La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

37e Bataillon de Chars

QUARTIER GENERAL DU 37e BATAILLON DE CHARS

APO - 254 - Armée des Etats-Unis.

Objet: Journal du bataillon.

A: L’Adjudant Général, 4e Division Blindée, APO - 254 - Armée des Etats-Unis

 

2 au 9 septembre 1944

Le bataillon profite d’une accalmie pour effectuer de l’entretien sur ses véhicules et des réparations. Le moral s’est beaucoup amélioré grâce aux douches chaudes fournies par une unité de l’intendance, à quelques kilomètres à l’Ouest de Commercy. La 1ère des 4 bouteilles de cognac où de vin par semaine pour chaque homme du bataillon, ainsi que le service cinématographique pour 3 nuits dans le vieux fort de Gironville ont été aussi des sources de réconfort.

Seul un homme est tombé dans le fossé du fort, dans la nuit, il s’en tire seulement avec quelques éraflures et contusions. Le bataillon est en alerte tous les jours, car il n’est pas en réserve.

 

Dimanche 10 septembre 1944

Le Colonel Clarke et le Major Heid du CCA récompensent des officiers et des hommes de troupes du bataillon, et lors d’un bref discours présente le nouveau type de combat, comme celui vécu par le 37e. Cela consiste à frapper fort sur l’ennemi et exercer une pression continue sur lui, ne lui laissant jamais le temps de se reposer et de se réorganiser. L’idée ne réside pas dans la découverte de cette nouvelle théorie, mais dans sa complète application, son exécution maîtrisée et des résultats dévastant obtenus par elle.

La formation de troupe inclue tous les officiers, ainsi que tous les hommes de troupes des 3 premiers grades alignés sur les deux côtés d’un carré. Sur le 3e côté se trouve les récompensés, le 4e regroupe la troupe.

Des étoiles d’argent sont distribuées au Capitaine Mc Mahon, les Lieutenants Donahue et Smith et le Sergent Vaughn. L’étoile de bronze est décernée aux Majors Hunter et Bautz, les Capitaines Dwight, Wysocky et Hays, les Lieutenants Turner, Leach, Peterson et le 1er Sergent Guffey. Le cœur pourpre est attribué à 15 hommes.

Le Capitaine Scotti du CCA est appelé des rangs pour recevoir l’étoile de bronze pour son action à Hennebont.

Après la cérémonie, les officiers se retirent au fort de Gironville où le vin et le cognac coulent à flots.

 

JOURNAL DU BATAILLON
QG DU 37e BATAILLON DE CHARS
15 OCTOBRE 1944

 

Lundi 11 septembre 1944

A 16h30, le bataillon reçoit l’ordre de partir pour 19h00. La situation générale est que la 7e Division Blindée à traversée la Moselle prés de Metz et la 80e DI à Dieulouard. Pour le bon déroulement des opérations un bataillon du 318e RI de la 80e DI est rattaché au CCA.

Le 24e génie doit construire un pont sur le canal pendant la nuit. La rivière doit être traversée à gué, celui-ci a été reconnu comme ayant un fond ferme, mais pour assurer une traversée sure, tous les véhicules à petites roues devront être remorqués.

L’artillerie reçoit à ce moment, l’ordre de mettre en position ses batteries. Les ordres pour l’attaque sont de mettre le 318e RI de côté, puis d’attendre le 53e et le 37e pour attaquer avec eux. L’assaut du 37e avec des unités attachées est donné à 05h00 le matin du 12 septembre 1944.

Les objectifs sont de former une nouvelle tête de pont sur la Moselle à hauteur de Pagny sur Moselle, de se rassembler aux environs de Sillegny, de se rendre sur les hauteurs avec le 53e et enfin de foncer vers le Sud-est pour prendre Château-Salins.

Le bataillon part à 19h10 du fort de Gironville, passe dans Rambucourt à 19h43, Beaumont à 19h00, Flirey à 20h17, Limey à 20h26 et à 21h30 atteint  la zone de rassemblement avant la traversée, 1,5  km au Nord  de Vierville en Haye, à 7 km au Sud-ouest de Pagny sur Moselle.

A 22h15, il y a eu quelques petits changements dans les ordres concernant  surtout les dispositions des divisions alliées. L’objectif, Château-Salins reste inchangé.

 

Mardi  12 septembre 1944

A 04h00 l’officier de liaison, le capitaine Dwight lance une attaque de 24h00, à cause de la difficulté rencontrée avec la construction du pont car le génie se montre peu disposé à opérer sous les tirs d’armes de petits calibres. Au delà du canal, le gué de la rivière n’a pas encore été tenté.

