La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération d'Ancerviller

Novembre 1944

Le Général Leclerc, commandant la 2e Division Blindée, met aux ordres du Colonel Langlade, (commandant le Groupe Tactique L, de cette Division), le groupe de reconnaissance, Escadron du 1er RMSM commandé par le chef d’Escadron Morel-Deville afin de l’utiliser de suite en reconnaissance vers la Vezouze en direction de Cirey.

 Ce 13 novembre 1944, il fait froid et une épaisse couche de neige couvre le sol. L’attaque lancée sur tout le front du 15e Corps dont dépend la 2e DB, appuyée par une très puissante artillerie et par des chars, piétine  sur place devant la très vigoureuse résistance ennemie.

Le Général Leclerc, de suite au paroxysme de l’impatience, fait comme elle… il veut que la percée soit déjà faite le 1er jour….. On en est loin…..

Le colonel Langlade, lui rends compte que lancer Morel-Deville en reconnaissance est prématuré et sans objet. Il se fâche et donne rendez-vous à Langlade à Vaxainville au PC de Morel-Deville. Langlade y cours et l’y trouve, l’y ayant procédé. Devant les faits incontestables et sur le terrain même, le Général admet que les reconnaissances ne peuvent être lancées. On attend le moment propice, tout en se plaignant de la lenteur de l’attaque américaine, mais qu’y faire….

Le froid augmente malgré une nouvelle chute de neige. Il fait -6°. La situation des positions de l’ennemi est la suivante à midi, de la journée du 13 novembre 1944. Au Sud de Cirey sur Vezouze, sensiblement orienté Ouest, Est, la 708e Division d’Infanterie allemande. Au centre entre Cirey et les étangs de Dieuze, la trouée de Saverne la 553e Division d’infanterie. Au Nord, les éléments de la 316e Division d’Infanterie liés à des éléments de la 11e Panzer Division. La défense allemande comporte deux systèmes échelonnés en profondeur.

1)      La « Vorvosgesen Stellung » (deux fossés antichars et de nombreux ouvrages, situés sur la ligne Raon-l’Etape, Badonviller, Blâmont, solidement renforcée par un redan avancé et savamment organisé depuis deux mois. Ce redan se situait sur la région comprise entre la lisière Est de la forêt de Mondon, bordée au Nord par la rivière La Blette, au Sud par la Meurthe et à l’Est par la route de Baccarat- Domèvre. Les points forts, véritables môles de résistance organisés étaient la ville de baccarat et le hameau de Montigny, portes fermées sur Badonviller point terminus par où les renforts ennemis parvenaient par la route du Donon. Au Nord, Domèvre protégeait la position fortifiée de Blâmont.

 2)      La « Vosgesen Stellung » cette deuxième ligne suivait pratiquement la Nationale 6I au Nord de Phalsbourg,  englobant Phalsbourg puis descendait vers Lutzelbourg, le canal de la Marne au Rhin, Niderviller, Voyer, Lafrimbolle.

14 novembre 1944

La neige tombe toute la journée, tantôt à gros flocons, tantôt en neige fondue. Un linceul de brume rougeâtre enveloppe le paysage lugubre. Le thermomètre avoisine 0°. Le sol est transformé en marécage, les véhicules et les canons s’enlisent, dérapent dans les fossés.

A 8h30, Ancerviller est attaqué depuis 30 heures par un régiment  de la 79e Division d’Infanterie US qui résiste toujours. Le Général Leclerc convoque le colonel Langlade à Baccarat de suite, il y court et le trouve soucieux à l’extrême. La conversation s’engage. Il déclare que les « américains avancent à train d’escargots….. À cette allure il y en aura pour quatre jours au moins avant que la Vezouze ne soit atteinte… » Le colonel fait observer que le temps épouvantable est un obstacle majeure des lents progrès de la malheureuse infanterie qui se bat dans des conditions déplorables.

ANCERVILLER - Char Shermann détruit par un canon de 88mm.ANCERVILLER char Sherman détruit par un canon de 88mm sur la crête juste avant le village 

ANCERVILLER - Le canon de 88mm qui à détruit le shermann avant d'être lui même touché.ANCERVILLER le canon de 88mm qui à détruit le Sherman avant d'être lui même touché 

Le Général ne répond pas et soudain me dit : …. Nous n’avons rien à faire ici, venez avec moi, nous allons voir comment les américains se battent et où ils en sont à Ancerviller où ils ont leur nez collé depuis hier matin… Le Général saute au volant de sa jeep, moi à ses côtés ; ma jeep pilotée par mon chauffeur le Lasseur nous suit. Nous roulons à un train terrible jusqu’au croisement de la route d’Ancerviller. Là impossible d’aller plus loin en voiture. Le village (Ancerviller) est à deux kilomètres, caché dans un pli de terrain. A 300 mètres de nous, à droite et à gauche de la route d’Ancerviller, un bataillon américain déployé, s’enterre activement. Un autre bataillon progresse très lentement par compagnie en colonne par un sur la route. Les obus allemands s’abattent par paquets sur la crête et leur tir est extrêmement précis. Nous partons à pied sur le chemin. Nous n’avons pas fait 500 mètres que nous sommes en plein dans les gerbes d’obus.

