La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Historique du 2e Régiment de cavalerie US

Le 2e Régiment de Cavalerie US

Historique

L'actuel 2e Régiment de Cavalerie blindée est le plus ancien régiment de cavalerie de l'armée des États-Unis et, depuis 154 ans, il n'a jamais cessé d'appartenir à l'armée américaine d'active.
L'Étendard du Régiment a reçu 53 flammes commémoratives d'actions de guerre, une citation présidentielle (1) pour son action aux Philippines et une seconde pour sa participation à la rupture de l'encerclement de Bastogne, pendant la bataille des Ardennes de l'hivers 1944- 45, ainsi que la croix de guerre belge. De plus, 20 médailles d'honneur, la plus haute décoration décernée aux seuls militaires, furent accordées à des personnels du régiment, tous officiers subalternes, sous-officiers et cavaliers. Le sergent Patrick Léonard reçut deux fois cette distinction. Cinq militaires américains, seulement, obtinrent deux fois cette décoration dans l'histoire de l'armée des États-Unis.

Le régiment fut créé le 23 mai 1836 par le Président Andrew Jackson. Les bureaux de recrutement, installés dans l’est des USA, obtinrent un grand succès d’engagements, notamment dans les états de New-York et de Caroline du Sud. A cette époque, son appellation de 2e Régiment de Dragons correspondait, comme dans les armées européennes, à une unité entraînée au combat à cheval ou à pied. Son premier commandant de régiment, le lieutenant-colonel David E. Twiggs fut surnommé “old Davey” ou encore “the Bengal Tiger” par ses cavaliers. Il commanda le régiment pendant 10 ans.
En décembre 1836, les cinq premières compagnies du second Regiment of Dragoons arrivent en Floride, et sont aussitôt engagées contre les indiens Séminoles. Le nouveau régiment découvre rapidement l’aspect infanterie de ses missions, combattant dans les marécages de Floride les guérillas indiennes…et les alligators. La campagne dura cinq ans. C’est au cours de cette campagne que le régiment reçut ses premiers revolvers Colt (2), achetés sur ses fonds personnels par le lieutenant-colonel Harney, commandant en second du régiment.

Après les guerres Séminoles, le régiment changea de dénomination et devint régiment de voltigeurs à cheval, Mounted Riflemen. Une année plus tard, il reprenait son ancien nom de Dragons et partait combattre les indiens Apaches et Navajos dans les plaines du Sud-Ouest.

En 1846, quand le général Santa Anna envahit le Texas, les États-Unis déclarèrent la guerre au Mexique et le 2e  Dragons se mit en route. Il participa à tous les combats de cette campagne et en particulier à l’affaire de Resaca de la Palma. Au cours de la bataille l’avance des troupes américaines fut stoppée par une forte concentration d’artillerie mexicaine. Le capitaine May, du 2e, fut désigné pour conduire la charge. La charge réussit et May captura en combat singulier le général mexicain Véga.

L’ordre du jour donné par le capitaine May, avant de lancer la charge :
« Remember your regiment and follow your officers! »
“Souvenez-vous de votre régiment et suivez vos officiers ! »
Est restée depuis cette date jusqu’aujourd’hui la devise du 2e de Cavalerie.

Les Dragons participèrent ensuite au débarquement de Vera Cruz et à la prise de Mexico, le 13 septembre 1847.  Après une courte période d’occupation de la capitale mexicaine, le régiment reprit la direction des plaines de l’Ouest et assura de nouveau ses missions de protection des immigrants dans les nouveaux territoires, complétées par des patrouilles de surveillance des réserves indiennes, récemment créées.

