La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Bataille de Dompaire, par M. Rivault et M. Bascoul

M Rivault et M Bascoul 
12e Régiment de Chasseurs d'Afrique / 2e Escadron 3e Peloton 
Char "Corse" et Char "Languedoc" / Radio et Tireur

2eDB

Souvenirs de deux anciens pour qui Dompaire et Lamerey ne seront jamais oubliés.

Ce récit, complément de bien d’autres, est l’histoire de deux anciens du 12e RCA, 2e escadron, 3e peloton, qui ont participé à la bataille de Dompaire. Nous sommes heureux d’avoir en commun rassemblé nos souvenirs.


Il était tard lorsque nous avons quitté Vittel vers 16h00 ce 12 septembre 1944. L’objectif après avoir quitté la cité thermale était de gagner rapidement la Moselle. La progression s’était faite rapidement jusqu’au village de Bainville aux Saules, sans accroc, mais au carrefour qui est au centre de ce village, les premiers éléments de reconnaissance du Tchad sont tombés nez à nez avec une voiture allemande qui surprise fut détruite sur le champ, la progression continuant vers Begnecourt. L’élément de tête était constitué du 3e peloton du 2e escadron du 12e RCA. Ces chars étaient dans l’ordre : Provence, Camargue, Corse, Esterel et Languedoc. La jeep du colonel Massu était parmi nous. À la sortie de Begnecourt un canon antichar de 25 se trouvant au carrefour de la route Geldecourt-Adompt se manifeste  par quelques tirs de flanc, nous le mettons rapidement hors de nuire. A l’entrée du village de Adompt, il nous semble voir une autre pièce plus importante, nous lui adressons plusieurs obus de nos 75 et là nous voyons une débandade d’allemands C’était une fausse pièce, la ferme a été incendiée par nos tirs. La progression continuant nous avançons vers Dompaire en arrosant les bois qui se trouvent de part et d’autre de la route et où il semble y avoir des fantassins allemands. Dans une courbe sur la hauteur nous apercevons une voiture allemande (Daimler) qui nous apercevant fait un demi-tour sur la route, mais Michel mon tireur ne lui en laisse pas le temps et l’explosif la détruit. L’officier allemand qui la conduisait est tué, la voiture brûle et obstrue la route, nous sommes obligés de passer à travers champs pour reprendre la route. Arrivés au sommet de la crête d’Assoncourt nous apercevons Dompaire avec son clocher et l’usine Pierrot qui se distingue dans le lointain. La descente s’amorce mais là le char de tête, le Provence, est pris à partie par des antichars (canons russes) qui se trouvent sur le chemin de l’Hermitage. Ce char est immobilisé, chenille coupée, et là il se couche dans le fossé, mais il a eu le temps de nous signaler par radio la progression de chars allemands sur la droite et montant dans notre direction puis d’autres sur la gauche qui se déploient en formation de combat. L’ordre est de nous déployer sur la droite en ligne de combat et nous tirons sur ce char qui nous fait face à 800 mètres approximativement, mais hélas malgré les coups au but nous avons le désespoir de voir nos obus ricocher et filer droit en l’air, et le jour baisse et nos munitions aussi. Appel est fait à un TD qui tire lui aussi sur ce char. Nous apprendrons plus tard que c’était le char de commandement, les marins ont réussi à l’enflammer et quelques allemands s’en échappent, mais il réussit à repartir, le feu ayant été éteint. Il sera achevé par des gars du RMT, au Bazooka, qui progressant vers le Provence, le prenne de flanc, et ses occupants restant seront abattus à l’explosif.