Le général, à chaque coup, salue de la tête, ce qui m’enchante. Le tir s’allonge subitement, heureusement pour nous mais pas pour une malheureuse section d’infanterie à plat ventre à 300 mètres de nous. Les obus tombent en plein dedans et nous assistons à ce spectacle affreux : trois fantassins projetés dans le ciel par le souffle, tournant en l’air, les bras et les jambes écartées à l’instar des bibendums Michelin ! Pauvres gens….. ! Et mes pensées s’attachent à un autre sujet de préoccupations….. Le nôtre propre qui mérite que l’on s’y attarde. Nous avons encore un bon kilomètre à faire avec aussi une bonne chance à être mouchés. Je trouve cela suprêmement inutile, pour ne pas dire plus ! Que fait ce Général de Division, partant tout seul pour assister au spectacle de la prise d’un village dont ne dépends en aucune façon, la décision d’engager sa Division mais dont peut très bien dépendre sa propre vie ?

Je ne trouve pas de réponse à cette question, sauf la résoudre par l’absurde où par la rigolade ! Le Général intuitivement doit pénétrer ma pensée car marchant et toujours saluant sous les obus dont les fins de trajectoires nous accablent, m’apostrophe en ces termes.

« Alors Langlade, ça vous embête que nous risquions notre peau pour voir les américains se battre ? Eh bien, consolez-vous, si nous sommes tués ensemble, je vous garantis que vous aurez un bel enterrement comme vous ne pourriez jamais espérer ! Ca ne vous suffit pas ?... ». La réponse fut apportée par une salve qui éclata bien près. Cette fois, un plat ventre en commun fut la seule tactique possible. Mais déjà le Général est debout…. Allons vite, pressons nous un peu…. Et de repartir …. (Toujours en avant).      

ANCERVILLER - Libéré par les américains le 13 novembre 1944, un MP fait la circulation au carrefour devant l'église.Ancerviller vu depuis le clocher de l’église 

Enfin, par hasard, la crête étant franchie, nous nous trouvons hors de l’axe de tir des batteries. La situation pour différente n’en était pas plus agréable car maintenant nous étions entrés dans le champ d’action des armes d’infanterie et les balles sifflaient et piaulaient à ravir, provenant des combattants américains et allemands mélangés dans le village enfin pénétré par l’infanterie US amie et qui tiraient à une cadence maximum. Il est évident que le village allait tomber aux mains des américains d’un moment à l’autre. Je crus un moment que le Général prendrait le risque insensé d’entrer dans le village dont les lisières étaient toutes proches ….. Heureusement, il n’en fit rien et m’interpellant, il me dit :

« Eh bien, ca y est…… dans une demi-heure au plus, tout sera fini ici et on pourra peut-être ce soir ou demain matin, au plus tard, décupler Morel-Deville…. ».

Et puis, après un temps : « Ah ! Ça fait du bien tout de même de se mettre dans le bain pour de bon de temps en temps… C’est vrai, on perd l’habitude…..  Ainsi tenez, vous avez remarqué depuis quelques minutes, nous commencions à moins saluer le passage de leur saleté d’obus, hein ! Et puis : « allez, demi-tour et tâchons de rentrer en entier »….A dire vrai, ce n’est pas à lui que nous devions cette chance car j’eus toutes les peines du monde à l’empêcher de s’engager dans une pâture pour « couper court ». Je lui dis : « Mon Général, attention aux mines, c’est tout à fait un coin qui doit en être truffé… ». « Mais non, mon pauvre ami, regarder la vache qui vient vers nous !... ». A ce moment précis, la vache sautait sur une mine et s’écroulait lamentablement. « Ah tiens, en effet, vous aviez raison, vaut mieux pas … ». Et c’est ainsi que reprenant notre contre-pied, nous parvînmes à nos voitures par le même chemin emprunter à aller, sous un tir moins dangereux d’ailleurs parce que plus allongé et dont les projectiles éclataient à moins vilaine portée. Le général me quitte, rentrant à Baccarat. Moi, je pousse jusqu’à Montigny, où l’on me confirme l’annonce de la prise d’Ancerviller.

Libération d'Ancerviller, le 14 novembre 1944 en fin de matinée, par les éléments d'infanterie de la 79e DI US

Heure de la prise du village se situe entre 10h30 et 11h00. Au même moment l’annonce de la prise du village voisin de Ste Pôle, toujours par des éléments de la 79e DI US. A 20h00 de ce 14 novembre 1944, il neige toujours.                           

