La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

137e compagnie d'ordonnance

A Lunéville du 13 novembre 1944 au 29 mars 1945

La première étape en Europe pour notre compagnie était donnée pour  la  ville  de  Metz. Cependant notre itinéraire a été changé pour Lunéville, car l’armée américaine avançait plus vite que prévu. Nous avons découvert ce changement lorsque nous sommes arrivés à Dijon à la fin de notre seconde journée sur la route, bien qu'il y ait déjà eu des rumeurs de changement lors de notre première nuit à Vienne.

 

 

Pendant 22 jours, nous sommes restés sur une hauteur au dessus d’Aix-en-Provence, nous attendions nos camions, équipements, pièces de rechange et l’outillage nécessaire qui devait arriver sur un second bateau. Longtemps après notre traversée de l’Atlantique sans escorte sur le ‘ Mount Vernon ‘, un ancien paquebot de luxe qui est arrivé le 13 novembre 1944.

 

Nous étions fatigués après ces 3 longues journées sur la route en convoi, nous n’avions pas de place pour camper lorsque nous sommes arrivés. C’était un jour sombre, morne, humide et misérable, aucun comité de réception n’est venu nous accueillir, 185 hommes, 5 officiers et presque autant de camions, jeeps, pièces, camionnettes et véhicules de chantier.

La caserne Clarenthal était vide, à l’exception  d’un détachement du quartier général de la 7e Armée qui surveillait les locaux réservés à une grande partie des troupes US arrivant les jours suivants .Nous avions l’autorisation de nous installés provisoirement dans un des bâtiment et établir notre chantier à l’intérieur du château et le parc des bosquets, derrière le château, nous avons garer nos nombreux véhicules dans la cour. 

 

Bed Check Charlie, un observateur pour les avions allemands nous a  accueillit la 1ére nuit, il est revenu plusieurs fois pendant notre séjour à Lunéville. Il nous a même suivis à l’église la veille de Noël. Il est venu pendant que nos avions, haut dans le ciel étaient remplis de bombes volaient au dessus du Rhin pour laisser tomber leur fardeau, mais il disparaissait toujours lorsque les avions revenaient et volaient bas et vide.

 

Notre commandant était John E Dimon, un avocat de New Jersey, qui a commencé son service militaire dans la 44e Division d’Infanterie. Notre premier sergent, Ray Heckman, maître d’école supérieur du Tennessee et notre master sergent et chef du chantier Lewis Me Williams  qui venaient de Canyon Usine de fer, Pittsburgh en Pennsylvanie.

Le lieutenant Glen Clute est devenu notre commandant après le transfert du capitaine Dimon à la division criminelle en avril 1945.

 

La plupart de nos hommes venaient du Sud de l’Amérique, des états de Georgia et Alabama. Ils étaient jeunes, la plupart des fermiers venaient juste de célébrer leur 18e anniversaire, lorsqu’ils ont été appelés pour entrer dans le service militaire en mars 1942, au fort Léonard Wood, Missouri, près de St Louis dans le Mississipi River au milieu des Etats-Unis d’Amérique. En premier, ils ont appris la vie de soldat, ensuite ils sont devenus mécaniciens, artisans et spécialistes. La plupart sont allés à l’école pour au plus 3 mois, pour prendre un cour spécial, apprendre à réparer les tanks, canons d’artillerie, fusils, montres, instruments et autres outils de guerre.

 

Nos personnels de service, les cuisiniers, les boulangers et les hommes du quartier général sont tous allés à l’école pour apprendre leur métiers afin qu’ils puissent exécuter leur fonctions respectives.

 

Nos jeunes hommes désiraient ardemment  étudier et ils ont appris rapidement grâce aux anciens soldats qui avaient des métiers et des professions divers.

 

Nous avions surtout des instituteurs le lieutenant Glen Clute, James Allison, Harry  Clifford, Nathan Friedman et Richard Strasser,  les sergents Hickman, Mc  Williams, Tinch Norton, Larsen, Harris, Sanders et beaucoup d ’autres. Clifford nous a quitté avant que nous arrivions à Lunéville, mais c’était une vraie bénédiction de l’avoir avec nous parce qu’il a enseigné aux jeunes soldats le bon sens et comment survivre.

 

Strasser était  notre officier des sports et il contrôlait les activités athlétiques .Clute était le favori de tous, il n’élevait jamais la voix lorsqu’il était déçu. Allison nous a appris des choses que nous n’avions jamais lu et entendu. C’était un homme qui aimait beaucoup la vie de plein air, un maître de patience et un bon instructeur. Il était aussi une aide à Harry Truman lorsqu’il était dans la garde nationale au Missouri avant qu’il ne devienne président des USA.

 

L’endroit où nous vivions dans la caserne n’était pas trop confortable parce que nous n’avions pas de chauffage dans ce bâtiment  et nous devions préparer nos repas dehors car les fourneaux de la caserne étaient dans un triste état. Malgré le temps froid et un grand vent, nous nous sommes habitués à ce milieu. C’était quand même mieux que de dormir dans une tente d’une personne et d’avoir la terre froide pour plancher.

