Le bois de Moncourt - 104th Infantry Regiment

Un endroit appelé le bois de Moncourt

Aussitôt que le Régiment est installé en sécurité, sur sa ligne de front, le Bataillon commence à envoyer des patrouilles pour prendre contact avec l’ennemi et obtenir des renseignements. Les positions du Régiment et sa ligne de ravitaillement sont bien connus des allemands qui lancent fréquemment des barrages d’artillerie et des tirs de mortiers.

Sur la route qui mène  à Réchicourt, il y a « l’allée du bowling », une longue colline, placée sous l’observation directe de l’ennemi, où les véhicules de ravitaillement du 104e RI dévalent jusqu’au village à toute vitesse chargés d’obus de 88mm.

 Mardi  10  octobre  1944

La boue est partout, juste quand elle semble sécher, il faut qu’il pleuve un peu plus et la boue devient à nouveau plus profonde. Heureusement, le temps est encore assez chaud et les pieds mouillés ne sont pas synonymes de pieds gelés.

Le 104e RI, sous les ordres du Corps, doit débarrasser l’ennemi des bois de Moncourt et de Bezange la Petite et de cette façon redresser la ligne de front et écarter la menace de ses positions. En tant qu’action préliminaire, le matin du 10 octobre 1944, des ordres sont donnés pour garder deux postes avancés commandant des terrains importants pour l’action de redressement de la ligne qui allait suivre.

A 7h50, la colonne K commandée par le capitaine H.E O’Neil, se déplace vers le Sud-Est le long de la première crête et à travers un bosquet. Ils sont aussitôt pris sous un tir d’artillerie et des tirs de mitrailleuses légères, puis ils arrivent à nettoyer le bois et à capturer 4 prisonniers. Cette action a pour résultat le premier gain de terrain par une unité de la 26e Division d’Infanterie pendant la 2e Guerre Mondiale. Les Compagnies I et L commandées par les Capitaines W.W. Tresca et Joseph C. Lujan, suivies par une section antichar continuent sur l’objectif (la colline 296,5), où ils s’enterrent et installent des postes avancés avec le 2e Régiment de Cavalerie avec lequel le contact est établi dans les environs de Coincourt à 3 kilomètres  plus au Sud.

En même temps des essais sont faits pour établir le poste avancé numéro 2 sur la colline 264,8 à l’Est de Bezange la Petite. Les patrouilles de reconnaissance de la nuit précédente ont rapporté que la colline  est inoccupée. Une section de la colonne C monte occuper la position et rencontre une pluie de tirs de mortiers et de mitrailleuses provenant du sommet de la colline et du plus haut terrain tenu par l’ennemi situé au Nord de Bezange la Petite. Il en résulte de lourdes pertes et le chef de section le Lieutenant  Francis J. Gallagher est tué, le premier officier du 104e RI à mourir au combat. Ce qui reste de la force d’attaque se retire sur l’autre versant de la colline et se retranche. A 16h00, la colonne E commandée par le Capitaine Léo Monnin reçoit l’ordre de prendre ses positions et de rester là-bas jusqu’à la relève par le 101e RI, le 18 octobre 1944. L’ennemi reste retranché au sommet de la colline jusqu'à la grosse offensive alliée de novembre.

Comparées à l’ensemble des activités du front de l’Ouest, ces actions sont insignifiantes. Un engagement mineur sur une colline sans nom quelque part en France. Cependant, en tant que rencontre initiale au combat, elles sont toutes importantes pour le Régiment. Avec elle vint le premier choc de la bataille, la réalisation que le combat signifie de se rapprocher de l’ennemi et que se rapprocher de l’ennemi signifie la mort pour certains.

