La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Le 324e Régiment d'Infanterie

Octobre sur la route

Le 324e Régiment d’Infanterie était au départ, en 1917, pour servir durant la 1ère Guerre Mondiale comme composante de la 81e Division d’Infanterie, l’une des nouvelles divisions de cette guerre.

Faisant partie de cette division, le régiment embarqua pour la France en août 1918. Là, il participa à la défense du secteur de Saint Dié, en lorraine, à quelques kilomètres au Sud de l’endroit où un nouveau 324e RI fut impliqué dans un combat mortel 26 années après. Le régiment servit plus tard dans l’offensive de Meuse Argonne, qui permit de repousser l’ennemi du sol français. Après la première guerre mondiale, le régiment fut placé dans les listes inactives de la réserve.

 

Le 1er février 1943, le 324e RI fut rappelé au service actif et assigné à la 44e DI. Il s’entraîna au sein de cette division à Fort Lewis, Washington, où les couleurs ont été présentées au Général James I Muir, commandant la division.

En février 1944, le régiment prit part aux manœuvres de Louisiane, et en avril de la même année, fut transféré au camp Philips dans le Kansas avec les autres éléments de la 44e DI

Mis en alerte pour préparer la traversée de l’Atlantique en août 1944, le régiment embarqua le 5 septembre sur le « Boston », voyagea en convoi avec d’autres transports militaires dont le « USS.Willliam H Gordon ». L’arrivée dans le port de Cherbourg marqua le premier débarquement d’une division de combat en provenance directe des Etats-Unis.

L’entraînement des unités commence sur les plages et à l’intérieur des terres parmi les vestiges des combats du 6 juin 1944. Les véhicules et les matériels lourds arrivèrent quelques jours plus tard.

L’observateur contrôlera de nombreux points significatifs sur le futur de la division et du régiment. Cela fut vérifié par l’arrivée d’un nouveau quartier général U.S sur le terrain. Dans la proche campagne normande se trouvaient la 26e DI, la 104e DI et la 10e Division Blindée fraîchement débarquées. Nombreux pensaient que la formation d’une nouvelle armée offensive était en cours et que, dans quelques temps, ces forces allaient étriller l’ennemi.

De nombreux éléments de la division doivent garder les lignes de ravitaillements sur la fameuse route du « Red ball » (route logistique de l’armée américaine). Pour ces éléments de la 44e DI, découragés par un long délai d’inaction, ils avaient l’idée que la division n’était pas venue ici pour combattre et parlaient d’opération de police pour son futur.

Quand l’ordre de mouvement fut publié, les hommes ne furent pas surpris de la tournure des événements, ils savaient que le voyage serait long aussi bien par le train que par les camions. Nous ne savions pas où allait nous mener ce long voyage, seuls les officiers connaissaient la destination. Les préparatifs au mouvement furent multiples, variés et accomplis rapidement, le nettoyage de la zone, le ramassage des déchets marquèrent les dernières heures avant le départ. L’ordre de départ n°1 arriva, divisant les forces comme suit : 1er train de 500 officiers et hommes du rang sous le commandement du Major Thomas Harris. Ils étaient associés avec d’autres éléments de la division. Le 2e train de 1500 officiers et soldats commandés par le Major William T Maloney, ces forces s’étaient entraînées à Valognes, pour une destination que peu oublieraient. Sur les wagons était inscrit : « 40 hommes où 8 chevaux ». Le train pouvait transporter 1500 hommes. Les rations d’eau (et 30 hommes par wagon) furent chargées à bord et le voyage commença. Pendant ce temps, le restant du Régiment, totalisant 1180 officiers et soldats sous le commandement du Colonel Tacher Nelson, étaient repartis dans 750 véhicules pour le voyage par la route. Cette colonne de véhicules pris la route le 14 octobre 1944, un jour après les trains. Dans les ordres de mouvements, les seuls troubles possibles de la part de l’ennemi, étaient des sabotages et les avions. Aucune de ces forces ne fut rencontrée sur la route mais aucun compte-rendu de reconnaissance ou de gêne des troupes ne fut fait.

Les voies ferrées françaises ont souffert des bombardements des forces alliées à travers la France. En conséquence, l’organisation est au minimum, et la confusion au maximum. Les longues heures d’arrêt du train, souvent en terrain découvert, ont causé des ennuis et des irritations. Les officiers du train ne pouvaient offrir aucune explication. Même l’unité de transport s’occupant du train, n’en connaissait pas les causes. Les arrêts pour l’eau étaient inadéquats, les hommes souffraient de dysenterie provoquée par les végétaux impurs arrachés sur le terrain durant les haltes. De plus, le contrôle des arrêts était impossible parce que le système trop inorganisé. Le train roulait à l’allure d’un escargot sans une halte, beaucoup d’hommes étaient désespérés dans le besoin de se porter secours, sans aucun système de communication entre le commandant du train et le mécanicien. Finalement, un officier rampant sur le toit des wagons et avec un pistolet, força le mécanicien à arrêter le train. Pour le train, partir sans un signal était encore fréquent et, de voir les soldats se précipiter vers les wagons un mouvement en tenant leur pantalon à deux mains, n’était pas commun.

A l’opposé, d’autres expériences furent rencontrées par les hommes de la colonne de véhicules, par des villageois qui leur offraient une bouteille de cognac, du vin ou du calvados. Tous ces produits étaient échangés par les fenêtres à des GI réceptifs. Un pain français était acquis facilement contre un échange de Chewing-gums ou des cigarettes. La foule affluait le long de la route, dans les villes et les villages traversés, dans l’objectif de leur serrer la main. A l’approche du centre de la France, beaucoup de belles jambes, de belles femmes ont été vues contrastant avec les robustes, les biens portants mais peu attrayantes filles normandes. La colonne routière n’était pas étirée par les tirs ou les bombardements mais plutôt  par des attaques d’escadrons d’enfants français qui criaient « cigarette pour papa ». Les échanges restèrent équitables et aucun français n’a souffert d’aucune perte.

L’avance continua par la route et le train. Les 15 et 16 octobre 1944, le premier train du régiment arriva à destination dans l’après-midi du 16 octobre 1944. A approximativement 01h00 le 17 octobre 1944, le deuxième train arriva, la colonne routière arriva également vers 14h00 le 17 octobre 1944. La destination était atteinte, Lunéville dans l’Est de la France. Maintenant, le futur était inconnu. La division allait faire partie de la 7e Armée US qui remontait du Sud après son invasion en méditerranée, pour rejoindre prochainement la 3e Armée.

Le régiment avait achevé son mouvement à travers la France sans contre temps et avec un moral élevé, le destin était devant.

Tous les fantassins sont prêts à partir au combat, les bagages seront plus tard stockés dans les camions de la compagnie de service, et seront ressortis lorsque le régiment ne sera plus en contact.

Les mouvements ont débuté après le coucher du soleil, après des heures de route, l’inconfort devenant de plus en plus grand, nous traversions la France d’Ouest en Est.

Notre première mission fut de relever la 79e DI installée dans la région Est de Lunéville. La 44e DI comprenait le 324e, 114e et 71e RI, combinés à des bataillons d’artillerie. Certains de ces régiments étaient en place lorsque nous sommes arrivés.

Réunion après réunion entre les chefs de corps et les officiers des unités relevées et des officiers de la 44e DI, le Général commandant la 7e Armée : « Général Alexander Patch » et le 15e Corps : le Major Général Wade Haislip, furent appelés au PC. accompagnés du Major Général Spragins, assistant à ces réunions.

