La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de trois villages sur l'Amezule, septembre 1944

 

Note préliminaireAgincourt - Lay-Saint-Christophe - Eulmont

Les deux sources d'information principales étant de rédaction et de forme très disparates, une présentation simultanée est difficile, c'est pourquoi les récits apparaissent quotidiennement, mais l'un après l'autre; le texte américain est prolixe, avec des "divergences" assez longues, tel le paragraphe sur Agincourt enfin le texte du rapport allemand étant très court, est présenté depuis l'arrivée de l'unité à Nancy. Les deux traductions sont présentées à l'indicatif présent. 

La situation à la mi-septembre

Début septembre les villages ont vu retraiter des unités allemandes "d'occupation" qui les traversent, quelquefois, bivouaquent un peu partout, puis se dirigent vers le Nord, raflant tout ce qu'elles peuvent (chevaux, bicyclettes, etc.), mais encore avec pas mal de matériel, par exemple des gros tracteurs semi-chenillés SdKfz et quelques canons Flak 88 et Mörser 18 impressionnants. Il s'agit d'unités de la Luftwaffe :

- Le 3e Régiment de Parachutistes, de réserve, replié de Normandie;

- le 92e Régiment d'Infanterie et antiaérien auparavant à Nancy, Essey et Toul.

Ces unités n'interviendront plus sur l'Amezule, mais plus tard, au Nord et à l'Est de nos villages.

 Après la bataille de Normandie, Hitler a prévu l'arrêt de la retraite de ses troupes sur une ligne Sud-nord définie par les Vosges, la Meurthe et la Moselle. Il y positionne des unités blindées et, dans les intervalles son état-major place des divisions de "blocage"(SperrDivision) nouvellement créées, dénommées division de grenadiers (Grenadier Division) le 18/7/44, puis plus tard division de grenadiers du peuple (VolksGrenadier Division) le 9/10/44. Mais comme le précise bien la première appellation il s'agit d'unités "consommables", car leur durée de vie n'excédera pas plus de deux mois, et leur recomposition également.

C'est ainsi que l'on trouve entre Pont-à-Mousson et Lunéville, sous les ordres du 13e corps d'armée SS (13AK SS. Général Priess), une division blindée de grenadier (3e PGD Genéral Wecker) au Nord de Nancy et une autre au Sud de cette ville (15e PGD.Général Rodt); entre les deux s'intercale la 553e Division de Grenadiers.

Les Américains, après la traversée de la France, sont arrêtés sur la même ligne. Ainsi le 12e Corps d'Armée (Général Eddy) de la 3e Armée (Général Patton), qui est composé de deux divisions d'infanterie : la 80e DI(Général McBride), la 35e DI(Général P.W. Baade), et la 4e Division Blindée (Général Wood). Cette dernière, avec ses deux groupements tactiques, tente un encerclement lointain de la région nancéenne, réussi en partie seulement car les unités encerclées ne sont pas démolies; la 80e DI  se positionne au niveau de Dieulouard pour traverser la Moselle et progresser vers l'Est, alors que la 35e DI traverse la Moselle et la Meurthe au Sud de la ville. Nancy est libérée le 15 septembre 1944.

A cette date le front de la 35e DI s'étend de la Meurthe, à l'Ouest, avec le 134e RI (Colonel B.B.Miltonberger),puis après Laneuvelotte jusqu'à Champenoux, c'est le 137e RI, ensuite plus à l'Est c'est le 320e RI.

Les Acteurs

En face des deux premiers régiments se trouve, seul, le 1120e Régiment de Grenadier de la 553e GD. Il est commandé par le Lieutenant-Colonel Walter Kem. Pour le face à face qui nous intéresse, ce sont donc ces unités : le 134eRIUS et le 1120e GR de la Wehrmacht, en fait seulement un bataillon de ce dernier, puisque l'autre bataillon est devant le 137eRI.

La 553e Division de grenadier a pour emblème un rectangle avec 8 croix en trois rangées.

Le régiment américain a débarqué à Omaha Beach le 4/7, n'a pas eu de lourds combats en Normandie, sauf à Mortain, début Août (3e Bat.). Le premier accrochage majeur a lieu au Pont de Flavigny (2e Bat.) le 8/9. Il a un écusson- non porté- qui rappelle son origine: les Indiens Paownee du Nebraska; la 35e DI a pour emblème: un cercle, avec un liseré blanc rappelant une roue de chariot sur fond bleu (couleur de l'infanterie américaine), et sa devise est: "All Hell Can't Stop Us" Même l'enfer ne peut nous arrêter!

Leurs Forces

Afin de ne pas alourdir, nous ne citerons pas les forces des deux divisions, très inégales par ailleurs, mais simplement celles des deux régiments, tout aussi inégales.

Les Américains

Le régiment d'infanterie : 3 bataillons à 4 compagnies dont 1 lourde, (repérées par 1 lettre),

1 compagnie d'artillerie de campagne (105mm Howitzer)

1 compagnie anti-char (canons 57mm et lance-roquettes 60mm)

Des compagnies de soutien de la Division: chars (Sherman M4 75mm), chasseurs de chars (Tank-Destroyer M10 76,2mm), artillerie, génie, transmissions, sanitaire, etc.

L'effectif complet de cette équipe de combat est d'environ 3200 hommes dont 300 officiers. Les G.I. sont bien habillés, bien nourris, bien soutenus sur le plan sanitaire, avec pléthore d'armes, de la carabine aux blindés et aux obusiers (105 et 57mm), avec de nombreux véhicules, ils ont en plus tous les soutiens divisionnaires. Il est communément admis que dans cette armée, il y a sur 10 soldats 1 seul fantassin et 9 autres hommes! Bien qu'ayant subi une formation aux Etats-Unis et en Angleterre, ils ne sont pas aguerris, ni les hommes, ni les sous-officiers, ni les officiers. Ils sont certes courageux, mais encore bien "naïfs".