Le régiment poursuit ses campagnes contre les Apaches jusqu’en 1861, lorsqu’il fut rappelé dans l’Est, pour prendre part aux combats de la guerre civile américaine, conflit que nous appelons en France la guerre de Sécession. Il reçut alors l’appellation de Second US Cavalry Regiment ; 2e régiment de Cavalerie des Etats-Unis.
Au cours de cette guerre, le nouveau 2e fit campagne en Virginie et lors de la bataille de Fredericksburg, il reçut sa première médaille d’honneur du Congrès, décernée au sergent Martin Hagan. Avec une poignée de cavaliers, ce sous-officier, sans perdre un homme, ni un cheval, ni la moindre pièce d’équipement, réussit à contenir une brigade de cavalerie confédérée, permettant à l’armée de l’Union de se replier au-delà de la rivière Rappahannock, jusqu’au Nord de la ville (décembre 1862). Le régiment fut présent à presque toutes les batailles de la guerre, Antietam, Chancelorsville, Guettysburg, pour n’en citer que quelques unes.

En 1865, la guerre terminée, le 2e fut renvoyé dans l’Ouest et reprit ses campagnes contre les indiens. Dans les années de la fin du siècle, ses escadrons, dispersés sur plusieurs Etats, construisent de nombreux forts qui allaient devenir de grandes villes, la plus fameuse d’entre elles état Fort Worth Texas.

En 1876, pendant la campagne d’été contre les Sioux, le 2e bataillon du 2e de Cavalerie fut proposé en renfort au Général Custer, mais celui-ci déclina la proposition. Deux jours plus tard, le bataillon qui avait bien failli partager le sort du 7e de Cavalerie de Custer, découvrit leurs dépouilles au bord de la Little Big Horn. Une grande partie des cinq années qui suivirent fut consacrée à la poursuite des Sioux, responsables de la mort de Custer et des cavaliers du 7e Régiment de Cavalerie

En 1890, quand la guerre hispano-américaine éclata, le régiment fut envoyé à Cuba pour combattre aux côtés des “Rudes Cavalier” (3) de Théodore Roosevelt. Dans ses lettres de l’époque, Roosevelt exprimait ses sentiments à l’égard du régiment en écrivant : « les cavaliers du 2e sont partout. Tout au long des journées vous les voyez chevaucher. Tout au long des nuits vous entendez résonner les sabots de leurs chevaux ». Après Cuba, le régiment fut transféré aux Philippines, contre les Moros. A son retour, l’unité resta pour une courte période aux Etats-Unis avant de partir pour l’Europe et pour “ la guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres”. Pendant la Grande Guerre, le 2e fut le seul de l’armée américaine à servir comme régiment à cheval…sur des animaux de ferme français.

Le 2e débarqua en France en avril 1918 et se retrouva dans le secteur de Toul, trois semaines à peine après avoir quitté la mère-patrie. Après avoir été fragmenté en petits détachements, il fut chargé de missions peu glorieuses de Police Militaire ou de gestions des dépôts des remontes. Enfin regroupé, il participera à l’offensive alliée du 18 juillet au 6 août 1918 contre le saillant de Soissons, puis à celle de l’Aisne du 18 août au 11 septembre 1918. Mais il reçut les plus élogieuses félicitations pour son action lors de la réduction du Saillant de Saint-Mihiel, en flanc garde de la 1ère armée. Après la prise du Mont Sec, il s’infiltra par les bois et poussa une reconnaissance jusqu’à Vigneulles, puis au-delà jusqu’à la ligne Saint-Maurice-sous-la-Côte, Woël et Jonville, poursuivant l’ennemi, accrochant ses arrière-gardes, capturant de nombreux prisonniers, bousculant son dispositif et retardant son repli.

Pour l’offensive finale des alliés, le 2e de Cavalerie fut donné en renforcement à la 35e Division d’Infanterie américaine engagée dans l’Argonne. “La bataille dure du 26 septembre au 2 octobre 1918, autour de Varennes en Argonne et vise à faire sauter les points forts de la défense allemande, Montfaucon et Romagne. Les cavaliers accomplirent leurs missions avec intrépidité, courage et au mépris du danger et des souffrances”.
L’armistice du 11 novembre 1918 trouva le 2e de Cavalerie au Nord de Busancy, refoulant l’adversaire en direction de la frontière. Le régiment resta à l’armée d’occupation en Allemagne, à Coblence, jusqu’en août 1919. De retour aux Etats-Unis, il prit garnison à Fort Riley, Kansas.
De 1919 à 1939, le 2e accomplit ses missions du temps de paix dans le cadre de l’École de Cavalerie de Fort Riley, comme régiment de manœuvre, sous le commandement de chefs tels que les généraux Patton, Truscott, Keyes, Mattox et beaucoup d’autres. C’est là que furent expérimentées les premières unités d’automitrailleuses.