La nuit tombant cela tire de partout, l’on ne sait plus très bien où sont nos éléments avancés. Après quelques obus envoyés sur la tour qui surmonte l’usine Pierrot où nous supposons que quelques guetteurs allemands surveillent nos mouvements, soudain deux obus fumigènes font mouche sur notre char (Corse). Un commencement d’incendie se déclare dans le moteur, notre chef de char est brûlé à la figure, ainsi que mon tireur, par le phosphore. L’air est irrespirable, nous devons sortir de notre carcasse. Nous réussissons à éteindre ce commencement d’incendie, Gustave est parti voir les chars sur la droite, car nous n’avons plus de liaison radio et nous ne savons où sont passés l’Estérel et le Languedoc. Ils ont progressé vers la côte de Galvenet (route Dompaire Ville-sur-Illon), mais sont stoppés par cinq chars allemands qui nous prennent de flanc. Le char Languedoc (Bascoul) tire trois obus sur le premier char. Le 3e obus enflamme le premier char allemand. Le second char allemand vient se placer avec un angle de 45° au-delà du char qui est en flammes. Le Languedoc tire encore 7 obus sur le 2e char, obus qui ricochent sur le blindage. A ce moment ce char allemand tire un obus sur le Languedoc et fait mouche : l’obus pénètre dans l’habitacle avant et blesse l’aide conducteur en explosant sur l’arbre de transmission et met le feu au char. L’équipage évacue et se retire derrière la crête. Quelques minutes après Bascoul revient près du char, tire les extincteurs depuis l’extérieur. Le feu s’éteint. Il essaie de remettre en route, mais en vain, l’arbre étant détruit. Ce char sera récupéré le lendemain par l’atelier.

Pour ma part, après l’évacuation du Corse j’étais replié à proximité, dans les vignes. J’avais perdu mes camarades, ne sachant plus après le bombardement de chars où se trouvaient amis et ennemis, il faisait nuit complète, je ne me souviens plus de l’heure. Derrière moi le Morvan, char du 1er peloton, brûlait, un half-track également, et ces flammes dans la nuit étaient sinistres, et toujours le bruit de roulement de chenilles qui semblaient venir vers nous. Soudain je me décide et, pistolet à la main, je rampe dans un champ de patates, repasse les vignes où je laisse une partie de ma combinaison, et d’un bond je fonce au char qui est là, tout phosphorescent, mais brusquement une ombre surgit à l’instant où je grimpe dans la tourelle. Je vais tirer, mais dans un éclair je reconnais Michel, mon tireur. Aussitôt nous essayons de remettre en route, lui au pilotage, moi au canon, le guidant comme je pouvais, et tel un vers luisant nous voilà partis, récupérant Matron, mon conducteur, au passage.

De temps en temps quelques obus nous sifflent aux oreilles, nous ne savons trop où nous diriger, si ce n’était revenir en arrière, après un temps qui m’a semblé bien long nous tombons sur des éléments du Tchad qui, heureusement pour nous, avaient reconnu la silhouette d’un Sherman. Après quelques explications ils nous indiquent où devaient se trouver nos éléments. L’aviation allemande rôde et toujours les bruits de chenilles dans le lointain. Mon pauvre Corse est bien trop visible avec ce phosphore dont il était couvert avec l’eau de nos jerricans nous essayons de le faire disparaître, puis la nourrice de pinard que nous gardions depuis Paris y passe, mais rien n’y fait et l’impression nous est que nous allongions le mal. En désespoir de cause les branches de mirabelliers voisins serviront de camouflage, et la longue nuit d’attente commence car le sommeil n’y est pas. Que nous réserve demain, avec tous ces chars que nous avons aperçus, ils sont plus forts et plus nombreux que nous ne le supposions, et ces obus qui ricochent dessus en montant vers le ciel en nous narguant... Enfin, avec le jour l’attente s’achève, il y a de la brume dans la vallée de la Gitte, la progression reprend sur la RN 28, puis s’arrête en position près du char Air Support. Nous entendons sans le comprendre le dialogue qui  passe entre ce char américain et l’aviation qui se pointe à l’horizon. Nous commençons à comprendre, Michel qui connaît un peu l’anglais nous avait commenté ce qui se passait et alors le carrousel des P47 commence. La joie au cœur nous les voyons piquer sur Dompaire, les roquettes partent de dessous leurs ailes et à chaque fois une grosse fumée noire s’élève vers le ciel. Mais que doivent souffrir tous ces pauvres gens blottis dans les caves. Dans la matinée l’ordre nous ait donné d’abandonner notre axe et de progresser à travers champs vers le bois de Chanot. Sous son couvert nous approchons de Lavieville, et nous tombons par un petit chemin sur la route Mirecourt Dompaire, RN 66, à proximité du passage à niveau. Il est midi bien passé. Un char allemand brûle à proximité. Nous apercevons sur note gauche des chars allemands qui se replient. Ils sont loin car nous n’apercevons qu’un petit morceau de côte très rude qui monte vers Bouzemont, mais ordre nous ait donné de ne pas tirer car des éléments de chez nous sont de l’autre côté du cimetière que nous apercevons, et nous risquons de les atteindre, et que ferons-nous avec nos pétoires sur ces Panther ? Nous apercevons une flamme dans ce bois et nous saurons plus tard que c’est un avion qui est tombé, son pilote nous rejoindra vers le cimetière le lendemain. Nous entrons dans le village de Lavieville, le contact avec la population qui sort des caves se fait. Nous sommes pris pour des américains, puis après pour des Canadiens, par un brave ancien de 14 qui, nous offrant la mirabelle, n’en croit pas ses yeux que nous parlions si bien français. Depuis deux jours nous n’avions pu faire le moindre brin de toilette, aussi la fontaine de cette rue Saint-Jacques fut la bienvenue, mais il fallait, le combat ayant cessé pour notre coin en ce 13 septembre 1944 au soir, penser au cantonnement et au ravitaillement.