Les Allemands

Contrairement aux instructions initialement prévues, cette division n'a que deux régiments d'infanterie et un régiment d'artillerie; le régiment de grenadier est à 3 compagnies plus une compagnie lourde (mortiers et canons de 20mm), une compagnie d'assaut et enfin une compagnie de commandement. Le 1er bataillon est commandé par le capitaine Hoppe, et le second par le capitaine Albrecht. Au régiment est affecté un des quatre bataillons du régiment d'artillerie (1553AGR), le 1er, composé de trois batteries de canons (calibre et nombre inconnus) mais je me souviens d'avoir vu, au "Grand-Cugnot" un canon de 88 mm abandonné; cette unité est commandée par le capitaine de réserve W. Von Starck; il est possible que l'obusier de 180mm situé au virage du Chemin des Montants et dont il ne restait que les gargousses après les combats, en faisait partie.

L'effectif complet de cette équipe de combat et d'environ 1000 à 1.500 hommes; soit trois fois moins que les adversaires, et sûrement davantage si l'on se souvient qu'une partie au moins d'un bataillon a pour adversaire le 137e RI. Leur armement est moderne, suffisant, allant du fusil et pistolet-mitrailleur, aux mortiers, mitrailleuses lourdes et roquettes antichar; mais ils n'ont pas de blindé. La nourriture, le soutien sanitaire et les véhicules ne supportent naturellement pas la comparaison avec ceux des G.I. Pour la plupart les hommes de troupe sont des jeunes appelés et/ou sortant d'écoles diverses, issus de régions diverses, certains mêmes ne parlant pas correctement la langue allemande. Au contraire, les sous-officiers et les officiers ont tous connu le front russe, sont expérimentés, souvent récupérés après guérison de leurs blessures. Ainsi le "Kommandeur" du régiment, le lieutenant-colonel Walter Kem appartenait auparavant à un célèbre régiment alpin: le 99e régiment de chasseurs de montagne (Gebirgsjäger).

Les Récits

Les sources américaines sont:

- Combat History of World War II, 134th Infantry Regiment by Major-General Butler B. Miltonberger and Major James A. Huston. (Ce dernier, officier du régiment, est devenu professeur d'Histoire à Purdue University). [www.coulhart.com].

- Histoire de la 35thUSID, très incomplète sur la bataille "of Sugar-loaf".

pour les allemands:

- Grenadier-Régiment 1120 [www.lexicon-der-wehrmacht.de].

Pour une meilleure compréhension, il est conseillé d'avoir sous la main une carte IGN au 1/25.000.

Le Rapport du Lieutenant-Colonel Kem:

" Grenadier-Régiment 1120 créé le 11/07/1944 pour la 553e Grenadier-Division au camp de manœuvres de Münsingen (à l'est de la Forêt-Noire), modifié plus tard 553e Volks-Grenadier-Division. En septembre 1944 le régiment sera envoyé à l'Ouest.

Dimanche 3 septembre 1944: Départ de Münsingen par rail via Offenburg, Strasbourg, Sarrebourg, Lunéville.

Lundi 4 septembre 1944:Débarquement à Nancy

Mardi 5 septembre 1944 :De Nancy à la ferme de Frocourt (près du Château de Fléville). [Note: Les ( ) sont ajoutées au texte]

Mercredi 6 septembre 1944:De la ferme vers le Château de Montauban (Montaigü, entre La Malgrange et Laneuveville), formation d'un verrou.

Lundi 11 septembre 1944:23h15: information: l'ennemi a percé l'aile Sud de la Division. Repli.

Mardi 12 septembre 1944: L'ennemi à la maîtrise de l'air et retarde notre départ; nous installons un emplacement défensif.

Mercredi 13 septembre 1944:L'ennemi charge et enfonce le 2e Bataillon. Le sous-lieutenant Merkel ramène par deux fois des jeeps capturées. Peu avant minuit repos et retrait derrière le canal de la Marne au Rhin. Pluie.

Repos et retraite sur ordre de la Division.:- 553e GD -

Jeudi 14 septembre 1944: Dispositif de défense derrière le canal. Mise en état défensif au château d'Haraucourt.

Vendredi 15 septembre 1944 : L'ennemi attaque et écrase notre aile gauche, le 1er bataillon du capitaine Hoppe. 24h00: radio de la Division: repli vers le Nord.

Samedi 16 septembre 1944: 03h30: départ. Le régiment est à la disposition de la Division. 16h00: retraite vers le nord! 19h00: arrivée dans une villa à Agincourt. Ordre au régiment: défense.

Dimanche 17 septembre 1944:Le régiment occupe encore dans la nuit une position sur le Plateau au Nord-est de Nancy, dont le point dominant est le Pain de Sucre. Le régiment tient le front au Sud, le 1er bataillon est installé à gauche - aile Est-, le 2e à droite - aile Ouest-. Le PC est installé à Agincourt, au voisinage du front - Agincourt est dans le vallon-, et sera déplacé au cours de la journée à Eulmont, située plus haut et avec une vue d'ensemble plus large. Ce jour, pas de contact avec l'ennemi.

Lundi 18 septembre 1944:Les Américains attaquent et le 2e bataillon perd le Zuckerhut - Pain de Sucre-.

Mardi 19 septembre 1944:Je positionne ma compagnie d'assaut, ma seule réserve en contre-attaque. Partant d'Agincourt, elle reprend le Pain de Sucre tôt le matin alors qu'il fait encore sombre. Dans l'après-midi les Américains s'y dirigent, avec des blindés et de l'infanterie, enlèvent le sommet et en fin d'après-midi occupent également Agincourt. En même temps les Américains attaquent mon aile gauche - le 1er bataillon-mais sans succès.

Mercredi 20 septembre 1944: A la tête de ma Compagnie d'Assaut je reprends Agincourt. Combats de rue et échange de tirs à courte portée. Je fais moi-même un prisonnier en combat rapproché. En dépit de ce résultat mon 2e Bataillon est sollicité et secoué. Mes jeunes soldats mal entraînés manquent de repos et de pratique du combat. Mon aile gauche (le 1er bataillon du capitaine Hoppe) se distingue et repousse les Américains.

Jeudi 21 septembre 1944 :Les Américains attaquent sur l'ensemble du front. Mon aile gauche - Hoppe- tient bon, bien que le feu de l'artillerie ennemie soit très fort, mais mon aile droite perd Agincourt pour la deuxième fois et je n'ai plus de forces pour une contre(attaque. Les Américains percent à gauche de mon régiment et menacent mes arrières.