Suivent ce planning, les commandants d’unités étaient alertés pour un mouvement vers une nouvelle zone dans les environs de Laneuveville-aux-Bois, 6 kilomètres à l’Est de notre zone actuelle. Méthodiquement, le régiment bougea, unité par unité, sous le couvert de la nuit. Le régiment termina son mouvement le 22 octobre 1944 vers 23h30. Durant ce jour et la veille, les commandants de bataillons partirent en reconnaissance sur leurs propres zones.

Dans les plans du général, pour la relève de la 79e DI par le 324e RI, cela imposait de se déplacer de nuit le 23 octobre 1944, vers les positions des 313e et 315e RI. Le 1er Bataillon du 324e RI était rattaché au 315e RI.  Le 2e bataillon était rattaché au 313e RI et le 3e Bataillon était en train de se déplacer vers le 315e RI.

Tout s’est déroulé comme prévu, excepté par le 3e Bataillon qui fut obligé de rester à sa place et de se préparer à déménager durant la journée du 24 octobre 1944. Cette manœuvre tactique n’allait pas sans coût.

Le sergent Dennis E. Hayes de la compagnie H du 324e RI et son officier commandant partirent en reconnaissance avancée lorsqu’un tir d’artillerie les força à se couvrir.

Le sergent Hayes ne vit pas la fin de la bataille et fut le premier soldat du régiment mort au combat. Les hommes de la compagnie H sont devenus pâles et marqués lorsque le commandant leur annonça son décès puis, sans commentaire, ils retournèrent finir d’emballer le matériel. Presque 500 hommes du régiment suivront le sergent Hayes mais la plupart d’entre eux n’eurent pas de reconnaissance posthume, seulement quelques discrets échanges de commentaires entre les combattants lorsque le temps le permettait.

La relève des éléments de la 79e DI, commença le 24 octobre 1944 aux environs de 15h00. Le régiment avança pour remplacer le 1er bataillon du 314e, le 315e et le 313e RI.

Bien que camouflés par la nuit et par une série de collines dans le secteur, l’artillerie ennemie ainsi que les obus de chars tombaient sur nos troupes causant de nombreux morts. Un char allemand fut détruit cette nuit-là à proximité des lignes du 1er bataillon, brûlant une partie de la nuit. Il illumina tout le secteur. Les mouvements de nos hommes furent décelés par cette fatale circonstance créant des cibles faciles pour l’artillerie allemande. Le régiment était dans la bataille.

Dans l’obscurité de cette première nuit, beaucoup d’hommes se distinguèrent dans une vaillante conduite, en repoussant les renforts ennemis et s’occupant des blessés. Le T/S Richard Linn, un infirmier, fut gravement blessé avec la plus complète indifférence pour sa propre vie. Il refusa d’être évacué jusqu’à ce qu’un nouvel infirmier le remplace. Il resta avec son peloton toute la nuit administrant les premiers soins à ses camarades. Il reçut la croix des services de la part de la nation reconnaissante.

L’effectif des forces du régiment, en date du 24 octobre 1944, était de 3125 officiers et soldats. Sur ce total, 2250 étaient en 1ère ligne. Le soutien habituel du régiment était formé du 220e bataillon d’artillerie de campagne ; compagnie C du 63e bataillon de combat du génie et compagnie C du 119e Bataillon médical. Quoi qu’il en soit, en prenant possession de la ligne, le régiment assumait le support du 15e Corps autrefois avec la 79e DI. Ce support consistait en un renforcement de feu des 693e et 310e Bataillons d’artillerie de campagne, un peloton de la compagnie C du 749e Bataillon de chars et une compagnie du 813e Bataillon de chars Destroyer. La troupe d’infanterie était fraîche et capable, mais inexpérimentée et nerveuse.

L’ennemi était redoutable et la destruction de ses unités n’était pas pour aujourd’hui. En face du 324e RI, il y avait deux bataillons du 1119e Régiment de Grenadiers et deux compagnies du 51e Forteress MG Bataillon. L’un et l’autre appartenaient à la 553e Volks Grenadier Division  (cette unité fut plus tard de nouveau en contact avec le 324eRI, le 31 décembre 1944). Un bataillon de la 11e Panzer Division avec 15 chars. Ces éléments étaient appuyés par des unités du 33e régiment d’artillerie de la 15e Panzer Grenadier Division. L’estimation des forces ennemies en contact était de 1050 hommes. En additionnant les éléments des 11e, 112e et 15e Panzer Grenadier Division, il y avait une réserve immédiate de 4500 hommes et 80 chars. Ces éléments devaient être rapidement séparés et quitter la 553e DI installée face à la 44e DI.

Suivant la route de la 79e DI., le régiment utilisa les jours suivants pour préparer de bonnes positions défensives. La préparation de l’attaque fut décrite dans l’ordre n°5 de la 79e DI.

La dureté des combats avec l’ennemi s’aggrava avec le décès soudain du chef de corps, le Colonel Thacher Nelson. Après une reconnaissance effectuée dans les lignes ennemies, le Colonel se déplaça en arrière pour observer le terrain, absorbé par d’autres pensés, il n’entendit pas les avertissements et il marcha sur une mine (non repérée dans les premières heures du combat). L’explosion instantanée et soudaine lui souffla la vie et toucha deux de ses subordonnés.

Les premiers secours furent donnés par un infirmier qui vit deux hommes gravement blessés. Courant dans la zone dangereuse, il tomba victime d’une deuxième mine traîtreusement camouflée et mourut dans un geste courageux. Indifférent à cette scène d’horreur, un munitionnaire du peloton, le PFC Clifford Koch et un infirmier, le T/4 : Herbert Bernstein, avancèrent habilement et avec beaucoup de précaution, tracèrent la route à travers le champ de mines qui faisait des bosses sombres dans l’herbe. Atteignant les blessés, Berstein et Koch leurs administrèrent les premiers secours, écartant ainsi le danger d’une mort imminente et gagnèrent ainsi la première « Silver star » du régiment.

Le lieutenant Colonel Hugh Maclean assura le commandement du régiment. En même temps, le Colonel Kenneth-S-Anderson, alors attaché à l’état major de la division, fut mis en route sur le 324e RI pour en prendre le commandement. Le Colonel Anderson avait commencé sa carrière dans l’armée en 1917, était sorti de l’université Cornell, et était officier d’infanterie dans la 78e DI. Il participa à l’action du secteur anglo-américain en France comme capitaine, commandant un bataillon du 309e RI durant l’offensive Meuse Argonne. Pendant l’entre deux guerres, le colonel servit dans les 63e, 19e, 2e et 11e RI ainsi qu’avec le ROTC, la garde nationale et le CCC Commands. Il fut appelé en service étranger à Hawaï. Nommé Colonel en 1941, il commanda un régiment d’entraînement de l’infanterie à Fort Mc Cellan en Alabama. En 1942, il organisa et entraîna le 345e RI de la 87e DI. Détaché tôt d’Outre mer en 1944, le Colonel Anderson commanda le 28e RI de la 8e DI durant les combats de Normandie suivant le jour J.

Le nouveau commandant arriva à son poste à 17h00, le 26 octobre 1944, pour participer à la première attaque allemande sur les nouvelles positions du régiment. Frappant rapidement après la nuit, sans préparation d’artillerie, avec un appui de chars, une force ennemie de 200 hommes se mit à courir sur le flanc gauche de la compagnie B, les prenant à revers. Les américains ripostèrent avec des tirs intensifs d’artillerie et de mortiers limitant l’attaque. L’engagement de la compagnie de réserve repoussa les attaquants au delà des lignes et liquida les derniers éléments infiltrés. Les heures suivantes, les allemands tentaient des pénétrations de chars et des attaques d’infanterie, sans aucun résultat et aucun gain de terrain à l’actif des allemands. Toutefois, une alerte régimentaire renforça l’effort défensif, principalement par l’utilisation des tanks destroyer, pour une meilleure couverture du front.

