La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Le 15e CA rejoint la 7e Armée

 

L’été avançant, l’offensive “ Dragoon ” qui depuis plus d’un mois conduisait les troupes allemandes d’un bout à l’autre du Sud de la France s’arrête. Ce qui est connu des quartiers généraux de la 7e Armée comme une “ crise sur le front Ouest ” est en train de s’installer et les mois d’automne 1944 s’annoncent être une période critique à la fois pour les Américains et les forces ennemies.

Le PC de la 7e Armée se déplace “ à saute-mouton ” depuis la côte à Saint-Tropez vers Brignoles, Grenoble, Lons-le-Saunier et Vesoul, derrière ses Divisions de combat se déplacent rapidement. Jusqu’au 1er octobre, lorsque le poste de commandement s’installe à la caserne Bonnard à Epinal, les Quartiers généraux ne sont pas restés plus de 12 jours consécutifs au même endroit. Deux de ces mouvements, de Brignoles à Grenoble et de Grenoble à Lons-le-Saunier ont pour longueur  à vol d’oiseau 155 et 135 miles (N. d. T. : 1 mile égale environ 1,609 km). Les Quartiers généraux de la 7e Armée se fixent à Epinal pour deux mois pendant que leurs unités s’engagent dans des avancées très lentes à travers les Vosges.

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La 79e Division d'Infanterie

79th Infantry Division

La 79e Division d’Infanterie américaine est créée en août 1917 à Fort Meade dans le Maryland. La majorité des personnels sont originaires des Etats de l’Est des Etats-Unis : Pennsylvania, Maryland, District of Columbia, West Virginia, New-York et Rhodes Island.

L’entrainement qui leur est donné refléte bien l’urgence de la situation des armées alliées en Europe. Six semaines d’instruction de base sont la règle générale. Un vétéran de la “vieille 79” se plait à rappeler, avec une amertume bien pardonnable, “qu’à cette époque, en 1917, nous n’avions que notre fusil, notre baïonnette et quelques grenades pour remplir notre mission et, si nous avions un peu de chance, une ou deux mitrailleuses arrivées là par hasard”.

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313e Régiment d'Infanterie de la 79e DI US

313e REGIMENT D'INFANTERIE DE LA 79e DIVISION D'INFANTERIE US 

LA CAMPAGNE DE LUNEVILLE

 

C'est une grande fierté que d'appartenir à la division de réserve. Après les durs combats et la longue marche motorisée des jours précédents, la chance de pouvoir se reposer était en effet une reconnaissance. Le colonel Sterling A Wood commandant le 313e Régiment d’Infanterie conscient de la période prolongée de fatigue accumulée par ses hommes, exprima l'espoir que cette période puisse être assez longue pour leur permettre de se reposer, de se relaxer et qu'ils puissent prendre un bain.

           

Les préparatifs commencent immédiatement pour les dispositifs futurs, l'officier des services spéciaux commence la préparation d'un programme de films et d'autres divertissements pour les troupes.

L'ennemi a été dégagé des alentours d'Avrainville et par conséquent il n'y a aucune activité ennemie actuelle, tandis que le régiment reste sur place. A la première occasion, le 773e Bataillon Blindé annonce la capture de 24 prisonniers dans le Nord des bois de Germaniel et déclare qu'il y en a encore beaucoup à l'intérieur des bois, après la réception de cette information, le 1er bataillon envoie 2 sections dans les bois afin de trouver la position d'autres éléments ennemis, mais reviennent avec des informations selon lesquelles les allemands se sont enfuis. Plus tard, de petits groupes d’avions ennemis apparaissent au dessus de la région et nous ouvrons le feu avec nos batteries antiaériennes. Au cours de l'affrontement, un incident tragique se produit. 

 

Dimanche 17 septembre 1944

A 1h30 du matin, un avion isolé pris pour un avion ennemi, volant au-dessus de la région est descendu par un tir de batteries antiaériennes. L'avion se révèle être un avion allié, un B24, lequel revenait d'une mission de bombardement. Le pilote était en vie et a été emporté vers le quartier général du régiment le matin suivant, sonné, mais pas sérieusement blessé.

           

Le régiment stationne à Avrainville  pendant  3 jours et le capitaine Harnie. S Ked fit venir une célébrité de la radio et du cinéma dans l'après-midi du 18 septembre 1944, Bing Crosby. Sur une aire sélectionnée pour l'occasion, il chante pour les officiers et les hommes qui sont là en masse pour l’événement. Bing et son groupe organisent un spectacle  qui comble tous les hommes, il chante ses plus grands succès "singing on a star", "sweet leilani",  ce fut un spectacle inoubliable. Pendant le spectacle, un message du quartier général de la division a été reçu selon lequel la 313e infanterie devait se préparer à se rendre aux alentours de Rugney, ou légèrement au sud. La division donne l’ordre au régiment de se mettre en mouvement, le 3e Bataillon restant présent sur place. Le régiment aurait eu besoin de rassembler une compagnie de fusiliers commando comme les PC pour le quartier général du 15e Corps. Quoiqu'il en soit, au-delà de 14h15, les nouveaux ordres  pour le régiment sont de rester en alerte permanente pour un mouvement immédiat vers le nord-est. Au-delà de 15h30, un message est reçu concernant l'itinéraire et la destination finale du régiment. A 17h00 la compagnie I et R a reçu l'ordre de se déplacer d'Avrainville à Charmes jusqu'au pont tenu par la division blindée à Bayon pour diriger les colonnes motorisées jusqu'à ce point.

 

 

A 18h30, un ordre oral est transmit au bataillon, le régiment reçoit l'ordre de se déplacer en colonnes de bataillon, dans l'ordre 3e, 1er, 2e. Itinéraire : Avrainville, Charmes jusqu'au pont à l'Ouest de Bayon, Froville, Einvaux et  Landecourt.

 

Mardi 19 septembre 1944

Vers 4h00, le régiment s'arrête dans la région, de Landecourt, la nuit noire provoque des difficultés d'orientation. A 7h 00, les 1er et 3e bataillons reçoivent l'ordre d'attaquer de l'Est au haut plateau jusqu'à la Meurthe.

           

Le 1er bataillon au nord, le 3e au Sud. Vers 10h00, les deux bataillons ont atteint leur objectif initial et seul  le 1er bataillon a rencontré une résistance ennemie...

Peu après les deux bataillons reçoivent l'ordre de patrouiller vigoureusement pour essayer de trouver un passage approprié pour franchir  la Meurthe. L'objectif initial est de prendre les hauts plateaux aux alentours de Lamath, mais la progression est tellement rapide que le régiment reçoit l'ordre de traverser la Meurthe et de verrouiller le village de Xermaménil. Seul le 3e bataillon est capable de trouver un point de traverser et à 14h30, les premiers éléments traversent la Meurthe et continuent vers le nord pour aller au devant de l'ennemi à Xermaménil. Une seule compagnie est laissée au bord de la rivière pour surveiller le flanc droit au sud pendant le mouvement des autres bataillons. Cette compagnie, au cours d'une procédure de secours, souffre de plusieurs victimes causées par un barrage de notre propre artillerie qui fut malencontreusement prévenu par un observateur situé devant l'artillerie. Après la traversée de Lamath par le 1er bataillon de chars ainsi que les tanks Destroyer, ceux-ci avancent sur une route donnant à la fois sur la rivière et le village de Xermaménil, ouvrent le feu sur les chars allemands dans les alentours. Cette action se déroule entièrement dans les heures précédentes et durant l'attaque du 3e bataillon.

Pendant ce temps, à 16h30, le 3e bataillon atteint la lisière Sud de Xermaménil et après une préparation d'artillerie, entre dans le village pour le nettoyer.

A 17h35, les patrouilles d’observations signalent une colonne ennemie de 10 chars et approximativement une centaine de fantassins se déplacent à l’Est de Xermaménil. Vers 19h50, le 3e bataillon  termine sa mission et en accord avec le 2e bataillon et une compagnie du 1er bataillon, une position de défense est établie autour de Xermaménil  afin de protéger le pont, lequel est en construction sur la rivière à Lamath.

 

Mercredi 20 septembre 1944

 Vers minuit, le pont flottant est terminé sur la rivière près de Lamath. Aucune activité ennemie n’est rencontrée durant le reste de la nuit, et excepté pour un tir d’artillerie ennemi occasionnel, tout est calme.

 

A  l’aube, il est défini que le régiment est tout a fait victorieux. Deux chars Mark V et deux Mark IV sont détruits, 29 véhicules de tout type sont pris, un canon de 88mm, des fusils antichar et de nombreux prisonniers sont fait lors de cette action . La citation des faits et les chiffres de ce que n’importe quel lecteur normal impressionnerait, fut exceptionnellement sans intérêt et inintéressant.

Désormais pour les hommes du front, responsable d’actes héroïques grâce auxquels ont pu être établi de tels chiffres et faits, ce n’était pas une tâche facile. A cet égard, il est bon de relater une histoire lors de l’action de Xermaménil.

Au moment de l’action, un char allemand Mark V était en train de menacer la stabilité des lignes du régiment lorsqu'une équipe de bazooka composé du PFC  W. Mundheim et C. Deloach visa la formidable forteresse à une distance hors de portée de leur arme. Oubliant leur peau ou le danger, ils rampèrent jusqu’à une centaine de yards du char et tirèrent 3 fois au bazooka en cercle autour du char, tous les tirs touchèrent la cible.

Le char était détruit sur place, et plus tard, quand le Général Wyche apparu sur les lieux de combat, il promu les deux hommes responsable de cet acte au grade de Sergent Major.

L’action telle que l’incident a été relaté, s’est répandue à travers le régiment. Jour après jour, les incidents auraient été retransmis au quartier général, en montrant sans méprise aucune la valeur et le courage des hommes des 1ère lignes.

 

Malgré le fait que la progression est faible et dangereuse, les hommes continuent à prouver leur valeur et en  conséquence, la résistance ennemie est vaincue et le chemin reste ouvert pour la marche sur Lunéville, mais nous n’avons pas d’informations exacte sur la  situation intérieure de la ville, il est un peu tôt de vouloir effectuer quelque nettoyage que se soit à cause de la taille et l’importance de la ville, et il faut compter sur le fait que l’ennemi  tente de reprendre la ville.

A 13h30, le régiment bouge de Germaniel se déplaçant en colonne de bataillon, dans l’ordre 1er, 3e et 2e. Le bataillon motorisé de chars et de chars Destroyer bougent à la suite de la colonne en marche. Aucun contact avec l’ennemi n’est rencontré par la colonne de tête, en marche vers Lunéville. D’autre part, de nombreuses difficultés sont rencontrées en cherchant une route au-dessus de la Meurthe dans la ville même. Les colonnes en marche continuent, le contact est fait avec un bataillon de chars Destroyer de la 4e Division Blindée. Le 1er bataillon reçoit l’ordre de se déplacer au sud-est à travers la ville et de prendre une position défensive à l’Est de la ville et au Sud de la route Est Ouest à travers la ville de Lunéville.

Au moment de l’information du contact, il était acquis que la ville n’était pas entièrement débarrassé de l'ennemi et que les allemands tiennent la partie Est et Sud-est de la ville, par laquelle nos colonnes avancées ont reçu l’ordre de faire mouvement. A la réception de cette information, il est devenu nécessaire que le 3e bataillon fasse mouvement au Sud et à l’Est à travers la ville à cheval sur la route de Moncel les Lunéville. Le 1er bataillon prend contact avec l’ennemi à la lisière est de Lunéville où ils font feu sur des canons et des armes légères. Les chars sont placés en avant dans le but d’aider la progression mais sont incapables de bouger plus que quelques centaines de yards une fois passé la lisière est de la ville, ceci à cause du feu des canons antichars lourds allemands bien situés lesquels parviennent à mettre hors de combat un char et empêcher d’autres mouvements vers l’avant.

La surface entière de la ville à travers laquelle le 1er bataillon est déployé, est sujet à un feu considérable d’artillerie et de mortier. Le mouvement du 3e bataillon dans la position Sud du 1er bataillon a été quelque peu lente. Quoique initialement aucun contact ennemi n’est fait, ce retard a été judicieux pour les deux bataillons afin d’adapter une position défensive de la rue principale à la section Est de la ville, plein Sud autour du chemin de fer jusqu’à la Meurthe Le 2e bataillon n’a pas encore pénétré la ville elle-même et se positionne dans une aire au Sud de la Meurthe pour protéger le flanc droit et Sud. De rigoureuses patrouilles sont mises en place à la nuit tombée.

 

Jeudi 21 septembre 1944

Dans l’effort de localiser la position ennemie, de manière à traverser la rivière pour le 2e bataillon jusqu’au village de Moncel les Lunéville, lequel était au Sud-Est de Lunéville. Dans la matinée, le 1er et 3e bataillon reçoivent l’ordre d’attaquer, dans le but de faire battre en retraite la résistance ennemie. La progression est difficile et le combat intense.

Approximativement en soirée, le Général Greer arrive au poste de commandement du régiment pour discuter de la situation avec le Colonel Wood. Les faits deviennent clairs désormais, et il est connu que la progression sera pour le mieux, lente.

          

Le Colonel Wood est informé que la défense de Lunéville est désormais dans les mains de la 79e  DI et que le problème de défendre la ville pourrait être en effet sérieuse. Les plans ont été faits pour mettre en mouvement le bataillon du 313e RI jusqu’à Lunéville pour aider à la défense de la ville.

Le bataillon occupe le secteur Nord Est de Lunéville et le restant du 315e RI se prépare à couvrir la défense de la ville proprement dite. C’est au petit matin que l’ennemi a tenté d’infiltrer  le centre ville par approche à travers le secteur à la lisière nord de la ville et une partie du 106e cavalerie pour mission de reconnaître l’air du parc. Il est nécessaire par ailleurs d’être constamment en alerte. Il n’y a aucune autre force disponible immédiatement pour soutenir la 79ème division afin de tenir la ville, et il est prévisible que l’ennemi dispose de forces considérables d’infanterie et de matériel disponible dans la région de Lunéville. La forêt de Parroy, localisée au nord et à l’est de Lunéville, est connue pour être lourdement fortifiée.

Lors de la 1ère guerre mondiale, cette même forêt a été un champ de bataille sanglant. La construction des fortifications était encore en place, les allemands en profitèrent pour améliorer leur position. La forêt de Parroy se trouvait dans le secteur de la 79ème division d’infanterie, il était nécessaire pour cette unité de passer à travers cette forêt. Cependant la ville de Lunéville ayant été débarrassée de toute résistance, il restait à  prendre la route qui menait à cette forêt. Le problème immédiat concernait la défense de Lunéville et la mission de repousser l’ennemi vers la forêt de Parroy. Dans le secteur de la 79ème division à été confiée, la ville de Lunéville qui était la dernière des  villes françaises a être pénétrée avant d’atteindre les frontières allemandes.

Ces mêmes frontières de la 1ère guerre mondiale s’étendaient à quelques kilomètres de l’est du faubourg de la ville. L’ennemi avait de nombreuses raisons par ailleurs d’essayer de la défendre et de continuer à retarder l’action aussi fortement et aussi longtemps que cela était possible. Ce fait, plus le fait qu’il a été appris que la ville entière était connue pour être hostile, snipers et allemands en tenue civile, posèrent de durs problèmes de défense. Dans cette communication, de nombreuses louanges peuvent être adressées au FFI et principalement leur effort que la phase de résistance avait débloquée. Le leader des FFI appela le Colonel Wood le 22 septembre 1944 offrant ses services et ceux de 250 FFI.

Devenu familier avec la situation dans Lunéville, ils étaient capable de révéler des informations valables et sous son leader ship, la ville est déblayée plus tard maison par maison, au cours de laquelle toutes les personnes subversives et suspectes sont mises hors d’état de nuire. Dans les jours qui suivent l’arrivée du régiment à Lunéville, le Général Wyche et le Général Greer passent de nombreuses heures au PC régimentaire, discutant et planifiant le cours des événements avec le Colonel Wood. Il n’y a aucune question sur les faits qui se sont produits dans les premiers jours, du moins, pas plus que sur la responsabilité de la défense de la ville et la responsabilité de repousser l’ennemi en dehors de la ville, reposant aux portes du 313e RI. C’est le 313e RI qui  pénètre en premier dans la ville après la libération initiale par les unités blindées et comme conséquence, il est désormais en tête de ligne du front pour la défendre. Cette responsabilité est une lourde charge et cette situation, encore une fois, est critique.

Les événements qui en découlent, suivant l’arrivée du 313e RI à Lunéville, durant les dates du 21 au 28 septembre 1944 inclus, sont enregistrés par conséquent sous la forme de découpages (tranches) journaliers. L’essentiel des faits de la partie jouée par le 313e RI dans la défense de Lunéville et la difficulté d’avancer jusqu’à la lisière de la forêt de Parroy, sont ici relatés.

 

Jeudi 21 septembre 1944  (suite)    

Des patrouilles de tous les bataillons sont activées  toute la nuit, cherchant les positions ennemies et examinant les possibilités de traverser  la rivière. Les patrouilles arrivent à moins de 500 yards de Moncel les Lunéville et font feu sur l’ennemi.

           

Le bruit des véhicules est entendu provenant du Nord-Ouest des bois de Moncel les Lunéville, et le feu de l’artillerie ennemi est supposé provenir de la même direction. D’autres patrouilles atteignent la voie de chemin de fer approximativement à 1000 mètres des lignes de front du 3e bataillon mais ne peuvent continuer plus loin. Nous entendons l’ennemi parler et le bruit des véhicules s’élever à  proximité de la voie de chemin de fer. Aucun passage de la rivière convenable n’a été trouvé.

Au cours de la matinée, le 1er bataillon reçoit l’ordre d’attaquer  à  proximité du passage à niveau du chemin de fer, et de nettoyer la résistance dans les maisons au-delà du passage à niveau. Les 2e et 3e bataillons reçoivent l’ordre d’avancer vers le chemin de fer et la lisière de la rivière. La résistance est intense dans tous les secteurs et la progression lente.

Pendant ce temps, des informations sont obtenues comme quoi il y a une digue sous l’aire occupée par le 3e bataillon, lequel doit être dynamiter, afin de réduire le niveau d’eau à proximité de Moncel les Lunéville de 1 à 2 pied de profondeur, afin de rendre possible pour l’infanterie la traversée de la rivière. Les investigations du fond de la rivière se révèlent favorable, le lit étant composé de gravier dur. L'ordre de détruire la digue est donné par le commandement.

 

Au cours de l’après-midi, le Général Greer se trouve au PC régimentaire. Le point de la situation est discuté par le Général Greer et le Colonel Wood. Le Général Greer restant au PC toute l’après-midi, exposant les progrès du régiment à la division par téléphone. Le feu de l’artillerie est intense dans les 2 camps tout au long de la journée. Lunéville, est bombardé par intermittence par l’artillerie lourde.

En soirée, malgré une forte résistance, un progrès substantiel est effectué. La digue près du 3e Bataillon est dynamitée, les portes de l'écluse sont ouvertes et le passage de la rivière devient possible à gué. La résistance au bord de la rivière est vaincue et les bataillons franchissent la rivière.

A 17h30, le village de Moncel les Lunéville est occupé par des éléments du 1er Bataillon, les 2e et 3e Bataillons combattent jusqu'à l'obscurité, repoussant l'ennemi à la lisière du bois au Nord-Ouest de Moncel les Lunéville. Les unités se préparent pour la nuit vers 21h00, avec le 1er Bataillon autour de Moncel les Lunéville et les 2e et le 3e Bataillons sur une ligne à la lisière des bois Nord-Ouest de Moncel les Lunéville. Au Quartier Général du Régiment, cependant une information est reçue selon laquelle le 314e RI veut traverser la rivière et assister à l'attaque du matin suivant.

 

Vendredi 22 septembre 1944

De durs combats se déroulent toute la journée, le 2e Bataillon reçoit une attaque ennemie à 6h00, accompagnée de chars et d'infanterie. Les 2e et le 3e Bataillons sont également engagés. Le 3e Bataillon perd quatre mortiers à l'ennemi lorsque les positions de ceux-ci sont occupées par surprise. Ces mortiers seront récupérés plus tard, toutes les attaques sont repoussées. Un dur combat se déroule dans le cimetière à la lisière Nord de Moncel les Lunéville où les allemands se sont retranchés.

 

Le feu de l'artillerie lourd ennemi est reçu tout le long de nos lignes. La route de Lunéville à  Moncel les Lunéville est particulièrement touchée au cours de cette journée. Au début de l'après-midi, le Colonel annonce à la Division que des attaques ont été tentées par l'ennemi. Nous avons détruits 4 chars ennemis et un char d'assaut et grand nombre de prisonniers capturés. L'artillerie ennemie diminue son emprise pour le moment. A 13h15, les forces sont réorganisées et le 2e Bataillon commence à attaquer, quelques progrès sont faits, Moncel les Lunéville est complètement nettoyée des troupes ennemies et le PC du 2e Bataillon s'établit à Moncel les Lunéville à 15h00.

Pendant ce temps, le feu de l'artillerie ennemi augmente fortement et Lunéville  est largement bombardée.

 

A 17h00, le 2e Bataillon est toujours en mouvement et avance doucement. La Compagnie F est maintenant à la lisière des bois avec la Compagnie G juste derrière ; le plan pour la nuit inclue la mise en place de Compagnies E, G et F dans les bois, avec une ligne à travers bois, avec la Compagnie F en réserve formant une demi-lune avec 2 Compagnies dans les bois. Une Compagnie reste à Moncel les Lunéville. Les 1er et 3e Bataillons pendant ce temps, s'installent sur une ligne à la lisière du bois ne rencontrant aucune résistance autre que le feu de l'artillerie.

A 18h00, quoi qu'il en soit, le 2e Bataillon reçoit une forte contre-attaque sur leur position dans le bois au Nord de Moncel les Lunéville. Le Colonel ordonne au 2e Bataillon de tenir les positions et de ne pas se retirer. De durs combats continuent longtemps après la tombée de la nuit. Mais la contre-attaque est repoussée avec sucés. Pendant ce temps, le 314e RI a atteint la lisière du bois et il est prêt à assister le 313e RI le jour suivant. Le 315e RI bouge également. Des patrouilles intensives sont envoyées tout au long de la nuit avec toutes les unités en alerte pour une possible autre attaque.

 

Samedi 23 septembre 1944

Le 315e RI reçoit l'ordre d'occuper les positions laissées libres par le 313e RI. Le 314e RI s'engage à aider et secourir le 313e RI. La progression est lente au cours de la journée et le temps est mauvais. Toutes les tentatives d'avancer rencontre une résistance rigide, mais l'avancée est tout de même faite. Une étroite coopération est maintenue avec le 314e RI qui se déploie en ligne à la droite du 313e RI.

Dans l'après-midi, la situation indique que la résistance est terminée, quelques troupes ennemies s'échappent. Des prisonniers allemands ont raconté qu'une trentaine d'hommes ont été choisis pour creuser des trous  pour d'autres unités qui étaient entrain de se replacer, mais le feu de notre artillerie les stoppa. Le morale n'était pas au mieux pour les allemands  et les officiers ordonnèrent aux hommes enrôlés de combattre en première ligne. Au cours de l'après-midi, le Général Wyche et le Général  Greer sont au PC régimentaire discutant de la situation avec le Colonel Wood. Aujourd'hui, la situation parait plus éclaircie, nos troupes désormais sont pratiquement passées à travers les bois et tout indique que les allemands se retirent.

Dans la soirée, la ligne de jonction des 313e et 314e RI est atteinte. Les patrouilles sont planifiées après la tombée de la nuit. Les instructions sont données de traverser le bois jusqu’à la lisière opposée et de continuer les patrouilles jusqu'au village de Croismare. Le 315e RI pendant ce temps est désormais en position et prêt à assister les 313e et 314e RI.

 

Dimanche 24 septembre 1944

Il y a de légers combats pour le 313e RI lors de cette journée. Le Régiment reçoit l'ordre de tenir ses positions actuelles dans les bois Nord-Ouest de Moncel les Lunéville  et d'occuper la zone entière. Les patrouilles de la première nuit indiquèrent que l'ennemi se retirait, ceci était vérifié au cours de la journée pour le secteur Nord  dans la zone du 313e RI qui était occupé par les troupes sans aucun contact ennemi.

La 2e  Division Blindée Française et le 315e RI  font des progrès substantiels au cours de cette journée. La 2e DB pénètre dans notre zone et prend Marainviller  localisée au Sud et à l'Est de Croismare et rapporte que l'ennemi à fait sauté le pont à la sortie Nord du village.

Les Compagnies I et R du 313e RI ont été envoyés à Croismare pour renseigner sur la situation. Les patrouilles envoyées à Croismare la nuit précédente rapportent que l'ennemi occupe le village et qu'ils sont incapables d'obtenir de plus amples informations.

A 16h00, les Compagnies I et R rapportèrent que l'ennemi était à gauche de Croismare et qu'ils avaient fait sauter le pont au Nord du village, mais le pont sur la route Sud était intact et utilisable par nos blindés.

          

Les 2 ponts surplombent la rivière Vezouze et sont le lien nécessaire pour une avance vers la forêt de Parroy. A la réception de ces informations, des patrouilles supplémentaires sont envoyées à Croismare afin de garder le contact avec la situation.

Les patrouilles rapportent qu'ils ont vu des éléments allemands se déplacer vers le Nord dans la proximité de la forêt de Parroy et rapportent que 3 allemands se déplacent en direction du pont au Sud de Croismare. Ils battirent en retraite bien avant d'avoir atteint leurs objectifs. Avec les villages de Marainviller, de Chanteheux et de Croismare  entre nos mains et avec les bois Nord Ouest de Moncel les Lunéville dégagé par l'ennemi, il était désormais possible de commencer à avancer en direction de la forêt de Parroy où l'ennemi était supposé être profondément retranché. Tout était en préparation pour l'avancée dans la soirée et nous attendions les ordres.

 

A 23h00 fut reçue de la Division, l’information que les forces aériennes étaient requises pour bombarder la forêt de Parroy le lendemain, afin d’entamer les fortifications ennemies avant une attaque de l’infanterie. Les instructions étaient de déplacer toutes les unités au Sud de la rivière Vezouze avant 08h00 du matin, la rivière servant de frontière durant le bombardement par les forces aériennes. Le bombardement était programmé pour le 25 septembre 1944 à 08h30. Toutes les unités reçurent pour ordre de disperser leurs groupes pendant le bombardement.

 

A minuit, toutes les unités avaient été alertées à propos du bombardement attendu. Le 1er bataillon reçut l’ordre de retirer la section placée à Croismare avant 08h00. Toutes les unités eurent pour instructions de disperser leurs groupes et furent informées de la ligne « frontière » pour les forces aériennes.

 

Lundi 25 septembre 1944

Le bombardement programmé pour 08h00 fut remis dans un premier  temps à 11h30 puis définitivement ajourné pour une période de 24 heures. Le temps était extrêmement mauvais et la prochaine éclaircie inadéquate pour le bombardement. Les Etats-majors supérieurs croyaient qu’un bombardement était essentiel avant une attaque de l’infanterie et par conséquent différèrent de tous leurs plans jusqu'à ce que le temps s’améliorât.

Les missions de surveillance commencèrent et les villages et les routes menant à la forêt de Parroy furent à nouveau occupés par nos forces. En dehors des activités des patrouilles, le 313e RI ne prit pas part au combat pendant la journée. Des tirs d’artillerie intermittents survinrent au cours de la journée. Quelques pièces d’artillerie lourdes tombèrent dans Lunéville même.

Autre chose : la compagnie F reçut l’ordre de garder l’Etat-major du Corps et fut relevée de sa position sur le front pendant l’après-midi. Notre artillerie fut très active au cours de la journée, avec des missions contre des cibles ennemies. La journée autrement fut calme et sans événement majeur.