 


ANCERVILLER - Arthur PALMER du 315e Régiment d'Infanterie de la 79e DI tué le 14 novembre 1944 à Ancerviller.William

 










 

                      Photo de Bill                                                                                  Photo de William

   Arthur PALMER du 315e Régiment d'Infanterie                                     WILLIAM LONG du 315e Régiment d'Infanterie

de la 79e DI tué le 14 novembre 1944 à Ancerviller                           de la 79e DI blessé le 14 novembre 1944 à Ancerviller

 

 

WILLIAM LONG, VETERAN DU 315e REGIMENT DE LA 79eDIVISION D'INFANTERIE US

 

…. Se souvient: il écrit à Monsieur Jean Molher de Blâmont le 18 août 2000.

« C’est arrivé près d’Ancerviller, le 13 novembre 1944 vers 15h00 » :

 

J’ai été blessé le 13 novembre 1944 vers 15h00, au cours de l’attaque du village d’Ancerviller. Quelques-uns d’entre nous suivaient un char Sherman de la 2e DB française, de manière à nous protéger des tirs d’armes légères (fusils et mitrailleuses).

Le char fut touché par un Panzerfaust, la densité et la concentration des tirs fut telle que le char commença à reculer derrière la ligne de crête dominant le village, à environ 500 mètres de ce dernier.

[Note de Jean Molher: donc vers le « Haut de Prenzieux », baptisé le « bloody Hill » : la colline sanglante, par les américains.]

Il faut noter ici que si le char fut touché, il ne fut pas pour autant endommagé, mais que plusieurs d’entre nous furent blessés par des éclats d’obus, bien que nous faufilant derrière le char. En reculant à l’ « aveuglette », il passa par-dessus des blessés… l’horreur !

Quant à moi, j’ai pu m’agripper au char en marche arrière et m’en sortir de cette façon même si, à ce moment là, nous recevions des tirs des deux côtés (en l’occurrence des tirs de mitrailleuses et de mortiers). C’est alors que je fus blessé pour la deuxième fois (une rafale de balles dans les jambes). Je restai allongé pendant dix-huit heures, dans cette nuit froide. Il neigeait. J’écoutais les gémissements et les plaintes de mes camarades blessés, certains criant, d’autres en train de mourir, d’autres encore demandant, par pitié, un verre d’eau; ou encore appelant leur mère. Mais j’étais incapable d’aider, moi-même cloué au sol. C’est là que je réalisai mon triste sort et que ma vie en balance ne tenait plus qu’à un minuscule bout de fil (à un cheveu, en français). Je priai toute la nuit. Le matin suivant, je fus « ramassé » par des brancardiers et calé sur la plage arrière d’un Tank Destroyer M10 (un blindé chasseur de chars), peut-être un français, sinon appartenant au 813th US Tank Destroyer, tout cela sous les tirs ennemis. Je vous passe ensuite les détails, notamment pour me déchausser; mais revenant à moi après trois jours passés sous anesthésie, la première chose que je réalisai, c’était la bible au pied de mon lit, qui avait été percée par un shrapnel (un éclat d’obus).

Photo de la Bible

Cette bible était un cadeau de ma tante, au moment où je quittais ma famille pour aller à la guerre. Elle m’avait dit de ne jamais m’en séparer et je la tenais en permanence… sur mon cœur. C’est donc cette Bible qui, stoppant ce shrapnel, me sauva la vie, ce qui fut vraiment un miracle.

Je passai ensuite vingt-cinq longs mois de convalescence dans un hôpital militaire et, cinquante-sept ans après, je suis convaincu que la liberté n’est ni gratuite ni un droit acquis dès la naissance, mais gagnée par le sacrifice humain, la souffrance et la peine, et que vous n’avez jamais vraiment vécu tant que vous n’êtes pas à peu près mort.

Et n’importe qui, qui a combattu, s’est sacrifié et a souffert pour la cause de la liberté de tous, sait que la vie est un cadeau, un sentiment que ceux qui sont restés bien à l’abri ne connaîtront jamais.

Ce que cela signifie pour moi c’est le don de soi-même, amour de Dieu, de ma religion, de mon prochain et de chacun d’entre vous (qui me lisez).

Comme vous le voyez, il n’y en a pas beaucoup dans notre entourage, se perdant à raconter des histoires vraies au sujet de ce que la guerre a de terrible… depuis que, pour des raisons qualifiées de « politiquement correctes » l’on évite désormais de revenir sur le passé.

 

S/Sgt Arthur Palmer

 
J'ai récemment commencé des recherches sur un oncle qui a été tué en France en novembre 1944. S/Sgt Arthur Palmer compagnie G, 315e Régiment d'infanterie de la 79e DI. Il aurait été tué le 13 novembre 1944. À cette époque je crois que le régiment venait de retourner au combat après un bref repos, et a été placé dans la zone d’Ancerviller. J'ai très peu d'informations sur lui et les circonstances entourant sa mort. Malheureusement, tous les membres de la famille qui pourraient fournir des informations sont également décédés. Si vous possédez des informations sur ces événements ou si vous avez une source d'informations que je peux consulter, s'il vous plaît, partagez vos connaissances avec moi. Mon objectif est de préparer un mémoire de son service, semblable à ce que j'ai fait pour mon père.