Le 27 octobre 1944, de nombreuses patrouilles furent envoyées dans les lignes ennemies. Aucun mouvement de troupe à signaler sauf au 2e Bataillon qui renforça sa ligne de front. L’ennemi retira quelques chars en appui, suivant l’arrêt de l’avance alliée. Selon le plan du 324e RI, les hommes s’occupaient à déminer le terrain conquit et préparaient des positions avancées pour l’artillerie.

Durant une patrouille avec l’effectif du peloton, le chef de patrouille fut rejeté sur un réseau de fils de fers barbelés par l’explosion d’une mine ennemie. Au lieu de se replier tout de suite, les hommes comme le S/sgt Kenneth Harrold, PFC Ambrosio, PFC Walter Denise (maintenant second lieutenant) et le PFC Grégorio Moreno, restèrent derrière pour sortir le blessé et le conduire en sécurité. Ils ont pris des risques pour sauver leur camarade face à l’ennemi et couvrir leur retraite. La première médaille du combat de l’infanterie et le cœur pourpre leur fut décerné par ordre de l’état major du régiment.

Le 27 et 28 octobre 1944, le régiment reçoit 68 renforts pour remplacer les pertes de cette dernière semaine. Après ces cinq premiers jours de combat dans la boue et la neige, le S-4 lança un nouveau plan pour le change des vêtements sales et humides. Le stockage des vêtements se trouvait dans les véhicules d’un détachement à proximité du point de stockage. L’habillement fut regroupé pour le blanchissage, lavage puis redistribué propre à chaque soldat. Le 1er novembre 1944, la première relève d’un contingent en 1ère ligne s’effectua pour permettre à l’unité de se reposer. Cette situation était intéressante comparée à l’offre allemande qui patrouillait sur le front en annonçant un message par haut-parleurs : « Venez, soldat de la 79e DI et prenez un bon repas ». Les soldats faits prisonniers ce jour là n’avaient pas mangé depuis 72 heures.

Les attaques ennemies se sont considérablement ralenties. Prenant avantage de cette période moins critique, de plus en plus de troupes ont été relevées du front, formant une ligne de contact moins nombreuse et une réserve plus importante.

La première attaque aérienne ennemie sur le régiment se déroula le 31 octobre 1944 : un bombardement à basse altitude qui provoqua plus de peurs que de mal. Ce jour marqua l’arrivée de la compagnie B du 776e Tank Destroyer bataillon, un formidable canon de 90mm qui resta avec le régiment durant toute la guerre. L’arrivée de ces puissants et gros canons des M36, les premiers à être exposés sur le front de l’Ouest, apporta une force supplémentaire aux unités.

Plus au Sud, la 2e Division Blindée française prépara une attaque. Espérant un retrait possible de l’ennemi OPLR en face du régiment, toutes les unités étaient en alerte pour un mouvement immédiat vers l’avant. Toutefois, aucun retrait sur notre front ne fut effectif et le régiment continua ses préparatifs pour une attaque à une date ultérieure.

 

Novembre au front

En novembre, les allemands utilisèrent la propagande du côté de nos lignes avec des haut-parleurs. « Bonjour, hommes de la 44e » disaient-ils, « merci de relever les hommes de la 79e DI. Cela va être une messe sanglante, seuls les hommes blessés seront contents de leur sort. Venez en levant les mains derrière un drapeau blanc, nous savons que vous êtes au front depuis deux semaines, vous êtes venus avec l’USS Gordon. La 79e DI est heureuse d’être relevée par la 44e DI. Demandez à votre général Spragins à ce sujet. Il sait, il est à l’arrière. Cela va devenir une longue et sanglante guerre, franchissez les lignes et rendez-vous. » Oui, ils avaient vraiment une très bonne équipe de propagande mais ces calomnies firent seulement rire les GI ou bien tirer quelques salves de mortier sur les lignes ennemies. D’autres  ignoraient et restaient dans leurs lignes en continuant leur travail et en améliorant leur confort. Les hommes avaient du travail à cause de la pluie et du froid, ils commençaient à trouver d’ingénieux systèmes de camouflage, de renforts et de protections de leurs trous de combat contre les intempéries, malgré la présence de l’ennemi. Ils utilisaient des bâtons, planches de bois, branches d’arbres, morceaux de fer, toile, carton et tout ce qui pouvait servir à construire un toit ou un mur pour les aider à conserver la chaleur précieuse dans leurs trous humides et boueux, pour en faire leur maison. Il y a des hommes aujourd’hui qui sont en vie grâce à l’aménagement de leurs trous individuels qui les ont protégés du froid et de la mitraille.

Beaucoup d’hommes ne voulaient rien faire sauf nettoyer leur arme, consolider et réparer leurs fortifications, enlever l’eau du trou de combat, s’asseoir et attendre que les choses arrivent. Souvent, les GI voulaient quitter leurs emplacements pour faire de l’exercice surtout pour se réchauffer et se dégourdir les jambes mais il fallait faire attention à l’artillerie allemande. Chacun espérait, dans son trou, retrouver un jour la luxure de la vie civile, une salle de bain, de l’eau chaude, un bain de vapeur et des affaires propres ressemblant aux choses extérieures à ce monde. Quelques fois, il y avait des patrouilles de reconnaissance pour explorer le territoire ennemi et découvrir des terrains propices à un déploiement futur. Certains hommes étaient volontaires pour ces missions afin de varier la monotonie mortelle de leur existence et avoir la chance de bouger un peu. Quelques uns d’entre eux ne sont jamais revenus. De temps en temps, des patrouilles de combat ennemies voulaient attaquer nos avant postes, ce qu’ils firent à la compagnie F un jour à 18h15. Ils n’ont fait aucun progrès et se sont retirés trois heures plus tard, sans incident sur notre flanc.

De temps en temps, des avions ennemis venaient bombarder un des bataillons, généralement aucun dommage n’étaient causé, seulement quelques hommes blessés. Toutes les compagnies étaient passées sur la position de réserve, une chance d’avoir des vêtements secs, un repas chaud derrière les lignes et aussi d’écrire une lettre. Cela nous aidait beaucoup, surtout parce que les hommes étaient exposés à la tension du front et pouvaient se relaxer un peu. Il y eut quelques petites opérations de renforcement des lignes destinées à avoir une meilleure défense et de récupérer les crêtes afin d’avoir de meilleures vues sur les lignes ennemies. Sur le flanc gauche, le 121e Escadron de cavalerie aida en combattant avec ses patrouilles. En plus de la cavalerie, il y eut le support de tank destroyer de la compagnie B du 776e Tank Destroyer bataillon et la compagnie C du 749e Bataillon de Chars.

Quelques temps après avoir pris part à cette petite opération, le grand plan amena la montée en puissance des lignes, le mouvement dans de meilleures positions pour l’attaque, la réorganisation des secteurs de défense, l’amélioration du camouflage et des défenses sous l’augmentation de l’activité ennemie, un signe que les allemands devenaient soucieux à propos du futur.

Des patrouilles du 1er bataillon furent efficacement coordonnées avec une avance du 71e RI sur la droite, désigné pour s’enfoncer dans les lignes ennemies.

Le 71e RI fut capable de relever aussi les compagnies de part et d’autre du territoire occupé et aligna assez d’hommes pour effectuer la relève afin d’envoyer les 1ères  lignes en repos.

Les sapeurs et le peloton de déminage de la compagnie antichar découvrirent et déminèrent beaucoup de champs de mines afin de permettre au 220e d’artillerie de campagne du 324e groupe de combat d’assurer de nouvelles positions et apporter un soutien correct aux troupes d’assaut.

