Dans la première Jeep qui franchit la Moselle

Témoignage de deux lycéens dans l’armée fantôme de Patton

D’après le texte de Mr Hubert Mazure,

 

 

Aujourd’hui, 11 septembre 1944, à 17h00, notre peloton prend la Nationale 413 en direction de Tantonville, puis nous suivons la route de Bayon. Après avoir dépassé Crantenoy les autres teams nous quittent et, restés seuls, nous établissons le campement à un carrefour dela D.6 et d’un petit chemin qui conduit à un bois.

         

 

Le 12 septembre 1944, de bon matin, départ. Par Haroué et Xirocourt, nous nous dirigeons vers la Moselle. Arrivés au-dessus de Gripport, nous attendons pour prendre position : quelques Allemands se sont accrochés à notre village. Tout autour de nous, des chars sont camouflés derrière des buissons.

Nous dominons toute la plaine de la Moselle et voyons très distinctement les éclatements des obus de notre artillerie dans la forêt de Charmes où se trouvent de fortes concentrations de troupes ennemies.

Nous déjeunons. Sur les conseils du lieutenant cette fois chaleureusement appuyé par Paschal, je brûle tous les papiers qui auraient pu me faire reconnaître comme français : si je suis fait prisonnier je me donnerai comme canadien... ce qui ne serait que demi mensonge, puisque ma mère est née canadienne.

 

A 16h00, nous descendons vers Gripport, définitivement débarrassé des Allemands. Nous camouflons nos véhicules, restant prêts à démarrer à la moindre alerte, car les Allemands occupent toutes les collines avoisinantes. Non loin d’où nous sommes, des avions de chasse allemands attaquent en piqué des tanks destroyers, sans grand dommage pour ces derniers.

 

A la nuit tombante, sifflement et explosion de 88, tout proche, bientôt suivie de plusieurs autres. A qui sont-ils destinés ? A nous ou à des batteries d’artillerie en position à proximité ? Ils explosent entre les deux. Pendant la nuit on double les gardes ; on se couche sur la route le long des fossés.

 

 

Le 13 septembre 1944, nous rejoignons le reste du peloton pour faire ensemble le passage dela Moselle. Devant Bayon, une passerelle vient d’être lancée sur le canal de l’Est ; les hommes du génie s’affairent et avec des bulldozers ouvrent un chemin d’accès. Le lieutenant commande la halte. A ce moment arrive une Jeep, avec la mitrailleuse sur le capot, mais couverte : cela est anormal, car il est défendu de mettre la capote. Un gros GI, assis près du chauffeur hèle le lieutenant d’un grand geste protecteur : celui-ci s’approche nonchalamment, puis brusquement, se raidit, se met au garde à vous en faisant claquer les talons, salue et se fige pendant toute la conversation.

          - « Lieutenant, placez vos véhicules dans le champ, à droite de la route, et attendez que je revienne vous montrer le chemin pour franchir la Moselle. »

          - «  Certainement, Sir. »

 

J’aperçois alors sur le casque du gros GI deux minuscules étoiles : c’est un général de division, le général Wood qui commande la 4e Division Blindée. Quant à son chauffeur, son casque s’orne d’une étoile, c’est le général de brigade Dagger commandant le Combat Command B de la division. Ces petites étoiles, c’est tout ce qui les distingue des simples GI’s. Je remarque que mes camarades pouffent de rire et se retournent pour cacher leur joie : je n’en vois pas la raison mais c’est un fait, la vue d’un officier général provoque chez les GI’s une douce hilarité !

          Que l’on n’aille pas croire qu’il s’agit de moquerie, c’est même tout au contraire un signe de contentement.

 

Nous nous rangeons à la place indiquée. Quelques minutes plus tard la Jeep revient : le général Wood nous fait signe de le suivre et nous traversons à gué la rivière, Jeep des généraux en tête. A notre passage, les pontonniers, torse nu, qui construisent une passerelle, se figent au garde à vous... je n’aurais jamais imaginé le passage de la Moselle aussi sensationnel. La traversée est assez difficile, l’eau arrive à la hauteur du plancher des voitures, les roues patinent dans les graviers, mais on passe quand même.