 

Nous avons passé un très bon Noël et surtout mangé un bon repas. Ernest Rudolph Hodges, notre messager et postier avait coupé un sapin qu’il  avait décoré, nos soldats avaient fait des guirlandes avec du papier, bois et métal. Nous avions même porté un toast à notre bonne fortune avec de la liqueur que la compagnie produisait encore par les hommes de West Virginie.

 

La caserne s’est rapidement remplie de troupes du quartier général de la 7e Armée. Malgré que nous ayons été attachés à ce groupe, nous étions une organisation à part, donc nous avons déménagé au 69 rue de Lorraine au bord du parc des bosquets au début janvier lorsque le général Alexander Patch emménageait au 65 de la même rue près de chez nous. Il se promenait tous les jours à cheval dans le parc des bosquets, il était très amical et cordial avec nos hommes. Nous avions moins de place dans ce bâtiment, les hommes qui ne pouvaient logés ici sont allés dans les bâtiments de transport, dans les étables, dans le parc et dans le hangar des camions.

 

Le 69 rue de Lorraine n’avait pas de chauffage suite aux dégâts causé par les soldats allemands qui occupaient cette maison. Nos soudeurs machinistes et mécaniciens ont réparé le système de chauffage ce qui nous a procuré une merveilleuse chaleur et surtout de  l’eau chaude lors de notre séjour à Lunéville. Au début de l’année, nous avions la chance de voir les généraux Eisenhower, Devers, Patton et Patch se promener dans les rues et le parc se délassant avant de reprendre leur séance concernant la traversée du Rhin.

 

A un certain moment le général Eisenhower s’est promené près de notre bâtiment et il s’est arrêté juste devant nos fenêtres, un de nos hommes anxieux de le voir de plus près a ouvert les volets brusquement et a failli faire tomber la casquette du général qui pour éviter le choc a dû reculer. Notre général ne s’est pas offensé et notre homme a réussi à le voir de très près. Même s’il nous était défendu de passer dans la rue de Lorraine, il nous était permis de la prendre pour aller à nos baraques.

 

La voiture de commandement du général Patton était parquée près de notre local, avec ses 2 pistolets avec plaquettes en nacre qui était posé sur le siège arrière, un de nos soldats les regardaient et les admiraient, mais il a jugé bon de les laisser là où ils étaient.

 

Une femme française élégante était venue nous rendre visite au 69 rue de Lorraine nous affirmant qu’elle était la propriétaire de cette maison. Elle voulait inspecter le local  afin de déterminer combien de dégâts avaient été causé par les allemands .Elle a été extrêmement satisfaite de le trouver en si bon état. Nos hommes avaient complètement réhabilités le bâtiment afin qu’il soit en excellente condition.

 

Le chauffage marchait, nous avions de l’eau chaude, les douches fonctionnaient et nous avions la possibilité de cuire nos repas à l’intérieur. Nous avons nettoyé tous les débris, l’endroit était très confortable, presque comme à la maison. Cette dame nous a remercié pour avoir prit  un si grand soin  de sa propriété, elle est repartie très satisfaite, un de nos homme a reçu  d’elle un baiser d’adieu.

 

La composition de notre compagnie comprenait des menuisiers, des peintres, des soudeurs, des mécaniciens pour travailler sur les camions, chars de combats  et armement de tous calibres, des machinistes, des horlogers et beaucoup d’autres. Les pièces étaient aussi importantes que les mécaniciens qui les installaient et les remplaçaient. Nous avions 8 grands camions remplis de pièces, cependant à certain moment ils nous en manquaient 1 ou 2, si bien que nous avons du les fabriquer. Les camions, chars de combat et tout armement roulaient ou fonctionnaient avec toute l’ingéniosité de nos mécaniciens et des personnes qui ont fabriqué les pièces et les dessins schématiques pour que les machinistes, soudeurs et forgerons puissent produire les pièces.

 

Nous sommes arrivés à Lunéville au moment ou il y avait une grande demande de mécaniciens qualifiés, la guerre avait causé des dégâts aux camions, chars de combat et armement sur le front. Presque tous nos mécaniciens étaient envoyés dans les champs, dans toutes les directions pour effectuer les réparations rapides et les renvoyer rapidement au combat. Pendant ce temps à Lunéville, nous avions engagé beaucoup de civils français, des mécaniciens, artisans et autres ouvriers, ainsi que des polonais déplacés. Ces ouvriers supplémentaires nous ont grandement aidé a faire notre travail et accomplir notre mission .Plusieurs de ces personnes avaient une  habilité spéciale qu’ils ont enseigné à nos hommes.