A 14h00, il n’est  toujours pas décidé si le bataillon doit utiliser le pont de la 80e DI à Dieulouard où bien fabriquer son propre pont. La composition des troupes est alors le 37e (la Cie C attachée au 53e d’infanterie), B /53, 66, un peloton du 24, une batterie du 191e.

A 16h30, on nous indique que se sera le pont de la 80e DI à Dieulouard. Le mouvement est prévu à 04h00, le 13 septembre1944.

L’ordre de marche :La Cie D reconnaît avec des canons d´assaut, les équipages des chars du B/37, les batteries du 66, B/53, le peloton C/24, 66, la batterie 191, service/37, QG CO/37, la maintenance.

L’objectif est maintenant, non plus Château-Salins, mais Arracourt, qui se situe au Sud-ouest. Après la traversée, la Cie D et ses canons d’assaut doivent protéger le flanc de la colonne principale en empruntant une route parallèle au Sud et à l’Ouest. La route, après la traversée pour la colonne principale suit Ste Geneviève, Bénicourt, Manoncourt, Lemoncourt, Château-Salins, Moyenvic, Arracourt.

La 2e colonne de la Cie D avec ses canons d’assaut doit se séparer à Manoncourt et continuer par Ajoncourt, Pettoncourt, Chambrey, Salonnes, Vic-sur-Seille, vers Arracourt.

 

Mercredi 13 septembre 1944

A 04h00, le groupement opérationnel par en black-out, vers 05h30 à l’Ouest de la traversée, il y a une pause dans une zone de rassemblement, dès les lueurs du jour, le groupement repart. Le capitaine Trover, commandant la troupe D du 25e Cavalerie est le 1er à arriver sur le point de franchissement où il est arrêté par la 80e DI.

Le capitaine Hays part en avant afin de se renseigner, puis le colonel Abrams et finalement le colonel Clarke commandant le CCA arrivent. La 80e DI n’autorise pas le CCA à traverser la rivière. Mais le général de division Eddy arrive à ce moment là et demande au colonel Clarke ce qu’il veut faire. Il répond que nous ne pouvons plus combattre sur ce côté de la rivière, mais que la permission de traversée vient d’être accordée.

A 06h20 la tête de pont se trouve face à une grosse contre attaque allemande. Les troupes du capitaine Trover sont envoyées les premières, tirant sur les allemands à la limite du 3e pont.

A08h00, la D/25 se trouve à Ste Geneviève ou elle reçoit des tirs venant du Sud, de l’Est et de l’Ouest.

A08h20, le capitaine annonce qu’il va se retirer du village et ne plus attaquer directement à travers les rues de Ste Geneviève. L’artillerie de la 80e DI donne des tirs de soutien sur toute la traversée. A 09h00, le commandant du corps est sur le pont avec le général Wood.

A 09h13, le colonel Abrams dirige la Cie D de l’autre côté du pont, malgré le désaccord du peloton d’assaut. Le bataillon traverse enfin sous les tirs d’artillerie, sans perte. La vallée de la Moselle au niveau de Dieulouard est très plate et se dresse brusquement vers Bezaumont et Ste Geneviève. La colonne de véhicules fonce à travers la plaine jusqu’au versant de la vallée, puis se traîne dans Bezaumont, passe à côté de véhicules allemands détruits et quelques restes en feu du 702e Bataillon de chars de la 80e DI.

37e Bataillon de Chars. 

Au Sud de Ste Geneviève, entre le dernier village et Bezaumont, le bataillon se rassemble. Les canons d’assaut sont mit aussitôt en position et commencent à tirer sur les positions d´artillerie allemandes dans un bois suspect. La Cie D protège le flanc gauche de la zone de rassemblement avec l’aide d’une compagnie de chars Destroyer.

A 11h30, le groupe de commandement A rapporte que des tirs ennemis empêchent l’accès au 3e pont. Les compagnies A et B avec la compagnie B du 53e d’infanterie va s’installer à l’Est de Ste Geneviève, toutes sous les tirs d’artillerie ennemis. Pendant ce temps, sur la zone de rassemblement entre Ste Geneviève et Bezaumont, les obus commencent à tomber vers 12h00 sur les éléments du groupement opérationnel qui n’a pas encore avancé vers le village. Le groupe de commandement A vers 12h05 envoie un message demandant à tous ceux qui se trouvent sur le pont de partir.

Lorsque toutes les unités de combat arrivent sur la zone de rassemblement au delà de Ste Geneviève, les chars foncent sur les hauteurs aux environs de Bénicourt où a lieu le regroupement final et enfin une pause de 12h45 à 14h00, pendant ce temps l’aviation alliée pilonne l’ennemi en fuite sur les routes menant au Nord et à l’Est d’Eply.