Arrivés sur la rive droite le général Wood, dans un grand geste, nous montre l’Est : nous défilons en saluant.

Le retour des généraux fut spectaculaire : s’étant écartés du gué, ils embourbèrent leur Jeep au beau milieu de la Moselle, et il fallut l’aide d’un bulldozer pour les sortir de là.

         

Armée démocratique où un général conduit sa Jeep, tandis qu’un autre général ferait, en cas de besoin, fonction de mitrailleur. La tenue de campagne est la même, du simple soldat au général ; les sous-officiers ne portent aucun insigne distinctif, les officiers de 1ère ligne sur le derrière du casque, les généraux de petites étoiles. A distance on ne peut reconnaître un officier, ce qui est bien utile à cause des « snipers », qui ont pour principale mission d’abattre officiers et sous-officiers. D’ailleurs ce n’est pas seulement une question d’habillement, les officiers subalternes vivent avec leurs hommes, les rations des uns et des autres sont identiques et ils se servent eux-mêmes, n’ayant pas le droit d’avoir une ordonnance. J’ai même remarqué qu’au repos, notre colonel envoyait chercher ses repas à la cuisine et mangeait l’ordinaire du soldat.

 

Cela étonnera sans doute beaucoup ceux qui connaissent les habitudes de l’armée française. Mais il faut savoir que la cuisine du soldat américain est soigneusement et, surtout proprement faite. Etre l’individu le plus sale du régiment, titre nécessaire et suffisant pour faire un « cuistot » français, serait un vice rédhibitoire dans l’armée américaine. Quand donc le commandement français comprendra-t-il que la nourriture entre comme facteur principal dans l’équation psychologique du moral d’une armée ? Le colonel mangeant à l’ordinaire, voilà bien le « test » pratique.

 

Quant au salut, il n’est dû, au front, qu’aux officiers généraux, à l’arrière il est également dû aux officiers supérieurs.

         

De ce côté de la Moselle, on ne voit que quelques petits groupes de fantassins qui ont traversé la rivière en canots pneumatiques la veille et ont établi une tête de pont dans Bayon, mais on ne voit aucun véhicule. Ma Jeep est réellement le premier véhicule américain qui toucha cette rive... après celle du général Wood. Nous traversons les avant postes de la 4e Division Blindée : une mitrailleuse dans chaque fossé de la route, quelques hommes, des mines antichars, c’est tout. Nous fonçons maintenant dans l’inconnu, inspectant tous les buissons à la jumelle, faisant de nombreuses haltes.

 

Près de Froville, le peloton se divise : notre team se dirige vers Villacourt, puis nous avançons lentement vers Loromontzey ; un peu avant d’y arriver, j’interroge deux paysans :

          - « deux heures auparavant disent-ils, deux  Allemands à pied ont suivi la rivière allant vers l’Est et il doit y en avoir d’autres dans des buissons à deux kilomètres au village. D’autre part environ deux mille artilleurs allemands vont en débandade, dans les bois, à cinq kilomètres de là. Il y a aussi des Allemands dans la forêt de Charmes, près de Saint-Rémy, village qu’ils ont entièrement incendié la veille pour y avoir trouvé deux FFI »

 

Nous dépassons Loromontzey, mais la route entre dans la forêt, et comme il y a certainement là des Allemands, nous faisons demi-tour et nous apprêtons à gagner Saint-Germain par un chemin de traverse qui part du village. Ma Jeep, qui est en tête comme toujours, est déjà à moitié engagée dans ce chemin quand les habitants du village, qui nous regardent, sont subitement pris de panique et s’enfuient, comme des rats sur la route ;

-         je crie à Joe : « Attention, les Allemands ! »

J’ai à peine fini ces mots qu’une voiture française, volée, apparaît à cinquante mètres devant nous, deux Allemands sur le pare-chocs. Le chauffeur donne un brusque coup de frein et sa voiture va donner dans un tas de fumier, tandis que ses compagnons, surpris, se courbent instinctivement. Woody, qui se trouve à ma gauche, épaule rapidement son fusil et tire au hasard, au moment où le lieutenant, qui craint l’arrivée d’un char allemand, crie à Wenzel d’avancer dans le chemin pour laisser le champ libre à l’automitrailleuse. La mitrailleuse de Joe crépite, puis trois coups secs de 37, pendant que l’automitrailleuse avance lentement vers la voiture allemande : je vois la haute silhouette de Paschal qui dirige le tir, debout dans la tourelle.