 

Nous avons adopté un jeune garçon de 14 ans Jacques, qui avait été séparé de sa famille. Il est devenu notre mascotte  et nous a suivis à Kaiserslautern, Frankenthal, Darmstadt, Willsbach et Bobigen. Il a appris rapidement et il est devenu un expert  à changer les pneumatiques, il est aussi devenu notre vaguemestre. Beaucoup ont versé des larmes quand il a quitté notre compagnie.

 

Walter Allen était le père adoptif de Jack, il prenait soin de lui comme son propre fils, Allen était le plus petit homme de notre compagnie.

 

Une mission spéciale nous avait été assignée, nous étions chargés d’équiper, d'entretenir et d'examiner les chars amphibies destinés  à traverser le Rhin. Ce  projet a fait venir beaucoup de personnes importantes au parc, les chars étaient entassés et cachés aux vues aériennes. Des troupes spéciales étaient assignées au projet des chars, y compris les  commandos anglais qui logeaient dans des petites tentes installées parmi les chars dans le parc. Le haut commandement venait fréquemment  sur le chantier observer nos progrès sur la préparation des engins.

 

Lorsque les chars sont partis dans l’obscurité de la nuit, le ciel était rempli d’avions, nous avions atteint notre objectif, mais plus tard, nous avons  regretté les exercices réchauffant du matin, les essais de roulements dans le parc, les discutions avec les soldats anglais.

 

Nos hommes aimaient Lunéville, ils sont allés à l’église St Jacques les dimanches et jours de fêtes. Ils se sont fait des amis avec les habitants, ils ont organisé de temps en temps des jeux pour les enfants. Nos soldats étaient intrigués par les anciennes maisons de Lunéville, par les coutumes des habitants, beaucoup se promenaient visitant un endroit différent chaque fois et donnant un compte rendu sur leur découverte.

 

Avant de quitter Lunéville, nous avions organisé une grande soirée de danse dans un de nos bâtiments, tout a été organisé par le lieutenant Nathan Friedman de Brooklyn. Nous avions invité des infirmières de l’armée, des filles de la croix rouge et des demoiselles françaises du pays. Nos cuisiniers, pâtissiers avaient préparé des morceaux savoureux et de la pâtisserie, des hommes du service continuaient de distiller pour encore un peu de temps du punch. Ce fut une soirée splendide pour tous et nous étions d’accord de recommencer encore plusieurs fois.

 

Le général Patch et son quartier général de la 7e Armée se sont retirés le 27 mars 1945 et notre compagnie a quitté tristement Lunéville deux jours plus tard pour l’Allemagne

 

Nos hommes se sont fait beaucoup d’amis, plusieurs ne pouvaient pas venir avec nous, ce qui nous a terriblement peinés car nous étions habitués à leur présence, leur excellent travail, le désir de travailler à toutes heures de la nuit et du jour, faire les réparations nécessaire pour que les camions, chars et armements reprennent leur place au combat.

 

Les habitants de Lunéville nous ont connus et aimé, ils sont venus en groupe pour nous voir travailler et pour fraterniser avec nous pendant les arrêts de travail. Certains ont invité nos hommes à dîner le dimanche, d’autres ont apporté de bonnes choses, des douceurs et du vin. Quelques ménagères se sont chargées de laver le linge de nos hommes. Nous sommes persuadés que nous leur manquons comme ils nous manquent. Ils étaient si contents de voir passer nos Jeeps et camions avec le logo « Red Devil » particulièrement  notre mule-jeep dont nous en avions fait une dépanneuse que nous avons appelé Charlotte  Ann. Ils se moquaient un peu en nous voyant marcher au pas en formation pour aller de magasins en  magasins, quelquefois l’un d’entre nous sortait des rangs pour aller serrer dans ses bras et embrasser un enfant, ou siffler une jolie demoiselle.

 

Nos hommes avaient un côté sérieux et sentimental car ils ont offert une centaine de cadeaux aux enfants du pays, ils ont aussi réparé leurs jouets et partagé leurs gâteaux et pâtisseries.

Nous étions à Lunéville comme chez nous, c’était un de nos endroits préférés de beaucoup d’autres dans lesquels nous avons travaillé et vécu. Nous avons aimé les réceptions et la chaleur que les habitants nous ont donné.

 

Nous attendons avec grande impatience notre retour à Lunéville afin de revivre les précieux jours que nous avons vécu de décembre 1944 à mars 1945.

 

Nous avons formé une organisation permanente après la guerre pour continuer les relations amicales qui ont débuté entre nous pendant la guerre afin que nous puissions nous aider les uns les autres avec nos problèmes mutuels.

Notre groupe permanent est appelé : le 137e  Ordnance Company  (H M F A)

L association et nos officiers sont Ernest Rudolph Hodges  directeur du comité, Ben Heaton président et Frank Aumand, secrétaire.

Ils ont fait un excellent travail en nous maintenant ensembles, en organisant des voyages, des réunions et en continuant la publication des nouvelles qui paraissaient au moins quatre fois par an.