Les colonnes se séparent comme convenu,la Cie D avec les armes d’assaut sont envoyées au Sud et à l’Ouest sur une route parallèle. La Cie A rencontre une résistance juste après leur départ, mais des messages rassurant arrivent « prend soin d’eux, avons fait leurs affaires à tous les ennemis »

A 14h52 la Cie B arrive pour aider la Cie D, sur une route au Sud-ouest ou une colonne de half-track et de chars sont détruits. Un terrain de plus en plus difficile oblige, plus tard, la Cie D à rejoindre la grande route, passant par Ajoncourt.

A 17h27, un français rapporte que Château-Salins est bien tenu par l’ennemi

A 18h30, ils sont en colonne avec la Cie d’entretien

A 19h00, le groupe de combat part vers une zone de rassemblement à 3 km à l’Ouest de Château-Salins, la zone est bombardée de temps à autre et la pluie s’installe.

Les pertes ennemies: 6 motos, 25 véhicules ,4 semi-chenillés, 1 canon de 88 mm ,102  prisonniers de guerre et 175 tués.

 

Jeudi 14 septembre 1944

Après la pluie de la nuit précédente, un brouillard épais réduit la visibilité à zéro au petit matin. Les ordres sont donnés à 09h00, le déplacement est prévu lorsque le brouillard se lèvera et que la visibilité sera correcte. L’objectif est maintenant déplacé au delà d’Arracourt vers le canal de la Marne au Rhin, puis vers Moncourt. La route Chambrey, Salonnes, au Sud de la grande route, l’Est de Vic sur Seille, au Sud d’Arracourt, Valhey, Einville. A Arracourt,la Cie B doit changer de direction vers l’Est et le Sud, à Bauzemont le long du canal de la Marne au Rhin.

L’ordre de marche: reconnaissance, Cie A/35, personnel /37e, Cie B/37e, Cie C/94e, Cie B/53e, peloton 24e, Cie C/37e, 94e, groupe de combat A, l‘artillerie de la Division, 191e, le train, peloton de mortiers, QG du 37e. Le brouillard se lève vers 11h00, il est prévu de partir à 11h45. Presque immédiatement à 11h56, la Cie A détruit une arme antichar dans sa course, mais dans l’ensemble, l’opposition entre le point de départ et Arracourt est légère. A Arracourt, notre force découvre une grande concentration de personnels et de véhicules allemands, ce qui nous fait penser à la présence de quartiers généraux dans la région.

La Cie A, avec le peloton de reconnaissance fait du travail de destruction du côté d’Arracourt en tuant beaucoup d’allemands, détruisant des véhicules et des éléments d’artillerie.

La Cie B part sur le flanc gauche, pour couper la fuite aux allemands hors du village. La force continue de descendre la route avec la Cie A encore en tête. Le village de Valhey s’avère être une position forte. L’observation aérienne a repéré des canons de 88 mm sur les abords du village. Le peloton de reconnaissance n’est pas envoyé en tête de colonne, la Cie A est désignée pour l’attaque, quelques uns de ses chars ont dévié de leur route afin de contourner le village. Le capitaine Spencer est présent, une arme antichar de 88 mm au centre du village abat à bout portant le char du Sergent Sadowsky qui à sacrifié sa vie en tentant d’évacuer son tireur de tête. Le sergent s’étant aperçu de l’absence du tireur de tête retourne sur le char qui est sous le feu ennemi, il est aussitôt abattu par une mitrailleuse.

La Cie B part vers Bauzemont pour protéger la traversée du canal de la Marne au Rhin, c’est alors qu‘elle découvre que le pont à sauté.La Cie n’a rencontré que 100 hommes et 13 camions et elle s’en est contentée. Au même moment, la colonne de droite étant bien engagée à Valhey, le Colonel Clarke lance un message radio au Colonel Abrams à 16h00 car il veut l’envoyer à l’Est aux alentours de Moncourt, il laisse Abrams dirigé la manoeuvre.

La Cie B reçoit l’ordre de reconnaître un autre point de franchissement 2 km à l’Est de Bauzemont, mais elle découvre un autre pont détruit. Pendant ce temps la Cie A et la Cie d’infanterie nettoient Valhey, le bataillon s’arrête et bivouac à 2 km à l’Est de Moncourt.

Pertes ennemies: 26 véhicules blindés, 135 véhicules non blindés, 10 canons de 88 mm, 230 soldats allemands tués, 187 prisonniers de guerre.

