt.

 

Mercredi 8 novembre 1944

L’on entend des tirs cadencés provenant de la région de Metz. L’on note également quelques bombes d’avion tombant sur Igney.

 

Jeudi 9 novembre 1944 

Passage d’une importante formation de forteresses volantes revenant de bombarder Sarrebruck.

 

Vendredi 10 novembre 1944

Jour calme. La « FLAK » se positionne pour tirer vers le Sud-ouest.

 

Samedi 11 novembre 1944 :

Impacts d’artillerie sur Igney. La Feldgendarmerie patrouille dans notre village. Le front recule du côté allemand. L’on entend des canonnades du côté de Dieuze et de Remoncourt.

 

Dimanche 12 novembre 1944

Journée tranquille jusqu’à 18h00. Ensuite, des tirs arrivent sur Avricourt. Il neige.

 

Lundi 13 au mardi 14 novembre 1944 

A partir de 18h00, tirs d’artillerie cadencés toute la nuit, à raison de 30 coups tous les ¼ d’heure. Les villages de Réchicourt, Foulcrey et Gogney ont particulièrement souffert. L’on note encore des tirs de blindés.

 

Mardi 14 novembre 1944 

Tirs d’artillerie, comme la veille, les mitrailleuses en plus, toute la journée. Ronronnement des chars et sifflement des grenades. (N.B : probablement des projectiles anti-chars). Nous passons notre première nuit dans les caves. Ce jour-là, vers 12h45, des grenades sont tombées sur les toits de l’école et dans le Temple (probablement des obus en fin de course vu la distance séparant alors Avricourt du front).

 

Mercredi 15 au jeudi 16 novembre 1944

Lourds tirs d’artillerie la nuit, sur les quatre villages (Igney et les trois Avricourt) et vers le matin sur les lisières des Bois de la Baronne et sur Igney.

 

Jeudi 16 novembre 1944 

Les quatre villages ci-dessus à nouveau bombardés par des obusiers. Toute la journée, ronronnement des chars et sifflements avec impacts dans les maisons.

 

Vendredi 17 novembre 1944 

Nuit à peu près calme. Tirs de mitrailleuses depuis le Haut des Vignes. Nous sommes toujours dans les caves, n’ayant même pas le courage de manger. Des arrivées de tirs se produisent de temps à autre visant le Château d’eau, provenant parfois d’avions.

 

Samedi 18 novembre 1944 

Des soldats allemands font brusquement irruption au matin, dans notre maison, pillant tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Suivent des tirs de mitrailleuses. Les allemands se sentant pris à revers, s’enfuient. Des soldats américains sont alors apparus sur les hauteurs avoisinantes, des biplans survolant le front et l’avance des blindés (ce sont plus vraisemblablement des piper-cubs surveillant le front et procédant au réglage des tirs d’artillerie). A 13h00, les GI arrivent dans le village, sortant d’un peu partout, avec jeeps et chars d’assaut. Nous sommes allés à leur rencontre mais cela s’est plutôt mal passé. Pour me réchauffer, j’avais par mégarde, endossé une vieille veste verte de « Feldgrau » (sans insignes ni galons) ce qui m’a fait prendre pour un déserteur allemand. Nous avons de ce fait été deux jours mis de côté et étroitement surveillés, puis emmenés chez Grévin vers la gare où ils nous ont mis pêle-mêle en détention avec des soldats prisonniers. Nuit terrible dans l’école sans rien à manger ni pour se coucher. J’ai été personnellement menacé trois fois d’être fusillé… Notre maison étant par ailleurs restée toute la nuit ouverte à tous vents.

 

Dimanche 19 novembre 1944 

Les GI nous ont fait sortir et nous ont donné du chocolat à manger. Interdiction d’aller dans la rue. La nuit suivante, un capitaine US nous a apportés du café chaud. L’on nous a ensuite emmenés jusqu’à St Georges où nous avons encore dû attendre jusqu’au mardi 21 novembre 1944.