Durant les 9 jours suivants, les positions défensives et les postes avancés sont renforcés et une forte concentration de tir d’artillerie est tirée sur l’ennemi à Bezange la Petite et sur les collines 264,8 et 259. Les positions du 104e RI s’étendent maintenant le long des collines et des crêtes, soit à travers ou en surplomb des positions allemandes, sauf en un endroit. Les bois le long de la crête Ouest de Moncourt et la colline 253 directement au Nord de celle ci, sont défendus fortement. Le Corps d’Armée commande qu’elle soit gardée.

Le commandant du Régiment  et ses adjoints préparent le plan d’attaque. Tandis que le 3e Bataillon, commandé par le Major Hugh G. Donaldson, reste en ligne sur la longue crête entre Réchicourt et Coincourt, les 1er et 2e Bataillons doivent se déplacer jusqu’aux positions du 3e Bataillon  pendant l’attaque. Sur la gauche, le 2e Bataillon commandé par le Lt Colonel Thomas B Hanford, doit prendre et tenir la colline 253 et dégager le village de Bezange la Petite. A droite, le 1er Bataillon commandé par le Lt Colonel Ernest Tranquada, doit prendre le bois de Moncourt et au Nord, la colline 384.

Samedi  21  octobre 1944

L’après-midi est ensoleillé et clair, vers 15h30, un groupe de P 47 de la 9e Air Force arrive du Sud-ouest et ouvre le feu avec tout ce qu’il a sur les positions fortes de l’ennemi dans les bois et sur Bezange la Petite. C’est une scène magnifique, à chaques passages les avions piquent en faisant des cercles, s’éloignent en crachant le feu avec leurs mitrailleuses de 50 et lâchent leurs bombes. Les officiers de vol rendent compte que 15 objectifs sont atteints directement. Pour les hommes du 3e Bataillon qui regardent depuis leurs tranchées sur la crête, c’est presque comme un match de football.

Dimanche  22  octobre 1944

A 06h30, le 1er Bataillon soutenu par le 253e Bataillon d’artillerie franchit la crête. La colonne commandée par le Capitaine Breyman (qui fut  blessé lors de cette action et mourut pendant son transfert vers un hôpital en Angleterre)  se déplace à l’Ouest de son point de départ, le long de la route qui relie Coincourt à Réchicourt à la lisière Ouest du bois de Moncourt. Au même moment, la colonne B, commandée par le Capitaine Harry B. Carnevale, attaque au Sud du bois. Les 2 Compagnies sont soutenues par un tir de mortiers lourds et de mitrailleuses de la colonne D, commandée par le Capitaine Ira Clark et par les mortiers de la colonne M.

Les allemands attendent, en plus des massifs et épais blockhaus de terre, des denses broussailles et des barbelés, il y avait un immense ravin juste à la lisière du bois qui n’était pas apparu sur les photos de reconnaissance aérienne. Sur une distance considérable, ce ravin ne peut être traversé par des transporteurs de munitions qu’en des points où d’étroits sentiers mènent au flanc de la pente. Sur ces sentiers les allemands braquent des tirs de mitrailleuses. Ils ont aussi un tir croisé de mitrailleuses couvrant toute la lisière du bois, avec un tir de mortier réglé aux points où les lignes de tir se croisent.

Lorsque le 1er Bataillon atteint l’orée du bois, les allemands ouvrent le feu. Vers midi, la colonne a seulement fait un quart du chemin à travers les bois. La compagnie B avance de 400 mètres au delà de la ligne des arbres où elle est clouée par un pilonnage de mortiers et de mitrailleuses, elle ne peut ni avancer, ni reculer jusqu'à ce qu’il fasse nuit. Quatre heures après, les Compagnies A et B attaquent, la colonne C commandée par le Capitaine E. Czarnovich (qui fut gravement blessé au cours du combat qui s’en suivi) s’engage sur le flanc droit de la colonne A. Les prisonniers allemands commencent à refluer vers les lignes du 3e Bataillon. Un écran de fumée forme comme un brouillard et recouvre entièrement la zone, ce qui ajouté à la broussaille et au terrain difficile rend les combats très confus, les pertes augmentent. Vers la tombée de la nuit, ce qui reste des 3 Compagnies avancent d’environ un tiers du chemin à travers bois.