 

Vendredi 15 septembre 1944

La Cie C est envoyée en mission pour couper la route de Nancy vers Xures, au Sud de Moncourt sur le canal de la Marne au Rhin. Ce jour, la Cie C rend compte des pertes causées à l’ennemi par le bataillon. A 15h30, le bataillon se déplace vers Arracourt laissant la Cie A/37 à Moncourt avec la Cie C/24. Le colonel Abrams retourne de la Cie A vers le nouveau bivouac avec des ordres pour l’attaque du lendemain. Les ordres sont d’aller au Sud, vers Maixe et le canal de la Marne au Rhin de contacter la Cie B et l’appuyer afin qu’elle puisse traversée le canal.

Deux colonnes doivent attaquer au Sud, pendant que la Cie B attaquera vers le Nord sur une route parallèle.

Pertes ennemies: 38 tués, 5 prisonniers et 5 véhicules détruits.

 

Samedi 16 septembre 1944

Un épais brouillard retarde le début de l’attaque de 04h00 à 05h30. Le bataillon du train et les équipes de maintenance restent à Arracourt. La force d’attaque composée du 37e moins les Cies B et les Cies A et B du 53e d’infanterie, (Cie D/37e est avec le 53e d’infanterie). La mission consiste à attaquer Athienville ; se rassembler, puis attaquer sur deux fronts, la colonne de gauche pour prendre Valhey sur la route d’Einville, la droite pour passer à Serres et Maixe.

Aucune opposition sérieuse n’est rencontrée. Drouville est inspecté par la Cie C/37e et la Cie A/53e. Lors de cette opération, des tirs viennent de Courbesseaux. La Cie C attaque est détruit 7 armes antichars et tue environ 200 fantassins.

Quelques tirs antichars sur le flanc Ouest, mais pas de réelle attaque. Puis la force se rassemble prés de Lezey, elle est rejointe par le reste du bataillon qui se trouve à Arracourt. Un peloton d’infanterie et une section de chars installent des barrages sur les routes menant à l’Est, l’Ouest et le Sud de Lezey. Des canons antichars sont repérés au carrefour entre (213163) et (167184) et des mortiers à (200187).

 

Dimanche 17 septembre 1944

Pendant la nuit et les premières heures de la matinée, la pluie tombe, quelques allemands se sont aventurés dans la zone de bivouac, ils ont été tués. Les allemands sont le restant des troupes en fuite, soit des soldats en mission derrière les lignes. Le barrage de route a été efficace, détruisant plusieurs véhicules qui descendent la route par Lezey.

Pertes ennemies: 7 véhicules, 30 prisonniers et 3 tués.

 

Lundi 18 septembre 1944

Dans la zone du bataillon, la journée est tranquille, il n’y a pas d’activité ennemie. Un groupement opérationnel dirigé par le major Hunter, composé de la Cie A/37e, batterie du 94e, Cie B/53e se rendent à Lunéville afin d’aider le CCR avant que la 6e DB arrive. La Cie B est encore rattachée au 53e d’Infanterie et la moitié du bataillon se trouve dans la zone.

 

4 prisonniers de guerre sont récupérés  dans la journée.

Au Sud du canal, dans la forêt de Parroy, un rapport du G2 indique la présence d’une très grosse formation allemande.

A Lunéville, le groupement opérationnel du major Hunter est placé avec l’infanterie dans la ville, l’artillerie est mise en position et la Cie A/37e est placée en réserve mobile. Des chars allemands Pzkw  IV tiennent le coin Nord-ouest de la ville. Ils n’ont pas été attaqués pendant la nuit.

Dans la zone du bataillon à Lezey tout est tranquille jusqu’à 23h30, lorsque le lieutenant Bérard du poste avancée de la Cie C repère une colonne se déplaçant le long de la route Ouest en direction de Lezey et du poste avancé, puis change de direction vers le bivouac. Le lieutenant Bérard avec quelques hommes descendent à pied et dans la pénombre repère les traces d’un char se dirigeant en dehors de la route.

Au PC du bataillon, avec le capitaine Cook du 94e Bataillon d’infanterie, ils sont prêts à intervenir pour attaquer l’ennemi. Les canons d’assaut sont pointés sur les croisements et  doivent ouvrir le feu sur ordre. Le lieutenant Harris avec une section du peloton de reconnaissance sort pour essayer d’obtenir des informations sur les positions de l’ennemie.

 

Mardi 19 septembre 1944

Vers 01h30, l’artillerie ouvre le feu sur l’ennemi, en moins de 5 mn, l’obligeant à quitter son bivouac. Alors que la colonne ennemie se retire, le peloton de canons d’assaut, enregistre sur le croisement Nord de Ley, qu’on leur a tiré  dessus au niveau du croisement, les dommages ne sont pas établis. Au petit matin, les rapports d’activités ennemis arrivent tôt. Un prisonnier de guerre (motocycliste) indique 21 chars Pzkw  IV et V sur la route de Ley à Lezey. La force allemande est puissante autour de Ley et Moncourt, ils lancent des attaques contre nous à partir de cette zone.