 

Mardi 26 septembre 1944

Le bombardement fut de nouveau suspendu pour 24 heures, le temps étant par trop défavorable à une telle mission. L’attaque fut encore repoussée. Le commandant du régiment réunit les officiers de bataillon au PC Régimentaire pour une conférence. Il insista auprès des commandants de bataillons sur les objectifs de la Division, du corps et de la 3e Armée. Il mit en garde contre le trop plein d’optimisme et dit que la bataille dans la forêt de Parroy serait ardue. Il fit quelques suggestions pour galvaniser le moral des troupes. Le commandant du Régiment admit que la bataille avait été difficile pour tous mais soutint qu’aucune possibilité de relève du Régiment ou de la Division dans un futur proche n’était à l’ordre du jour. Nous devions continuer à combattre. La journée fut autrement relativement calme. Les patrouilles sortirent à nouveau et quelques unes d’entre elles furent attaquées par l’ennemi. Pendant ce temps, les  ingénieurs finirent les ponts à Croismare et déminèrent  les routes. Il y eut des tirs d’artillerie ennemie considérables tout au long de la  journée. La grosse artillerie pointée sur Lunéville baissa un peu de régime.

 

Mercredi 27 septembre 1944

Pour le 3e  jour consécutif, le bombardement fut reporté. Le temps était très défavorable. Cependant, les rapports météorologiques indiquaient que les conditions atmosphériques s’amélioreraient le matin ou l’après-midi du 28 septembre 1944. Les patrouilles sortirent à nouveau et notre artillerie fut active pendant la journée. L’artillerie ennemie l’était également et plus particulièrement sur la route reliant Lunéville à Moncel les Lunéville. Le  bombardement de Lunéville même par l’artillerie ennemie reprit à nouveau.

En fin d’après-midi, des rapports émanant de la Division indiquaient que la mission de bombardement aurait plus probablement lieu le 28 septembre 1944. Le temps était à présent en train de s’éclaircir et les prévisions pour le lendemain semblaient bonnes. Les Etats-majors de la Division établirent que le bombardement durerait une heure et dix minutes. L’attaque devait commencer deux heures et cinq minutes après la fin du bombardement. Les bataillons furent avertis de s’attendre au bombardement pour le lendemain mais une  heure définitive pour ce dernier ne fut toujours pas donnée à minuit.

Pendant la nuit du 27 au 28 septembre 1944 fut reçue des Etats-majors de la Division l’information que le bombardement, ajourné depuis trois jours en raison des conditions météorologiques, aurait lieu en définitive le matin du 28. Le temps s’était amélioré au cours de la nuit et toutes les conditions étaient favorables pour le 28 septembre 1944.

 

Jeudi 28 septembre 1944

L’heure du bombardement fut réglée à 10h45, ce dernier devant durer jusqu'à midi. L’attaque de l’infanterie devrait suivre le bombardement deux heures après l’achèvement de la mission de bombardement.

Oui, tout était maintenant prêt pour l’attaque de la forêt de Parroy. Les officiers supérieurs avaient différentes raisons de penser que  la bataille serait rude. Les troupes s’attendaient à une bataille ardue également, puisqu’elles sentirent intuitivement que l’ennemi attendait en masse derrière le mur d’arbres qui s’étendait sans fin devant leurs yeux. Au fond, elles redoutaient l’événement qui devait inévitablement se produire. Elles étaient fatiguées, fatiguées de jours de combat semblant sans fin. Bien que n’aspirant qu’au repos, elles savaient que ce dernier était impossible. Tous étaient des soldats de l’infanterie et une grande responsabilité reposait sur eux. Bien que fatigués, ils ne pouvaient pas abandonner. Et ils n’abandonnèrent pas. Ils se battirent avec acharnement et persistance et sans repos faisant reculer l’ennemi mètre après mètre, jour après jour, avec un esprit de vengeance toujours croissante. Ces hommes du 313e RI  savaient comment se battre.

 

 

La forêt de Parroy (du 28 sept au 12 oct 1944)

 

La lutte au cours de la campagne de Lunéville avait été difficile. Il y avait eu des jours et des nuits longs, semblant interminables, durant lesquels les troupes du 313e RI  n’avaient eu que peu ou prou connaissance de l’intensité de la bataille. Le bref repos à Avrainville, pendant que le régiment était resté dans la réserve de la Division, avait été beaucoup trop court. Les hommes avaient besoin d’un authentique et bien mérité repos et bien que les officiers supérieurs fussent pleinement conscients de cela, rien ne pouvait être fait pour apaiser la situation du moment. La guerre avait atteint une phase critique. Les allemands avaient été désespérément repoussés aux frontières de  l’Allemagne et se battaient avec force. Les Etats-majors supérieurs avaient  estimé que la relève était pour l’instant hors de question et que l’offensive devait continuer.

 

Pour le 313e RI et la 79e DI, la poursuite des opérations impliquait un regain suprême de courage et de ténacité. Ils étaient maintenant face à une situation qui pourrait bien  se révéler  être la plus difficile et la plus hasardeuse jamais rencontrée. Devant eux s’étendait la forêt de Parroy, un vaste rideau de défense naturelle, dans lequel l’ennemi était supposé être profondément tapi. Les Etats-majors supérieurs avaient stipulé que cette étendue devait être débarrassée de tous les soldats ennemis, et la seule manière d’y parvenir consistait pour l’infanterie à y pénétrer et à les en chasser.

 

Au matin du 28 septembre 1944, les hommes du 313e RI  attendaient l’ordre d’attaque. Toutes les troupes s’étaient retirées derrière la Vezouze qui représentait la ligne frontière pour le bombardement attendu. Comme l’heure du  bombardement approchait, les hommes attendaient avec nervosité l’approche des avions. Ils espéraient que ce serait une attaque aérienne massive  puisque plus les dommages infligés par les forces aériennes étaient importantes, plus leur travail serait facile le temps venu.

Les avions apparurent  et  le bombardement commença. L’attaque n’était pas aussi importante que les soldats l’avaient espérée mais lorsque les grosses bombes furent larguées sur les cibles tant connues que supposées, les hommes se sentirent ravivés et plein d’une confiance renouvelée.

Enfin, à midi, le bombardement prit fin. C’était dès lors à l’infanterie de passer à l’action. Personne ne connaissait le temps nécessaire pour bouter l’ennemi hors de la forêt, ni quelle avait été l’efficacité du bombardement. Les nerfs étaient tendus alors que les bataillons attendaient l’ordre d’attaque, et celui-ci parvint à  14h00. Ayant reçu l’ordre d’attaque, le 313e RI, attaquant en une colonne de bataillons, traversa une ligne de départ à proximité de Champel et commença à se déplacer en direction de l’entrée de la forêt de Parroy. Quelques tirs d’artillerie furent essuyés jusqu'à la ligne de départ et au delà, et le bataillon principal fut sous le feu constant de deux batteries ennemies jusqu'à ce qu’il ait atteint la forêt même.

Aucune autre résistance ennemie ne fut rencontrée jusqu'à ce que le bataillon principal soit parvenu à atteindre les bois au  Nord des fermes de la Haute Rappe. Là, les premiers éléments entrèrent en contact avec ce qui apparaissait comme étant une ligne ennemie de poste avancé. Beaucoup de dégâts furent causés par des mortiers et mitrailleuses de défense ennemis bien positionnés. Les bataillons parvinrent avec succès à chasser ces éléments hors      de la forêt et lorsque l’obscurité arriva, ils étaient parvenus à pénétrer la forêt d’environ un kilomètre. A 18h45, l’ennemi lança une contre-attaque au moyen de chars et d’une compagnie d’infanterie. Cette attaque fut repoussée avec succès. Les chars allemands n’étaient pas employés pour se déplacer mais servaient de support pour le tir. Des informations émanant  de prisonniers capturés indiquèrent que l’unité ennemie attaquante était la 13e Compagnie du 104e Régiment de Panzer Grenadiers, 15e Division de Panzer Grenadiers. Un prisonnier révéla que sa compagnie n’avait pas de « howitzers » d’infanterie et qu’elle était employée en tant qu’unité d’infanterie. Il expliqua également que sa compagnie n’avait souffert d’aucun dommage de notre bombardement, ce qui était une des premières indications qui prouvaient que le bombardement dans son ensemble avait été inefficace.

Aucune action ennemie supplémentaire excepté les incessants tirs d’artillerie ne se déroula au cours de  la nuit du 28 au 29 septembre 1944 ;

 

Vendredi 29 septembre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.A 09h00 le 1er bataillon avait achevé sa réorganisation et continuait l’attaque. Il entra en premier lieu en contact avec un petit groupe de mitrailleurs ennemis qui avaient percé directement le front des principaux éléments. Le bataillon réduisit son allure à cause du terrain accidenté et l’avance fut encore ralentie à cause de la recherche aléatoire de l’ennemi dans les bois touffus. Conséquence, la progression fut lente le matin du 29 septembre 1944.

La résistance ennemie s’activa vers midi et à 13h50 le 1er bataillon dut faire face à une contre-attaque menée par l’infanterie avec au moins un char, ce dernier à nouveau utilisé comme support de tir. A 16h00, il fut demandé au 3e  bataillon du 313e RI de faire baisser la pression.  

 

Le reste du jour montra un accroissement marqué de l’activité ennemie. Le tir de l’artillerie ennemie s’accéléra grandement et à 22h30 le 3e bataillon repoussa une contre-attaque composée de chars et d’infanterie provenant du Nord et se dirigeant vers une position à mi-chemin entre les 1er et 3e bataillons. Les chars ennemis sur la route tiraient au travers des lignes et l’infanterie essayait de s’infiltrer à ce point de jonction entre les bataillons. De petits groupes s’étaient introduits et en raison de l’obscurité ambiante la situation ne devint vraiment claire que le lendemain matin lorsqu’il fut établi que les bataillons avaient détruit avec succès deux chars Mark IV qui avaient participé à l’attaque.

 

Samedi 30 septembre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.La confusion sur l’état exact de la situation régna tout au long de la matinée du 30 septembre 1944. Ce même jour à 13h00, la réorganisation du 3e bataillon n’était pas encore achevée, ce qui freinait l’avance. L’artillerie lourde ennemie avait surpris les troupes et retardé la réorganisation. Vers 13h43, cependant, le bataillon principal avait atteint un point au Sud de la principale route traversant la forêt. Ceci plaça l’unité considérablement en avant du 315e RI, laissant notre flanc gauche (Nord) exposé. Le second bataillon se déplaça rapidement en direction du 3e bataillon pour l’assister dans l’établissement d’une protection efficace. Ceci était nécessaire en raison de l’infiltration constante d’allemands. A approximativement 15h30, ce 30 septembre 1944, ce flanc dégagé subit une contre-attaque de l’ennemi. Celle-ci fut repoussée avec succès mais la lutte continua jusqu'à la nuit tombée. Les tirs de l’artillerie ennemie étaient particulièrement importants au cours de cette période. Par exemple entre 21 et 22 heures le seul 3e bataillon comptait 30 victimes. En même temps, les rapports de prisonniers indiquaient de lourds chiffres tant en tués qu’en blessés dus à notre artillerie. Les prisonniers allemands indiquèrent que des remplaçants étaient continuellement jetés dans l’action, aussi rapidement qu’ils pouvaient rejoindre leurs positions.

Vers 23h00 ce 30 septembre 1944, le contact avec le 315e RI fut établi, permettant dans une certaine mesure de réduire l’intervalle entre les régiments.

 

Dimanche 1 octobre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.L’action ennemie s’atténua au cours de la nuit, avec cependant quelques  tirs occasionnels de mortiers et d’artillerie jusqu'à 06h00 où l’ennemi employa des chars et des fusils d’assaut en direction de la position de notre 2e bataillon. Auparavant, tout au long de la nuit, les patrouilles avaient vérifié le fait que l’ennemi s’était déplacé de quelques cent yards (1 yard égal environ 0,914 mètre) et en conséquence, chaque régiment stoppa encore son attaque. Des difficultés considérables furent rencontrées pour maintenir le contact entre les régiments mais l’avance continua de manière satisfaisante et seule une faible résistance fut rencontrée jusqu'à midi, lorsque le 2e bataillon du 313e RI tomba sur approximativement quatre grosses mitrailleuses en plus de l’infanterie. Vers 14h30, il fut établi que cette force d’opposition était composée d’environ 80 hommes et après avoir préparé l’artillerie, le 2e  bataillon écrasa cette résistance et poursuivit son mouvement.

La nuit du 1er au 2 octobre 1944 fut calme à l’exception de tirs occasionnels et concentrés d’artillerie ennemie et de quelques tirs de « Nebelwerfer ».

 

 

 

Lundi 2 octobre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.Ce jour fut consacré à la réduction de l’écart entre les régiments, à la réorganisation et aux activités de surveillance. Les ingénieurs furent employés le matin du 2 octobre 1944 à débarrasser les routes des nombreuses mines antichars (R43) que l’ennemi avait disposées pour se protéger contre le mouvement de nos chars et véhicules sur la principale route Est-Ouest traversant la forêt. A 09h30, le bataillon de tête avait patrouillé sur environ 600 yards en direction du front sans contact avec l’ennemi. L’artillerie ennemie continuait à être active avec cependant ce qui apparaissait comme étant un tir de barrage sur des terrains bien définis comme les carrefours et jonctions de routes.

 

Mardi 3 octobre 1944

Le 314e RI qui s’était déplacé vers le Nord dans le but de faire la jonction avec notre unité principale, se déplaça de front.

 

Mercredi 4 octobre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.L’unité alla vraiment de l’avant, soit à l’Est de nos éléments principaux. Durant cette période, le 314e RI fit l’objet de contre-attaques rassemblant tant des chars que l’infanterie, mais la seule action du 313e RI à ce moment-là se limita à patrouiller pour nettoyer les proches environs du 314e RI de l’ennemi qui s’était infiltré dans les bois. Aucune autre action ennemie ne fut subie par le 313e RI occupant sa position.

 

Jeudi 5 octobre 1944

Le 1er bataillon du 313e RI fut placé en réserve du Corps. Les patrouilles furent déployées et il fut fait un certain nombre de prisonniers qui affirmèrent que l’ennemi était sur une ligne à proximité. En même temps, le 1er bataillon faisait l’objet de tirs de mortiers et d’artillerie considérables aux environs de Marainviller. Des patrouilles supplémentaires du 1er bataillon déterminèrent que les bois au Nord et à l’Est de Marainviller ainsi que la colline à l’Est de ce village et la partie Nord des voies ferrées étaient définitivement occupées par les forces allemandes.           

 

Vendredi 6 octobre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.Les patrouilles furent encore déployées le 6 octobre 1944 dans le but de pénétrer les bois au Nord et à l’Est de Marainviller mais l’artillerie légère et les tirs des mortiers et mitrailleuses empêchèrent toute incursion.

 

Samedi 7 octobre 1944

Au cours de la nuit du 6 au 7 octobre 1944, une patrouille de combat du 1er bataillon fut envoyée au Nord-Est de Marainviller dans le but d’intercepter un camion ennemi de nourriture et de munitions mais rentra bredouille, rapportant que le véhicule n’était pas apparu. Les prisonniers capturés pendant cette période corroborèrent le fait que l’ennemi n’avait transporté ni munitions ni nourriture la nuit du 6 au 7 octobre 1944.

Le 7 octobre 1944, le seul élément du régiment en contact était encore le 1er bataillon qui avait continué à essaimer des patrouilles pour développer les positions au Nord et à l’Est de Marainviller. Autrement le jour fut calme, à l’exception des habituelles concentrations des tirs de mortiers et de l’artillerie ennemis sur la zone englobant Marainviller. Les préparatifs et plans finaux  furent achevés

 

Dimanche 8 octobre 1944

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy.Une attaque de Division coordonnée dans le secteur de la forêt de Parroy le 9 octobre 1944. Dans l’ordre n° 20 reçu le 7 octobre 1944 le plan d’attaque avait été en partie exposé comme suit : «  la 79e DI (renforcée) attaquera 090630 (le 9 de ce mois à 06h30), le 315e RI au Nord, le 313e RI au Sud, le 2e bataillon du 314e RI prend un objectif limité entre les 313e et 315e RI ».

Beaucoup de temps et d’efforts avaient été dépensés dans la planification de l’attaque de Division. Bien que l’objectif fût limité, il était néanmoins d’une importance vitale. Les durs jours de combat qui s’étaient déroulés avant avaient vu les allemands reculer lentement jusqu'à lutter maintenant à l’extrémité même des bois. Il était même tout à fait possible qu’une attaque coordonnée à ce moment permette en cas de victoire de décourager les allemands de tentatives futures de défendre le dernier terrain restant dans la forêt elle-même, et de se retrancher sur une nouvelle position de défense. L’attaque devait être lancée en direction de la colline au coin Est de la forêt avec pour objectif la colline elle-même. Une fois atteinte, on espérait que les allemands considéreraient le reste de la forêt comme intenable en terme de défense et par conséquent battraient en retraite.

 

 

Lundi 9 octobre 1944.

Soldats du 313e RI US en forêt de Parroy: Cie G Valentine Charles R. Bowers sergent,Yates médecin,Heaven sergent,Baldwin.Une réunion régimentaire avancée fut ouverte à 06h00 au plus profond des bois. Là, les préparatifs de dernière minute furent réglés et à 06h30 l’attaque commença. A cette heure, le 1er bataillon, à l’aide de chars et de destructeurs de chars ouvrit le feu avec une attaque de diversion depuis les positions à proximité de Marainviller. Leur mission : tirer sur les cibles connues et supposées, pour créer le mouvement mais sans aucune tentative d’avancée. 20 minutes plus tard, à 06h50, la véritable attaque commença. Le 313e RI avec les compagnies A du 304e bataillon médical, compagnie A du 749e bataillon de chars et 2 sections du 773e bataillon de chars, attaqua dans le but d’atteindre les objectifs requis.

Dans sa plus grande partie, l’attaque se déroula tout au long de la matinée du 9 octobre 1944 conformément à l’emploi du temps et au plan. En dépit du fait que les 314e et 315e RI furent importunés pendant un temps considérable par la résistance des allemands, les 2e et 3e bataillon du 313e RI purent atteindre leurs objectifs avec une faible difficulté. Seule la résistance essaimée et quelques tirs d’artillerie causèrent de légers retards. Le 3e bataillon, en suivant le 2e, agrandit la distance entre les bataillons et en conséquence quelques pertes furent causées par l’artillerie ennemie. Des barrages routiers furent établis cependant conformément au plan.

A 14h00, l’objectif réglementaire était atteint et les chars de soutien avaient pris des positions de défense à des endroits spécifiés. Une section de la compagnie antichar fut ensuite attachée au 3e bataillon pour soutenir les barrages routiers déjà établis, en raison d’un report du mouvement des véhicules ennemis vers le Sud de ces positions. Les missions de reconnaissance commencèrent immédiatement à l’Est et au Sud de l’objectif. Le résultat de ces dernières donna des indications, qui furent vérifiées plus tard, sur le fait que l’ennemi s’était déplacé des bois vers l’Est.

Cette première indication de déplacement ennemi prouva qu’il s’agissait du début d’un déplacement général de l’ennemi hors de la forêt de Parroy. Comme espéré, une fois la colline sur le côté Est de la forêt prise, les allemands considérèrent la bataille de la forêt perdue et commencèrent leur retraite. L’objectif de la Division avait été atteint avant la tombée de la nuit ce 9 octobre 1944 et les activités de surveillance vinrent conforter l’idée que l’ennemi effectuait une retraite générale des bois. Les mauvaises routes et quelques tireurs embusqués, cependant, nécessitèrent l’utilisation de chars légers pour apporter rations, lits et eau aux bataillons. Les tirs d’artillerie dans le secteur du régiment furent tantôt sporadique tantôt intense tout le reste du jour et de la nuit.

Pendant la nuit des traînards ennemis causèrent quelques problèmes au voisinage des positions du bataillon mais à la lumière du jour.

 

Mardi 10 octobre 1944

Cette difficulté fut surmontée avec tous les combattants ennemis ou tués ou faits prisonniers.

La date du 9 octobre 1944 sera longtemps considérée comme importante pour les membres du régiment et de la division qui participèrent à la prise de la forêt de Parroy. A cette date, la résistance ennemie au sein de la forêt était en fait anéantie. Pendant 11 jours consécutifs, la bataille pour la forêt avait été enragée et intensive. Le temps avait été exécrable et les victimes nombreuses. En langage cru, la lutte dans la forêt avait été un enfer. Cependant, en regard du travail difficile à effectuer, la progression avait été rapide et le résultat final obtenu en un temps record. La prise de la forêt de Parroy pendant la 2e Guerre Mondiale, en fait pour autant que la 79e  DI fût concernée, avait été accomplie en douze jours alors qu’au cours de la 1ère guerre mondiale, après des mois de durs combats, ni les ennemis ni les alliés n’avaient pu y pénétrer. Les allemands avaient considéré la forêt de Parroy comme un point vital et étaient déterminés à la garder à tout prix. Cela fut confirmé à répétition par les informations glanées parmi les prisonniers qui montrèrent à chaque fois que des remplaçants frais étaient constamment plongés dans l’action sur les lignes ennemies, aussi rapidement que possible. Les émissions de propagande allemandes, diffusées à travers toute l’Europe indiquèrent également à mi-voix que les allemands considéraient la forêt de Parroy comme un secteur vital. Dans une émission, il fut dit que la 79e DI avait été complètement anéantie dans sa tentative désespérée de prendre la forêt. Une autre émission insista sur le fait que les américains avaient perdu une division de troupes parachutées et trois divisions d’infanterie pendant la brève période de 15 jours au cours de laquelle s’était déroulée la bataille dans la forêt. Les faits réels, bien sûr, étaient légèrement différents. La 79e DI dans le secteur qui lui était assigné avait conquis la forêt seule et les pertes, en regard du travail à effectuer, avaient été comparativement faibles. D’un autre côté, l’ennemi avait subi de très lourdes pertes, ceci étant principalement le résultat du terrible pilonnage effectué nuit et jour sur toutes les positions ennemies connues ou supposées.

Il serait impossible de décrire avec des mots simples les conditions dans lesquelles se déroulèrent les 15 jours de lutte au sein de la forêt de Parroy. Il n’y avait aucune possibilité d’échapper nuit et jour à l’angoisse qui prévalait ici. Depuis l’instant où les premières troupes entrèrent dans les bois denses jusqu'à celui où les dernières troupes émergèrent sur le terrain à découvert, chaque moment passé à l’intérieur fut rempli d’une peur mortifiante. Il serait impossible d’exagérer les privations et souffrances endurées par les hommes pendant que la bataille se déroulait dans la forêt. Il plut constamment, il fit froid et l’ennemi résista jour et nuit avec une pugnacité que les combattants vétérans du 313e RI n’avaient jamais auparavant expérimentée. Jamais avant nous n’avions attaqué un ennemi qui contre-attaquait avec l’énergie du désespoir que seul le perdant dos au mur peut présenter. C’était, d’aussi loin que les allemands étaient concernés, un combat de la dernière chance et avec tout le respect dû à l’habileté guerrière de l’ennemi, il continua à combattre en dépit de tout espoir. En même temps, alors que nos troupes suivaient leur chemin, chaque arbre était potentiellement un piège mortel et chaque homme était hanté par l’idée que son prochain pas pourrait bien être le dernier. C’était une chose de se battre à découvert. C’en était une autre de se battre au plus profond d’une forêt où vous ne saviez jamais où se trouvait l’ennemi ni quand et comment il frapperait. Et l’ennemi avait tout le temps l’avantage. Il était sur la défensive alors que nous restions constamment sur l’offensive. Il était malaisé d’avancer et de le débusquer, d’endurer les éclats d’arbres, le froid et la peur de l’inconnu. C’était comme un quidam le dit plus tard « l’enfer sur terre ».

Mais quoi qu’il en soit, la lutte pour la forêt fut remportée. Les efforts coordonnés des trois régiments d’infanterie chacun dans leur secteur pour repousser l’ennemi jusqu'à ce que la forêt en soit débarrassée furent victorieux.

Avec la forêt de Parroy entre nos mains, la nature du combat changea. On n’avait pas anticipé le fait que l’intensité de la bataille serait  moindre puisque l’ennemi n’avait donné aucune indication du relâchement de sa vigilance. C’était maintenant un grand soulagement pour les soldats sur le front que de pouvoir combattre à nouveau sur un terrain dégagé.

Pendant les jours qui suivirent l’attaque finale coordonnée à l’intérieur de la forêt, l’activité du Régiment se confina essentiellement à la réorganisation et aux missions de surveillance. En même temps, notre artillerie commença des missions de tirs concentrés sur toutes les positions ennemies connues ou supposées situées derrière la forêt. De même, chaque pouce de terrain de la forêt fut débarrassé des traînards ennemis et on prenait des prisonniers toujours plus nombreux capturés les positions et mouvements de l’ennemi.

Le matin du 11 octobre 1944, la section « I et R » Régimentaire partit en mission de reconnaissance dans la petite ville de Laneuveville aux Bois et rapporta  qu’il n’y avait aucun ennemi. Réagissant à cette information, le commandant du régiment fit une reconnaissance personnelle dans et derrière le village et après cela ordonna à tous les bataillons de se déplacer à l’Est et au Sud de Laneuveville aux Bois pour camper sur des positions défensives et instituer d’autres missions de surveillance à l’Est.

Au crépuscule tous les bataillons s’étaient emparés de leurs positions défensives comme ordonné et à 18h00 une réunion Régimentaire fut ouverte à Laneuveville aux Bois. Après cela, il fut ordonné au 1er bataillon  de faire la jonction avec le 314e RI, situé sur la frontière droite du 313e RI. La forêt de Parroy était maintenant complètement  libre et les positions défensives derrière la forêt établies.

Après que le Régiment eût pris ses nouvelles positions dans les faubourgs de Laneuveville aux Bois, un jour entier fut passé à patrouiller activement pour déterminer les positions et intentions ennemies. Plus d’informations de valeurs furent obtenues et à la mi matinée, le 13 octobre 1944, il devint certain que le gros des forces et défenses ennemies étaient établis dans le village d’Emberménil située plus loin à l’Est de Laneuveville aux Bois.

A la réception de cette information, le commandant du régiment ordonna une attaque de la ville. L’attaque commença comme convenu à 13h30.

 

 

Vendredi 13 octobre 1944

Avant d’avoir atteint les faubourgs d’Emberménil, nos unités furent immédiatement en contact avec des tirs d’armes, mortiers, artillerie et mitrailleuses extrêmement fournis. Le 3e bataillon attaqua depuis une position sur les hauteurs surplombant la ville, pendant que le 1er bataillon lançait l’attaque générale depuis une zone dans les environs de la gare au Sud.

Au cours de l’après-midi, l’avance fut soutenue bien que la progression soit de temps en temps ralentie en raison du feu nourri des mortiers et de l’artillerie ennemis. Malgré ces obstacles, Emberménil fut prise à 15h00 par le 1er bataillon qui continua à avancer vers une ligne située à environ 300 yards à l’Est de la ville même.

Peu après, le 3e bataillon rejoignit une ligne adjacente au 1er bataillon. A ce point, il fut décidé de camper pour la nuit sur les positions alors prises. Même-ci, cependant, quelques parties du 1er bataillon étaient encore engagées dans la lutte avec l’ennemi dans les environs de la gare.

 

Samedi 14 octobre 1944

Au cours de la nuit, des plans furent établis pour poursuivre l’attaque et en dépit du fait que le temps était extrêmement mauvais, l’attaque fut avancée. Les fortes pluies rendirent l’emploi des chars littéralement impossible et la progression, d’aussi loin que les bataillons eux-mêmes fussent concernés, fut néanmoins difficile.

A cause de ces conditions et également en raison du fait que nos unités étaient au seuil de l’épuisement complet, une petite progression fut effectuée.

L’ennemi était bien retranché sur les hauteurs à l’Est d’Emberménil et en dépit de tous les efforts, nos troupes ne réussirent pas à déloger l’ennemi de ces positions fortifiées. A la nuit tombée, 10 de nos chars étaient complètement hors d’usage et la journée n’avait présenté aucun gain substantiel.