Vendredi 22 septembre 1944: La Division ordonne au régiment de reculer vers le Nord et de repousser l'attaque de l'ennemi sur le (Grand) Couronné; ces décrochements à effectuer de jour sont, à mon avis, des mesures imprudentes.

A 12h00 mon PC quitte Eulmont, et à 16h00 nous sommes sur le Couronné que l'ennemi prend sous son feu depuis l'Ouest. Mon aide de camp - Lieutenant Lütt- est blessé. Fréquents vols en rase-motte des Américains. Le soir, dans un village, au fond d'une vallée (Montenoy ?). Dans la nuit, poursuite de la retraite vers le Nord. La route du repli est fortement surchargée. Les autres troupes (étrangères à la Division,  ceux de la Luftwaffe!) utilisent des véhicules de prise, à faible garde au sol, qui restent embourbés et encombrent la chaussée. Encore un motif de souci en plus.

Samedi 23 septembre 1944 :Nous ne trouvons pas de maison pour y loger le PC et nous l'installons dans le "Bois des Seigneurs"( ?) qui offre une couverture pour les nombreux vols des avions de l'artillerie américaine.

Il commence à pleuvoir et ça devient désagréable.

Dimanche 24 septembre 1944 : Nouveau PC vers Chenicourt. Je maintiens les ordres pour une attaque de nuit. Les Américains ont plus de personnel et en plus des blindés, nous pas. J'informe la Division -le nouveau commandant est le général de brigade J. Braun), et trouve auprès de lui de la compréhension, au contraire du 13e SSPanzerKorps. L'attaque ne donne aucune suite, seulement des pertes.

Lundi 25 septembre 1944 : De nouveau des ordres pour que j'attaque, de nuit ! La supériorité de l'ennemi est devenue encore plus pressante et je déconseille encore une fois. Braun est encore compréhensif, mais impossible de convaincre le 13e SSPanzerKorps. Nous attaquons de nouveau, mais cette fois avec un autre bataillon. Comme prévu, aucune suite. Ni chaud, ni froid du corps blindé ou de la division pour éclairer le commandant du régiment au sujet de la nécessité d'attaquer -quel dessein se cache là-dessous ?

Histoire du 134e Régimentd’Infanterie américain par le Colonel Miltonberger

14/15 Septembre 1944: Libération de Nancy

Samedi 16 septembre 1944 : Au soir,  le 1er bataillon tient Tomblaine et ses alentours, et le troisième à la compagnie L à Malzéville et la I et la K à leurs objectifs, au bord du Plateau de Malzéville dont les versants boisés sont à 300m au-dessus de la Meurthe.

Dimanche 17 septembre 1944 : Dans l'après-midi le 1er Bataillon arrive au Nord-est (de Nancy), ses sections traversent Essey au travers des tirs de petit calibre et de quelques coups d'artillerie; le 2e bataillon se rassemble à l'Ouest, la compagnie G relève la L à Malzéville. Ceci permet au 3e Bataillon de consolider sa position. Le capitaine Greenlief de la L subit quelques tirs de mitrailleuse en se dirigeant vers la droite de la compagnie K, l'opposition est effacée avec l'aide d'un tank-destroyer ,  autre exemple de succès par l'emploi de T.D. pour une action offensive. Il est déjà tard le soir quand les objectifs sont atteints.

La compagnie K, après une forte résistance à Dommartemont, fait mouvement pour prendre la butte Sainte-Geneviève, un appendice arrondi du Plateau de Malzéville. La scène est prête pour renouveler une attaque sur toute la ligne le lendemain.

Lundi 18 septembre 1944 : Après quelques ajustements des plans, le 134e RI démarre à 10h00. Alors tout le monde se lance: les trois bataillons attaquent vers le Nord, aucun système de défense n'apparaît, ou plutôt l'opposition n'a pas une ténacité uniforme, mais chaque bataillon reçoit des tirs.

Le 2e Bataillon attaquant vers le Nord de Malzéville rencontre rapidement une résistance opiniâtre. Les mitrailleuses allemandes, adroitement dissimulées sur les pentes boisées du Plateau tirent sur les flans et chaque pouce de terrain gagné coûte cher; les chefs de cette unité font face à une situation particulièrement critique. Ils doivent aller au combat avec des compagnies dont la majorité des hommes sont des remplaçants. Ce bataillon fait alors sa première attaque depuis les pertes malheureuses subies au Pont de Flavigny. Le résultat remet en cause tout le système des remplacements.--------- (ici un grand § sur le problème de l'intégration des nouveaux arrivés au sein d'une unité.) ------ C'est difficile pour ces chefs de pousser en avant ces jeunes combattants dans ces conditions.

Au centre, les compagnies du 3e Bataillon avancent sur les pentes boisées du Plateau, un plateau qui sert d'aérodrome aux Allemands. Là, la Cie K, sur le côté droit, atteint l'objectif sans grande difficulté, mais la I en a plus sur la gauche. La Cie du lieutenant Hyde avance parmi des défenses identiques à celles qui ont provoqué quelques troubles parmi le 2eBataillon. Hyde lui-même va se rendre compte de ce qui stoppe la Cie, mais ce faisant, il s'expose au feu de l'ennemi? Il tombe sérieusement blessé par une balle qui a percé son casque.

Pendant ce temps, le 1er Bataillon, venant de Pulnoy, avance à la droite du 3e. Seichamps tombe. Alors que le 3e s'assure de la Butte Sainte-Geneviève et du bord circulaire du Plateau de Malzéville, le 1er peut s'avancer sans se soucier de sa gauche. Son flanc droit, au contraire, est exposé, car le 137e  RI a quelques difficultés à traverser la Forêt de Champenoux quelques km au Sud-est. Les observateurs allemands à Amance, une colline à 4 km au Nord surveillent une bande de terrain d'environ 1000 m que le 1er Bataillon doit traverser, mais dans l'immédiat l'obstacle le plus direct dans la zone d'action de l'unité est le " Pain de Sucre" -Sugar Loaf-. C'est un point clé important sur le terrain. Il s'élève comme une protubérance isolée des autres collines, pour atteindre une altitude égale à celle du Plateau de Malzéville et permettant ainsi une observation dans toute les directions et commandant pratiquement toute la vallée. Il est devenu le premier objectif du 1er Bataillon. A l'avant-garde de cette attaque se trouve le sergent Ralph F. Greely et sa section de mitrailleuses de la Cie D. Quand le tir des fusils et autres petites armes ennemies menacent de stopper la progression, Greely devient un exemple de courage en continuant sa course; il saisit une mitrailleuse lourde montée, la traîne péniblement seul jusqu'à un emplacement exposé d'où il peut assurer la progression. Cela lui coûte la vie, mais maintenant l'attaque a acquis un élan. Poussant les défenseurs nazis devant lui, le bataillon avec la Cie A du 737th Tank Battalion fait, fermement mouvement en avant pour que le point-clé ne soit plus occupé.