Les patrouilles continuèrent en territoire ennemi et devinrent plus fréquentes afin de récupérer des informations vitales, des prisonniers ou de pouvoir observer de plus près l’ennemi. Les renseignements étaient transmis aussitôt au QG., là où les plans pour la grande attaque se préparaient, tout le monde la sentait venir, mais quand ?

Le 8 novembre 1944 arriva, pluvieux et humide, rendant tout mouvement impossible. Les routes étaient boueuses comme le terrain. Trois patrouilles furent envoyées en pataugeant en reconnaissance du territoire ennemi. Le 9 novembre 1944 trouva un léger changement de situation, toujours la pluie et la boue, toujours les patrouilles, toujours de petites manœuvres de troupes pour avoir une meilleure et plus puissante position. Le 106e Escadron de Cavalerie relève le 121e Escadron sur la gauche et avance dans les environs de Vaucourt. Pendant ce temps-là, l’artillerie suit le mouvement.

Durant les deux jours suivants, des troupes fraîches vinrent de l’arrière relever quelques GI trempés et fatigués qui tenaient les lignes. La compagnie L ; releva une partie de la compagnie B sur le flanc gauche du bataillon tandis que les éléments du 71e RI releva le 1er bataillon. Celui-ci se déplaça sur les positions de soutien du 3e bataillon. Des éléments du 114e RI relevèrent le 2e Bataillon du 324e RI et reculèrent aussi sur l’arrière mais pas pour longtemps.

La compagnie du 324e RI avec le 749e Bataillon de chars attaquèrent à l’heure H, le jour J. Ils contrôlèrent Remoncourt et Xousse, se battant dans le bois de la Garenne et liquidèrent la résistance vers l’Est.

324e RI
Les ruines de Xousse après la bataille

 Ils protégèrent la division sur le flanc gauche, détruisirent et empêchèrent le passage sur le canal de la Marne au Rhin à l’Ouest de Gondrexange, après avoir été relevés du flanc gauche en protection Ouest de Gondrexange.

Tels furent les ordres régimentaires, le 324e RI fut sur la gauche de la division et le 71e RI sur sa droite. Sur la gauche, il y avait le 106e de Cavalerie et un bataillon du 114e RI qui releva le 2e Bataillon du 324e RI. Ce régiment devait attaquer, avec le 3e Bataillon, les petits bois le long de la limite droite pour rapidement s’écarter vers le Nord et l’Est, en direction de la ligne de chemin de fer et en même temps pour sécuriser les routes au Sud et à l’Est de Rechicourt. De cette façon, le contrôle d’approche de la ville et du bois de Ketzing fut interdit aux allemands.

Le 1er Bataillon était en soutien du 3e Bataillon qui bougeait sur ordre du régiment. La mission fut d’assister le bataillon en tête, effacer toute résistance en force. Dans le cas où le 3e Bataillon était arrêté par une action ennemie, le 1er bataillon était capable de dépasser ce dernier et de reprendre la mission du 3e Bataillon. La mission du 2e Bataillon était d’avancer vers le Nord-Est du régiment et de sécuriser le réseau routier autour de Moussey. Pour aller vers l’Est, il devait s’emparer des terrains élevés le long, au Sud et Sud-Ouest en attaquant et enlevant les bois tout entiers à l’ennemi. Cela fut fait pour sécuriser le réseau routier au sud et sud est de Lagarde. De traverser le canal de la Marne au Rhin à l’Est de Gondrexange, cela devait protéger le flanc gauche de la division.

Tel était le plan dans les derniers détails. Chaque homme, dans toutes les unités, savait ce qu’il avait à faire. Chaque élément de la connaissance de l’ennemi était utilisé pour l’élaboration du plan. Accordé aux dernières informations, l’ennemi avait une force extraordinaire, une force de défense. La 553e Volks Grenadier Division était la force principale allemande qui était composée d’environs 1500 hommes au front et 650 en réserve. De plus, la 553e VGD était appuyée par quelques chars. Ceci était l’état des lignes allemandes, et les antécédents de la guerre donnaient 4 contre 1 en faveur des défenseurs.

Peu de choses étaient connues sur l’ennemi mais au contraire, beaucoup d’autres étaient inconnues et il fallait deviner. Quelle était la qualité des soldats allemands ? Voulaient-ils courir avant l’attaque ? Avaient-ils caché des renforts ? Savaient-ils que l’attaque allait bientôt commencer ? Avaient-ils monté une embuscade ? Dieu, allais-je être tué ou blessé ? Seul le temps pourrait me le dire.

Le 13 novembre 1944, le 17e Bataillon d’Artillerie bombarda les allemands toute la nuit, l’ennemi pilonna nos arrières. A 6h55, heure H-5 minutes, les hommes des 2e et 3e pelotons de la compagnie L manièrent nerveusement leurs armes. Sur la gauche, se trouvait la compagnie I qui se préparait à avancer avec la compagnie L. Sur l’arrière immédiat se trouvait la compagnie D se préparant à donner un long champ libre aux compagnies qui attaquaient

324e RI
Andrew Kawulich du 324e Régiment d’Infanterie US

Avec leurs mitrailleuses lourdes, le lieutenant Erick M. Erickson, chef du peloton venait juste de finir la réunion avec ses hommes lorsqu’un tir d’artillerie ennemi lui occasionna sept blessés. Plus en avant, en première ligne avec la compagnie L, Capitaine Anthony Pico, le lieutenant Meyers Satzow, le T Sgt Harold Loder et le T Sgt Ike Edwards regardaient anxieusement leurs montres, 30 secondes – 15 secondes – 0700, c’est l’heure H. Les hommes jaillirent de leurs trous individuels de combat pour courir vers l’avant dans la neige et le brouillard. Le 3e peloton était sur la gauche, le 2e sur la droite, 2500 mètres après la ligne de départ ils furent arrêtés et se mirent à couvert. Où étaient les mitrailleuses ? Derrière la compagnie D, les artilleurs aidaient faiblement avec leurs armes car, avec le brouillard, ils ne voyaient rien et, de peur de blesser leurs camarades, ils ne pouvaient pas appuyer correctement la 1ère ligne. La visibilité était si faible que l’on ne pouvait pas détruire un objectif à plus de 100 mètres. Alors la compagnie L passa devant sans l’appui feu de la compagnie D. Pendant ce temps la compagnie I resta terrée dans les positions où elle avait été arrêtée. Leur avance était stoppée par les tireurs d’élites et les nombreux blockhaus qu’il y avait dans le secteur.

 

La compagnie L a avancé d’environ 2000 mètres de la ligne de départ lorsqu’elle a été stoppée net par quatre mitrailleuses allemandes (MG 42), dans un bruit assourdissant (1200C/min) venu d’une haie à proximité d’un blockhaus. S’ajoutant à tout ce vacarme, le tir précis de snipers (tireurs d’élite). Le 3e peloton attaqua parallèlement à la haie afin de repousser les allemands en dehors de la tranchée et de la réoccuper dans la foulée. Le 2e Peloton avança en tête sur la droite ayant seulement un champ découvert entre eux et les allemands. Il y eut 30 blessés en l’espace de 15 minutes. Deux chefs de peloton furent tués sur le coup, les blessés longeaient le terrain pour se mettre à l’abri, on distinguait la traînée de sang sur la neige La compagnie L était bloquée sur ce point et aucun médecin ne put atteindre les blessés pour leurs prodiguer les premiers soins et les évacuer. Quelques uns d’entre eux restèrent couchés dans le froid, gémissant pendant 3 jours. Pour les vivants, il était dure d’y croire et d’entendre les gémissements, dans cet hiver si froid, quand seulement quelques mois plus tôt, on riait et on parlait avec ces hommes sous un grand ciel bleu aux Etats-Unis.