Les événements précédents avaient eu lieu le 14 octobre 1944. Cette nuit-là, une instruction des Etats-majors de la 79e DI fut reçue, ordonnant que les troupes stationnent sur les positions actuelles et attendent des conditions plus favorables avant de continuer l’attaque. Les Etats-majors de la Division avaient bien présent à l’esprit l’idée que les troupes des 3 régiments étaient si fatiguées que la lutte effective ne pouvait se poursuivre, du moins pas avant que les conditions ne s’améliorassent.

 

Du 14 au 19 octobre 1944

Pendant cinq jours, du 14 au 19 octobre 1944, le Régiment resta sur les positions ainsi acquises. Pendant cette période, l’activité du Régiment se limita à l’établissement de postes avancés, barrages routiers, l’envoi de patrouilles et le maintien constant des positions défensives. En même temps, l’ennemi fit plusieurs attaques avortées, chacune d’elles  se soldant pour lui par de lourdes pertes. Sur une occasion qui se présenta le 17 octobre 1944, l’ennemi planifia une attaque aux répercussions terribles. Le secret fut percé durant la nuit lorsque 2 prisonniers allemands furent amenés à l’équipe IPW régimentaire n°50 pour y être interrogés. Les prisonniers révélèrent que l’ennemi était en train de préparer une attaque de grande envergure contre nos lignes et contre Emberménil entre 03h00 et 03h30. De nombreuses informations à propos du plan de l’attaque furent obtenues d’eux. On apprit que l’attaque devait être amorcée par les chars et serait continuée par l’infanterie. L’emplacement des chars et de l’infanterie fut soutiré aux 2 prisonniers apeurés, plus des informations comme la route d’approche qui serait utilisée par les chars ennemis pendant l’attaque. L’information fut transmise en premier lieu aux Etats-majors du régiment puis à la Division et au Corps, et des préparatifs furent faits pour surprendre les attaquants. L’attaque ennemie commença à 03h30 exactement mais l’élément de surprise fut l’inverse de ce que l’ennemi avait espéré qu’il soit. Toute l’artillerie utilisable ouvrit le feu sur toutes les routes d’approche possibles aussi bien que sur tous les points de concentration où les chars ennemis et l’infanterie étaient signalés être positionnés. En conséquence, l’attaque fut stoppée presque aussi rapidement qu’elle avait commencée, avec de lourdes pertes ennemies tant en hommes qu’en matériel.

Le 19 octobre 1944, le commandant du Régiment organisa une réunion de l’Etat-major du régiment et du bataillon S-2S pour établir des plans en vue de renforcer nos lignes de défense, ce qui impliquait la prise d’une partie dominante des hauteurs au devant de nos positions. Ce plan était inspiré par les Etats-majors de la Division, dans le but de renforcer les lignes des 3 régiments d’infanterie. Pour mettre à exécution ce plan, le 1er bataillon du 313e RI fut relevé par un bataillon du 315e RI, dans sa zone d’action au cours de la nuit du 19 au 20 octobre 1944 et à 03h00, tout était fini.

 

Du 20 au 21 octobre 1944

Au cours des 2 jours qui suivirent, les 20 et 21 octobre 1944, les lignes de front des 3 régiments d’infanterie furent renforcées conformément au plan. Cela fut accompli avec une difficulté considérable, cependant, puisque l’ennemi continuait à contre-attaquer à tous endroits et instants  possibles. Particulièrement pendant la nuit, l’ennemi redoublait d’activité et nos postes demandaient constamment des tirs de barrage d’artillerie sur des emplacements stipulés pour décourager les attaques ennemies ou les tentatives d’infiltration. L’artillerie de chaque côté avait un tir extrêmement nourri.

Pendant des semaines, oui depuis que les troupes du 313e RI étaient entrées dans la ville de Lunéville, les rumeurs sur le fait que le Régiment et la Division seraient bientôt relevés pour un repos fortement nécessaire n’avaient cessé de courir. En partie, ces rumeurs étaient basées sur le fait que les Etats-majors de Division étaient bien conscients qu’un repos était désespérément nécessaire. D’un autre côté, on savait également qu’aucune relève ne pouvait être garantie immédiatement.

Maintenant cependant, il apparaissait la possibilité que la relève de la Division dépassât l’état de rumeur. Les Etats-majors de Division le promirent et le 22 octobre 1944, les plans définitifs de la relève de la Division s’étaient répandus comme de la poudre parmi les rangs du 313e RI et dès que la promesse de relève devint réalité, chaque heure passée sur les lignes de front ressembla à une éternité sans fin. Puis le 24 octobre 1944 à midi, le secteur détenu par le 313e RI et la 79e DI fut placé sous le contrôle du commandement général de la 44e Division d’Infanterie. En même temps, le 324e RI de la 44e DI avait procédé à la prise des positions tenues par le 313e RI.

 

 

Mardi 24 octobre 1944

Pendant toute la journée, le processus de relève continua et à 22h50 le 24 octobre 1944, le commandant du Régiment rapporta au commandant de la 79e DI que la relève du Régiment était achevée.

Des camions furent affrétés et les troupes furent transportées vers une zone de repos non loin de Rosières aux Salines, située à environ 50 km de la ville de Lunéville. Ce fut la première relève officielle que la Division ou le Régiment eût connue depuis l’attaque sur Cherbourg le 18 juin 1944. Depuis 128 jours, les troupes étaient engagées dans un combat continuel avec de brèves périodes de repos tandis qu’une unique unité avait été placée en réserve de la Division. Cette période de 128 jours a établi un record marqué et bien mérité pour le Régiment et la Division à la fois. L’exemple montré par tous les hommes de la 79e DI servit à prouver que l’endurance humaine ne connaît virtuellement aucune limite et que la valeur des hommes en armes est sous-estimée. Bien que très fatigués, ils furent un joyeux groupe d’hommes qui s’éloignèrent des lignes de front et se dirigèrent vers leur repos longtemps attendu à Rosières. Alors que les camions roulaient et que le son de l’artillerie devenait toujours moins audible, ces hommes se mirent à respirer à pleins poumons un air frais et pur, et à contempler le calme et la quiétude de la campagne française. Indubitablement, ils pensaient que tout le chemin sur lequel ils passaient maintenant n’avait pas semblé si longs sous le feu et ils réalisèrent pleinement que la paix n’avait pu être seulement acquise qu’à un prix très élevé.

Ces hommes s’en allant des lignes de la bataille avait mérité leur repos. Ils espéraient qu’ils l’auraient et qu’il durerait assez longtemps pour que les nerfs mis à rude épreuve par la guerre soient apaisés par la paix du corps et de l’esprit.

Oui, ils avaient gagné tout le repos qu’ils pouvaient obtenir. Ils avaient mérité plus qu’ils n’auraient jamais pu obtenir puisque la guerre n’était pas encore achevée. Ils savaient cela et également le fait que dès que le repos serait fini, ils seraient rappelés une nouvelle fois pour retourner sur le front.

 

Le Repos à Rosières

 

Il n'y a pas de mots dans le dictionnaire de Webster, ni dans le thesaurus de Roget, ni même dans la langue des GI,  pour exprimer le soulagement et la gratitude ressenties par les troupes du 313e RI quand ils se trouvèrent enlevés des lignes de front et transportés en toute sécurité sur l'aire de repos de Rosières. Pendant trop longtemps ils avaient connu seulement l'enfer du combat continu. Les nerfs étaient tendus, et les corps étaient extrêmement fatigués. Les hommes avaient besoin de s'éloigner pour un temps de la complainte de l'artillerie et du son du canon mais ces hommes avaient surtout besoin de changement. Comme un seul un homme ils avaient tous espéré intérieurement que leur chance les accompagnerait assez longtemps pour qu'ils puissent éprouver encore une fois le frisson du confort ordinaire et de la propreté, même si ce n’était seulement que pour une courte période.

 

Mercredi 25 octobre 1944

Le matin offrit une telle opportunité aux hommes. Maintenant, pour une période non définie, ils connaissaient leur première période de repos officiel depuis de longs mois. Il y avait eu de brèves périodes de repos par le passé, mais celles-ci étaient survenues seulement alors que le régiment était resté en réserve de la Division pour de courtes périodes pendant lesquelles à aucun moment les troupes n’avaient été complètement hors d’atteinte des activités ou artillerie de l'ennemi.

Cependant, ils étaient maintenant loin des lignes de l'ennemi. Ils se trouvaient dans une région qui avait été débarrassée de celui-ci depuis des semaines et qui globalement avait repris une vie normale.

Pendant les premiers jours, aucune restriction n'avait virtuellement été imposée. La routine de l'armée, étant bien sûr ce qu’elle est, avait été maintenue. Les habits et le matériel furent nettoyés, et une inspection sévère des matériels et armes fut effectuées de nombreux bains ont été pris dont les hommes sortirent propres et rasés de près. C'était comme le recommencement de la vie toute entière.

Entre-temps des plans ont été mis à exécution pour fournir des films et autres amusements du service spécial. Des permis ont été accordés pour se rendre dans les villes proches de Lunéville St. Nicolas, Dombasle, Hudiviller, ainsi que dans la ville de Rosières autour et à l’intérieur de laquelle le régiment bivouaquait. La grande ville de Lunéville, et les plus petites villes environnantes, sont immédiatement revenues à la vie. Où que vous alliez, les bars à bières et tavernes étaient toujours remplis, et dans les environs des lieux où les troupes étaient cantonnées, vous pouviez trouver des groupes d’hommes qui organisaient des buvettes de leur propre chef, en utilisant des fonds de la compagnie pour l'achat de bières et autres alcools. Dès le tout premier jour il était évident que beaucoup de bière pourrait être obtenue, mais comme d’habitude l’alcool très fort était difficile à obtenir. Cependant, en dépit de toutes les difficultés, il y avait habituellement la possibilité d’obtenir quelques boissons en quantité limitée, mais il était couru d'avance que la qualité l’était également. La Mirabelle, le Cognac et « l’eau du feu » disponibles était en effet frelatés.

Bien qu'aucun GI n’ait pu comprendre complètement pourquoi, deux jours après que le régiment fût arrivé sur le lieu de repos, un programme de formation fut mis en place. La raison, révélée par les plus hauts Quartiers généraux, consistait à former les remplaçants qui se trouveraient bientôt en face de la réalité quand le Régiment serait appelé à  retourner au combat. Mais pour le vétéran endurci qui avait tant enduré depuis si longtemps, le besoin véritable d’un entraînement supplémentaire était, à ses yeux, autant inutile qu’indésirable. Cependant un ordre est un ordre, et donc la formation commença. Toutes les unités furent engagées dans l’entraînement nocturne, par petites unités, avec un accent spécialement placé sur l'assaut de détachements. Ceci, combiné avec le tir d’armes de petit calibre et de calibre 50, plus la formation aux missions de surveillance (reconnaissance et combat), occupa les troupes presque de façon continue.

Entre temps, tout au long de la période entière, l’habillement hivernal était en train d’être sorti. Aussi rapidement que l’approvisionnement de vêtements hivernaux arriva, la distribution fut faite à toutes les unités. Des habits chauds et amples, couvertures et matériels, devaient être obtenus pour tous.

La formation, bien sûr, n'a pas entièrement empêché les hommes de s’amuser. Au sein des nombreuses unités et compagnies l’entraînement était organisé de manière à ce qu'il y ait assez de temps pour les sorties autorisées et autres amusements. Tout au long de la période entière de repos les hommes profitèrent de la plupart de chaque moment libre.

Le 23 octobre 1944 et encore le 3 novembre 1944 deux cérémonies impressionnantes se sont déroulées au cours desquelles des récompenses ont été données au personnel du Régiment qui s’était distingués au combat pendant les mois précédents. La cérémonie du 28 octobre 1944 fut tenue aux Etats-majors Régimentaires où l'officier commandant, le colonel Sterling A.Wood offrit l'étoile de bronze à 27 membres du régiment, allant du rang de simple soldat à celui de lieutenant-colonel. Plus tard, le 3 novembre 1944, une cérémonie régimentaire spéciale a été tenue dans une région au Nord de Rosières, pendant laquelle le Général commandant la 79e DI, le Major Général Ira T.Wyche, offrit des récompenses aux membres du Régiment qui s’étaient distingués dans différentes actions. Cette cérémonie fut particulièrement impressionnante. Une compagnie de chaque bataillon, les compagnies B, F et L étaient présentes, et les couleurs tant Nationales que Régimentaires ont solennellement flotté alors que les récompenses étaient offertes. Beaucoup des habitants des localités environnantes vinrent pour assister à l’événement.

 

Dimanche 5 novembre 1944

 Un ordre fut reçu aux Etats-majors Régimentaires indiquant que le Régiment était en alerte pour un mouvement possible à n'importe quel moment. Des directives ont été publiées par les Etats-majors de la Division pour indiquer qu'un ordre d’alerte de six heures serait publié avant le départ. Personne ne connaissait la date de mouvement réelle, et ce ne fut en fait que le 12 novembre  1944 que le régiment se déplaça véritablement.

 

La course vers l’Alsace

 

Samedi 11 novembre 1944

Le temps de repos du régiment ne dure en fait que deux semaines. La compagnie G du 313e RI se vit accordée l’honneur de prendre part aux cérémonies du Jour de l’Armistice dans la ville de Lunéville, de même que les 314e et 315e RI, devant le général Wyche, commandant la Division. A cette occasion, l’on commémore le 11 novembre 1918, date de l’Armistice de la 1ère Guerre Mondiale. Il y a également une remise de décorations. Ceci également, était une cérémonie impressionnante, et les rues de Lunéville étaient bordées par les civils français qui agitaient les deux drapeaux français et américains et criaient « vive l'Amérique », « vive la France ».

 Mais presque aussitôt, l’ordre est donné de faire mouvement vers Montigny, dans des conditions analogues à celles du 314e RI et il est clair que la reprise des combats ne va pas tarder.

Lorsque le 313e RI se met en marche, l’Etat Major de la 79e DI expose les plans de son opération qui consiste à faire un grand bond vers l’Est, en passant au travers du Col de Saverne.

La base de départ est la route de Lunéville à Badonviller avec comme axe de progression, le chemin de Montigny à Ancerviller, faisant face à l’Est.

Le 314e RI doit attaquer sur la gauche, le 315e RI sur la droite et le 313e RI en réserve, son  PC  (Poste de Commandement) est initialement fixé à Brouville (5,5 kms au Sud Ouest de Montigny).

 

 

Dimanche 12 novembre 1944

Quelques jours avant le départ du Régiment le commandant du Régiment, le Col Sterling A.Wood, tomba malade. Il souffrait depuis quelque temps de maux internes que les spécialistes médicaux avaient indiqué devoir être soignés par une opération mais il avait refusé à répétition de quitter ses hommes pour un traitement prolongé. Maintenant, cependant, les conditions avaient progressivement empiré, et sous la contrainte des ordres, il avait été forcé de s’arrêter quelque temps pour l’hospitalisation. Entre-temps, le Lieutenant-Colonel Clarence Sagmoen, numéro 5 du Régiment, fut placé temporairement aux commandes de ce dernier. Le Lieutenant-Colonel Clarence Sagmoen avait présidé une commission de réserve depuis juin 1924, et avait été appelé au devoir actif en 1941. En juin 1944, il avait été envoyé outre-Atlantique (en France) avec un groupe d’officiers de rang élevé et immédiatement par la suite avait rejoint le 313e RI en tant que 5e personnage du Régiment.

Le Colonel Sagmoen est resté en tant que commandant actif du  313e RI du 5 au 12 novembre 1944. A cette date, le Lieutenant-Colonel Edwin M. Van Bibber qui avait été blessé quelques mois auparavant en service revint au Régiment et en assuma le commandement. Le Colonel Van Bibber avait été avec le 313e RI depuis son activation en 1942, et avait un passé militaire étendu à son crédit.

Le Colonel Van Bibber était originaire du Maryland. Il a reçu le diplôme de l'Académie militaire avec la classe de 1929. Pendant les dix années suivantes il fit office de commandant de section et de compagnie avec les 12e, 18e, 19e, 27e et 29e RI. Il a aussi servi dans les compagnies MP à Hawaï et aux Etats-Unis d’Amérique. Il fut promu premier lieutenant en 1935, capitaine en 1939, major en 1941, et lieutenant-colonel en novembre 1942. Il fut diplômé de l'école de l'infanterie à Fort Benning, et a achevé la 15e « Général Staff Class » à l’école de « Command et Général Staff », sise à Fort Leavenworth au Kansas, en 1943.

Le lieutenant-colonel Col Van Bibber arriva aux quartiers généraux Régimentaires et prit le commandement le jour même où le régiment dut retourner au combat, le 12 novembre 1944. Il était de nouveau en bonne santé et pleinement guéri de ses blessures. Son retour intervint à un moment crucial.

En effet, les jours passés à Rosières touchaient à leur fin. Toutes les unités avaient déjà été alertées et étaient prêtes à faire mouvement par voie motorisée. Aucun renseignement n’avait été donné sur la destination, puisque comme toujours en temps de guerre, de tels mouvements sont secrets. Mais ce n’était pas un secret pour les hommes qui savaient qu'ils retournaient encore au combat, car ils avaient su dès qu’ils étaient venus à Rosières que la période de repos ne devait être qu’une brève pause loin des semaines de combat intensif et prolongé.

Et donc, avec un courage renouvelé, ces hommes du 313e RI étaient galvanisés pour affronter tout ce qui pourrait survenir. Leur repos avait été bref, bien trop bref, mais ils étaient reconnaissants d'avoir obtenu ces quelques jours de quiétude dans un monde déchiré par la guerre. Ils savaient bien que dans un tel monde il n'y avait rien d’autre à faire que de continuer à lutter.

 

Lundi 13 novembre 1944

 A 7h00 du matin, l’attaque générale s’élance et progresse continuellement en dépit d’une résistance adverse qualifiée de modérée. L’ordre est alors donné au 313e RI de protéger les flancs de l’attaque au fur et à mesure de son avance, ce qui est exécuté en faisant progresser le 3e Bataillon, à proximité du village de Sainte-Pôle sur le flanc droit et le 2e Bataillon jusqu’à l’Est de Mignéville, le 1er Bataillon restant en réserve.

C’est alors que des tirs d’artillerie denses et continuels s’abattent sur le carrefour central de Montigny, les allemands réalisant, oh combien ! Que ce maillon est vital pour nos communications.

Il est assigné à la Compagnie L, renforcée par des mitrailleuses et des mortiers, la mission de défendre Sainte-Pôle.

Les allemands attaquent sans arrêt ce village de jour comme de nuit avec de l’infanterie et des canons automoteurs, leur objectif étant manifestement d’atteindre Montigny et de couper notre saillant qui progresse rapidement et qui ressemble à présent à un long doigt pointé en direction du col de Saverne (notre objectif). Plus ce doigt s’allonge, plus minces s’étirent les 2e et 3e Bataillons qui sont chargés de protéger les flancs gauche et droit de la Division. Les allemands semblent le réaliser de sorte que leurs attaques sur le flanc droit deviennent plus déterminées.

Après une de ces attaques, notre Compagnie L compte 45 allemands tués devant leurs positions, lesquelles se situent à la lisière Est de Sainte-Pôle.

A ce point de l’engagement, la 2e DB (française) qui bivouaque à l’arrière de la 79e Division US, semble se mettre en action. Cette Division fait partie de notre 15e Corps d’Armée, mais l’on sait peu de choses sur ses capacités et sur ses intentions.

Des petits détachements français commencent à opérer dans la zone de la Division, la plus grande partie de cette Division Blindée semblant se concentrer vers le Sud-Est, flanc droit de notre division. L’un des détachements (GT : groupement tactique) se dirige vers Badonviller et son sous groupement, commandé par le Lt Colonel Lahorie, prend cette ville d’assaut par surprise faisant du même coup 300 prisonniers (ces derniers appartenant à la 708e Brigade de Gebirgsjäger, troupes de montagne).

Un autre sous groupement français entre dans Sainte Pôle par erreur, le village qu’ils croient tenu par les allemands. L’un de leurs Half-tracks entre dans un champ de mines posé par notre Compagnie L et saute sur une mine ce qui achève de convaincre les français qu’ils sont bien en face de l’ennemi. De sorte qu’ils entrent dans Sainte Pôle en faisant feu de tous côtés ce qui oblige les américains à se protéger dans les caves. Lorsque les français réalisent leur erreur, ils se confondent en excuses. Personne n’a été blessé et l’on finit par considérer l’incident comme  amusant  par les parties concernées.

Les français partent à la recherche d’un autre objectif et ce faisant, ils s’assurent cette fois que cet objectif est bien tenu par des allemands. Le PC de notre Régiment s’est déplacé dans l’intervalle jusqu’à Montigny, un point chaud comme déjà dit, le 2e Bataillon reçoit l’ordre de patrouiller sur le flanc gauche qui semble être d’un calme de mauvais augure.

 

 

 

 

 

Mercredi 15 novembre 1944

Ordre est donné au 1e bataillon qui est en réserve jusque là, d’aller vers Halloville,  pour élargir le front du 3e Bataillon et garder le contact avec la partie avancée du flanc droit du 315e RI. En conséquence, tous les bataillons sont maintenant engagés si l’on considère toutefois le 2e bataillon comme libre car n’ayant pas jusqu’ici rencontré d’ennemis en dépit de patrouilles répétées en largeur comme en profondeur.

 

Jeudi 16 novembre 1944

Le PC fait mouvement jusqu’à Ancerviller qui se situe à mi-chemin entre la base de départ de Montigny et la pointe du saillant de l’attaque.

Les français sont d’accord pour avancer au-delà de Sainte-Pôle, permettant ainsi au 3e Bataillon de se rassembler au Sud d’Ancerviller dans la réserve régimentaire.

Sur ces entrefaites, le 314e RI s’étant avancé jusqu’à Barbas, attaque ce village le 16 novembre 1944 avec son 1er Bataillon. Le restant du 314e RI étant passé plus à l’Est, il n’est donc pas en mesure d’aider à la prise de Barbas, ce village avec lequel le 1er bataillon semble avoir quelques problèmes. En conséquence, la Division donne l’ordre à la Compagnie de commandement du 313e Régiment d’avancer vers son 2e bataillon pour relever le 1er bataillon du 315e Régiment et de prendre Barbas, le 2e bataillon devant être relevé de sa position actuelle (à Barbas), par l’unité de reconnaissance de la Division.

C’est alors que dans cette journée pleine d’évènements (donc le 16 novembre 1944), le combat s’emballe de nouveau à Sainte-Pôle à 8h45 du matin. Les français ne sont pas encore arrivés alors que notre 3e bataillon a rassemblé et déplacé toutes ses unités dans la nouvelle zone près d’Ancerviller, à l’exception de la Compagnie L. Les allemands attaquent avec de l’infanterie et de l’artillerie et l’on pense que la Compagnie L doit avoir besoin d’un appui d’artillerie supplémentaire sans délai.

Comme toute l’artillerie divisionnaire a été déplacée ou était en train de le faire, la compagnie du régiment (compagnie d’artillerie alors en position dans le voisinage) retourne  ses canons et fait face sur la défense de Sainte-Pôle. L’attaque prévue est remise (si besoin est) à plus tard et ce flanc est ramené au calme, l’attaque allemande s’essouffle par ailleurs, l’incident est considéré comme classé.

 

Vendredi 17 novembre 1944

C’est alors que les français arrivent, permettant à la Compagnie L de rentrer dans la zone de recueil du bataillon à 10h45. Lorsque le 3e bataillon du 313e RI atteint Barbas, il trouve le 1er bataillon du 314e RI en possession du village et se prépare à patrouiller la nuit suivante sur les crêtes côté Nord (voir ligne de crête entre Bois du Trion et Bois St Jean).

Le plan prévu c’est que s’ils peuvent prendre et occuper les crêtes, qu’ils le fassent dès cette nuit, mais que notre 2e bataillon (du 313e RI) relèverait le 1e bataillon du 314e Régiment, où qu’il se trouve avant l’aube.

Cette nuit-là, lorsque les patrouilles du 314e RI explorent les crêtes, elles n’y trouvent aucun ennemi. De sorte que le lieutenant Colonel Teague (le commandant de ce bataillon) leur donne l’ordre de les occuper rapidement. C’est ce qu’ils font avant le lever du jour et le 2e bataillon du 313e RI est en route pour effectuer la relève lorsque l’ennemi s’infiltre autour du flanc du 1er bataillon, de sorte que non seulement la relève n’est pas possible mais qu’en plus, le 1er bataillon ne peut plus se tirer d’affaire lui-même.

Une attaque de notre part est donc impérative, les plans sont changés en hâte et à l’aube du 18 novembre 1944, l’attaque balaye le pourtour du flanc gauche du 1er bataillon. Ce fut un travail magnifique en dépit du court temps de préparation. Les compagnies F et G débouchent rapidement pour se mettre en colonnes (au lieu de la formation frontale initiale) ceci pour éviter les tirs de mortiers et de canons automoteurs.

Les tirs de notre propre artillerie et de nos armes légères (mitrailleuses et fusils mitrailleurs) sont déversés sur les positions allemandes pour  leur faire courber la tête, jusqu’à ce que nous les débordions. Comme l’ennemi est en train de perdre ses positions en ligne de crête, le 1er Bataillon du 314e RI se met en marche pour rejoindre le reste de son Régiment. Mais la ligne de crête est longue et il faut deux heures jusqu’à 8h15 du matin, pour atteindre et enlever l’objectif : c'est-à-dire le Bois du Trion. L’on y trouve quelques pièces d’artillerie abandonnées par l’ennemi (deux canons antichars calibre 88 et des mortiers calibre 81 mm). Le PC de notre régiment se déplace alors jusqu’à Barbas et des plans pour s’emparer de Blâmont commencent à prendre forme (voir Blâmont dans une cuvette au-delà des crêtes). La présence de pièces d’artillerie dans le Bois du Trion jointe au rapport fait d’une forte explosion entendue à 3h00 du matin, donc la nuit, indique que le pont enjambant la rivière Vezouze, à l’entrée Sud de la localité a sauté.

L’ordre est donc donné à la Compagnie E de patrouiller dans cette zone pour vérifier le fait et entrer au contact de l’ennemi où qu’il se trouve dans la ville. Les patrouilles se mettent en marche à 12h30 précises et sont aperçues à 12h45 entrant par le Sud, près du cimetière et de l’église, et ceci sans rencontrer la moindre opposition.

A 12h47, un compte-rendu radio arrive au PC, confirmant que le pont a bien sauté et qu’aucun allemand n’est rencontré jusqu’à présent. Un autre message parvient un peu plus tard, précisant que 21 prisonniers ont été faits sans le moindre coup de fusil (s’agissant de blessés et de déserteurs).

 

Samedi 18 novembre 1944

La ville de Blâmont est à nous sans combat de rues, il est 13h00. Le pont n’est réparé que le 19 novembre 1944 vers minuit et devient utilisable qu’à partir du 20/11 au matin (voir photo jointe au texte : le pont Bailey tracté par un GMC, le montage revenant au 304e bataillon du Génie).

Mais le régiment commence à traverser sans attendre à l’aide de planches jetées en travers de la rivière, le 2e bataillon part en tête car il est prévu de poursuivre l’attaque dès le 19 novembre 1944 à 7h00 du matin. L’attaque menée par ce bataillon ne trouve pas d’opposition et le 15e Corps d’armée juge l’évidence qu’il est temps pour les Blindés d’intervenir.

Un message arrive en conséquence de la Division demandant de libérer toutes les routes et les rues adjacentes, la priorité étant donnée à la 2e DB française. Cela demande un effort particulier pour placer tous nos éléments autour du nouveau pont parce que l’on sait d’expérience que si les Blindés effectuent une percée, les véhicules transportant l’Infanterie doivent suivre le mouvement sans délai.

C’est bien ce qui se produit, la Division Blindée traverse Blâmont à grand bruit, toute la journée, pendant que l’Infanterie attend l’arme au pied… ce qu’un correspondant de guerre traduit par un titre exhaustif mais semble-t-il prématuré.