Derrière le Pain de Sucre, au Nord-ouest, se trouve un village typiquement français appelé Agincourt ----(§ sur Azincourt)----. De cet endroit se déversent des tirs défensifs sur les tirailleurs dès qu'ils dépassent le nez Ouest du Pain de Sucre. Un canon antichar à haute vélocité touche en direct un des chars Sherman de soutien, l'arrêtant net et le mettant en flammes. Le 2nd lieutenant Gerald L. Hassel, du Wyoming, observateur de l'artillerie de campagne, pousse en avant pour diriger un tir sur les positions ennemies, mais lui aussi est sous leurs feux et il est tué dans sa tentative.

Le Capitaine Francis C. Mason comprend qu'on en est à un point critique et il sait que le seul moyen de réduire l'efficacité des tirs de l'ennemi est d'aller en avant. Il entraîne avec lui en avant les hommes de la Cie B; le lieutenant Kjems et la Cie A restent à son côté, ainsi que les chars de soutien. Ils plongent sur Agincourt et commencent à déloger les Nazis à courte portée. Les blindés américains prennent leur revanche en mettant hors de combat un redoutable blindé allemand dans la rue. Même en forçant l'entrée du village, le résultat final n'est pas encore acquis. Il faut une action décisive de la part d'individus héroïques. Cela exige un effort tel celui du sergent Thaine J.Hale du Nebraska, alors que le combat continue dans le crépuscule. Hale est un des quelques 80 hommes du 1er Bataillon qui se trouvent soudainement isolés. Une attitude de résignation est en général la réponse immédiate lors d'un encerclement. La réaction du sergent Hale est tout à fait à l'opposé.

Comme éclaireur de section de la Cie A, le sergent a été blessé en Normandie et ce vétéran a rejoint récemment sa compagnie. Il veut rattraper le temps perdu. Son courage personnel n'a pas de limites.

Les 80 hommes retiennent 20 prisonniers qu'ils ont pris et trouvent refuge dans des granges le long d'une rue. Il est clair que leur sécurité demande une action immédiate. Le sergent Hale agit rapidement. Dans la confusion et dans l'obscurité grandissante il sort du village en courant dans la lueur changeante du tank qui brûle, trouve un blindé américain au-dehors, saute dessus, et le dirige vers ses camarades piégés. C'est alors qu'il s'aperçoit que le char n'a pas de mitrailleur. Le sergent Albert Rogers du Kansas, chef d'un groupe de mitrailleuses, parmi les encerclés, se précipite pour combler le vide. Il saute sur le blindé et actionne sa précieuse machine. Le feu du char disperse les forces allemandes et permet aux Américains de rejoindre leur unité; mais durant cette manœuvre dans les rues, alors que Thaine Hale chevauche le tank pour sauver 80 hommes, il rencontre sa propre mort.

Les batteries du 161st Field Artillery sont déjà en position sur le Plateau de Malzéville. Le Major Shuster, toujours à suivre une attaque de près, est sur le plateau juste après la prise du terrain, et tandis que les balles de mitrailleuse et de fusil claquent au travers de l'ex-terrain d'aviation, il met ses Howitzer en position (105mm).

Nuit du 18 au 19 septembre 1944

Le Groupe de Combat (Combat Team), en plus des unités de soutien habituelles - principalement le 161ème d'artillerie et la Cie A du 60ème bataillon du génie- devenu alors: Force Spéciale (Task Force) reçoit d'autres unités pour renforcer sa puissance : la Cie A du 654th Tank Destroyer Battalion (chasseurs de char), la Cie A du 737th Tank Battalion, et le 127th Field Artillery Battalion (howitzer de 155mm). Alors, selon les ordres, le 2e bataillon doit attaquer plein nord à 07h00 pour prendre Chamois (Chavenois ?) et continuer vers le nord; le 1er Bataillon doit démarrer à 10h00 en direction d'Amance 5 km au Nord-est du Pain de Sucre, puis continuer vers Bouxières-aux-Chênes, 2km au N-N-W d'Amance. Le 3e bataillon suit le 1er et se prépare pour pousser ailleurs.

Entre le moment où ces ordres sont diffusés- le 18 à 19h00 et l'heure de l'attaque prévue, l'ennemi exécute quelques plans de son cru. Il n'est pas enclin à laisser tomber un point-clé tel le Pain de Sucre-. En pleine obscurité, vers 03h00, les hommes des compagnies A et C, en position défensive organisée tard le soir précédent, cherchent à avoir quelque repos avant autre chose à venir. Un torrent de tirs de mitrailleuses et un barrage précis de mortiers lourds annoncent l'arrivée d'une contre-attaque. Les hommes du 1er bataillon répondent vite, mais très rapidement les soldats ennemis sont sur eux, apportant la confusion. De lourdes pertes augmentent cette confusion et aussi la mort, cette nuit, d'un des meilleurs entraîneurs de ce bataillon. Le sergent Philipp G. Blair de l'Utah est l'un de ces soldats dont le potentiel n'avait pas été révélé lors de l'entraînement. Son physique ne lui avait pas toujours permis de résister à la rigueur de longues marches et autres vigoureux exercices sous le soleil de l'Alabama; mais depuis le début des opérations en Normandie il s'était conduit avec une détermination qui avait fait de lui un des plus valables sous-officiers de la Cie A, et son endurance l'avait emmené partout sans encombre; mais cependant, maintenant, la partie est trop forte, et il est tué dans cette action. C'est aussi là que le lieutenant Constant J. Kjems, qui avait le commandement de la Cie A, et dont la conduite avait été exemplaire au Fort de Pont-Saint-Vincent, est tué en action au début de la contre-attaque.