 

Mardi 21 novembre 1944

Ce jour-là, nous avons pu rentrer chez nous, à la maison que nous avons retrouvée pillée et retournée sans dessus dessous.

 

Vendredi 24 novembre 1944

Roger Abdo et Marcel Schneider sont venus nous voir en tandem depuis Lunéville. Les gens reviennent nombreux à Avricourt. Nous allons chercher du ravitaillement à Igney.

 

Jeudi 30 novembre 1944 

Mon père est nommé Maire d’Avricourt.

 

 

ANDREW KAVULICH, Sergent-chef au 324e Régiment d’Infanterie,

 

Il était en Lorraine à l’automne 1944.

 

Je suis né à Hariette, un village de mineurs dans l’Ohio, situé à 9 kilomètres de Cambridge. A l’âge de 14 ans, je portais le quotidien local à 25 clients, moyennant 8 Kms à pied, pour gagner un cent (0,05 F) par journal.

A 16 ans, je partis pour Cleveland où je travaillai un an dans le garage de mon cousin. A l’âge de 17 ans, je fus embauché à la Morgue de Newark où je plantai des arbres et fabriquai des persiennes pendant six mois pour le compte des fermiers environnants. >Je fus ensuite employé durant cinq mois comme aide mécanicien. Lorsque cet établissement fut fermé, je fus envoyé à Morgantown (Virginie/Ouest) pour participer à la création du Parc National de Cooper’s Roch. Je retournai ensuite à Cleveland où je travaillai dans la firme « Foote-Burt » en tant qu’expéditeur de vis fabriquées à la machine.

Je fus appelé le 24 février 1943 à faire mon service militaire et incorporé au Fort Hayes à Colombus. Ma première expérience, comme jeune recrue, fut de rester consigné au camp au lieu de pouvoir aller en ville. Chaque soldat fut appelé nommément avec ordre de se présenter au Mess pour y gratter et cirer le parquet du hall d’entrée jusqu’à 3h00 du matin… ce qui laissa une mauvaise impression aux jeunes recrues, au sujet de l’Armée.

Un Caporal demanda par la suite s’il n’y avait aucune objection de notre part pour être affectés au personnel de Terre de l’Armée de l’Air. Personne ne fit d’objection, moyennant quoi, nous fûmes tous incorporés dans l’infanterie.

Nous avons ensuite pris le train, sans savoir où nous allions. Après 6 jours de voyage en convoi, nous sommes arrivés en Oregon et l’on nous fit savoir que nous allions au Fort Lewis (Etat de Washington) où l’on nous fit faire des exercices préparatoires aux manœuvres (en français : « l’Ecole du soldat »).

Alors que nous bivouaquions, l’estafette de Compagnie vint me trouver sous tente pour me dire que le Capitaine voulait me voir. Celui-ci m’informa de la mort de ma mère. Le résultat fut que je retournai d’urgence à la maison, avec une permission de 30 jours.

Pendant ma période d’entraînement à Fort Lewis, l’on me proposa deux fois le grade de sergent (chef d’escouade). Je refusai pour la raison que je souhaitais être transféré dans l’équipe « entretien moteurs » de la Compagnie de Service. L’on m’y détacha. Mais au bout de deux semaines, le Capitaine me convoqua à son bureau pour me dire qu’il ne m’acceptait pas comme sous-officier sans solde, vu que j’étais déjà sergent dans ma Compagnie d’origine, où je retournai en tant que chef d’escouade (équivalent en France à un groupe de combat de 12 hommes).

Pendant mon séjour à Fort Lewis, j’eus les deux épaules déboîtées au cours d’exercices de « close-combat ».

En février 1944, après son entraînement à Fort Lewis, la Division prit part aux manœuvres en Louisiane. Au mois d’avril 1944, je fus transféré à Camp Phillips au Kansas, avec d’autres éléments de la 44e Division d’infanterie.