 

« Blâmont est tombé,  percée sur la route de l’Alsace », le 20 novembre 1944

 

Bref, en attente d’instructions, nos libérateurs ont droit à quelques scènes divertissantes telles que la coupe à ras les cheveux de quelques femmes ayant collaboré avec l’ennemi. Mais l’esprit de la plupart de ces hommes est tourné vers l’avenir. S’agissait-il vraiment d’une percée ? Et si cela était, jusqu’où irait-elle ? Ressemblerait-elle aux jours paisibles de l’été ? Et que savoir au sujet du Col de Saverne et des Lignes Maginot et Siegfried ? Nombreuses sont les spéculations échangées de bouche à oreille et le moral des troupes remonte fortement.

Le Poste de Commandement du 313e RI s’installe Grande Rue à Blâmont dans l’immeuble de « l’Orts Kommandantur », tout juste abandonné deux jours auparavant par la Wehrmacht.

Le 20 novembre 1944 à 8h00 précises, la Division appelle pour dire que le prochain objectif est Sarrebourg. Il n’y a que de vagues informations sur la progression des français mais elles doivent être bonnes si l’on en juge par ce qu’ils ont déjà effectué autour de Blâmont.

A 14h15, le régiment reçoit l’ordre de faire immédiatement mouvement par camions via la Route de Richeval, Saint Georges vers la zone formée par le triangle Hattigny,  Fraquelfing, Niderhoff.

A 15h10, le 2e bataillon se met en marche, suivi par le 3e bataillon et par une compagnie de 16 chars Sherman « medium » (sans doute du 749e bataillon).

Ce mouvement se passe sans incident et le poste de commandement est placé à Niderhoff. Le même jour (le 20 novembre 1944), le régiment est appelé pour fournir un bataillon pour être joint à la 2e DB dont on rapporte qu’elle est en train de livrer bataille dans les cols vosgiens.

C’est le premier bataillon qui est désigné, en partie parce que sa 2e section (Lieutenant Hutter) parle couramment le français. Ce bataillon se dirige dans un premier temps vers Saint-Quirin et son histoire sera racontée plus tard, lorsque le narrateur aura rejoint le Régiment.

A 14h30, le 313e RI (moins son 1er Bataillon) reçoit l’ordre d’aller jusqu’au village de Scheckenbush via la route de Nitting à Hesse.

Il faut dire quelques mots sur la météo à ce stade de la bataille. La pluie tombe continuellement depuis le départ de l’attaque (nuit du 12 au 13 novembre 1944). Mais l’accroissement du trafic, créé par l’entrée en opération des blindés, a pour effet de défoncer les routes, lesquelles transformées en mares de boue, rendent la progression aussi difficile que l’on puisse l’imaginer.

L’activité de l’aviation ennemie a augmenté, ce qu’elle fait par temps très sombre et du Strafing (mitrailleuse en rase-mottes) peut se produire à tout moment, encore que l’effet produit ne soit que  stressant, la plupart du temps.

Deux heures plus tard, le régiment s’est regroupé dans une nouvelle aire, apprenant sur les entrefaites que la dinde de « Thanks Giving Day » est en route dans nos trains de ravitaillement et que des efforts sont faits au grand Etat Major afin de trouver du temps pour la manger. Les résultats obtenus sont encourageants. Comme il est prévu que le Régiment fasse mouvement le 23 novembre 1944 dans l’après-midi, la dinde pourra être servie à midi (il faut préciser ici que le « Thanks Giving Day » est une fête nationale incontournable aux Etats-Unis (Thanks Giving Day = Jour d’action de grâces).

Des plans sont tirés pour cette fête et la dinde est envoyée sur le champ (sans délai) aux hommes du 1er bataillon.

Un mot arrive le 23 novembre 1944 disant que les Blindés de la 2e DB sont arrivés dans la banlieue de Strasbourg et que le Poste de Commandement de la 79e DI est en route vers Phalsbourg et vers la trouée de Saverne. Le régiment se met en marche le 24 novembre 1944 à 19h30 vers Weyersheim, un petit village près du Rhin. Le plan consiste à suivre le 314e RI, lui-même en train de prendre position au Sud de notre unité mais nos itinéraires ne doivent se rejoindre qu’en atteignant Brumath. La route qu’il nous est donné de suivre étant Phalsbourg, Detwiller et Brumath.

Le convoi s’ébranle donc à l’heure dite et dans un premier temps, il n’y a pas d’obstacles rencontrés autres que ceux causés par le trafic et la boue.

Comme le régiment emprunte la route de Phalsbourg à Saverne, il devient plus évident que la bataille menée par les français (là où ils s’emparent de cette portion de route) est bien l’étroite partie Est du Col de Saverne. Tout au long de cette route, l’on découvre des chars incendiés et détruits, à la fois français et allemands. Il y a aussi des fortifications armées de canons automoteurs de calibre 88 et 75 mm et ce, littéralement par douzaines.

Comment avait-il été possible que les français aient pu percer aussi vite ces ceintures de défense sans aide de l’infanterie ? Il était difficile de formuler des hypothèses…

Note du traducteur : si, il y a de l’infanterie. Les GT (Groupes tactiques) élaborés par le Général Leclerc, sont un dosage de chars/ infanterie/ artillerie et logistique bien calculé, possédant à la fois l’autonomie, rapidité et puissance de feu : c’est la surprise… L’autre surprise, c’est l’utilisation des routes de montagne réputées infranchissables par des Blindés.

Le 3e Bataillon marche en tête avec la compagnie de chars qui lui est rattachée mais le trafic empire en raison des blindés occupant toujours les routes.

Lorsque la tête du 3e Bataillon atteint la route principale à Brumath, la colonne fait une halte et le groupe du PC régimentaire avance pour aller à Weyersheim car des éléments de reconnaissance de la Division disent que le secteur est clairement reconnu.

Dans le même temps, on apprend que le 314e RI n’est pas passé et que de ce fait, nous sommes à présent les éléments de tête. Il arrive ensuite un court message selon lequel des éléments du 314e RI ont été détournés de leur secteur par des patrouilles allemandes.

De plus, le QG envoi un avertissement selon lequel l’Armée allemande pourrait contre-attaquer  par le Nord et l’Est des montagnes, menaçant le QG basé à Sarrebourg. Un autre message ajoute qu’une autre possibilité d’attaque par l’Est (côté hautes Vosges) est également à craindre.

Si l’une ou l’autre de ces attaques vient à réussir, la Division voire même le Corps d’Armée seront coupés en deux avec les graves conséquences que l’on imagine.  Mais il n’y a pas de solution sinon de poursuivre la mission en cours (NB : ces allégations ne tiennent surtout pas du côté de Dabo, le Donon et Schirmeck où les troupes allemandes sont en pleine déroute).

Le 3e Bataillon est dirigé immédiatement vers Weitbrück, au Nord de Brumath pour balayer l’ennemi de cette zone. Pendant cette manœuvre, des tirs ennemis sont entendus du côté de Kurzenhausen, dans la zone du 314e RI, tout juste à côté de notre 2e Bataillon, formé en colonnes.

Le Lieutenant-colonel Gooding, commandant le 2e Bataillon reçoit l’ordre d’attaquer immédiatement, ce qu’il fait sans délai. Ses troupes sautent hors des camions, se forment en lignes et se mettent en marche. Les mitrailleuses et mortiers sont mis en batterie dans les fossés bordant la route et effectuent de suite des tirs d’appui.

Les tirs de mortiers allemands dirigés vers la route, s’espacent mais un obus tombe sur un half-track français et le détruit.

Le Général Wyche, Commandant de la Division, qui est à un carrefour, dirige personnellement les tirs sur l’ennemi à partir d’un char français et, de l’avis unanime, obtient de bons résultats.

NB : Le Général Wyche a combattu pendant la 1ère Guerre Mondiale, au côté des français, notamment vers St Mihiel et vers Saint Dié, d’où sa bonne connaissance de la langue française.

Le crépuscule survient avant que le 2e Bataillon n’atteigne son objectif, un petit village sur la colline vers Weitbrück.

Le 3e Bataillon s’empare des hauteurs au Sud de cette localité et établit le contact avec le 2e bataillon à l’aide de patrouilles. Le PC régimentaire est placé à Weyersheim, sans protection, exception faite de la Section de reconnaissance. C’est la situation dans laquelle se trouve le Régiment dans la nuit du 24 novembre 1944.

Le 3e Bataillon du 314e RI relève notre 2e Bataillon cette nuit-là. Il est renvoyé au-delà de Kurzenhausen, à deux kilomètres au Nord de Weyersheim. Cette protection supplémentaire est d’un grand soulagement pour le PC régimentaire.

Le front de la Division s’étend à présent d’Est en Ouest, faisant face au Nord sur 5 à 6 kms de large et au Nord de Brumath.

Le matin suivant, le 3e bataillon pris Greis, au Nord de Kurzenhausen. Au-delà, il y a à proximité les villes de Haguenau et de Bischwiller et la lisière de la grande forêt de Haguenau.

Des rapports de prisonniers de guerre allemands et des civils français indiquent que Haguenau et Bischwiller sont tenus en force et que les défenses allemandes sont solides, et d’une certaine profondeur entre Greis et Bischwiller.

Ces défenses s’étendent apparemment au long du front de notre Division. C’est ce que nos patrouilles confirment et chaque nuit, l’on peut entendre, venant des lignes allemandes, le bruit des haches indiquant qu’ils sont en train de renforcer leurs positions défensives. De même, les tirs d’artillerie allemands augmentent de jour, la plupart des canons ennemis sont en position fixe. Les tirs les plus denses semblent venir de Haguenau, quoique quelques-uns venant de plus loin, d’au-delà du Rhin.

Il y a beaucoup de rapports concernant des chars embusqués dans Haguenau et dans Bischwiller. Un rapport mentionne 50 chars arrivés par un train de nuit.

Le 25 novembre 1944, la section de reconnaissance arrive jusqu’à l’extérieur de Weyersheim, côté Est, pour reconnaître Gambsheim, un village distant de 3 kms au bord du Rhin. Elle y est venue la veille, n’y trouvant personne. La route est inondée sur tout le parcours, aussi y arrive-t-elle avec difficulté.

Nos soldats demandent à quelques civils s’il y a des allemands dans la localité. Les civils répondent qu’il y en a et pendant que la conversation se poursuit, une voiture arrive pleine d’allemands qui se mettent à tirailler de tous côtés avec leurs fusils. Par chance, un des hommes de notre section est en alerte derrière sa mitrailleuse de 12,7 mm (1/2 pouce) de sorte qu’il les laisse venir et les tue tous.

Il n’y a aucun américain blessé mais les sections « I et R » ne perdent pas de temps pour quitter les lieux.

Un fait notable c’est que Gambsheim continue à être une épine plantée dans le flanc de la 7e Armée US pendant plusieurs mois, allusion est faite ici à l’opération « Nordwind » dernière contre-attaque allemande de grande envergure, puis à la longue résistance des allemands dans la ville de Bitche et dans les ouvrages fortifiés environnants de la ligne Maginot… jusqu’à début mars 1945.

Note du traducteur : Nos lecteurs ont remarqué que l’action du 313e US Inf. Régiment dans le canton de Blâmont et villages voisins s’est limitée à la prise du village de Sainte Pôle et de la ville de Blâmont.

314e Régiment d’Infanterie de la 79e DI US

Insigne du 314e régiment d'infanterie USInsigne de la 79e Division d'infanterie US

1ère partie – Charmes, la traversée de la Moselle et de la Meurthe
(7 au 23 septembre 1944)

2e partie - la Forêt de Parroy
(24 Septembre 1944 au 9 octobre 1944)

3e partie - Manonviller, le Rémabois
(10 au 24 octobre 1944)

4e partie - Lunéville, Frémonville, Hattigny et le col de Saverne
(10 au 20 novembre 1944)


 

L'accent est mis sur le mouvement et la vitesse des troupes. La 79e Division d’Infanterie US est scindée en deux équipes de combat motorisées avec le 314e Régiment d’Infanterie sur la gauche. En 5 heures de route, la colonne couvre la moitié de la distance de l'objectif. Ils franchissent la Somme le 2 septembre 1944 à 2h15, sans jamais se méfier de la résistance au sol et de la Luftwaffe.

Le matin du 2 septembre 1944, les 90 km de marche avec le 2e Bataillon se déroulent sans incident. Peu après minuit, le 314e RI arrive sur son objectif dans la zone Nord Ouest de Saint-Armand à 4 km de la frontière belge. En 72 heures, la 79e DI a couvert 270 km dans le territoire tenu par l'ennemi, franchi la Somme et a atteint son objectif.

Le Major Général Charles H. Corlett a dit que c’était l'une des plus rapides offensives en distance accomplie par une Division d'Infanterie pendant toute la guerre. La 79e DI a franchi la frontière belge, devenant ainsi la première Division américaine à entrer dans ce pays.

La traversée de la Moselle à Charmes

Le 7 septembre 1944 à 03h00, le 314e RI avance en direction de la cathédrale de la ville de Reims avec le 15e Corps. La 79e DI est dépêchée pour couvrir le flanc Est exposé de la 3e Armée de Patton. Le régiment parcourt 240 km et arrive à 8 km à l'Est de Reims. La 19e Armée allemande a été repoussée depuis le Sud par la 7e Armée et se replie vers l'Allemagne par le biais d'un corridor près de Charmes sur la Moselle. Le 8 septembre 1944, la 79e DI se déplace afin de préparer les positions et de fermer la voie de repli sur le flanc gauche du Corps. Les 2e et 3e Bataillons mettent en place des barrages routiers sur la route de Cirey sur Blaise à Vignory lorsque les ordres sont donnés le 10 septembre 1944 à la 79e DI de passer à l'Est et de sécuriser la rive Ouest de la Moselle, entre Charmes et Epinal.

Le 11 septembre 1944, la colonne accompagnée du 106e Groupement de Cavalerie en protection progresse face au repli des troupes allemandes. L'ennemi est tenu en échec à Neufchâteau, Poussay et Mirecourt. A 19h15, le 1er Bataillon arrive à l’entrée du village est se rend à pied dans Socourt.

Les éléments de tête subissent des tirs d'armes légères, comme les patrouilles opérant dans les rues de la ville, ils sont repoussés. Le 2e bataillon se positionne sur la "Colline 376" en dehors de Socourt, et le 3e bataillon à l'extrémité opposée, garde les yeux sur la route entre Socourt et Gripport. Le 314e RI avance à travers l'ensemble du dispositif allemand de la 16e Division d'Infanterie (déployé à Neufchâteau).

En attendant le renforcement de la colonne (le 313e RI se bat pour occuper Poussay), le 12 septembre 1944, le régiment envoie les compagnies QG, I, R et L pour sécuriser les abords Sud de Charmes (qui sont fixés à 18h00). Le 1er bataillon, avec l'appui des chars, entre dans Charmes par le Nord. Après 6 heures de combats de chars et d'artillerie, le 1er bataillon tient le centre de la ville.

La ville de Charmes

La ville de Charmes est coupée en deux par la Moselle, les bataillons font leur jonction près du pont, les allemands ont fait sauter le haut. Après cette exploration, le 1er bataillon trouve un gué à environ 800 mètres au Nord de la ville, se regroupe, et traverse la rivière à 19h30. Le 2e bataillon reprend les positions du 3e au barrage routier de Gripport.

CHARMES - une partie des 500 moteurs d'avions allemands retrouvés dans une usine de la ville 18 septembre 1944.

En prenant la ville de Charmes, le 314e RI capture également un atelier de réparation de moteurs d’avions, 350 moteurs d'avions, un canon de 88mm, deux canons de 75mm et un canon de 20mm AA. A 9h25, le 13 septembre 1944, le 1er bataillon achève l’occupation de Charmes avec peu de résistance, le 3e bataillon occupe le Sud de la ville et le 1er bataillon patrouille sur la rive orientale de la Moselle.

Pendant deux jours, le 314e RI patrouille dans Charmes en attendant que le reste de la Division rattrape son retard. Après avoir occupé Poussay et Neufchâteau, le 313e et le 315e RI arrivent au niveau de Charmes, le 15 septembre 1944. Une contre-attaque de 10 chars allemands accompagnés d’infanterie se déroule dans la région de Châtel sur Moselle. Les rumeurs d'une contre-offensive sont tellement répandues que le 314e RI a prévu de se replier. Mais seulement 4 chars apparaissent, et ils sont traités rapidement par le 773e Tank Destroyer Bataillon. Le 18 septembre 1944, Bing Crosby est présent à Charmes et l'ensemble de la Division se réunit à l'usine d'avions pour l'entendre chanter.

Durant le spectacle, le 314e RI est mis en alerte pour partir au plus vite. Les patrouilles du 106e de Cavalerie ont repéré 15 chars allemands et une colonne d'infanterie qui s'étend sur un 1,5 km de long se déplaçant de Vallois vers Gerbéviller. La 79e DI a pour mission de couvrir la rive Ouest de la Mortagne entre Lunéville et Gerbéviller pour minuit. Les 313e et 315e RI se déplacent en camions pour aller jusqu’à Lamath tandis que le 314e RI se déplace vers Haudonville et prend Moriviller en 3 heures, les déplacements ennemis près de Gerbéviller se sont arrêtés jusqu'à l'aube.


A 10h00, le 19 septembre 1944, les 1er et 3e Bataillons occupent Haudonville. Passé Haudonville, le prochain objectif est Marainviller sur la Vezouze. Pour y arriver, la Division doit traverser deux cours d'eau dangereux, le premier, la Mortagne à Haudonville. Après avoir construit un gué, entravé par une rivière et résisté à des attaques sporadiques ennemies, la Division est prête à franchir à 20h00.

 

GERBEVILLER - pendant ce temps là, les soldats du 314e Rgt arrivent par Gerbéviller et Fraimbois.A l'aube du 20 septembre 1944, le 1er bataillon occupe Gerbéviller vers 7h45 et sécurise les alentours en rencontrant très peu de résistance. A 10h15, le 314e RI se déplace vers Fraimbois. Le 3e bataillon leader, le 2e bataillon au centre, et le 1er bataillon en réserve. Le déplacement vers Fraimbois est pacifique, mais la compagnie antichar de la Division signale la présence d’ennemis dans les bois des deux côtés. Le 3e bataillon reçoit l'ordre de tenir le village de Fraimbois pendant que le 2e avance pour prendre la tête, et le 1er se déplace au Nord Ouest de sa position.

A hauteur de la zone boisée dans le bois de la Taxonnière, les patrouilles du 3e Bataillon découvrent une cache d'armes et de véhicules allemands (environs 200). Apparemment abandonnés, l'ennemi n'a pas pu passer de l'autre côté de la rivière car tous les ponts sur la Meurthe sont détruits. Le 2e bataillon établit des barrages routiers au Nord Est et Sud Est du village de Fraimbois, et le 3e bataillon se déplace sur une position surplombant la rivière Meurthe... ce qui allait devenir le site de la plus sanglante victoire de la Division.


Traversée de la rivière Meurthe

Le 3e bataillon va avoir pour mission de traverser la Meurthe. Il y a un énorme découvert pour atteindre la rivière et nous ne pouvons fournir aucune couverture. Et du côté allemand, c’est pire : un découvert qui conduit jusqu’à une zone boisée parfaite pour couvrir ses troupes. Les seuls bâtiments en place sont un groupe de granges situées sur le côté ennemi, à plusieurs centaines de mètres du pont. A 16h30, le 20 septembre 1944, les tanks destroyer se mettent en place sur la ligne de crête.

La compagnie K dépêche une patrouille de six hommes afin de vérifier le pont. Ils avancent de 80 mètres au delà de la rivière lorsqu’ ils sont repoussés par un canon allemand. Regroupée, la compagnie K envoie un peloton d'infanterie avec un peloton de char du 749e tank destroyer pour forcer le pont, mais l'ennemi bien retranché riposte et résiste à cet assaut, ils sont contraints de faire demi-tour. A gauche, le 3e bataillon tient la crête, le 2e à la périphérie de Fraimbois, et le 1er bataillon est en réserve entre Gerbéviller et Fraimbois. Les 313e et 315e RI sont plus au Nord, dans Lunéville à la recherche d'un autre passage. Cette nuit-là, les allemands font sauter le pont.


Soldats américains tués lors de cette bataille

314e RI US - PFC Prevatt Glen L - 34792463 - 21 septembre 1944

314e RI US - PVT Heinrich Clifford L - 39700838 - 22 septembre 1944

314e RI US - PFC Krichbaum Thomas CJ - 33411128 - 22 septembre 1944

314e RI US - 1er Lt Lavriha Williams E - 01313259 - 22 septembre 1944

314e RI US - PVT Makinen Jack E - 35149473 - 22 septembre 1944

314e RI US - PFC MC Duff Andrew L - 7009471 - 22 septembre 1944

314e RI US - PVT Myers Edgar A - 35750444 - 22 septembre 1944

314e RI US - PVT Wehr Garold A - 37429667 - 22 septembre 1944

314e RI US - PFC MCF Adden Sherman - 37187701 - 23 septembre 1944

314e RI US - PFC Pettens Everett   B - 32682203 - 23 septembre 1944

314e RI US - S/SGT Rood John W - 36576298 - 23 septembre 1944

314e RI US - S/SGT Spears Grover C - 36058866 - 23 septembre 1944

314e RI US - PVT Zwicker Maurice R - 31260888 - 23 septembre 1944

314e RI US - S/SGT Lucas Eugène - 23 septembre 1944 ?

 

Cérémonie de Moncel-les-Lunéville le 17 septembre 2010 à 9h30.

A 06h00, le 21 septembre 1944, le 3e bataillon glisse le long de la falaise et s'avance vers la rivière sur le terrain découvert. Les compagnies K et L se dirigent vers la rivière, mais la zone de la compagnie L est trop marécageuse pour un soutien avec une unité de chars. Les deux compagnies arrivent sur les berges sans aucune opposition. La compagnie L envoie une patrouille à travers les lignes allemandes avec succès, mais lorsqu’une plus grande force est déployée, 8 canons ennemis tirent depuis les granges sur la rive orientale. La compagnie K n'a pas de chance, l'ensemble de l'attaque de l’autre côté du fleuve avec la compagnie I se solde par un échec et se replie aussitôt. L'objectif est une route appelée la route de Saint Clément Moncel à 400 mètres, et leur avance est ponctuée par des tirs de mitrailleuses ennemies et des salves de mortier. La compagnie I a dû se replier à travers la Meurthe et se regrouper, suite à un nombre élevé de pertes. Il reste seulement un peloton à la compagnie K après cette attaque.


L'attaque est fixé au 22 septembre 1944, à 05h30, elle commence par un tir d’artillerie de 15 minutes et les compagnies K et L se déplacent pour prendre la route de Saint Clément Moncel, la compagnie K atteint son objectif, mais la compagnie L se retrouve coincée sur la rive Ouest par les tirs de canons allemands depuis les fermes. Enfin, deux chars réussissent à parcourir la zone marécageuse jusqu’à la position de la compagnie L, avec les chars menant l'assaut, ils font prisonniers 27 soldats ennemis hors de la grange. Puis c’est au tour des canons antichars allemands de stopper l’avancée de l'infanterie, la compagnie I se regroupe afin de passer à l'attaque depuis la route et la voie ferrée. La compagnie A détruit cinq nids de mitrailleuses ennemis lors du dégagement de la route. La compagnie F est envoyée pour couvrir les arrières de la compagnie I après le rapport d'observations de chars ennemis. Le régiment a atteint son objectif, et les hommes du génie sont envoyés pour construire un pont le lendemain.


A 04h30, le 23 septembre 1944, le pont est achevé, les unités antichars sont les premières à le franchir et la journée est consacrée au mouvement des troupes afin de sécuriser davantage la région. Des patrouilles signalent peu de résistance, et ce qui reste est traité par des tirs d'artillerie et de mortier.

A 16h00, des éléments du 314e RI font leur jonction avec le 313e RI à la ferme Saint-Georges. L'ennemi est en fuite, mais les positions du 314e RI sont trop aléatoires pour permettre la poursuite. Une fois les combats terminés, le 314e RI a perdu l'équivalent du nombre de victimes d'un quart d'un bataillon, la plupart survenant dans les rangs du 3e bataillon. Celui-ci recevra une Presidential Unit Citation pour sa participation à la traversée de la Meurthe.


La forêt de PARROY

Le 24 septembre 1944, Marainviller est occupé par la compagnie A, alors que le reste du 1er bataillon patrouille à la lisière Nord de la forêt de Mondon et le long de la route Fraimbois Marainviller. Dans la forêt de Mondon, ils découvrent des équipements laissés par le 2e de cavalerie lors de la contre-attaque allemande sur Lunéville le 18 septembre 1944, 6 chars légers, 3 canons d'assaut, et plusieurs Jeep.


Un peloton de la compagnie A traversé la Vezouze au pont de Marainviller, le 25 septembre 1944 pour découvrir les lisières de la forêt de Parroy. La patrouille est écourtée par des tirs ennemis de mitrailleuses et de mortiers. Des renseignements montrent que la forêt est tenue par des forces importantes, le 314e est condamné à rester au Sud de la Vezouze et continue à patrouiller. Le 1er bataillon patrouille le long de la rivière en essayant de trouver un point de passage. Une patrouille près du village reçoit des tirs d’artillerie, ainsi qu’à l’Est. Tout au long de la journée, des tirs d'artillerie sont observés sur le village de Marainviller.

Des ordres sont reçus pour la prochaine attaque de la Division. Le 26 septembre 1944, le 15e Corps est face à la forêt de Parroy avec la 79e DI sur la gauche, la 2e Division Blindée française à droite. L’attaque doit être précédée par un bombardement avec des avions du 19e TAC. Le plan de bataille de la 79e DI est le suivant : le 313e et le 315e RI sur le secteur Nord Ouest avec le 314e RI en réserve dans la forêt de Mondon qui s'apprête à franchir la Vezouze à l'un des trois points: Chanteheux, Croismare où Marainviller. L'attaque est prévue de débuter par un bombardement le 27 septembre 1944, mais est retardée suite aux conditions météo.


Le 28 septembre 1944, le bombardement d’une durée de 75 minutes a lieu avec un effet minimal sur l'ennemi. Le gros des troupes allemandes dans la forêt de Parroy sont des vétérans de la 15e Panzer Grenadier Division et ont subi d’autres bombardements beaucoup plus importants en Sicile et en Italie. Deux heures après le bombardement, les 313e et 315e RI se lancent à l’assaut de la forêt de Parroy.


A minuit, le 15e Corps passe à la 7e Armée, la quatrième des six appellations US attachée au théâtre européen des opérations : 1ère, 3e, 5e, 7e, 9e, 15e Armée. Le 2e bataillon du 314e RI trouve un gué situé près de Croismare pour une utilisation future. Le 29 septembre 1944, le Régiment envoie plusieurs patrouilles et après une réunion à la Division, le 314e RI reçoit l'ordre de se déplacer à travers Croismare et rejoindre le 313e et le 315e RI dans la lutte. Le calendrier du 314e RI est directement lié à l'état d'avancement des deux autres régiments à travers la forêt. Les combats deviennent de plus en plus durs, les allemands sont bien retranchés et mènent de sérieuses contre-attaques lorsque les troupes américaines avancent, de sorte que l’attaque du 314e RI est reportée au 1er octobre 1944.

 

FORET DE PARROY - le ruisseau est déminé par les hommes du génie.Le 1er octobre 1944 les bataillons sont déployés à 06h15, dans une guerre sans merci. Les 313e et 315e RI se déplacent d’environ un tiers de la distance vers l'Est dans la forêt de Parroy. Ils doivent faire face à la 15e Panzer Grenadier Division, et la 113e Panzer Brigade, des chars Mark IV sont partout. Le 314e RI, après 45 minutes de tir d’artillerie, gagne du terrain rapidement, les compagnies G et F atteignent la forêt en une heure avec la compagnie E. Loin derrière, la riposte de l'artillerie allemande à commencer. Les villages de Croismare et Marainviller sont sous les bombardements et le 3e bataillon commence la traversée de le Vezouze.