Le lieutenant Edward K. Hum de l'Ohio, commandant en second la compagnie A, prend aussitôt les rênes et mène tous les hommes qu'il peut rassembler, dans l'obscurité, au plus fort d'un combat serré et même au corps à corps. A l'aurore, le lieutenant Hum constate qu'il ne reste avec lui que 11 hommes, encerclés par l'ennemi. C'est un test de commandement que de sortir ces hommes de cette position ennemie, mais sauvé par un léger brouillard, Hum réussit l'épreuve et rejoint sa compagnie qui s'était repliée sur une petite croupe au Sud de la colline.

Un autre groupe d'hommes se trouve dans le même cas; le sergent-chef George W.Daugherty, les sergents Penn D.Soland, Harold H.Schultz, le 1ère classe Hobert Hunt se retrouvent isolés, ils entretiennent un feu de snipers jusqu'à ce que trois d'entre eux décident de s'infiltrer au milieu de l'ennemi pour rejoindre leur unité. Le sergent Schultz reste en position pour les protéger dans leur tentative. Ils réussissent, et un peu plus tard Schultz aussi peut s'évader.

Mardi 19 septembre 1944 : Avec la perte du Pain de Sucre et les lourdes pertes du 1er bataillon, il était manifeste que les plans d'attaque devaient être modifiés. Le 2e Bataillon peut, malgré tout, procéder à son attaque à l'heure (07h00), et il le fait, avec une faible opposition initiale.

Encore une fois, cependant, quand une forte opposition se manifeste, les hommes s'accrochent au sol. En s'exposant lui-même pour relancer l'attaque, le capitaine Glenn W.Saddler, qui avait pris le commandement de la Cie F après Flavigny est hors de combat, et le lieutenant Bibby le remplace.

Pendant ce temps, au P.C. du 1er Bataillon où le major Craig est le commandant en second, le major Wood du 3e bataillon et le colonel Boatsman du 1er bataillon se réunissent avec le général Sebree pour étudier les moyens d'amener le 3e bataillon dans le but de reprendre le Pain de Sucre. En liaison téléphonique avec le chef d'Etat-Major,le général Sebree confirme que la butte doit être reprise,mais avec une préparation préalable.

D'abord une première solution serait d'amener le 3e en arrière pour attaquer au travers du 1er bataillon.

Le major Wood préférerait une solution plus évidente à son avis, attaquer vers l'Est en descendant du Plateau de Malzéville. Ce serait au travers du front du 1er Bataillon., et cette unité serait en position de le soutenir l'attaque par son feu, mais il serait nécessaire de soutenir le flanc gauche en tenant Agincourt.

C'est ce point de vue qui est retenu; avec deux sections de chars et une de chasseurs de char, le 3e Bataillon déclenche son attaque à 13h30 après une préparation d'artillerie de 10 minutes. C'est un modèle d'attaque mixte blindés/infanterie. A proximité du croisement des "5 Coins" près de la Ferme, là où la Butte St.Geneviève rejoint le Plateau de Malzéville, une section d'infanterie de la compagnie K, 5 hommes sur chaque blindé déboule sur la route d'Agincourt, le long du plateau, vers le Nord-est, pendant que l'autre section de chars et sa section d'infanterie montée fait mouvement en descendant la route qui mène vers l’Est, le long de la butte St.Geneviève. Le reste de la Cie K et la Cie L suivent à pied. Comme les blindés atteignent le bas de la vallée et traversent la grand-route, les deux colonnes se déploient en éventail pour former une simple ligne irrégulière de tirailleurs avec, derrière eux, un feu continu de mitrailleuse et de quelques coups de 75mm; ils commencent à gravir la colline. Jusqu'alors, masqué par la troupe qui avance, le 1er bataillon entretient un tir effectif de diversion venant du Sud. Pendant ce temps, la Cie I et les tanks-destroyer suivent la colonne de gauche en descendant la pente, et quand la première colonne se tourne vers la colline, elle se "décortique" et continue vers Agincourt. C'est là qu'il y a la plus forte opposition,mais la Cie I occupe Agincourt, et l'attaque vers l'objectif principal progresse doucement. A 13h45 les blindés sont aux trois-quarts de la pente et à 14h10 ils sont sur la crête. A ce moment un canon antichar, d'une colline voisine, envoie un coup direct sur le char de commandement sur lequel est monté le lieutenant Jack Campbell, commandant de la Cie K, heureusement il n’est que légèrement blessé.

La Cie continue son combat à Agincourt avec le lieutenant James Cecka -venant de la Cie M pour remplacer le lieutenant Hyde touché ; finalement après qu'un autre blindé soit détruit dans les rues, le village est occupé.

La réalisation a été menée rapidement à bonne fin, avec des pertes à peu près négligeables et la prise d'un objectif que les Allemands avaient suffisamment prisé pour en réaliser la reprise par une contre-attaque 1/2 journée plus tôt. Une reconnaissance adéquate, une coopération serrée entre blindés et infanterie, des buts clairement définis pour chaque unité, des tirs de soutien et de diversion, une direction d'approche modifiée et une exécution habile, précise et dynamique contribuent au résultat.

Mercredi 20 septembre 1944: Mais de nouveau l'ennemi revient et s'efforce de reprendre possession du point-clé perdu. Tout d'abord on croit à une légère infiltration sur Agincourt à 05h00, mais un 1/4 d'heure plus tard, il est évident que c'est une attaque à grande échelle sur les deux: Agincourt et le Pain de Sucre.

C'est encore un combat tendu, à courte portée, dans l'obscurité. Le "Technical Sergeant " Charles Ostrom de l'Oregon, de la Cie K, remarque deux soldats allemands, armés d'une mitrailleuse, rampant dans la pente vers un canon antichar du bataillon. Ostrom se faufile pour se rapprocher et leur lancer des grenades pour les tuer, mais comme il revient vers sa section, il est lui-même tué par le feu ennemi. Quelques minutes plus tard, ce même canon stoppe un blindé qui soutient l'attaque allemande. Fusils, mortiers, mitrailleuses, grenades retentissent partout sur la colline. Agents de liaison, observateurs d'artillerie, tout le monde tire. Alors, cette fois-ci, les Cie K et L, étroitement coordonnées sont prêtes pour attaquer.