 

Finalement, les Sgt Robert Wilger, Sgt « Skip » Loder, PFC Anthony Bandych et le PFC John Frankour, se décidèrent d’en finir une fois pour toutes avec les allemands. Ils récupérèrent des grenades et se ruèrent à l’assaut de cette haie sur les mitrailleuses ennemies. C’est alors qu’ils découvrirent la tranchée et détruisirent les quatre mitrailleuses. Pendant deux jours les allemands occupèrent une moitié et l’autre par les américains, seulement séparés par une butte de terre. Dans les jours qui suivirent, la pluie et la neige s’intensifièrent, les hommes ne pouvant pas creuser les trous individuels profonds parce que les parois s’effondraient ou se remplissaient d’eau. Ils eurent une à deux boîtes de rations K par jour, plus quelques barres D. C’étaient les rations d’urgence car aucun ravitaillement ne pouvait être livré. C’était trop boueux pour les chars et, tout ce qu’il restait à faire pour les trois jours à venir, c’était d’attendre.

 

Les blessés occasionnés par l’ennemi ou par gelures augmentaient.  Sur les 210 hommes de la compagnie L, il en restait 42 en état de se battre. Robustes ? Oui, ils l’étaient.

La compagnie D a rejoint le reste du 1er Bataillon, lequel a reçu l’ordre d’assumer la mission du 3e Bataillon. Quoiqu’il en soit, le 1er Bataillon fut aussi stoppé par des nids de mitrailleuses sur la même ligne où il épaula le flanc droit du 3e Bataillon ; en premier la compagnie C puis la A et enfin la B, chacune son tour fut repoussée.

 

Mais au sujet de la compagnie I qui avait fait barrage le long du côté de la compagnie L, que lui était-il arrivé ? Le S/Sgt Harvey Fletcher de la compagnie I raconta : « dimanche 14 novembre 1944, la neige tombe encore et le terrain devient blanc à l’exception de quelques taches où la neige a du mal à accrocher. Le dimanche est comme les autres jours, sans repos pour les hommes dans leurs trous de combat gorgés de boue. Leurs pieds sont froids et humides mais cela ne les inquiète pas à ce jour. Ils pensent tous au lendemain car ils vont passer à l’attaque, le grand saut qui doit les mener au-delà des Vosges, à travers les sommets enneigés, de la plaine d’Alsace jusqu’au Rhin et Strasbourg…. 

 

Le jour s’éternise, le repos est nerveux, le calme avant la tempête. La neige continue de tomber, la nuit approche occasionnant des tirs d’artillerie qui brisent le repos surnaturel qui s’est installé sur le front. Cette nuit-là est la plus mauvaise, attendre, attendre l’aube, parce qu’à l’aube on attaque. On se regarde mutuellement, attendant dans notre trou de combat sachant très bien que certains auraient bien voulu repartir. On vérifie nos armes, heure après heure, durant la nuit. Personne ne peut dormir, on vérifie les munitions. Six cartouchières chacun, était-ce assez ? Peut-être une de plus aurait-elle fait trop de poids ? »

 

Le lundi 15 novembre 1944 à 7h00, l’attaque commença. Les GI se retrouvèrent dans la neige jusqu’aux genoux. Tout était calme, pas un bruit d’arme, aucune explosion d’obus d’artillerie. Mais cela ne resta pas calme longtemps parce qu’au sommet de la prochaine colline il y avait des allemands avec beaucoup de mitrailleuses. Le calme dura jusqu’au moment où nous arrivâmes sur la crête, tout à coup du plomb chaud partit dans trois directions. Les hommes de la compagnie I se couchèrent à terre se cachant la figure dans la neige. Certains ne se relevèrent jamais, la neige était rougie par le sang des soldats américains morts.

 

Le 3e peloton manœuvra sur des positions face au bunker, riposta aux tirs des allemands, pendant que les 1ers et 2e pelotons manœuvrèrent sur le flanc gauche le long d’une haie. Le second peloton était en mouvement le long du flanc gauche, pendant que le 1er peloton était resté en appui pour intervenir immédiatement si besoin.

 

Comme le 2e peloton rampait sur la position, les mitrailleuses allemandes ouvrirent un feu nourri, immobilisant le 2e peloton comme le 3e. Cela ne laissa que le 1er peloton pour contourner par l’extrémité gauche du 2e peloton. Le Lieutenant Peterson mena son peloton dans l’espoir de repousser les allemands vers l’arrière mais avant que le peloton n’ait parcouru quelques centaines de mètres, les mitrailleuses ouvrirent un feu nourri sur la compagnie entièrement immobilisée.

 

La compagnie L était sur le flanc droit, nous dépendions d’elle. Les mitrailleuses de la compagnie M se joignirent à la compagnie I pour essayer de faire cesser le feu. Mais les armes de l’ennemi trouvèrent les positions de nos mitrailleuses et les neutralisèrent. Quelques hommes au hasard se rassemblèrent et attendirent pour bouger. Le capitaine Dews était au-dessus avec ses hommes, immobilisés par le feu nourri des armes ennemies.

Le S/Sergent Ken Harrold commença à ramper pour trouver un bazooka ce dont nous avions besoin pour détruire ce bunker.

324 RI

Lors de son déplacement, une balle lui déchira la jambe et l’arrêta. Aussitôt, le sergent Fletcher repris la mission à son compte pour trouver ce bazooka.  Après quelques minutes de recherche, dans un trou individuel, il retrouva l’homme au bazooka qui était touché d’une balle à l’estomac et dont l’une des mains était gelée par la neige. Le sergent Fletcher récupéra l’arme ainsi que les munitions, puis se dirigea vers le bunker et, à 30 mètres, avec un peu d’aide, il tira 6 roquettes et quelques grenades. Les mitrailleuses allemandes ainsi que le bunker furent neutralisés. La compagnie I était de nouveau en marche, excepté ceux qui étaient restés à terre dans la neige. Les pertes furent lourdes, la compagnie (avec la moitié de son effectif) avança quand même. Mais les allemands avaient toujours de l’artillerie et n’hésitaient pas à s’en servir. Les obus sifflèrent, le bruit des explosions était assourdissant. La terre trembla et les shrapnels déchirèrent l’air. Les hommes se retrouvèrent plaqués au sol dans la neige et la boue, sans oublier le froid. C’était cela la guerre !

L’ennemi s’accrochait au terrain. Dans le rapport officiel du G2, pour la période du 13 au 14 novembre 1944, il est déclaré : « L’ennemi se défend avec opiniâtreté sur les points hauts du front. Il emploie ses mortiers et mitrailleuses avec facilité et adresse parce que son observation est bonne. Le tir des snipers (tireurs d’élites) est très efficace. Son artillerie (de faible volume) troublait quand même les lignes du front des unités, particulièrement sur les hauteurs des terrains élevés du côté nord. Un officier allemand de la 553e VGD a été fait prisonnier et interrogé, il a dit avoir reçu l’ordre de « tenir la position jusqu’au dernier obus et cela son peloton était prêt à le faire. »

Pour soulager cette périlleuse situation et diminuer la terrible pression du front, quelque chose devait être fait afin d’annuler la terrible puissance de feu ennemie.

Sur ordre de la division, le 114e RI frappa les allemands sur le flanc droit du 71e RI, d’un mouvement tournant, avec l’aide de l’artillerie laminant le front en face d’eux et soutenus par le feu des 324e et 71e RI. Le 114e RI avança vers le Nord à travers les lignes du 324e RI balayant littéralement l’ennemi de ses positions « imprenables ». Cette manœuvre permit aux 1er et 2e Bataillons du 324e RI d’avancer plus en avant. Ils avancèrent vers l’Est, en direction d’un village appelé Avricourt, qui allait devenir « Avricourt la sanglante ».