Le 2e bataillon, après la perte d'un char, capture 16 prisonniers de guerre, puis s’arrête à 12h00 pour permettre au 3e bataillon de rattraper leur position. A 14h30, les bataillons se regroupent, et rencontrent peu de résistance, l’avance peut continuer. Ils mettent en place un camp pour la nuit et tiennent une ligne de 1800 mètres à travers la forêt de Parroy. Le 314e RI établit des contacts avec le 313e RI à sa gauche. A Marainviller, le 1er bataillon est relevé par le 1er Bataillon du 313e RI, qui était en réserve. Les compagnies B et C sont envoyées de l'autre côté de la rivière en position sur la droite du régiment, cet emplacement est la partie Sud de la forêt de Parroy, appelé Les Grands Bois. Les chars d'une compagnie tiennent des barrages routiers à la ferme de Beaulieu. 


L'artillerie allemande tire toute la nuit sur les positions du 314e RI, les arbres sont déchiquetés suite aux explosions, les tirs en rafale et des tirs de mortier. Le 2 octobre 1944, à 08h00, le régiment attaque de nouveau, le 3e bataillon avance sur son objectif à travers bois vers une clairière à la lisière Ouest.

 

Les compagnies K et L patrouillent dans la zone ouverte, mais le feu de l'ennemi les conduit à reculer. Le 2e bataillon se déplace vers la gauche pour couvrir la retraite du 313e RI qui a été durement frappé sur ses positions, mais en approchant de son objectif, les mitrailleuses allemandes décrochent. Les compagnies E et G tentent d'avancer au-delà de la ligne du 313e RI, mais ont dû rebrousser chemin et se réorganiser. Le point fort de la défense allemande en forêt de Parroy a été le principal carrefour sur la ligne de démarcation Régimentaire. Le 3e bataillon laisse un petit groupe dans la partie Ouest, le 2e bataillon attaque sur le point fort. Le 1er bataillon, toujours au Sud aux Grands Bois, est attaqué par une compagnie d'infanterie allemande, de sorte qu'ils reçoivent l'ordre de tenir la position. La compagnie E emménage derrière les positions du 313e RI afin de combler une brèche qui s'est ouverte entre les positions du 313e et du 315e RI.

Le 3 octobre 1944, à 06h15, les compagnies E et F du 2e bataillon avancent jusqu'à la ligne de crête. A noter qu’une poche ennemie bloque l’avance du 313e RI. Plus loin, le contact est pris avec le 315e RI qui se déplace vers l'Est, les troupes ennemies sont prises au dépourvu et la position est occupée à 08h00, avec 17 prisonniers de guerre capturés.

 

Les deux compagnies, avec le 315e RI, avancent de nouveau le long de la route jusqu'à ligne de front arrêtée par un barrage puissamment armé sur le chemin. La compagnie E attend des chars en soutien, tandis que la compagnie F passe sur la droite à quelques centaines de mètres, où ils surprennent un groupe d'infanterie allemande. Au 3e bataillon sur le flanc droit, la compagnie B du 1er bataillon se regroupe avec la compagnie K. A 09h00, l’infanterie allemande, appuyée par des chars, attaque sur toute la ligne de la compagnie B. La compagnie C à sa droite ralentit l'avance des troupes allemandes et parvient à les arrêter. La compagnie K se repositionne et permet de maintenir le contact avec la compagnie B afin de bloquer l’assaut.


Les chars ont juste le temps de repousser l'ennemi vers l'arrière. A 16h00, le 2e bataillon est de retour à la ligne (F - gauche, centre F - G - droite), et à la tombée de la nuit, les compagnies F et G sont sur l'objectif avec la compagnie E à 150 mètres. Les chars se placent en position défensive pour la nuit. Plusieurs salves d'artillerie sont tirées tout au long de la nuit. Trois salves surviennent lorsque des obus sont réglés pour exploser à la hauteur de la cime des arbres : tout en dessous c’est la douche avec des shrapnells et des éclats de bois.


Le 4 octobre 1944, à 07h00, l’attaque à la croisée des chemins se déclenche. Au moment où les compagnies sont prêtes à se déployer, quatre chars Mark IV et une compagnie d'infanterie allemande attaquent le 2e bataillon, deux chars sont sur la ligne de la compagnie E, et un autre est frappé avec un tir de bazooka abattu à cinq mètres. Les compagnies E et G ont subi de lourdes pertes. Dès que les chars américains commencent à mettre leurs moteurs en route, l'ennemi ouvre le feu avec un tir de concentration de mortiers. Le 2e bataillon se réorganise et l'ennemi en profite pour contre-attaquer dans le secteur compris entre les compagnies E et G et provoque un trou dans les lignes. Le 2e bataillon, ainsi que les armes lourdes de la compagnie H, sont jetés dans la bataille et aident à combler la perte de terrain. A 17h00, les principaux combats ont cessé, mais il y a un énorme affaissement de la ligne du 2e bataillon. La compagnie A détache un peloton de renforts pour une défense secondaire plus tard dans la nuit. Les autres bataillons restent sur place.

Le 5 octobre 1944, les ordres pour le 314e RI sont de tenir ses positions tandis que le 315e RI se déplace vers la gauche pour déborder les défenses au carrefour. A 13h00, le 2e bataillon tire avec toutes ses armes disponibles afin d’appuyer le débordement du 315e RI.

Il y a une accalmie dans l'activité des unités du 5 au 8 octobre 1944, afin que les patrouilles du 314e RI repèrent des emplacements pour les chars et des TD (chars destroyer) pour la prochaine attaque. L’artillerie allemande exécute des tirs soutenus, tandis qu’une rumeur circule que la forêt de Parroy était connue d’Hitler. Il avait lui-même combattu dans cette région lors de la 1ère Guerre Mondiale et avait ordonné à ses troupes de tenir à tout prix. Les américains capturent un colonel allemand. Après l’avoir interrogé, il leur dit qu’ils n'ont pas réussi à prendre la forêt lors de la première guerre, et que celle-ci prendra fin avec eux s’ils continuent d'essayer.

Le 8 octobre 1944, le 314e RI reçoit l'ordre de reprendre l'attaque. Les forces allemandes contre-attaquent de nouveau sur les positions des 2e et 3e bataillons, mais le 314e RI tient et repousse les allemands jusqu'à ce qu'ils se retirent.

Le 9 octobre 1944, à 06h50, les compagnies E et G quittent avec la compagnie F leurs positions et se déplacent vers la droite pour prendre la route principale de la forêt derrière la position allemande afin de la prendre à revers. Vers 08h00, la compagnie E rencontre une unité allemande retranchée dans les trous individuels d'infanterie appuyée par des chars à l'Ouest de la croisée des chemins. La compagnie G se déplace vers la gauche pour contourner l’objectif et prendre les allemands à revers. A 13h00, une fois en poste, la compagnie F envoie un peloton de chars sur la route derrière la position allemande. La compagnie E avance dans le centre de la forêt au niveau du carrefour du Haut de la Faîte, puis avance sans résistance. Ils ont découvert une maison pleine de blessés allemands de l'autre côté de la route dans les ruines de la maison forestière du Haut de la Faîte. A 15h30 le carrefour est sécurisé. Avec la prise du carrefour par le 2e bataillon, les espoirs allemands de tenir la forêt de Parroy sont brisés. Le 2e bataillon fatigué et épuisé rejoint le reste du 314e RI, laissant la poursuite de l'ennemi vers l’Est au 313e RI.

 

FORET DE PARROY - 3 autres soldats, la fatigue se lit sur leurs visages, les plus durs de toute la campagne.

Manonviller, Bois Le Rémabois

Le 10 octobre 1944, après l'interrogatoire de prisonniers de guerre allemands, les américains apprennent que les allemands ont battu en retraite, le 1er bataillon se déplace vers le Sud-est de la forêt et mettent en place un périmètre de sécurité autour de Marainviller. Le 3e bataillon se déplace vers l'Est de la 1ère position d’environ 1 km, mais se heurte à des mines antipersonnel et subit de lourdes pertes.

 

Le 11 octobre, le 2e bataillon se trouve dans les environs de Croismare, et les autres bataillons ne rencontrent aucune résistance sur la ligne Nord de Manonviller à la forêt de Manonviller. Les ordres du régiment sont de garder le contact avec les allemands.


Le 12 octobre 1944, le 3e bataillon avance de quelques centaines de mètres, et le 1er bataillon se déplace d’environ 800 mètres sur un endroit appelé Les Quatre Mamelons.

 

Le 13 octobre 1944, le 314e RI est alerté pour attaquer de nouveau, l’heure H est fixée à 13h00. A gauche se situe la ligne de chemin de fer de Marainviller à Avricourt. Le 3e bataillon prend la gauche le long de la ligne de crête, tandis que le 1er bataillon prend le flanc droit, le 2e bataillon reste en réserve. Les 1er et 3e bataillons se déplacent, accompagnés de chars du 749e Tank Destroyer, et d’une compagnie du 773e Tank Bataillon. Vers 16h00, les compagnies I, K et L rencontrent quelques tirs sporadiques d'armes légères d’infanterie, mais à la tombée de la nuit tout est bloqué, le 1er bataillon est lié à des patrouilles du 315e RI à son flanc Sud. Les conditions météorologiques sont horribles, hiver, froid, pluie et surtout le manque de sommeil sont arrivés au point d'épuisement.

Le 14 octobre 1944, le 3e bataillon reçoit l’ordre de contourner le point fort de la gare d’Emberménil, et d’aller jusqu’à l'objectif qui est la ligne de crête. La compagnie I est bloquée par des tirs de mitrailleuses provenant d'un ennemi bien retranché. L'avance a en outre été bloquée par des mines, des pièges et des lignes de barbelés. Des chars sautent à travers les obstacles, et de l'infanterie est encore en cours de progression. A 16h50, les compagnies I, L, et K créent une brèche le long de la ligne de chemin de fer depuis la gare jusqu’aux positions du 1er bataillon. Une patrouille allemande est passée à 100 mètres de notre poste de commandement et a finalement été capturé par les hommes de la compagnie M. La compagnie G du 2e bataillon sert à combler l'écart entre les positions des 1er et 3e bataillons, mais le reste du 2e bataillon demeure en réserve.

Le 15 octobre 1944, le 314e RI est condamné à creuser et fortifier ses positions, la compagnie G se déplace jusqu'à la ligne de front et réussit à capturer l'ensemble d'un peloton allemand. Les patrouilles ramènent la nouvelle selon laquelle un régiment de la 15e Panzer Grenadier Division est attendu dans la région.

Le 16 octobre 1944, à 03h30, les allemands attaquent avec deux compagnies d'infanterie et douze chars vers l'Ouest face aux troupes de la compagnie G. Après avoir résisté pendant près de deux heures, la compagnie est obligée de reculer. La compagnie F qui est en réserve, contre-attaque à l'aube avec l'appui des chars et capture 45 prisonniers de guerre. La compagnie G est de retour dans ses lignes initiales en milieu de matinée, le 17 octobre 1944.

Les allemands attaquent de nouveau, au même endroit les lignes de la compagnie G, mais cette fois, avec presque un bataillon d’infanterie et neuf chars. La compagnie G doit se disperser. La compagnie F retourne à l'aube du 18 octobre 1944 pour reprendre la position, mais elle est laissée vacante et plus tard dans la journée lorsque la compagnie E va de l'avant pour soulager la compagnie G, elle capture 49 soldats allemands.

Les rumeurs sont que la 79e DI serait bientôt relevée par une nouvelle Division, la 44e DI arrivée directement en Normandie en provenance des Etats-Unis. La 79e DI a consacré plus de 120 jours à combattre et a besoin de repos. Mais avant cela, ils ont un dernier objectif à atteindre, des ordres arrivent au régiment, il faut prendre pied dans le Bois le Rémabois. Le mouvement va être un peu difficile, il aura besoin d'un secteur réduit, car il est trop éloigné pour mettre en œuvre une attaque à grande échelle.

 

EMBERMENIL - en octobre, des chars du 749e Tank Bataillon.

 

Dans la soirée du 19 octobre 1944, le 114e RI de la 44e DI remplace le 1er bataillon sur la position à l'extrême droite et celui-ci passe à 2500 mètres au Sud Est de la gare. Le 1er bataillon est en avance sur son temps pour coïncider avec le 3e bataillon atteignant Le Rémabois, et continuer jusqu'à la voie ferrée. Le 3e bataillon, après avoir pris Le Rémabois, se garde de passer l'objectif central du Bois le Rémabois.

 

Le 2e bataillon laisse la compagnie E pour garder le Sud et doit suivre derrière le 3e bataillon pour la mise en place des défenses. Le 20 octobre 1944, la compagnie L passe au centre d'une partie de la forêt qui sera utilisée comme aire de lancement, le reste du 314e RI reste en position.

 

L’heure H, est prévue le 21 octobre à 06h35, mais elle est retardée d'une demi-heure pour permettre aux chars de se positionner, car les mauvaises conditions atmosphériques ont ralenti leur progression. En moins de 2 heures, la compagnie L, le fer de lance, avec les compagnies I et K sont à l'intérieur du Bois le Rémabois. L’attaque est brève avec des tirs d'armes légères et des mortiers, mais à 13h00, l'objectif est pris avec le 2e bataillon qui occupe le terrain pris à l’ennemi. Au Nord, le 1er bataillon commence l'attaque, et perd deux chars presque immédiatement, la compagnie A progresse et se trouve sur son objectif à 11h45.


Le sol est truffé de tranchées et de blockhaus de la 1ère Guerre Mondiale toujours en place et le 1er bataillon occupe les anciennes positions allemandes de mortiers. Les patrouilles du 1er bataillon repèrent des troupes ennemies avec des chars, des tirs d'artillerie sont envoyés rapidement. La seule véritable attaque ennemie est venue vers 12h00, le 22 octobre 1944, avec une patrouille allemande qui a réussi à s’infiltrer entre les lignes des compagnies I et L. Le peloton AC a rapidement bouclé et reconquis le terrain.

 

Dans l'après-midi du 23 octobre 1944, les 2e et 3e bataillons du 314e RI sont relevés par leurs homologues du 71e RI de la 44e DI. Quelques officiers du 314e RI et de l’encadrement sont laissés pendant un jour en tant que conseillers, mais le reste des bataillons ne tarde pas à quitter la région. Le 1er bataillon est temporairement rattaché au 315e RI puis relevé le 24 octobre 1944. Le 314e RI est retiré de la ligne de front après 127 jours de combats sans interruption.

La pause bien méritée dans la région de Lunéville permet aux hommes du 314e RI de prendre des repas chauds, des vêtements propres, un endroit pour dormir avec un véritable toit et un café ou deux sont encore ouverts aux compagnies. Après les spectacles donnés par l’USO et des films, les compagnies reprennent l’entraînement à partir du 30 octobre 1944. Un projet de formation de deux semaines sur le calendrier est prévu.

 

Début novembre une première alerte arrive. Une ordonnance a été émise pour déplacer le 314e RI vers Baccarat et se réserver pour la 2e Division Blindée Française. Après 3 jours d'attente, le 4 novembre 1944, le 314e RI n’est plus d'alerte. Le 5 novembre 1944, l'ensemble de la 79e DI reçoit l'ordre de préparer le passage à Bénaménil à la 2e DB dans un secteur à 7 km à l'Est.

Des patrouilles de reconnaissances sont envoyées le 9 novembre 1944 et les ordres arrivent pour prendre la ville de Saverne dans les Vosges qui est fortement défendue par des allemands retranchés dans les anciennes lignes de tranchée de la 1ère Guerre Mondiale avec des abris, des points forts et des mitrailleuses.

 

Les positions sont établies le long de la montagne, sur la ligne de crête. Les plans de la 7e Armée sont d’enfoncer la ligne grande ouverte, de battre les défenses allemandes à l'écart de Saverne et prendre la ville de Strasbourg. Le 15e Corps avec la 44e DI à gauche, la 79e DI sur la droite et la 2e DB Française en arrière prête à foncer vers Strasbourg dès la première brèche ouverte dans le dispositif allemand, en passant par Sarrebourg. La zone de la 79e RI allant d’Ancerviller à Nitting, 8 km au Nord Est d’Hattigny.

Le premier objectif du 314e RI se situe à Harbouey, au Nord Est d’Ancerviller. Sous le couvert de l'obscurité avec le silence et le secret bien gardé, le 12 novembre 1944, le 314e RI se lance à l'assaut au Sud Ouest de Montigny dans la zone de regroupement. La situation sur la carte montre onze points culminants objectifs (désignés numériquement sur le terrain) le long de la ligne de démarcation entre les positions des 314e et 315e RI. Une fois ces onze points pris, la 2e DB Française pourra rouler et commencer la percée. Les points attribués au 1er bataillon sont les 1, 2, 3 et 3A, tandis que le 2e bataillon doit prendre les points 4 et 5 - tout le long d'un balayage de crête. Les compagnies B et C sont transférées dans les pentes du point 1, à la fin de la nuit du 12 novembre 1944 pour une attaque surprise à l'aube du 13 novembre 1944.

Le 13 novembre 1944 matin, les pluies se transforment en neige, et les troupes d'assaut attaquent rapidement et occupent le Point 1 à 08h15. Le Point 2 n'est pas aussi facile. Les hommes de la compagnie B esquivent les tirs d’artillerie et d’obus de mortier, un canon antichar allemand détruit un de leurs chars d'appui, et finissent par se regrouper et se replier. La compagnie B perd 47 hommes lors de cet assaut qui a échoué. Le 2e bataillon avance et rencontre peu de résistance, la compagnie F arrive sur le point principal et le bataillon prend à travers les bois, et même si elle est touchée par des tirs d'armes légères le long de la voie, elle prend les points 4 et 5 en début d'après-midi. Le 2e bataillon contrôle la route principale reliant Domêvre à Montigny. La compagnie B se regroupe et démarre à 14h10 pour sécuriser le Point 2, en un peu moins de deux heures de bataille, le point est pris. Après avoir sécurisé les points 3 et 3A, le 1er bataillon subit des tirs d'artillerie sporadiques et rend compte de sa réussite à 17h00. La compagnie L est mise en place pour combler la ligne de front entre les positions des 314e et 315e RI. Le 315e RI a encore comme objectif Ancerviller qui a quitté le 314e RI sans couverture et la ligne principale ennemie reste à venir.

Le 14 novembre 1944, à 11h15, le 3e bataillon lance une attaque avec un bataillon du 315e RI est commence a sécuriser les quatre prochains Points : 6, 7, 8 et 9. Les points 6 et 7 sont pris, mais les troupes sont stoppées par l’obscurité de la nuit. Le 1er bataillon détache la compagnie C à 7A et des tirs d'artillerie sont effectués sur les positions ennemies. Le 2e bataillon avance pour se rassembler près du Point 6 afin de soutenir le 3e bataillon le lendemain matin.

 

Une fois que le 315e RI a avancé au niveau des points conformes du 314e RI, le 3e bataillon avance afin de prendre des points 8 et 9. Le 2e bataillon avance avec le 315e RI aux points 10 et 11.

 

Le 15 novembre 1944 à 15h30, les compagnies F et G du 2e bataillon occupent le Point 10, la compagnie E le Point 11, et la compagnie I du 3e bataillon le Point 8. Le reste du 3e bataillon garantit le Point 9. La résistance est minime, mais chaque initiative est ponctuée de tirs de mortiers et d'artillerie. Tous les 11 points ont été conquis par la 79e DI. A 16h20, le commandement de la Division donne l’ordre d’envoyer des patrouilles afin de capturer le pont et le carrefour Sud de Frémonville sur la Vezouze. La même rivière que le 314e RI a traversé à Marainviller et Croismare lors de l’attaque sur la forêt de Parroy.

Le régiment suit les patrouilles à Frémonville et envoie une force de plus pour sécuriser Barbas. Le 1er bataillon attaque le village de Barbas, tandis que les 2e et 3e bataillons s’occupent de Frémonville.

Une patrouille signale que le pont de Frémonville est intact et défendu par une escouade d'infanterie allemande, l'attaque est reportée au lendemain matin. Le 16 novembre 1944 à 08h40, le 2e bataillon attaque le village de Frémonville, la compagnie E reçoit immédiatement des tirs d'armes légères et d'artillerie, tandis que la compagnie G est confrontée aux tirs d’artillerie provenant des positions allemandes au Sud Est de Blâmont. Le 1er bataillon se dirige à travers la forêt au Sud de Barbas, avec la compagnie C sur le point, et capture 25 soldats allemands à un avant-poste le long de la voie. Barbas est occupé, il y a des chars et de l’infanterie allemande sur les hauteurs plus au Nord, et une escouade fouille tout le village. Des troupes sont repérées, quatre chars et quelques 300 soldats allemands laissant Barbas par la route et se dirigeant vers Blâmont. La compagnie B est restée dans Barbas, tandis que les compagnies A et C se déplacent vers une position située au Sud de Blâmont sur une ligne de crête (bois du Trion).

Cérémonie à Luneville en 2010.La nuit du 16 au 17 novembre 1944, le 3e bataillon se situe entre les points 10 et 11 (quelque part dans la région, où le Private Johnson fut blessé à la tête et perdit la vie 2 jours plus tard, le 18 novembre 1944) près de la route principale de Blâmont. Le 2e bataillon est au Nord du Point 11, il lance une patrouille sur le pont au Sud de Frémonville, mais il est refoulé par des tirs d'armes légères provenant de la forêt passé le Point 11. Une deuxième patrouille est dépêchée pour trouver un autre itinéraire vers le côté droit de la forêt, après avoir rendu compte que les allemands sont sur les deux rives de la Vezouze. Le 17 novembre 1944 à 5h15, le 3e bataillon patrouille à l'Ouest du bois au Point 11, il se déplace à travers la forêt.

La forêt est occupée par deux compagnies du 3e bataillon à 08h00, mais sont sous le feu des deux côtés et sont rapidement coincés. Le 2e bataillon est censé être sur le flanc droit, mais il rencontre une forte résistance en cours de route. Seule la compagnie E du 3e bataillon avance, à 09h00 dans la zone du 1er bataillon, les allemands contre attaque avec un char et une compagnie d'infanterie face aux positions de la compagnie A. Le char est détruit par un tir de Bazooka et les troupes à pied se retirent. A la fin de la journée, le 3e bataillon et la compagnie E du 2e bataillon avancent seulement de quelques centaines de mètres, le reste du 2e bataillon tente d’avancer à la 3e position, mais l'artillerie allemande les refoule.

Le 18 novembre 1944, le 1er bataillon se retire de la région d’Halloville après avoir été relevé par le 2e bataillon du 313e RI. A 07h00, le 3e bataillon se déplace rapidement à travers les bois, et envoie une compagnie pour franchir la rivière sur un vieux pont de bois à l’Ouest du pont principal. La compagnie F se déplace avec des chars et la compagnie E se heurte à la Vezouze au pont principal devant Frémonville. Le pont est détruit par les allemands pendant la nuit. Les troupes traversent de l'autre côté du fleuve, forcées de quitter le soutien des chars restés derrière. Un autre passage est trouvé à 300 mètres mais il est sous le feu de l'ennemi bien retranché dans Frémonville. Presque la totalité de l'assaut est bloqué au point de franchissement, mais l'un des 12 hommes de la patrouille passe. Ils parviennent finalement à la route principale vers 17h00.

Le reste de la compagnie progresse lentement, en esquivant deux chars Mark IV et de l'infanterie ennemie sur le côté Ouest de la ville. A la tombée de la nuit, la compagnie E se déplace à l'Ouest de Frémonville afin de sécuriser la zone autour de la gare, et la compagnie G occupe le reste du village. Le 18 novembre 1944 à 11h00, le 2e bataillon termine le nettoyage de la présence ennemie dans la majeure partie de Frémonville. Le 1er bataillon prend contact avec le 313e RI sur leurs objectifs et ne trouvant pas d'ennemi, ils se regroupent pour une marche de 6 km jusqu’à Richeval. Le 1er bataillon avec les compagnies R et I prennent le point, la percée vers l'Alsace peut commencer. La colonne atteint Richeval sans incident et parée à l'Est Hattigny.

La compagnie A surmonte une colline à 600 mètres au-delà du village ponctué par des tirs de mortier. La compagnie A est condamnée à s'engager en couverture pour la protection de la colonne. La compagnie A contourne les positions allemandes en engageant l'infanterie, les compagnies B et C se déplacent partout dans les champs autour d'Hattigny.

Les allemands tiennent le village jusqu’à minuit, puis l’incendie lors de leur retraite. La ligne allemande sur la Vezouze est brisée à Frémonville, et le retrait dans les Vosges va devenir une déroute.

Les Vosges et l'Alsace

Le 314e RI se déplace vers Hattigny dans la matinée du 20 novembre 1944 derrière la 2e DB française, le fer de lance. La première résistance est atteinte à Laneuveville les Lorquin, à 6 km au Nord Est de Hattigny sur la route de Sarrebourg. Le 3e bataillon fait 20 prisonniers de guerre, le reste des troupes ennemies se replie plus au Sud de Nitting. Les allemands détruisent le pont et les troupes doivent patauger pour traverser la rivière sous un feu nourri. Ce soir-là, les 2e et 3e bataillons passent la nuit dans le village de Nitting après l’avoir débarrassé de l'ennemi, et le 1er bataillon à Laneuveville les Lorquin.

Le 21 novembre 1944, le 2e bataillon vient soulager le 3e qui est en tête, avec un retard lors du passage des chars de l’autre côté de la rivière, un problème qu'ils ont déjà rencontré très souvent le long de cette avance. Au canal de la Marne aux Rhin, la colonne est de nouveau interrompue pour permettre aux hommes du Génie de vérifier les ponts s’il n’y a pas d’explosif. A la tombée de la nuit, le 2e bataillon atteint St. Jean de Kourtzerode, le 1er bataillon, la Porte de Homarting, et le 3e bataillon dans le village de Homarting. Cette avance conclut 20 kilomètres de déplacement.

315e Régiment d’Infanterie de la 79e DI US - Section Reco

John M. Sword - Grumpy’s Trials

MISSIONS D’UNE SECTION DE RECONNAISSANCE DU 315ème REGIMENT D’INFANTERIE DE LA 79ème D.I.U.S

Traduit de l’américain, préfacé et annoté par Daniel C. Autugelle


PREFACE


En décrivant certaines missions effectuées par la section de reconnaissance du 315e Régiment d’Infanterie dans laquelle il a servi, John M. Sword s’est efforcé de montrer le rôle attribué à la 79e Division d’Infanterie U.S sur le théâtre d’opérations en Europe, au cours de la Seconde guerre mondiale.

La 79e Division était déjà venue combattre vaillamment dans l’Est de la France en 1917, ce qui lui avait valu l’appellation « Cross of Lorraine ». En fait, l’insigne de la 79e est bien une croix de Lorraine dorée se détachant sur un fond gris horizon. Quand, en 1944, des français ont vu débarquer ces libérateurs arborant une croix de Lorraine sur l’épaule de leur veste ou sur leurs véhicules, ils les prenaient pour des soldats de la France Libre ! Malheureusement, bien peu d’entre eux parlaient français. Comme nous le verrons dans cet ouvrage, certains avaient des noms aux consonances plutôt germaniques, italiennes ou polonaises.

La plupart des personnages mentionnés par John Sword étaient ses compagnons au sein de la Compagnie de Commandement du 315e Régiment d’Infanterie. Il utilise souvent le surnom qui leur avait été attribué à l’époque. John Sword, par exemple, avait été surnommé « Grumpy » (« le grincheux ») par ses camarades. John Sword précise qu’ils n’étaient pas vraiment des fantassins et que leur section était au service du chef de corps du régiment sous les ordres duquel ils se trouvaient directement. Mais les ordres étaient le plus souvent transmis par l’intermédiaire de l’officier de renseignements S2 (2ème bureau). Le travail au sein d’une section de reconnaissance était pénible mais peut-être moins dangereux que pour les « vrais » fantassins d’une compagnie de combat. Toutefois, le rôle de la section de reconnaissance était apprécié par ces derniers, comme l’écrivait encore le capitaine Warren Honey du 315e (Compagnie  F ) dans une lettre à John Sword le 31 juillet 1990, après un voyage jusqu’à Lunéville où il avait voulu revoir les lieux où ils avaient combattu et où lui-même avait été blessé : « la section de reconnaissance était toujours entrain de fureter, établissait le contact avec les unités voisines alors qu’on ignorait l’endroit exact où elles se trouvaient… on se demande comment vous autres, de la section de reconnaissance, vous n’êtes pas tous tombés dans des embuscades à plusieurs reprises. »

Après avoir débarqué à Liverpool en Angleterre, l’unité de John Sword s’est rendue en train et en camion dans un camp près de Manchester où ils sont restés pendant plusieurs semaines sous des tentes pyramidales. L’entraînement consistait alors en de longues marches (et des parties de poker). Les sorties étaient autorisées et les soldats américains s’entendaient bien avec les petites anglaises. John Sword ne bénéficia que d’une seule permission pendant son séjour en Angleterre. Il se rendit à Wilmslow où il passa le temps à flâner dans les rues, manger des frites et à siroter du scotch. Plus tard, ils furent emmenés sur la côte Sud où ils dormaient sous de petites tentes « canadiennes » dressées sur le flanc d’une colline boisée. Enfin, l’embarquement eut lieu à Southhampton après une nuit froide et désagréable passée sur le sol bétonné d’un entrepôt ferroviaire désaffecté.