Le 1er contact est fait par le peloton de chars légers du Sergent Mallon sur l’avant poste à Moncourt. Là-bas, le sergent se positionne de chaque côté des routes menant au Nord-est, au Sud-ouest et au Sud-est. Il détruit un half-track, un camion et reçoit des tirs de petits calibres, quand 5 chars Panther apparaissent, le Sergent Mallon tente de gagner du temps, se repliant vers le village de Bezange puis remonte la route vers Lezey et le PC du bataillon.

Au matin, la visibilité est limitée à cause du brouillard, l’ennemi en profite pour avancer de Bezange vers Lezey, ils ont la malchance de rencontrer un avant poste américain en cours d’installation dans lequel les accès sont fermés par des fils de fer, afin de combler la visibilité. Alerté par ce système, une section de cet avant poste dirigé par le lieutenant Smith (Cie C) détruit 2 chars ennemis dés qu’ils deviennent visibles.

Un autre poste avancé de la Cie C à l’Est de Lezey échange lui aussi des coups de feu avec l’ennemi. Il est à noté que la Cie C à ce moment est la seule Cie de taille moyenne à la disposition du commandant de bataillon. Le poste du lieutenant Smith est renforcé de la puissance d’un peloton, l’autre étant à l’Est de Lezey.

Le capitaine Lamison assume une mission de reconnaissance avec un peloton, il inflige d’énormes pertes à l’ennemi, dans des séries de déplacements de Ley à Lezey, de Lezey à Bezange la Petite, de Ley à Moncourt, protégeant ainsi tout le front Sud et Est du bataillon. Son action agressive permet  d’attendre l’arrivée des autres éléments du bataillon. La Cie C a détruit 12 chars ennemis durant cette action.

Plus loin au Sud du poste avancé du lieutenant Smith, le capitaine Dwight fait une liaison de routine entre le groupe de combat A et le bataillon via Bezange la Petite, il rencontre rapidement l’ennemi avant d’atteindre Bezange, il entend des tirs du poste avancé du lieutenant Smith. Il lui demande s’il doit intervenir de suite. La réponse est négative, il retourne alors au groupe de combat A où il reçoit un peloton de 4 chars Destroyer qu’il renvoie en direction des tirs.

L’ennemi est rencontré aussitôt sur la route, l’un des chars Destroyer est touché, en se déplaçant à la position du point J, le capitaine Dwight assume le rôle d’observateur avec sa radio, le seul contact avec le bataillon. Au plus fort des échanges, ces chars Destroyer sont réduits de 3 à 1, mais les pertes ennemies sont plus importantes 9 chars (non comptés dans le total de 29); scores du jour pour le bataillon. Pendant ce temps, durant la matinée à Lunéville, la force du major Hunter entend parler de l’attaque sur le bataillon grâce à un message radio intercepté dans le half-track du S-1.

Immédiatement le désengagement est demandé par le CCR et le général Eddy commandant le 12e Corps. L’autorisation arrive vers 11h00, laissant la Cie B/53e à Lunéville, la force retourne aussi vite qu’elle peut avec à l’esprit les mots du message radio envoyé au major Hunter (la poussière derrière soi, essuyer les tirs et foncer droit devant !). La force, composée de la Cie A/37e et de la batterie d’artillerie, se rue sur Arracourt. L’artillerie reste là et se met en position, la Cie A rejoint la Cie B lesquelles sont  attachées au 53e d’infanterie, afin de repousser une attaque sur le CCA qui est à l’étape finale.

Maintenant en position pour frapper, ces deux compagnies sont apportées par le major Hunter vers 14h00 sur une zone prés de Réchicourt, là où les chars Destroyer du capitaine Dwight et la section de la Cie C ont battu les blindés et l’infanterie ennemi. Le capitaine Dwight est rejoint à 1,5 km au Nord-est de Réchicourt. L’attaque doit être lancée sur l’ennemi situé à (Q 166133) sur la colline 297, par le Sud et l’Ouest, la force contourne Réchicourt  par le Sud-ouest et se rassemble avec la Cie A sur la gauche,la Cie B sur la droite et frappe à l’Ouest.

La Cie A frappe de front, se frayant un chemin sur 700 mètres. Le peloton du Lieutenant Turner pivote à gauche et écrase l’ennemi sur le flanc, ouvrant le feu à une portée de 500 mètres. La Cie B sur la droite vient par l’autre flanc et achève l’ennemi. Le score total est de 8 chars et environs 100 fantassins pour l’infanterie.