Les 1er et 2e Bataillons allèrent de l’avant, tandis que le 3e revint en réserve régimentaire et s’installa dans une grande clairière où il passa la nuit. Le lendemain, le 3e Bataillon s’approcha d’Avricourt par la voie de chemin de fer de Paris Strasbourg, pour rentrer dans la ville par la droite.

Entre temps, les 1er et 2e Bataillons progressèrent vers la ville, à distance, sur la gauche de la voie ferrée et se retranchèrent durant la nuit (après une longue marche) sur une colline accidentée, en dehors de la ville. Quelques instants plus tard, un terrible barrage d’artillerie ennemi tomba sur la position ainsi que des tirs de mortiers, des snipers et tout ce qui peut être employé. Alors, ils réalisèrent qu’ils étaient passés dans les lignes de défenses allemandes et qu’ils étaient entre les avants postes ennemis et leurs lignes de défense.

324 RI

Les allemands attaquèrent durement et c’est là que le nom « Avricourt la sanglante » commença à se faire entendre. En certains endroits les GI pouvaient voir comment étaient les allemands et entendre ce qu’ils disaient. Le lieutenant Erickson appela sa 2e section de mitrailleuses pour qu’elle ouvre la voie. Rien ne se produisit. Il appela de nouveau mais rien. Il se rendit alors en colère sur la position des mitrailleuses pour voir quel était le problème. Prêt à engueuler les T/Sgt Joseph Crystal et le Sgt Wiliam Rogers, il découvrit alors que toutes les armes de la section étaient hors d’usage et que certains hommes étaient blessés. Les hommes pouvaient voir les obus de mortiers monter et descendre. Des allemands contournèrent le flanc dans l’espoir d’encercler les deux bataillons et y réussirent presque. Encore et encore, ils se ruèrent sur le flanc et furent repoussés grâce au courage des soldats américains.

324 RI
Les américains utilisent cette ligne de chemin de fer comme une route

324 RI
Le pont situé sur la ligne de chemin de fer sur la route de Remoncourt a été miné par les allemands, mais ils n'ont pas eu le temps de le détruire

324 RI
Une jeep est  remorquée par un GMC sur la ligne de chemin de fer Paris Strasbourg

Le contact avec le régiment fut difficile. Les forces en présence estimées par un rapport du G2 étaient du côté des allemands, des éléments de la 553e VGD et des unités de la 708e DI.

Sur le flanc droit du régiment, le capitaine Anthony M. Pico de la compagnie L. étaient épuisés, gelés, avec les 42 hommes restant de la compagnie plus quelques sections détachées des compagnies K et M. Le capitaine reçut un message et avant d’appeler ses sergents, il le relut plusieurs fois pour être sûr du contenu. Ils se regardèrent les uns les autres en haussant les épaules. Puis il appela ses hommes pour les prévenir qu’ils allaient devoir attaquer. Ils restèrent calmes et quelques uns pleurèrent sans honte. Ils étaient les forces de la libération et devaient attaquer. On leur promis quelques avions et des chars pour les appuyer mais cela ne les enthousiasma pas car ils étaient gelés et malades. L’ordre était néanmoins d’attaquer.

C’était un vrai défi de sortir de leurs trous de combat et d’avancer en boitillant. Ils étaient à l’opposé du cimetière, en bordure d’un village avançant par un large mouvement enveloppant à droite pour frapper l’ennemi sur ses arrières. Ils étaient tellement près qu’ils pouvaient voir les armes allemandes pointées sur eux. Un cimetière est un bon endroit pour mourir, beaucoup d’entre eux ne se soucièrent pas de ce qui pouvait leur arriver. Mais ils allaient de l’avant, les allemands n’avaient pas encore tiré.

L’approche de la compagnie L. n’avait jusqu’à présent pas été détectée, jusqu’au moment où les hommes traversèrent la moitié du terrain à découvert, quelque chose se passa alors qui les fit courir, crier et sourire car en face d’eux les allemands se levèrent des tranchées et sortirent de derrière les pierres tombales, les mains sur la tête pour se rendre. Les américains ne posèrent aucune question. Ils les rassemblèrent et les placèrent dans leurs trous de combat. Puis ils commencèrent l’avance dans le secteur d’Avricourt. Face au 324e RI, il n’y avait plus de résistance, seuls quelques tirs sporadiques de tireurs d’élites. Les hommes du capitaine Pico entrèrent dans la ville. Quelques tirs à partir de fenêtres où des larmiers de cave furent aussitôt anéantis, la compagnie avança et nettoya rue après rue.

Le 749e Bataillon de char avança aussi dans le village et commença à frapper les emplacements ennemis soutenant les 1ers et 2e Bataillons. La compagnie Baker du second bataillon de réserve entra dans Avricourt par la gauche et commença le nettoyage. Pour les hommes des 1er et 2e Bataillons qui affrontaient l’ennemi sur la colline, apparu cette belle vision dans la brume : les chars avec l’infanterie de chaque côté et partout les allemands se levaient, couraient, tombaient, mouraient ou se rendaient. Avricourt était tombé, l’ennemi était en fuite. La chute d’Avricourt a rendu possible la libération du reste de la Moselle. Le prix  payé en pertes fut lourd, la souffrance due à la pluie, la neige et le froid furent terribles mais la ville fut prise.

Le résumé général de la situation ennemie par le G2 déclara que l’ennemi s’était retiré et peut-être avait évacué sauf une petite force de retardement. Les villages de Rechicourt, Igney, Foulcrey, Repaix et Gogney tombèrent. Des indications donnèrent la 553e VGD anéantie car il ne restait que du personnel du train régimentaire, alors le 1er Bataillon du 728e RI fut la seule unité de combat présente dans les lignes allemandes lorsque la bataille d’Avricourt pris fin.

Mais les soldats du 324e RI n’oublieront jamais les jours passés dans leurs trous, la pluie, le froid, l’humidité, les heures et les heures d’attente.

Le lendemain, deux infirmiers allemands commencèrent à ramper vers les lignes et le sergent Richard J. Leonard de la compagnie M leur a dit : « halte ! ». Les allemands dirent : « non » alors le sergent léonard tira deux balles et les atteignit tous les deux, un à la tête l’autre dans la poitrine.

324 RI
AVRICOURT l'assaut à été intense, il a fallut l'appui de l'aviation pour détruire les défenses allemandes

324 RI
AVRICOURT après l'attaque du village les américains récupèrent les blessés et les morts

324 RI
AVRICOURT après le combat, les soldats en profite pour faire leur toilette, ici un tankiste sur un char M10 James Colman 776e TD.

324 RI
AVRICOURT ne sera libéré que le 18 novembre 1944 par le 324e Régiment d'Infanterie de la 44e DI US après de durs combats

 

« Maintenant, faites vos prières, vous, bâtards » cria-t-il sur investigation ; Il fut établi que les deux allemands portaient des charges explosives qu’ils devaient placer dans les lignes américaines. Ces mots hurlés aux allemands après qu’il les a tués, devinrent le cri de ralliement de sa compagnie durant tous les combats

Alors, voilà l’histoire du PFC Luke G. Serentis. Du détachement médical du 324e RI. Bien qu’il ait perdu tout son matériel de soins, il se rua en terrain découvert sur deux soldats blessés par un tir de sniper. Dès qu’il commença à courir, le feu des mitrailleuses et des snipers se dirigea sur lui. Après avoir été touché d’une balle dans le talon, il rampa vers ses camarades saignants et, en face d’intenses tirs de snipers, il les ramena vers des positions à couvert où il leur administra les premiers soins.

