2e Division Blindée - Bataille de Dompaire

 Blason de la ville de DompaireJournée du 12 septembre 1944

En fin de journée vers la côte 327, au moment où s’amorce la descente vers Dompaire, des antichars allemands embusqués dans un chemin creux vers le bois Chanot ouvrent le feu.

Déchenillé, le char de tête le PROVENCE se couche à demi dans le fossé tandis que les jeeps de reconnaissance s’évanouissent dans les broussailles. Les Sherman et les Half-tracks de l’avant-garde débordent sur la droite à la recherche de postes de tir.

Le commandant Massu (futur général), qui roule derrière, évacue lui aussi la route et se porte à l’Est de la côte 327 à la recherche d’un point d’observation. Il s’arrête en lisière, suivi du colonel Tower, l’officier américain avec son char THUNDERBOLT, char d’appui aérien.

 

Des silhouettes de Panther de 45t reconnaissantes à leur canon démesuré à frein de bouche, se profilent sur le chemin de Laviéville hors de portée efficace des canons de 75 des Sherman. On aperçoit aussi des chars embusqués dans les couverts entre l’usine Pierrot et la gare jusqu’à la route D38 menant de Dompaire à la Ville-sur-Illon.

2e DB - Dompaire 2e DB - Dompaire

Le combat s’engage. Les 4 rescapés du peloton de tête “le CAMARGUE”, “le CORSE”, “l’ESTEREL” et le “LANGUEDOC” ont pu se porter à défilement de tourelle.

Un coup au but du CAMARGUE détruit les antichars du Bois Chanot.

Le CORSE de l’adjudant-chef Titeux, le chef du 3e peloton ajuste un Panther à 800m dans les feuillages en direction de l’usine. Les coups ricochent sur le blindage. Deux des tanks Destroyer de l’Enseigne de Vaisseau Durville arrivent à la rescousse avec leurs canons de 76.2 montés sur châssis de 27t. Deux coups partent en même temps. Le Panther hoquette sous le coup qui le frappe en pleine tourelle, d’épaisses volutes de fumée s’échappe du char touché à mort, tandis que deux silhouettes giclent de la tourelle et s’enfuient.

A ce moment Massu décide d’occuper plus à L’Est un mouvement de terrain permettant de contrôler jusqu’à la D38, les sorties Sud et Sud-est de Dompaire.

Il est près de 20h00. L’Enseigne de Vaisseau Durville qui a rameuté son 3e Tank Destroyer le MISTRAL rejoint les Sherman. Venant de partout les traits lumineux et les sifflements des obus se mêlent aux claquements des mitrailleuses. Deux Half-tracks de la section de marsouins du Lt Berne sont touchés. Plusieurs hommes sont blessés, l’un deux Stephani, brûle vif dans sa combinaison, un camarade le roule à terre pour étouffer les flammes. Puis ils replient vers le poste de secours en chantant à pleine gorge. Ils n’auront par l’Alsace et la Lorraine.

A 300m de là le peloton Titeux souffre aussi. Deux obus au phosphore percutent le CORSE blessant le chef de char. Le LANGUEDOC canonne la tour de l’usine Pierrot qu’il soupçonne d’abriter un observatoire. L’ESTEREL, en trois coups, réussit à enflammer un Panther. Le LANGUEDOC percé à son tour flambe.

La nuit tombe. Les pointeurs ne parviennent plus à situer les objectifs dans leurs lunettes de visée. Les tirs au jugé manquent leur but.

Massu donne l’ordre de repli. Alors sous un déluge de feu jeep et Sherman avalent la pente protégés par un barrage fumigène. Les rescapés du CORSE quittent leur refuge et retourne à leur char devenu phosphorescent. L’un aux commandes, l’autre agrippé au canon pour pouvoir guider, ils ramènent leur engin jusqu’à leur escadron.

 

La nuit du 12 au 13 septembre 1944

Il est 21h00. Dans la nuit le sous-groupement Massu s’articule en arc de cercle face à l’Est et au Nord-Est, à cheval sur la D28 entre le bois Renautois et l’éolienne.

Face à Dompaire, chacun s’abrite comme il peut sous les mirabelliers. Il fait froid mais la fatigue l’emportant tout le monde s’endort malgré les bruits de chenille à l’intérieur de Dompaire. Les pleins d’essence et de munitions s’effectuent pendant que les canons de 105 tirent pour dissuader l’ennemi d’entreprendre une manœuvre nocturne.

Non loin de là le THUNDERBOLT du colonel Tower bourdonne de ses deux postes VHF et 399. A 04h00 le colonel dit à son conducteur “J’ai eu l’aviation, nous aurons un forcing bombing”.

 

Au matin du 13 septembre 1944

Le commandement français projette d’enserrer les allemands dans Dompaire, Lamerey et le fond de la vallée de la Gitte pour les détruire. En premier lieu le sous-groupement Massu, mâchoire gauche de la tenaille fixera l’adversaire par l’Ouest, tandis que Minjonnet, mâchoire droite, se chargera des issues Est.