Pendant mon séjour à Camp Phillips, je faillis être tué trois fois dans la même semaine. Au cours de l’exercice de détection de mines, quelques mines étaient restées armées (piégées) et pendant que l’instructeur parlait, un soldat décida de tâter le terrain miné et souleva l’une des mines. L’explosion le projeta à six mètres en l’air, le tua et me fit faire un bond de trois mètres en arrière. Un autre incident, c’est que j’étais supposé ramper de nuit, pour m’infiltrer (sous un réseau de barbelés). Mais juste au moment où je me  disposais à sortir de la tranchée pour ramper, la mitrailleuse qui tirait à balles réelles au-dessus de nos têtes se libéra de son support et faucha trois soldats devant moi. Je fus le sergent de la garde d’Honneur à leurs funérailles. Le troisième incident se produisit lorsque, avec mon escouade, nous avions la responsabilité de réparer les cibles mobiles endommagées. Le Lieutenant donna l’ordre à un groupe de se déplacer vers les cibles, sous des tirs à balles réelles alors que j’étais en train de les vérifier. Je m’aplatis au sol, m’efforçant de ne pas bouger pendant que les balles passaient au-dessus de moi. Tous ces incidents se produisirent au cours de la semaine.

Mis en alerte pour nous préparer à faire mouvement outre-mer en août 1944, nous embarquâmes le 5 septembre 1944 au Port de Boston (POE).

Nous avons ensuite voyagé en convoi sur un bateau de transport et de débarquement « tout neuf »- le William H. Gordon- et notre débarquement s’effectua dans le port de Cherbourg, France (le 1er débarquement d’une Division de combat venue directement des Etats-Unis). En chemin, il y avait eu deux alertes au sous-marin mais notre destroyer d’accompagnement les tint éloignés et craintifs. Après trois semaines de manœuvres, nous nous sommes préparés à faire mouvement vers le front.

Le déroulement ubuesque de notre acheminement par voie ferrée a déjà été raconté dans l’Histoire de la 44e Division. Aussi reprenons-nous ce récit au moment où nous sommes arrivés à Lunéville dans l’Est de la France, notre destination finale. L’on pouvait désormais imaginer « ce qui nous attendait ». La Division allait faire partie de la 7e Armée US, laquelle, après son débarquement de Provence (le 15 août 1944) venait de rejoindre la 3e Armée US dans la région de Langres.

L’on retrouve ici le récit commun à toute la Division pour ce qui a trait à sa montée au front, et à notre relève de la 79e Division, laquelle fut mise au repos vers Lunéville, pendant trois semaines. Le 12 novembre 1944, nous étions donc installés face à l’ennemi et devinant que la reprise générale des combats étaient imminents.

En effet, dans la nuit du 12 au 13 novembre 1944, 17 Bataillons d’artillerie disposés tout au long du front, se mirent à tirer sans arrêt sur les positions allemandes, leur artillerie répondant au « coup pour coup » et arrosant copieusement nos arrières. Ce duel d’obusiers dura 12 heures.

Nous étions le 13 novembre 1944 à 6h55 (l’heure « H » moins cinq minutes). Les hommes des 2e et 3e Sections de la Compagnie L, dont nous faisions partie, manipulaient nerveusement leurs armes.

Des munitions supplémentaires leur avaient été distribuées, qui les alourdissaient. Sur notre gauche, la Compagnie I se préparait à avancer en même temps que la nôtre. En tête de la Compagnie L, le Capitaine Pico, le Lieutenant Satzow, les Sergents-chefs Loder et Edwards regardaient leurs montres avec anxiété : trente secondes, quinze secondes et Top ! 07h00.

Les hommes grimpèrent hors de leurs trous et se mirent à avancer dans la neige et le brouillard, parcourant environ 1800 mètres (depuis leur ligne de départ) lorsqu’ils furent soudainement stoppés, pris de court (« à froid », suivant leur propre expression).

