La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

156e Bataillon d'Artillerie

1er jour de combat
par le capitaine JOHN B. BRICKOUSE

                                    Rapport sur les dernières 24h00, le 16 octobre 1944.
Organisation du 156e Bataillon d’artillerie de campagne.
Localisation VO 88998 - Région de Lunéville, France.

 RAPPORT D’ÉVÉNEMENTS.

Départ de l’ancienne position à 07h45 en convoi routier, arrivée dans les environs de Lunéville à 12h00 ; distance parcourue 112 km. Prise de position défensive sous le feu de l’ennemi. Moral vraiment bon.

Le rapport du matin montre que le 156e Bataillon d’artillerie de campagne avait terminé son entraînement et entrait dans la phase réelle de soutien de l’infanterie avec ses 12 canons de 105 Howitzer .Le bataillon a été complété 3 jours avant la traversée de la France qui fut un circuit gastronomique et qui s’est terminé sur une colline boisée dominant Lunéville. Le plus dur fut de monter sur cette colline afin d’installer le bivouac, mais chaque camion s’enlisait car il y avait de la boue partout, grâce à une habile main d’œuvre de nos soldats le bataillon arrive sans dommage sur la hauteur. Les Howitzer sont aussitôt installés et les 1er trous individuels sont creusés, il pleut, le ciel est couvert et tout le monde est mouillé jusqu’aux os. Le moral est bon, à quelque distance, on peut entendre le grondement de l’artillerie de la 79e Division d’Infanterie US qui pilonne les lignes allemandes.

Cet après midi, les commandants de batterie, les officiers et les patrouilles de reconnaissance effectuent leur première sortie. Certains pensent qu’ils vont finir la guerre ici. Chaque soldat est équipé de deux types d’armes légères : des poignards et des poings américains.

Le bataillon commence son déplacement et redescend la colline, en bas il traverse Lunéville, passe le square, ensuite à droite, traverse la rivière (la Vezouze) passe devant le château Stanislas, à gauche et la route toute droite (rue de Sarrebourg, rue d ’Alsace, avenue Voltaire) direction Marainviller et Laneuveville aux Bois. La pluie a cessé et il fait froid avec un vent glacial, les groupes s’arrêtent assez longtemps pour enlever tout ce qui se trouve sur les véhicules et surtout éviter de se faire repérer par les allemands. La route de Laneuveville aux Bois montre le résultat des durs combats des semaines passées de la 79e DI. Trous de bombes, bétail et chevaux morts marquent la campagne, ça commence à ressembler à la réalité.

Après un léger retard, ils s’arrêtent en dehors du village et les groupes  reconnaissent leurs positions repérées par le lieutenant colonel Park’s, l’ensemble du bataillon est commandé par les capitaines Kiser de la batterie Able, le capitaine Crow de la batterie Baker, le capitaine Daily de la batterie Charlie et le capitaine Naylor de la batterie de commandement.

La batterie  A se met en position derrière la forêt de Parroy avec la batterie B à 400 mètres en arrière et en bas sur le plat. La batterie C va en avant du bois juste à gauche du village et la batterie de commandement ainsi que le PC s’implante dans le village. La batterie B choisit une excellente position mais elle allait payer ce choix une semaine plus tard.

Les groupes de reconnaissance retournent au bivouac juste avant la nuit. Les gardes sont postés, les mitrailleuses en position et le bataillon en place pour un sommeil inquiet. Les munitions sont distribuées et les gardes avertis de rester en alerte .Tous sont tendus avec le doigt sur la détente prêt à tirer. Le sommeil est interrompu à chaque bruit de la nuit, les couvertures sont humides car à l’intérieur des abris la pluie s’infiltre, il ne reste que quelques minutes à dormir.

Le réveil est fait de bonne heure et le bataillon commence à bouger vers 06h00. L’après midi, le sergent Charles Dykas a l’honneur de tirer le premier des 63000 obus tombés sur le territoire. Les batteries A et B tirent leurs obus d’essais et le bataillon est en mesure de prêter son appui aux vaillants soldats de la 79e DI.

Alors commence trois semaines de tirs incessants, les positions sont améliorées, les soldats travaillent sous la pluie et dans la boue. Le deuxième jour, tout à coup, un étrange grondement se fait entendre, douze obus atteignent la route juste à côté du village. Tout le monde se réfugient dans les abris les plus proches, douze autres tombent, mais cette fois les allemands tirent plus à droite et un obus tombe à 50 mètres de la batterie B, un autre tombe à 10 mètres près de la batterie A, projetant boue et métal sur les emplacements. Le tir s’arrête, il n’y a pas de blessé, mais chacun a eu son baptême du feu. Le sergent Ulrich de la batterie B passe ses heures à creuser la tranchée afin qu’elle soit   plus confortable.

Les allemands visent les emplacements des ’Long Toms’, le long de la route. Tout ce qu’ils essayent de tirer, ils le loupent, l’artillerie américaine essaye de repérer les positions ennemies et tire à son tour.

Les sections de liaison et d’observation avancée, reçoivent leur premier bombardement, le 24 octobre 1944, lorsqu’ils montent vers les postes de commandement du bataillon d’infanterie de la 79e DI à la gare d’Emberménil dans le but de remplacer les vétérans de la 79e DI.

La gare est appelé ‘ concentration 150 ‘ sur les tableaux de feux ennemis et elle est leur cible favorite. Dés que les sections tournent vers le groupe de maisons autour de la gare, les salves commencent à tomber. Les soldats US  se jettent dans les fossés, chaque homme se demande pourquoi les autres ne sont pas aussi effrayés qu’ils le sont eux même. Les fumées restent dans l’air humide tandis que de la boue et des éclats sont tombés avec un bruit sourd. Aucun artilleur n’est touché, mais un peloton en bas de la route a été bien secoué.

