La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

13e Bataillon du Génie - La bataille de Châtel Nomexy

13e BG

Le 18 septembre 1944, le général Leclerc donne l’ordre de reprendre l’offensive en direction de l’Est, et de franchir la Moselle dans sa zone de responsabilité. Tous les ponts ayant été détruits par les allemands, les reconnaissances sont menées pour déterminer le lieu de franchissement. Le point de passage est retenu le jour même. Il sera situé à Châtel sur Moselle, 800 m en aval du pont détruit.

 

Trois ponts sont à construire l’un après l’autre : le 1er sur le canal latéral, le 2e sur le canal de décharge et le troisième sur la Moselle. Les sapeurs de la 13/3 sont chargés de l’opération. Le 18 septembre 1944 dans l’après-midi, la 2e section s’affaire sur le canal latéral au niveau de l’écluse pour poser le premier pont. Des rafales de mitrailleuses les accueillent aussitôt, heureusement sans dommage. Pendant ce temps, la 1ère section démine les abords d’un gué sur le canal de décharge. Le premier pont ainsi que l’aménagement du gué sont achevés avant la nuit. Les premiers chars peuvent franchir le pont, accompagnés de fantassins. Un combat au corps à corps s’engage alors avec l’ennemi qui s’accroche au terrain. Quand la nuit tombe, la rive gauche est aux mains des alliés. La construction du pont sur la Moselle peut alors commencer. Les allemands se sont repliés de l’autre côté et suivent les moindres gestes des sapeurs. Le sapeur Eff est tué alors qu’il aménageait la berge avec son bulldozer. L’obscurité de cette nuit est totale. La 13/3 renforcée de la 13/4 monte le pont flottant dans des conditions périlleuses et difficiles.

Le 19 septembre 1944, à 06h00, le chantier subit de violents tirs d’armes automatiques et d’artillerie. Des obus tombent également sur le pont bâti sur l’écluse, et font quatre tués et six blessés. Un peu plus tard, le sous-lieutenant Saint Hubert, un sous-officier et cinq sapeurs sont touchés. Le sapeur Legrand, blessé, reste à son poste. Il y sera tué quelques instants après. Sur la Moselle, le sapeur Pujol est tué par un nouveau tir d’artillerie, le sergent Litsanjou est blessé. Il faut terminer le pont coûte que coûte. Les sapeurs qui tombent sont remplacés immédiatement. Mais le caporal Vivien, les sapeurs Siriostis, Vivier et Gauthier, blessés refusent d’être évacués. Alors que les sapeurs du 13 sont sur le point de terminer, l’ennemi déclenche un violent tir d’artillerie. Les caporaux Pottier, Béchoudi, les sapeurs Hosseray, Belarbi, Hidier et Rachic sont blessés. Les sapeurs Lente, Bastilica et Bellagamba sont tués.

Enfin à 8h00, le pont est terminé. Les véhicules de la 2e Division Blindée qui attendaient impatiemment peuvent enfin s’engouffrer sur celui-ci et franchir la Moselle. Les tirs cesseront à 9h00. Ce franchissement d’assaut coûtera la vie à quatorze soldats du 13e Bataillon du Génie.

Depuis cette époque, les habitants des communes de Châtel et de Nomexy ont une vénération particulière pour les gars du 13, qu’ils considèrent comme leurs libérateurs. A Châtel, le stade, où se joua un mémorable match de football entre les habitants et les sapeurs peu après les combats, la rue principale portent le nom du 13Bataillon du Génie. Les deux communes sont officiellement jumelées avec le régiment depuis le 8 août 1994.