À l’approche de la 2e Guerre Mondiale, le rythme des exercices s’accéléra au Minnesota, en Louisiane, en Arizona, sur la frontière mexicaine, mais le régiment conservait toujours ses chevaux.

Le 15 mai 1942, il fut transformé en 2e Régiment blindé de la 9e Division, puis en juin 1943, il prit son appellation de Second Cavalry Group Mechanized. En décembre 1942, nouvelle réorganisation, cette fois définitive. Le 2e comprenait désormais un état-major, un escadron de commandement et deux groupes d’escadrons, les 2e et 42e.
(L’organisation détaillée est donnée en 3e partie de cette annexe).

Le 2e de Cavalerie débarqua à Utah Beach le 19 juillet 1944 et prit rapidement la tête de la 3e Armée de Patton où il resta jusqu’à la fin de la guerre.
Son extrême mobilité, sa vitesse et sa souplesse d’exécution, son habileté à s’infiltrer jusqu’aux arrières de l’adversaire, lui valurent de la part des allemands le surnom légendaire de Fantômes de la 3e Armée de Patton. “Ghost of Patton’s Third Army”. Le 2e de Cavalerie poursuivit sa chevauchée, après les combats de Lunéville (4), à travers les Ardennes, en Alsace, en Rhénanie, en Allemagne centrale et dans les derniers jours de la guerre en Europe, il pénétrait en Tchécoslovaquie, réalisant la plus profonde opération de pénétration de toutes les forces américaines sur le théâtre d’opérations européen. Sur ordre de Patton, il exécuta un dernier raid à travers les lignes russes pour aller récupérer les fameux étalons Lipizzans de l’École Espagnole d’Équitation de Vienne, sur lesquels les cosaques allaient faire main basse. Et par la même occasion, les “Fantômes” rendirent la liberté aux prisonniers d’un camp de concentration.

Le 11 mai 1945, soit trois jours après l’armistice, le 2e de Cavalerie et la 35e Brigade de Chars Soviétique se trouvent face à face, ces derniers désirant poursuivre leur progression vers l’Ouest.
Conformément à ses ordres, le colonel Reed refusa d’obtempérer aux injonctions russes qui lui intimaient l’ordre de se replier et d’évacuer notamment la ville tchèque de Pilzen. Reed leur fit transmettre ce message :
« Si vous continuez, souvenez-vous, nos canons sont encore chargés ».
Le général russe n’insista pas.
La nuit suivante, le régiment recevait l’ordre, conformément aux accords interalliés, d’évacuer totalement la Tchécoslovaquie. Ce repli était terminé le 14 mai 1945.

La guerre terminée, le 2e de Cavalerie fit partie de l’armée d’occupation. En mai 1946, il reçut un entrainement spécial, fut réorganisé et prit une nouvelle appellation : 2nd Constabulary Regiment, qui peut être traduite par le 2e Régiment Prévôtal. Ces nouvelles dispositions restèrent en vigueur jusqu’en 1948. Il reçut alors la désignation définitive de Second Armored Cavalry Regiment, 2e Régiment de Cavalerie Blindée ainsi que la mission qu’il assume encore aujourd’hui.
 
En 1951, le PC du régiment s’établit à Nuremberg jusqu’en 1955. Il fut alors renvoyé aux Etats-Unis où il tint garnison à Fort Meade, dans la Maryland. Mais bientôt il était de retour en Europe et retrouvait Nuremberg, ses anciens quartiers des “Merrel Barracks” et sa mission : être les yeux et les oreilles de l’Otan, le long des 651km de rideau de fer sous la responsabilité du 7e  Corps d’Armée américain en RFA.