La Cie I est en train de passer un moment difficile. Les escouades allemandes submergent le PC et plusieurs autres petits groupes. Dans une des maisons encerclées le sergent-chef Huston Temple du Tennessee - chef d'escouade-, se rend compte qu'il ne peut tenir contre cette force inattendue, mais d'un autre côté il n'est pas prêt à se rendre. Donc il ordonne à ses hommes de fuir et il ouvre le feu pour protéger leur fuite. L'ennemi lance des fusées éclairantes, mais Temple, allant rapidement d'une fenêtre à l'autre en créant l'illusion du nombre, peut tirer efficacement avec cette lumière et il prélève un lourd péage chez ces soi-disant ravisseurs; puis il réussit lui-même à se sauver, indemne.

Jeudi 21 septembre 1944 : Agincourt est perdu, mais l'objectif principal - le Pain de Sucre- a tenu : à 06h30 on note un rapport "tout est sous contrôle sur la colline" et le village, sans le point dominant, est une possession vide.

A midi un terrible bombardement d'artillerie s'abat sur le village, un peu plus tard dans l'après-midi, on le retrouve, vide. Le lendemain une patrouille dénombre 42 soldats allemands tués. Le Pain de Sucre est acquis.

(Une note sur l'article paru dans le New-York Times au sujet de cette bataille)

Pendant que le 3e Bataillon s'occupe à consolider la butte, le 1er continue sa réorganisation -la Cie B étant sur le plateau pour renforcer le 3e bat.- le 2e renouvelle son attaque vers le Nord.

Le bataillon du colonel Walker ayant élargi sa zone vers la droite- pour occuper une partie du terrain du 3e alors que celui-ci se rassemblait- la Cie G, dans la zone auparavant tenue par la Cie I, conduit l'attaque. Elle fait mouvement sur une éminence qui dépend du plateau. Elle avance avec le soutien d'une section de chasseurs de char, mais le terrain n'est pas facile, les Allemands tenant des positions bien dissimulées prévues pour défendre. Une fois de plus le même feu meurtrier part des postes retranchés sur le flanc droit. Une fois de plus l'attaque s'embourbe. Mais alors le sergent-chef Junior Spurrier entreprend une action décisive: il revient sur un blindé, grimpe dessus et empoigne une mitrailleuse de calibre 50 -arme prévue normalement contre une attaque aérienne- et dirigeant le tank-destroyer vers le tir de flanquement -autre hérésie: utiliser le T.D. comme char- il ouvre le feu avec l'impressionnante 12.7mm. Presque instantanément il obtient, par son feu mortel, une supériorité. Comme les soldats ennemis tombent et s'enfuient devant le monstre d'acier, Spurrier saute à terre, court sur les abris pour finir de nettoyer en lançant des grenades.

Il remonte sur le blindé et nettoie une deuxième position de façon identique. Naturellement le blindé attire le feu adverse mais Spurrier y reste pour atteindre le sommet de l'éminence et capture 22 prisonniers. Ces exploits vaudront au soldat de la Virginie-Ouest la "Distinguished Service Cross" et une réputation de "Champion de l'Armée". Maintenant toute la compagnie va en avant; mais les positions tiennent bon et ne plient qu'avec des grenades au phosphore.

A peine moins spectaculaire est l'action d'un autre soldat de la Cie G, le 1ère Classe Thomas G. Holt du Mississipi. Armé d'un fusil automatique il saute sur blindé pour manœuvrer la mitrailleuse de 50 et bien que soufflé par l'explosion d'un obus, il remonte pour assurer un tir hautement efficace pour le soutien de ses camarades.

Vendredi 22 septembre 1944 : (Le PC du Régiment est installé à Pixérécourt)

Dans l'après-midi, le général Eddy commandant le 12e Corps, accompagné du général Baade commandant la Division visitent le PC. Ils ordonnent de poursuivre l'attaque vers le Nord pour effectuer la jonction avec la 80e DI.

Samedi 23 septembre 1944 :Tôt le matin, le 1er bataillon fait mouvement au travers du Plateau de Malzéville pour venir à droite du 2e, en vue d'une attaque coordonnée, à déclencher  sur  ordre de la Division vers les Bois de Faulx, des renseignements antérieurs ayant décelé qu'une force ennemie d'environ 1700 hommes incluant les 1119GR, 1120GR, 92LWR,et 593rdFlakB occupaient les Bois de Faulx.

Pendant que les 1er et 2e Bataillons attendaient les ordres, la 6e Division Blindée arrivait, de réserve, à 07h00 pour faire mouvement vers l'Est.

Le 134e RI est prêt à attaquer à 09h00. Les objectifs immédiats sont Lay-Saint-Christophe pour le 1er bataillon et Bouxières-aux-Dames pour le 2e. L'obstacle de terrain le plus sérieux pour les deux bataillons est un profond couloir parallèle au front, dans lequel il y a une petite rivière (l'Amezule) et une voie ferrée. Ils comprennent vite que l'ennemi, par ses tirs, couvre la voie ferrée. Le 2e Bataillon a deux compagnies au-delà de la voie à 14h35, mais il est incapable de remonter la pente plus loin. Les tirs de mortiers et de mitrailleuses se font plus intenses au crépuscule. Finalement la Cie A. atteint son objectif à 19h40, et la Cie B monte un peu plus haut trois-quarts d'heure plus tard. Le 2e Bataillon, cependant, est incapable de faire la moindre progression.

Dans le but de créer une diversion, une "Task Force" - force spéciale- est formée. Elle est composée de chasseurs de char, de I, d'une section de R, et d'une partie de la compagnie antichar, et porte le nom : Task Force Magruder. Le commandant de la Cie antichar, revient en arrière pour traverser la Meurthe, progresse le long de la rive Ouest pour être en position contre le flanc de l'ennemi faisant face au 2e Bataillon.

A 22h30, ce groupe ouvre le feu aux canons de 57mm, de 3 inches (76,2mm) et aux mitrailleuses de calibres 50 (12,7) et 30 (7,62). Cela fait un vacarme épouvantable le long de la rivière et produit une assistance efficace pour l'avance du 2e Bataillon.