Le Lieutenant Turner revendique 5 chars allemands détruits avec son char. Nos pertes sont de 3 chars. Dans la journée, les tirs sont dirigés par le capitaine Cook et nos propres mortiers et canons antichars ont servi d’aide pour repousser l’ennemi. A 23h50, un déplacement est prévu vers le Nord et l’Est. Les plans prévoyaient un déplacement vers Wolfling, au delà de Sarreguemines prés de la frontière allemande.

Le gros du CCA (qui inclue la plupart de la Division) doit se déplacer sur les axes routiers principaux et le 37e sur les routes secondaires sur le flanc Sud Est. L’idée générale est de frapper sur le flanc, faisant obstacle à la colonne principale sur la gauche. La composition de la colonne et l’ordre de marche sont la reconnaissance de la Cie D, l’assaut, les chars, le Q G,la Cie C/37, 94, 10, Cie B/37, génie, Cie A/37, le déplacement est prévu pour 8h30 sous les ordres du CCA.

Pertes ennemies: 29 chars, 2 véhicules, 200 tués, 3 prisonniers de guerre.

 

Mercredi 20 septembre 1944

Les ordres pour le déplacement ne sont pas venus. A 09h30, entre 150 et 180 chars ennemis sont repérés au Sud du canal de la Marne au Rhin dont 20 chars qui ont déjà traversé. Le colonel Abrams passe en revue les positions défensives occupées par le 37e et les unités attachées, lesquelles incluent la Cie C/704e, le 94e d’artillerie, le 10e d’infanterie (Cie B) et a renvoyé les commandants d’unité en arrière pour rester en alerte.

A 10h40, les ordres sont encore une fois de se déplacer et continuer vers Sarreguemines, Les bataillons d’artillerie et une division d’infanterie sont censés être sur le chemin pour relever la force. Le point prévu est passé à 11h35, quelques postes avancés ennemis sont écartés à Blanche Eglise.

A 12h25, 16 chars ennemis sont signalés au Sud d’Arracourt, venant sur l’arrière  du mouvement de terrain. La tête de colonne se trouve à Dieuze, lorsqu’à 12h35 arrive un message indiquant que la queue de colonne est attaquée. Les ordres sont de retourner immédiatement et de contre-attaquer.

A 12h40, le colonel Abrams ordonne à sa force opérationnelle de retourner à la zone de regroupement originel et de reprendre ses positions normales. 

A 12h45, le Colonel Heid envoie un message radio “les ordres sont sujets à des changements fréquents”. Pour le 37e cependant, les ordres sont clairs et chaque unité a effectivement repris sa position initiale. Ainsi à 13h00, la Cie B est déjà en position et rapporte “ 2 chars ennemis approchent notre front immédiat, nous les attendons”.

Le major Murdock qui est annoncé comme S-3 au CCA, ce matin là notifie au colonel Abrams qu’il doit préparer une contre-attaque au Sud et à l’Ouest de Lezey au canal, afin de nettoyer la résistance ennemie. Dès que tous les éléments de la force sont rassemblés et les tirs d’artillerie ajustés, la contre-attaque est lancée, les Cies A B et C et 2 Cies du 10e d’infanterie sont regroupées au Nord et à l’Est de Lezey avant l’attaque. Des tirs d’artillerie ennemis sont effectués lors du regroupement.

Le plan est de rester rassemblé jusqu’à ce que la force entière atteigne un point au Nord de Ley ou ils pourront pivoter et frapper au Sud de Ley. Les Cies A et B doivent attaquer Ley de front, une Cie de chaque côté de la route. La Cie C doit prendre et tenir les hauteurs à l’Est de Ley et protéger notre flanc gauche. Les Cies A et B attaquent, affrontent les chars ennemis et les détruisent. La Cie A passe alors à Ley avec l’infanterie. La Cie C indique qu’elle est fortement engagée avec des chars ennemis et des armes antichars.

La Cie B est envoyée pour aider la Cie C. Le combat se termine avec la destruction de 6 chars ennemis et 3 armes antichars, alors que nous avons perdu 6 chars. Pendant ce temps le major Bautz réorganise l’infanterie et la Cie A en vue de préparer l’attaque sur Moncourt. Lorsque la situation de la Cie C s’améliore, la nuit tombe et la zone du PC  du bataillon, la lueur de Ley en feu commence à éclairer le ciel. Malgré la pénombre environnante l’ordre est de toujours attaquer.