De quelque part en profondeur, parvint le « staccato » typique de quatre mitrailleuses en train de tirer, ceci en plus des tirs de snipers  (tireurs d’élite)… tous ces tirs nous mettant 15 hommes hors de combat en 15 minutes.

Deux chefs de section furent tués immédiatement. Aucun infirmier ne pouvait les approcher, de sorte que personne ne pouvait être évacué. Quelques-uns d’entre eux, étendus par terre, dans le froid, poussèrent cris et gémissements durant trois jours. De mémoire d’homme, c’est la plus horrible situation dans laquelle on puisse se trouver.

Des soldats voulurent me rejoindre au PC, avant l’attaque, ceci en raison des tirs d’artillerie incessants qui ne nous permettaient guère de dormir. Au matin, l’ennemi tira sur le PC de la Compagnie L, cinq soldats de mon groupe étaient revenus, blessés. Je regardai si je voyais Harry Lindberg, un membre de mon escouade et le trouvai, lui demandant s’il avait été touché à l’estomac, parce que dans ce cas, l’on ne devait pas lui donner d’eau à boire. Il me dit qu’il ne pensait pas être dans cette situation, de sorte que je lui ai donné des tablettes de sulfamides. Près de moi, il y avait un blessé auquel je demandai s’il pouvait donner un peu d’eau à Lindberg, parce que je devais rejoindre le capitaine Pico Compagnie L sur la ligne de front.

Harry Lindberg était mon copain de tranchée, il n’utilisait jamais le jargon militaire (assez dégoûtant) mais lisait la Bible quand il en avait le temps.

Cinquante ans plus tard, mon fils réussit à localiser Harry par internet. Pendant toutes ces années, j’étais désolé de ne plus me rappeler si je lui avais donné ou non de l’eau. Je l’appelai dans l’Illinois, et nous eûmes une conversation longue et agréable. J’étais heureux de savoir qu’il allait bien… les blessures qu’il avait eues provenant d’un éclat de Schrapnel qui lui avait brisé une clavicule et d’un autre éclat qui lui avait troué un poumon. Il fallut lui faire 13 transfusions. Il est « heureux de s’en être bien sorti ».

Je laissai mon escouade dans un bois et recherchai le Capitaine Pico qui devait se trouver devant mes hommes. Un soldat allemand se rendit. Je remarquai qu’il avait une joue transpercée et que l’infection s’installait à l’intérieur de sa bouche. Je vérifiai qu’il n’était pas armé puis lui donnai l’ordre de se diriger à l’arrière de notre zone de combat.

Je tombai ensuite à genoux et priai comme je ne l’avais jamais fait auparavant, priant Dieu de me protéger durant cette guerre et de me ramener sain et sauf à la maison.

Pendant que je recherchais le Capitaine Pico, je reçus une balle qui traversa plusieurs épaisseurs de mes vêtements, et égratigna mes côtes, sans pénétrer dans les chairs. La balle a été retrouvée dans mon sous-vêtement… Lorsque j’eus retrouvé le Capitaine Pico, celui-ci m’apprit que le Lieutenant Gibbons avait été tué.

Il me dit qu’en face de nous, il y avait un abri de mitrailleuse bétonné, qu’il fallait détruire, mais qu’il allait d’abord essayer d’obtenir l’aide du « TAC » (Tactical Air Command) pour accomplir ce travail. Mais comme il s’agissait d’une mitrailleuse, nous l’avons réduite au silence, à l’aide de grenades à mains.

L’équipement dont nous disposions pour venir à bout de ces petits blockhaus comprenait des paquets d’explosifs, du fil de fer barbelé, des torpilles du type Bangalor, du TNT (Trinitrotoluène : l’explosif « brisant » le plus puissant à l’époque) et enfin des lance-flammes.