Dimanche 24 septembre 1944, dans l'après-midi, le Pain de Sucre prouve sa valeur comme poste d'observation. On remarque déjà que l'ennemi se replie d'Eulmont et d'une manière générale tout ce qui était devant le 1er Bataillon quand il attaquait vers le Nord, fuit. Le général Eddy a appelé du Corps d'Armée pour déclarer : " l'aviation va avoir sa grande occasion!"

Enfin à 15h20, le lieutenant Campbell, de la Cie K,rapporte à son bataillon qu'il y a une grande colonne ennemie d'infanterie, de chevaux, d'artillerie tractée,y compris des pièces lourdes et des voitures de commandement, faisant mouvement vers le Nord, dans les parages de Moulins à environ 4,5km au Nord du Pain de Sucre; il requiert une frappe aérienne à brève échéance, et en même temps des tirs de l'artillerie divisionnaire sur cette colonne. Campbell rapporte que la colonne avance, et à 15h43, le major Wood appelle le PC du régiment pour demander une frappe aérienne. Les chasseurs-bombardiers étaient déjà en l'air, et à peine quinze minutes plus tard les avions fondent sur la cible. Encore et encore les appareils retournent attaquer leur proie pendant presque une heure. Les résultats sont notés dans le journal régimentaire:

16h00. L'observateur de la Cie L rapporte que l'armée de l'air pilonne une colonne allemande faisant route vers Bouxières-aux-Chênes. Le major Wood précise qu'elle est en pleine débandade.

16h42. Le major Wood rapporte que les avions bombardent avec des bombes à essence (napalm) l'infanterie. Les chevaux courent tout autour. Le corps aérien déchaîne un enfer sur les Allemands en déroute.

La percée est faite, et quand les 1er  et le 2e Bataillons s'élancent le matin suivant ils peuvent avancer tout au long des Bois de Faulx sans rencontrer de résistance. Le 2e Bataillon fait sa jonction avec la 80e DI à Custines. Le chemin est ouvert pour renouer avec l'avance vers l'Est. Le 3e Bataillon recommence à faire mouvement vers Eulmont, Moulins, Bouxières-aux-Chênes. Plus tard dans l'après-midi le 3e Bataillon monte en camions pour rejoindre Leyr, déjà occupée par le Groupe de Combat B [CCB] de la 6e Division Blindée.

Commentaires

- On peut remarquer qu'il n'y a pas toujours cohérence parfaite entre les 2 récits; le contraire eut été surprenant.

- On note qu'aucun des deux adversaires ne fait état de ses pertes, ce qui est habituel de la part de militaires.

Selon une autre source américaine, le 134e RI US a subi, en septembre 1944: 82 tués en action, 585 blessés, et 378 manquants, soit au total 1045. Les pertes du régiment ayant été faibles lors des combats antérieurs (Fort de Pont-Saint-Vincent,) et ultérieurs (sur la Seille et en fin de mois en Forêt de Grémecey), si l'on retranche à ce nombre 1045, les pertes du 2e Bataillon  au Pont de Flavigny 600 hommes ! Il reste au moins 200 hommes pour l'Amezule et nos villages.

Le régiment réapparaîtra début 1945 avec la 553eVGD, lors de la contre-attaque " Nordwind" en Alsace, au Nord de Strasbourg.

- On voit, sur Internet, de nombreuses tentatives de recherche par des personnes liées à ces disparus quant aux lieux de sépulture de leur proche.

- Pour tous ces jeunes, peu importe leur origine, ce fût un face à la mort.

-) La lecture de la suite du rapport allemand précise qu'à la date du 9 octobre 1944 le colonel se retrouve avec un effectif de 50 hommes pour ses deux bataillons. Le régiment est re-complété le 13 octobre,et le rapport se termine le 20 novembre: " le régiment a cessé d'exister", son colonel, en sautant dans un fossé, la nuit, dans les Vosges aux environs de Sarrebourg,  près de Vaspersviller, tombe sur deux soldats français de la 2e DB de Leclerc qui s'y terraient déjà sous les obus ! Et qui, bien sûr, le font prisonnier. 

Les Pertes

Evidemment, les habitants de chacun des trois villages, outre leurs tués, leurs blessés et leurs incendies imaginaient bien que les pertes des soldats étaient élevées. Mais quelle stupéfaction

face au tableau des chiffres découvert à la suite d'une recherche plus poussée, motivée par la consultation des listes des cimetières militaires américains. 

Chez les Allemands:

Un échange de courriers récent avec la "Abteilung Militärarchiv" des "BundesArchiv" de

Fribourg-en-Brisgau m'a précisé qu'il n'existe pas, à leur connaissance, de liste des pertes du 1120ème Régiment de Grenadiers. Peut-être des déplacements sur les deux cimetières militaires allemands d'Andilly (près de Toul) et de Niederbronn seraient plus fructueux !

Donc, nous n'avons comme information, que le rapport américain du jeudi 21 faisant état de

42 soldats allemands tués relevés à Agincourt. 

Chez les Américains:

L'étude du site www.coulthart.com/134/, et notamment le chapitre "Battle Casualty Reports"

-registre des pertes au combat-, uniquement pour le 134ème Régiment d'Infanterie, sans les autres unités de soutien : chars,artillerie, sapeurs, etc., fait ressortir le tableau suivant, pour la période du 18 au 25/09/1944, soit 7 jours :

KIA  Killed in action   (tués au combat) : 81

MIA Missing in action (disparus ou prisonniers) : 62

DOW Died of wounds (décédés après blessures) : 3

SWA  Seriously wounded (blessés gravement) : 35

LWA Slightly  wounded (blessés légers) : 250

Pour les tués et prisonniers, ce sont majoritairement des soldats du 1er Bataillon pour Lay-Saint-Christophe et du 3e Bataillon pour Agincourt.

On peut donc affirmer que les Américains n'ont pas gagné uniquement grâce à leur matériel ! Peut-être que ces lourdes pertes reflètent le peu d'expérience et même une certaine naïveté du commandement, mais en tout cas, quel courage.

70 ans plus tard, on peut ne pas être entièrement d'accord avec les actuelles politiques intérieure ou extérieure des Etats-Unis, mais on ne doit pas oublier de tels sacrifices.

Tous les soldats tombés au combat ne sont pas enterrés en France. En 1946/1947 l'Etat américain a offert aux familles soit de rapatrier les corps,soit de les laisser reposer à perpétuité sur des terrains que la France a mis à disposition.