A la barrière SNCF, la section du lieutenant Guigon était bloquée à proximité de la maison de monsieur Biguet, la seule qui existait à cette époque. Une mitrailleuse allemande et des tireurs isolés de part et d’autre du passage à niveau, dans la baraque du Père Mulat devait se trouver un FM ou une mitrailleuse. La section entourait la maison et ne pouvait progresser. Dans le combat qui se déroulât cette section subit de lourdes pertes.

Ceci se passait dans la matinée du 13 septembre 1944. Pendant ce temps d’autres éléments du 12e Chasseurs s’emparait de Damas- Ville-sur-Illon où le char Champagne fut détruit, tiré par des éléments blindés allemands qui, contre-attaquaient, venant de Lerrain-Pierrefitte. Pour nous, au petit matin du 14 septembre 1944, ordre nous ait donné de fouiller une grosse maison bourgeoise à notre gauche, où la veille se situait le poste de commandement de la 16e Division d'Infanterie du général Ersnt Haechel). Nous l’avons loupé de peu, arrivé au centre de Lamerey après le pont, la ferme de monsieur Dorget est détruite, un char allemand s’y était camouflé et avait provoqué sa destruction. Le petit chemin de la Corvée est lui obstrué par un Panther qui, intact, tient la largeur de la route. Ce sera un des deux qui étaient devant les Invalides, mais il était miné et avec Fernand mon aide conducteur, nous avons faillit en pénétrant dans la tourelle le faire exploser. La culasse du canon était reliée par un fil aux batteries, et c’est ce fil qui nous a donné éveil. Nous l’avons signalé aussitôt. Après ce court intermède ordre nous ait donné de monter la rue du Haut Pays, prendre position à la sortie de Lamerey face aux bois, et de là nous battions la route d’Epinal, craignant une contre-attaque pouvant venir de Maisons Rouges, Hennecourt… d’ailleurs je crois que cela s’est produit sans ampleur. La remontée de cette rue, où de chaque côté sont des fermes, les habitants, après plusieurs jours passés dans la caves, nous accueillent chaleureusement et chacun aura son gîte. C’est d’ailleurs là que je connaîtrais celle qui plus tard sera mon épouse. J’ai pu étudier pendant 17 ans notre combat car je fus pendant ce temps un habitant adopté par la population. Le 15 septembre 1944 dans l’après-midi, alors que nous tenions la position, nous avons eu la grande joie d’avoir la visite du général Leclerc, la population applaudissait chaleureusement. Dans ces deux jours de combat la 112e Panzer brigade perdait un matériel en partie neuf, tel ce char que nous avons fait déminer : 69 kms au compteur ! 65 chars, cette 112e Panzer Brigade ne réapparaîtra plus dans les combats futurs.


Pour Lamerey qui avait beaucoup souffert, une vingtaine de maisons et fermes étaient incendiées et beaucoup d’habitants avaient perdu leurs foyers et leurs avoirs.