Ma Jeep fait demi-tour et rejoint la route : des flammes sortent de la voiture allemande, les trois obus de Joe ont porté, mais les Allemands ont eu le temps de se sauver dans les jardins des maisons avoisinantes ; cependant le chauffeur, moins rapide que ses compagnons a trébuché, est tombé, s’est péniblement relevé et a poursuivi sa fuite. Nous saurons plus tard qu’il est mort dans les jardins, blessé mortellement par Joe.

 

Nous faisons demi-tour ; arrivés à Loromontzey, nous apprenons que deux FFI blessés, l’un au bras, l’autre à la jambe, se trouvent dans une cave où on les cache depuis huit jours ; leurs plaies se sont infectées et ils sont dans un triste état. C’est une situation assez embarrassante car il nous est interdit de nous occuper des blessés civils ou de les transporter. Pourtant le lieutenant passe outre aux règlements : il fait déposer les blessés sur l’automitrailleuse et les recouvre d’un drapeau américain, touchante attention. En passant à Villacourt, nous les remettons à des habitants qui offrent de les héberger et il est convenu qu’un chirurgien américain viendra le lendemain pour les soigner. Ce devoir accompli, à la nuit tombante, nous allons prendre position sur la route, entre Saint-Germain et Loromontzey.

La plus grande vigilance est recommandée pendant les gardes, car l’ennemi est proche. Bientôt des obus américains passent au-dessus de nos têtes et vont éclater dans la vallée. A 3h00 le tir se raccourcit et les projectiles tombent à 500  mètres.

         

 

Au matin, le 14 septembre 1944, nous allons nous mettre en poste d’observation près de Loromontzey, dans une vaste prairie, coupée par des lignes de peupliers : notre mission est d’observer la forêt de Charmes, occupée par les Allemands. Là, j’assiste au réglage du tir de l’artillerie : d’abord part une traînée de fumée blanche qui zigzague dans le ciel, tel un immense serpent, et vient aboutir près de l’endroit où nous nous trouvons. Cette traînée initiale marque la direction générale des tirs à effectuer.

Pendant l’après-midi, nous quittons cette position ; je vais en Jeep avec le lieutenant au poste de commandement de la 4e Division Blindée qui se trouve au-dessus de Bayon. Comme le paysage a changé depuis hier ! Aujourd’hui tous les champs sont couverts de véhicules divers : chars, Jeeps, camions pièces d’artillerie ; le calme a fait place à une activité débordante : c’est à peine si je reconnais l’endroit.

A notre retour nous gagnons la ferme du Grand Mezan où tout l’escadron se trouve réuni. Pas de garde à monter cette nuit, ce qui est une chance car il commence à pleuvoir à torrent, et cela continuera jusque tard dans l’après-midi du lendemain.

 

         

Le matin du 15 septembre 1944, le départ est laborieux : il y a de la boue partout et les véhicules s’embourbent. Le chemin d’accès à la route est un marais, et comme notre team est en queue, quand notre tour arrive, cela n’a plus de nom. Notre automitrailleuse s’enlise jusqu’au moyeu, celle de Slagle veut la prendre en remorque, mais rien à faire et peu s’en faut qu’elle ne subisse le même sort. Ma Jeep part chercher un camion dépanneur de l’escadron hors rang ; au milieu du marais nous trouvons une Jeep, elle aussi embourbée : nous rentrons dans son arrière pour la sortir de là, à plein gaz, et toutes deux s’en tirent. Nous ramenons le camion : comme son moteur fait plus de cent chevaux effectifs, il a vite fait de haler notre automitrailleuse au sec. Et tout le régiment se met en marche.