Massu entraine ses commandants d’unité à son observatoire en avant de la côte 382, sur les hauts de Bexey sur la D38, en direction de Madonne, les chars ennemis se déploient vers le Sud en direction de la côte 369. Ils cherchent à prendre pied sur le plateau.

 

La 1ère intervention air

La menace de ce déploiement offensif des Panther est grave. Sur les hauts de Bexey, le colonel Tower renouvelle ses appels.

Vers 8h30, il a le commandement d’une formation britannique de bombardiers qui reviennent de mission. Le commandement demande l’autorisation de ses supérieurs de détacher une escadrille sur Dompaire, 15 mn plus tard les Thunderbolt apparaissent. Les chars et les blindés français déploient leurs panneaux d’identification. Les chasseurs commencent leurs piqués. Les Panther s’enfuient  sous les couverts.

Le carrousel dirigé par le colonel Tower dure 15mn puis s’achève, faute de munitions. L’ennemi assommé ne bouge plus.

L’étau se resserre alors sur les débouchés de Dompaire.

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Minjonnet verrouille la N66. Le peloton de Sherman du S/lt Cheysson et une section de marsouins foncent sur le carrefour des Maisons-Rouges où ils s’embusquent. La route d’Epinal est coupée.

Face à Dompaire la 7e compagnie d’Ivanoff s’engage le long de la D28 en direction de l’usine. La section du lieutenant Guigon en tête appuyée par les tirs des chars, s’infiltre dans les vergers et détruit un nid de mitrailleuses. Mais les renforts ennemis surviennent et l’affaire prend mauvaise posture. Guigon ordonne alors le repli.

Profitant de la diversion, l’opération d’enveloppement par l’Ouest démarre à l’abri du bois Chanot le long de la route de Laviéville. La section Berne parvient à la voie ferrée et atteint les lisières Nord de Laviéville. Une autre section explore le village dans le sens Nord-Sud sans incident, jusqu’au carrefour de la route de Bouzemont.

Les allemands ont évacués Laviéville et se sont repliés sur Dompaire.

 

La 2e intervention air

11h00- Les Thunderbolt attaquent de nouveau en piquée. Ils sont six qui prennent des risques énormes. Un quart d’heure après ils disparaissent.

Massu profite pour étendre son emprise vers le Nord, tandis que l’artillerie écrase le cimetière. Les chars Destroyer de Durville arrivent au cimetière sans incident. Ils se postent le long de la route en surveillance face à l’Est et au Nord.

Au même moment Ivanoff lance une opération sur l’usine Pierrot pour dégager Guigon. La maison Biguet où Guigon a abrité ses blessés et touchée.

L’ennemi se ressaisit, Guigon en queue de la section couvre les autres, lorsqu’il atteint le haut du verger, il s’affaisse en disant “ Touché, c’est drôle”.

 

La 3e intervention air

La situation qui est devenu critique est retournée une fois de plus par l’intervention des Thunderbolt vers 15h30. Les Panther fuient dans les bois et dans les vergers.

A 800m de la route, 2 Panther venant de Lamerey traversent la zone des vergers qui s’étend devant le cimetière. Ils sont tirés et détruits. Dix minutes après trois autres Panther apparaissent au même endroit. Ils sont tirés.

L’ennemi durement éprouvé rompt le combat et essaie de chercher refuge contre les assauts aériens dans les bois de Bouzemont.

 

L’ennemi attaque sur les arrières du GTL

Au PC du GTL installé dans un couvent, à la Ville-sur-Illon, l’alerte a été donnée vers 13h00 par l’explosion d’obus venant du Sud-Ouest, et par la postière de Pierrefitte qui téléphone.

“Ca grouille de chars allemands, au moins 30 qui vont de Darney et qui viennent vers Ville-sur-Illon. Et il y a plus de 400 fantassins devant ma maison”.

A ce moment les Panther attaquent Damas. La menace sur Ville-sur-Illon n’est certainement pas une coïncidence et la conjonction des 2 mouvements altère la situation du groupe.

Pierrefitte est à 2km, un flash-radio répéta l’alerte. Les éléments disparates de la protection du PC, un char léger, un canon 57, le Sherman “AUVERGNE” du colonel, engagent le contact aux lisières Sud. Le PC du groupement et le colonel de Langlade se replient alors.

A ce moment arrive le premier renfort, l’escadron de Bort, jusqu’à là en réserve sur les hauteurs vers 349.

A peine posté à la sortie Sud du village le CHAMPAGNE de l’aspirant Nouveau reçoit un obus en plein moteur. L’équipage évacue sans perte.

Cependant les Mark IV n’ont ni la puissance de pénétration ni le blindage des Panther avec leurs canons de 75 courts. Aussi deux d’entre eux flambent sur les pentes de Geneuvray.

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Mais l’affaire se complique. De l’infanterie opère avec les chars infiltrés dans les boqueteaux les Panzer Grenadier surgissent sur les hauteurs Ouest de Illon et dévalent les pentes face à Domartin menaçant de déborder la Ville-sur-Illon par le Nord.