L’attaque contre Moncourt s’opère de nuit, elle représente un nouveau départ d’après le plan, lequel indique que les chars ne peuvent pas être utilisés pleinement dans la nuit.  Avant l’attaque, l’artillerie effectue un tir préparatoire sur le village. L’attaque sur Moncourt est lancée par l’Ouest de la route Ley, Moncourt qui représente l’axe général de progression. Par une formation tendue et serrée, 3 Cies de chars et 2 Cie d’infanterie s’approchent de Moncourt. Toute la formation ouvre le feu en même temps, avec une redoutable précision et les éclairs des balles incendiaires et les explosifs mettent Moncourt en feu, dès que la force se déplace, elle écrase l’opposition à l’extérieur du village.

Tout ceci est en parfaite contradiction avec la conception allemande, selon laquelle les américains n’attaquent jamais la nuit et utilisent toujours les routes. Le peloton de la Cie A du lieutenant Donnelly est alors dans  le village avec la Cie A du 10e d’infanterie. L’infanterie utilise ses baïonnettes, grenades, pistolets-mitrailleurs et des fusils, massacrant les allemands dans leurs tranchées ou  ils sont immobilisés par la peur et le choc de l’assaut. La Cie A/37e et A/10e  restent pour protéger le village, le reste de la troupe retourne à Lezey et à la zone de regroupement du bataillon alors que la lueur de Moncourt en feu  est ajoutée à l’éclat de Ley lui aussi toujours en feu. Tous 2 sont visibles du poste de commandement.

Pertes ennemies: 4 véhicules, 16 chars, 15 prisonniers, 257 tués, 3 canons de 75 mm.

 

Jeudi 21 septembre 1944

Les ordres arrivent vers 10h15 pour attaquer au Sud du canal de la Marne au Rhin. L’ennemi se situe dans les bois au Sud et à l’Est de Moncourt, Coincourt et Parroy. Ils tiennent 2 passages au dessus du canal.

La cavalerie alliée fait écran au Nord et à l’Ouest, la Cie D/37e reçoit la mission de protéger la route de Lezey, Moncourt sur laquelle devait passer la Cie A/37e et de l’infanterie afin de faire écran sur le flanc gauche.

A 12h00, le 37e attaque au niveau de la crête  à l’Ouest de Bezange la Petite. L’infanterie qui est à Moncourt attaque les bois à la recherche d’une lourde concentration d’artillerie, mais ne trouve qu’une faible opposition. Toute la force se déplace alors vers Coincourt car il n’y a pratiquement pas d’opposition. Bures à l’Ouest de Coincourt est attaqué au même moment par le 35e Bataillon de chars. Parroy est l’objectif suivant qui est atteint avec succès. Dans chaque cas, l’ennemi se replie précipitamment juste avant notre arrivée.

A 20h00, la force se retire sur les positions du matin n’ayant pas rencontré de réelle opposition. Le jour suivant est consacré au repos et à l’entretien des véhicules.

Pertes ennemies: 1 char, 1 SDKFZ, 20 tués, 1 canon de 88 mm.

 

Vendredi 22 septembre 1944

Le jour de repos débute avec un brouillard intense sans aucune visibilité, la plupart des opérations du matin sont assurées dans ces conditions. Cette fois, la poussée ennemie s’effectue au Nord du côté de Juvelize. Les avants postes du 25e de cavalerie sont conduits en direction de la zone de bivouac du bataillon. Alors que l’ennemi s’approche, les chars Destroyer du Major Bautz se placent sur la colline et détruisent 2 chars dont 1 est aperçus de la zone de bivouac en flamme à 1 km de la Cie de soutien logistique. Il s’agit d’un char Panther.

Cette déconvenue oblige l’ennemi à effectuer une pause et lorsque le brouillard se dissipe, la Cie A est envoyée au combat au Nord. Depuis le PC, le Capitaine Cook dirige l’artillerie et nos mortiers ainsi que les canons d’assauts sur Juvelize, un verger juste à l’Ouest de ce village. La Cie A/37e lance l’assaut, appuyé par la Cie C/37e sur le flanc gauche puis se déplace un peu plus loin afin de lui protéger le flanc gauche.

La Cie B/37e avec la Cie A/10e d’infanterie attaque sur Juvelize qui est fortement occupé par l’infanterie allemande et quelques chars prennent le village et poursuivent sur les hauteurs Sud-ouest de Juvelize.

La Cie C/37e se trouve à l’Est, la Cie A au Nord à la fin de l’attaque. Ainsi toutes les hauteurs sont protégées et l’ennemi tente de percer dans cette direction, les allemands ne sont pas repoussés mais complètement en déroute. L’ennemi des  derniers jours est identifié comme étant la 111e Panzer Brigade composée des 1112e et 1113e Rgt de Panzer Grenadiers et du 16e Rgt de Panzer. Le régiment se compose de 42 Panther et un bataillon de Pzkw IV.

Pertes ennemies: 8 véhicules, 16 chars, 250 tués, 85 prisonniers.