 

Nous traversons Gerbéviller : à chaque coin de rues, nous déposons un G.I. chargé d’indiquer aux véhicules de la colonne la route à suivre ; c’est ainsi que je suis de garde à un virage et que j’assiste à un spectacle cocasse : dans la tourelle d’une automitrailleuse, le sergent Archie est fièrement campé, le visage impassible, sur la tête un superbe chapeau à claque en guise de casque. Où a-t-il bien pu le dénicher ?

 

A 13h00, je suis relevé, et nous gagnons le PC à Fraimbois.

 

A 16h00, en avant et ordre de camouflage. Nous traversons la Meurthe. Le pont a sauté, peu importe : quoique le tablier effondré présente une déclivité de près de 45%, nos véhicules glissent sur la pente, arrivent en trombe dans la mare du milieu, où il y a bien deux pieds d’eau, envoient une gerbe de chaque côté, et grimpent allègrement la pente opposée.

Un peu plus loin, nous croisons un allemand couché sur un brancard : avec deux de ses camarades, il faisait une reconnaissance en voiture ; des FFI l’ont blessé et fait prisonnier, plus heureux que ses compagnons qui, eux, furent tués raides.

Notre team part seul pour repérer un endroit,  dans la forêt de Mondon, partie Ouest, pour établir le PC de l’escadron. Cette mission remplie, nous retournons par la nationale 59 vers Chènevières. En cours de route, nous sommes avisés par radio que notre peloton est entré en contact avec l’ennemi à l’orée de la forêt de Mondon : nous devons le rejoindre pour lui prêter  main-forte.  Quand nous sommes réunis, Padome dit que la rencontre n’a pas été bien dangereuse : une simple charrette portant quatre Allemands qu’ils ont abattu. Je fais la connaissance d’un autre Français qui s’est joint au 2e peloton du lieutenant Wolf, près de Nantes, en même temps que Pado : Victor Naggyar, surnommé Vic. C’est un grand maigre, à lunettes : le vétéran travail dans un laboratoire de recherche du collège de France.

 

Nous approchons de la forêt : des obus passent au-dessus de nos têtes, nous faisons demi-tour, laissant sur place le 2e peloton qui n’a plus besoin de nous. Par Laronxe nous nous dirigeons vers Saint Clément : là un FFI nous dit qu’il y a un très gros dépôt de munitions dans la forêt, mais que celle-ci fourmille de snipers. Nous atteignons la lisière à gauche de Laronxe, pénétrons sous bois, et débouchons dans une clairière : Woody affirme qu’il vient de voir, à l’autre bout, trois formes se précipitant dans les fourrés. Demi-tour. Nous prenons la route de Laronxe à Thiébauménil ; en chemin nous rencontrons le team de Harry qui se joint à nous. De part et d’autre de la route, se voient de larges tranchées, recouvertes de rondins, que les Allemands avaient fait creuser pour y cacher des munitions.

Arrivés au centre de la forêt, nous prenons un chemin boueux sur notre droite : automitrailleuse est en tête, avançant lentement. Ce chemin est dans un tel état que je m’étonne qu’aucun de nos véhicules ne s’embourbe. Nous tombons une sente étroite reliant Laronxe et Manonviller : nous la suivons au ralenti et faisons ainsi environ deux kilomètres. Nous arrivons à un coude : l’automitrailleuse s’arrête, la mitrailleuse de Joe crépite, puis son 37 claque. Le sergent Paschal nous fait signe de reculer. Tandis que l’automitrailleuse fait marche arrière. Le sentier est trop étroit pour qu’il soit question de faire demi-tour, aussi sommes-nous obligés de continuer en marche arrière, l’arrière entrant dans les fourrés de droite et de gauche, tandis que, Paschal guide le chauffeur. Mais arrivera-t-il à sortir de là ? Voilà la Jeep à Soudoff qui s’embourbe, une roue a glissé dans le fossé et pas moyen de la dégager. Paschal saute de sa tourelle et accroche rapidement un câble d’acier, toujours à portée de la main, à l’avant de la Jeep embourbée, l’automitrailleuse tire : çà y est ! Nous parcourons ainsi, en marche arrière plus de deux kilomètres ; avant enfin de trouver un endroit où tourner, nous repartons à fond de train vers Laronxe. Là nous faisons une halte.