C'est ainsi que sur les 81 G.I. cités ci-dessous, 40 sont repartis outre-Atlantique, un seul est enterré à Dinozé (près d'Epinal) et 40 à Saint-Avold.

La liste jointe en annexe précise, par jour, pour chacun le nom, le prénom, le grade, puis le carré,la rangée et enfin le numéro de la tombe. 

Note de l'auteur

J'ai vécu ces moments difficiles et ils sont gravés ! : Je revois, comme si c'était hier, ce blindé brûler sur la pente Nord du Pain de Sucre, ou bien ces G.I. descendrent du Bois de Flavèmont vers l'Amezule, alors que les fantassins allemands les mitraillaient.

Je dois préciser que j'avais 14 ans, que mes grands-parents habitaient une maison de famille "de vigneron ", située au tiers supérieur d'Eulmont. Mon ami et voisin, Robert Boisel, futur prêtre, possédait une vieille longue-vue, et quand les obus ne tombaient pas, on observait depuis son jardin !

Cette maison avait une belle cave voûtée, étayée par mon grand-père (ancien maçon), elle nous abritait; avec les voisins, nous y étions 37 ! Et croyez-moi, tout le monde avait peur -sauf peut-être ceux qui avaient fait 14/18- et tout ce monde priait ! Avec ferveur !, interrompus seulement par les sifflements, mais reprenant sitôt l'explosion passée.

Les effets de cette peur, différents selon les personnes, furent pour moi une des découvertes de mon adolescence !

 

François HUBINET Lutzelhouse, décembre 2012

Liste des G.I. tombés au combat à Agincourt, Lay-Saint-Christophe & Eulmont     

Pvt = Private = simple soldat

Pfc = Pvt First Class =    "     de 1ère classe

T5  = Technician grade 5

TSgt=Technical Sergeant  grade 4

SSgt= Staff Sergeant = Sergent-chef grade 3                              

Sgt = Sergeant = Sergent  grade 4 

2Lt = Second-Lieutenant = Sous-Lieutenant 

1Lt = First-Lieutenant = Lieutenant. 

Lundi 18 septembre 1944

Bond Edward                 Sgt      C 29 86            

MacLeod William          Pfc      C 26 74            

Mooers Fredricks         TSgt      C 23 86           

Petrello Herbert            SSgt      A 26  9            

Ports Kenneth                 2Lt      ?                      

Mardi 19 septembre 1944

Alameda James               Pfc      C 15 87           

Anderson Victor            SSgt     C 15 99           

Bier Frank                       Pfc       ?

Jarmusz John                  T 5       C 19 106

Kyle Eldon                       Sgt      ?

Mallory Lawrence            Pfc      ?

Maltempo Louis               Pvt    C 10 81

Ravone Anthony              Pvt     K 30 11

Sears Bertis                      Pfc       ?

Smith Fred                       Pfc     B 34 39

Springli Carl                     Pfc      ?

Starkey Ralph                   Pvt    C 29 67

Mercredi 20 septembre 1944

Billman Arthur                 Pfc      ?

Collins Victor                 SSgt      ?

Cooper Sam                      Pfc    C 20 63

Cowan Viven                   Sgt     C 14 99

Dean Arthur                     Pvt     C 17 81

Ebersole Melwin              Pvt        ?

Gaulin Ferdinand             Pfc        ?

Gilliland Joseph               Pvt        ?

Gustafson Walfred         TSgt       ?

Hale Taine                      SSgt     B 12 35     décoré de la Silver Star

Hooten Caldwin               Pfc     C 24 94

Iaia Joseph                       Pfc         ?

Johnson Richard              Pfc      C  5 82

Joniak Joseph                   Pfc      C 18 46

Kjems Constant                1Lt     C 17 87     décoré de la Silver Star

Macchinole John               Pfc        ?

Ostrom Charles                TSgt    G  6 23      décoré de la Silver Star

Purvis Robert                    2Lt        ?

Shimer David                    Pvt        ?

Stone Georges                 SSgt     C 11 82

Styskal Edward                 Sgt         ?

Thompson Ernest              1Lt         ?

Wilkinson Herbert           SSgt     C  5 63

Wotipka Amil                  TSgt         ?

 

Jeudi 21 septembre 1944                                                                     

Arcklet Norman            Pfc   C  4 68

Bass Robert                  Sgt   K 10  8

Brown Arthur               Pvt   C 24 99

Campbell Ernest           Pvt      ?

Courtney John              Pvt   C  4 63

Dobis Arthur                T 5      ?

Duke Lonnie                 Pfc     ?

Ewing Charles              Pvt     ?

Ferrante Lawrence        Pvt   C 21 103

Herrin Mason                Pfc     ?

Jemreck Edward           Pfc    C 17 99

Mack Robert                 Pvt    C 11 81

Malpass jerrie               Pfc     ?

Manning Leslie            Pfc      ?

Owen Robert                Sgt      ?

Rapole John                 Sgt      ?

Tawney Aldvin            Pvt      ?

Vendredi 22 septembre 1944

Cohen Irving                Pvt      ?

Falzone Beneditto        Pvt     C 11 67

Harrisson Donald         Pvt     C 25 14

Karpin Raymond         Pvt      ?

Samedi 23 septembre 1944

Bayles Robert            SSgt     ?

Cobb Roy                     Pvt     ?

Drummond Joe            Pvt     D  2 26

Fournier Louis             Pvt     ?

Garretson Lee              Pfc     C 18 44

Geisler Howard           Pvt     ?

Guenther David           Pvt     K 30 21

Hill Billie                     Pfc    C 18 91

Koziol Edward             Pvt    A 25 47  enterré à Dinozé-Epinal

Lagonia Thomas          Pvt    C 25 74

Lamanna Joseph          Pfc    ?

Lowe Joseph                Pvt    C  8 54

Morgan Robert            Pvt    C 15 54

Perez Manuel               Pfc    ?

Seymour Edward         Pvt    ?

Warner William           Pvt    C 20 84

White John                   Pvt    ?

Dimanche 24 septembre 1944

Camp Thomas             Pvt     ?

White Charles              Pvt    C 22 81 

 

Au total :                      81 soldats tombés.

                                     40 repartis aux U.S.A.

                                     41 enterrés en France.