Cet ouvrage est paru aux Etats-Unis sous le titre « Grumpy’s Trials » (« Les épreuves de Grincheux ») en 1988 aux éditions Sunflower University Press, Manhattan, Kansas. Il a été traduit de l’américain en 2003 avec l’aimable autorisation et les vifs encouragements de l’auteur.

Daniel AUTUGELLE

 


DIRECTION : LA BELGIQUE

Situation : une partie du 15e Corps (3e Armée) qui faisait mouvement vers l’Est en direction de Paris le 15 août 1944, était bientôt suivie par le 19e corps de la 1ère Armée qui progressait parallèlement à l’itinéraire du 15e corps, mais plus au Nord. Une fois arrivé à la Seine, le 19e Corps tourna à gauche pour longer le fleuve et traverser les lignes britanniques dans une tentative d’isolement de troupes ennemies qui s’étaient échappées de la poche de Falaise. La 2e DB française fit son entrée dans Paris le 25 août 1944. A cette date, la ligne de front des alliés était sur la Seine, à l’exception de la zone de l’armée  canadienne, sur la côte, où l’ennemi s’efforçait de conserver cette dernière portion du fleuve depuis Rouen jusqu’à la mer, pour avoir la possibilité de s’échapper. La 3e Armée dont le flanc Sud longeait la vallée de la Loire avait atteint Troyes, à l’Est. Dans le Sud de la France, el 6e Groupe d’Armées était arrivé dans les parages de Lyon.

Comme le mois d’août se terminait, sur l’ensemble du front, les troupes alliées avaient traversé la seine pour foncer vers les frontières belges et allemandes.

La tête de pont de Limay devait s’étendre. La 30e Division arriva pour relever des éléments de la 79e dans la moitié Sud de la tête de pont.

 

27 août 1944

Les deux divisions lancèrent une attaque pour renforcer leurs positions. Le 315e fit mouvement vers le Nord après avoir été relevé par la 30e Division. Le jour de l’attaque, la Compagnie de commandement se réinstalla dans un nouveau secteur en bordure d’un bois dans un champ en pente où poussaient de grandes herbes. L’infanterie avait attaqué à 16 heures, cet après-midi là. Pendant que les hommes de la section lézardaient sur la pente herbeuse, le groupe de Kelso était chargé d’un poste d’observation sur la ligne de front d’où on suivait l’attaque.

Après la tombée de la nuit, le PC se déplaça plus en avant. Comme le convoi se frayait un passage sur une route étroite longeant un talus d’à peine un mètre de haut, quelque chose passa en sifflant juste avant la perception d’un coup de canon. Boum ! A deux reprises, le silence de la nuit fut perturbé par cette arme invisible. Nous écoutions, allongés par terre. Cela me semblait être un petit canon anti-chars, mais je réagissais comme si c’eut été un gros canon. Au bout, d’un moment, nous sommes remontés dans les véhicules et nous avons continué notre route. Plus rien ne se produisit.

 

28 août 1944.

Mon groupe monta au front pour assurer la relève au poste d’observation. Ce n’était pas vraiment un poste d’observation mais simplement un groupe d’observation se déplaçant avec l’attaque et envoyant directement ses rapports au QG du régiment sur ce qu’on voyait et entendait au fur et à mesure que l’attaque progressait.

L’infanterie était sortie du bois et s’exposait aux tirs des blindés ennemis. Huit ou dix de nos hommes gisaient au bord d’un petit fossé, 50 mètres devant le bois. Apparemment, c’était un endroit où on rassemblait les corps car, un peu plus tard, j’ai vu des hommes d’Elio déposer un autre cadavre à cet endroit. Des chars étaient venus appuyer notre infanterie et l’attaque avait progressé bien au-delà de la lisière du bois d’où nous observions.

Depuis notre point d’observation, le terrain descendait doucement jusqu’à un fossé où le fond d’une crique à 800 mètres. Le fossé où reposaient les morts descendait rejoindre perpendiculairement ce grand fossé. A partir de ce grand fossé, le terrain remontait doucement sur un kilomètre et demi environ et des bois formaient la ligne d’horizon. L’ennemi avait tiré parti du grand fossé entravant notre progression et de quelques petits bosquets pour tenter de retarder notre avance.

Juste après notre arrivée, des groupes de fantassins montaient la pente en face. L’ennemi avait dû se retirer, du moins ceux qui en avaient eu la possibilité. Des prisonniers arrivaient en portant leurs propres blessés et parfois les nôtres. Résultat de l’attaque : la résistance ennemie était brisée mais il y avait un bon nombre de morts des deux côtés.

Le PC s’était à nouveau déplacé, et ce n’est qu’après la tombée de la nuit que nous avons trouvé l’emplacement dans un petit bois. Nous guidions les jeeps, à l’aide de signaux faits avec des lampes de poche, entre les arbres et les buissons jusqu’au secteur désigné pour le bivouac. Nous avons foulé le sol sur quelques mètres carrés autour des jeeps et nous nous sommes enroulés dans nos couvertures et toiles de tente. Une pluie fine, qui avait commencé à tomber en fin d’après-midi, se transforma en grosse pluie.

 

29 août 1944.

Une route longeait le pied d’un coteau pentu partiellement couvert de vergers. Au sommet d’une colline où un verger côtoyait un champ découvert, les positions abandonnées d’une batterie de quatre canons étaient facilement identifiables. A un certain moment au cours de la bataille de la veille, un tir de barrage répliquant à nos propres tirs avait été efficace. Plus loin, en bas de la côte, un obusier de 150 mm avait été abandonné, l’une de ses roues en bois étant cassée. Au pied de la colline, dans un fossé longeant la route gisaient un cheval blanc et un soldat allemand. De l’autre côté de la route, deux chariots se trouvaient au milieu de cadavres de chevaux et d’hommes. Les arbres du verger à flanc de coteau avaient perdu beaucoup de branches, j’ai pu remarquer cela en allant chaparder des pommes.

Pour la fin de l’après-midi, la Compagnie de commandement, qui avait utilisé les positions de l’artillerie ennemie comme PC provisoire, s’installait dans une cour de ferme, plusieurs kilomètres plus loin ; le convoi de la Compagnie était à peine arrivé que les jeeps de notre section reçurent l’ordre de faire une reconnaissance du réseau routier.

Un petit lieutenant trapu, un ancien Ranger, devait nous accompagner. C’était une sorte de test pour lui donner la possibilité de devenir chef de la section de reconnaissance. A ce moment-là, nous n’avions plus d’officier à la tête de la section. Un village tenu par nos troupes devait être le point de départ de l’attaque. Au crépuscule, la veille, un tir de barrage de gros mortiers allemands avait coûté la vie à plusieurs officiers et hommes de troupe du bataillon qui tenait le village. Alors que nous cherchions, dans cette localité, un endroit depuis lequel nous aurions pu observer l’itinéraire proposé, un soldat passa en guidant un autre, au regard fixe et comme hébété. Des obus ennemis avaient fait tomber un mur sur le pauvre diable. Il était en état de choc.

La route à suivre traversait une plaine unie sans le moindre endroit où se mettre à l’abri avant d’atteindre un village au loin. Cela semblait suicidaire de s’aventurer sur ce terrain découvert. Tout ce qu’il leur fallait était une mitrailleuse dans ce village et ils nous tiraient comme des pigeons. On envoya un message radio au QG en présentant nos raisons pour laisser tomber cette reconnaissance. Après tout, on pouvait voir l’ensemble de l’itinéraire proposé. Les ordres furent annulés. Comme nous retournions aux jeeps, les détonations lointaines des canons ennemis et le sifflement de leurs projectiles nous firent quitter la route pour nous mettre à l’abri derrière des maisons. Le tir de barrage cessa.

« Le petit ranger », comme on l’appelait, déguerpit en disant : « sortons d’ici ! ». Il sauta dans une jeep et partit.

L’une des jeeps refusait de redémarrer. La P… était en plein milieu d’une grande rue et ne voulait plus démarrer. Nous l’avons poussée et nous avons bien transpiré tout en restant à l’écoute des explosions d’obus. Finalement, elle démarra.

La nuit était tombée. Alors que je me préparais à entrer dans le sac de couchage après avoir creusé ma tranchée, on m’appela pour aller relever Kelso et deux de ses hommes au poste d’observation. Nous étions quatre pour découvrir le poste d’observation dans un fossé au bord d’une route. Suivant les instructions de Kelso, nous observions la ligne d’horizon formée par une côte au loin où on avait repéré une certaine activité. A un certain moment, nous avons pensé voir un groupe de silhouettes se déplacer à l’horizon. Cet endroit étant à courte portée des 155 de la 79e, ceux-ci réussirent, après quelques efforts, à incendier une meule et une maison.

 

30 août 1944.

 A l’aube, le poste d’observation fut abandonné et notre jeep rejoignit le reste des autres jeeps de la section qui descendaient une route conduisant au secteur que nous avions surveillé toute la nuit. A un certain endroit, dans un champ découvert, juste en bordure de la route, on voyait clairement les positions abandonnées d’une batterie de trois canons.

Vers midi, nos jeeps commencèrent à se frayer un passage entre les fantassins (voir croquis n°4). Des tirs sporadiques plus loin, attirèrent notre attention. Un « Handhabung » (canon allemand anti-char qui lançait des projectiles en forme de boule de 25 cm de diamètre, remplis d’explosifs, se prolongeant par un tube de 60 cm), se trouvait au milieu de la route, à proximité d’une épaisse forêt. La route virait brusquement à droite, passait devant un cimetière sur une côte à droite et virait brusquement à gauche à la lisière d’un village. Comme les jeeps passaient devant le cimetière, nous avons vu nos fantassins qui faisaient sorti les allemands de leurs trous parmi les pierres tombales derrière le petit muret d’enceinte. Un véhicule blindé de reconnaissance était en travers de la route étroite menant au village et tirait avec son canon de 37 mm et sa mitrailleuse de 7,62. Quand les jeeps ont contourné le village par la gauche, plusieurs allemands (deux d’entre eux étaient couverts de sang) sortaient des maisons, les mains en l’air.

Six cents mètres au-delà du village, les jeeps s’immobilisèrent avant d’arriver à une intersection. A gauche, la route était dégagée et visible, mais à droite, nous réglâmes les jumelles sur une forêt à l’air sinistre à quelques kilomètres. Un camion sortit du couvert des arbres, s’arrêta puis repartir dans la forêt. Il avait laissé un canon anti-chars et ses servants. Ceux-ci étaient encore en train de positionner le canon  sur le côté droit (notre droite) de la route quand arrivèrent les chars légers de la Compagnie de reconnaissance qui prirent à droite à l’intersection, s’immobilisèrent et ouvrirent le feu. Sous le déluge des balles et obus de 37 mm, les fritz sautèrent dans le fossé. Deux d’entre eux, qui couraient en se baissant, réussirent à regagner le bois par le fossé. Deux autres firent un bond dans les broussailles et la grande herbe à la limite d’un champ découvert. Des balles les harcelaient. Une paire de fois, je les vis ramper, mais ils finirent par disparaître pour de bon.

Les jeeps reprirent la route et tournèrent à gauche à l’intersection. Un peu plus tard, nous sommes tombés sur un petit convoi boche que notre cavalerie avait mis en pièces. Une « tête de chou » (un allemand) qui avait essayé de tirer au bazooka depuis le fossé, avait été touché à la tête par un obus de 37 mm, un vrai carnage. Les jeeps se mirent sur le côté pendant qu’on appelait le QG par radio pour obtenir des ordres. Derrière nous et de l’autre côté de la route, se dressait une grande maison à un étage. Debout, à proximité, en attendant les ordres, nous fûmes surpris de voir une vingtaine d’allemands sortir de cette maison en file indienne pour se rendre à nos fantassins qui avançaient.

Au loin, on pouvait distinguer les contours d’un assez  gros village. A quelques centaines de mètres, avant ce village, de petites silhouettes s’activaient mais on ne pouvait pas les identifier, même à la jumelle. L’escadron de chars moyens rattaché au régiment (il y avait 17 chars par escadron) se mit en position de tir et les aspergea avec leurs canons de 75 et leurs mitrailleuses. Ils ont vraiment anéanti le secteur. J’osais espérer que ce n’était pas des villageois qui s’activaient là-bas.

D’après les ordres reçus du QG, nous devions revenir à l’endroit où la Compagnie de commandement avait établi son bivouac dans un bois. Pendant la nuit, il s’est mis à pleuvoir. Un mortier et une mitrailleuse ennemis commencèrent à tirer et nous tinrent en alerte par crainte d’infiltrations ennemies. L’obscurité de cette nuit pluvieuse vous entourait comme une couverture posée sur la tête. On n’y voyait rien, qu’elle que fût le distance. Tout éveillé, j’écoutais attentivement et je n’osais pas faire plus de quatre ou cinq pas, de peur de me perdre ou de me faire descendre. La pluie ne gouttait pas trop mais elle mouillait bien. Enfin, le jour pointa et la peur s’estompa.

 

31 août 1944.

Au cours d’une mission de reconnaissance dans la matinée, nos jeeps rattrapèrent les fantassins et durent se frayer un passage entre leurs colonnes épuisées s‘étirant de chaque côté de la route. Vers midi, le QG nous ordonna de faire une halte dans un grand domaine où la Compagnie de commandement nous rejoignit. Au début de l’après-midi, alors qu’il nous semblait qu’on allait y passer le reste de la journée, on nous ordonna de reprendre la route. La chaleur de l’après-midi sur une route secondaire poussiéreuse faisait ralentir considérablement les jeeps qui, à nouveau, passèrent entre les fantassins qui avaient continué à avancer pendant que nous attendions au PC.

A la fin de l’après-midi, les jeeps quittèrent la route, passèrent un portail à gauche pour traverser un pré et s’arrêter près de la belle eau claire d’un ruisseau. L’eau tombait en cascade du haut d’un petit barrage et formait un joli étang en face d’une ferme en pierre de taille. Tandis que nous nous éclaboussions dans l’étang, le paysan et sa famille nous regardaient en souriant. Le bain fut de courte durée mais énormément apprécié après ce voyage sous le soleil et dans la poussière. Les sentinelles se relayaient. Puis, les jeeps prirent la direction du secteur du bivouac pour cette nuit.

 

1er septembre 1944.

La 79e Division faisait maintenant partie de la 1e armée (19e Corps). Avec la 2e division blindée à gauche, la 30e Division d’infanterie à droite et le 113e escadron de cavalerie en tête, ce corps fonçait vers la Belgique. Le 315e arrêta sa progression à un certain moment au cours de la journée et la section de reconnaissance, les deux jeeps de mon groupe, fut envoyée en avant pour savoir quel était le problème. Une longue file de véhicules s’étirait le long de la route et nos jeeps se mirent à remonter la colonne. Le bruit de détonations nous parvint comme nous avancions vers la tête encore invisible du convoi. Il s’agissait du 314e, et on apprit finalement que les blindés avaient rencontré des difficultés. Le convoi reprit bientôt se progression. Tard dans la soirée, les véhicules de la Compagnie de commandement entrèrent dans un champ. J’ai passé la nuit avec mon partenaire en haut d’une grosse meule de foin. Il se mit à tomber une pluie fine au petit matin. Ce jour-là, nous avions progressé d’une centaine de kilomètres.

 

2 septembre 1944.

L’ennemi avait disparu. Dans les villes, les français, heureux, nous acclamaient et nous empêchaient de passer, essayaient de nous entraîner chez eux, nous embrassaient et voulaient nous aider à mettre les pancartes tout en nous racontant leurs histoires.  Dans les villages, si quelqu’un commençait à nous tendre quelque chose, d’autres plus loin couraient dans leur maison et au passage des jeeps nous faisaient cadeau de pommes, d’œufs, de tarte, de bouteilles de vin, de verres de cidre, d’alcool et même parfois de champagne. Chaque jeep arborait un bouquet de fleurs ou plusieurs.

Les fortifications basses et carrées de la Ligne Maginot étaient tapies dans une campagne aussi plate qu’une crêpe et tout aussi découverte. Un emplacement en béton camouflé en vert avait dû être une base de lancement de V-2. On avait dépassé Valenciennes et, tard dans la soirée, on arrivait à la zone de regroupement près de la frontière belge. Ma jeep fut renvoyée en arrière pour aller à la rencontre de chars surgit devant nous. Ce jour-là on avait parcouru cent cinq kilomètres.

Un village, près de la frontière, nous procura l’hébergement pendant quelques jours. Dans un établissement municipal de bains publics, le régiment avait la possibilité de prendre des bains et des douches suivant une répartition stricte. La section de reconnaissance est allée en mission une paire de fois en Belgique et une fois dans une grande ville, probablement Tournai.

 

 

DE  NEUFCHATEAU A LUNEVILLE

Situation : le 21e Groupe d’Armée britannique a franchi la Seine et, dans sa rapide avance le long de la côte, a délogé l’ennemi de ses défenses près de calais. Alors que l’ennemi battait en retraite vers l’Est, en direction d’Aix la Chapelle, il rencontra les forces américaines qui s’étaient avancées à proximité de Mons, en Belgique. La courte bataille qui en résulta lui coûta de 20.000 à 30.000 hommes. Les britanniques prirent Bruxelles le 3 septembre et Anvers le lendemain.


5 septembre, le 12e groupe d’armée rejoignit le 21e près de Bruxelles d’où la ligne de front se prolongea vers le Sud, par Namur, en suivant plus ou moins le tracé de la Meuse. Les 5 et 6 septembre, la 3e Armée US, après s’être arrêtée environ quatre jours à cause d’un manque d’essence, lança des attaques vers Nancy et Metz, sur la Moselle, où elle rencontra des ennemis bien préparés à se défendre.

 

Le 11 septembre, la 3e Armée s’était assurée une petite tête de pont de l’autre côté de la rivière au Sud de Metz et une autre à Toul, à l’Ouest de Nancy. Toutes les autres tentatives de franchissement avaient été repoussées par l’ennemi. Le flanc Sud dégarni de la 3e Armée, une source de beaucoup d’inquiétudes, se retrouva sous la protection du 15e Corps dont les deux divisions s’étaient à peine rassemblées qu’elles reçurent l’ordre d’attaquer le 11 septembre, en même temps que les autres unités de la 3e Armée. Au cours de la première journée de cette attaque, la 2e DB française, à l’extrémité Sud du front, établit le contact avec le 6e groupe d’armée qui progressait vers le Nord depuis le sud de la France.


14 septembre 1944.

Le colonel Mc Aleer nous accompagnait quand nous sommes arrivés sur un convoi de véhicules abandonnés par l’ennemi. Il nous dit d’y aller et de chiper ce qu’on voulait et c’est ce que la compagnie de reconnaissance de la 79e était déjà en train de faire.

Des éléments avancés du 313e Régiment sont arrivés depuis Mirecourt à peu près en même temps. Le 313e, après avoir suivi le 314e sur une trentaine de kilomètres à l’Est de Neufchâteau, était revenu vers le Sud et livra une rude bataille à Ambacourt avant d’atteindre Mirecourt. De là, ils repartirent vers l’Ouest à la rencontre du 315e pour prendre au piège les restes d’un régiment ennemi. Le 314e avait continué sa progression sur une trentaine de kilomètres vers l’Est en direction de Charmes et la vallée de la Moselle où ils établirent une tête de pont.

J’ai placé une sentinelle auprès d’un véhicule radio ennemi en attendant que les spécialistes radio du QG puissent y jeter un coup d’œil. Cela n’a pas plu à la sentinelle.

Un bon nombre de véhicules abandonnés étaient des automobiles civiles en état de marche. Un type de la compagnie de reconnaissance descendait déjà la rue au volant de l’une d’elles.

Ce qui me fit le plus grand plaisir c’était de voir plusieurs mortiers de 120 mm qui avaient été abandonnés avec le reste du matériel. Ces engins terribles m’avaient ébranlé les nerfs depuis le début de l’attaque sur Neufchâteau.

Le nouveau PC pour le QG du 315e était installé dans un verger en bordure d’un village situé à quelques kilomètres à l’Ouest de Charmes. Une auto française s’arrêta dans le cantonnement de notre section et l’un des nôtres en sortit. C’était l’un des véhicules du convoi abandonné par les allemands. On a vite donné l’ordre de s’en débarrasser. Au cours de la fouille du convoi, il se produisit quelque chose qui fit voir un peu plus la vie un rose à notre section. Au cours du pillage, un coffre cadenassé fut fracturé et il se trouva qu’il contenait la solde des soldats du régiment allemand. Deux de nos hommes étaient parmi ceux qui ont saisi des poignées de billets de banque français. On a rassemblé cet argent et on l’a partagé équitablement parmi les hommes de la section, qui reçurent ainsi plusieurs milliers de francs chacun.

Il pleuvait. Le seul endroit sec du coin était un petit appentis d’un mètre cinquante de haut, d’un peu plus d’un mètre de large et de trois mètres de long, d’où sortait une odeur agréable. Je m’y faufilai tout en craignant la présence de puces ou de poux. Il y avait des abeilles. Sur le devant de l’appentis se trouvait un grillage qui laissait passer les abeilles. Ce n’était pas l’endroit rêvé et je repartis vite sous la pluie.

Les deux jeeps de mon groupe eurent pour mission d’effectuer une patrouille motorisée en direction du Sud. Ou bien il y avait un intervalle considérable entre les français de la 2e DB sur notre flanc droit et nous, ou bien cette division blindée ne s’était pas encore alignée sur nous. La 2e DB s’étirait toujours à l’arrière pour couvrir le flanc sud de la 3e Armée, puisque le 6e Groupe d’Armée (progressant depuis le sud de la France) n’avait pas encore établi un contact en force.

Une petite pluie fine nous trempait. Les jeeps se dirigèrent vers l’est après avoir effectué la partie de leur itinéraire en direction du sud. Un toubib allemand sortit d’une grange pour se rendre. Les rues d’une localité au Sud Est de notre route étaient pleines de français qui baragouinaient. Les allemands essayaient d’atteindre la rive droite de la rivière à la nage, disaient-ils.  Ils voulaient qu’on leur tire dessus et puis, comme nous ne le faisions pas, ils voulaient nous emprunter nos armes. Mais non ! Non ! Les américains avaient beaucoup à faire. Ils étaient en reconnaissance, devaient couvrir un grand secteur. Ils étaient très pressés d’ailleurs, bien qu’ils ne l’aient pas dit aux français, il est dangereux de tirer sur l’ennemi. Ils pourraient riposter, ils le feraient probablement en fait.

A environ 15 kilomètres plus loin, au Nord de cette localité, sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêté pour chauffer nos gamelles. Ensuite, les jeeps traversèrent Charmes où les allemands (selon les dires des français) avaient dynamité de nombreuses constructions.

Un autre jour, notre section partit en reconnaissance au Sud de Charmes pour établir un point d’observation dominant la Moselle puisque le 315e devait y établir des défenses. On trouva un bel emplacement, mais les pommes, les prunes et les raisins qu’on trouvait dans le coin eurent des effets indésirables sur l’un de nos gars.

Le régiment fit d’abord mouvement vers le Sud, en plein jour, et puis, une fois la nuit tombée, il reprit sa route cette fois vers le Nord, traversa Charmes, franchit la Moselle à Bayon et installa son bivouac à l’Ouest de Moriviller, en réserve. Les deux autres régiments de la 79e avaient aussi fait mouvement vers le Nord Est cette nuit-là, sous protection de la cavalerie.

 

Le lendemain matin, le 19 septembre 1944, le 313e et le 314e lancèrent une attaque vers Lunéville au Nord Est. Le 313e rencontra des chars à Xermaménil, et la section de reconnaissance du 315e fut envoyée en avant pour évaluer la situation juste au cas où notre régiment eût à s’y rendre en renfort. La cavalerie aussi était censée combattre dans le secteur mais il nous fut impossible de les trouver. La campagne était plate comme une crêpe et avec des chars ennemis en vadrouille, nous étions plutôt prudents.

Le 314e attaqua en direction de Gerbeviller et franchit la Mortagne au Nord de cette localité. L’ennemi attaqua cette tête de pont. La section de reconnaissance du 315e fut envoyée en direction de Gerbeviller, juste au cas où notre régiment eut à intervenir. Alors que nos jeeps roulaient vers l’Est sur la route droite menant à Gerbeviller, une petite colonne de blindés se déplaçant à toute allure vint de la direction opposée et ils nous crièrent en passant : « Chars ennemis en bordure de localité ! ». Les blindés ne pouvaient pas se déplacer assez vite pour nous. Le 314e attaqua Gerbeviller le lendemain matin et libéra le village après une courte bataille.

A l’Est de la Mortagne, la route suivait la rivière vers le Nord jusqu’à Lunéville. A peu de distance de cette ville, des arbres avaient été abattus sur 700 mètres pour faire un barrage routier. Dans les faubourgs Sud Ouest de Lunéville, le génie construisait une route traversant un terrain plat longeant la Meurthe à l’endroit où la Mortagne vient s’y jeter. Notre section fit chauffer le dîner derrière un grand bâtiment en bois en attendant les ordres. Un bataillon du 313e commença à traverser le terrain découvert, en colonnes, pour se diriger vers le lieu des combats au Sud Est de Lunéville. Des obus se mirent à pleuvoir sur eux, obligeant les colonnes à se disperser. Des obus tombaient au milieu d’eux mais personne ne semblait touché. Des obus continuaient d’exploser parmi eux alors qu’ils disparaissaient à l’intérieur de la ville, mais ils n’ont laissé personne derrière eux.

Nos jeeps suivirent bientôt la route faite par le génie pour traverser ce terrain plat et nous nous attendions au pire mais nous ne reçûmes aucun obus. Comme il n’y avait pas de limitation de vitesse, les allemands n’avaient guère le temps d’ajuster le tir.

Les Tank Destroyers d’un bataillon qui avait tenu cette partie de la ville se suivaient dans les rues. Le 313e assurait probablement la relève. Les troupes du 12e Corps de la 3e Armée étaient entrées dans Lunéville le 16 septembre. Les allemands tenaient encore les quartiers Sud Est quand la 79e y est entrée le 20 septembre. Le chef de corps du 315e nous accompagnait et nous guida jusqu’au P.C. du 313e. Nous l’attendîmes pendant que des obus tombaient autour de nous et que les shrapnels nous sifflaient aux oreilles.

La compagnie de commandement du 315e s’installa à Lunéville au cours de l’après-midi. Comme le soir venait, certains de nos éclaireurs furent envoyés en avant pour établir un poste d’observation.

Au Nord Est de la ville, nos jeeps traversèrent une place dont quelques chars légers avaient pris le contrôle. Il y avait un char pointant soin canon à l’entrée de chaque rue débouchant sur cette place.