 

Fin de la 3e intervention air

Vers 16h00. Retour des Thunderbolt. Ils n’ont plus de bombes, mais ils piquent et mitraillent les Mark IV. Le jour baisse. Côté français on se replie vers le Crétot sous la protection de l’artillerie.

Après la troisième intervention air, les chars rescapés de Dompaire et de Lamerey ont perdu toute ardeur combative. Ils cherchent leur salut dans la fuite en direction d’Epinal. Les Sherman et les chars Destroyer les tirent un par un.

Les français sont encore au cimetière vers 18h30, ils détruisent encore 3 Panther qui sortent de Lamerey et qui gravissent péniblement la pente.

Le combat a cessé sur les pentes Nord de Dompaire. Mais de la Laviéville à Damas seule une partie de Dompaire est contrôlée.

Massu s’accroche aux positions qu’il occupe. Minjonnet est ramené en position centrale par le colonel Langlade.

 

Les dernières conclusions

La canonnade s’est tue et la pluie tombe à torrent. Les hommes harassés se sont endormis dans leurs couvertures.

Soudain le Sud s’anime d’un vacarme de crépitements et d’explosions. Ce sont des allemands qui attaquent Ville-sur-Illon.

Dompaire s’anime aussi vers 00h00. Une expédition est montée par une dizaine d’hommes de la 7e compagnie qui veulent venger Guigon. Ils détruisent à la grenade et au bazooka 4 Panther abandonnés. Des allemands sont abattus, d’autres crient “Pas tirer, reddition, reddition”

A l’aube du 14 septembre 1944, Minjonnet récupère sans combat Damas et les Maisons-Rouges.

Massu s’engage dans Dompaire. Aucune réaction, les survivants se sont repliés pendant la nuit au Nord-Est et à l’Est. On retrouvera leurs chars abandonnés entre Châtel et Dompaire.

Dans Dompaire partout des cadavres déchiquetés, les blindés détruits. Le char du commandant de la brigade allemande, percé du flanc, git sous un mirabellier.

2e DB - Dompaire 2e DB - Dompaire

Les habitants sortent des caves où ils se terraient depuis le 12 au soir. Partout flottent des odeurs d’incendie.

Autour du pont du Breuil, le feu couve encore dans les maisons éventrées. Un Panther près de la scierie plonge dans la Gitte, son canon fiché dans le sol.

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Un autre Panther git abandonné au centre de Lamerey intact. Il sera acheminé sur Paris par la route avec un autre de ses congénères. Ils seront placés jusqu’en 1976 à l’entrée des Invalides.

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En fin d’après-midi du 14 septembre 1944, une ultime réaction ennemi venant du Sud-Est et menée par une dizaine de chars menace le carrefour des Maisons-Rouges. Les tirs d’artillerie sont alors déclenchés sur le carrefour. Accolé l’ennemi reflue en abandonnant 5 chars sur le terrain.

 

Conclusion

La bataille de Dompaire est terminée. Le général Leclerc le 14 septembre 1944 après-midi visite les agglomérations de la vallée de la Gitte où il reçoit un accueil enthousiaste.

Le 19 septembre 1944, la radio passe le communiqué suivant :

“Une formation de la 2e DB correspondant à l’effectif d’une brigade a détruit plus de 65 chars ennemis pendant les journées du 13 et 14 septembre 1944 dans la région de Dompaire”.

Ces chars détruits appartiennent à la 112e Panzer Brigade qui en possédait 90 au total, dont une cinquantaine de Panther marquant moins de 300km au compteur. Ils venaient de débarquer en gare de Saint-Dié, avec les chars de la 111e, trois Panzer Brigades aux ordres du général Von Manteuffel, chargé de contre attaquer en direction du Nord-Ouest dans le flanc et les arrières de la 3e armée US.

Après Dompaire la 112e Panzer Brigade disparait de l’ordre de bataille de l’armée allemande. Au cours des combats du 12 au 14 septembre 1944, elle a perdu 500 tués restés sur le terrain. 65 chars, 59 détruits et 6 abandonnés.

En regard des pertes du groupement tactique de Langlade s’élèvent à 127 hommes parmi lesquels 43 tués dont 3 officiers et pour l’essentiel du matériel, une dizaine de chars détruits.

Devant ces résultats on peut se poser plusieurs questions :

  1. sur la relative passivité allemande le 12 septembre 1944 au soir
  2. sur le maintien des Panther dans la vallée de la Gitte au cours de la nuit du 12 au 13 septembre 1944.
  3. sur l’attaque sans vigueur de Ville-Sur-Illon dans l’après-midi du 13 septembre 1944.
  4. sur l’absence de forces aériennes allemandes.

Sans donner de réponse à ces questions on peut citer une phrase du rapport du général Von Manteuffel.

Ce rapport fut découvert plus tard à Saverne.

“Nous avons eu malheureusement à faire à un adversaire dont le moral était au-dessus de la moyenne”