Les sections parviennent à leurs postes de commandement, les 3 officiers de liaison, les capitaines Baker, Babbitt et Rankin s’installent sur la ‘ concentration 150 ‘ pour 2 semaines.

Jusqu’à ce que les allemands soient repoussés à la mi-novembre, la gare est restée la pire place du secteur. La plupart des postes d’observation sont le long des bois du Rémabois, une zone couverte de blockhaus de la 1ére guerre mondiale. Là, le lieutenant Orval Rollins de la batterie B capture le premier prisonnier de guerre fait par le 156e artillerie de campagne et le premier prisonnier de guerre a être capturé par un membre de la division d’artillerie .

Au fil des jours, la boue devient plus profonde dans nos trous et de nombreux moyens sont utilisés pour les assécher. Des caisses sont placées comme marches, des branches, des bûches et des caisses à munitions sont posées dans le fond des tranchées. Doucement, les hommes prennent l’habitude de vivre dans la campagne sous la pluie. Le sergent Shoemake, de la 3e section de la batterie A a le refuge le plus luxueux avec une pièce pour la moitié d’une section à la fois.

Le soldat Downey et Redmond de la batterie A ont des appartements privés, creusé dans le flanc de la colline, tandis que les soldats Shammerloh et Dolphin ont construit une tranchée élaborée autour de l’emplacement des fusils mitrailleurs et ont utilisé des ‘ Pin-Up ‘ pour décoration. Seulement l’ambition a atteint les meilleurs d’entre eux et avec le poids de l’eau en surface, la pluie a infiltré doucement les marches et leurs châteaux se sont effondrés sur eux, chacun a eu un esprit créateur. Chaque homme a un trou particulier dans lequel il est couvert, cela ressemble aux paradis des squatters.

L’ordinaire est installé dans les bois et cela représente 3 longues marches par jour. Personne n’oublie ces repas, s’asseyant sur une bûche avec les ustensiles de campement en équilibre sur les genoux, ils se replient sur eux même afin d’empêcher l’eau coulante du casque de se répandre dans la sauce et ils mélangeaient le ragoût dans la soupe.

La pluie continue à rendre le sol plus boueux, les camions s’embourbent partout. En octobre, le 895e AAA a été attaché au bataillon, il arrive d’Italie et sont aguerris au combat. la 1ére semaine, 2 ME 109 (avions allemands) passent au dessus de leur position, les 40 mm ouvrent le feu, aussitôt un des avion est touché et s’écrase derrière les arbres, le 12e avion descendu par ce peloton. (L’avion s’est posé près de la Vezouze à Marainviller).

Un matin vers 04h00, la batterie A de la section d’obusiers a été brutalement réveillé par le tir d’une 12,7. Après recherche, il s’avère que le soldat Drapkin de garde sur le flanc gauche, a été enterré par l’écroulement d’un mur sur son trou individuel. Il a hurlé, mais sans réponse, il a alors essayé d’atteindre sa mitrailleuse et a envoyé une rafale.Richard E. BARON au poste de garde du PC à Laneuveville aux Bois.

Le bataillon souffre de ses premières victimes, le 7 novembre 1944 le lieutenant Craik de la batterie C est touché par un éclat de mortier, alors qu’il ajustait le tir de son poste d’observation. Deux semaines après le lieutenant est de retour au combat, cette fois c’est le tour d’un observateur aérien, touché le 28 novembre 1944 par un tir de fusil, il est évacué vers l’arrière.

Le bataillon se déplace, les détachements de reconnaissance partent reconnaître le terrain près de la ferme du Chênois (Emberménil) cette fois avec la batterie Baker derrière les bois, A et C en retrait de la colline. Sur ce déplacement, il n’y a pas d’erreur. Les hommes ont acquis de leur première position, l’expérience dans la façon de s’abriter et de se loger, les positions sont rapidement installées .La pluie continue et la boue devient plus profonde que jamais.                                                                                                                                 

L’une des choses qui a réellement aidé au moral fut la distribution de chaussures. Les hommes restent dans la boue et l’eau presque continuellement, il y a un grand problème, c’est  de garder les pieds, les chaussures et les chaussettes sèches. Les nouvelles chaussures ont changé les habitudes et le moral a prit 100 %.

Le 12 novembre 1944, les batteries ouvrent le feu à 18h00 jusqu’à 07h00 le lendemain matin, ceci dans le but de préparer l’offensive de la 7e Armée qui doit s’achever par la prise de Strasbourg. Toute la nuit, 18 bataillons d’artillerie de campagne, du 105 mm aux obusiers de 8 pouces ont tiré sur les positions allemandes, puis pendant 3 jours le tir a continué après ça, le bataillon s’est à nouveau déplacé en avant vers 03h00 sous un froid vif avec de la glace sur le sol et de la neige dans l’air.

Le 1er mois de combat a été le plus dur, les hommes combattant en permanence dans la boue et le froid .Mais les soldats ont gagné en maturité, ils ont appris non seulement à combattre les éléments, mais aussi à accomplir avec succès leur mission. 

 

 Major         Pollitt, cadre.
Major         Marshall, S3.
Lieutenant  Rollins, officier de liaison  3.
Capitaine    Buck,      officier de liaison   2
Capitaine    Brickhouse, batterie B.
Capitaine    Daily, batterie C.
Lt colonel   Parks, officier commandant le bataillon.
Capitaine    Nailor, commandant de batterie.
Lieutenant  Soons, assistant S 2.
Capitaine    Dews, entretien batterie.
Capitaine    Balkens, chirurgien.
Capitaine    Kiser, batterie A.
Capitaine    Beyer, assistant S 3.