Notre objectif était d’anciennes casernes de l’armée française. Un grand mur d’enceinte en faisait le tour. L’entrée principale était au Nord de la ville, en face d’un terrain d’aviation séparé d’une route ? La rue empruntée par nos jeeps pour nous diriger vers l’Est débouchait sur une route orientée Nord Sud qui longeait les casernes. Nous avons laissé les jeeps pour aller à pieds en direction du Nord. Nous sommes passés à côté d’un char Sherman calciné avec un trou de 10 centimètres sur le côté. Nous avons contourné les casernes par le Nord et dans l’obscurité grandissante nous suivions un trottoir à la périphérie de la ville. On ne vit aucun civil, aucun soldat. Le grand terrain découvert au Nord du casernement et l’explosion de quelques obus en sa partie Est, nous incitèrent à chercher un abri quelconque. Les bâtiments de l’autre côté du mur d’enceinte avaient l’air engageant et nous nous sommes précipités vers la grille d’entrée. C’était fermé.

« Partez d’ici ! », cet ordre nous fit sursauter. « Passez par l’autre côté si vous voulez entrer ». Nous avons retrouvé les jeeps que nous avons prises pour suivre le mur d’enceinte Sud, cette fois, jusqu’à un portail que nous avons franchi. A droite, et juste derrière le portail, gisait un GI. Les obus qui éclataient partout nous firent redémarrer à toute vitesse.

Le poste d’observation a été installé en haut, au 2e étage du bâtiment situé le plus au Nord Est. Il y avait six bâtiments identiques. Deux pièces plus loin, l’artillerie avait aussi l’un de ses postes d’observation. Pendant ces trois jours d’observation où les équipes se relayaient, la caserne subissait un bombardement environ toutes les heures. Des hommes du 2e groupe étaient de service au poste d’observation quand un obus a traversé le toit juste au-dessus de la pièce voisine. Il n’a pas explosé mais c’était quelque chose comme du 80 mm.

Alors que nous étions de service au poste d’observation, la curiosité des hommes de mon groupe fut suscitée, à plusieurs reprises, par les allées et venues d’un soldat ennemi qu’on suivait aux jumelles et qui se penchait à différents endroits d’un champ en face de quelques bâtiments de ferme. On comprit finalement qu’il inspectait des hommes camouflés dans des trous individuels. En dessous du poste d’observation, dans le secteur Est de la ville, nous pouvions voir nos fantassins ouvrir des brèches au bazooka dans des murs d’enceinte en pierre fine afin de ne pas se trouver exposés au cas où ils auraient à les franchir en passant par dessus.

Des voies ferrées s’éloignaient vers l’Est depuis la ville en empruntant une longue tranchée qu’enjambaient trois ponts routiers. Deux de ceux-ci étaient à l’extérieur de la ville et ils étaient sous notre surveillance. Le 313e et le 314e attaquèrent la forêt de Mondon au Sud Est de Lunéville, et deux jours et demi plus tard, ils avaient suffisamment progressé pour se rejoindre dans le milieu de la forêt et obliger l’ennemi à déguerpir. Dans les champs découverts, entre la forêt et ces ponts enjambant la voie ferrée, nous pouvions voir des éléments d’infanterie ennemie en fuite. L’observateur de l’artillerie les fit mettre sous leurs tirs. Des véhicules allemands dispersés et quelques chars se ruèrent sur le pont le plus éloigné et ils furent plus rapides que nous. L’ennemi installa un mortier derrière un monticule à l’extrémité Nord du pont du milieu. Ce mortier tira quelques obus avant que nous puissions faire en sorte que l’observateur de l’artillerie s’en charge. Ensuite, deux équipes de brancardiers ennemis ont emmené les blessés dans la ferme devant laquelle nous avions repéré l’homme inspectant les trous individuels.

LUNEVILLE - Soldats américains de la 79e Division d'Infanterie US. LUNEVILLE, le capitaine Warren Honey du 315e Rgt de la 79e Division d'Infanterie US avec un de ses chefs de section.

 

LUNEVILLE - Après les combats, les soldats américains posent dans la cour du château de Lunéville.LUNEVILLE, une section d’armes lourdes pose devant le château avec un portrait d’Adolf Hitler.

 

LA FORET DE PARROY

Situation. Le commandement allié avait décidé que la poussée principale pour pénétrer en Allemagne serait tentée au Nord en traversant la Belgique et la Hollande. La 21e Armée britannique, par conséquent, reçut tous les soutiens nécessaires alors que les autres unités étaient délaissées. Fin septembre, la progression des troupes alliées fut stoppée en partie à cause d’une résistance renforcée à l’approche de la ligne Siegfried et, surtout, à cause du manque de ravitaillement.

Le 6e Groupe d’Armée, après avoir établi le contact avec la 3e armée près de Dijon, le 11 septembre, continua sa progression vers le Nord Est pour la rejoindre près d’Epinal et se retrouver au même niveau. Le 24 septembre, ce 6e Groupe d’Armée avait franchi la Moselle (en même temps que la 3e Armée) pour se retrouver en face des Vosges sur une ligne de front se poursuivant vers le Sud jusqu’à la frontière suisse.

Dans le secteur de la 3e Armée, le 20e Corps, depuis le 11 septembre jusqu’à la fin du mois, s’efforça d’élargir sa tête de pont sur l’autre côté de la Moselle à Arnaville, au Sud de Metz. Des attaques dirigées sur les forts de Metz échouaient. Le 11 septembre, le 12e corps lança des attaques au Nord et au Sud de Nancy. Cette ville fut  libérée le 15 septembre après son encerclement effectué par deux unités de la 4e Division Blindée qui se rejoignirent 30 kilomètres plus à l’Est. Lunéville se trouvait à 25 kilomètres au Sud Est de Nancy. Le 18 septembre, une attaque ennemie repoussa nos blindés protégeant Lunéville où les allemands entrèrent par le Sud, obligeant les défenseurs à se replier dans la partie Nord Ouest de la ville. Les défenseurs reçurent des renforts et l’ennemi, échouant dans sa tentative d’une rapide prise de contrôle de la ville, se retira mais gardèrent des troupes qui reprirent leur attaque le lendemain au Nord de la ville et du canal de la Marne au Rhin, pour contrer l’avance du 12e corps. Ceci entraîna des combats qui se poursuivirent pendant le reste du mois.

Le 15e corps, qui protégeait le flanc Sud de la 3e Armée, progressa vers l’Est le 11 septembre, parallèlement à l’attaque du 12e Corps mais plaçant la 2e DB française à l’arrière du dispositif d’attaque. Le 15e Corps atteignit son objectif, la Moselle, qu’il franchit en force le 15 septembre à Charmes. Le 18 septembre, cette unité reçut l’ordre de se rendre au Nord-Est de Lunéville pour aider le 12e Corps à résister à l’attaque ennemie. La limite du secteur du 15e Corps fut déplacée vers le Nord pour atteindre le canal de la Marne au Rhin, le 20 septembre, permettant ainsi au 12e Corps de concentrer ses éléments pour contrer l’attaque allemande au Nord du canal.

La forêt de Parroy se trouve au Nord Est de Lunéville mais au Sud du canal de la Marne au Rhin. Cette forêt offrait une bonne couverture pour les attaques ennemies sur Lunéville et aussi contre les forces du 15e Corps au Nord. Après la prise de contrôle du secteur de Lunéville par le 15e Corps, sa 79e Division d’Infanterie reçut l’ordre de nettoyer la forêt de Parroy. La 3e Armée se mit en position de défense au cours des derniers jours de septembre à cause du manque d’approvisionnement.

 

 29 septembre 1944

 Le 15e Corps fut incorporé à la 7e Armée par qui il pouvait être approvisionné grâce aux ports du Sud de la France.

Une grande tache verte contiguë à une petite tache verte au Nord et à l’Est de Lunéville représentant la forêt de Parroy sur la carte. Pour nous, c’était la Grosse Verte et la Petite Verte, une forêt où, selon les rapports, aux anciennes coupes avait succédé un enchevêtrement de broussailles et où on pensait que l’ennemi pourrait essayer de résister. Une route praticable par tous les temps, les quelques autres routes forestières étant étroites et boueuses, traversait la Grosse Verte d’Ouest en Est. La 79e avait donc reçu l’ordre de nettoyer cette forêt. Pour l’attaque, on avait prévu de placer la 315e à gauche et le 313e à droite et de progresser vers l’Est à travers la forêt avec cette route praticable par tous les temps comme séparation. Le 314e et les éléments de reconnaissance de la 79e devaient surveiller les berges de la Vezouze au Sud de la forêt.


25 septembre 1944

La Grosse Verte devait subir un lourd bombardement, soi-disant pour anéantir l’ennemi sous les bombes incendiaires avant l’attaque de la 79e. Avant l’attaque prévue, des éléments de reconnaissance furent envoyés à deux reprises vers le Nord à partir du PC du 315e à Lunéville afin d’entrer en contact avec le 106e escadron de cavalerie opérant à l’Ouest de la forêt.

Le jour de l’attaque, le chef de corps du 315e et le général de la division et leur suite respective, y compris certains officiers du service de renseignement et de reconnaissance, se rendirent à pieds jusqu’au sommet d’une élévation, un pré de 5 ou 6 kilomètres au Nord de Lunéville. En direction de l’Est, la forêt au loin s’étendait jusqu’à la ligne d’horizon. Au bout d’une heure d’attente (les relations humaines étant tendues à cause de la présence du Général), on décida d’annuler le bombardement en raison des conditions atmosphériques. L’attaque fut repoussée à une date ultérieure.

On choisit un point d’observation depuis lequel le chef de corps du régiment pourrait contempler la forêt, mais il voulut être plus près. En définitive, une vingtaine d’hommes, dont plus de la moitié étaient des officiers, se tenaient au sommet d’une colline dégagée, à environ un kilomètre et demi de la forêt, pour regarder la compagnie de reconnaissance à bord de jeeps et d’engins blindés M-8 suivre la route conduisant à la forêt. Je m’attendais à recevoir un bombardement mais rien ne se produisit : les éléments de reconnaissance avaient dû retenir toute l’attention de l’ennemi. Après avoir remarqué un bosquet d’arbres et d’arbustes puis suivi des traces de chenilles depuis cet endroit jusque sur la route, j’ai installé la lunette d’observation et j’ai regardé les véhicules de reconnaissance jusqu’à leur disparition dans la forêt.

Une jeep avec quatre éclaireurs sous la responsabilité de Gib les accompagnait. De retour au PC, Gib nous a raconté leur sortie. En entrant dans la forêt, le convoi composé d’une douzaine de véhicules bien espacés, s’était arrêté à deux reprises pour retirer des mines antichars sur la route. Une fois que tous les véhicules s’étaient bien avancés dans la forêt, l’ennemi ouvrit le feu de tous côtés. Notre unité de reconnaissance riposta et s’en sortit mais le piège avait failli réussir.

 

26 septembre 1944.

Les conditions météo nous obligèrent encore à repousser le bombardement. Une compagnie de fantassins, accompagnés de quelques éclaireurs, fut envoyée reconnaître la lisière de la forêt, le même secteur où l’unité de reconnaissance avait failli se faire piéger. Alors que la compagnie s’approchait du bois, en terrain plat découvert, des tirs de fusils et de mitrailleuses retentirent. L’éclaireur de tête fut tué instantanément et la compagnie était clouée sur place. Ils réussirent à se replier tant bien que mal avec seulement quelques tués et une demi-douzaine de blessés.

 

27 septembre 1944.

La lisière Sud Ouest de la forêt ayant été plutôt bien fouillée par les patrouilles précédentes, on portait maintenant toute notre attention sur la lisière Nord Ouest. Le service du renseignement et de reconnaissance devait fournir des informations aux éclaireurs.

Deux petits villages, Crion et Sionviller, étaient situés à l’Ouest de la forêt. Le village le plus au Nord, Crion, se trouvait à environ 1500 mètres de Petite Verte. Sur la route à l’Est de Crion, nos jeeps se sont arrêtées un instant pendant que Zim demandait à un gars de la cavalerie comment trouver un certain Lieutenant… La réponse : « Oh, il est là-dedans en train de peloter une nana française. »

Crion ne cachait pas d’ennemis. Depuis le clocher du village nous avons repéré l’itinéraire de la patrouille. Alors que le reste de la section continuait à observer depuis le clocher et à garder le contact radio, cinq hommes dont moi comme chef de groupe, se sont éloignés du village en suivant un creux où coulait un ruisseau.

Comme nous nous approchions d’une route, à environ cent mètres de Petite Verte, Zim nous prévenait par radio que les véhicules de reconnaissance en patrouille se dirigeaient vers nous. La route venant de Crion rejoignait une autre route Nord Sud à un kilomètre et demi de l’endroit où nous étions. Une jeep et un véhicule blindé tournèrent vers le Nord dans notre direction. Nous avons fait tout ce qu’il fallait pour nous faire reconnaître.

L’un derrière l’autre, nous avons enjambé une clôture et traversé la route pour nous abriter dans le fossé opposé. Après une courte progression, nous étions parvenus à environ 50 mètres de Petite Verte et nous avons fait une pause dans les grandes herbes et les broussailles pour réfléchir sur la situation. En bordure du bois, deux pelles étaient fichées en terre et une grenade à manche était posée à côté d’elles. Nous sommes revenus en arrière pour nous consulter et nous avons essayé de convaincre Zim de nous laisser revenir.

Pendant que le reste du groupe nous couvrait, un éclaireur (Wright) et moi-même fonçâmes dans le bois ; il n’y avait personne. Des ornières laissées par des blindés et l’entrée en briques d’un abri datant de la première guerre étaient tout ce qu’on découvrit sous les arbres. Tout en restant en retrait de la lisière, nous avançâmes dans le sous-bois de Petite Verte en direction de Grande Verte. Le chef du régiment, le Colonel Rosen, était revenu au village et nous exhorta à continuer.

« Sword, gardez cette radio près de vous, continuez ! Qu’est-ce qui vous retient, diable ! Il n’y a rien à craindre. Il n’y a personne là-dedans. » La radio grésillante était branchée, l’opérateur en avant-dernière position, quand l’un après l’autre, nous traversâmes en courant très vite le petit espace dégagé entre petite Verte et Grande Verte. Le jour déclinait comme nous revenions vers le Sud en restant à l’intérieur de Grande verte, le long de la lisière Ouest. Il y avait encore 200 mètres à faire pour arriver au bout de notre périple, un poste avancé ennemi, d’après les rapports, quand on a rappelé la patrouille. Habituellement, les instructions concernant les patrouilles stipulaient qu’on devait prendre un itinéraire différent pour le retour, mais là, nous sommes simplement revenus sur nos pas. Cet itinéraire était le seul à nous dissimuler du supposé poste avancé ennemi.

 

28 septembre 1944.

 Le bombardement qui avait été retardé finalement eut lieu. Ce ne fut pas un bombardement avec des bombes incendiaires et, en fait, ça n’avait pas l’air d’un bombardement du tout. L’attaque de l’infanterie suivit.

Dans le secteur du 315e, la compagnie de chars attachée à ce régiment pilonna la lisière de la forêt pour aider l’infanterie à s’en rapprocher. Le PC du régiment était installé à Crion : puis, comme les premiers rapports faisaient état de succès, le PC avancé fut transféré à la lisière Ouest de grande Verte. Le PC n’était pas encore installé que le bruit de la bataille s’amplifia et sembla se rapprocher. Quelques groupes isolés sortirent du bois. Des obus explosaient pas très loin. Le PC décampa pour retrouver son ancien emplacement.

Des obus tombaient aussi dans le village. Le commandement radio de la division, en stationnement près du bâtiment du PC dû être repéré par des stations d’interception ennemies car des obus pleuvaient dans la zone du PC. Un obus tomba tout près, tuant les quatre opérateurs radio.

Un autre obus s’engouffra dans une grange attenante au bâtiment qui abritait le PC. Roy Grubb se releva en crachant des débris de brique et de foin. On récupéra l’obus qui n’avait pas explosé. Certaines personnes qui vivaient là ont été relogées à l’extrémité Nord du village.

 

29 septembre 1944.

Le 15e Corps rejoignit la 7e Armée. L’acheminement des approvisionnements nous imposait ce changement. Il n’y avait pas encore de grands ports à notre disposition dans le Nord. Cherbourg et les plages de Normandie ne convenaient pas pour approvisionner les forces de la 3e Armée se dirigeant vers le Nord. Avec le mauvais temps, il était probable qu’on ne pourrait plus utiliser les plages du débarquement et la distance devenait si longue qu’on devait faire quelque chose. La 7e Armée pouvait assurer la logistique pour un autre Corps d’Armée, grâce à Marseille, et c’était  le 15e Corps qui maintenant la côtoyait. Les ordres restaient les mêmes : il fallait prendre la forêt de Parroy.

Une route récente non goudronnée mais recouverte de gravier blanc traversait ces bois et taillis denses à l’Est. Le génie de la division prolongeait cette route au fur et à mesure que l’infanterie gagnait du terrain. La compagnie de commandement du 315e installa son PC dans la forêt qu’on pouvait alors rejoindre grâce à cette route. Cette nuit-là, il faisait noir comme dans un four sous les arbres. A cause d’éventuelles incursions ennemies, les sentinelles furent renforcées et presque chacun récupérait un tour de garde à un moment ou un autre. Durant ces longues heures dans l’obscurité, je tendais attentivement l’oreille.

 

La liaison entre le 106e de Cavalerie (qui opérait sur le flanc gauche de la division) et le 315e était assurée de temps en temps par notre section de reconnaissance. Il n’y avait pas de ligne de front entre ces deux unités et les missions de liaison se résumaient à des patrouilles motorisées. La forêt de chaque côté des étroits chemins forestiers noueux pouvait dissimuler n’importe quoi, même si c’était dans un secteur de l’arrière.

Un jour, en fin de matinée, le PC. du régiment procéda à un autre de ses déménagements. C’était une morne journée et une fine bruine se mit à tomber alors que le convoi arrivait dans le nouveau secteur. Nous nous sommes empressés de faire creuser nos tranchées qu’on recouvrait de toiles de tente. Mon installation avait déjà une belle allure quand survinrent les ordres : installer une station relais radio pour le 2e groupe qui suivait l’attaque en tant que poste d’observation mobile et centre supplémentaire de communications.

Huston Graves, un grand gaillard voûté, sec et sympathique, de la section des communications, posait les fils pour nous. Les jeeps nous ont déposés et nous avons continué à pieds en suivant le chemin boueux. Les servants d’un mortier avaient placé leur mortier de 81 mm au milieu du chemin afin d’avoir un bon champ de tir. Notre groupe quitta le chemin pour prendre un sentier à gauche qui menait à une petite hauteur (voir croquis VI). Des obus explosaient quelque part devant.

A 800 mètres du chemin, nous avons pris un autre sentier vers l’Est qui avait été frayé par les soldats qui avançaient. Quelques trous individuels avaient déjà été creusés à 200 mètres de l’intersection avec le premier sentier, nous les avons récupérés et aménagés immédiatement. Un tir de gros calibre se déchaîna juste après notre arrivée. Pendant le reste de l’après-midi et pendant la nuit, nous avons subi ces tirs toutes les heures environ. Un obus est tombé juste à côté du trou de Moon qui en fut tout ébranlé, comme son partenaire. Heureusement, la plupart des obus n’explosaient qu’une fois entrés dans le sol.

On jugea que la station relais n’était pas nécessaire puisque le contact radio entre le poste d’observation et le PC restait clair.

 

 

Alors que nous progressions en longeant le sentier vers midi, le lendemain, notre petite équipe rencontra un homme au regard fixe et sans voix, que soutenaient Grog et un autre homme du 2e groupe. « Qu’est-ce qu’il a ? ». « Ses nerfs ont lâché. On l’emmène à l’arrière ». « Qu’est-il arrivé ? » « Des chars nous ont tiré dessus quand nous sommes entrés dans la forêt moins dense au cours de l’attaque. Il n’a pas tenu le choc. »

Le sentier traversait un chemin boueux et puis, toujours en direction de l’Est, se poursuivait parallèlement à une autre route forestière. Les arbres et les taillis y étaient drus. Nous avons traversé un tirant d’eau où gisait un G.I. Le 2e groupe s’était retranché en bordure de l’épaisse forêt sur une petite hauteur. Nous les avons relevés.

Les fils du téléphone avaient été déroulés vers l’avant et le téléphone fonctionnait. Nos tranchées, recouvertes de branches, de broussailles et de terre, pour nous protéger des débris projetés par les explosions d’obus faisaient face à la route qui traversait la forêt d’Est en Ouest. Sur notre droite, des champs descendaient puis remontaient à flanc de coteau. Le bois clairsemé dans cette partie basse et sur le flanc de la colline procurait un beau champ d’observation et un beau champ de tir sur au moins 800 mètres.

Comme la nuit tombait, des éléments d’infanterie commencèrent à traverser cette zone pour regagner l’arrière. On commença à s’inquiéter. On apprit qu’ils se repliaient sur la ligne principale de résistance qui se formait 500 mètres à l’arrière. Nous perdîmes tout espoir de retourner au PC quand le QG du régiment nous donna l’ordre de rester avec un avant-poste à proximité.

L’ennemi avait abandonné un char à quelques centaines de mètres sur le chemin, pas très loin d’une intersection avec une route venant du Nord. L’observateur d’artillerie qui accompagnait le bataillon s’arrêta, alors qu’il se repliait, pour nous donner un numéro à appeler à propos de ce char. On pensait que l’ennemi essayerait de le récupérer une fois la nuit tombée. S’il se passait quelque chose de louche pendant la nuit, on devait appeler ce numéro. Peu après, le moteur du char se mit à vrombir. On appela le numéro. Les canons répondirent mais le char réussit à s’échapper vers l’Est et puis, d’après le bruit, il se dirigea  vers le Nord.

Une autre nuit, notre sommeil fut interrompu par le crépitement de la mitrailleuse du poste avancé à environ une centaine de mètres vers l’Est. Dix ou quinze minutes plus tard, des bruits dans le bois de l’autre côté du chemin obligèrent notre section de reconnaissance à ouvrir le feu dans cette direction avec toutes les armes à notre disposition. Quelques coups de feu répliquèrent. Une fusée éclairante blanche (les nôtres étaient rouges) s’écrasa contre un arbre à coté de moi tandis que le lieutenant du poste avancé faisait passer l’ordre : « cessez le feu ! Vous donnez votre position. » Le bruit de la patrouille ennemie s’éloigna vers l’Ouest.

Zim est venu voir comment on allait et il nous prêta un émetteur-récepteur ainsi que son opérateur de la section des communications, alors qu’on avait déjà le téléphone et même un autre émetteur-récepteur. L’opérateur radio avait l’air renfrogné et, quand je lui proposais d’ajouter à sa tranchée une protection contre la chute  de débris, il ne prêta aucune attention.

La compagnie se trouvant sur la ligne de front fit parvenir de la bouffe. Naturellement, on ne pouvait savourer ces choses-là comme on aurait voulu. Des obus avaient la mauvaise habitude de nous tomber dessus de temps en temps. On avalait rapidement la nourriture et du café noir bien chaud pour terminer. Après avoir lavé nos gamelles dans de l’eau claire savonneuse qui nous était fournie, nous regagnions nos abris.

On a pratiquement passé une semaine dans ce poste avancé avant que l’attaque ne reprenne. Des hommes passaient par cet avant-poste ce jour-là, à l’aube, et progressaient rapidement vers l’Est. Naturellement, le secteur de l’avant-poste a été bombardé, pas terriblement, mais un peu tout de même. Le sifflement des obus qui venaient sur nous obligeait les fantassins qui passaient à chercher un abri. A un certain moment, nous étions à trois dans mon trou recouvert et c’était tout juste assez grand pour moi seul. Ils me coincèrent dans le fond du trou sous la protection de fortune. Je manquais d’espace et d’air. J’essayais de pousser et de me débattre mais ils me tenaient coincé. Heureusement, il y eut une accalmie dans le bombardement et ils reprirent leur chemin. La panique est une chose terrible. Je l’ai ressentie au cours de ce bref épisode.

Au cours de la matinée, des rapports nous parvinrent au sujet d’un trou boueux miné à l’Est, sur la route forestière. On supposait que ce secteur avait été nettoyé avant l’attaque, mais, ou bien les mines avaient été oubliées ou bien les allemands en avaient replacé pendant la nuit. Il y avait beaucoup de blessés à cet endroit qui attendaient d’être évacués. L’aumônier Frith partit sur la route vers midi et se dirigea vers le trou boueux. Nous l’arrêtâmes à l’avant-poste pour le prévenir que c’était miné et lui demander de rester à l’écart, mais il a continué. Il dit que les gars avaient besoin de lui et que c’était son devoir. Une autre mine anti-personnel se déclancha dans ce bourbier et il y eut encore plus de blessés. L’aumônier Frith a été évacué avec eux. D’après les rapports, il avait peu de chances de s’en tirer.

 

9 octobre 1944

L’attaque fut lancée. En fin d’après-midi, les objectifs de la division étaient atteints et les combats cessèrent dans la forêt. La compagnie de commandement était sortie de la forêt. On a trouvé le nouveau PC installé, ce soir-là, dans un champ près d’une ferme à l’Est de Lunéville. Depuis le poste d’observation à Lunéville, deux semaines auparavant, nous avions observé les déplacements de l’ennemi dans ce champ découvert à l’Ouest de cette même ferme.

 

10 octobre 1944.

Notre section fut envoyée en mission de reconnaissance jusqu’à la lisière Est de la forêt. Les jeeps nous ont emmenés à l’arrière de la ligne de front. On rendit visite au PC de la compagnie qui tenait le secteur pour obtenir tout renseignement utile et pour les empêcher de nous tirer dessus à notre retour.

En file indienne, et bien espacés les uns des autres, nous avons franchi les lignes en nous faufilant dans les taillis parallèlement à une route forestière. On a traversé cette route mais nous avons du faire un écart à cause des mines (on s’était passé le mot). Ensuite, la patrouille est parvenue à une clairière et, après vérification, nous avons enjambé un fil tendu à hauteur de genou, encore un fil pour faire sans doute sauter les mines. Du côté est de la clairière, après être passés près des trous individuels abandonnés et bien camouflés, la section a gravi une pente pour se retrouver bientôt à la lisière de la forêt, à environ un kilomètre et demi en avant de nos lignes.

Trois hommes furent envoyés traverser un bosquet pour explorer le sommet d’une colline sur le flanc de laquelle nous nous trouvions. C’était une belle journée. Le soleil brillait et une douce brise nous rafraîchissait. Il y avait des senteurs d’automne. Couché dans les grandes herbes sèches en attendant le retour des trois éclaireurs, je regardais les petits nuages blancs traverser le ciel bleu.

Les trois hommes revinrent pour nous dire qu’une douzaine d’allemands creusaient des trous sur le sommet dégagé de la colline. Ils avaient observé les soldats ennemis depuis la lisière du bois à pas plus de 200 mètres. On contacta le QG du régiment par radio et on leur demanda quels étaient les ordres. « Tirez dessus » : fut la réponse. Nous ne l’avons pas fait.

La section était dans une sorte de clairière ovale et le bois en bas de la crête à l’Est dissimulait nos déplacements. La colline qu’on avait explorée faisait partie de cette crête. Au Nord, la clairière débouchait sur une route bordée d’une rangée d’arbres de l’autre côté.

Comme la section progressait en bas du flanc de la colline, un bruit métallique retentit dans le bois à l’arrière des chevaux de frise. La route était goudronnée. Après concertation, une partie de la patrouille la traversa en courant rapidement pour rejoindre les quelques arbres. Au Nord Est, le terrain découvert, sans arbres, s’élevait jusqu’à la ligne de crête sur presque 900 mètres. A l’aide des jumelles, on repéra un éventail de positions  le long de la ligne de crête. Un allemand, vêtu de sa grande capote d’hiver, marchait à l’horizon. Un faible cri nous parvint de cette direction, suivi de quelques coups de feu. Précipitamment, nous retraversâmes la route pour foncer vers le bois. Ceux qui étaient en tête bifurquèrent dans les grandes herbes du fossé longeant la route. Les autres suivirent en file indienne et je fis des grands gestes pour signaler des mines (on savait que l’ennemi minait souvent les fossés longeant les routes conduisant aux positions). Soudain, une petite détonation, comme celle d’un pistolet, puis un petit nuage de fumée jaunâtre provoquèrent la dispersion de la file. Certains vinrent me retrouver en courant alors que d’autres ayant dépassé le nuage de fumée partirent dans l’autre direction. Il ne se produisit aucune explosion. Le détonateur n’a pas dû fonctionner.