         

Joe me dit qu’il s’est subitement trouvé nez à nez avec un anti-char 75 PAK, camouflé dans un buisson : les servants sont tellement surpris qu’ils n’ont pas eu le temps de tirer, il leur a envoyé un obus de 37 qui rend la pièce inutilisable et du même coup, met plusieurs des servants à terre.

Quand à nous, nous avons eu de la chance que ce soit un canonnier du sang-froid et de la force de Joé qui occupait la tourelle !

 

La nuit tombe, notre team campe, en avant-poste devant une maison. Je monte deux gardes pendant la nuit.

Au matin, nous prenons position à la lisière de la forêt de Mondon, sur la route de Saint Clément à Bénaménil, non loin d’une pancarte qui avise les civils français « qu’il est défendu, sous peine de mort, de pénétrer dans la forêt ». Le dépôt de munitions ne doit donc pas être éloigné. Attention !

Nous pénétrons dans la forêt : de ce côté, les chemins sont impossible. Quand nous avons fait trois kilomètres, nous rencontrons notre 2e team et tout le 2° peloton, venus par la route de Chènevières : Pado et Harry parlent à des civils qui leur disent que le dépôt que nous cherchons n’est pas à plus de cent mètres,  mais ils pensent qu’il a été évacué.

Sur la demande du lieutenant, Pado et Harry partent en patrouille pour le reconnaître ; je demande de me joindre à eux, le lieutenant hésite, mais Paschal est catégorique : il me donne l’ordre de rester dans ma Jeep et ajoute : « ordre de votre sergent ». Il n’y a qu’à obéir.

         

Harry et Pado partent donc seuls. Ils reviennent après une absence de plus de 2 heures : il n’y a plus d’Allemands, mais les munitions sont là, il y en a de nombreux tas, tous minés ; ils ont coupé les cordons Bickford.

 

Nous avançons jusqu’au dépôt. En barrant la route, des chevaux de frise : près de là des caissons de mines que les Allemands n’ont pas eu le temps de mettre en place. Plus loin un barrage en bois, et, sous les arbres, des amoncellements de caisses avec, sur chaque tas un détonateur en forme de cloche, reliés aux autres par cordons Bickford. Ma nourrice sèche, le sergent Paschal m’intime l’ordre de ne pas quitter ma place dans la voiture... de crainte sans doute que j’aille fouiner dans les caisses à munitions et que je ne fasse tout sauter. C’est vexant d’être traité comme un petit garçon sans jugeote. Harry voyant bien que je voudrais bien faire comme les autres vient me chercher et m’emmène avec lui malgré Woody que, pour plus de sûreté Paschal a détaché à ma garde personnelle.

Je suis  en train, d’examiner les cordons et  les fusées éclairantes, quand j’aperçois Paschal, suivi du lieutenant et des autres sergents, à qui Woody a été dénoncer ma fuite. Et il me faut bien regagner ma Jeep, car c’est le lieutenant qui m’en donne l’ordre. Ce n’est pas sans maugréer que je reprends ma place : ils y sont bien, eux, et puis, s’ils se figurent que je suis plus en sûreté à dix mètres de plus ou moins d’un volcan qui ne laisserait rien de vivant dans un rayon de plusieurs centaines de mètres s’il sautait ! Enfin : grandeur et servitude militaire.

Avisé par radio, le capitaine vient se rendre compte de l’importance du dépôt.

 

Nous partons ensuite en reconnaissance par un autre chemin de la forêt ; celui-ci est sans issue, il débouche dans un campement allemand que les occupants viennent d’abandonner : au milieu de camouflages tendus entre les arbres et servants d’abris, voici un feu dont les cendres sont encore chaudes : tout autour, des troncs d’arbres couchés ayant servi de sièges. Près de là une caisse de mines.

La forêt semble enchantée : partout des traces d’Allemands, toutes fraîches, mais pas un seul Allemand.

Ah ! Si nous avions su ce qui ce tramait, bien de nos camarades disparus seraient encore en vie : nous étions dans une nasse, surveillés de près par une multitude d’Allemands qui, pour se montrer, n’attendaient que le moment où, tout notre régiment se trouvant réuni, ils pensaient pouvoir l’anéantir d’un seul coup.