Quand un peloton de la compagnie A passa d’une zone boisée à un terrain à découvert sur la route d’Avricourt, il fut pris sous un tir concentré de petites armes et d’artillerie qui lui infligea de lourdes pertes. Sur ordre, l’unité se retira rapidement. S’apercevant que deux blessés étaient restés allongés en terrain découvert, le sergent James C. Noble, et le sergent Joseph T. Pfeffer, sans hésitation, se portèrent au secours des assistés sous un feu périlleux, traitèrent les blessés et les évacuèrent sur une position de sûreté.

Peu après être devenu chef de peloton, le sergent  Charles T. Flippen de la compagnie L. fut blessé au pied et refusa d’être évacué. Pendant trois jours, il se força à dépasser ses performances malgré le fait qu’il ait du mal à marcher. Lorsqu’il observa une mitrailleuse ennemie qui tirait sur sa position, il se procura un fusil mitrailleur (BAR), rampa dans un défilé sur une dizaine de mètres devant l’ennemi, tua trois allemands et réussit à détruire la mitrailleuse puis il rampa jusqu’à son trou et s’évanouit de douleur et d’épuisement.

Ce sont quelques faits des nombreuses histoires relatant l’héroïsme et la vaillance des hommes du 324e RI au début de leurs actions contre l’ennemi.

Après qu’Avricourt fut tombée, la nuit fut consacrée à s’établir et se reposer un peu. Le 18 novembre 1944 trouva tout le monde en mouvement. Le 2e Bataillon en tête, le régiment attaqua Deutsch Avricourt et en une heure de temps, la ville fut prise. Après une réorganisation immédiate, le bataillon poussa plus loin et s’attaqua à Rechicourt, assisté du 106e  Escadron de cavalerie, et attaqua par le Nord. Réchicourt fut rapidement prit et les unités du régiment reçurent l’ordre de consolider leurs positions pour la nuit.

Le lendemain, le 19 novembre 1944 au matin, le 324e RI attaqua l’ennemi avec le 2e Bataillon en tête de l’assaut. La mission fut de nettoyer le bois de Ketzing de tout soldat ennemi. Une fois encore la mission fut rapidement accomplie et les allemands se rendirent en grand nombre. Ils se rassemblèrent en groupe dans de nombreux cas, sortirent du bois avec les mains bien hautes.

Une heure et demie après, le bois fut nettoyé, le 2e Bataillon avait encore conduit l’attaque cette fois dans les environs de St Georges et le secteur de la route entre Heming et St Georges fut pris.

Le 2e Bataillon occupa alors le terrain élevé aux alentours de Neufmoulins et le 1er bataillon s’avança avec la mission de s’emparer de la route traversant Heming. Lorsqu’ils arrivèrent à hauteur du canal de la Marne au Rhin, ils furent arrêtés par des tirs de snipers ennemis et par le fait que les allemands en retraite firent sauter un pont. Mais les hommes de la compagnie B du lieutenant Laurence Bradbury traversèrent en nageant. Un homme fut touché par un sniper et lieutenant Bradbury eut un bouton de poche de sa veste coupé par une balle. La traversée fut terminée ainsi que la prise du village d’Heming, le 1er bataillon se dirigea vers le Nord et attaqua le village de haut Clocher, tandis que le 2e attaqua vers l’Ouest. Le village libéré, il s’occupa de Langatte qui tomba aussi facilement.

Le 21 novembre 1944, le régiment fut placé en réserve divisionnaire pour un repos bien mérité. La signification de ce qu’ils avaient accompli fut appuyée par une lettre de félicitations à la 44e DI de la part du Lieutenant général Alexander M. Patch, commandant en chef de la 7e Armée US.

 

QUARTIER GENERAL 7e ARMEE

23 novembre 1944

 

A toute la troupe :

Soldats de la 44e Division d’Infanterie, lors de votre baptême du feu au combat dans la dernière semaine du mois d’octobre, vous avez chassé les allemands de la partie et de la forêt de Parroy. Etant solidement retranchés dans la forêt, par des patrouilles continues et efficaces, vous les avez empêchés de mener des actions offensives dans ce secteur.

Après l’assaut du 15e Corps pour la capture de Saverne, vous avez attaqué le 13 novembre 1944 au matin de solides résistances ennemies après de durs combats. Par un brillant mouvement sur le flanc vous occupez le village de Vaucourt en détruisant une importante force allemande qui défendait le bois de la Garenne. Le 17 novembre 1944, frappant rapidement à l’Est, vous avez capturé le bois de la Garenne face à une sauvage contre-attaque ennemie.

Le même jour, vous frappez soudainement sur l’important centre routier de Réchicourt, tenant l’ennemi en échec, le forçant sur ses positions, poursuivant ses unités dispersées inlassablement. Puis les villages d’Avricourt, Moussey, Autrepierre sont libérés. Continuant la progression, le 19 novembre 1944, c’est le tour de Réchicourt, St Georges et Foulcrey d’être libérés, des centaines de prisonniers et autant de matériel et d’équipement sont capturés. Par cette action, vous avez infiniment participé à la défaite et la désorganisation finale de la déroute ennemie dans votre secteur.

 

ALEXANDER M. PATCH

Le Général, USA

Commanding

 

 

QUARTIER GENERAL DU 324e  REGIMENT D’INFANTERIE

APO 44, Camp Chaffee, ARK.

12 Octobre 1945

 

J’aurais aimé dire à chaque soldat qui a combattu avec le 324e Régiment d’infanterie en France et en Allemagne, qu’il a de bonnes raisons d’être fier de ce régiment qu’il a si bien servi.

D’Emberménil aux montagnes du Tyrol d’Autriche, cela ne représente pas une grande distance sur une carte, pourtant, cela correspond à sept mois de combats intensifs quasi continus, dans des conditions hivernales terribles. La route d’Emberménil, en passant par Avricourt, Dossenheim, Strasbourg, Petit Rederching, Bliesbrucken, la rivière Neckar, Blaufelden, Ulm et le Danube, jusqu’aux frontières d’Autriche et d’Italie, peut être couverte bien plus rapidement de nos jours avec des véhicules modernes. Mais cette route fut le témoin de nombreux actes d’héroïsme et de sacrifices personnels, des souffrances incroyables occasionnant la mort de 500 soldats du Régiment.

Aux officiers et aux hommes du 324e Régiment d’infanterie, je peux seulement dire que vous serez à jamais fiers du travail que vous avez fourni pour amener cette guerre à terme.

Au fur et à mesure, cette histoire signifiera beaucoup pour vous et les années passant elle deviendra l’une de vos plus chères possessions. En tant qu’officier Commandant durant les combats, il faut que vous sachiez que je serai toujours fier d’avoir eu l’honneur de servir avec vous. Et que je n’oublierai jamais l’esprit de courage et de persévérance qui anima cette unité et qui en fit un grand Régiment.

 

Kenneth. S. ANDERSON

Colonel, Infantry

 

PERTES DU 324e REGIMENT D’INFANTERIE US

DU 23/10 AU 19/11 1944

324 RI 324 RI

 

Pertes totales du 23 octobre au 19 novembre 1944 : 129 tués pour un gain de terrain de 7 km d’Embermenil à Avricourt.

 

Compagnie A : 13                                            Compagnie J  : 0

Compagnie B : 10                                            Compagnie K : 6

Compagnie C : 25                                            Compagnie L : 11

Compagnie D :  7                                             Compagnie M : 8

Compagnie E : 4                                              A T : 4

Compagnie F :  10                                           HQ 1 : 3

Compagnie G :  7                                             HQ 2 : 2

Compagnie H : 1                                              HQ 3 : 4

Compagnie I :  9                                               Médical : 5

 

LISTE DES MORTS DU 324e REGIMENT D’INFANTERIE

DE LA 44e DIVISION US.