Des obus de mortier explosant ici et là, bien derrière nous, n’ont fait qu’accélérer le départ de la section. Une fois tous les hommes rassemblés, avec moi fermant la marche, la section est repartie mais sans suivre la route.

 

EMBERMENIL

Dans le 6e Groupe d’Armée, la 1e armée française arrivait à la hauteur des Vosges voisines de la Suisse, à Belfort, alors que la 7e Armée américaine s’étirait en direction du nord sur une ligne partant de la région d’Epinal pour monter jusqu’à la bordure est de la forêt de Parroy. Le 14 octobre, la 79e division de la 7e Armée (le 15e corps) se lança dans une attaque pour conquérir une hauteur à l’Est de la forêt de Parroy (voir cartes 6 et 8).

 

La compagnie de commandement du 315e régiment s’était installée dans un petit village à l’Est de Lunéville. Toute la troupe était logée dans les maisons et avait trois repas chauds par jour. A quelques kilomètres plus loin, vers l’Est, la ligne de front passait par le Fort de Manonviller et le village d’Emberménil. Ces deux sites avaient été pris par les 314e et 315e régiments, respectivement le 13 octobre. Le 315e restait en réserve pendant que ses compagnies, en première ligne dans la forêt, étaient relevées par le 106e de Cavalerie pour être ensuite insérées entre les deux autres régiments.

 

14 octobre 1944.

Les 313e et 314e régiments lançaient une attaque pour prendre une hauteur à 3 kilomètres à l’est d’Emberménil. Le 315e restait sur place.

Les hommes de la section de reconnaissance cessèrent de lire le courrier, de nettoyer leurs armes ou de flemmarder quand ils reçurent l’ordre de partir en patrouille. Nous sommes allés en jeep jusqu’à l’endroit désigné, un abri en béton construit à flanc de colline, probablement une annexe du Fort de Manonviller.

On se concentra, avec les hommes du PC installé dans ce bunker, pour une coopération nécessaire. Bien espacés les uns des autres comme toujours pour une patrouille à pieds, nous sommes montés au-dessus de l’escarpement où était construit le bunker pour nous retrouver sur un terrain inégal et découvert. Plus tard, alors que nous nous frayions un passage en descendant une pente douce vers un large vallon où la végétation nous abritait, nous avons traversé la ligne de front.

En file indienne, nous nous faufilions par bonds entre les fourrés et les arbres en direction d’un village. Un tir de barrage d’artillerie nous fit mettre à plat ventre. Personne ne fut touché. C’était probablement un tir pour nous interdire ce secteur. Nous avons fait une dernière halte pendant que Zim et Gib sortaient précautionneusement des fourrés pour atteindre une route qui traversait le vallon et observer le village qui n’en était pas très éloigné. Gib déclara qu’un fil relié à une mine anti-personnel était tendu le long des buissons bordant la route.

Alors que la patrouille retraversait la ligne de front, sur le chemin du retour, l’ennemi se mit à bombarder le secteur. Des hommes se précipitèrent vers un grand bunker rectangulaire. C’est ce que nous fîmes également. Deux retardataires de la compagnie se trouvant en première ligne furent surpris en terrain découvert. Ils étaient à 500 mètres derrière nous quand nous sommes arrivés à l’abri et des obus tombaient tout autour d’eux. Depuis l’intérieur de l’abri, nous entendîmes que l’un d’eux avait été touché et que son compagnon essayait de le tirer de là. Ensuite, la porte s’ouvrit un soldat essoufflé s’affala à l’intérieur. Le blessé, touché à la jambe, avait été incapable d’aller plus loin et exigea que son ami continue. Deux brancardiers ramenèrent bientôt le blessé à l’arrière.

Un village sur le flanc Sud de la 79e Division d’Infanterie était tenu par quelques hommes de la 2e DB française. Les français étaient méfiants et avaient mis en place un dispositif défensif avec des mines tout autour de leur position. Shorty Kelso et quelques hommes dans une jeep furent envoyés dans ce village pour y installer un poste d’observation. Un peu plus tard, Shorty nous annonça que Kelso avait été salement touché et qu’on l’emmenait vers l’arrière. Shorty était remonté dans une ruelle à la recherche d’un emplacement pour un poste d’observation et avait déclanché une mine anti-personnel. Gegan (Gtrog) le remplaça à la tête du groupe.

Peu après le départ de Kelso, on nous confia une autre mission de reconnaissance. On devait partir de ce même village tenu par la 2e DB Ou bien le village était sous observation ennemie, ou bien ces français ne voulaient pas prendre de risques. Pour débuter cette petite balade, nous avons rampé à plat ventre sur 50 mètres dans le sillage d’un soldat français qui nous servait de guide. Ce guide nous a quittés en nous rappelant qu’il fallait revenir de la même manière et par le même itinéraire. Depuis l’arrière du village, nous sommes revenus sur la route qui le traversait. On inspecta un pont qui enjambait un cours d’eau et on fit une halte à un croisement de routes de l’autre côté. Après avoir observé pendant quelques temps un village qu’on supposa être tenu par l’ennemi, on demanda des tirs d’artillerie et ce qui pouvait être un poste d’observation fut bombardé. La section retourna au PC.

Une maison en pierre de taille d’un étage, avec grenier et sous-sol, se dressait à l’extrémité Est d’Emberménil. Elle n’avait plus que la moitié de son toit de tuiles. Le coin du grenier au Sud Est avait été garni de sacs de sable. C’était le poste d’observation du 315e (voir croquis VII). Ce qui restait du toit d’une grange située à quelques mètres au Sud laissait entrevoir un tas de foin. L’église qu’on avait envisagé d’utiliser comme poste d’observation n’était plus debout. L’ensemble du village subissait de fréquents bombardements.

L’échelon avancé de la compagnie de commandement, avec la section de reconnaissance, était parti en jeep à 6 kilomètres au Nord du PC et puis, s’était dirigé vers l’Est sur quelques kilomètres. La route traversait une campagne vallonnée, gorgée d’eau, où le 313e avait combattu. Des maisons isolées endommagées, des ornières boueuses laissées par des chars et d’autres véhicules et des restes de bataille, c’est ce qu’on voyait le long de notre route. Aucun civil et aucun soldat n’était visible après que le convoi eut tourné vers l’Est. La route faisait une légère courbe juste avant d’entrer dans le village d’Emberménil. Depuis ce virage jusqu’à l’intérieur du village, la route avait dû être sous surveillance ennemie. On arrêta les jeeps juste avant le virage. Nous quittâmes la route pour rentrer à pieds au village en nous dissimulant derrière les maisons. Le PC avancé fut installé dans une maison à l’Ouest du village tandis que la section de reconnaissance cherchait un emplacement pour un poste d’observation.

 

19 octobre 1944.

La 79e Division lança une offensive générale avec ses trois régiments pour atteindre son objectif : cette haute colline à 3 kilomètres à l’Est d’Emberménil.

 

21 octobre 1944.

Au petit matin, notre régiment se mit en branle pour parachever cette offensive générale. Grog et trois hommes de notre section partirent avec la compagnie A  qui devait avancer aussi vite que possible et atteindre le sommet.

Au premier étage de la maison abritant le poste d’observation, Moon et moi-même, nous nous sommes levé quand le jour s’est mis à poindre et nous avons réveillé le reste de l’équipe. CRASH ! Un obus explosa dans le vestibule. Je jetai un coup d’œil au coin de la porte donnant sur le vestibule et je vis une pierre aussi grosse qu’un ballon de basket sur mon lit. L’obus avait percuté l’extérieur de la maison près de la fenêtre donnant sur le Sud. Le plancher du débarras sous l’escalier du grenier où Moon avait dormi était perforé à plusieurs endroits par des éclats. Un petit bout de pierre ou d’autre chose m’avait fait une entaille devant l’oreille. Personne d’autre n’avait été touché. Moon insista pour que je fasse regarder ma blessure par des infirmiers.

A ma grande surprise, un poste de secours était en opération dans le sous-sol du poste d’observation. La pièce était bondée et tous s’affairaient. Les membres de la famille occupant la maison s’étaient regroupés dans un coin. L’homme était monté au grenier une fois et, tout excité, essaya de nous dire de faire attention à des haricots en grains et à des pois qu’il avait étalés sur le plancher du grenier. Ils avaient déjà été bien mélangés et éparpillés par la chute du toit. Un infirmier m’appliqua un pansement et je suis parti un peu gêné de leur avoir fait perdre du temps.

Le poste d’observation était continuellement opérationnel mais on ne voyait pas grand chose de l’attaque car entre la colline et le village s’étendait un terrain inégal recouvert de bosquets. Des tirs d’armes individuelles, au Sud, commencèrent à s’intensifier au fur et à mesure qu’on approchait de midi. La grange nous cachait la vue dans cette direction. Enfin, craignant que l’ennemi réussisse une contre-attaque en direction du village, je courus jusqu’à la grange entre deux bombardements.

Le tas de foin était assez haut pour me permettre d’observer en direction du Sud ? Le toit était si branlant qu’il semblait qu’une autre secousse pourrait faire tout s’écrouler. A un kilomètre et de mi à peine, vers le Sud, les ondulations herbeuses du sommet d’une colline s’élevaient au-dessus de terrains plus accidentés. C’était indiqué « Henry Hill » sur la carte. Quelques uns de nos fantassins apparurent près du sommet, du côté Ouest. Des balles traçantes allemandes zébraient le ciel vers ce secteur. Quelques volutes de fumée noire et des projections de terre signifiaient l’usage de mortiers. Un mouvement sur le flanc Est de la colline coinça des ennemis retranchés que nos soldats ne pouvaient pas voir. Nos fantassins  semblaient tirer, la crosse sur la hanche, dans un mouvement d’arrosage, tout en avançant. Des boches se mirent à sortir, les mains en l’air. Je suis reparti au poste d’observation. Un obus tomba sur le toit du poste mais ne fit aucune victime ; il y eut encore plus de jour et les haricots ou les pois furent encore un peu plus éparpillés.

La compagnie A avait atteint son objectif rapidement et, d’après le rapport, se retranchait. A la fin de l’après-midi, des silhouettes apparurent sur la crête juste à l’Est. Un char ennemi, tout en faisant feu rageusement, sortit d’un bosquet sur la crête et fit face à notre poste d’observation. Ensuite, il vira vers le Nord, puis vers l’Est, apparemment encerclé par nos fantassins. A deux reprises, il essuya le tir d’un bazooka. Finalement, le char disparut de l’autre côté de la crête. Inutile de se demander d’où provenait l’obus qui était tombé sur le poste d’observation au petit matin.

 

22 octobre 1944.

Le matin, on apprit que la compagnie A  avait subi une contre-attaque lancée avec des chars et de l’infanterie pendant la nuit. Ils avaient cédé un peu de terrain sur le sommet mais l’avaient récupéré en attaquant à l’aube.

Zim, Gib, Moon, moi-même et deux autres gars de notre groupe partirent pour localiser le groupe de Grog et les relever dans un poste d’observation qu’ils avaient installé. Ils avaient réussi à résister à l’attaque de la nuit. On posait une ligne téléphonique tout en avançant. Nous avons franchi un champ de mines anti-char où le génie s’apprêtait à aménager un passage. Nous avons vu en chemin un Sherman mis hors de combat sur une hauteur herbeuse et découverte, puis un de nos fantassins, gisant parmi de récents trous d’obus, alors que nous nous dirigions vers les buissons d’un vallon.

A partir de ce vallon, nous sommes remontés le long du flanc Ouest de la butte, en traversant un terrain découvert qui montait vers le bois. Une tranchée de la première guerre menait au sommet de la butte. Une ouverture dans cette tranchée conduisait à un abri qu’on utilisait comme PC. La tranchée se terminait et nous avons couru en terrain découvert pour rejoindre une autre tranchée de la première guerre qui serpentait le long de la crête du Nord au Sud.

 

 

C’était la ligne de front. Nos fantassins avaient creusé des trous individuels dans cette tranchée pour être encore plus à l’abri. Le groupe de grog repartit au PC avec Zim et Gib.

Nous avons installé la lunette d’observation de l’artillerie allemande, mais les broussailles devant la tranchée nous empêchaient d’avoir une belle vue. Un tir de barrage nous envoya du shrapnel siffler aux oreilles et il devint urgent de trouver un abri quelconque. Les corps de deux GI gisaient au sommet de la tranchée.

A quelques mètres d’eux, une grosse plate-forme en béton débordait dans la tranchée. Entre  les bombardements, nos pelles entraient en action pour nous retrancher. On sortait la boue du trou et on l’entassait tout autour jusqu’à ce qu’il ne restât à la longue qu’une petite ouverture par où on pouvait entrer et sortir. Nous étions à l’étroit mais nous pouvions y tenir à quatre.

Durant la semaine où nous sommes restés à ce poste d’observation, on ne communiquait qu’avec un téléphone de campagne et un émetteur-récepteur SCR 300 en cas de danger. En cours d’utilisation, la longue antenne radio dépassait de la tranchée. Les bombardements intenses et fréquents sur le secteur nous faisaient craindre que l’ennemi pourrait la voir. Par conséquent, nous baissions l’antenne et nous la relevions seulement quand le téléphone ne fonctionnait pas et qu’il était nécessaire d’entrer en contact avec le QG du régiment. Puisque le téléphone était souvent en panne, Zim nous demanda de vérifier s’il y avait des coupures de notre côté et la section des téléphonistes vérifierait à l’autre bout.

La première fois que le téléphone fut coupé, j’ai vu que la ligne avait été sectionnée par du shrapnel à deux endroits sur le terrain herbeux, en pente et découvert, par où nous étions passés, à l’Ouest de la crête, pour rejoindre ce poste d’observation. Une concentration de tirs me plaqua au sol pendant que je réparais le fil du téléphone et les shrapnels sifflaient à mes oreilles. Une équipe de téléphonistes avait été envoyée du quartier général et avait aussi réparé quelques coupures. Comme je n’étais qu’à mi-chemin d’Emberménil, j’ai décidé de continuer et de faire directement un rapport. Le QG. m’avait auparavant demandé de localiser le poste d’observation, mais ça n’avait pas été concluant. Au PC, le commandant Schriewer du S2 (2e Bureau) ne semblait pas très heureux parce que j’avais quitté le poste d’observation. Mais puisque j’étais là, dit-il, je ferai bien d’essayer de localiser le poste d’observation sur une photo aérienne que l’EM de la division avait fait parvenir. La photo ne me fut pas d’un grand secours, Il était midi et le repas chaud qui nous fut présenté était très bon.

Le même jour, à la tombée de la nuit, le téléphone est encore tombé en panne. Moon et moi-même avons suivi le fil en le tâtant dans le noir. Nous avons trouvé le fil coupé entre les imposantes silhouettes de chars. Le sifflement des obus nous envoya chercher un abri. Je dégringolai dans un trou qui s’avéra être un boyau camouflé. Les deux hommes qui y étaient couchés acceptèrent mes explications. Moon se trouva dans la même situation. La ligne téléphonique nécessitait plusieurs épissures : les TD l’avaient détériorée quand ils étaient montés sur la crête ce soir-là. Ils l’ont encore bousillée à plusieurs reprises pendant le reste de notre séjour sur la crête.

Puisque les broussailles nous empêchaient d’utiliser correctement la lunette d’observation, un endroit plus adéquat fut choisi à 30 mètres au Nord, dans la tranchée, là où les buissons se faisaient plus rares. Le nouvel emplacement de la lunette, à une certaine distance de notre bunker, rendait son utilisation plus hasardeuse. Les trous individuels en première ligne étaient environ  à 5 mètres les uns des autres et il n’y avait pas la place pour enterrer l’instrument tout à côté. Nous allions y faire des observations à intervalles réguliers, en courant depuis le bunker. Une fois, des obus m’ont fait perdre pied et comme je me retrouvais à plat ventre au fond de la tranchée, me sentant sans protection, un éclat d’obus de 10 centimètres est venu labourer le fond de la tranchée.

« Eh ! Il y a un allemand. Regarde ! Que diable est-il en train de faire ? ». Après avoir bien regardé, on a vue qu’il était debout sur un char. « Il a une lunette ! Il regarde dans notre direction ! ». Je me faufilai dans la tranchée et retournai sur la crête à la rencontre de quelques TD. L’officier voulait un tir de barrage de l’artillerie pour couvrir les TD pendant qu’ils se mettaient en position. La batterie d’artillerie fit feu. Les TD montèrent et firent feu. Le char ennemi fut touché et s’embrasa.

Peu de temps après, deux chars Mark V sortirent en marche arrière des arbres et buissons à côté de celui qui était en flammes. Leurs commandants, debout dans la tourelle, regardèrent le char qui brûlait. Les longs canons pointaient dans cette direction. Nous retînmes notre souffle dans l’attente du tir des TD. Les chars ennemis reculèrent lentement devant nous pour disparaître derrière une petite élévation. Les TD ont dû tirer sur le premier avant de se replier pour se mettre en défense. Je me suis senti abattu, vidé, déçu. Ils étaient si près dans la lunette d’observation. On ne pouvait pas les rater. On aurait dû les tirer comme des pigeons.

Une autre fois, approximativement au même endroit, quoiqu’un peu plus à l’Est, un char ennemi vint se mettre en position dans les fourrés et les arbres. L’équipage s’affaira à le camoufler rapidement. J’entrai en liaison avec l’officier des TD et avec le viseur de la lunette réglé sur l’objectif, je lui indiquai la cible mais sans grand espoir. Les TD firent feu à plusieurs reprises. Une vague lueur rouge apparut. A chaque tir de TD répondait le faible claquement des jupes du Mark IV (les jupes étaient ce blindage supplémentaire que constituaient de lourdes plaques amovibles suspendues sur les flancs du char).

Durant toute cette semaine sur la crête, nous avons passé la plupart du temps recroquevillés dans l’abri. Chaque nuit était divisée en tours de garde de deux heures chacun. La sentinelle prenait les relevés et passait par l’ouverture à chaque bombardement. Vers la fin de la semaine, la sentinelle ne sortait pas souvent du trou.

Une élévation à environ 1500 mètres au Nord du poste d’observation était d’une importance primordiale dans la défense de la crête. C’était en fait un promontoire d’où la crête redescendait légèrement vers l’Est. Pendant cette semaine, la compagnie A devait la reprendre plusieurs fois avec une attaque de jour après l’avoir perdue au cours d’attaques de nuit ennemies. Depuis nos positions, nous avons suivi l’attaque lancée un jour par la compagnie  A  et on a compris pourquoi les chars ennemis étaient placés de cette manière. Sur une petite hauteur masquée par un rideau d’arbres et de buissons, ils ne pouvaient pas être vus pas la compagnie A  et couvraient le secteur à merveille.

Même avant l’attaque sur la crête, le bruit courait que la 79e Division devait être relevée. Au début de la 2e semaine au poste d’observation, ces rumeurs se sont vérifiées et la 44e Division a commencé à remplacer la 79e, unité par unité. Nous sommes repartis à Emberménil et, de là, vers l’arrière pour une période de repos.

Le capitaine Patch fut tué. Au début de notre arrivée sur la crête, nous l’avions rencontré et nous nous étions salués. Grand, mince, et encore pâle suite à un récent séjour à l’hôpital (il avait été blessé au combat), il avait l’air fatigué et un peu énervé. Une demi-heure, plus tard, il était mort, abattu par du shrapnel. A un certain moment, il avait été le chef de notre compagnie d’état-major. Je l’appréciais et le respectais plus que n’importe quel officier que j’aie connu. Il était marié et père d’un enfant. Son père était le chef de la 7e Armée.

 

Du 25 octobre au 10 novembre 1944

La 79e prit du repos dans les parages de Lunéville. Le 315e était à Bayon. C’était la fin de l’automne mais on avait encore l’impression d’être en plein été. Au cours des deux ou trois premiers jours, nous nous sommes reposé, bien restauré et nous avons nettoyé notre matériel. A la section de reconnaissance, on rassembla aussi toutes les grosses coupures françaises provenant de la paye allemande pour les mettre en lieu sûr. On me dit qu’elles avaient été enterrées près d’un gros arbre. Le bruit courait qu’on faisait  une enquête. J’ai perdu environ 80 dollars dans cette affaire parce que j’avais échangé quelques gros billets de l’un des gars. Cela valait la peine pourtant. Mais je n’avais pas envie d’aller en cour martiale.

Vers le milieu de la première semaine, l’entraînement reprit : patrouilles de jour et de nuit, lecture de cartes, communications radio et téléphoniques, tir de fusées éclairantes à l’aide de mortiers, tir à la mitrailleuse 12,7 dans une carrière de pierre et rodage des quelques nouveaux chefs de section.

 

LE COL DE SAVERNE

Situation :

Les 8 et 9 novembre, la 3e Armée US se lança dans une offensive en étau pour encercler Metz et foncer vers la frontière allemande. Les 1e et 9e Armées attendaient une éclaircie pour que leur attaque en direction du Rhin soit précédée d’un bombardement.

Quelques jours après le lancement de l’attaque de la 3e Armée, le 6e Groupe d’Armée avança également, non seulement pour couvrir le flanc droit de la 3e armée mais pour libérer l’Alsace. Le 13 novembre, le 15e Corps de la 7e Armée lança une offensive, avec la 79e Division comme fer de lance et la 2e DB française prête à exploiter toute percée. La 44e division se trouvait à gauche du corps d’armée, côtoyant la 3e Armée, avec l’ordre d’aider la 79e à capturer Sarrebourg.

Les deux semaines de repos à Bayon étaient terminées. La compagnie de commandement du 315e était repartie à l’est, dans un camp près de Montigny, à l’est de Lunéville. Le 15 novembre, deux jours après le lancement de l’attaque, qui progressait alors lentement dans la boue et les petits villages campagnards, la section de reconnaissance du 315e patrouillait en jeep le long des routes jusqu’au PC avancé du régiment. La campagne était vallonnée et découverte. Deux chars ennemis détruits étaient enlisés près d’Halloville. Un trou de dix centimètres était visible dans celui qui était le plus près de la route.

Le PC avancé était installé dans un petit village à l’Est d’Halloville. Le terrain découvert qui s’étendait au-delà du PC situé en bordure du village donnait un sentiment de désolation. Quelques obus tombaient assez près pour que nous restions sur nos gardes. Gib faisait partie d’un groupe qui partit assurer la liaison au Sud et rester avec une unité de la 2e DB française qui commençait à s’activer sur le flanc gauche du 315e.

Plusieurs reconnaissances du réseau routier avaient été effectuées en jeep depuis le déclenchement de l’attaque et on en fit encore quelques unes à partir de ce PC Au cours de l’une d’elles, il y eut un petit changement : nous sommes allés à pieds. Gib et son demi groupe se trouvaient dans le village de Nonhigny avec la 2e DB. Une route partait vers l’Est depuis ce village, puis tournait vers le Nord pour conduire à un village qu’attaquait le 315e. On devait s’assurer que cette route était praticable et abandonnée par l’ennemi. Ma jeep est allée vers le Sud jusqu’à Nonhigny où Gib nous parla des exploits de la 2e DB et nous dit ce qu’il savait sur notre itinéraire.

Pour retourner au PC,  nous avons quitté la jeep, un « pigeon d’argile » et moi-même, et nous nous sommes mis à marcher.  La route était à découvert. Rien ne la dissimulait et rien ne nous dissimulait après la sortie du village. Nous ne perdions pas de temps à essayer de nous abriter, nous n’en avions pas la possibilité. Nous marchions d’un pas rapide, un de chaque côté de la route, comme deux gros perdreaux faciles à tirer. La route bifurquait vers le Nord en face d’une côte recouverte de maigres buissons précédant une futaie. Nous nous tenions prêts à sauter dans les fossés peu profonds des bas-côtés. Au bout d’environ un kilomètre et demi, la route prenait la direction de l’Est pour ensuite monter la côte et conduire au village. Nous avions les nerfs à fleur de peau quand nous avons quitté la route et sommes passés par les jardins pour atteindre l’arrière des premières maisons.

Quelques uns de nos fantassins étaient apparus à plusieurs centaines de mètres sur notre gauche. On eut l’impression que les attaquants n’avaient pas encore atteint le village. Les premières maisons ne révélèrent rien mais, devant la troisième, se trouvaient trois soldats US.

C’était un assez gros village et les attaquants étaient encore en train de le sécuriser. La section de reconnaissance y plaça un poste d’observation. Ensuite, la compagnie de commandement s’y installa. Un chauffeur de jeep de notre section fut tué alors qu’il circulait sur la route que nous avions inspectée. Un éclat d’obus lui trancha la gorge, d’après ce qu’on m’a dit.

Plus tard, la compagnie de commandement du 315e s’installa dans un petit village situé à un kilomètre et demi à l’Ouest de Barbas. Le village était sur le flanc d’une colline d’où la route conduisant à barbas serpentait doucement jusqu’à un cours d’eau pour remonter à Barbas. Cette route était bordée d’une rangée d’arbres des deux côtés.

La section part en reconnaissance à pieds et doit patrouiller sur cette route et s’assurer que Barbas est bien libéré. La route avait été surélevée avec un remblai là où elle traversait le cours d’eau. A cet endroit, un barrage routier avait été aménagé à l’aide d’une douzaine d’arbres abattus. Les arbres étaient piégés avec des mines et du TNT. L’un après l’autre, nous sommes passés en dessous, autour et au-dessus des obstacles piégés avec le maximum de précautions. A l’extrémité du barrage, deux soldats américains gisaient à gauche dans le fossé. L’un d’eux, étendu sur le dos, le visage d’une pâleur cadavérique avec les yeux vitreux grands ouverts et la bouche entr’ouverte. Il n’était pas mort, seulement agonisant. Ils avaient été abandonnés par une patrouille deux jours auparavant. On fit appel à des brancardiers par radio. Laissant là les arbres abattus, la section franchit le fossé à droite et continua sa progression dans le champ en bordure de la route. Le sifflement d’obus nous incita tous à nous jeter à terre. Les obus de ce tir de barrage passaient au-dessus de nous et saccageaient le flanc d’une colline au sud du barrage routier. En suivant la pente régulière de la côte, la patrouille atteignit les abords de la localité. Les éléments avancés n’en contrôlaient qu’un secteur limité et nous sommes entrés prudemment dans une maison. Du village nous parvenait le bruit des combats. Nous n’avions pas de vue dégagée. Deux de nos hommes traversèrent la rue pour inspecter une autre maison. Il n’y avait rien à signaler. Alors, courbés à angle droit pour être moins repérables, un homme à la fois, on piquait un sprint pour traverser la rue. Nous étions au sommet de la côte. Une palissade longeait la rue conduisant vers le centre du village. Dans cette direction, les maisons nous empêchaient de voir. Au nord, par contre, la côte descendait en pente raide et depuis la clôture, nous observions la plaine avec les jumelles.

Une maison isolée de deux étages retint mon attention. Un allemand (identifié comme tel après une longue observation) est entré dans cette maison mais en est ressorti aussitôt. Ensuite, un autre est entré. Quelques panaches de fumée blanche ici et là dans les parages nous firent penser que l’artillerie cherchait un objectif. Une colonne de soldats allemands sortit de la maison et prit la direction du nord, s’éloigna du village et disparut dans la campagne.

A l’autre bout de la rue où nous nous trouvions, mais en bas de la côte et plus près du centre du village, les maisons surplombaient la route depuis un talus retenu par un mur en béton. Longeant la rue au pied de ce mur, un char Sherman et trois soldats remontaient de maison en maison dans notre direction. Le char pointait son canon et ses mitrailleuses sur chaque maison que les fantassins ensuite investissaient.

Cela avait été une triste journée avec des averses de pluie fine et, tandis que nous regagnions le PC, des obus sifflèrent encore au-dessus de nous pour aller s’écraser sur le flanc de la colline en face du barrage routier.

Au nord de Barbas se trouvait la localité de Blâmont, l’un des objectifs majeurs de notre division. La chute de Blâmont, le 19 novembre, modifia la mission de notre division. La 2e DB française prit alors la tête et la 79e suivit.

 

FIN