 

Samedi 23 septembre 1944

La journée se passe sans combat, avant le couché du soleil, un P 47 vient bombarder les lignes ennemies. Les allemands sont de plus en plus nombreux et se positionnent en fer à cheval au Nord, Sud et Est.

Pertes ennemies: Seulement 8 prisonniers de guerre sont capturés dans la journée.

 

Dimanche 24 septembre 1944

Journée tranquille, encore des bombardements alliés avant le couché du soleil.

 

Lundi 25 septembre 1944

A 10h10 entre 200 et 300 soldats allemands sont repérés progressant vers Juvelize depuis le Nord à Blanche Eglise et 30 chars Panther et Pzkw IV du côté de Marsal.

Dans la matinée l’ennemi se rapproche et les bombardements jusque là sporadique, se renforcent. Le repli de la cavalerie indique encore une attaque ennemie. Un poste avancé du 10e  Bataillon d’infanterie et la Cie B sont envoyés pour les renforcer et reprendre le poste vers 12h10.

A 12h15, la Cie C indique qu’il y a de plus en plus de chars et à 12h20, le colonel Abrams annonce au CCA  « ma position est attaquée par un nombre indéterminé de fantassins et 5 chars, vous tiens informé ». La Cie A reçoit pour mission de riposter à la poussée ennemie et d’attaquer au Nord étant ainsi lourdement engagée contre l’ennemi.

L’infanterie allemande avance vers les Cies B et C. Les chars Destroyer à l’Ouest de Ley se replient suite à la pression ennemie. Le bataillon est maintenant privé de protection sur ses flancs, toutes les forces à sa disposition sont engagées. Il n’y  a qu’un seul pont (menant à Lezey) qui peut servir de sortie de secours. De plus, se trouvant sous les tirs de l’artillerie de plus en plus nombreux, la zone de bataillon se trouve sous le tir direct des chars. Des bombardements lourds arrivent vers 17h30.

Il est décidé d’évacuer les hauteurs à l’Ouest et d’établir une ligne plus sur et plus courte. Le repli doit débuter à 19h00, l’heure à laquelle les tirs d’artillerie doivent s’abattre sur toutes les positions allemandes connues ou suspectées. Avant 19h00, la Cie A est envoyée au Sud  pour se poster sur la route de Lezey, Bezange la Petite et la Cie D à l’Ouest de Lezey pour prévenir une percée de l’ennemi venant de cette direction.

A 19h00, les Cies B et C simulent une attaque pour permettre à l’infanterie de se désengager, de retourner sur leurs traces et de se retirer.

L’infanterie se déplace puis les Cies B et C, les Cies A et D restent sur la ligne. Le 10e d’infanterie prend position à l’Est de Réchicourt du côté de Bezange la Petite. Le bataillon part vers la réserve du CCA et installe le bivouac aux environs d’Arracourt vers 20h35.

Pertes ennemies: 6 chars, 20 véhicules et 100 tués.

 

Mardi 26 septembre 1944

Le CCB rejoint la Division et prend possession du secteur Sud. A 15h00, le bataillon part vers sa nouvelle zone, se retirant du CCA vers le CCR à 15h45. A 17h00, ils installent le bivouac prés de Serres.

 

Mercredi 27 septembre 1944

Une journée très appréciée de repos et de remise en état du matériel.

 

Jeudi 28 septembre 1944

Des déplacements de troupes ennemies sont notés. Le bataillon est prévenu afin de se déplacer en moins d’une heure, mais il n’y a pas d’alerte.

 

Vendredi 29 septembre 1944

Dans les premières heures de la journée, les allemands attaquent et occupent la colline 318 dans la zone du CCB, dans le saillant présentant une menace pour le bassin d’Arracourt en entier, car cette colline domine toute la région. Le 37e doit être prêt à la contre-attaque, la colline cependant est reprise par l’ennemi.

 

Samedi 30 septembre 1944

A 16h00, après une journée de bivouac, le bataillon est alerté pour partir à 17h35 couvrir les hauteurs sous la forme d’un arc autour de Sornéville à 15 km au Nord.

Le bivouac est atteint à 18h30 entre Sornéville et Moncel sur Seille. Le régiment du train est allé au point de contrôle du CCA avec la maintenance du bataillon.

L’ennemi a crée une menace sur la 35e DI et la 6e DB dans la zone de Pettoncourt, Chambrey et le 37e  a été appelé pour se mettre en réserve derrière eux. La Cie D a contacté à la fois la 6e DB et la 35e DI puis a établi des avants postes au Nord et à l’Est de Moncel puis a poursuivit la liaison avec ses 3 unités.

 

Pour le commandant du bataillon
MARTIN J WHITE