Nous avons ensuite commencé à creuser des trous individuels, sans savoir combien de temps nous allions rester dans ce secteur. Aussi avons-nous décidé d’y ajouter des toits. La nuit commençait à tomber. Je complétai  le tour de garde en prenant mon tour les deux dernières heures. Le jour se levait. Je décidai alors de me glisser dans mon trou. Mais, dix minutes plus tard, un obus de mortier tomba sur mon toit et m’enterra avec mon voisin, le Private Montague, (qui fut tué plus tard)… le restant de l’escouade nous aida à nous extraire, mais si j’avais prolongé ma garde de 10 minutes, je ne serais pas ici aujourd’hui.

Nous n’avions pas eu un repas chaud depuis plusieurs jours et il ne me restait pratiquement plus que ma dernière barre « D » à manger. Je me déplaçais difficilement du fait de mes pieds gelés. L’on me mit sur une civière et me transporta jusqu’à une ambulance qui m’emmena à Lunéville. J’y restai une nuit pour dégeler mes pieds près d’un fourneau à bois. Le matin suivant, j’étais déjà retourné au front.

Après la prise d’Avricourt, nous avons fait mouvement vers Saint Georges, c’était un dimanche et quelques uns d’entre nous sont allés à la messe dans une maison qui comportait une petite chapelle (à noter que Andrew Kavulich étant d’ascendance slovaque, il était de confession catholique).

Nous avons alors rejoint la 2e DB française au moment où Strasbourg fut libérée (Strasbourg, une grande ville au bord du Rhin et point frontière entre la France et l’Allemagne).

Nous fûmes les premiers soldats américains à arriver au bord du Rhin et à tirer quelques obus de mortiers au-delà du fleuve. Mais ce point est sujet à controverses multiples. Par exemple, le général Patton a écrit dans son livre que la 7eArmée US s’était moquée de lui lorsqu’elle a dit avoir été la première arrivée au Rhin.

Andrew Kavulich reprend : « Et pourtant notre Section A et P (pourvoyeurs en munitions et génie d’assaut) y a fait quelques prisonniers. Nous y avons perdu notre Sergent pourvoyeur Fry, lorsqu’un obus allemand (calibre 88mm) explosa près de la porte d’une maison dans laquelle il allait entrer. Il tomba dans les bras de Bill Major (Bill, décédé voilà 4 ans, était comme moi, né près de Cambridge).

 

Note de l’auteur : Nous croyons sincèrement que le 1er détachement US arrivé au Rhin avec la 2e D.B. appartenait au 313e Régiment de la 79e Inf. Division et non au 324e Rgt.

Depuis la Guerre, je suis retourné deux fois en Europe, (une fois en 1990, une autre fois en 1995) pour re-visiter les lieux où j’avais combattu passant notamment par les cimetières d’Epinal et de Saint-Avold. A Epinal, j’ai pu voir les tombes de mon ami Frank Montague et du Colonel Thatcher Nelson qui avait commandé mon Régiment.

 

Je suis également passé par Avricourt où monsieur Schoenherr, Maire du village et son Conseil, m’ont accueilli avec champagne et caviar… La presse était présente. Nous sommes retournés dans la forêt où dans les combats menant à la prise d’Avricourt, nous sommes d’abord restés plantés au sol sous la mitraille et les pieds dans les mines.

 

Puis il conclut :

«  Pour mémoire : Marié à Barbara Lawrence le 15 septembre 1951, j’ai eu, au cours de ce mariage, la joie d’être père de six enfants et grand-père de 16 petits enfants dont malheureusement deux sont décédés.

J’ai terminé la 2e Guerre Mondiale comme Sergent-chef avec un certain nombre de distinctions et décorations dont :

-          2 étoiles de bronze (distinctions « au mérite »)

-          La médaille du Combattant (3 citations)

-          La médaille du tireur d’élite

-          Et quelques autres encore (dont deux françaises). »