Pendant ce temps, le 2e Bataillon, avec le 253e Bataillon d’artillerie de campagne pour l’appuyer, avance pour sa première mission de combat et d’attaque contre une position forte. Les Compagnies F et G, commandées respectivement par les capitaines Bernard Palmore et Einar Reinberg conduisent l’attaque. La colonne E est en réserve et la colonne H, commandée par le Capitaine Lucien Croft, effectue un tir de soutien. Les deux Compagnies F et G signalent des mines et des pièges explosifs enterrés dans leur secteur, en plus de tirs de mitrailleuses lourdes et d’armes légères. La Compagnie G atteint rapidement son objectif initial, mais elle est plus tard clouée sur place par le feu des chars ennemis.

Lundi  23  octobre 1944

Le terrain sur le front du 2e Bataillon est bien dégagé en comparaison avec le secteur du 1er Bataillon, tandis qu’il offre moins de protection et d’abris, il permet aussi une plus grande liberté de mouvement. La colonne F atteint et prend la colline 253, le premier Lieutenant Frank Spielgelberg conduit sa section contre la colline et détruit 4 nids de mitrailleuses ennemis. Le 253e Bataillon d‘artillerie maintien un formidable barrage. La colonne E s’engage vers midi en soutien de la colonne F sur la droite. A 13h00, une concentration de tir d’artillerie a lieu sur Bezange la Petite afin de détourner l’attention portée sur la colonne F pour permettre à celle ci de se réorganiser. A l’issue de ce tir de barrage, la colonne G se rapproche, soutenue sur la gauche par le feu du 101e RI.

A environ 14h50, la colonne E est clouée sur place par le feu d’armes automatiques provenant du bois de Moncourt. Les Compagnies A et C sont avertis et commencent immédiatement le nettoyage en contournant les positions ennemies. La colonne F commence à se retrancher pour tenir la colline 253.

Après la tombée de la nuit, les brancardiers des deux bataillons attaquent ainsi que des renforts recrutés à la hâte parmi le 3e bataillon et la compagnie d’intendance (comprenant chauffeurs et cuisiniers) commencent à évacuer les morts et les blessés. Les compagnies réorganisées consolident leurs positions et se réapprovisionnent en munitions. L’artillerie ennemie effectue seulement de sporadiques tirs de barrage pendant la nuit.

Mardi  24  et  Mercredi  25  octobre 1944

Pendant les 2 jours qui suivent, l’artillerie lourde frappe sur les positions ennemies dans les bois de Moncourt. Les hommes du 1er bataillon rapportent avoir entendu des cris provenant des lignes ennemies et avoir vu beaucoup de confusion. Des progressions plus en avant vers la route du Nord ont lieu le 25 octobre 1944 par le 1er Bataillon. Une patrouille dirigée par le commandant du Régiment, le Colonel Dwight T. Colley, dégage la lisière Sud des bois vers la route menant à Moncourt, traverse la route et détruit une seconde poche de résistance sur le côté Est de la route. Pour cette action, le Colonel Colley recevra la Distinguished Service Cross. Pendant ce temps, la colonne A progresse à travers les bois vers la route située sur la lisière Nord.

Jeudi  26  octobre 1944

Le Régiment est relevé le 26 octobre 1944 par le 328e RI et se déplace rapidement à pied vers le flanc Nord de la zone occupée par la Division en forêt de Bezange la Grande avec les 2e et 3e Bataillon au front, le 1er Bataillon en réserve et le PC du Régiment dans le village de Bezange la Grande. Là, les hommes ont leur première occasion depuis leur arrivée sur le front, de passer une nuit de sommeil, sans chaussures aux pieds. Un transport vers une douche de campagne est organisé et des vêtements propres ainsi que du café sont distribués.