 

23 octobre :

- Sergent HAYES DENNIS E  Cie H

24 octobre :

- 2e Lieutenant ISAACS WALTER B  Cie HQ 1

- Pvt GAFFNEY DONALD R  Cie C

- Pfc HELLER RALPH H  Cie M

- Pfc JOSSUND JENS A  Cie L

- Pfc MYNATT JAMES W  Cie L

- Pfc SEAMON ERNEST  Cie HQ 2

25 octobre :

- Colonel NELSON THACHER  HQ

- Capitaine RHOADS GEORGE F  Cie E

- S/Sergent BARBETTO LOUIS C  Cie L

- Pfc KLATT DANIEL NMI  Cie HQ 3

- S/Sergent McNEMAR HENRY A  Cie MED

- Pfc MARTIN HEWITT R  Cie HQ 3

26 octobre:- Pfc CROSBY DURREL E  Cie M

- Pfc DAVIS DODSON G JR  Cie C

- Pvt WARZAK ALEX A JR  Cie E

27 octobre :

- Caporal HETZEL RODERICK W  Cie I

- Pfc WALLACE JAMES R  Cie D

28 octobre :

- S/Sergent ABEL ALONZO J  Cie C

- Pfc AYERS JOHN T  Cie A

- Pvt COBLE HOWARD G  Cie C

- Pvt CULLER BOYCE G  Cie C

- Pfc GREENLEE ERNEST C  Cie B

- Pfc KENNEDY FERGUS C  Cie B

- Pfc McINTOSH JACK NMI  Cie B

- Pfc PYLE HOWARD E  Cie F

- Sergent SPECTOR NATHAN NMI  Cie C

- Pfc WELLS ARTHUR E  Cie A

29 octobre:

- T/5 Daly EMMETH H JR  Cie MED

- Pvt KASPER ADWARD NMI  Cie I

30 octobre :

- Pvt PEERS GEORGE T JR  Cie G

31 octobre:

- Capitaine CAMPBELL EVERETT NMI  Cie AT

- Caporal ENZIA STEPHEN J  Cie AT

- Pfc LADDEN MURRAY A  Cie F

- Pfc POOLE JAMES R  Cie MED

- Pvt RITCHEY RALPH G  Cie F

- Pvt SLEETH RAYMOND P  Cie AT

- 2e Lieutenant DODD CHARLES H  Cie AT

1er novembre:

- Sergent BINOEDER ERICK NMI  Cie I

- Pvt CAVAZOS LUIS NMI  Cie A

- Sergent EVERETT ELMER M  Cie HQ 1

- Pfc STEIN JOSEPH NMI  Cie C

3 novembre :

- Pvt RHODES JOHNNY W  Cie C

7 novembre:

- Caporal GOLDNER EDWARD C JR  Cie B

8 novembre:

- Caporal FRASCH MELVIN L  Cie B

- Pvt STAGE HARRY J  Cie G

11 novembre:

- Sergent BOREN LLOYD N  Cie B

13 novembre:

- 1er Lieutenant CLUNE JAMES W  Cie L

- 2è Lieutenant SATZOW MEYER H  Cie L

- Capitaine SEAMAN RICHARD A  Cie M

- Pvt AUTREY ROY J  Cie C

- Pfc BERNHARDT ALBERT R  Cie C

- S/Sergent CHAMBERS CHARLES J  Cie I

- Pfc CLAES WILLIAM F  Cie I

- Pvt CLARK ORVILLE B  Cie L

- Pfc CLUMMINGS ORAL NMI  Cie I

- S/Sergent DANIEL JOHN R  Cie L

- Pfc FURAITAIR CLARENCE E  Cie L

- Pfc GUTIERREZ FRANK  Cie I

- Pfc KIMBRELL TROY W  Cie M

- Pfc MASSEY HUGH NMI  Cie I

- Pvt MEACHAM CLEO NMI  Cie L

- Pfc MERCER ROBERT A  Cie M

- Pfc MOPPIN HENRY  Cie I

- Sergent PADGITT JACK V  Cie M

- Pvt PIPPIN JOHN R  Cie L

- Pfc REID THOMAS G  Cie L

- Pvt RODEN VIRGIL M  Cie C

- Pfc SAAVEDRA JERRY C  Cie C

- Pvt ULRICH GLENN L  Cie L

- TEC/5 VINYARD VIRGIL E  Cie MED

- Pfc WARCHOL STEVE NMI  Cie M

14 novembre:

- Sergent ADAMS LLOYD E  Cie M

- Pfc BONCAR FRANK M JR  Cie B

- Pfc BROWN ROBERT NMI  Cie A

- Pvt CREWS CARL  Cie K

- Pfc FLASSING LOYAL  Cie K

- Pvt GARLAND RUSSELL K  Cie D

- Pfc HEISTAND ROBERT D  Cie A

- S/Sergent KAROWSKI BENJAMIN A  Cie D

- Pvt NASON PAUL C  Cie A

- Pfc SAMPLE ORVILLE D  Cie A

- Sergent SAUNDERS ALFRED C  Cie D

- Pfc WARRUM PERRY J  Cie D

15 novembre:

- 1er Lieutenant GIBBONS ADWARD J JR  Cie L

- S/Sergent McCLAIN RICHARD F  Cie HQ 3

- Sergent WILLIAMS CHARLES  Cie B

16 novembre:

- Pfc ANDERSON CHARLES E  Cie C

- Pvt KERLEY SAMUEL S  Cie D

- Pvt SPAKOWSKI JAMES NMI  Cie C

- Pfc YEADON ARCHIE R  Cie C

17 novembre:

- 1er Lieutenant COX ROGER R  Cie C

- 2e Lieutenant REESE IVAN L  Cie F

- Pfc BARRETT MAX H  Cie F

- Pfc BEEBE MARION W  Cie C

- Pvt BRIGGS WILLIAM J  Cie A

- Pfc BUFFINGTON JOHN H W  Cie E

- Pvt FEENY LYLE D  Cie C

- Pvt FRANCO JOSE JR NMI  Cie F

- Pfc GARMANY CLARENCE T  Cie C

- Pfc GOODMAN GEORGE W  Cie B

- Pvt GREZNER STEVE F  Cie F

- Pvt HUMPHRIES VERNON O  Cie G

- Pfc KEHOE KENNETH C  Cie HQ 2

- Pfc McGEE CLIFORD NMI  Cie K

- Pfc MAZZA DIMINICK NMI  Cie C

- Pvt MORALES ADOLPH S  Cie E

- Pfc NANCE REYBURN D  Cie C

- Pvt NICCOLAI ALEXANDER L  Cie F

- Sergent PEARSON JOHN NMI  Cie MED

- Caporal PERKINS BLAINE H  Cie D

- Sergent PRYCIAK THEODORE M  Cie G

- Pfc RAMIREZ FRANK J  Cie A

- Pfc SELLICK ROBERT L  Cie A

- Pfc SPARKS FLOYD JR NMI  Cie A

- Pvt VANOVER GLEEN NMI  Cie C

- Pfc VICKERY JOHN H  Cie F

- Pfc WESOLOWSKI VALENTINE  Cie E

- Pfc WOLFORD ROGER C  Cie C

18 novembre:

- Pfc HAVLIK WENCESLAUS J  Cie A

- Pvt MORELLI SAM C  Cie C

- Pfc POROSTOVSKY RICHARD  Cie C

- Pfc SOBKO ALEX R  Cie G

- S/Sergent WOOS GEORGE NMI  Cie A

19 novembre:

- Pfc CARLISLE LESTER C  Cie K

- T/Sergent CURRENS JOHN E  Cie HQ 3

- Pfc GOAD EVERETT  P  Cie G

- S/Sergent RIDDLE HARRY J  Cie F

- Pfc SLADER JOSEPH F  Cie G